PÉPIN LE BREF
Pépin, qui ne négligeait rien pour s'assurer la qualité de roi, voulut recevoirlonction royale, comme pour mettre piu- cette cérémonie le sceau de la religion à la puissance dont il jouissait déjà. 11 se fit sacrer à Soissons par S. Boniface ^ C'est le premier exemple certain qu'on trouve du sacre de nos rois; et l'on peut dire que la politique de Pépin, qui voulait rendre par là sa personne plus auguste, n'y eut pas moins de part que sa piété ^. Du reste, le premier usage qu'il fit de son autorité fut de rendre, par le conseil de S. Boniface, à plusieurs évêques, la moitié des biens de leurs Églises, et à d'autres seulement le tiers, promettant de restituer le tout dès que les conjonctures le lui permettraient ^.
Pour commencer son règne par une expédition avantageuse à la religion, dont sa famille soutenait si glorieusement les intérêts, Pépin entreprit de chasser les Sarrasins de la partie des Gaules qu'ils avaient conquise sur les Goths, et où ces infidèles se maintenaient toujours à la honte du nom chrétien (j^a). Tout plia, excepté Narhonne. La force de cette place l'obligea de changer le siège en blocus 5 mais on le verra plus tard la réduire enfin sous son obéissance, et non-seulement soumettre la Gaule gothique, mais porter ses armes jusqu à Barcelonne.
Protégeant la chrétienté au nord comme au midi, il châtia les Saxons païens (jjSj, qui avaient chassé les missionnaires et brûlé un grand nombre d'églises; car, par une circonstance bien remar-
' Annal. Loisclii/ni.
« Hist. de r Eglise gnlL, t. 6, p. 4.
* Ann. vet., ajjud Boll., 1 junii, p. 448-
[An 753] l'IV. m. PÉPIN LE BREF. l3l
quable, les Franks n'eurent alors pour ennemis que les ennemis de la religion, et par conséquent de la civilisation. Pépin détruisit leurs forteresses, efne leur accorda la paix qu'à condition cpieles ouvriers évangéliques qui voudraient travailler en Saxe auraient une entière liberté de prêcher et de baptiser '. Le ti^ibut de trois cents chevaux que les vaincus durent livrer n'était qu'un avantage accessoire ^.
Pépin châtia encore les Bretons qui avaient fait quelques incursions sur les terres des Franks : il prit le château de Vannes, et contraignit le comte des Bretons à se soumettre ^.
Cesguerres étrangères n'empêchèrentpoint le roi des Franksde travailler au dedans à la réforme des abus et à la correction des vices. Il lit assembler à ce sujet, à Verberie, maison royale dans le Soissonnais, un concile que Ion rapporte au commencement de son règne. D'autres règlements furent dressés dans un concile de IMetz. Ils sont en partie civils, en partie ecclésiastiques, parce que les assemblées où l'on dressait ces articles étaient composées des évêques et des grands laïques *.
Puisque le mot d'assemblée vient de se retrouver sous notre plume, nous ferons observer, avec M, Guizot ^, que celles de la nation, tombées en désuétude sous les Mérovingiens, redeviennent fréquentes sous Pépin le Bref. Il a été porté au trône par ses compagnons, par les grands propriétaires et le clergé 5 il faut qu'il les consulte, les ménage et les associe à son pouvoir. Il n'est point un usurpateur ordinaire, héritier, par la force, de la royauté mérovingienne ; il est le chef d'un peuple nouveau qui n'a point renoncé à ses anciennes mœurs, et qui tient à la Germanie plus étroitement qu'à la Gaule. Bien que la nation eût été ^enou^ elée comme la dynastie, ses assemblées ne furent cependant pas alors ce qu'elles étaient jadis en Germanie, et l'on n'y vit pas se réunir tous les hommes libres ^. Etrangers à tout dessein général, vivant siu' les terres et sous le patronage dun seigneiu", la plupart ne pouvaient s'y rendre et n y étaient nullement représentés. Les grands, soit ceux qui résidaient habituellement à la cour, soient ceux qui avaient
' Annal. Mctens., ad ami. 753.
"^ M. Michelet fait remarquer {Hist. de France, t. 1, p. 299) que le cheval était la principale victime qu'immolaient les Perses et les Geruuiius. Le pape Zacharic (epist, 142 recommande à S. Boniface d'empêcher qu'on ne mange de la chair de cheval, sans doute comme viaude de sacritid-.
' Daniel, Abrégé de l'hist. de France, t. 1, p. 264.
* Conc. GalL, t. 1, p. 5.
" Essais sur i'hist. de France, p. 78.
