CHAPITRE XI
« Henri II continua la politique extérieure de son père, avec la même alternative de revers et de succès ; mais, à l'intérieur, il ne sut pas assez tenir comme lui en respect les influences subalternes qui régnaient à sa cour. François I" n'avait été faible qu'avec sa mère et sa maîtresse ; je ne sais quel instinct de méfiance l'éloignait des grands seigneurs, de ceux qui lui étaient le plus utiles. Montmorency, après avoir sauvé le royaume au camp d'Avignon, avait passé dans la disgrâce les dernières années du règne qui venait de s'écouler. Dans son testament, François recommandait à son fils de se défier des Guises, qui, depuis Marignan, jouaient un si noble rôle à la tête de son armée. Henri, élevé pour ainsi dire dans les camps de son père, y avait eu pour compagnons d'armes ces illustres suspects, et avait contracté avec eux des habitudes d'amicale familiarité qui le suivirent sur le trône. Montmorency,
UISTOIRE U£ FHANCK.
qu'il nommait son compère, fut rappelé aussitôt de Chantilly, où il vivait dans une sorte d'exil, et prit la direction des affaires que François avait léguées en mourant à d'Annebaud. François de Lorraine, duc d'Aumale, le compagnon d'enfance du dauphin, fui introduit par le roi de France dans le conseil, où il remplaça le cardinal de Tounion, l'un des vieux et fidèles serviteurs du roi défunt. Le changement s'opéra si vite, que, le troisième jour après la mort de François 1", Montmorency était à Saint-Germainen-Laye, et recevait les députés de Paris venus pour complimenter le nouveau roi. La duchesse d'Étampes, honteusement renvoyée à son mari, céda la place d'honneur qu'elle occupait à la cour à la duchesse de Valentinois, la belle Diane de Poitiers, et alla vieillir obscure dans une de ses terres. Cruellement éclipsée par la favorite, la femme de Henri II, Catherine de Médicis, en prenait son parti sans fausse honte, et s'exerçait par avance aux ruses de sa politique nationale, flattant, pour se les ménager, toutes les influences rivales de la sienne, quelque odieuses qu'elles pussent lui être. A elles quatre, les factions réunies des princes lorrains, de Montmorency, de Diane et de Catherine, entouraient le roi de toutes parts. « Rien ne leur échappait, dit un écrivain du temps, non plus que les mouches aux hirondelles, que tout ne fût englouti... de sorte qu'il était quasi impossible à ce prince débonnaire d'étendre à d'autres sa libéralité, car ils étaient quatre qui le dévoraient, comme un lion dévore sa proie. »
Le premier usage que François de Lorraine fit de sa nouvelle autorité fut en faveur de sa nièce Marie Stuart. L'ambition de la famille était de voir la couronne de France sur la tête de la jeune reine d'Ecosse. De son côté, le duc de Sommerset, qui gouvernait l'Angleterre sous le titre de protecteur, voulait faire épouser Marie à son pupille Edouard VL Appelant les armes à l'appui de ses négocia-
HEMU 11.
tions, il venait de gagner à Pin-Kinceluth une grande victoire sur les Écossais, et il proposait au conseil d'Ecosse de réunir les deux royaumes et de faire abandonner à Edouard le titre de roi d'Angleterre pour celui de roi de la Grande-Bretagne. L'intérêt de la France, autant que celui de la maison de Lorraine, s'opposait à cette réunion. D'Ellé, envoyé en Ecosse avec six mille hommes, expulsa les Anglais du pays, et fit conduire Marie-Sluart en France, pour y être élevée à la cour, jusqu'au moment de son mariage avec le dauphin. Cette énergique démonstration replaçait la France en quelque sorte sur le pied de guerre avec l'Angleterre. Une révolte qui éclata sur ces entrefaites dans les provinces de l'ancienne Aquitaine, faillit fournir à Sommerset l'occasion de prendre une cruelle revanche de l'intervention française en Ecosse. On se rappelle le soulèvement qu'avait excité sous le dernier roi l'établissement de la gabelle dans cette contrée. La force en avait fait promptement justice; mais l'irritation des esprits subsistait toujours : les troubles se renouvelèrent en 1 548, et sous un aspect bien plus menaçant.
Quelques commis de la gabelle, qui s'en allaient prélever les droits par les villages, furent maltraités par les gens de Laurignac, qui les poui-suivirent jusqu'aux portes de Cognac. A cette nouvelle, toutes les campagnes voisines se soulèvent, on sonne le tocsin, et une foule d'hommes armés de faux, de fourches, de vieilles épées, de fléaux, de broches et de bâtons, se répandent dans les champs pour assommer les archers du sel. Les insurgés mirent à leur tête Boismenil, surnommé Galaffre, bourgeois de Bansac, et un gentilhomme appelé Puimoreau, qui envoyèrent des billets par les bourgs et les villages, ordonnant, sous peine de mort, aux habitants de venir se joindre à eux, afin de les aider à exterminer les gabeleurs. En peu de jours, ils eurent cinq h six mille hommes sous leurs ordres. Antoine de Bourbon,
le père de Henri IV, qui commandait dans ces quaitiers-là, rassembla trois cents hommes d'armes pour étouffer la révolte naissante; mais à peine la petite troupe eut-elle paru eu campagne, que le tocsin se mit à sonner de tous côtés, et, de peur d'être enveloppés, les hommes d'armes battirent en retraite. L'attroupement grossit aussitôt à un tel point que Boismenil et Puimoreau se virent bientôt à la tête de quarante mille hommes. Dans l'Agénois, le Périgord, le Limousin, le Poitou, la Gascogne, les paysans commençaient à prendre les armes. Il fallut faire monter la noblesse à cheval, et les compagnies bourgeoises montaient chaque nuit la garde sur les remparts avec autant d'inquiétude que si une armée d'ennemis eût été au cœur du royaume. Les chefs de la révolte, se sentant grandir à l'improviste, envoyèrent offrir à Sommerset de remettre tout le pays sous l'ancienne domination anglaise, et le soulèvement de Bordeaux, qui se déclara pour eux, donnait déjà quelque poids à cette audacieuse proposition. La populace bordelaise