‹ Histoire de France [microform]Chapitre 14 sur 48 · FRA>C01S · texte numérisé non relu

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pouvoirs entre ses mains , et le prince se décida pour le roi d'Espagne , qui vint aussitôt prendre possession de la couronne impériale , après avoir juré les capitulations prescrites.

François fut cruellement désabusé à cette nouvelle , lui qui avait presque compté sur son élévation. C'était déjà une cause d'aigreur contre le nouvel empereur : la question de la Navarre que Charles-Quint ne se hâtait nullement de rendre , lui parut encore plus décisive ; dès ce moment, il ne songea plus qu'à former un faisceau d'alliances contre son rival et son adversaire qui travaillait aussi activement de son côté.

Léon X penchait pour la France, qui inquiétait moins l'état romain que l'Empire , Naples , les Pays-llas et l'Espagne dans une même main ; mais il réclamait la restitution de Parme et de Plaisance , que François I" ne put jamais se décider à lui rendre. Alors il prêta l'oreille aux propositions de Jean Manuel , ambassadeur d'Espagne à Rome. Par un traité secret, du 8 mai 1521, il fut convenu qu'on veillerait à l'expulsion des Français de l'Italie ; que le pape recouvrerait Parme et Plaisance , et s'emparerait dos états du duc de Ferrare, allié de François I". Gènes devait redevenir indépendante, avec Antonio Adoriio pour doge, et deux cent mille ducats déposés à Augsbourg étaient destinés au recrutement de seize mille Suisses.

Par une politique toute contraire, Venise s'allia aux Français . Comme république italienne, Venise avait les mêmes vues et les mêmes intérêts que le pape ; il lui lallait le maintien de l'équilibre entre les puissances secondaires du pays; mais quand le choix était nécessaire, il n'y avait pas lieu à balancer ; c'était la France qui pouvait seule tirer Vérone, Brescia et tant d*autres possessions litigieuses, des serres de l'empereur ; Venise se jeta donc dans le parti de François I"'. La puissance la plus importante de l'époque après la France

et l'Espagne était l'Angleterre, que la mer mettait à l'abri de toute invasion. Charles-Quint et François I" se la disputèrent, ou plutôt s'attachèrent à gagner le cardinal Wolsey qui tournait à son gré l'esprit de son maitre. Les démarches de François I" avaient le mérite de la priorité , mais l'habileté insidieuse de Charles-Quint eut plus de succès ; déjà il avait assuré au ministre d'Angleterre une pension de trois mille livres.

Son voyage en Angleterre acheva de lui gagner le roi et le favori. Wolsey fut agréablement flatté d'une augmentation de pension (sept mille ducats) et surtout de l'espoir éloigné que Charles-Quint lui donnait de la tiare pontificale àlamort de Léon X. Aussi quand l'entrevue d'Ardresoudu Camp du drap d or eut lieu (1 520), la politique anglaise penchait fortement pour le parti de l'Espagne. Cependant les deux rois se traitèrent avec une magnificence incroyable et de merveilleux témoignages d'amitié. Après de nombreux préliminaires d'étiquette, un jour, François I", ennuyé de la contrainte , partit presque seul , et s'en alla réveiller son hôte royal, qui échangea amicalement son collier contre le bracelet du roi de France ; la noblesse et le peuple de France ne traitaient pas moins bien la gentilhommerie anglaise ; les frais de réception étaient immenses : « Us furent « tels , dit Martin du Bellay, (lue plusieurs y portèrent a leurs moulins, leurs forêts et leur prés sur leurs épaules.» Qu'on lise les mémoires de Fleuranges , c'est une description toute brodée des fêtes qui signalèrent l'entrevue.

