‹ Histoire de FranceChapitre 62 sur 116 · BISCOURS SUR LA. RELIGION · texte numérisé non relu

BISCOURS SUR LA. RELIGION

l'avidité et à la rapacité des vainqueurs, ses biens et ses trésors furent une proie facile que le roi barbare distribua, ou peut-être se vit forcé d'abandonner à l'avarice de ses compagnons d'armes, qui prétendaient sans doute avoir leur part du butin. Ce que la violence avait enlevé au clergé, la vertu de ses ministres le lui rendit. Lorsque les nouveaux maîtres des Gaules virent le noble et saint usage que les évoques et les prêtres savaient faire du peu qui leur était resté, princes et sujets s'empressèrent d'accroître des richesses dont la dispensation devenait la ressource principale des malheureux, et rétablissait ainsi doucement et réguhèrement dans l'État l'équilibre rompu sans cesse par l'inégalité nécessaire et inévitable des fortunes; et les vrais chrétiens crurent aussi amasser un trésor pour le ciel en partageant ce qu'ils possédaient avec ceux dont les biens « étaient le vœu des fidèles, le patrimoine des pauvres, la » rançon des âmes, le prix des péchés, la solde des servi- » teurs et des servantes de Dieu '. » Ce fut ainsi que le clergé acquit en peu de temps d'immenses propriétés.

A la même époque, s'élevaient de toutes parts des monastères où se retiraient des justes dégoûtés du monde et qui aspiraient à une vie plus parfaite. Ces pieux cénobites, ainsi réunis, offrirent une image encore plus frappante de toutes les vertus chrétiennes : partageant toutes leurs heures entre la prière et le travail des mains, ils consacraient au soulagement des malheureux tout ce que pouvait leur fournir ce travail au delà de l'absolu nécessaire. Ce fut cette charité ardente, infatigable, qui fertilisa les solitudes où ils avaient fait vœu de vivre et de mourir : ce fut donc au profit des pauvres et uniquement à leur profit que, de leur côté, les moines devinrent légitimes propriétaires d'une partie considérable de la France que leurs sueurs avaient fécondée ^.

11 est certain, au reste, qu'après la conquête l'Église avait continué de posséder , selon la loi romaine, ce qui lui

• Cap. Car., tit. 3, c. 12,

^ Art de vérifier les dates, ép. déd.; ibid., préf., p. ix.

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