massacra le commandant Tristan de Moneins ; elle ouvrit le corps et le remplit de sel, en haine de la gabelle. Le parlement, qui voulut s'interposer, fut brutalement éconduit d'abord, et les conseillers, forcés de monter la garde avec les gens du peuple, parurent sur la place, la pique à la main, en costume de matelots. Ils reprirent [)Ourtant le dessus à la fm. Un petit marchand, François Lavergne, qui le premier avait sonné le tocsin, fut tiré à quatre chevaux en face de riiôtel-de-ville, et la sédition s'apaisait d'elle-même, quand arrivèrent par Toulouse le duc d'Aumale et Montmorency, le grand rahroueur de personnes. Les dix mille fantassins et les mille chevaux qu'ils avaient avec eux furent rejoints en route par la noblesse du pays, menacée un moment de voir se renouveler les scènes du temps des Jacques et des Pastoureaux. Montmorency marcha sur Bordeaux en ordre de bataille, précédé de dix-huit
pièces d'artillerie, et, les montrant aux jurais qui venaient humblement lui apporter les clefs de la ville ; « Allez, allez, dit-il, avec vos clefs, je n'en ai que faire, j'en ai d'autres que je mène avec mi\ qui me feront autres ouvertures que les vôtres. » Il fit ensuite son entrée, l'épée à la main, tambour battant et enseignes déployées, et, par ses ordres,' on dressa aussitôt sur la place de l'hôtel-de-ville une foule de potences et d'échafauds. Plus de cent bourgeois périrent dans les supplices. Boismenil et un autre chef, nommé Talamagne, furent couronnés de fer rouge, et rompus vifs. Puimoreau, en sa qualité de gentilhomme, eut seulement la tête tranchée. Cent vingt bourgeois, suivis de tous les jurats, s'en allèrent en habits de deuil au lieu où était le corps de Moneins ; ils le déterrèrent avec leurs ongles, et le portèrent sur leurs épaules devant l'hôtel du connétable où ils se mirent à genoux en criant miséricorde. Bordeaux en fut quitte pour une rançon de vingt mille livres, et pour la perte de ses privilèges, dont les titres furent jetés au feu (26 octobre). Ensuite le connétable s'en revint à la cour par le Poitou, cassant les privilèges, brisant les cloches qui avaient servi à sonner le tocsin, et laissant partout sur son passage les chefe avoués de la révolte accrochés au gibet.
Tout cela s'était fait trop rapidement pour que Sommerset eût eu le temps de donner suite aux propositions des révoltés ; mais on avait découvert le secret à la cour. On savait que Charies-Quint avait envoyé des émissaires dans les campagnes insurgées, et qu'il était convenu d'envahir la France par la Champagne pour faciliter aux Anglais la conquête de la Guyenne. Henri H considéra ces menées hostiles comme autant d'infractions aux derniers traités, et t^rofitant de la guerre civile qui déchirait en ce moment l'Angleterre, où Thomas Seymour disputait le gouvernement à son frère le duc de Sommerset, il rassembla, au
024 HISTOIRE DE FhANCE.
mois de juillet 1549, ses gendarmes et sa noblesse à Paris, sous le prétexte des fêtes du couronnement de la reine, puis tout à coup il partit pour la Picardie, et vint mettre le siège devant Boulogne, qui, malgré la perte de ses forts avancés, résista jusqu'à l'hiver, où il fallut convertir le siège en blocus. Un combat heureux de Léon Strozzi, qui battit la flotte anglaise dans les parages de Boulogne, et les succès de Paul de Thermes, qui avait remplacé d'EUé en Ecosse, décidèrent le conseil d'Angleterre à demander la paix. Les deux millions d'écus d'or promis à Henri VIII pour la rançon de Boulogne furent réduits à quatre cent mille, et les Anglais s'engagèrent à rendre, moyennant une somme, les châteaux et les villes qu'ils occupaient encore en Ecosse (traité d'Outreau, 24 mars 4550). Le 15 mai, Henri II fit son entrée à Boulogne, et les deux rois s'envoyèrent l'un à l'autre le collier de leur ordre, en signe de parfaite réconciliation. » {Hist. de France.)
Charles-Quint avait vu de mauvais œil l'invasion des Français sur le territoire anglais ; il en avait fait des remontrances sévèrq^ à Henri II, qui n'en continuait pas moins ses liaisons secrètes avec la ligue de Smalkalde; l'Italie fut encore le théâtre de la guerre, mais les deux princes ne se la firent d'abord pas directement ; leurs armées respectives furent employées au service de princes italiens, qui agissaient en sous-ordre. La grande question du moment, dans la péninsule, était celle de la maison des Farnèse. Le fils du pape Paul III, qui venait de mourir, Pierre-Louis Farnèse, occupait Parme et Plaisance, avec le titre de duc, depuis 1545. Après sa mort, son fils. Octave Farnèse, se vit soudainement dépouillé de Plaisance par l'empereur, son beau-père.Sa position était critique ; le pape Jules III en voulait à la ville de Parme, qu'il prétendait appartenir à l'état de l'Église ; alors le duc, rejetant ce système italien d'équilibre et de neutralité qui aurait amené
sa spoliation, prit résolument son parti et se jeta entre les bras de la France. Charmé d'avoir un allié en Italie, Henri II hâta le secours ; en 1550, Paul de la Barthe, seigneur de Thermes, entra dans la ville menacée avec un corps de troupes françaises. L'empereur était irrité contre Farnèse, qui peui-être n'avait pas été étranger à la conjuration des Fiesque (1547,. En effet, le renversement des Doria de Gênes eût pu être fatal à la cause impériale ; aussi, au premier bruit de l'entrée des Français dans Parme! Ferdinand de Gonzague, général des Espagnols, se présenta devant la ville, tandis que les troupes du pape et de Cosme I" de Médicis, sous les ordres de Jean-Baptiste del Monte et d'Alexandre Vitelli, formaient le siège de la Mirandole. Pierre Strozzi sauva Parme par une marche hardie ; il traversa le camp des assiégeants avec cinq compagnies piémontaises, et les fit entrer dans la place. De son côté, le maréchal Charles de Cossé-Brissac, gouverneur du Piémont, attaqua les places du pays qui restaient encore au duc de Savoie.