« IbiU., p. 322.
l32 HISTOIRE DK FRANCE. [Ati 753]
reçu (le vastes l)cnéfK'es ou t^ouYcrnaÙMit les provinees, se rassemblaient seuls auprès (lu roi; mais leur participation aux affaires était réelle, et n'avait pas (les intérêts personnels pour unique objet. Pépin transporta au mois de mai la convocation périodique des Champs de Mars ',et elle eut lieu avec assez de réirularité. L'histoire nous a conservé quelques détails sur huit placites généraux rassemblés sous son règne, de l'an y'^/y à l'an -jGy "-; et il en tint probablement un plus grand nombre. La plupart de ces placites se réunirent à l'occasion de quelque événement considérable, de quelque nécessité publique; U^s évêques, les ducs, les comtes, les grands bénéficiers, les chefs même des nations lointaines incorporées à la monarchie franke, ne manquèrent pas de s'y rendre; des guerres, des ti-aités, des lois, des mesures vraiment politicpies et générales en furent la suite ^.
Fort du concours de la nation, Pépin utilisa surtout cette force dans l'intérêt du Siège apostolique.
Astolphe, roi des Lombards, faisait une cruelle guerre aux Romains ^. Constantin Copronyme, empereur de Constantinople, prince hérétique et tyran, n'avait ni le pouvoir ni la volonté de secourir Rome, où il gardait une ombre de souveraineté. Après avoir vainement imploré son appui, le pape Etienne III fit demander à Pépin la permission de se réfugier dans les Gaules ; et une négociation s'engagea avec des envoyés du roi des Franks, afin que celui-ci vînt au secours de l'Eglise romaine à la tête d'une puissante armée (753). Le pape adressa en même temps une lettre à tous les ducs des Franks, pour les conjurer d'appuyer ses prières auprès du roi ^. Pendant cette négociation, qui pouvait traîner en longueur. Pépin envoya en Italie S. Chrodegand, évêque de Metz, et le duc Autchaire, avec mission d'amener le souverain pontife dans les Gaules, comme il l'avait souhaité. Arrivé à Pavie, où Astolphe tenait sa cour ^', Etienne fit de riches présents à ce prince, le conjurant avec larmes de rendre les prisonniers et de restituer ce qu'il avait usurpé sur l'Église romaine. Astolphe accepta les pré-
se
' Veait Thassilo ad Martis Campuni, et mutavcruYit IMartis Campum in men maïo. {ÀniKil. Petav.^ ad aiic. 75b, dans le Reci'eil des historiens de France, t 5, p. 13.)
* Voir la Théorie des lois politiques de la Fraiiee, t. 3, Pronvps, p. 129-130.
' On lit en tête de presque tous les capitulaires de Pépin le Bref: In plenû synodo, in gencrali popuii coavcntu. (Apud Rai., t. I, p. 1C2, 178, 179 )
4 Hist. de r Eglise gall., t. C, p. 12.
» Co/ic. Gall., t. 2, p. 10.
«• Anasta.s. Hil>li«itli.,. in ri/d Steph.
[An 764] Ï-IV. III. vi.PlS LE BREF. I 33
sents et rejeta les prières. Il entra uîenie clans un grand courroux, lorsqu'il apprit que le pape voulait passer en Gaulej mais n osant s'opposer ouvertement à ce voyage, il consentit, sur les instances des envoyés de Pépin, à ce qu'Etienne passât outre. Le pontife quitta donc Pavie; et, quand il se fut avancé sur les terres des Franks, Pépin envoya à sa rencontre Charles, son fils aîné, accompagné de plusieurs grands. Il se mit lui-même en marche avec la reine et ses autres enfants '. Ayant joint le pape à une lieue de Pontion, maison royale dans le Pertois ", il descendit de cheval, se prosterna avec la reine et les princes aux pieds du vicaire de Jésus- Christ, et marcha pendant quelque temps à ses côtés, faisant l'office d'écuyer; persuadé sans doute que les rois de la terre ne relèvent jamais plus l'éclat de leur majesté que lorsque, pour l'amour du Roi des rois, ils savent ainsi s'abaisser devant ses premiers ministres. Etienne, à larrivée de Pépin, entonna des hymnes et des cantiques en action de grâces, et marcha en chantant avec son clergé jusqu'au palais de Pontion, où il se trouva le jour de l'Epiphanie (754). Il offrit aussitôt de magnificpies présents au roi et aux grands.
Toute la cour était dans la joie : la scène fut bien changée le lendemain. Etienne et son clergé se couvrirent de cendres, et paraissant en cet état lugubre devant Pépin, dans loratoire du palais, ils se jetèrent à ses pieds et le supplièrent, par la miséricorde divine et les mérites de S. Pierre, de les délivrer, eux et le peuple romain, de la servitude des Lombards ^. Le roi, surpris et attendri de ce spectacle, voulut relever le pape 5 mais il protesta qu'il demeurerait dans cette humiliante posture jusqu à ce que Pépin, les princes ses enfants et les grands, lui eussent promis de le secourir et tendu la main pour l'assurer de leur appui. Tous les assistants s'empressèrent de le faire, et Pépin jura le premier qu'il délivrerait incessamment l'Eglise romaine de loppression des Lombards. Mais, comme la saison ne permettait pas d entreprendre alors une expédition si importante, il invita Etienne à passer l'hiver au monastère de Saint-Denis, où 11 ordonna qu on lui rendit tous les honneurs dus à sa dignité.
