THIERRY IV
Charles mit à sa place un autre prince (hi sang royal, appelé Thierry IV (Thioderik IV) de Chelles, parce qu'il avait été élevé en ce lieu. On le dit fils de Dagobert IL
Les dangers de l'invasion germanique menaçant toujours la Gaule, Charles cherchait à les prévenir par le succès de ses armes; en même temps que des missionnaires se lançaient dans le vaste monde païen de la Germanie, à travers les populations barbares, attachant
Hiacmar, cpist. 6, c. t9 : Tcmpore Caroli principis... in Germaniciset Belgicis ac Gallicanis provinciis oninis rclijïio christianitatis penè fuit abolita, ita ut... multi j.Tin iu Oricntalibus regionibus idola adorarcnt et sine baptisrno niane rcnt.
' nist. dp l'Eglise gnU., p. 421, 427, 438.
' Epist. CaioU, t. I, Conc. Call., p. 517.
» Hist, ffe Frttnc, t. 1, p. 292-
IIO HISTOIRE DE FRANCE. [An 735]
au sol ces tribus mobiles pnr le clou})le lien de la religion et de la civilisation'. Il attaqua les Saxons, à qui il imposa de nouveau le tribut, et soumit toute la contrée ju'-qu'au Veser; puis il châtia les Allemands, et porta ses armes au delà du Danube ^ Après la guerre de Bavière, l'an 725, il ramena de ce pays SonnicliilJe, qu'il épousa quand il eut perdu Rotrude, sa première femme. Cette dernière lui avait donné Carlonian et Pépin; il eut de celle-là Gripon ou Grifon. D'autres expéditions furent suivies du même succès; mais ces guerres contre des nations barbares augmentaient parmi les Franks la licence et les désordres.
La richesse de la Gaule et le souvenir encourageant de leurs anciennes invasions appelaient vers le Rhin les Frisons, les Saxons, les Allemands, que Charles refoulait avec tant de constance et d'activité. Tandis que les peuplades germaines veulent descendre du nord au midi, voilà que des conquérants non moins redoutables remontent du midi au nord.
Les Sarrasins venaient de détruire en Espagne l'empire des VisigOths, qui avait subsisté pendant plus de trois cents ans, et de se jeter dans la Gaule narbonnaise, dépendance de la monarchie espagnole. Cette province leur résista plusieurs années''. Mais enfin ils prirent Narbonne l'an 722, passèrent les hommes au fil de l'épée, emmenèrent captifs les femmes et les enfants. Ils allèrent ensuite mettre le siège devant Toulouse*. Eudes, duc des Aquitains, qui s'était fait, comme on l'a vu, un Etat indépendant dans les provinces au delà de la Loire, courut au secours de cette place, et contraignit les Sarrasins de lever le siège. Toutefois, il ne put empêcher qu'ils ne fissent, les années suivantes, plusieurs incursions dans les Gaules, portant partout la désolation et le ravage, s' attachant particulièrement à saccager les églises et les monastères, où ils espéraient trouver plus de butin et moins de résistance qu'ailleurs.
Eudes, vainqueur des Sarrasins devant Toulouse, mais alors menacé par les Franks, ayant conclu la paix avec les Infidèles, et même, par une trans-action impie, donné sa fille à l'émir Munuzza, qui s'était rendu indépendant au nord de l'Espagne ^, crut pouvoir inviter ses nouveaux alliés à le venir secourir contre le duc Charles, avec
' Histoire de France, t. 1, p. 204.
* JnnriL Metens., ad nnn. 719, 720, 725.
* Hist. de l'Eglise grill , t. 5, p. 450.
* Chron. Mnissiacense. Vide P;<gi, ad ann. 721.
* Filiam suam Kudo, causa fœdcris ci in conjugiutn copulandam, ad persecutioneni Arabum differendam, jam olim tradiderat, ad suos libltu? inclinan* dam. (Isidorus Pacensis, ad Script, rer. Franc., t. 2, p. 721.)
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lequel il se trouvait de nouveau en guerre, et qui lui avait fait éprouver une double déf\nte (ySi) ^ Mais l'émir se trouvait, à l'égard des lieutenants du calife, dans la même position qu'Eudes par rapport à Charles-Martel. Les Sarrasins lui siipposaient le projet de les exclure de l'Espagne à son profit, comme Eudes eût voulu exclure les Franks du midi de la Gaule. L'alliance coupable contractée par le duc des Aquitains tourna donc fort mal. L'émir Munuzza, resserré dans une forteresse par Abder-Rahman, lieutenant du calife, n'évita la captivité que par la mort; il se précipita du haut d'un rocher. La fille d'Eudes fut envoyée au sérail du calife de Damas. Les Arabes franchissant les Pyrénées pour envahir toute la Gaule, Eudes ne leur opposa qu'une résistance inutile. Abder-Rahman, avec une armée formidable, niarcha vers Bordeaux, le prit, brûla toiites les églises, et lit massacrer un'grand nombre de chrétiens. Il pilla ensuite les plus belles villes de l'Aquitaine, tandis qu'une partie de ses Arabes ravageait la Provence et la Bourgogne. Ils pénétrèrent jusqu'à Marseille, s'emparèrent d'Avignon, de Viviers, de Valence, de Besancon, de Lyon, d'Autun, de Mâcon, de Châlons-sur- Saône, assiégèrent Sens, etc. Pendant qu'un corps d'Infidèles traversait la Bourgogne comme un torrent de flammes, Abder-Rahman, suivi de plus de quatre cent mille de ces barbares, se rendait maître de Poitiers. Il y brûla l'église de Saint-Hilaire, et il se préparait à aller brûler celle de Saint-Martin de Tours.