Comme on le voit, l'Italie n'avait changé ni de physionomie, ni de caractère. Le Milanais était resté à l'empereur. La Savoie se prêtait de mauvaise grâce à la politique de son souverain, qui, avec des idées espagnoles, se trouvait sous l'épée de la France. Gênes avait échappé au parti français, qui s'était résumé dans le génie de Fiesque, et les Doria avaient ressaisi le pouvoir; Florence, gouvernée par les Médicis, suivait aveuglément la ligne politique que lui avait tracée le pape, en veillant à leur rétablissement ; Bome s'agitait à chaque nouvelle élection d'un iK)ntif(', parce que tout nouvel élu travaillait activement à saper la fortune rapide des fils et neveux de son prédécesseur; enfin, depuis la ligue de Cambrai, Venise, revenue à son rôle secondaire, ne faisait que de rares et prudentes apparitions dans les querelles permanentes de l'Italie.
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HISTOIBE DE FRANCE.
Pour le moment, Henri H n'avait devant lui qu'une faible armée impériale, avec les troupes de Cosme de Médicis et de Jules III; la partie n'était pas égale. Toutefois le pape, contrairement à ses engagements antérieurs avec le roi de France, se crut en droit de faire une seconde convocation du concile de Trente, sans l'en prévenir. A cette nouvelle, Henri H envoya à tous les évêques du royaume une circulaire qui leur enjoignait de reconnaître les nombreux abus qui régnaient dans leurs diocèses, afin d'en faire leur rapport dans un concile national ; et en même temps le célèbre traducteur de Plutarque, Amyot, déclara en plein concile de Trente, que le roi son maître ne regarderait jamais cette assemblée que comme une faction, aux décrets de laquelle ni lui, ni ses sujets, n'étaient tenus de se soumettre. Cette protestation quasi -hérétique, après l'apparition de la réforme, et plus encore après la saisie de l'argent qui s'en allait à Rome, effraya Jules 111 ; le Saint- Père écrivit lui-même au roi très-chrétien, et le cardinal de Tournon, ambassadeur de France, conclut une trêve de deux ans avec l'état de l'Église (20 avril 1552). L'édit de Fontainebleau, qui avait arrêté le revenu pontifical à la frontière, fut révoqué.
Cette transaction avec Jules HI venait à propos pour la France, que l'Allemagne avait enveloppée dans ses troubles intérieurs. Henri H, mécontent de la paix de Crespy, dont Charles-Quint avait laissé les conditions dans l'oubli, se grandissait dans sa tête au rôle de libérateur de l'Allemagne, tout en convoitant les pays à sa convenance. Quand il marcha vers la frontière du Rhin, un manifeste avait paru, où l'on voyait le bonnet de la liberté entre deux poignards, avec la devise : Liberté, et pour légende, Henri, protecteur de la Germanie et des princes captifs- Plus tard, la sainte-ligue ne fit pas mieux quand elle invoqua l'Ancien et le Nouveau-Testament en faveur de son idole, le duc
de Guise. Les préparatifs étaient formidables pour la nouvelle expédition. Quinze mille hommes d'infanterie française, neuf mille lansquenets, sept mille Suisses, quinze cents lances, la maison du roi, quatre cents archers de la garde, deux mille chevau-légers, douze cents arquebusiers à cheval, deux mille hommes des arrière-bans, cinq cents cavaliers anglais, et une bonne artillerie ; trente galères, équipées dans la Méditerranée, allaient rejoindre la flotte de Soliman ; vingt-cinq autres devaient sillonner l'Océan, et bloquer les ports de l'Espagne et des Pays-Bas; enfin, le maréchal de Brissac commandait vingt mille hommes dans le Piémont. Henri H, avec la principale armée, commença la campagne. Metz, Toul et Verdun formaient depuis longtemps, sous le nom des Trois-Évêchés, une sorte de république fédérative, sous la protection impériale; mais les usurpations de Charles-Quint, la saisie par lui de Cambrai, Liège et Utrecht, villes libres comme elles, leur avaient inspiré de la défiance; et la nouvelle de l'expédition française fut joyeusement reçue. Toul ouvrit ses portes et reçut garnison, quand elle ne put s'en défendre ; Metz se laissa prendre par ruse, et les Trois-Évêchés devinrent le boulevard de la France ; car, dit Bussy-Rabutin, « Nous étions adonc les plus forts. »
Strasbourg ne reçut pas aussi bien le connétable de Montmorency ; la ville s'était mise sur le pied de guerre ; elle possédait une garnison de cinq mille hommes et une nombreuse artillerie ; toute la population en masse avait détruit les édifices extérieurs qui eussent pu nuire à sa défense, et, à l'approche des Français, les portes se trouvèrent fermées. Henri, content de ses acquisitions, revint sur ses pas, et l'invasion en resta là, pendant que Charles-Quint, trompé par le rusé Maurice de Saxe, sortait d'Inspruck en fugitif, presque seul et poursuivi par toute une armée (1552). La paix de Passau (1 552), dans hiquelleles confédérés ou-
blièrent entièreiiîent la France, laissa le champ libre à la maison d'Autriche. Des partis impériaux vinrent ravager la Champagne et la Picardie; le comte de Reuth brûla Noyon et s'avança jusqu'à Compiègne ; le comte de Mansfelt mit Stenai à feu et à sang. Le connétable de Montmorency alla délivrer les provinces menacées : Stenai , Verdun , Ivoi, Montmédi se rendirent. Le Hainaut fut dévasté en représailles de l'incendie de Noyon. L'armée impériale s'avançait à marches forcées ; le connétable recula jusqu'aux frontières de France, et le duc de Guise, prévoyant le dessein de l'empereur, alla se renfermer dans la ville de Metz, qu'il ravitailla abondamment d'hommes et de vivres.
