‹ Histoire de France [microform]Chapitre 15 sur 48 · DEPUIS LE TRAITÉ DE MADRID JUSQU'AU TRAITE DE CUESPY · texte numérisé non relu

DEPUIS LE TRAITÉ DE MADRID JUSQU'AU TRAITE DE CUESPY

EN VALOIS Cliâti-lii^l).

François l" avait signé tous les articles du traité de Madrid , sans y regarder , bien décidé à les désavouer aussitôt après sa mise en liberté. L'air de l'Espagne lui pesait ; sa marche fut rapide , et quand il fut arrivé aux bords de la Bidassoa, où devait avoir lieu l'échange, à peine prit-il le temps d'embrasser ses deux fils qu'on venait livrer aux Espagnols de l'escorte ; il s'élança sur un cheval, et partit au galop pour Rayonne , où sa cour l'attendait. Les ambassadeurs de l'empereur vinrent demander la prompte exécution des clauses du traité ; François 1" répondit froidement qu'il en référerait à l'assemblée des notables , et en effet , aux états de Cognac, les notables réclamèrent contre les promesses du roi; les députés de Bourgogne refusèrent à la royauté le pouvoir de les aliéner comme un domaine privé , attendu que ce droit était con-

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traire au serment du sacre et aux lois fondamentales de la monarchie.

Alors François I" flt offrir à Charles-Quint deux millions d'écus d'or en échange de cette province, l'accomplissement de tout le reste du traité et une neutralité parfaite quant à l'Italie. Charles-Quint dissimula longtemps afin que sa flotte pût aborder à Naples, et son armée entrer en Lombardie sans obstacle ; puis, une fois ce résultat atteint , il cria hardiment à la déloyauté, à la trahison ; un cartel insultant s'ensuivit entre les deux princes , et les chroniques du temps donnent des détails curieux sur la manière dont Charles-Quint s'y prit pour éviter le duel, tout en ayant l'air d'avoir raison aux yeux de l'Europe : non pas qu'il redoutât le combat singuher , mais moins chevaleresque que son adversaire , il ne tenait au point d'honneur que comme moyen politique.

Cependant l'Europe lui donna tort, parce qu'en ce moment une ligue formidable se formait contre lui. François I", à son retour, avait ratifié en son propre nom le traité delà régence avec Henri VIII /i 8 novembre 1526). Outre les deux millions stipulés dans le traité conclu par Louise de Savoie, François 1" promit pour lui et sa dynastie cinquante milleécus d'or par an à Henri VIII, et vingt-cinq mille à ses successeurs. Le roi d'Angleterre conserva le titre de roi de France, mais il renonça à toute prétention sur le royaume.

Les puissances italiennes n'étaient pas moins bien disposées pour le roi de France. Clément VH avait déjà déclaré nul le serment de François I". Toute l'Italie indépendante avait enfin compris que la maison d'Autriche, maîtresse de Naples, nécessitait le contre-poids de la France dans le Milanais, ou plutôt, toujours par le môme système d'équilibre , elle s'alliait au plus faible contre le plus fort. La sainte- ligue fut conclue à Cognac entre la France, Rome et Venise, qui avait enfin fixé les irrésolutions de sa

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politique : c'était une alliance d(''fensive , dirigée contre Charles-Quint; mais ce but réel fut caché sous des dehors spécieux ; on laissa dans les écritures du traité une place pour l'empereur, mais on y ajouta des conditions inexécutables pour le moment , la liberté des enfants de France, en échange d'une rançon, la restitution du duché de Milan à François Sforce , le paiement de l'argent dû au roi d'Angleterre, s'il devenait membre de la ligue.

L'armée alliée devait compter trente mille hommes d'infanterie , en partie levés chez les Suisses , deux mille cinq cents cavaliers pesamment armés , et deux mille cinq cents hommes de cavalerie volante. Si l'empereur refusait de s accorder avec le roi de France aux conditions ci-dessus énoncées,

le contingent des alliés en faveur de François ï" devait être de dix mille fantassins et deux mille cinq cents hommes d'armes, la flotte de vingt-huit galères; même secours pour tout autre état de la ligue. Le duc de Milan recouvrerait son duché en payant aux prétentions de François 1" une redevance annuelle de 50,000 écus , et à la charge par lui, de solder la pension de son parent, le duc Maximilien. Le comté d'Asti , appartenant à la maison d'Oriéans , revenait au roi ou à son second fils , et Cônes rentrait sous la domination française. Quant au royaume de Naples, le pape en disposerait comme d'un domaine de l'Eglise , en payant dans ce cas au roi de France une rente de soixante-dix mille ducats. Protection pleine et entière pour la famille des Médicis, à Florence, pour tous les autres parents du pape. Le roi d'Angleterre, s'il accédait à la hgue, obtiendrait, avec le titre de protecteur, un duché du revenu de 50,000 ducats pour lui, un autre de 10,000 pour le cardinal Wolsey dans le royaume de Naples.

Tout aussitôt après la conclusion de la ligue, les alliés avisèrent à l'exécution des projets qu'on avait mûrement combinés. François-Marie, duc d'Urbin, général des Véni-

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tiens, Cuido Rangoni et l'historien Francesco Guicciardini, généraux du pape, et le marquis de Saluées, commandant des Français, se réunirent sous les murs de la citadelle de Milan, où le marquis du Guast, neveu de Pescaire, et Antonio de Leyva assiégeaient toujours François Sforce. Les nouveaux venus avaient dans la ville de nombreuses intelligences ; les bourgeois de Milan étaient fatigués de la domination impériale et n'attendaient qu'un moment favorable pour la révolte. La jalousie du duc d'Urbin contre les Médicis et la négligence de François l" tirent échouer toute tentative. Le château se rendit au duc de Bourbon , qui arrivait d'Allemagne : François Sforce trouva le moyen de s'échapper.

