CHAPITRE II
CHARLES IX
A François II, mort le 5 décembre 1560, âgé de dixsept ans et dix mois, succéda Charles IX , son frère , qui n'avait que dix ans et demi. Catherine de Médicis se saisit des rênes du gouvernement sans demander la régence. Elle espérait dominer tous les partis en alimentant les discordes, et régner sur eux en (es divisant. Elle gagna le roi de Navarre par des promesses et se ménagea ainsi un allié docile, et tira Condé de prison, de sa seule autorité. « Ce prince et le dic de Guise se réconcilièrent et s'em- « brassèrent en sa présence, avec la résolution bien déter- « minée de se détruire l'un l'autre ; et bientôt s'ouvrit la « carrière des plus horribles excès où l'esprit de faction , « la superstition , l'ignorance, le fanatisme et la démence « aient jamais porté les hommes'. » Les Guises, mainte-
ï Voltaire, Histoire du Parlement,
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tenus à la cour, conservèrent une forte part de crédit : le vieux connétable de Montmorenci fut rappelé. Ainsi Catherine caressait et trompait tout le monde, incapable qu'elle était de comprendre et de suivre la politique généreuse de l'Hôpital, qui voulait, en associant la représentation nationale au gouvernement, prêter une nouvelle force à la royauté.
Les états généraux s'ouvrirent à Orléans le 13 décembre 4560. La régence fut conférée, ou plutôt confirmée à Catherine de Médicis. Le roi de Navarre, nommé lieutenantgénéral du royaume, devait intervenir dans toute affaire grave. On s'occupa ensuite du culte et des finances. Le tiers-état et la noblesse demandèrent la suppression, ou au moins l'adoucissement des peines portées contre les protestants; mais l'orateur du clergé soutint qu'î7 n'y avait pas de supplices assez rigoureux contre les hérétiques. Le trésor était grevé de quarante-trois millions de dettes'; Henri H avait prodigué l'argent de l'État à la duchesse de Valentinois, sa maîtresse, au connétable de Montmorenci, au maréchal do Saint-André, et à une foule d'avides courtisans ; les Guises avaient, dit-on, pillé les deniers publics pendant leur ministère. L'ordre de la noblesse demanda que les sommes illicitement perçues depuis l'année 1547 fussent restituées ; c'était une attaque indirecte contre les favoris et les anciens ministres. La violence des débats qui s'engagèrent à ce sujet força le chancelier d'ajourner l'assemblée*.
Pendant cette espèce de trêve, le maréchal de Saint-André, le connétable et le duc de Guise, menacés dans leur
^ «Jamais père, disait rFlôpital, de quelque état ou rondilion « qu'il fût, ne laissa orphelin plus engagé, plus endetté, plus em- (( péché, que notre jeune prince est demeuré par la mort des rois, « ses père el frère. »
• Avant rajourncment, l'Hôpital avait fait adopter aux étalsgénéraux la ianifuse ordonnance dOrléanSf qui rétablissait les
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fortune et dans leur crédit, formèrent la ligue connue sous le nom de Triumvirat. Philippe H, roi d'Espagne, intéressé à fomenter l'anarchie en France, était l'âme de cette ligue. De leur côté, les calvinistes et les mécontents s'unirent contre les catholiques.
La guerre civile était imminente ; l'autorité royale, loin de se raffermir, était plus que jamais menacée ; l'Hôpital fit tête au danger avec une courageuse opiniâtreté. Après avoir remis un peu d'ordre dans les finances par de sévères réformes, et organisé une force militaire assez imposante, il essaya de calmer les dissidents par la déclaration royale publiée dans toutes les provinces. Tout homme détenu pour soupçon d'hérésie fut mis en liberté ; les exilés pour cause de religion purent rentrer dans le royaun^e; il fut défendu au peuple de se servir des noms odieux de huguenotSf de luthériens, de papistes. L'édit de juillet suivit de près cette déclaration. Cet édit, tout en prohibant les assemblées religieuses des protestants, substitua l'exil à la peine capitale, et soumit les délits de religion à l'autorité ecclésiastique. Les réformés refusèrent d'obéir à cette ordonnance, tinrent leur premier synode à Sainte-Foi (Agénois), et donnèrent le signal de la guerre.