En effet, Charles-Quint arriva, au mois d'octobre 1552, sous les murs de la ville, que Guise avait entourée de nouvelles fortifications ; les impériaux étaient au nombre de soixante-six mille hommes, avec le duc d'Albe, contre les onze mille hommes de la garnison. Toute la gentilhommerie s'était échelonnée sur les remparts ; le siège fut long et meurtrier ; le général espagnol y épuisa toutes les ressources de son génie ; les maladies assaillirent son camp ; un tiers de ses troupes périt dans les assauts et sous la tente. Après plus de deux mois de siège, il fallut se retirer dans le cœur de l'hiver (1" janvier 1555). La retraite fut assez paisible ; le connétable avait depuis longtemps envoyé son armée dans les quartiers d'hiver.
Charles-Quint se vengea plus tard de cet échec ; an mois de juin suivant, Philibert Emmanuel, duc de Savoie, s'empara de Térouanne et d'Hesdin, et flt détruire ces deux places de fond en comble.
Sans préjudice des expéditions du Rhin, la guerre se continuait dans les Alpes et au sein des plaines de l'Italie. Le maréchal de Brissac surprit Albe et s'empara de Verrue (1552). Le grand but de la France était d'enlever à l'Espagne le royaume de Naples, sauf à le laisser en main
tierce après la conquête ; la /lotte turque, qui rôdait sans cesse autour des côtes napolitaines, n'attendait qu'un moment favorable pour rejoindre les galères françaises. Afm de mener à bien les opérations militaires, Brissac ne demandait qu'un pied-à-terre dans la Toscane, d où il pût à l'aise lancer des troupes sur la route de Naples. On jeta les yeux sur Sienne, qui, du reste, attendait un libérateur avec impatience : espagnole depuis 1547, elle avait pour gouverneur le célèbre Diego Hurtado de Mendoza, dont la fierté toute méridionale avait semé la haine dans le cœur du peuple. Les mécontents envoyèrent un agent à Venise, auprès du cardinal de Tournon, ambassadeur de France,' et le complot fut arrêté. Le 5 août 1552, deux conjurés ardents, Énée Piccolomini et Amerigo Amerighi sortirent sur la place publique l'épée à la main, et haranguèrent la bourgeoisie. Toute la population se rendit en armes devant les postes espagnols, et la garnison ennemie fut chassée de Sienne. Quelques jours après, de Thermes, l'ancien gouverneur de Parme, entra dans la ville avec un renfort de troupes ; Sienne fut mise en état de défense ; douze mille hommes se réunirent dans ses murs par les soins du général français ; et l'archevêque de Milan, le cardinal Hippolyle de Ferrare, prit le commandement de la place.
Il était temps de songer à la défense de Sienne. Le viceroi de Naples, Pedro de Toledo, marquis de Villa-Franca, venait en former le siège, avec toutes les forces impériales, par l'ordre de Charies-Quint . Le vieux général mourut en chemin; mais la marche continua à travers l'Italie; son fils Garcia de Toledo s'empara de quelques minces forteresses autour de Sienne, et il allait entourer la ville même, quand l'apparition de la flotte ottomane le rappela brusquement sur les côtes de Naples. De Thermes ne resta pas oisif; la descente des Turcs sur les rivages de la viceroyauté n'était qu'une diversion ; l'amiral Dragut, remon- *• 45
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HISTOIRE DR FRANCF.
tant rapidemont vers le nord, se mpprocha des eûtes de Toscane ; le général français se joignit à lui avec ses galères, et tous deux allèrent débarquer en Corse, où ils s'emparèrent de Bastia, San-Fiorenzo, Ajaccio, Bonifacio etCorté(i553).
Florence avait jusqu'alors gardé une imparfaite neutralité, quoique Cosme de Médicis fût le beau-frère de don Garcia de Toledo. La présence de Pierre Strozzi dans l'armée française, dont il avait le commandement, la jeta dans les rangs des impériaux. Cosme avait condamné à mort le père du général actuel, Philippe de Strozzi, qui avaitéchappé à la honte du supplice par le suicide, en gravant sur les murs de sa prison une inscription virgilienne*. Médicis craignait de sanglantes représailles ; son armée, sous les ordres du marquis de Marignan, s'avança vers Sienne, dont les murs étaient dégarnis par la sortie du générai de Thermes ; dès le premier assaut, elle força presque une des portes, et s'empara d'un bastion (27 janvier 4554); l'arrivée de Strozzi la força de lâcher prise, et le marquis de Marignan se rejeta sur Marciano. Strozzi courut au secours de la place assiégée; la bataille se livra à Lucignano (3 août 1554), et les Français, inférieurs en nombre, paralysés par le désavantage de la position, furent mis en déroute ; Strozzi, dangereusement blessé, se retira à Montalcmo.
Marignan put alors retourner librement devant Sienne, dont les défenseurs étaient diminués des deux tiers. Le fameux Biaise de Montluc, plus tard un des plus rudes ligueurs, commandait la place en l'absence de Strozzi ; pendant un long siège de huit mois, le capitaine français fit merveille ; c'était à la guerre un des plus braves et des plus pillards gentilshommes. La défense de Sienne le
1 Eioriare aliqufs nostrls ex ossibus ultor.
changea momentanément, et il raconte lui-même, dans une lettre à Henri II, l'histoire des efforts qu'il imposa à sa vivacité gasconne ' . La famine le força à une capitulation dont il n'accepta pas la responsabilité; les citoyens de Sienne stipulèrent que la ville resterait libre sous la protection impériale, qu'on ne pourrait y bâtir aucune citadelle , enfin, qu'il serait loisible aux habitants d'émigrer là où bon leur semblerait. Le marquis de Marignan promit tout et ne tint rien ; Sienne tomba à jamais sous la main de l'étranger.