En résultat , il ne s'y passa rien de bien important. Le traité de Londres y fut ratifié, et le mariage de la princesse Marie avec le dauphin confirmé. Quant à l'Espagne, Henri VIII ne promit que la neutralité pure et simple, loreque François I" demandait une franche coopération*. Les deux

ï Un incidenl signala la lecture des articles du traité. Henri VHI

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princes se séparèrent; une seconde entrevue du roi d'Angleterre avec Charles-Quint fit cesser toutes les irrésolutions que la loyauté de François I" avait pu jeter dans la ligne de conduite politique d'Henri VIIl. La guerre fut ré^^olue (1520), les hostilités avaient déjà commencé en Navarre. Charles -Quint retardait toujours la rupture parce que l'Espagne se préparait sourdement à la révolte , les Pays-Bas redoutaient l'invasion de la France , l'Italie ne s'était pas encore décidée pour l'empereur. François I", dont la position était plus franche, le royaume plus compacte, voulut en finir au plus tôt. La question de la Navarre était un grief manifeste; François envoya une armée dans les Pyrénées, aux ordres d'André de Foix de Lesparre , général inexpérimenté que le favoritisme avait poussé à la cour (sa sœur, la comtesse de Chàteaubriant, était la maîtresse du roi) Charles-Quint n'avait pas eu le temps de songer à la défense ; les Français s'avancèrent jusqu'à Pampelune sans obstacle; là, il suffît d'un siège de quelques jours pour achever la conquête.

Le gentilhomme Ignace de Loyola, l'un des défenseurs de la place, y fut grièvement blessé ; alors le soldat se fit moine. Le seigneur de Lesparre marchait toujours ; il avait déjà pénétré en Castille, et formé le siège de Logrono, mais il n'alla pas plus loin ; l'armée espagnole s'était enfin rassemblée : les Castillans et lesAragonais, désunis entre eux, avaient marché contre l'étranger ; les habitants se défendirent avec vigueur ; il fallut songer à la retraite devant un ennemi supérieur. Au lieu de rester à l'abri sous le canon

les Usait ; quand il en vint à ceux qui le refçardaient : « Et je, Henri, roi d'Angleterre... » il s'arrêta, et dit : « J'ai pensé ajouter, et de France; mais puisque vous éles ici, je ne le dirai pas, car je mentirais. » C'était une renonciation Tormelte, mais que l'usage avait consacrée déjà, avant qu'elle n'eût été faite.

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de Pampelune, Lesparre présenta la bataille, fut vaincu et fait prisonnier : la Navarre était encore perdue. Vers la fin de la même année, une nouvelle expédition, sous l'amiral Bonnivet, aboutit à la prise de Fontaiabie (1521).

Du reste, la déclaration de guerre n'avait pas encore paru. C'étaitau nom d'Henri d'Albret qu'avait eu heu l'invasion delà Navarre. François I" usa de même artifice, quant aux Pays-Bas. Robert de la Mark, seigneur de Bouillon, demandait vengeance d'un attentat du conseil aulique à sa juridiction indépendante; d'après les instigations secrètes de François I'^ il envoya un héraut d'armes déclarer solennellement la guerre à l'empereur, puis, au moyen d'un corps de soldats levés en France, il alla mettre le siège devant Vireton. Singulièrement étonné de la hardiesse du comte de la Mark, Charles se ravisa aussitôt; il s'en prit au roi de France, et réclama instamment le secours du roi d'Angleterre, pour se donner le temps de rassembler des troupes. Henri VIH interposa sa médiation ; le roi de France désavoua Robert et lui ordonna de licencier son armée. Mais pendant les négociations, les Espagnols s'étaient rassemblés au nombre de vingt mille hommes. Le comte de Nassau, gouverneur deBrabant, leva enfin le masque ; il envahit les États de Robert ; en quelques jours, il s'était emparé de toutes les places fortes, excepté de Sedan ; puis il passa la frontière de France, emporta d'assaut Mouzon, et parut aux portes de Mézières. La ville n'était pas forte, mais Bayard s'y était renfermé avec une brillante compagnie de gentilshommes. Le courage et la ruse des défenseurs firent traîner le siège en longueur. François I" arrivait à marches forœes; Nassau recula vers les Pays-Bas, l'armée française reprit Mouzon.

Des conférences s'étaient ouvertes à Calais dans l'intervalle ; les prétentions de Charles-Quint les firent rompre ; il demandait la restitution du duché de Bourgogne, et la

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HISTOIRE DK FRANCE.