Au mois de mars^uivant, il assembla les grands k Quierci sur lOise, pour faire arrêter la guerre qu'il avait résolu de déclarer à Astolphe. Le pape se rendit de Saint-Denis à cette assemblée, et sa
* Eftinliard., Annal., ad ann. 7j3.
' Cont. Frcdeg., c. 1, 9.
* Annal. Metens., et Âuastas.
i34 HiSTomr de frânce. [\n 754]
présence acheva de déterminer les esprits. Alors Pépin, les princes Charles et Carloman, firent donation au saint Siège de plusieurs villes d'Italie, conquises sur l'Empire par les Lombards, promettant au souverain pontife de l'en mettre en possession dès qu'ils s'en seraient emparés ^
Quoique Pépin eût déjà reçu l'onction royale des mains de S. Boniface, il souhaita, comme par abondance de droit, de la recevoir encore des mains d'Etienne"'; et, afin d'assurer la couronne dans sa famille, il la fit aussi donner à ses deux fils Charles et Carloman, et à la reine Bertrade leur mère (754)- Durant la cérémonie, qui eut lieu au monastère de Saint-Denis, le pape déclara aux grands qu'il leur défendait, par l'autorité de S. Pierre dont Jésus- Christ lavait fait dépositaire, de se choisir jamais un roi qui ne fût de la race de ces princes^, élevés sur le trône par la divine Providence pour la défense du Siège apostolique*. Ce sont les termes d'Hilduin, abbé de Saint-Denis, qui vivait peu de temps après ^.
Cependant, le bruit des préparatifs de guerre que faisait Pépin avait alarmé Astolphe, roi des Lombards. Pour détourner l'orage qui le menaçait, il obligea l'abbé du Mont-Cassin à envoyer dans la Gaule Carloman, frère du roi des Franks, avec mission de le dissuader de cette expédition*^. Carloman vint donc trouver Pépin à Quierci, et s'acquitta en public de la commission dont il était chargé. Le roi répondit qu il ne pouvait se dispenser de tenir la parole si solennellement donnée au pape; et, de peur qu' Astolphe ne déchargeât son ressentiment sur Carloman, il le retint dans la Gaule, de concert avec le souverain pontife. L humble religieux accompagna son frère jusqu'à Arienne, où il attendit, avec la reine Bertrade, l'événement delà guerre ; mais il y mourut, dans un monastère, le 3 décembre de la même année (754), avant le retour de Pépin. Prince véritablement grand par lusage qu'il sut faire de la grandeur tant qu'il gouverna les Franks, mais beaucoup plus grand encore par le mépris qu'il en fit, en la quittant pour Jésus-Christ^.
Avant d'en venir aux mains. Pépin engagea, à plusieurs reprises, le roi des Lombards à restituer les patrimoines usurpés de l'Eglise romaine, et à reconnaître l'indépendance de Rome : démarches qui
' Anastas., in Adriano primo.
* Eginhard. Anastas.
* Ut unquàm de alterius lumbis regem in œvo praesumant eligere.
* Hist. de r Eglise gai/., t. 6, p. 21.
* Hildiiinus, in Areop.
« Anastas. Bibl., in Steph. II.
» Hist. de l'Eglise galL, t. 6, p- 25.
[An 755] l'IV. III. PÉPIN LE BPtEF. l35
ne servirent qu'à rendre meilleure la cause dont il prenait la défense. Sur le refus d'Astolphe,il entra en Italie, l^attit son adversaire, l'assiégea dans Pavie, et ne lui accorda la paix qu'à condition de céder à l'Eglise et à la république de Rome l'exarchat de Ravenne et les autres villes conquises sur les empereurs de Constantinople, et de donner des otages pour garants de sa fidélité '. Le traité étant conclu et juré, Pépin, pour consommer son ouvrage, fit conduire à Rome le pape chargé de présents". Puis il retourna dans la Gaule, sur la fin de l'an ^54, avec la double gloire d'avoir vaincu, et de n'avoir vaincu que pour le saint Siège "*.