A Rome , le pape n'était pas en sûreté ; Hugues de Moncade , ambassadeur de Charles-Quint , s'entendit avec la fomille patricienne des Colonne, que Clément VII haïssait mortellement; la ville était sans défense, car toute l'armée du saint-siége était en Lombardie. Un jour le cardinal Pompée Colonne rassembla quelques milliers de troupes, pénétra sans résistance dans Rome (29 septembre 1526), dispersa la garde pontificale, et mit au pillage le Vatican avec tous les palais des Médicis ; le pape s'était réfugié dans le château Saint-Ange, où la disette le contraignit à subir l'humiliation d'une capitulation : il lui fallut amnistier les Colonne et rappeler ses troupes de Lombardie. L'armée des confédérés, hors d'état de rien entreprendre , se dispersa dans les places fortes, au moment où Lannoy etd'Alarcon amenaient d'Espagne un renfort de six mille hommes et où Georges de Frondsberg entraînait à sa suite seize mille luthériens ou catholiques, la Bible ou le chapelet en main, vomissant des blasphèmes coiitre la cour de Rome et les prostitutions de l'Italie, à ce que dit la chronique. C'était un prodigieux accroissement de forces pour l'armée impériale ; mais autre embarras; l'argent était devenu rare, et

Allemands, Espagnols, tous réclamaient leur solde à grands cris : tous les expédients étaient épuisés; la menace avait arraché une grande somme aux principaux habitans de Milan; Moron venait d'être remis en liberté pour 20,000 ducats; et rien de tout cela n'avait sufli pour payer les arrérages.

Bourbon se décida à frapper un grand coup, ou si l'on aime mieux, ses soldats l'entraînèrent avec eux. Cette masse brutale se dirigea vers l'intérieur, menaçant tour -^ tour Florence et Rome , dont la richesse était également proverbiale; toute l'Italie était en suspens; l'effroi avait grandi les envahisseurs à la taille des géants. Dans cet instant décisif, le pape se perdit en tergiversations déplorables ; il licencia ses troupes, il laissa Rome sans défense ; il conclut avec Lannoy une trêve de huit mois, qu'il paya 60,000 ducats à la condition que le vice-roi éloignerait l'armée impériale ; mais le connétable ne tint aucun compte des ordres du général espagnol; son armée arrivait mutinée et furieuse, elle avait échoué devant Plaisance et Bologne, après une laborieuse marche de deux mois. Elle vint s'échelonner devant les murs de Rome, où quelques soldats, aidés de quelques milices bourgeoises , se montraient de temps à autre sur les remparts ; un épais brouillard enveloppait à la fois les assiégeants et les assiégés.

Cependant l'assaut fut terrible ; les défenseurs avaient le courage du désespoir ; Bourbon vit plier ses vingt-cinq mille hommes ; alors il s'avança vers le rempart une échelle à la main pour renouveler l'assaut. Un coup de mousqueton lui perça les reins d'une balle; il tomba sur le coup; ses soldats furieux se précipitèrent de nouveau vers les murs, la garnison lâcha pied à son tour et les vainqueurs pénétrèrent dans la ville sainte.

« Il est impossible, dit Robertson, de décrire et môme « d'imaginer le désastre et les horreurs qui suivirent cet « événement ; tout ce qu'une ville prise d'assaut peut avoir

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« à redouter do la rage d'une soldatesque effrénée, tous « les excès auxquels purent se porter la férocité allemande, « l'avarice espagnole, la licence italienne, les malheureux « habitants de Rome les eurent à souffrir. Églises, palais, « maisons particulières, tout fut pillé sans distinction : ni « l'âge, ni le rang, ni le sexe ne garantit des plus cruels ou- « trages. Cardinaux, prêtres, nobles, femmes, filles, tout « fut livré à la merci des vainqueurs.

« Ces violences ne cessèrent pas même, comme il arrive « d'ordinaire , dans les villes prises d'assaut , lorsque la « première fureur du soldat fut assouvie. Les impériaux « restèrent dans Rome plusieurs mois, et pendant tout ce « temps, l'insolence et la brutalité du soldat ne se ralen- « tirent presque point. Le butin qu'ils firent seulementcn « espèces monnoyées montait à un million de ducats; et « ce qu'ils retirèrent des rançons et de leurs exactions « fut encore plus considérable. Rome n'avait jamais tant « souffert : les peuples du Nord, qui renversèrent l'em- « pire romain dans le cinquième et le sixième siècle, l'a- « valent prise et pillée plusieurs fois; mais les peuples « païens et barbares , les Huns, les Vandales, les Goths, « ne l'avaient jamais traitée avec autant de cruauté que le « firent alors les dévots^ mercenaires d'un monarque ca- « tholique. » (Robertson, Hist. de Charles- Quint,)

Pendant le combat. Clément VU priait à St-Pierre : à la nouvelle de la victoire des impériaux, il s'enfuit a la hâte ; mais au lieu de s'échapper par la porte opposée , il alla se réfugier dans le château Saint-Ange avec treize cardinaux (6 mai 1527). La faim, comme lors de l'invasion des Colonne, le força à capituler; il promit 400,000 ducats, le

* Le mot dévot est ici singulièrement appliqué par l'historien anglais. Il y avait pour le moins autant de luthériens que de catholiques dans larmée de Bourbon, et ces derniers ne pensaient guère qu'on piU un jour les appeler des dévols.