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dispense de l'hommage pour les comtés de Flandre el d'Artois. François I" se refusa nécessairement à tout ; alors, par les intrigues de Wolsey, une ligue offensive fut conclue entre l'empereur et le roi d'Angleterre, qui convinrent d'envahir la France par trois points à la fois, la Picardie, la Provence et la Navarre. Les clauses secrètes du traité de Windsor n'ont jamais paru au grand jour. 11 parait certain que les relations déjà formées de l'empereur avec le connétable de Bourbon, lui avaient inspiré le projet du partage de la France. Ce plan chimérique reposait en grande partie sur la persuasion où était le duc de Bourbon, que tout son vasselage se lèverait à sa voix : Charles- Quint eût obtenu pour sa part le Languc^doc, la Bourgogne, la Champagne et la Picardie ; Charles de Bourbon, la Provence, le Dauphiné, l'Auvergne, la Marche et le Bourbonnais avec le titre de roi de Provence ; Henri VIH le reste de

la France.

L'exécution du plan fut ajournée, l'Italie devait pour le moment être le théâtre de la guerre. La population milanaise s'était à la longue dégoûtée de la domination françai3e, que la galanterie des gentilshommes rendait moins tolérable encore. D'autre part, la fierté hautaine du maréchal de Lautrec, gouverneur du Milanais, avait aliéné la bourgeoisie, et le vice-chancelier de Milan, Jérôme Moron, l'ami de Louis XII, qui s'était retiré chez François Sforce, pour échapper à la persécution. Jérôme Moron proposa à Léon X de s'emparer, avec le secours des bannis et des mécontents, de quelques places fortes dans le Milanais. Le pape avait accepté, mais le complot fut découvert ; les bannis se Véfugièrent à Beggio dans les états de l'Église. Le maréchal de Foix, frère de Lautrec, les y alla chercher ; mais la bravoure du gouverneur, le célèbre Guichardin, fil manquer l'entreprise. Ce fut un prétexte de guerre pour le pape, qui, en plein consistoire, publia aussitôt son traité

secret avec Charles-Quint. En même temps, il envoya dans leMilanais un corps considérable de Suisses, pendant qu'une armée impériale descendait des gorges du Tyrol, et qu'une autre s'avançait à la hâte du fond du royaume de Naples.

Lautrec était en France, il refusa de partir si on ne lui donnait pas trois cent mille écus pour la solde des troupes. François les lui nromit avec serment; mais la reine mère, Louise de Savoie, qui haïssait Lautrec, intercepta la somme convenue. Le maréchal ne laissa pas de rassembler une bonne armée ; mais celle des alliés se trouva plus forte ; son plan de campagne était alors tout simple ; harceler l'ennemi, enlever les convois, éviter le combat, tout en secourant les places assiégées ; le général français ne s'en dépai-tit pas un seul instant ; mais un événement imprévu dérangea toutes ses combinaisons militaires. Il survint un ordre des cantons qui signifia aux Suisses des deux armées un ordre de retour ; leur nombre était à peu près égal dans les deux camps ; mais l'éternel cardinal de Sion débaucha les messagers de la confédération, qui laissèrent ignorer la défense à leurs compatriotes de l'armée impériale. Lautrec ne put retenir les siens, parce qu'il leur était dû plusieurs mois de solde. Cette défection fut fatale à la France. Le maréchal, qui avait déjà forcé Prosper Colonne à lever le siège de Parme, recula jusqu'aux bords de l'Adda, puis il alla s'enfermer dans les murs de Milan, où les impériaux vinrent l'assiéger. La trahison d'un inconnu abrégea la défense : le marquis de Pescaire pénétra dans la ville par la route indiquée. Lautrec, avec les débris de son armée, se retira en toute hâte sur les terres de Venise, laissant une garnison dans la citadelle. Tout le duché de Milan se rendit aux vainqueurs, Lodi, Parme, Plaisance, Alexandrie et autres villes.