Mais, dès qu'il fut hors de lltalie, Astolphe, loin de livrer les places convenues, se prépara à assiéger Rome, aux portes de laquelle il envoya exercer des ravages. Etienne appela aussitôt à son aide Pépin et les deux princes ses enfants, à qui il donna, dans sa lettre, la qualité de rois et de patrices des Romains^. Le i*"'" janvier y 55, la ville se trouva investie par Astolphe ^. Les Lombards du duché de Bénévent, établis du côté des portes de Saint-Paul et de Saint-Jean- Baptiste, commirent des cruautés et des profanations inouïes. Ils brillèrent les églises hors de Rome, percèrent de leurs épées les saintes images et les jetèrent au feu. Ils mirent les saints mystères, c'est-à-dire le corps de Jésus-Christ, dans des vases profanes, et s'en noiUTirent, après s'être gorgés dans leurs festins. Ils tourmentèrent et tuèi'ent les moines, arrachèrent les religieuses de leurs cloîtres pour en faire les victimes de leur brutalité, coupèrent les vignes et incendièrent toutes les habitations des environs de Rome. C'est Etienne qui décrit ces impiétés à Pépin, dans une lettre encore plus pathétique que la précédente ^. L'extrémité où le pontife se voyait réduit avec son peuple le fit recourir à un pieux stratagème pour frapper l'esprit des Franks. Il écrivit, au nom de S. Pierre, une nouvelle lettre, adressée au roi, au clergé et aux grands", à laquelle il en joignit une autre, adressée à tous les Franks ^ Il n'en fallait pas tant pour exciter leur zèle. Dès que Pépin sut le danger où était le pape, il vola à son secours; et le bruit de sa marche, joint à la vigoureuse résistance des Romains, obfigea Astolphe à lever le siège
' Anastas. Cont. Fredeg., Epist. Steph. ad pi pin.
* Annal. Fiihlms-, et Loisel.
■ Hi.st. de l'Eglise ga II., t. 6, p. 20.
* Cod. Carol., ep. 9. Qjnc. Gall., t. 2, p. 21.
* Cod. Carol., ep. 6.
« Conc. Gall., t. 2, p. 22,
' Ep. 3, Cod. Carol., apud Duchesne, t. 3. p. 705.
* Cod. Carol., ep. 6.
l36 HISTOIRE DE FRANCE. [An 7ôo]
Pëpin paraissait pour la seconde fois devant Pavie, lorsque des rnvoyës grecs tâchèrent de le déterminer à rendre l'exarchat de Ravenne à l'empereur de Constantinople. Le roi des Franks répondit qu'il ne souffrirait jamais que ces places fussent aliénées du patrimoine de S. Pierre et de l'Eglise romaine. Il assura même, avec serment, que ce n'était en considération d'aucun homme qu'il s'était exposé à tant de comhats, niais seulement pour l'amour de S. Pierre, et alin d'obtenir la rémission de ses péchés; ajoutant que tous les trésors du monde ne lui feraient pas oter à S. Pierre ce qu'il lui avait donné. Ainsi les envoyés de l'empereur se retirèrent confus.
Pépin fut bientôt en étal de garantir sa donation; car il pressa si vivement le siège de Pavie, qu'Astolphe lui députa des évèquespour implorer sa clémence. Il ne pouvait employer de plus puissants intercesseurs. Le roi des Franks se laissa toucher par les ministres de l'Eglise; seulement, pour punir la perfidie du prince lombard, il ajouta plusieurs places à celles qu'il avait données au saint Siège l'année précédente. Toutes ces villes, selon le dénombrement d'Anastase le Bibliothécaire, étaient au nombre de vingt-deux. Pépin, retournant dans la Gaule, laissa en Italie un délégué pour presser l'exécution du traité. Ce délégué alla, avec les députés d'Astolphe, dans toutes les villes désignées, en reçut les clefs, et vint les offrir sur le tombeau de S. Pierre, avec la donation que Pépin en faisait au saint Siège '. C'est ainsi que le premier de la seconde race de nos rois jeta les fondements de la grandeur temporelle de l'Eglise romaine ^.
Tant que l'empire romain s'étendit sur toute la terre, fait observer à ce sujet un sage historien^, les souverains pontifes partagèrent, avec tous les fidèles, les persécutions et les triomphes de la religion, tantôt protégée par les Constantin et les Tliéodose, tantôt opprimée par les Constance et les Jidien. Mais, après que la puissance romaine eut disparu pour faire place à tant d'autres qui s'élevèrent sur ses débris, et qui se trouvèrent divisées de vues et d'intérêts, dès lors il entra dans le dessein de la Providence que les papes devinssent indépendants, et qu'ils se trouvassent eux-mêmes revêtus d'un pouvoir qui, sans les rendre redoutables, les mît du
' Hinc de receptis civitatibus à B. Petio, atque à sanctâ Romanâ Ecclesiâ, ab omnibus in perpetuuin pontificibus apostolirae Sedis possidendis misit iu scriptis donalionem. (Anastas, Bibi., apud Script, rer. Franc, t. 5, p. 3 )
« Hi.it. de l'Eglise grill., t. 6, p. 32.
» Hi.1t. de France, A. M. D. G., t. I, p. 103.
[An 757] I-IV. m. — PEPI> LJt BKEF. iZy
moins en état d'exercer librement leur autorité spirituelle, et de ne recevoir l'influence d'aucun des princes qui partageaient le monde chrétien.
A son retour d'Italie, Pépin fit assembler, le ii juillet, la quatrième année de son règne, à Verneuil, maison royale sur 1 Oise, un concile de presque tous les évêques des Gaules, pour tâcher de rétablir en partie la discipline, en attendant que des temps plus tranquilles permissent de la rétablir entièrement '. Un autre concile fut tenu plus tard à Compiègne.