Château Sainl-Ange, Ostie, Civita-Vccchia, Modèno, Parme et Plaisance œmme places de sûreté ; quant à lui, il devait se rendre dans le royaume de Naples pour y attendre la décision de l'empereur. Charles-Quint, comme après la bataille de Pavie, s'enveloppait de son manteau d'hypocrisie ; il paraissait triste, il suspendait les fêtes de la naissance de son fils Philippe , il envoyait partout des lettres circulaires qui portaient un désaveu formel ; mais il n'ordonnait pas la mise en liberté du pape, qui resta encore six mois prisonnier.

Le sac de Rome est un des événements les plus mémorables du seizième siècle ; les princes alliés jouèrent la stupeur et l'indignation ; François î"et lïenri VUl renouvelèrent leur ligue , pour obtenir la délivrance du saint-père. Le maréchal de Laulrec descendit en Italie , à la tête de trente mille hommes, pendant que le célèbre amiral André Poria réunissait sous son commandement les Hottes de France et de Gênes, pour appuyer les opérations de 1 armée de terre. Avec son secours, Lautrec enleva Gènes, Alexandrie et Pavie, aux Espagnols. La dernière de ces trois villes fut saccagée, en mémoire du désastre de iri26 et du sac de Rome * . Sforce et les Vénitiens penchaient pour le siège de Milan ; mais d'un autre côté le pape réclamait instamment l'invasion des Français.

Lautrec marcha lentement vers Rome; Clément VII avait été forcé de souscrire à toutes les conditions de Charles-Quint ; cent mille écus comptant, cent mille autres dans quinze jours, cent cinquante mille après trois mois,

1 Un fait ciirieui dans l'histoire de Tari est celui-ci : On voyait sur la place de Pavie une statue de bronze d' Anlonin le Pieux , que \e^ Lombards avaient anciennement emportée de Ravenne. Un soldat de Ravenne, qui le premier était entré dans le château de Pavie. demandn en éc:«an!ze de la couronne inuralo qui lui lut (lé.«>rn(<e, la permission de faire rapporter la statue dans sa ville natale, el l'ub-

neutralité parfaite dans la guerre deLombardie et plusieurs places de sûreté ; encore n'était-il pas sûr de sa liberté à ce prix. Un déguisement de marchand lui permit de traverser sans obstacle le camp des impériaux, pendant une nuit obscure ; il se réfugia à Orvietto , où l'armée française vint le prendre. Aux approches de Rome, le maréchal hûta sa marche ; il voulait surprendre les impériaux, qui se retirèrent précipitamment vers Naples, au nombre de treize mille hommes sous les ordres de Philibert de Chàlons, prince d'Orange. La population napolitaine, lasse du joug espagnol, accueillit les Français avec des transports de joie; en quelques jours, il ne resta plus à Charles-Quint que Naples et Gaëte, dont Lautrec forma aussitôt le siège ; la flotte de Doria suivait le long de la côte l'armée expéditionnaire , et venait de s'embosser devant le port de Naples. Le vice-roi de Moncade arma un grand nombre de galères , afin de se rendre maître de la mer, puis il s'embarqua lui-même avec le marquis du Guast et l'élite de ses soldats ; mais André Doria lui détruisit sa flotte à la sortie du port, le vice-roi fut tué, le marquis du Guast fait prisonnier avec nombre d'officiers distingués.

Sa captivité fut heureuse pour l'Espagne ; il débaucha André Doria, que François I" avait ofîensé par le rétablissement de la garnison française dans la ville de Gênes ; l'amiral arbora soudain le pavillon de l'empereur, jeta des vivres et des munitions dans Naples , puis il mit à la voile et parut devant le port de sa ville natale avec les couleurs

tint. Les Pavesans avaient vu tranquillement le pillage de leurs maisons et la destruction du palais de leurs ducs; mais quand les ouvriers se mirent à erdever la statue de son piédestal, le desespoir s'empara d'eux : la ville se ronsplit de lamentations, el les habitants tombèrent aux genoux de Lautrec, priant que cette honte leur fût épargnée. Le général n'obtint qu'avec peine ledésistemenl du soldat, contre une masse d'or suflisante pour s'en faire faire une couronne.

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nationales. La révolte fut générale ; les troupes françaises s'échappèrent; Gènes recouvra son indépendance; Doria avait refusé la souveraineté que lui offrait l'empereur; Lautrec était toujours au siège de Naples ; la place tenait encore, et il ne recevait pas de renforts; l'ardour de la ligue s'était ralentie; le pape, devenu plus circonspect, craignait une seconde irruption des bandes impériales, en se brouillant avec Charles-Quint ; Venise ne songeait qu'à se remettre en possession de quelques places maritimes dans le royaume de Naples ; et dans les Pays-Bas , Henri YIII n'avait pas pu agir, vu les réclamations de son peuple contre une guerre inutile : d'autre part , avec l'empire de la mer, l'abondance était revenue dans Naples, tandis que les assiégeants manquaient à leur tour de vivres; le prince d'Orange, général des Espagnols, faisait des sorties vives et continuelles ; la peste se mit dans le camp des Français; en quelques jours, il ne resta plus que quatre mille hommes sous les armes ; Lautrec mourut de chagrin et de maladie (15 août 1528). Le marquis de Saluées, chargé du commandement, leva le siège et se retira à Aversa, où le prince d'Orange vint le bloquera son tour; la capitulation fut dure ; le marquis de Saluées et Pierre Navarro restèrent prisonniers; les débris de l'armée rentrèrent en France désarmés, sans drapeaux, et sous escorte : ce fut la dernière apparition des Français dans le royaume de Naples.