Cependant Eudes, dont les troupes, inférieures en nombre aux Sarrasins, avaient été taillées en pièces sur les bords de la Dordogne, s'adressa au duc des Franks, son ennemi. Charles, que la ruine de l'Espagne et la désolation de l'Aquitaine avertissaient de ce qu'il devait appréhender pour ses possessions, se trouvait déjà en mesure d'arrêter les Infidèles. Il livra la bataille entre Tours et Poitiers, mais plus près dé Poitiers, et remporta la plus signalée victoire que les annales des peuples aient enregistrée (732). On prétend qu'il demeura trois cent soixante et quinze mille Barbares sur le carreau, et que les Franks ne perdirent que quinze cents ou même que mille hommes^. On croit que c'est de là que le surnom de Martel a été donné à Charles, parce qu'il fut comme le marteau qui écrasa les Sarrasins^. Ceux qui échappèrent au carnage se réfugièrent dans la Gaule gothique. Quelques troupes de ces fuyards s<^ répandirent
' Annal. IHeifns., ad ann. 731.
» Paul Diacre, rf*? Cest. Longob. Anast. Ribl., m Creg. II.
* Quia nulli parrcrc sciret. ( Chron. Virdun., apurl Script, rtr. Franc.)
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dans le Liiiuni.sin, l)iul;int les lieux saints, et mettant à mort les chrétiens, connue pour vene^er le sang de leurs frères '.
Ainsi rEurope du milieu et du nord fut préservée, par le bras de Charles-Martel, du fléau de l'islamisme, cette religion des sens qui s'établissait par le cimeterre, pour demeurer sous l'empire du christianisme, cette religion de l'esprit et du cœur, mère de la civilisation, principe de tout développement moral, source de toute charité. Ainsi les Franks furent les instruments dont la Providence se servit pour rendre à l'humanité le plus grand service qu'elle pût recevoir; et la croix de Jésus-Christ, autour de laquelle Clovis les avait ralliés, les guida à leur plus noble triomphe. Ce n'est pas Charles-Martel, c'est l'Eglise; ce ne sont pas les Franks, ce sont tous les chrétiens, c'est 1 humanité, c'est la civilisation du monde qui vainquirent aux champs de Poitiers.
Charles-Martel ternit l'éclat de sa victoire par les vexations qu'il exerça contre quelques prélats. On lui avait rendu suspecte la fidélité de S. Eucher, évéque d'Orléans. Il traversa cette ville au retour de son expédition contre les Sarrasins, et donna ordre au saint de le suivre à Paris, d'où il l'exila à Cologne (ySS). Eucher était innocent; mais il est vrai que la puissance du duc des Franks, affermie par ses exploits, ne le mettait pas à l'abri des conspirations. Quelques anciens actes font juger qu'il en fut tramé une par la princesse Sonnichilde, apparemment en faveur de ses enfants, et par Gérard (Gairède), comte de Paris ^.
Des soulèvements, par lesquels tantôt les Gallo-Franks de Bourgogne, tantôt les peuplades barbares de la Germanie protestaient contre le joug de l'Austrasie, annoncent les difficultés de sa position. Charles comprima la révolte de la Bourgogne, pays romain qu'inquiétait son terrible ascendant, et que mécontentaient ses usurpations des biens ecclésiastiques. Il comprima également les Frisons, qu'il défit, et obligea à livrer des otages (734)^.
Eudes, duc des Aquitains, étant mort l'année suivante (ySS), il fit une course sur son territoire, qu'il laissa pourtant à Hunalde, fils d'Eudes, à la charge d'un tribut, qui fut mal payé. L'humiliation qu'éprouva Hunalde de se voir tributaire du duc des Franks ne le disposa point à garder la fidéfité jurée par lui, non point à Thierry IV, mais à (^harles ainsi qu'à ses deux fils Carloman et Pépin.
Thierry IV, dont on n'avait fait nulle mention dans le serment de
» Hist. de l'Eglise galL, t. ô, p. 460.
* Mabill., de Re diplom., p. 363.
* Jnnnl. Mefens.
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fidélité, mourut peu après cette expédition d'Aquitaine, et Charles ne se mit point en peine de remplir, au moins d'une ombre de roi, le trône vacant de Neustrie et de Bourgogne.