Cette même année (755), Dieu récompensant par la victoire des travaux entreprispoursa gloire. Pépin acheva la conquête de la Gaule gothique en s'emparant de Narl)onne, qui se rendit après un blocus de trois ans. Nous avons dit le commencement de cette guerre, entreprise par- les Goths de la Septimanie pour recouvrer leur indépendance, au moment où Alphonse le Catholique, retranché dans les Asturies, y relevait leur monarchie. Les Sarrasins, reculant devant le soulèvement des vaincus, avaient été ol^ligés de s'enfermer dans Narbonne.Un chef des Goths s'était fait reconnaître pour seigneur par Nîmes, Maguelonne, Agde et Béziers ". Mais les Goths, trop faibles pour reprendre Narbonne, avaient appelé les Franks. Et ceux-ci, inhabiles dans l'art des sièges, seraient restés éternellement devant cette place, si les habitants chrétiens n'avaient fini par faire main basse sur les Arabes, et par ouvrir eux-mêmes leurs portes. Pépin promit, avec serment, de respecter les lois et franchises du pays ^.
Cependant, la face des affaires était changée en Italie *. Tandis qu'on y travaillait à mettre le saint Siège en possession des places dont on était convenu, Astolphe se tua à la chasse d'une chute de cheval ("Sô) ^. Didier fut recomui roi des Lombards*^, après qu'il eut juré au délégué de Pépin d'exécuter le traité fait par Astolphe; et de plus, de céder à l'Église romaine le duché de Ferrare et plusieurs autres villes.
Mais Constantin Copronyme n'avait pas abandonné le dessein de recouvrer Iltalie. Il envoya, lan 757, à Pépin, des ambassadeurs qui lui présentèrent un orgue, qu'on dit être le premier qu'on
* Coric. rernens., Conc. Grill., t. ')., p. '>8. lUsf. de V Eglise gall.^ t. 6, p. 46. - Cliroii. iVoissiac, apud Script, rer. Franc.., t. 5, p. 68.
* IbiU-, p. 69 : Dato sacramento Golliis qui ihi erant, ut si civitatem partibus tradcient Pcpini régis Francorum, permilterent eos kgcin suaui liaberc.
* Hi<;t. de l'Église gnl!., X. 6, p. 54.
* Annal. Metens., ari ann. 756. Eginliartl., Annal.
* Epi st. Steph. ad l'ipin.
l38 HISTOIRE DE FRANCE. [An 760]
ait VU dans la Gaule. La description que les auteurs contemporains' font de cet instrument nous apprend qu'il était semblable à nos r)rgues; car il se composait de tuyaux et de soufllets, par le moyen desquels l'air, étantpoussé dans les tuyaux, imitait tantôt le bruit liorrible du tonnerre, tantôt le doux son d'une lyre ou d'une flûte. Le pape Paid I*"*" n'omit rien pour détacher le roi des Frafiks d'un ennemi de l'Eglise romaine aussi dangereux que l'était Constantin Gopronyme. A son toiu', il lui envoya des présents, au nombre desquels plusieurs livres qui devaient servir à établir la liturgie romaine et le chant romain dans la Gaule ^.
Le saint Siège avait plus besoin que jamais d'une aussi puissante protection que celle de Pépin '^. Didier, sachant le roi des Franks occupé à dompter les Saxons et les Slaves*, oublia les promesses qu'il avait faites pour monter sur le trône. Il ravagea par le fer et le feu la campagne de la Pentapole, des duchés de Spolette et de Ravenne. Il fit même emprisonner les grands qui s'étaient soimiis au saint Siège et au roi des Franks^. L'ambassadeur de l'empereur étant passé de la Grèce en Italie sur ces entrefaites, Didier le sollicita d'engager son maître à rentrer par la force en possession de l'exarchat de Ravenne. Outré de cette perfidie, Paul F' recourut, par plusieurs lettres, au roi des Franks. Toutefois, Didier, étant venu à Rome l'an ySS, promit d'observer la paix, pourvu que le pape engageât ce prince à lui rendre ses otages. Paul ne put se dispenser d'en écrire à Pépin, mais les porteurs de la lettre étaient chargés de l'avertir de n'y point déférer ; et c'est ce que le pape lui faisait entendre, en lui adressant une épée dont le fourreau et le baudrier étaient garnis de pierreries, avec quelques autres présents pour lui et pour les princes Charles et Carloman.
Après avoir pressé plusieurs fois Didier de satisfaire le pontife, Pépin envoya à Rome, au commencement de l'an j6o, une ambassade qui parut d'abord produire l'effet qu'on avait lieu d'en attendre ^. L'artificieux Lombard ne tint pourtant pas encore la parole donnée tant de fois, et le pape eut de nouveau recours au roi des Franks '. Celui-ci continua d employer les négociations auprès de Didier, parce qu'il avait à soutenir dans les Gaules, pour la cause de l'Eglise,
' Monach. San-Gall, I. 2, c. 10. Hist. de l'Eglise gnlL, t. 6, p. 69.