François I" ne voulut pas accepter le sens de ce désastre ; une nouvelle armée se hasarda en Italie sous les ordres de François de Bourbon , comte de Saint-Pol ; le général des impériaux, Antonio de Ley va défendit savamment le Milanais avec une poignée d'hommes. Les Français, réunis aux Vénitiens sous les ordres de la Bovère, duc d'Urbin, s'emparèrent de Pavie (27 juillet 1 529 ; à cette nouvelle, Ley va, quoique cruellement tourmenté de la goutte, fit une marche rapide en litière, comme plus tard le paralytique Torsten-

son, surprit Saint-Pol à Landriano, et le battit complètement. Le comte demeura prisonnier ; son artillerie et ses bagages furent enlevés ; le reste de l'armée disparut vers les gorges des Alpes.

La paix était au bout de ces revers multipliés ; toutes les puissances belligérantes la désiraient. La France était épuisée par ces levées successives, qui toutes allaient se perdre au delà des monts; l'Angleterre avait refusé des subsides à son roi, le pape comptait sur un bon traité pour réparer ses pertes; l'Espagne, où la révolte fermentait encore sourdement, se plaignait de porter seule le poids de la guerre , l'Allemagne réclamait de son empereur de prompts secours contre la réforme, la ligue protestante, l'invasion des Ottomans, sous le règne de Soliman le Magnifique. Des conférences s'ouvrirent à Cambrai entre Marguerite d'Autriche, tante de Charles-Quint, et Louise de Savoie, duchesse d'Angoulôme, mère de François I" ; l'absence du cérémonial hâta la marche diplomatique ; le 5 août 1 529 fut conclue à Cambrai, entre l'empereur, le roi d'Angleterre et le roi de France, la pat> des dames ou le traité de Cambrai. Oublieux des services rendus, François l" ne s'occupa nullement de ses alliés ; il laissait à la merci de l'empereur les Florentins, les Vénitiens, le duc de Ferrare, les barons napolitains qui s'étaient déclarés pour la France, le malheureux roi de Navarre, son beau-frère, et promit encore d'é~ pouser la sœur de Charles-Quint, Éléonore de Portugal ; il dut renoncer à la suzeraineté des comtés de Flandre et d'Artois, à celle du comté de Charolais, mais seulement pour la vie de Marguerite d'Autriche et de l'empereur son héritier. La ville d'iïesdin, le comté d'Asti, le royaume de Naples restèrent à l'Espagne ; la rançon des deux fils de France, le dauphin et le duc d'Orléans, fut fixée à deux millions d'écus d'or; et il fallut en outre prêter à Charles- Quint, pour son voyage d'ItaUe, pendant cinq mois, douze

galères et huit autres vaisseaux ; de plus, lui payer trois cent mille écus. A ce prix, la possession de la Bourgogne, du Maçonnais, de l'xVuxerrois, de iJar-sur-Seine, de la Picardie et des villes de la Somme fut assurée à la France momentanément, sauf la réserve des droits et prétentions de la maison d'Autriche.

La paix de Barcelone, entre le pape et l'empereur, avait précédé celle de Cambrai. Clément VII avait hâte de venger l'expulsion des Médicis de Florence ; l'empereur lui promit la restitution de ses villes, le rétablissement des Médicis, ses parents, qui avaient été chassés de Florence, lors de ses revers ; la réintégration de Sforce dans son duché, s'il pouvait être absous de toute complicité dans la conspiration de Jérôme Moron, enfin la soumission de toute hérésie à l'église : allusion directe à la réforme allemande. En retour. Clément VU dut lui donner l'investiture du royaume de Naples, en se réservant seulement le vieil impôt de la blanche haquenée, lui abandonner la nomination de vingt-quatre cvéchésdu royaume, et le couronner empereur (29 juin

Charles-Quint s'embarqua à Barcelone et vint débarquer à Celles (12 aoiit). Toute l'Italie était à ses pieds; mais, sa vanité satisfaite, la politi(iue lui arracha bien des concessions. Clément VU le couronna empereur et roi à Naples; les deux princes vécurent cinq mois ensemble dans le même palais, à la môme table. François Sforce fut rétabli dans le duché de Milan, à la condition de payer, la première année, 400,000 ducats, et 500,000 dans l'espace de dix ans, et de laisser entre les mains de l'empereur la citadelle de Milan et la ville de Como, comme places de sûreté. Florence, assiégée par l'armée impériale, capitula (12 août 1550), en acceptant une constitution donnée par l'empereur ; les formes républicaines furent conservées, sous le patronage ofliciel d'Alexandre de Médicis,

nis naturel du pape; enlin Venise restitua à Clément VU Bavenne et Cervia, et à l'empereur, les places qu'elle avait surprises dans le royaume de Naples (25 décembre 1529). De la part des co-signataires, le traité de Cambrai n'était qu'un prétexte honnête pour suspendre momentanément la guerre. Chanes-Quint se trouvait dans des circonstances critiques; outre la révolte intérieure dans l'Allemagne, il avait encore trois cent mille Ottomans sur les bras, à la frontière de Hongrie, et trente mille Espagnols venaient de partir pour la fameuse expédition de Tunis. L'empereur était alors l'homme populaire en Europe; protecteur de l'Italie et défenseur de la chrétienté, son rôle avait grandi dans la dernière guerre, tandis que son rival avait laissé se perdre ce qu'alors on appelait sa réputation de loyauté chevaleresque. Cependant, à tout prendre, François I" n'était pas moins politique que son adversaire, lui qui osait entretenir des relations diplomatiques avec Soliman le Magnifique, au moment où l'idée d'une croisade souriait encore à l'Europe chrétienne ; c'était déjà beaucoup d'avoir secoué le vieux préjugé par nécessité, il est vrai, mais en beau joueur, cartes sur table ; du reste, ce fut à peu près la seule négociation qui eût un plein succès, et qui fît espérer une diversion utile. François V' chercha partout des alliés pour sa cause, des embarras pour son rival : en Allemagne, il soutint le landgrave de Hesse, qui voulait le rétablissement du duc de Wirtemberg, contre le gré de la maison d'Autriche; il envoya Guillaume du Bellay offrir sa coopération aux princes de la ligue de Smalkalde ; il conclut avec Clément VU un traité secret contre la domination impériale (1 555) ; enfin il envoya des agents auprès du duc de Milan. Mais la ligue protestante se méfiait d'un prince qui faisait brûler dans ses états ses co-religionnaires; elle se refusa à toutes les ouvertures de Guillaume du Bellay. Clément VU mourut (1555), et son successeur, Paul III,

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HISTOIRE Dt FRA.NCE.