L'histoire des opérations militaires dans les Pays-Bas présente partout la même série de succès et de revers; Hesdin et Térouanne détruits par les impériaux ; la Belgique ravagée en tous sens par le connétable de Montmorency, avec une bonne armée et douze mille Suisses, sous les yeux même de l'empereur, qui voyait tout de Bruxelles, où il s'était tenu renfermé pendant sept mois. Les Français prirent Marienbourg, Dinant et Bouvines : le duc de Guise commandait une des ailes de l'armée ; il rencontra un jour
' Voici la singulière lettre de cet original chevalier :
« Je dis au roi que je m'en étais allé un samedi au marché, et, « qu'en présence de tout le monde, j'avais acheté un sac et une « petite corde, pour lier la bouche d'icelui ensemble un fagot; ayant « pris et chargé le tout sur le cou, à la vue d'un chacun ; et comme « je fus à ma chambre, je demandai du feu pour allumer le fagot, « et après je pris le sac; et là je mis dedans toute mon ambition, u toute mon avarice, mes haines particulières , ma paillardise, ma « gourmandise, ma paresse, ma partialité, mon envie et mes par- « ticulariiés, et toutes mes humeurs de Gascogne; bref, tout ce « que je pus penser qui me pourrait nuire, à considérer tout ce qu'il « me fallait faire pour son service : puis après je liai fort la bouche « du sac avec la corde, afin que rien n'en sortit, et mis tout cela « dans le feu : et alors je me trouvai net de toutes choses qui me « pouvaient empêcher en tout ce qu'il fallait que je fisse pour le « service de sa majesté. » {âiémoires de Montluc.)
l'avant-garde de Charles-Quint, et la mit en déroute ; une faute du connétable l'empêcha d'achever la défaite du corps impérial, et de faire ouvrir les portes de Renti que l'armée du roi assiégeait (1 3 août i 554).
Là se borna tout le succès de la campagne ; des deux côtés on désirait la paix, et les négociations étaient entamées. Une trêve fut conclue à Vaucelles, sous la médiation de l'Angleterre, pour cinq ans (6 février 1556). Le nouveau roi d'Espagne, Philippe H, s'y prêta volontiers pour complaire à sa nouvelle épouse, la reine Marie d'Angleterre, qui venait de s'interposer entre les deux puissances belligérantes. Charles - Quint était mort au monde; une abdication en bonne forme l'avait rayé de la liste des têtes couronnées, et le couvent de Saint-Just donnait asile à l'ex-empereur, qui ne regrettait qu'une chose au monde, la translation de la dignité impériale, non pas sur la tête de son fils Philippe, mais sur celle de son frère Ferdinand, déjà roi des Romains (25 octobre 1555).
D'après la teneur de la trêve de Vaucelles, chaque parti devait conserver tout ce qu'il possédait au moment de la signature de la suspension d'armes, et la guerre eût cessé pour cinq ans ; le nouveau pape Paul IV ne permit pas à la France de conclure une paix qui eût sanctionné l'usurpation des trois évèchés. Fils du comte Montario, d'une illustre famille napolitaine, qui avait toujours combattu pour la branche angevine, puis pour les droits de la dynastie française, Jean-Pierre Caraffa, doyen du sacré collège, était ennemi juré des Espagnols. Dans ce siècle de débauches pontificales, sa vie était restée pure de toute souillure; une austérité, je dirais presque puritaine, si le mot n'était hérétique, lui avait fait fonder le couvent des moines théatins, quand Paul III l'appela à Rome. Le moine rigide se laissa doucement prendre aux illusions de l'ambition; peu à peu il accepta le chapeau de cardinal, le cumul des
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bénéfices, le titre de doyen du sacré collège; enfin, après la mort soudaine du pape Marcel II, il fut élevé au pontificat. Nous insistons longuement sur la vie du saint-père, parce qu'il eut une grande influence sur le mouvement politique de l'Europe. La haine de la maison d'Autriche et le népotisme, si commun à Rome, furent les deux principaux mobiles de ce retour vers le rôle qu'il joua dans les choses de ce monde. Les neveux de Paul IV, les Caiafla, aspiraient au rang que les Médicis s'étaient créé dans l'Italie ; or, comme ils n'espéraient pas de leur oncle une sécularisation du patrimoine de l'Église en leur faveur, ils comptaient sur une conflagration générale pour se constituer une principauté indépendante : l'un fut nommé gouverneur de Rome; l'autre, cardinal et légat de Bologne.
Le pape avait conçu des desseins inexécutables; Henri H aurait été investi du royaume de Naples; la Toscane eût chassé les Médicis et recouvré la liberté avec le titre de république. Les possessions de l'empire en Italie, morcelées en une foule de principautés, seraient devenues le partage des Carafla, de la maison d'Est, alliée des Guises, et de l'état de l'Église. Les princes lorrains étaient entrés avec ardeur dans les projets de Paul IV. Au dire des historiens, le cardinal de Lorraine réservait à son frère, le duc de Guise, la couronne de Naples, à lui-même la tiare pontificale, après la mort du pape; au ducd'Aumale, gendre de la duchesse de Valentinois, une principauté dans la Lombardie. L'entreprise était hardie, elle eût haut placé la famille de Lorraine, qu'on soupçonna plus tard et peut-être avec raison d'aspirer au trône de France ; son élévation eût alors moins coûté à la branche de Valois.