* Ibid., p. 72.
* Ibid., p. 73.
* Eginliard., Annal., ad ann. 758.
'^ Cod. CaroL, ep. 15.
^ Epist. 21 Pauli papœ ad Pipi/ium, in Cod. Carol. ' Jbid., ep. 22, 24.
[An 766] I^IV. III. PÉPIN LE BREF. iSp
une guerre qui ne lui permettait pas d'entreprendre une nouvelle expédition en Italie ^
Vaifaire, à la faveur des troubles, s'était rendu indépendant en Aquitaine, où il régnait en tyran plutôt qu'en souverain ; et il avait usurpé, dans l'étendue de sa domination, les biens qui appartenaient aux Eglises du royaume des Franks. Pépin l'envoya sommer de les restituer et de les décharger de tout impôt. Sur son refus dédaigneux, il lui déclara la guerre, et l'obligea bientôt à se soumettre ^. Mais , l'année suivante , ce duc recommença les hostilités avec une animosité qui les lui fit continuer pendant huit ans. Pépin convoqua (76*1) sur les bords de la Loire la grande assemblée annuelle des Franks; ils s'y rendirent avec armes et bagages, passèrent le fleuve, et ravagèrent l'Aquitaine jusqu'à la contrée des Arvernes, où ils brûlèrent la ville forte de Clerimont, faisant périr dans l'incendie une foule d'hommes, de femmes et d'enfants \ La principale cité des Arvernes fut prise d'assaut, et les Franks, selon leur coutume, pillèrent tout ce qui pouvait s'emporter. L'année d après ils vim-ent encore, autour de Bourges, enlever des chevaux et des hommes. La révolte de Thassillon, duc des Bavarois, qui était d'intelligence avec le duc des Aquitains et avec le roi des Lombards dont il épousa la fille, forçant Pépin de ramener ses guerriers en deçà de la Loire, puis de tenir l'assemblée de mai à Worms sur les bords du Rhin (764), empêcha Vaifaire d'être alors écrasé. Mais, en 760, les Franks étendirent leurs excursions jusqu'à Limoges; en 766, ils poussèrent jusqu'à Agen, détruisant les vignes et les arbres, incendiant et pillant les maisons'*. Ce n'étaient là que les représailles des violences que les Aquitains et les Basques ^ exerçaient dans leurs courses hardies jusqu'à Autun, jusqu'à Chalons. Vaifaire, voyant que le roi des Franks, à l'aide de ses machines, s'était emparé du fort deClermont, ainsi que de Bourges, sa capitale, et ville très-fortifiée, avait fait abattre les murs de toutes les villes qui lui appartenaient, savoir : Poitiers, Limoges, Saintes, Périgueux, Angoulème et beaucoup
* Hist. de l'Eglise galL, t. 6, p. 77.
* Cont. Fredeg., A\i\i A Script, rer. Franc, t. 5, p. i. Eginhard., Annal., ibid., p. 199 : Cùm rcs quœ ad Ecclesias... peitinebant, reddere noluisset. — Spondet se Ecclesiis sua jura reddituruni, etc.
* Vivos concreniaverunt. (Fredeg., Chron. Aug. Thierry, Lettres sur l'hist. de France, p. 94.)
* Ibid., p. 95.
' * Cont. Fredeg., apud Script, rer. Franc, t. 5, p. 5-7 : Waifarius cum exercitu magno et plurimorum Wasconoruni, qui ultra GaronnaDi coinniorantur, qui antiquitùs vocati sunt Vaceti...