Au dire des chroniqueurs français, la joie de ces nouvelles saisit tellement Léon X, qu'elle lui donna une fièvre brillante dont il mourut (2 décembre 1521), dans la force

de l'ùge. L'Europe n'était nullement préparée à cet événement. Les cardinaux de Sionet de Médicis laissèrent l'armée pour se rendre au conclave ; les Suisses se débandèrent ; l'occasion éuait favorable pour Laulrec, s'il eût eu à ses ordres une bonne armée et de l'argent ; faute de secours, il la laissa passer La désunion était grande dans le conclave. Le neveu de Léon X, le cardinal Jules de Médicis, avait pour lui tous les jeunes cardinaux ; mais ses quinze voix ne suffisaient pas pour l'élection, car la faction des vieux lui était contraire. Dans l'impuissance d'accroître le nombre de ses adhérents, il reporta tous les votes des siens sur la tète du gouverneur d'Espagne, le cardinal Adrien d'Utrecht. A peine y fut-il question de Wolsey, malgré les belles promesses de l'empereur ; première cause de refroidissement entre l'Espagne et l'Angleterre. Le choix du précepteur de Charles-Quint étonna tout le monde politique, car personne n'avait songé à lui.

François I", voyant que l'état romain allait plus que jamais être sous la dépendance de son rival, rassembla pour l'Italie une nouvelle armée. Les Suisses, honteux de s'être retirés si brusquement du camp de leur allié, s'enrôlèrent dans les rangs de la nouvelle année, au nombre de dix mille hommes ; avec ce renfort, Lautrec rentra dans le Milanais, reprit nombre de places fortes ; et, poussant devant lui le faible corps de troupes de Prosper Colonne, pénétra jusqu'aux portes de Milan. Le général espagnol s'était adossé à une position avantageuse qu'il allait être forcé d'abandonner, faute de vivres et d'argent ; les Suisses ne lui en donnèrent pas le temps ; le maréchal de Lautrec attendait de l'argent de France ; le convoi fut arrêté dans sa marche ; les Suisses se mutinèrent, demandant à grands cris la solde ou la bataille ; faute d'or, il ftillut les laisser courir aux retranchements de l'ennemi, qui se tenait prudemment dans son camp de la Bicoque

PRAÎNCOIS I*'.

Ce fut une boucherie. Les Suisses n'avaient pas môme voulu attendre leur propre artillerie ; avant d'arriver aux palissades, ils essuyèrent unecanonnade meurtrière ; puis ce fut le tour de la mousqueterie ; les cadavres s'entassaient dans les fossés du camp; leur perte fut de trois mille liommes; dès le lendemain, ils quittaient l'armée et reprenaient le chemin des Alpes (12 avril 1522).

Lautrec, obligé d'évacuer le Milanais et de rentrer en France, accueillit mal les reproches du roi, et se plaignit avec hauteur du dénuement dans lequel on l'avait laissé. Il fallut alors que Semblançay rendît compte des 500.000 écus ; mais lorsqu'il renvoya à la reine-mère, celle-ci répondit froidement qu'il avait menti. On raconte que Louise avait fait dérober la quittance par Gentil, l'amant d'une de ses femmes, le principal commis de Semblançay. L'affaire traina ; mais elle avait été livrée au chancelier Duprat, l'ennemi du surintendant. Cinq ans après, Semblançay fut « pendu à Montfaucon pour mauvaise administration des finances du royaume. »

Ces intrigues de femme n'étaient pas à bout. La duchesse de Savoie ne se tenait pas quitte avec le connétable pour l'atl'ront qu'il avait eu par elle dans les Pays-Bas. On se rappelle que Louis XII, oublieux du passé, avait généreusement assuré à la fille de monsieur et de madame de Beaujeu, la succession de Bourbon.

Henri VIII avait déjà déclaré la guerre à la France, malgré l'élection du nouveau pape. Wolsey, humilié dans son orgueil, n'avait pu se dispenser d'agir conformément à la teneur du traité secret de Bruges, dans le moment où toute l'Europe d'alors se déclarait contre François I**" ; d'ailleurs, il espérait beaucoup de l'âge et des infirmités d'Adrien ; le comte de Surrey se mit à ravager les côtes de Normandie, où il pilla et brûla Morlaix et quelques autres places: puis il alla prendre à Calais le commandement de l'armée an-

glaise, que rejoignit le comte de Huren avec les auxiliaires allemands : tous deux envahirent la Picardie, mais sans succès. Le duc de Vendôme, inférieur en forces, suivit la méthode de Lautrec dans le Milanais avec plus de bonheur. La fatigue, la disette, les escarmouches minèrent l'armée combinée, qui effectua sa retraite sans avoir pu s'emparer

d'une seule place forte.