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voulut d'abord garder lu neutralité. Le roi d'Angleterre conseiTait toujours d'étroites liaisons avec la France, mais sa réforme intérieure le distrayait des affaires du continent; restait donc le duché de Milan. Au mois de décembre 1552, François l" envoya à Milan un de ses agents, Maraviglia, pour engager François Sforce dans les intérêts de la France ; le duc tenait son duché de l'empereur, mais à des conditions si dures, qu'il lui tardait de secouer le joug. La négociation fut heureuse ; mais, au moment de conclure, le secret fut découvert, et l'empereur mis au fait de toutes les menées. Sforce, effrayé, fit arrêter le ministre français sous prétexte que les gens de sa maison avaient commis un homicide ; puis, afin de se disculper aux yeux de Charles- Quint, il lui fit trancher la tète contre le droit des gens (5 juillet 1555). François I" allait descendre en Italie pour venger cette insulte, si la mort de Clément VU ne l'eût arrêté. Bientôt après mourut le duc de Milan lui-même (24 octobre 1555), et le roi de France, protestant qu'il n'avait laissé dormir ses droits qu'en faveur de la maison des Sforce, réclama le Milanais, dont l'empereur venait de prendre possession comme d'un fief vacant de l'empire. A l'appui de ses arguments, il envahit la Savoie, à la tête d'une bonne armée. Le duc Charles avait d'abord gardé la neutralité entre les deux princes, il penchait même pour la France, dont il avait plus à espérer ou à craindre. Mais, après les désastres de François l*% il avait épousé la sœur de l'empereur, Béatrix de Portugal, et envoyé son fils faire son éducation à Madrid. Il eût été dangereux pour le roi de France de laisser un ennemi aussi actif sur les derrières de l'armée d'invasion; la conquête fut aisée; la Bresse et le Bugey, le duché de Savoie, se rendirent en tout ou en partie à la première sommation de l'amiral de Brion ; il ne resta bientôt plus au duc que quelques places fortes dans le Piémont. Genève, ville républicaine, sous la suzeraineté

des ducs de Savoie, profita de Tocx^asion pour revenu* à l'indépendance; le parti des Mammelus ou esclaves, qui soutenait l'évêque et le duc, fut proscrit par les Eignotz ou confédérés, pour la défense de la liberté commune ; les châteaux forts des environs du lac ouvrirent leurs portes aux partisans de la liberté ; l'évêque lança les foudres ecclésiastiques, mais, pour toute réponse, le canton de Berne (1555) envahit le pays de Vaud, sur lequel il prétendait avoir des droits.

Charles-Quint, revenu de Tunis, avait vu dépouiller son allié, sans qu'il lui fût possible de le secourir. L'armée d'Afrique venait d être licenciée , les frais de l'expédition avaient épuisé le trésor, et, dans la Lombardie, Antonio de Leyva, avec une poignée d'hommes, redoutait l'arrivée des Français. L'empereur chercha à gagner du temps. Il proposa de donner l'investiture du Milanais tantôt au duc d'Orléans, tantôt au duc d'Angoulême, second et troisième fils de François I", et le roi de France se laissait prendre à ses offres insidieuses. Cependant l'armée impériale grossissait; les étals de Naples et de Sicile avaient accordé de forts subsides ; l'Allemagne avait fourni des soldats pour de l'argent; enfin, quand il eut fait tous ses préparatifs, le 17 avril 1556, l'empereur prononça à Bome, en langue espagnole, un discours violent contre le roi de France, en présence du pape et des ambassadeurs de toutes les puissances; puis il partit pour la Lombardie. Ce manifeste peu politique était une déclaration de guerre. L'armée impériale, ramassée en Italie, en Espagne et dans les états allemands, se mit en marche vers Turin, dont elle devait former le siège; Antonio de Leyva fit décider l'invasiDn de la France. Au mois de juillet 1556, quarante mille hommes passèrent le Var, toujours pourvus de vivres et de munitions, par la flotte d'André Doria, qui louvoyait le long de la côte, à la suite de l'armée de terre. Le même plan de défense, qui

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avait déjà si bien réussi plusieurs lois, prévalut dans le conseil de François l".

Le maréchal Anne de Montmorency se posta près d'Avignon, entre le Illiône et la Durance, dans un camp inexpugnable : le roi en personne campait à Valence, avec toute la noblesse de France, le ban et l'arrière-ban : tout fut rasé sur les pas des impériaux, excepté Arles et Marseille, qui reçurent de tories garnisons. Charles-Quint avançait lentement vers Marseille, après avoir pris d'assaut Anlibes et Fréjus. La maladie pénétrait déjà dans son camp : en abandonnant la côte, il avait donné prise à la disette, parce (lue la Hotte de Dona n'était plus là ; il balança longtemps s'il essaierait de s'ouvrir un passage par le Lyonnais et le Dauphiné, jusque dans la Franche-Comté; enfin il se décida pour le siège de Marseille, dans l'espoir de laire abandonner à Montmorency sa position.