Ce n'était donc pas le compte du pape, que le roi de France conclût une trêve avec le roi d'Espagne. Deux mois auparavant (16 novembre 1555), une alliance secrète avait été signée entre Paul IV et Henri II, pour la
conquête du royaume de Naples ; le saint-père envoya son neveu, le cardinal CarafTa, rappeler au roi ce traité anténeur. Le faible Henri II penchait vers la continuation de la trêve; l'influence de Diane de Poitiers et des princes lorrains lut victorieuse, malgré l'opposition du vieux connétable, qui avait fait conclure la trêve de Vaucelles. L'alliance fut renouvelée avec le pape (28 juin 1556). Le cardinal CaralTa jouait admirablement son rôle à double entente. Il promettait à Henri H le royaume de Naples et le duché de Milan pour deux de ses flls, à Catherine de Médicis le grand duché de Toscane, l'héritage de sa famille; d'autre part, comme nous l'avons dit, il faisait secrètement à la famille de Lorraine et à la duchesse de Valentinois les offres les plus brillantes. Toutes ces menées eurent un plein succès ; la trêve de Vaucelles fut rompue, et la guerre commença a la fois en Italie et dans les Pays-Bas. Nommé général de 1 armée des Alpes, le duc de Guise descendit dans le Piémont, d'où il entra rapidement dans le Milanais ; le maréchal de Brissac voulait que l'on attaquât successivement toutes les places de la Lombardie, au lieu de s'avancer vers Naples, alin de s'en faire un point d'appui contre la défection d'Octave Farnèse, duc de Parme, qui s'était allié à l'Espagne. La détresse du pape, qui appelait à grands cris les Français, ne permit pas de s'arrêter à ce plan de campagne (septembre 1556).
Le duc d'Albe, prévenant l'armée du duc de Guise, était entré dans les états de l'Église, s'était emparé d'Ostie et de Civita-Vecchia, et avait pris possession de la campagne de Rome au nom du sacré collège. Paul IV, qui, pour toute défense, n'avait à son service que Montluc et deux mille Gascons, fut obligé de consentir à une suspension d'armes, que le duc d'Albe lui accorda volontiers par l'ordre de son maître. Philippe II, plus catholique que Charles -Quint, iu«';nageait extrêmement le pape, et le suppliait instam-
ment d'accepter la paix, même après la victoire; mais Paul IV ne tenait nul compte des roueries bigotes du monarque espagnol. Les retards du duc de Guise le rendaient furieux, et, dans son impatience, il eût lancé l'excommunication tout aussi bien contre le duc de Guise que contre le général espagnol. Enfin, au grand contentement de la cour romaine, les Français arrivèrent ; le général français, après la prise de Valence, s'était mis en marche pour les états de l'Église ; le duc de Parme n'osa résister ; le duc de Ferrare se joignit à lui avec un renfort de troupes, et tous deux firent à Rome une entrée triomphale; puis, tandis que le maréchal de Strozzi et Montluc reprenaient Ostie et Civita- Vecchia , et défendaient le territoire siennois contre le grand-duc de Toscane, Guise, poussant devant lui le duc d'Albe, pénétrait dans les Abruzzes, et formait le siège de Civitella. Le pape n'avait tenu aucune de ses promesses : au lieu de mettre ses états en défense et de rassembler son contingent de seize mille hommes, il nommait des commissaires pour faire le procès de Philippe H, comme coupable de félonie en qualité de roi de Naples. Le roi d'Espagne le laissa faire et se fortifia par des alliances ; le duc de Parme se disposa à agir plus eflicacement, après la restitution de Plaisance, que Charles- Quint s'était appropriée ; Cosme de Médicis obtint la possession de Sienne en échange de ses bons services, et le duc de Ferrare resta le seul allié de la ligue française en Italie. L'armée du duc de Guise s'épuisait lentement sous les murs de Civitella. Le duc d'Albe, revenu avec des troupes fraiches, la cernait entièrement et lui coupait les vivres, tout en évitant soigneusement la bataille. Après trois mois d'un siège que la disette et les maladies rendirent pénible, le duc^de Guise obtint de son roi la permission de revenir, et la retraite s'effectua en bon ordre ; mais c'était peu de chose pour les grands projets dont ils avaient espéré la réussite immédiate.
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En Italie, c'était une guerre d'escarmouches ; les deux armées frappèrent de plus grands coups dans les Pays-Bas. A la rupture de la trêve, l'amiral de Coligny s'avança de nuit vers Douai, pour lui donner l'escalade; une vieille femme donna l'alarme, et la ville fut sauvée. Philippe II était prêt; la reine Marie d'Angleterre, son épouse, avait déclaré la guerre à la France, contre le vote du parlement, et huit mille Anglais, aux ordres de Guillaume Herbert, comte de Pembroke, venaient de débarquer sur les côtes de Flandre. Emmanuel Philibert, duc de Savoie, commandait l'armée espagnole, forte de soixante mille hommes ; une ruse de guerre manqua de lui livrer Saint- Quentin. A l'arrivée des Anglais, il avait marché rapidement vers la Champagne, comme s'il eût voulu l'envahir; puis, voyant que le connétable de Montmorency avait pris cette démonstration au sérieux, et se préparait à défendre le pays menacé, il tourna brusquement à sa droite, et, pénétrant en Picardie, vint à marches forcées se poster devant Saint-Quentin qu'on avait laissé dégarni. Heureusement Coligny, gouverneur de Picardie, le sut à temps et s'y renferma avec tout ce qu'il avait pu réunir de troupes. Le connétable revint en toute hâte avec ses dix-huit mille hommes, et prit position à côté de l'armée espagnole. La ville était défendue en grande partie par un marais qui présentait la surface d'un étang, et auquel les Espagnols ne pouvaient arriver que par une chaussée fort étroite. Coligny voulait qu'on lançât sur le marais nombre de bateaux avec des troupes fraîches, qui eussent alors ravitaillé Saint- Quentin ; le connétable se prêta volontiers à ce plan, dont l'armée tout entière devait protéger l'exécution. Le 10 août 1557, les Français sortirent de leurs lignes pour se ranger en bataille devant l'endroit où s'embarquaient les soldats de Dandelot, colonel-général de l'infanterie française, et frère de Coligny ; mais on avait eu tort
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de compter sur le marais; à moitié chemin, les bateaux s'enfonçaient dans la vase, et tous périssaient misérablement. Le connétable fit avancer six pièces d'artillerie pour protéger la retraite ; c'était le moment où l'attendaient les Espagnols ; soixante mille hommes se déployaient le long de la chaussée que des travaux récents avaient élargie. L'avant-garde engagée dans un terram bourbeux, ne put reculer, et le front de l'armée française fut attaqué à la fois en face et par le flanc; la déroute fut complète; quatre mille hommes périrent les armes à la main. Le comte d'Enghien, le vicomte de Turenne, Claude de la Rochechouart et six cents autres gentilshommes furent tués sur le champ de bataille. Le connétable cherchait la mort, il fut obligé de se rendre avec le maréchal de Saint-André, le duc de Montpensier, le duc de Longueville , trois cents gentilshommes et quatre mille soldats. François de Clèves, duc de Nevers, ramena les débris de l'armée à La Fère, et couvrit les frontières du royaume.