Les états généraux se rouvrirent à Pontoise et terminèrent leurs opérations à Saint- Germain. La majorité des députés réclama la tolérance religieuse, et approuva le plan de réforme proposé par l'Hôpital. Le clergé consentit à supporter une partie des charges de l'État, et offrit quatre décimes pendant six ans. L'Hôpital, qui espérait encore
élections ecclésiastiques , supprimait les annales, astreignait les prélats à la résidence, contenait la puissance des nobles dans de justes bornes, abolissait les laxes arbitraires, réglait, par un tarif uniforme, les frais de justice, et créait de nouveaux magistrats chargés de veiller à l'observation des lois.
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rapprocher les deux cultes, conseilla à la reine une nouvelle assemblée, dans laquelle les docteui*s des deux communions soutiendraient librement leurs opinions. Le colloque de Poissy (1561) trompa l'attente du chancelier et ne fit qu'envenimer les haines ; mais l'Hôpital, poursuivant son œuvre avec une vertueuse persévérance, triompha de l'opposition violente du parti catholique, de l'indécision de la reine, et fit rendre l'édit de janvier * (15G2). Le parlement, où dominait la factiondes Guises, ne l'enregistra qu'après trois lettres de jussion, en ajoutant la clause : « Qu'il cédait ù « la volonté absolue du roi ; qu'il n'approuvait pas la re- « ligion nouvelle, et que l'édit ne serait que provisoire. »
Malgré cette protestation, la paix se rétablissait ; les calvinistes se rattachaient à un gouvernement assez fort pour les protéger; les catholiques approuvaient les deux édits de pacification, et recueillaient déjà les heureux fruits de l'ordonnance d'Orléans. Les ambitieux s'alarment de ce retour à des principes d'ordre et de modération; les agents de l'Espagne et de la cour de Rome, les triumvirs qui ont attiré dans leur parti le faible roi de Navarre, cherchent à ranimer le mécontentement par de violentes déclamations, provoquent et paient des émeutes. Le duc de Guise accourt de Joinville à la tête d'une foule de gentilshommes.
En passant à Vassy, petite ville sur la frontière de Champagne, ses gens se prennent de querelle avec des protestants qui y faisaient le proche dans une grange. Une sorte de combat s'engage, et le duc, accouru pour rétablir l'ordre,
* L'édit de janvier permit aux réformés d'avoir des temples dans les faubourgs de toutes les villes. — Les protestants furent mis sous la protection des lois. — Quiconque troublait leurs assemblées était condamné à une amende de mille écus d'or. — De leur côté, les re- Ugionnaires devaient rendre les églises, les maisons, les terres dont iUs'étalent emparés. — C'élail un véritable édit de tolérance.
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est atteint d'une pierre à la joue. A la vue du sang de leur maître, ses gentilshommes mettent l'épée à la main, et font main-basse sur tout ce qui se trouve dans la grange. Effrîiyée des cris de fureur qui s'élevèrent à cette nouvelle dans tout le royaume, Catherine voulut prévenir la lutte qui devenait imminente, et écrivit au duc de Guise de ne pas venir à Paris. Mais celui-ci n'était pas homme à reculer pour si peu ; il passa outre, et fit une entrée triomphale dans la ville, escorté d'un peuple entier, avec tout l'appareil de harangues et d'acclamations, réservé jusqu'alors au roi.
Aussitôt la guerre éclata. Condé écrivit à d'Andelot et à l'amiral de Coligny, « que César n'avait pas seulement passé le Rubicon, mais déjà avait saisi Rome, et que ses étendards commençaient à branler par les campagnes. » En môme temps il vient s'installer à Meaux, et rassemble, en quelques jours, trois mille chevaux. Il s'avançait, à la tête de celte petite armée, sur Fontainebleau, où il devait trouver la cour qui se jetait dans ses bras pour échapper à la tyrannie des triumvirs. A quelques lieues de la ville, il apprend que ceux-ci l'ont prévenu, et viennent de ramener le roi et sa mère à Pans. De protecteur de l'autorité royale, ce hardi coup de main faisait de Condé un rebelle; mais lui aussi avait passé le Rubicon : « C'en est fait, s'écrie-t-il, nous sommes plongés si avant, qu'il faut boire ou se noyer,» et, du même pas, il marche sur Orléans, où d'Andelot était déjà aux mains avec les catholiques, et dont il fait son quartier général.