Le maréchal ne bougea pas ; il avait reçu un surcroit de troupes; la jeunesse des cantons, à la nouvelle de l'invasion, était venue joindre l'armée française ; il la laissa se morfondre dans ses retranchements ; sa constance eut un plein succès. Après quarante jours d'inutiles assauts, les Espagnols levèrent le siège; ils avaient perdu vingt mdle hommes et leur général, Antonio de Leyva : la retraite fut difficile; les paysans massacraient les traineurs; Montmorency écrasait l'arrière-garde par des charges réitérées ; les débris arrivèrent jusqu'à Nice : là, Charles-Quint laissa le commandement au marquis du Guast, et alla s'embarquer à Gènes pour Barcelone (1556). L'invasion de la Provence avait eu lieu simultanément avec l'entrée du comte de Nassau dans la Picardie. Le général allemand prit Guise, mais il échoua devant Péronne, où la noblesse du pays s'était réunie ; en 1557, François r se rendit maître de Hesdin, et de nombre de places dans l'Artois; le connétable de Montmorency marcha vers Térouanne, pour en faire

lever le siège aux Flamands ; la bataille était inévitable, (jiiand un héiaut vint de la part d'Éléonore, reine de France, et de Marie, gouvernante des Pays-Bas, annoncer une suspension d'armes.

Une trêve de dix mois fut signée à Bommy-les-Térouanne pour les Pays-Bas (50 juillet 1557) ; et, le 1 G novembre, la guerre fut aussi suspendue dans le Piémont, par un armistice de trois mois, à Monçon, en Aragon! Dans l'intervalle, des conférences s'ouvrirent à Leucate, et n'aboutirent qu'à une prolongation de trêve; le pape Paul III essaya de faire le médiateur, en proposant une entrevue à Nice ; mais les deux princes ne voulaient pas se voir. Enfin la crainte du traité secret de François I" avec Soliman rendit Charles-Quint plus accommodant. Le fameux Barberousse venait de ravager cruellement les côtes de Naples, et n'avait disparu que devant la Hotte de Doria. En Hongrie, le général ottoman Mahomet s'était avancé jusqu'aux frontières de l'Autriche : une bataille terrible s'était livrée à Essek, sur la Drave, et les impériaux avaient essuyé une défaite complète. Si, en ce moment, François l" eût envahi le Milanais, selon les clauses du traité secret avec la Turquie, l'empereur se fût trouvé dans une position critique. Il n'en fallait pas tant pour le décider à la trêve. Elle fut signée à Nice pour dix ans (18 juin 1558) ; chaque parti conserva ses contiuêtes ; par ce traité, l'empe^ reur sacrifiait le duc de Savoie; François 1" avait perdu le Milanais, mais il conservait la Savoie et le Piémont : tout l'avantage était donc de son côté.

Après la conclusion de la trêve, les deux princes se virent à Aigues-Mortes. La haine avait disparu ; François F^ fit noblement les honneurs ; à l'arrivée de la galère impériale, il partit presque seul sur une barque, afin de lui rendre visite à bord, et le lendemain l'empereur, se fiant à bon tour à lu loyauté de son rival, descendit à terre avec le

HISTOIRE DE PHANCE.

mt'rno abandon. C'est que le roi d'Espa^^c voulait se ménager un passage par la France, dans le cas où la révolte éclaterait aux Pays-Bas, comme il devait s'y attendre ; en etTel, l'année suivante, au moment où Cliarles-Quint, venant d'apaiser pour quelques mois les troubles d'Allemagne, tenait en Espagne les États des diverses provinces, une sédition terrible bouleversa la ville de Gand, et le contrecoup s'en fit sentir dans tous les Pays-Bas. Charles-Quint était embarrassé ; brouillé avec le roi d'Angleterre, à cause de la répudiation de Catherine d'Aragon, la route de mer lui était peu sûre; celle d'Italie et d'Allemagne allait faire traîner le voyage en longueur. Il fallait donc passer par la France : l'empereur se décida à demander le passage, et François 1", jaloux de prouver sa cordialité, fit de joyeux préparatifs pour fêter le voyageur couronné. Les deux lils de France avaient été le prendre à Fontarabie, pour le conduire à Paris, où le roi l'attendait avec toute sa cour (1" janvier 1540).

Alin de s'épargner des questions délicates, l'empereur, à son entrée en France, avait réitéré au connétable de Montmorency la promesse de donner à un des tils du roi l'investiture du Milanais ; toute la cour, avec François I", l'accompagna à Saint-Quentin; puis, quand il eut atteint les Pays-Bas, George de Selve, évèque de Lavaur, ambassadeur de France, vint le sommer de tenir sa promesse au sujet du duché de Milan. Charles-Quint essaya d'éluder la question, mais, se voyant pressé, il proposa un autre arrangement : c'était de céder les 'Pays-Bas à sa fille Marie, et de la donner en mariage au second fils du roi, à condition toutefois que le gouvernement appartiendrait à l'infante, et qu'à défaut d'enfants, les Pays-Bas retourneraient à l'Espagne : François 1" devait restituer au duc de Savoie la Savoie et le Piémont. Le roi de France fut étonné de ce résultat imprévu, après toutes les amitiés de Charlcs-

PRANÇOIS !•'. ^5

Quint; la trêve fut rompue, et comme déclaration de guerre, l'empereur donna à son fils Philippe l'investiture du Milanais (11 octobre 1540).

