XIV DISCOURS SUR LA RELIG/OX
Des nuigiciennes et des prophétesses étaient affiliées à l'ordre des Druides, mais sans partager ni les prérogatives ni le rang élevé du sacerdoce : elles servaient d'instrument aux volontés des prêtres ; elles rendaient des oracles, présidaient à certains sacrifices, et accomplissaient des rites mystérieux, d'où les hommes étaient sévèrement exclus. Leur institut leur imposait, de la façon la plus bizarre, tantôt la violation des lois de la pudeur, tantôt la violation des lois de la nature. Quelquefois ces femmes devaient assister à des sacrifices nocturnes, toutes nues, le corps teint de noir ', les cheveux en désordre, s'agitant, dans des transports frénétiques, une torche enflammée à la main ^.
C'était sur des écueils sauvages, au milieu des tempêtes de l'archipel armoricain, que les plus renommées de ces magiciennes avaient placé leur résidence. Le navigateur gaulois n'abordait qu'avec respect et terreur leurs îles redoutées; on disait que plus d'une fois des étrangers assez hardis pour y descendre avaient été repoussés par les ouragans, par la foudre et par d'effrayantes visions ^.
L'oracle de Séna, plus que tous les autres, attirait les navigateurs de la Gaule. Cette île, située vis-à-Vis du cap le plus occidental de l'Armorique, renfermait un collège de neuf vierges, qui, de son nom, étaient appelées Sènes \ Pour avoir le droit de les consulter, il fallait être marin, et encore avoir fait le trajet dans ce seul but '. On croyait à ces femmes un pouvoir illimité sur la nature : elles connaissaient l'avenir; elles guérissaient les maux incurables ; la mer se soulevait ou s'apaisait, les vents s'éveillaient ou s'endormaient à leurs paroles; elles pouvaient
' Plin., 1. 22, c. 2.
^ In modum furiarum, crinibus dejectis, faces prœferebant. . . in furoreturbatœ. (Tacit., Annal, 1. 14.)
'•" Plutarch., de Oracul. cess.
* Galli Senas vocant. (Mel., 1. 3, c 5.) On trouve dans les manuscrits Gallizenas, Gallisenas, Garrigenas, et d'autres variantes plus ou moins corrompues. Sena est aujourd'hui l'ile de Sain.
» Non nisi deditus navigantibus, et in id tantùm ut se consulerent profee* tis. (Mel., 1. 3, c. 5.)