De là, l'incendie s'étend en un clin-d'œil sur tout le royaume. La Normandie se soulève presque entière en faveur de la réforme. En Provence, en Dauphiné, dans le Languedoc et le Comtat-Venaissin, les huguer.ots se rassemblent en corps d'armée, et commencent une guerre atroce, pleine d'incendies, de pillages, de massacres et de
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profanations. Le plus célèbre de ces cruels partisans fut le fameux baron des Adrets, qui remplit tout le Midi du bruit de sa férocité. Du reste, les catholiques n'en faisaient guère moins de leur côté. Au baron des Adrets, ils pouvaient opposer Biaise de Montluc, qui raconte dans ses mémoires qu'on pouvait reconnaître par où il avait passé, aux cadavres qu'il laissait derrière lui. « Je recouvrai, dit-il froidement, deux bourreaux qu'on appela depuis mes laquais, parce qu'ils étaient souvent avec moi » A Paris, Montmorenci s'en vint un jour sans motif, à la tète de ses troupes, faire une expédition dans les faubourgs où les prêches se tenaient. Il enfonça les portes, brilla les chaires et les bancs, et y gagna le surnom ironique de capitaine Brûle-Bancs. Les gouverneurs des provinces se trouvaient fort embarrassés au milieu de toutes ces passions déchahiées, et les ordres qui leur arrivaient de la cour n'étaient pas de nature à leur donner plus d'assurance. « Les lettres du duc de Guise, dit Tavannes, portaient qu'il fallait tout tuer, et celles de la reine tout sauver. »
Cependant on se préparait, sous les murs de Paris et d'Orléans, à des combats plus sérieux. Les deux partis songeaient à se ménager des alliances au dehore. Les Guises invoquaient Philippe II; Condé appelait les Suisses et les Allemands, et traitait avec Elisabeth. « Les étrangers, dit Lanoue, ouvraient les yeux et frétillaient pour entrer en France. » En vain Cathenne, dont les alarmes augmentaient de jour en jour, essaya-t-elle d'une entrevue entre le roi de Navarre, Coligny et Condé. L'on ne put s'entendre, et la conférence qu'elle lit ouvrir à Tasly, entre Orléans et Chàteaudun, n'eut pas un meilleur succès, malgré les efforts de l'évêque de Valence, le frère de Montluc. Au sortir même de la conférence, les prolestants marchèrent sur Beaugenci, qu'ils sacciigèrent, et les catholiques, par forme de représailles, mirent à feu et à sang la
ville de Blois, qui avait reçu une garnison protestante. De là, ils s'avancèrent sous les murs de Bourges, qui se défendit à peine, et quelques-uns parlaient d'aller à Orléans, mais Catherine détourna le coup, et les emmena à Rouen. La prise d'Orléans eût terminé la guerre, et la laissait sans défense entre les mains des Triumvirs.
Le siège de Rouen commença vers la fin de septembre. Le roi de Navarre y mourut des suites d'une blessure qu'il négligea ; mais sa mort ne sauva pas la ville, qui fut emportée d'assaut au bout d'un mois (1 562). Déjà l'alarme se mettait au camp d'Oriéans, quand on apprit que La Rochefoucauld et d'Andelot arrivaient à grandes journées ; le premier, à la tête d'un gros escadron de gentilshommes, l'autre, avec sept ou huit mille reîtres. « Il ne faut pas demander si chacun « sautoit et rioit à Oriéans. Nos ennemis, disoit le prince « de Condé, nous ont donné deux mauvais échecs, ayant « pris nos rocs (entendant Rouen et Bourges) ; j'espère « qu'à ce coup nous aurons leurs chevaliers, s'ils sortent « en campagne. » (Lanoue.) Condé s'avança jusque sous les murs de Paris, pour tenter un coup de main ; mais Catherine remit encore cette fois de nouvelles négociations sur le tapis, et, pendant qu'on débattait les articles d'un nouvel édit, les hostilités demeurèrent suspendues." Et eut-on vu « dans la campagne, entre les corps-de-gardes, sept ou huit « cents gentilshommes décote et d'autre, deviser ensemble, « aucuns s'entresaluer, autres s'entr'embrasser de telle fa- « çon que les reitres du prince de Condé, qui ignoroient nos « coutumes, entroient en soupçon d'être trompés et trahis « par ceux qui s'entrefaisoient tant de belles démonstra- « tions, et s'en plaignirent aux supérieurs. Depuis, ayant « vu les trêves rompues ; que ceux même qui plus s'en- « trecaressoient , étoient les plus âpres à s'entredonner « des coups de lances et de pistoles ; ils s'assurèrent un « peu, et disoient entre eux : Quels sots sont-ceux-ci, qui
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« s'embrassent aujourd'hui et s'entretuent demain ? » {Lanoue.)
