I.XXX DISCOtRS SLR I.A. RELIGION
n'étaient point séparés, quant à la propriété du fonds, des autres biens qu'elle possédait, et devaient y rentrer après la mort de l'usufruitier '.
Or il était difficile que, dans un semblable système, il ne s'introduisît point de grands abus, et que, dans des siècles grossiers où celui qui avait la force se pliait si difficilement à la règle et aux lois, le plus faible ne fût pas le seul à souffrir de ces abus. Il arriva donc que les ecclésiastiques ne furent pas toujours libres de choisir leurs hommes, et qu'on les obligea de concéder leurs bénéfices à de vieux soldats que l'on voulait récompenser, et qui considéraient ainsi ce qu'ils recevaient de l'Église comme un don du souverain qui le leur avait fait obtenir. H arriva encore que les capitaines auxquels les évêques ou plutôt le prince donnait la conduite des hommes libres, lorsqu'il fallait marcher à l'ennemi, acquérant sur eux cet ascendant irrésistible que donne le commandement militaire, les déterminèrent facilement à se faire leurs propres vassaux, et s'attribuèrent par ce moyen la disposition de leurs bénéfices qui se trouvèrent ainsi séparés des biens dont ils tiraient leur origine -. Les guerres dangereuses des Sarrasins dans lesquelles l'Église était spécialement menacée, le péril extrême auquel l'État fut exposé par leurs invasions, multiplièrent ces usurpations. Charles Martel, que l'on accuse d'avoir dépouillé le clergé, n'eut peut-être d'autre tort que d'autoriser ce qui était déjà fait, ce qui probablement se faisait encore; et c'est ainsi que ces biens, reconquis par l'Église sous la première race, rentrèrent, au commencement de la seconde, dans le domaine des rois, et redevinrent le pa trimoine des Franks.
Il fallut bientôt réparer cette grande injustice. Pépin, qui voulut affermir son pouvoir, sentit qu'il n'appartenait qu'à la religion de lui donner la force et la stabilité : poussé à la fois par le cri de sa conscience et par les conseils d'une politique sage et prévoyante, il voulut que l'Église recouvrât ce qui lui avait été enlevé, et reprît ainsi dans l'État
' Aim., lib. 5, c, 10.
* Cfip. Car. Calv., tit. 27.