Charles-Quint n'avait pourtant fait aucun préparatifs tout au contraire, une révolte générale dans ses armées I avait forcé de licencier une grande partie de ses soldats Après la trêve de Nice, l'épuisement du trésor, qui ne pouvait solder les arrérages de la paix, avait exaspéré les troupes; le Milanais fut dévasté par les bandes mutinéesen Sicile, les impériaux chassèrent tous les officiers firent de nouvelles élections, et, tout en ravageant le plat' pays défirent un détachement que le vice-roi avait envoyé contre eux ; en Afrique, la garnison du fort de la Goulette menaça de livrer la place à Barberousse. L'habileté de ses généraux tira Charies de ce mauvais pas; les emprunts, les contributions couvrirent le déficit; le bourgeois, déjà dépouillé par la sédition, paya le soldat redevenu fidèle et le licenciement de la majeure partie rétablit la tranquillité François I" organisait rapidement son plan de guerre • ses agents allaient partout, à Rome, à Venise, à Constantinople; Rome et Venise gardèrent la neutralité ; l'ambassade de Constantinople donna lieu à un assassinat qui mit l'opinion du côté de la France.

François I" avait chargé deux de ses agents, l'Espagnol Antonio Rinçon et le Génois César Frégoso, de porter ses offres au sultan et aux Vénitiens, à travers l'Italie ; les ambassadeurs partirent. A leur arrivée dans le Piémont le gouverneur français, Guillaume du Bellay, seigneur'de Langey, voulut les détourner de passer par le Milanais • Ils résistèrent, mais lui confièrent prudemment leure dél pêches que l'on envoya à Venise par un autre chemin La précaution était bonne, car à peine embarqués sur le Pô pour le descendre jusqu'à la mer Adriatique, ils furent as^ sassinés aux environs de Paww par les ordres du marquis

du Guast, gouverneur du Milanais. C'était un mourtro inutile: on ne trouva sur eux aucun papier; le capitaine Paulin, plus connu sous le nom de baron de Lagarde, les avait déjà portés à Venise et à Constanlinople, et la flotte turque grossissait rapidement sous les ordres de Khaïreddin Bar-

berousse.

La déclaration de guerre suivit de près l'assassinat des agents ofticiels de la France ; trois armées envahirent à la fois les États de l'empereur. Le moment était favorable; Charles-Quint revenait d'Afrique, où son armée et sa Hotte avaient été détruites par la tempête et l'ennemi (15-41). Un orage violent avait accueilli les impériaux à leur descente sur la plage d'Afrique, noyé les tentes, les travaux, tout le camp des assiégeants ; puis on avait vu nombre de navires venir se briser à, l'entrée du port. Les Turcs, sous le commandement d'Hassan survinrent après le désastre, et il fallut reprendre la mer où un nouvel ouragan assaillit la flotte de Doria, qui avouait n'avoir jamais essuyé une tempête aussi violente depuis cinquante ans qu'il tenait la mer. Le retour en Espagne fut pénible, et la nouvelle de l'invasion des Français sonna mal aux oreilles de Charles- Quint à son débarquement. Dans le midi, le dauphin Henri, avec le maréchal Claude d'Annebaut et Antoine de Lettes de Montpezat, avait formé le siège de Perpignan, à la tête de quarante mille hommes ; mais le duc d'Albe, qui s'était jeté dans la place, la défendit vigoureusement ; au bout de six semaines de siège, l'armée française n'était guère plus avancée qu'au premier jour, et les Espagnols accouraient pour faire diversion ; elle rentra en France (août 1542).

Dans le Nord, le duc de Vendôme, Antoine de Bourbon, plus tard roi de Navarre, envahit le comté d'Artois, et le mu au pillage ; en Flandre, le maréchal de Gueldre, Martin Rossem et Longueval, lieutenant du duc de Clèves, réunirent quatorze mille hommes, pénétrèrent dans le Brabant

et s'approchèrent de la riche ville d'Anvers, dont les trésors leur souriaient ; la sommation fut faite au nom des rois de France et de Danemarck, alliance bizarre pour le temps, et pour le moins aussi singulière qu'autrefois le mariage d'Henri I" avec une princesse russe ; mais les bons bourgeois de la ville n'avaient nulle envie de solder les troupes ennemies ; la municipalité arma tout citoyen de bonne volonté, et Rossem, qui n'avait pour toute artillerie de siège que quelques pièces de campagne, se rejeta sur Louvain, qui paya grassement pour Anvei'S; c'était là ce qu'on appelait tondre les moutons de Hollande et traire la vache à fromage.

Une troisième armée était entrée dans le Luxembourg, aux ordres du duc d'Orléans, second fils du roi, et du duc de Guise, Claude de Lorraine . Ivoi, Montmédi et Luxembourg se rendirent sans qu'on vit paraître aucun ennemi. Le duc d'Orléans crut sa conquête assurée, il mit de bonnes garnisons partout et renvoya son armée. Le prince de Nassau-Orange n'attendait que ce moment. Quand le duc d'Orléans eut repassé la frontière, il leva diligemment un corps de troupes, pénétra à son tour dans le pays conquis, et reprit successivement toutes les places, hormis Ivoi, qui fut défendue parle duc de Guise (1542),

Comme on le voit, c'étaient de minces succès pour de si grands préparatifs : Charles-Quint eut le temps de se mettre en défense. Le 21 février 1543, une alliance étroite fut conclue entre l'Espagne et l'Angleterre, qu'avait irritée l'influence française en Éco^se ; puis Ferdinand de Gonzague, duc de Guastalla, vice-roi de Naples, envahit les États de Clèves à la tête de quarante-quatre mille hommes : le duc ne s'attendait guère à l'irruption soudaine des impériaux ; il laissa prendre ses places sans essayer une résistance inutile ; il fallut qu'il cédât le duché de Gueldre et le comté de Zutphen, qui furent incx)rporés aux provinces

