‹ Histoire de France [microform]Chapitre 18 sur 48 · BEER! II · texte numérisé non relu

BEER! II

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coururent l'un contre l'autre, et rompirent leurs lances, de l'une desquelles un éclat passant au travers de la visière du casque du roi, lui entra fort avant dans l'œil droit. Ce coup le fit chanceler ; ses écuyers accoururent promptement pour le secourir ; monsieur le dauphin, le duc de Savoie, le cardinal de Bourbon, le connétable et toute la cour fort alarmés, s'assemblèrent autour de lui. Il leur dit que ce n'était rien, et qu'il pardonnait à Montgommeri. Le sang qui sortait à gros bouillons par la blessure, leur en fit connaître le danger. On le transporta à son palais des Tournelles, et le premier appareil ayant été levé, la plaie parut si mauvaise, que l'on désespéra bientôt de sa vie. Le duc de Savoie, dont le mariage avec Marguerite avait été remis après celui de Philippe II , vint fort inquiet trouver le roi , craignant qu'à sa mort la cour ne changeât de résolution touchant ce mariage. Henri, pour l'apaiser, fit venir sa sœur, et ordonna qu'on les mariât dans sa chambre, le neuvième de juillet. Il expira le lendemain, qui était le onzième jour depuis sa blessure, dans la quarante-etunième année de son âge, et la treizième de son règne. » {Daniel.)

« Ici se termine l'époque des guerres d'Italie, époque d'agitation stérile, si l'on se tient à ce récit parfois monotone de conquêtes avortées et de traités impuissants, qui semJ)le la remplir à lui seul : mais, derrière ce bruyant appareil d'intrigues politiques et de combats sans fin, qui absorbe à son profit toute l'attention, de graves événements s'accomplissaient à petit bruit au dedans. La centralisation royale s'organisait en grand; l'art et la science se régénéraient; la réforme naissait et grandissait par tout le royaume. Maintenant le roi mettait au bas de ses actes

cette formule de l'absolutisme, car tel est notre bon plaisir; il vendait les offices de judicature, disposait à son gré des bénéfices, faisait juger par des commissions ceux qu'il voulait trouver coupables, et les bandes étrangères, les milices nationales, qui composaient déjà le fonds des armées, étaient entièrement à sa disposition. Il n'y avait pas jusqu'à ce mouvement de régénération intellectuelle, déterminé par la découverte de l'imprimerie et le contact avec l'Italie, qui ne semblât se faire à la plus grande gloire de la royauté. François I", le père des lettres, pensionnait les poètes et les savants ; il fondait le collège de France, dont l'enseignement rival allait bientôt éclipser celui de la vieille université : c'était pour lui que les artistes arrivaient en foule d'Italie, et tous les grands morceaux d'architecture et de sculpture, Follembray, Chambord, le Louvre, la fontaine des Innocents, étaient exécutés par lui, ou payés de ses deniers. Déjà tout le système monarchique, tel qu'il fut réalisé sous Louis XIV, avait été posé en quelque sorte, et ce mot que François I" se fit adresser en plein parlement : « qu'il était au-dessus des lois, » ne le cède guère à cet autre si fameux du grand roi : « L'État, c'est moi ! » Toutefois, il n'y avait encore eu, à vrai dire, que commencement d'exécution. La féodalité, devenue la cour, rongeait son frein avec dépit. La main brutale, mais vacillante, de Henri II lui avait plus d'une fois rendu la bride ; et bientôt les idées nouvelles qui fermentaient dans le peuple, allaient ouvrir le champ à toutes les révoltes, à toutes les ambitions. Le travail intérieur avait étendu silencieusement ses progrès au milieu de ce fracas étourdissant d'armes et de négociations : à peine le traité de Cateau- Cambrésis eut-il enfin calmé ce grand soulèvement militaire de l'Europe, dont le fils de Louis XI avait donné le signal, que la France se trouva mûre pour une existence nouvelle. Depuis soixante ans, toute la vie se portait au

dehors, et l'histoire de France se passait à Naples, à Milan, à Madrid, aux Pays-Bas. Elle rentre ici sur son véritable terrain, rappelée en France par les bruits précurseurs de guerre civile qui s'élèvent déjà de toutes parts. » (Histoire de France.)

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