l4o HISTOIRE DE FRANCE. [An 768]
d'autres ^ Pépin s'en étant reiulu maître, il en appela aux hasards d'une bataille rangée, et lut coniplétenient défait "". Il demanda la paix, et n'obtint qu'un refusj ce qui causa tant d impression sur Tbassillon, duc des Bavarois, qu'il se réconcilia avec Pépin par l'entremise du pape. Pour Vai faire, il se retira dans les lieux forts, sur les montagnes sauvages. Mais chaque année lui enlevait quelques-uns des siens. Il perdit son comte d'Auvergne, qui périt en combattant ; son comte de Poitiers fut tué en Touraine par les honmies de Saint- Martin de Tours '^j son oncle Rémislan, qui l'avait abandonné, puis soutenu de nouveau, fut pris et pendu par les Franks.Vaifaire lui-même fut enfin assassiné par les siens (768), que son ambition avait engagés dans une lutte sans espoir. Ainsi Pépin; déjà tout-puissant en Italie par l'humiliation des Lombards, se vit seul maître de toutes les Gaules^ Il jouit trop peu de temps de sa nouvelle conquête, pour réparer dans l'Aquitaine les désordres causés par une guerre si acharnée ^ Il fut pris de la fièvre étant à Saintes ^. Son mal ne l'empêcha cependant pas de se rendre à Poitiers, et de là à Tours, où il répandit de grandes aumônes, priant humblement le Seigneur de lui faire miséricorde par l'intercession de saint Martin. Il se rendit ensuite au monastère de Saint-Denis, avec la reine Bertrade et les princes ses enfants. Là, connaissant que sa fin était proche, il réunit les évêques et les grands, et, de leur consentement, ses possessions furent divisées entre le prince Charles et le prince Carloman. Le premier roi de ta seconde race partagea la Gaule entre ses deux fils, à la manière des anciens rois, par coupe longitudinale '. Dans ce partage, les royaumes d'Austrasie et de Neustrie fment seids considérés comme des Etats, et l'immense territoire qui se trouvait en dehors leur fut ajouté comme annexe. Le royaume occidental, donné à Charles, s'étendait jusqu'aux Pyi'énées, à travers l'Aquitaine dont il ne comprenait qu'une partie. L'autre royaume, donné à Carloman, avait pour limites extrêmes le Rhin et la Méditerranée. Pépin mourut le 24 de septembre (768) et fut enterré à Saint-Denis. Il choisit sa sépulture à l'entrée de l'église en dehors, et voulut y être mis dans la posture où
' Cont. Fredcg., apud Script, rer. Franc, t. 5, p. 6 : Pectavis, Lemodicas, Santonis, Petrecors, Equolisma, et reliquas quàni plures civitatcs et castella, omnes muros eorum in terram prostravit.
2 Cont. Fredcg., c. 130.
'"• Ibiii. : Cornes Pictavensis, dîim Turonicam infestatam prsedaret, ab hominibus VulfaiiJi abbatis monasterii B. Martini interfectus est.
* Micbelet, Hist. de France, t. 1, p. 306. " Histoire de l'Eglise gall., t. 6, p. 99.
* Cont. Freùeg.
^ Aug. Thierry, Lettres sur l'histoire d( France, p. 145.
[An 768] ^^'^- m- CHARLES I, CA.RLOMAN I. l4l
étaient les pénitents qu'on nommmt ptos ternes • et cela à cause des péchés de son père Charles Martel, dont il voulait par là faire comme une sorte de pénitence publique après sa mort '.
Dans ce prince, tout fut grand, excepté la taille, qui le fit surnommer Pépin le Bref "^. Né à côté du trône, il s'en montra tellement digne par ses grandes qualités, que son ambition n'excita pas même la jalousie des grands. Il sut en effet si bien allier dans la suite les vertus chrétiennes et civiles avec les vertus militaires, qu'il fut toujours l'objet de l'amour des Franks, le défenseur de la foi, la terreur des ennemis de l'Etat et de l'Eglise. La réforme du clergé des Gaules, procurée sous ses auspices par S. Boniface, la grandeur temporelle du saint Siège fondée par sa générosité, attestent sa piété solide. Elle éclatait, du reste, dans les cérémonies solennelles, où il s'honorait de porter les reliques sur ses épaules, celles entre autres de saint Austremon et de saint Gei-main : témoignage de religion conforme aux mœurs du temps ^. On ne peut rien ajouter aux glorieux titres que les papes lui ont donnés, de Nouveau Moïse, de Libérateur de r Eglise, de Roi très-chrétien, du plus gra/id des rois, sinon qu'il les mérita, à quekpies faiblesses près. Ainsi il fut tenté de se séparer de Bertrade, pour mettre à sa place une personne qu'il aimait; mais, sur les remontrances d'Etienne II, il fît céder sa passion à la crainte du scandale ^. Fils et petit-fils de héros, il eut encore le bonheur singulier d'être le père d'un héros qui surpassa la gloire de tant d'illustres ancêtres.
CHARLES I" ou CHARLEMAGNE ^ CARLOMAN I".
Quinze jours après la mort de Pépin, ses deux fils, Charles I" (Karl l") et Carloman F'" (Karle-mann F'), furent oints et couronnés
* Suger, de Jdininistr. sud, c. 25, apud Duchesne, t. 4, p. 34?. ; * Hixt. de l'Eglise gall., t. 6, p. 101.
* Secunda S. Austremonii translatio, apud Script, rer. Franc, t. ô, p. 433 : Rcx, ad instar David régis,... oMitâ regali j urpuiâ, pise gaudio onincin illain insigncm vestem lacrymis perfimdchat, et anfè sancti martyris cxiquias exultabat, ipsiusque sacratissima menibra ])ropiiis humei is cvelicl)at. Krat autem hiems. — Translat. S. Germani Pralcns., ibid., p. 428 : ... Mittcntcs, tàni ipse quàm optiinatcs ah ipso clccti, marins ad fcrcfrum...
* Daniel, Abrégé de ihist. de France, t. J, p. 28f).