LavictoiredeSaint-Quentin rappelle la fondation du magnifique couvent de l'Escurial, mais elle ne donne le souvenir d'aucune conquête importante; cependant la consternation était dans la cour d'Henri W , et le duc de Savoie voulait marcher sur Paris. Les irrésolutions de Philippe H, qui était venu rejoindre ses troupes , l'empêchèrent de tirer parti de l'absence de toute l'armée française ; il s'arrêta au siège de Saint-Quentin, qui fut enlevé d'assaut quinze jours après (27 août 1557). Coligny fut fait prisonnier sur la brèche; de là, le roi d'Espagne alla prendre Ham et le Catelet.
Les retards des Espagnols donnèrent à la France le temps de se reconnaître ; chaque province s'imposa une taxe extraordinaire ; Paris donna cent mille écus , et les villes secondaires suivirent de loin son exemple. Le duc de Guise fut à la hâte rappelé d'Italie avec toutes les troupes qu'il ramenait du royaume de Naples, pour venir défendre les
HISTOIRE D£ FHÂI^CE.
frontières du Nord ; force fut bien alors au pape de conclure la paix avec ses mortels ennemis ; mais la soumission de Philippe lui permit de dicter les conditions; le duc d'Albe vint à Rome demander pardon, au nom du roi, son maître, d'avoir envahi le territoire de l'Église, et la paix fut signée à Cavi (14 septembre 1557). La guerre recommençait sur nouveaux frais; Charles-Quint, du fond de sa retraite, avait demandé si les vainqueurs étaient aux tartes de Paris, et sur la réponse négative, il dit que Philippe n'avait rien gagné. Le duc de Guise fut nommé lieutenantgénéral du royaume , et prit le commandement de la nou- . velle armée des Pays-Bas ; un succès brillant et tout national, obtenu au milieu de l'hiver, releva le moral du peuple et de l'armée ; c'est la prise de Calais , cette vieille conquête de l'Angleterre, qui depuis deux cents ans n'avait guère de français que le nom et la position. Le gouverneur de Boulogne , Senarpont , avait donné des détails précieux sur l'état de dénuement de cette place, sur le peu de solidité des fortifications, et l'amiral de Coligny avait fortement appuyé le projet du siège. Le duc de Guise l'exécuta avec rapidité. Pour détourner les soupçons, une partie de son armée marcha vers le Luxembourg, d'où elle avait ordre de se rabattre sur sa gauche à la hauteur de Calais, et luimême , avec le reste des troupes , alla se cacher dans un marais, à quelque distance de la ville. La garnison était faible ; tous les forts environnants furent emportés en deux ou trois jours, pour donner le temps à la flotte française d'investir le port ; le neuvième jour, un assaut général fut donné à la ville, et les Anglais capitulèrent (8 janvier 1 558). Le duc de Guise s'empara de Guines, du château de Ham, de la forte place de Thion ville (22 avril), où périt le maréchal Strozzi , et où le gouverneur de Metz , François de Vieilleville, acquit une haute réputation militaire. Le gouverneur de Calais, le maréchal de Thermes, marchait aussi
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en avant , enlevait Dunkerque , Borgnes , Saint-Vinox et nombre de places moins iini)ortantes ; mais il fut arrêté à Gravelines par le co.nte d'Egmont, et perdit une sanglante bataille où il fut fait prisonnier. C'était à l'embouchure de l'Aa dans la Meuse , que se livrait le combat , et l'arrivée imprévue d'une escadre anglaise de douze vaisseaux , qui vint canonner en flanc l'armée française, décida le succès (13 avril 1558). Les Anglais avaient pénétré jusqu'auprès des lignes du maréchal en remontant la Meuse, à la faveur de la marée. A cette nouvelle, le duc de Guise abandonna le Luxembourg, et reporta son camp vers la Somme, où Henri H vint le rejoindre avec toute sa cour.
Le connétable , prisonnier depuis la bataille de Saint- Quentin, s'ennuyait de sa captivité. Au mois d'octobre 1 558, il ouvrit avec le duc de Savoie des conférences à Cercamp. Ce n'était pas chose facile que de concilier les intérêts divers qui se heurtaient alors dans la politique européenne. Philippe, assuré de l'alliance anglaise, prenait le haut ton, et réclamait la restitution pleine et entière de toutes les conquêtes de la France , tandis qu'il prétendait garder les siennes. D'autre part, la représentation nationale d'Angleterre sou^ haitait ardemment la paix, mais la reddition de Calais était une pierre d'achoppement que personne ne voulait soulever. En France, le duc de Guise et ses frères repoussaient de toute leur influence des ouvertures pacifiques qui eussent fait évanouir leurs projets de grandeur pontificale et de royauté naf)olitaine. Le maréchal de Brissac insistait pour la conservation du Piémont, son gouvernement de prédilection, parce que la conquête était son ouvrage; enfin, quoique en paix avec l'Espagne, le pape Paul IV 'qui ne sommeillait qu'involontairement, intriguait auprès des diverses factions de la cour de France, pour la continuation de la guerre. La mort de la reine Marie d'Angleterre changea brusquement l'état politique des affaires. Marie avait
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HISTOIRi' DR FRANCE.