Le principal théâtre de la guerre était toujours l'Italie, ou la ligue avait concentré ses principales forces. François l" était" déjà parti pour aller rejoindre dans le Milanais, son armée qui avait pris les devants ; la découverte du complot du connétable l'arrêta dans sa marche, et le fit retourner en arrière ; François craignait une révolte dans les domaines de Charles de Bourbon ; mais le duc s'était trompé d un siècle ; personne ne bougea ; à grand'peine put-il lui-même gagner les Alpes et se réfugier dans le Milanais, à l'armée des confédérés , où Prosper Colonne , et bientôt après Charles-Quint le reçurent à bras ouverts. L'armée française était déjà descendue en Italie, forte de quarante mille hommes, aux ordres de l'amiral Bonnivet. Les impériaux reculèrent jusque sous le canon de Milan, prêts à abandonner la ville, si les Français eussent fait mine de vouloir l'assiéger. Bonnivet laissa passer le moment favorable ; Prosper Colonne et Jérôme Moron eurent le temps de réparer les fortifications, de mettre la ville en défense ; quatre jours après, il n'était plus temps de l'emporter d'assaut (1 523\ L'hiver vint arrêter les opérations militaires ; l'infatigable Colonne était mort à l'âge de quatre-vingts ans; mais l'Espagne ne manquait pas de généraux ; Charles de Lannoy, le connétable, le marquis de Pescaire profitèrent de la morte saison pour réunir une nouvelle armée; les Français étaient épuisés ; l'argent était devenu rare ; Bonnivet alla se retrancher dans une forte position, à Biagrassa, d ou les impériaux le délogèrent ; la retraite commença au passage

de la Sesia, à Romagnano ; Bourbon et Pescaire chargèrent l'arrière-garde avec vigueur.

L'amiral blessé confia le commandement au chevalier Bayard, qui y fut tué d'un coup d'arquebuse ou de fauconneau. Les vaincus repassèrent les Alpes dans le plus grand désordre (1524). La campagne fut plus heureuse pour la France en Picardie, en Bourgogne, en Guienne. Le duc de Suffolk s'était avancé jusque sur les bords de l'Oise, à sept lieues de Paris ; la Trémouille, avec une poignée de soldats, le rejeta dans la Flandre, en suivant le même plan d'opérations que Vendôme ; les impériaux ne purent entamer la Bourgogne, et les Espagnols furent chassés de la Guienne.

En Provence, le duc de Bourbon, qui l'avait envahie, fut obligé de se retirer avec perte. Une fois le Milanais délivré des troupes françaises, le connétable, qui n'avait pas perdu de vue ses projets de royauté, décida l'empereur à passer les Alpes et à pénétrer dans la Provence, qui était presque sans défense : il se flattait encore du soulèvement de ses adhérents, qu'il croyait nombreux. L'armée impériale descendit donc en Provence, forte de dix-huit mille hommes, avec le duc de Bourbon et le marquis de Pescaire : Aix et Toulon se rendirent à leur approche, mais l'abord de Marseille n'était pas facile ; et d'ailleurs, le même système d'opérations qui avait déjà deux fois sauvé la Picardie de l'invasion, avait prévalu pour la Provence dans les conseils de François I". Le pays fut ravagé par les habitants eux-mêmes, les villages rasés, les villes abandonnées, la campagne dévastée. Mai-seillelaissadétruire sesfaubourgs, et neuf mille habitants se joignirent à la garnison; le siège dura quarante jours, sans que les impériaux fissent aucun progrès ; une armée nombreuse se rassembla'*, à ï ' ^n, sous les ordres de François I", et d'ailleurs la c . se faisait sentir dans le camp des assiégrants. Les em .^.o se retirèrent précipi-

HISTOIRE DE FRMVCE.