On était alors au mois de décembre. De nouveaux renforts arrivaient chaque jour à l'armée des triumvirs, d'Espagne et des provinces. Celle de Condé, exposée en' pleine campagne aux injures de la mauvaise saison, commençait à se ruiner : bientôt la place ne fut plus tenable pour lui; il y plia bagage (10 décembre), et s'achemina à grandes journées sur la route de Normandie, pour aller au-devant des troupes que lui envoyait Elisabeth. Les Triumvirs se mirent à sa poursuite, et l'atteignirent, le 19, près de Dreux, où s'engagea la première bataille rangée de nos guerres de religion. Après sept heures d'un combat acharné, le champ de bataille resta aux catholiques avec la personne du prince de Condé, mais ils laissèrent Montmorenci entre les mains des ennemis, et le maréchal de Saint-André parmi les morts.
Le duc de Guise , qui restait seul pour ainsi dire sur le premier plan , se trouva alors le véritable maitre de la France. Il avait envoyé demander à Catherine la permission de livrer bataille ; mais une fois vamqueur, il changea de ton : il n'écrivait aux ministres du roi que ma bataille, ma victoire; il fallut lui donner un brevet de maréchal de France en blanc, avec le droit d'en gratifier qui bon lui semblerait; il imposa à la reine-mère une nouvelle promotion de chevaliers de l'ordre de Saint-Michel. « Nous avons fait ce « matin, écrivit Catherine, le 12 janvier, à un de ses conte fidents, trente-deux chevaliers, parce qu'il n'y en avoit ; « et dites après cela que nous ne faisons rien ici. »
Sans donner aux vaincus le temps de respirer. Guise vint mettre, dès le commencement de 1563, le siège devant Orléans. Il disait « que le terrier étant pris, où les renards « se retiroient, on les courroit par force par toute la « France. » Déjà la place était sérieusement menacée, et le
duc avait mandé à la reine-mère qu'il ne tarderait pas à s'en rendre maître ; la cause de la réforme semblait perdue, et rien ne faisait prévoir où s'arrêteraient les prétentions de la maison de Lorraine : un crime vint tout remettre en question. Un soir (18 février) que le duc revenait tranquillement d'une ronde, escorté seulement de quelques hommes, il fut atteint, en passant près d'un buisson, d'un coup de pistolet chargé de balles empoisonnées, et expira sept jours après. L'assassin, Poltrotde Méré, gentilhomme protestant de l'Angoumois, nomma d'abord Soubise, Théodore de Bèze , la Rochefoucauld ; il déclara ensuite que c'était Coligny qui avait dirigé son bras , et ne cessa de charger l'amiral jusqu'à la fin. Dès ce jour commencèrent les haines mortelles des deux maisons de Lorraine et de Chàtillon : nous les verrons en jeu à la Saint-Barthélemi.
En attendant , la mort du duc laissait le champ libre aux intentions pacifiques de la reine-mère. S'appuyant de la double captivité de Montmorenci et de Condé, Catherine aboucha les prisonniers , et parvint enfin à réconcilier les deux partis. L'édil d'Amboise fut le gage de la pacification (19 mars).
« Celui de juillet 15G2 permettait aux calvinistes de s'assembler, pour l'exercice de leur religion, par tout le royaume, pourvu que ce fût hors des villes. 'Celui d'Amboise, donné le 19 mars, leur permettait de faire cet exercice dans les villes dont ils se seraient trouvés en possession le 7 mars. La permission générale de faire le prêche dans toutes les campagnes, accordée par l'édit de janvier , était restreinte dans celui-ci, pour les seigneurs hauts-justiciers, à toute l'étendue de leur seigneurie ; pour les nobles , à leur maison seulement , pourvu qu'elle ne fût pas dans les villes ou bourgs soumis à la haute justice de quelque seigneur catholique. Par compensation de cette restriction, dans chaque bailliage ressortissant immédiatement aux
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parlements, ou marqua aux calvinistes une ville dans laquelle ils pratiqueraient en liberté leur religion. Du reste, l'édit ne portait aucune clause flétrissante, mais oubli total du passé , et reconnaissance que le prince et ses adhérents étaient de fidèles sujets du roi , qu'ils n'avaient pris les armes qu'à bonne intention et pour le bien de son service.