'' On (lit coniniuucmcnt, fait observer ^\.},\\v\H'\ii\.' Hist. de France, \. I,p.307), que Cliar/eniagne est la traduction de Caiolus '^lagnns. « l.halleinaines si vaut «autant comme grant Chalies. » {Citron, de Saint - Denis. 1. I, c. 4.) Charlemague ù'est qu'une corruption de Carlomau i^harl-niann), l'bommc fort. Les
ï42 HISTOIRE DE FRANCE. [\n 759]
rois, le neuvième d'octobre (768^ '.Le premier reçut l'onction royale à Noyon, et le deuxième, à Soissons, le même jour. Ils étaient l'un et l'autre fort jeunes; mais un caractère de bonté et de sagesse, que relevaient en eux une grandeui' d'âme et un courage béroïque, annonçait aux Fraiiks un règne également beureux et glorieux.
A peine y préliulaient-ils, qu'Hunalde ralluma au midi le flambeau de la guerre civile. Cet ancien duc des Aquitains, qui s'était fait moine, voyant son fils Vaifaire mort, ainsi que Pépin, son vainqueur, sortit de son monastère, et reprit sa femme, avec l'administration des possessions auxquelles il avait renoncé. Charlemagne accourut pour comprimer cette velléité de soulèvement des populations méridionales contre les guerriers du nord ; et, quoique son frère Carlomaa ne lui eût pas envoyé de secours, il força le duc de Gascogne, auprès de qui Hunalde s'était réfugié, à le lui livrer (769) ^, Toutefois, usant de la victoire avec modération, il permit à l'inconstant Hunalde de se retirer à Piome. Ce prince y demeura en effet quelque temps; puis il passa cbez les Lombards.
Quelques semences de division qu'on avait jetées entre les deux rois empêcbèrent Carloman de contribuer à la guerre d'Aquitaine. Elles furent bientôt étouffées par la prudence de la reine Bertrade, leur mère ; et le pape Etienne les félicita de leur réconciliation'^, en les exliortant à réunir leurs armes pour contraindre Didier, roi des Lomliards, de restituer les places données au saint Siège par Pépin. Didier en était bien éloigné. Afin de se mettre à l'abri des réclamations des Franks, et d'établir même une alliance durable entre les deux nations, il proposa de faire un double mariage, de sa fille avec l'un des deux rois, et de la princesse Gisèle, leur sœur, avec son fils*. Cette négociation alarma le pape, qui écrivit en termes pathétiques à Charlemagne et à Carloman, pour les détourner de l'alliance avec les Lombards, et pour leur rappeler qu'étant déjà mariés du vivant de Pépin, ils ne pouvaient prendre d'autres femmes. Mais les intérêts de la politique l'emportèrent, dans l'esprit de la reine Bertrade,
Chroniques de Saint -Denis disent elles-mêmes Challes et Challemaines pour Charles etCarlom.n [maine, corruption française de w^wn; comme lana. laine, etc.) On trouve dans la Chronique de Théophane un texte plus positif encore. Il appelle Carloman KapcjXXôaapc:. {Script, rer. Franc, t. 5, p. 187.) Les deux frères portaient donc le même nom. Mais, si la philologie détache du nom de Charles répithcte de grand, l'admiration des peuples persiste à l'y associer. ' Hist. de l'Eglise galL, t. 6, p. t02.
* Eginhard., f'ita Caroli Magni.
^ Ep. 47, Co(t. Carol.
♦ Bist, de l'Eglise gall, t. 6, p. 107.
[An 771] lilV. III. — CHARLES I. 143
sur les prières et les menaces du souverain pontife. Cette princesse, ayant réussi à réconcilier les deux rois ses fils entre eux, et avec Thassillon, duc des Bavarois, passa, de la Bavièz^e où elle s'était rendue, en Italie, pour traiter des mariages proposés. Elle crvit adoucir le pape en portant Didier à restituer plusieurs places au saint Siège, et emmena avec elle dans la Gaule Désidérate, fille de ce prince, pour la faire épouser à l'un de ses fils. N'ayant pu obtenir de Carloman qu'il agréât cette union, elle gagna Charlemagne, qui épousa la princesse lombarde ; mais il s'en sépara au bout d'un an, pour s'unir à Hildegarde. Quant à la princesse Gisèle, elle ne voulut d'autre époux que Jésus-Christ, et mourut abbesse de Chelles.
La conduite de Charlemagne, rachetée plus tard par une sincère pénitence ', violait ouvertement les lois de l'Église. Et pourtant ce prince avait à cœur le maintien de la disciphne ecclésiastique, puisqu'à la prière des évèques il publia, dès les premières années de son règne, un capitulaire qui l'avait pour objet".
Carloman ne se portait pas avec moins de zèle que son frère à ce qui pouvait contribuer au bien de la religion ^ Mais il mourut, à la fleur de son âge, le 4 décembre 771, à Samonie, maison royale au territoire de Laon, et fut enterré dans l'église du monastère de Saint- Remi de Reims, où il avait choisi sa sépulture.