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des Pays-Bas ; le duc d'Orléans et le roi de France arrivèrent au secours de leur allié, mais trop tard pour empêcher la conclusion de la trêve (7 septembre 1543). Cependant le duc d'Orléans reprit Luxembourg, et le roi, Maubeuge et Landrecy. Après la conquête du duché de Gueldre et du comté de Zutphen, l'armée impériale vint assiéger cette dernière place. Les ennemis étaient nombreux : outre les quarante mille hommes du ducdeGuastalla,leducd'Arscottavait amené les troupes belges ; Pierre de Tolède venait d'arriver avec trois mille Espagnols, et le corps auxiliaire d'Angleterre avait débarqué et rejoint ses alliés. Cependant l'approche de François I*' fit lever le siège, et Charles-Quint, se rejetant sur Cambrai, ville libre et impériale, s'en empara sous prétexte d'intelligences avec les agents de la France. En Italie, la guerre était plus décisive. Khaïreddin Barberousse, parti des Dardanelles avec cent cinquante voiles, parut tout à coup à la vue de Naples, ravagea à plaisir toutes les côtes du royaume, de l'état de l'Église, de la Toscane, et vint rejoindre la flotte française de quarante voiles auprès de Toulon ; de là, Barberousse et le comte d'Enghien, gouverneur du Piémont depuis la mort de Guillaume du Bellay, naviguant de conserve, forcèrent l'entrée du port de Nice (20 avril 1 544), s'emparèrent de la ville et rejetèrent la garnison dans la citadelle.

C'était un merveilleux spectacle pour l'Europe que cette union momentanée des flottes française et turque , d'un pirate redouté et d'un prince du sang royal de France. Un fait singulier de l'époque , et qui peut faire comprendre la supériorité de la marine du sultan , c'est la cause de la désunion qui se mit bientôt entre les Français et les Turcs. Les vaisseaux de Barberousse étaient hérissés d'armes d'abordage et pleins de munitions de guerre ; la flotte du duc d'Enghien était chargée de vins et de vivres de toute sorte ; mais il y avait ù bord une telle pénurie d'armes et

de munitions , que Barberousse , obligé de partager avec eux, se dégoûta bientôt de cette flotte d'eau douce, comme il l'appelait , et reprit la route du Levant. D'ailleurs l'approche du marquis du Guast eût pu rendre la position des assiégeants diflicile ; le siège fut donc levé, et Nice mise à feu et à sang par les Turcs, en signe d'adieu (8 septembre).

Après la retraite des Français, le gouverneur du Milanais s'empara de Mont-Devis , défendu par les Suisses , qui furent maltraités malgré la capitulation, et de Carignan, dont les fortifications n'étaient pas achevées. Les cantons gardèrent rancune aux impériaux du mépris affecté qu'ils leur avaient montré ; la levée d'un corps auxiliaire pour le roi de France se fit rapidement en Suisse ; huit mille hommes descendirent des montagnes et se rendirent au camp. François avait mis à contribution les Grisons, espérant qu'ils lui seraient d'aussi bon secours que les Suisses : « Mais , « dit Dubellay, autrement en advint ; car il est malaisé de « déguiser un àne en coursier, » Le comte d'Enghien vint remplacer Boutières, dont on n'était pas content, dans le commandement de la nouvelle armée. Pallezol, Crescentino, et autres petites places , ouvrirent leurs portes aux Français. D'Enghien marcha vers Carignan, afin de la reprendre , et le marquis du Guast s'approcha d'un autre côté pour y jeter des vivres et des munitions. Les deux armées étaient en présence , mais le général espagnol ne voulait pas la bataille , car il craignait la gendarmerie , au dire de Dubellay ; le comte d'Enghien se résolut à l'attaque ; le marquis du Guast, en entourant les Français, avait commencé à leur couper les vivres, et il fallait sortir de cette position inquiétante.

L'armée française comptait de vingt-deux à vingt-quatre mille hommes ; les ennemis étaient au nombre de trente mille ; la bataille se livra à Cerisolles, près de Carignan (11 avril 1544); à la première charge de la noblesse de

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France, les Allemands lâchèrent pied : luthériens pour la plupart , ils furent troublés par les remords de leur conscience, dit la chronique ; ce fut un massacre général; douze mille hommes furent taillés en pièces, trois mille faits prisonniers : au souvenir de Mont-Devis, les Suisses ne faisaient pas de quartier. La nouvelle de cette victoire fit sensation dans l'Italie. Le parti français se montra partout la tète haute ; le comte d'Enghien voulait à l'instant même marcher sur Milan, dont la garnison était dans l'épouvante. François I" s'y opposa constamment ; le fort de la guerre était dans les Pays-Bas, où l'empereur et le roi d'Angleterre réunissaient de nombreuses troupes; la meilleure partie de l'armée du Piémont fut donc rappelée, et tout le fruit de la victoire de Cerisolles se borna à la prise de Carignan , de Casai, de Trin, d'Albe et à la conquête du Monlferrat.

Dans le nord de la France, Henri VU! et Charies-Quint avaient encore renouvelé ce fameux projet d'invasion qui avait échoué tant de fois. Le roi d'Angleterre , descendu à Calais, envahit la Picardie, où le roi de France n'avait à lui opposer que quelques milices et des garnisons. Quelques jours après, un corps impérial vint fortifier son armée, qui, au lieu de marcher en avant, alla perdre le temps au siège de Boulogne. De son côté, Charles-Quint avait pris Luxembourg, Commercy et Ligny, avec une armée de cinquante mille hommes (juillet 1544). De là il envahit la Champagne, et s'arrêta au siège de Saint-Dizier où commandait le comte de Sancerre. Le comte se défendit pendant six semaines, et donna le temps à François I" d'assembler une armée de quarante et quelques mille hommes ; une ruse du comte de Granvelle , qui avait surpris le chiffre du duc de Guise , hâta la capitulation (47 août).

Le roi de France s'était posté auprès de Chàlons-sur- Marne, d'où il interceptait les convois de l'ennemi ; l'empereur, qui faisait mine de vouloir assiéger Chàlons, se rejeta

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