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tammenl à travers la Provence, et repassèrent le Var, harcelés à tout instant par les défenseurs de Marseille (17 septembre 1524).

Le pape Adrien VI était mort, et le peuple de Rome, qui n'avait jamais aimé le prêtre étranger, même avec la tiare, célébrait avec joie ses funérailles ; la porte de son premier médecin avait été couronnée de guirlandes avec une inscription flatteuse, ou ironique, comme on voudra : Au libérateur de son pays! Le cardinal de Médicis était encore là : il jouissait de la faveur populaire ; il n'aimait pas les Français ; Charles-Quint n'entrava pas son élection (28 novembre 1523). Henri VUI lui avait écrit en faveur de Wolsey, et le ministre n'avait pas épargné les sollicitations : l'empereur n'en tint nul compte, et le ressentiment du cardinal, aidé bientôt de la bataille de Pavie, changea dès lors la politique anglaise sur le continent.

Aussitôt après la retraite des Impériaux, François I" était descendu en Italie à la tête d'une armée de quarante mille hommes ; sa marche fut rapide ; il traversa le Mont- Cénis et arriva à Verceil, sur la Sesia, au moment même où Pescaire atteignait, à Alba, le Tanaro. Le général espagnol, qui avait regagné l'Italie par Monaco et Final, faisait assaut de vitesse avec le roi de France II le devança de quelques heures à Milan, jeta à la hiUe une garnison dans la citadelle, et sortit de la ville par une porte, pendant que François I" y pénétrait par l'autre. Le Milanais semblait perdu pour les impériaux. Le général ennemi n'était pas en état de tenir tête à l'armée française ; et si le roi l'eût poursuivi au moment où il se retirait vers Lodi, sur l'Adda, c'eût été bataille gagnée ; mais, contre l'avis des autres généraux, Bonnivet lui conseilla de s'arrêter au siège de Pavie, où Pescaire avait mis une bonne garnison. Ce retard donna le temps aux impériaux de se reconnaître. Le viceroi de Naples, Laimoy, se procura quelque argent en en-

gageant les revenus du royaume ; Pescaire, adoré de ses soldats, les retint par de belles promesses à défaut d'argent, et Bourbon vendit ses bijoux pour aller lever un corps de troupes en Allemagne.

François I" pressait le siège avec vigueur ; mais les assiégés, sous les ordres d'Antoine de Leyva, se défendaient vaillamment. Les assauts se succédaient depuis trois mois, et l'armée impériale ne paraissait pas. Lannoy et Pescaire, hors d'état de se mesurer avec les Français, restaient dans l'inaction, et une pasquinade courait à Rome, dans laquelle on offrait une récompense honnête à quiconque pourrait découvrir l'armée des impériaux, qui s'était rendue, au mois d'octobre, dans les montagnes qui séparent la France de la Lombardie, sans qu'on en eût eu depuis aucune nouvelle. Il était temps que le connétable revint d'Allemagne, avec ses douze mille hommes. Leyva, qui manquait à la fois d'or et de pain, n'était plus maître des troupes de Pavie ; l'arnée impériale n'était guère plus riche, mais les soldats craignaient que la désertion ne leur enlevât les arrérages de leur solde; ils demandèrent la bataille. L'armée française était affaiblie par l'abandon successif des troupes mercenaires, par l'absence d'un détachement de dix mille hommes qui s'était avancé vers Naples, afin d'opérer une diversion, enfin par lafatigue du siège, tandis que le corps allemand de Bourbon et Georges de Frondsberg était tout frais.