élevé des bûchers contre l'anglicanisme, poussée qu'elle était par l'influence de l'inquisition espagnole. Sa sœur Elisabeth (17 novembre 1559), protestante de cœur, suivit une marche tout opposée. Marie avait voulu la déshériter du trône, elle renversa tout ce qui lui rappelait Marie , les bûchers, l'administration, la tendance politique; et le premier acte de son lègne fut de rompre l'alliance de l'Angleterre avec l'Espagne , et d'envoyer des plénipotentiaires à Cateau-Cambrésis, où s'était transporté le siège des conférences. Phihppe, déçu dans ses projets de mariage, rabattit beaucoup de ses prétentions ; il entrevit la possibilité de céder Calais et les Trois-Evêchés qui ne lui appartenaient pas, et auxquels se bornaient les demandes de la France. Il ne restait donc plus au connétable , qui avait tout fait pour les négociations de Cateau-Cambrésis , qu'à décider à la paix la cour et Henri H. Le parti des Guises triomphait à Paris ; le duc et le cardinal étaient parvenus à refroidir Elisabeth, par une manifestation peu politique arrachée au roi. Marie-Stuart avait reçu en pleine cour le titre de reine d'Angleterre, auquel elle avait des droits ; de là date la haine constante d'Elisabeth contre la malheureuse Marie d'Ecosse. Une offense du cardinal de Lorraine fit perdre aux Guises l'aUiance de la duchesse de Valentinois ; Diane de Poitiers, dans un transport de haine féminine, jura la perte de tous les Lorrains, et s'unit étroitement au connétable. Leui-s efforts réunis agirent victorieusement sur l'esprit d'Henri, pendant qu'au dehors ils aplanissaient rapidement toutes les difficultés relatives à la cession de Calais.
Le 3 avril 1559, la paix fut signée à Cateau-Cambrésis, entre la France, l'Espagne et l'Angleterre. Calais resta au dernier possesseur avec toutes ses dépendances pour huit ans ; il fut stipulé qu'au bout de ce terme, Henri H rendrait la ville à l'Angleterre, ou bien qu'il lui paierait cinq cent mille couronnes pour la solde desquelles sept ou huit mai-
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sons de commerce non françaises devaient donner caution; que cinq Français de distinction seraient livrés comme otages jusqu'à ce que l'on eût présenté ces sûretés. Après même le paiement des cinq cent mille couronnes, les droits de l'Angleterre sur Calais lui restaient dans toute leur intégrité : si le roi de France ou ses alliés violaient la paix , Calais devait à l'instant même être restitué, et réciproquement, si la rupture venait de la part des Anglais, Henri H était délié de tout engagement ; et c'est ainsi en effet qu'il éluda le paiement de la somme convenue. On régla en même temps les différends de l'Ecosse avec l'Angleterre, et Marie Stuart fut comprise dans le traité , à titre d'alliée de la France.
I.e traité de paix entre la France et l'Espagne embrassa presque toute la chrétienté européenne; le pape, l'empereur, les rois de Suède, de Danemarck, de Pologne, de Portugal, le roi et la reine d'Ecosse, et nombre de princes secondaires y entrèrent comme alliés de Philippe ou de Henri IL Les deux rois s'entendirent quant à la destruction de l'hérésie et à la convocation d'un concile général à cet effet. Les intérêts temporels , longtemps débattus , furent réglés ainsi qu'il suit : la France recouvra Saint-Quentin, Ham et le Catelet, mais elle rendit Thionville, Marienbourg, Yvoi, Damvilliers,' Montmédi, Valence, Hesdin, et le comté de Charolais, à l'Espagne ; Bouvines et Bouillon à l'évoque de Liège ; les trois évêchés de Metz, Toul et Verdun lui restèrent par une concession tacite. Du côté de l'Italie, le duc de Savoie et les états italiens avaient de graves intérêts à démêler avec le parti français; Henri H s'engagea à évacuer sur-lechamp toutes les places qu'il occupait en Toscane et dans le territoire de Sienne ; à rendre le marquisat de Monferrat au duc de Manloue ; à pardonner aux Génois et à leur restituer l'ile de Corse, qu'il avait conquise en partie, mais à condition que les princes ou états, en faveur desquels il se
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désistait de ses prétentions, oublieraient complètement le passé, quant aux villes et provinces qu'il leur restituait. Le duc de Savoie, Emmanuel Philibert, épousa la sœur du roi , Marguerite de France, âgée de trente-six ans, et, en faveur de ce mariage, Henri lui remit la Bresse, le Bugey, la Savoie, le Piémont, à la réserve de Turin, Pignerol, Quiers, Chivaz et Villeneuve d'Asti , dont il devait être en possession jusqu'à ce que ses prétentions sur ces places, du chef de son aïeule , Louise de Savoie, eussent été jugées ; en attendant le jugement , Philippe devait conserver des garnisons dans Verceil et Asti. Le différend ne fut vidé que le 12 décembre 1562, et le duc de Savoie sacrifia Pignerol , Pérouse, Savigliano et l'abbaye de Génole, limitrophes du marquisat de Saluées, placé sous la souveraineté de la France. La dernière clause du traité de Cateau-Cambrésis fut le mariage de Philippe II avec Elisabeth de France, fille aînée de Henri H, qui obtint une dot de 400,000 livres.
Ce fut au milieu des fêtes de ce mariage que se termina le règne de Henri H. Philippe était venu le célébrer au mois de juin, à Paris, accompagné d'Emmanuel de Savoie, du duc d'Albe, du comte d'Egmont, du prince d'Orange, de tous les grands capitaines qui avaient combattu pour lui dans cette guerre mémorable. Parmi tous les divertissements que le roi donnait à ses illustres hôtes, il imagina de publier ce que l'on appelait un fas d'armes, à l'instar de ces anciens tournois de la chevalerie, dont son père lui avait transmis le goût expirant. Les lices furent établies dans la rue Saint- Antoine, et lui-même voulut être un des tenants avec le prince de Ferrare, les ducs de Guise et de Nemours. Le 30 juin au soir, Henri, qui depuis trois jours rompait des lances aux grands applaudissements du peuple et de la cour, s'obstina, malgré les prières de la reme, à en rompre une dernière avec Montgommeri, le capitaine de la garde écossaise. « Ils entrèrent tous deux en lice,