‹ Histoire de FranceChapitre 92 sur 116 · AU 638] "V. 1. — DAGOBERT I · texte numérisé non relu

AU 638] "V. 1. — DAGOBERT I

Comme le pouvoir s'attachait au domaine, à côté des assemblées d hommes libres et de leur juridiction, paraît la juridiction des propriétaires sur les habitants de leurs biens. Le propriétaire d'un grand alleu ou d\m grand bénéfice, entouré de ses compagnons qui continuaient de vivre auprès de lui, des colons et des serfs qui cultivaient ses terres, leur rendait la justice en qualité de chef de cette petite société 5 lui aussi tenait dans ses domaines une sorte de plaid où les causes étaient jugées, tantôt par lui seul, tantôt avec le concours de ses hommes libres '.Ainsi s'exerçaient, dans chaque localité, les pouvoirs individuels, inhérents au domaine. Le propriétaire gouvernait et jugeait dans ses terres, aussi bien que les hommes libres ^ dans l'assemblée de la centène ou du comté. Voilà, dans leur origine, les justices seigneui^iales.

Le pouvoir royal s'exerçait en même teuîps dans chaque circonscription territoriale, et y possédait une véritable juridiction^. En admettant qu'en Germanie, les comtes, les centeniers et autres magistrats locaux fussent électifs, toujours est-il qu'après la conquête ils paraissent avec le caractère d'officiers royaux. Dans les premiers temps, l'office de comte dut appartenir naturellement à fhomme le plus considérable, au chef le plus fameux de chaque district ; et le roi, en le chargeant de présider l'assemblée des hommes libres et de marcher à leur tête dans les expéditions militaires, reconnaissait une prééminence déjà établie, bien plutôt qu'il ne l'investissait d'un nouveau pouvoir. Mais l'importance toujours croissante de la cour, la dispersion des hommes libres, et la nécessité de maintenir quelque unité entre les diverses parties du territoire, assurèrent bientôt au roi, sur la nomination de ces magistrats locaux, une influence plus directe. L'amovibilité des comtes est attestée par tous les monuments de la première race *. Les avantages directs et indirects attachés à leur office excitaient l'ambition ; on le rechercha aussi avidement que les bénéfices; on s'y fit nommer et mainlenirà prix d'argent. Dès que les choses se passaient ainsi, il était plus facile auxleudes du roi qu'à tout autre d'obtenir ces magistratures : les jeunes gensélevés auprès du prince allèrent donc souvent, en qualité de comtes, s'établir dans les provinces ; et le monarque eut ainsi, dans chaque district, un délégué qui tenait de lui seul son pouvoir. Le

' HuUmann, Hist. del'orig. des ordres, p. IG-18. ' Alirimauni, rachiinbur<;i, boni homincs. » Guizot, Essais sur Vhist. de France, p. 2C2. * Marculf., Form., I. 1. c. S.

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roi nommait aussi les ducs, les patrices, les margraves ou comtes des frontières; et par leur nature même, ces emplois dépendaient encoie plus étroitement de son autorité. Beaucoup de savants ont regardé les ducs comme des magistrats supérieurs aux comtes et également investis de la juridiction civile. Tout indique cependant que les ducs et les margraves étaient surtout des officiers militaires, chargés de commander quelque expédition ou de veiller à la défense du territoire '. A ce titre, ils tenaient du roi tous leurs pouvoirs.

Ainsi l'autorité et la juridiction appartenaient simultanément aux assemblées d'hommes libres, aux grands propriétaires et aux délégués du roi. Mais, dans l'épouvantable désordre qui régna sous les JMérovingiens, alors que la propriété, la liberté et les offices étaient constamment en proie aux usurpations et aux hasards de la force, il est impossible de suivre de près les vicissitudes de ces institutions '.

Le système des assemblées d'hommes libres alla déclinant de jour en jour, et les plaids locaux furent presque déserts. Parmi les hommes qui auraient dû s'y rendre, les uns, devenus riches et forts par euxmêmes, ne songeaient qu'à s'affermir dans leurs domaines, et ne s'inquiétaient plus de la communauté dont ils n'avaient plus besoin; les autres, ne trouvant dans ces assemblées aucune protection efficace, cherchaient ailleurs quelque garantie à ce qu'ils pouvaient conserver de liberté.

Si les institutions monarchiques furent quelque temps en progrès, ces progrès eurent bientôt lieu aux dépens de la royauté. Les ducs, les comtes, les centeniers ne s'occupèrent qu'à se faire des domaines, et à faire perdre à leur autorité son caractère de délégation. Ils convoquaient les plaids, mais dans 1 unique vue de multiplier les occasions de compositions et d'amendes dont il leur revenait une part. Ils se prévalaient du nom du roi, mais pour exploiter à leur profit la force qu'ils en retiraient, c'est-à-dire pour accroître leurs richesses et fonder leur indépendance.

Les grands propriétaires étaient donc les seuls qui gagnassent vraiment du terrain. Mais, au milieu même du viii^ siècle, ce système de l'aristocratie territoriale n'avait encore acquis aucune régularité au dedans, aucune stabilité au dehors : toute organisation

' Hullmann, loc. cit., p. 44-46. De Savigny, lac. cit., 1. 1, p. ib'J- Struve, Corpus mstonœ Germanicœ, t. 1, p. 117. * Guizot, Essais sur Pkist. de France, p. 266.

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lui manquait. Les relations des propriétaires libres, soit entre eux, soit avec les habitants de leurs domaines, n'étaient régies par aucun principe convenu, ni soumises à aucune forme déterminée : la force seule y présidait. On ne rencontrait dans les associations locales ni plus de régularité ni plus de fixité que dans la société générale; la dissolution et le désordre n'étaient pas moindres dans chaque comté que dans l'Etat. Telle fut la Gaule à l'avéneraent de la seconde race.

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