Les généraux ennemis se décidèrent à l'attaque ; malgré l'avis des siens, François I" voulut rester dans ses lignes de siège. L'assaut fut rude : l'artillerie française foudroyait les Allemands à mesure que leurs bataillons se développaient en face d'elle. L'impatience de François I" la rendit inutile. Désespéré d'assister à la bataille l'èpée <lans le fourreau, il se jeta en avant, suivi de tous les gentilshommes ; et les canons se turent de peur de les atteindre. Ce moment fut décisif : les ennemis se reformé-

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rent après la première charge ; Antonio de Leyva fit une sortie, pendant que Pescaire attaquait les travaux du camp du côté de la campagne, et mit en désordre l' arrière-garde. Les Suisses, contre leur habitude, lâchèrent pied les premiers. La déroute commença ; huit mille Français périrent sur le champ de bataille, ou se noyèrent dans le Tésin ; Bonnivet, la Trémouille, les maréchaux de Foix et deChabannes, furent tués ; François 1" se défendait encore quand la bataille était perdue. Blessé au front et à la jambe, il combattait avec fureur, entouré d'un peloton de gentilshommes. Il resta le dernier de tous. Lannoy vint prendre son épée, le genou en terre: il était prisonnier (24 février 1525). Cette nouvelle fut diversement reçue en Europe. Le pape Clément VU avait déjà conclu un traité secret avec François I", et le roi d'Angleterre se préparait lentement à se tourner contre le roi d'Espagne.

Charles-Quint affecta une grande modération en apprenant le désastre de Pavie ; il défendit à Madrid toute réjouissance. Le duc d'Albe lui conseillait l'envahissement de la France ; il s'y refusa, parce qu'il n'était pas le maître de son armée ; mais il s'apprêta à tirer parti du malheur de son rival, qui était détenu à Pizzighettone. Il demanda pour sa rançon la Bourgogne, Milan, Gênes, Asti, Naples, la restitution au duc de Bourbon de tous les domaines confisqués, avec la cession de la Provence et du Dauphiné en royaume indépendant. Le roi de France se refusa à ces conditions onéreuses, et demanda à être transporté en Espagne, espérant avoir meilleur marché lui-même de son rival. Tous les alliés de l'empire s'en détachaient depuis la bataille de Pavie. Le cardinal W'olsey, deux fois joué dans les élections de Bome, n'avait rien tant à cœur qu'une rupture avec l'Espagne ; Henri VIII, cherchant un prétexte, demanda que Chartes-Qumt l'aidât j\ conquérir la Guienne, qu'il conclût le mariage convenu avec sa fille Marie, et lui

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livrât son prisonnier, comme l'avaient stipulé les clauses du traité de Windsor, en 1521. Sur le refus de l'empereur, Henri VUI signa un traité d'alliance défensive avec la régente de France. Louise de Savoie , qui lui promit deux millions d'écus d*or.

Une ligue formidable s'était en même temps formée contre l'Espagne, en Italie ; le pape Clément VII y avait introduit les Vénitiens, les Florentins et le duc de Milan. Le chancelier de François Sforce , l'habile Jérôme Moron, crut pouvoir détacher Pescaire du service de l'empereur, en lui offrant le royaume de Naples. Bien que mécontent de sa cour, le général resta fidèle : il feignit de se prêter aux projets du chancelier, l'attira dans un piège , et le fit arrêter (14 octobre 1525). Son armée envahit le Milanais et prit possession de toutes les forteresses au nom du roi d'Espagne. François Sforce se jeta dans la citadelle de Milan, où il se maintint contre Pescaire jusqu'en juillet

Les négociations se poursuivaient avec activité entre la régente et l'empereur ; Louise de Savoie lui avait fait proposer la cession absolue des droits de François V^ sur le royaume de Naples, l'abandon de ses prétentions sur le Milanais , Asti et Gênes , à la condition , pour Charles- Quint , d'en donner l'investiture au second fils de François I", Henri, qui épouserait Marie de Portugal, fille d'Éléonore , sa sœur, et la restitution de Hesdin , de Douai, Lille etOrchies. François I" offrait d'autres conditions : sa renonciation à l'Italie et à la suzeraineté de l'Artois et de la Flandre, son mariage avec Eléonore, sœur de Charies-Quint, et la réintégration du connétable dans tous ses domaines. L'empereur ne voulut rien entendre tant qu'on ne lui céderait pjis la Bourgogne : alors François, dans un moment de désespoir, remit à sa sœur Marguerite d'Alençon , qui l'c'.ait venu visiter dans sa prison, l'acte de son abdication

en faveur de son fils aine , et demanda à rempcrcur une maison convenable pour le reste de ses jours ; puis il lit rompre les conférences.

Charles-Quint ne crut pas à la durée de ce débordement de mauvaise humeur, et il eut raison. François 1" s'ennuya de sa captivité, et fit renouveler les conférences ; enfin, pressé d'en finir avec sa prison, il accepta le traité de Mndrid, tout en signant le même jour une protestation secRce contre la violence (14 janvier 15-26). Voici, d'après l'historien Schœll , la teneur des principaux articles.

« François I" cède à l'empereur et à ses héritiers des « deux sexes, en pleine souveraineté, le duché de Bour- « gogne avec le Charolais, Noyers et Château -Chinon, « ainsi que l'Auxerrois, promettant de les livrer dans les « six semaines qui suivront sa mise en liberté ; il rcnonœ « à la suzeraineté sur les comtés de Flandre et d'Artois, « à ses droits sur Milan, Asti, Gènes et Naples, ainsi qu'à « ceux de la France sur Tournay, Ilesdin, Lille, Douai et « Orchies, et retire sa protection au roi de Navarre. Il « s'engage à fournir à l'empereur, pour son expédition « d'Italie, quatorze galères et quatre galions, cinq cents « hommes d'armes et 200,000 écus d'or ; et comme Charce les-Quint devait au roi d'Angleterre trois termes, chacun « de 105,505 écus d'or, en indemnité de la cession de « Tournay, stipulée par le traité de ^Vi^dsor de 1521, « François T'^ s'engage à satisfaire Henri VUl. Charlesi( Quint promet de rendre la liberté au roi avant le 10 mars « 1520, à condition qu'au moment mémo où il sortira « d'Espagne, il sera remis i\ l'empereur des otages pour « sûreté de l'accomplissement des conditions du traité, « savoir : au choix de la reine-mère, soit les deux fils « aînés du roi, soit le dauphin tout seul, avec douze in- « dividns nommés ; c'étaient tous les généraux distingués « que la France possédait alors, Chai'les, duc de Vendôme,

« François, comte de Saint -Pol et duc d'Estouteville, « son frère ; Jean Stuart, duc d'Albanie ; les maréchaux « de Lautrec, Anne de Montmorency et Robert Stuart, « comte de Beaumont le Roger, dit le maréchal d'Aubi- « gny, etc. Lorsque les conditions du traité seront toutes « accomplies, l'empereur rendi-a les otages ; François V if lui confiera, en signe de vraie amitié, son troisième fils, « le duc d'Angoulème, pour être élevé en Espagne.

« L'Empereur , de son côté , renonce aux prétentions « qu'il pouvait élever sur les villes de la Somme, sur « Péronne , Montdidier et Roye, les comtés de Boulogne , « Guines et Ponthieu. Il donnera au roi pour épouse, « Éléonore, douairière de Portugal, sa sœur, en la dotant « des comtés de Màcon et Auxerre , et de la ville de Bar- « sur-Seine : ces terres passeront aux enfants mâles, qui « seront procréés de ce mariage. L'infante Marie, fille « d'Éléonore, épousera le dauphin François.

« Le roi promet de restituer au duc de Bourbon tous ses « biens, terres et seigneuries, tels qu'il les possédait origi- « nairement, de lui rendre et faire rendre les fruits perçus.

« Les deux souverains contractent une alliance défen- « sive contre tous leurs ennemis et s'assisteront récipro- « quement de cinq cents hommes d'armes et de dix mille « piétons.

« Aussitôt que le roi sera en liberté , il ratifiera et jurera « la paix : le dauphin la ratiliera de même, lorsqu'il aura « atteint l'âge de (luatorze ans. Le traité sera enregistré au « parlement de Paris. A défaut de cet enregistrement en « quatre mois, le roi se reconstituera prisonnier. Les deux « monarques se soumettent aux censures ecclésiastiques , « s'ils violent leurs engagements. »

Charles-Quint croyait avoir pris toutes les garanties humaines et divines, mais la meilleure lui semblait être la bonne foi du roi chevalier.

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