L'amiral fut outré de colère en apprenant que la paix était signée. « Ce trait de plume, dit-il, ruine plus d'églises « que les forces ennemies n'en auraient pu abattre en dix « ans. » Calvin , Bèze et les autres ministres, en firent de vifs reproches au prince de Condé . tous ensemble lui prédirent qu'il ne tarderait pas à s'en repentir ; mais l'aflaire était conclue, il n'y avait point à revenir. En conséquence , les prisonniers devinrent libres, et l'amiral fut obligé de souffrir, non sans chagrin, la dispersion de son armée. Les Allemands, reitres et lansquenets, furent renvoyés dans leur pays, payés des deniers du roi, avec un ample saufconduit pour traverser le royaume. » {AnquetiL Esprit de la Ligue.)
Catherine n'avait vu dans ce traité qu'un moyen de ressaisir le pouvoir qui s'échappait de ses mains ; elle n'en demeurait pas moins l'ennemie de ceux qu'elle avait tant choyés. Pour commencer , elle envoya ordre à Tavannes qui commandait en Bourgogne , d'attaquer les Allemands au passage, malgré le sauf-conduit , et de les exterminer jusqu'au dernier, pour ôter à leurs compatriotes l'envie de retourner en France. Heureusement pour eux que le prudent gouverneur craignit de se compromettre, et refusa nettement d'obéir. Mais la cour n'en avait pas moins donné la mesure de sa mauvaise foi , et les esprits , toujours sur le qui-vive , demeuraient dans un état de défiance hostile qui ne présageait rien de bon pour l'avenir.
Dès ce moment, la crise va toujours se compliquant,
guerres sur guerres , massacres sur massacres par toute la France, et parfois affaissement général, secoué bientôt pour en venir à de plus sanglantes catastrophes , et au terrible dénouement du 24 août 1572. Et cependant, voyez quel lustre, quelles pompeuses fêtes , quelle joyeuse vie a la cour, où sont assemblés tous ces brillants gentilshommes, qui ne savent plus se battre comme on se battait au temps de François 1", mais qui, à l'heure de la bataille , se présentent fièrement l'épée à la main, et se jettent au travers de l'ennemi avec autant de vaillance que d'étourderie î II est curieux de lire dans les annalistes du temps, et surtout dans ces pages cyniques de la chronique scandaleuse du seigneur de Brantôme , les relations des brillantes fêles , des intrigues amoureuses , qui prennent souvent plus de place que le récit d'une bataille, ou d'une expédition contre les huguenots.
Catherine profita des premiers instants de calme qui suivirent la pacification d'Amboise, pour reprendre le Havrede-Gràce, cédé pendant la guerre aux Anglais, par le prince de Condé, comme cautionnement des sommes que lui avait prêtées Elisabeth. Condé s'offrit avec ses protestants pour réparer sa faute, et vint combattre ses anciens alliés, sous les ordres de Montmorenci. Le siège, commencé le 20 juillet, ne dura que huit jours. De six mille hommes qui composaient la garnison , plus de la moitié avait été emportée par la guerre et la peste.
Charles IX avait assisté aux opérations du siège avec son frère, Henri d'Anjou. Il entrait alors dans sa quatorzième année. En revenant du Havre , Catherine le fit proclamer majeur à Rouen , au parlement de Normandie , malgré les remontrances du parlement de Paris, et, vers la fin de l'année, elle l'envoya faire une somptueuse promenade à travers les provinces du midi, (jui avaient le plus souffert de la guerre civile. Après s'être montrée en Lor-
raine, sous le prétexte d'un enfant de la duchesse que le jeune roi devait tenir sur les fonts de baptême, mais, au fond, pour faciliter les négociations entamées par CatheVine avec le marquis de Bade, et d'autres petits princes allemands, la cour s'achemina vers la Bourjrogne, où Tavannes avait tout préparé pour lui ménager un gracieux accueil De là elle s'avança à travers le Dauphiné, la Provence et le Languedoc, uniquement occupée en apparence de fêtes et de plaisii-s ; mais derrière Charles était sa mère. Chemin faisant , Catherine s'aboucha avec le duc de Savoie • elle trouva dans Avignon un Florentin , confident du pape' envoyé exprès pour traiter avec elle. On vint ensuite vJrs le milieu de 1565, à Bayonne, où Charles IX devait rencontrer sa sœur Elisabeth, la reine d'Espagne, qui avait été conduite à cette entrevue par le duc d'AIbo, le fameux Alvares de Tolède. Ce fut alors une suite non interrompue de bals , de festins et de tournois , qui attirait uniquement 1 attention , pendant qu'Alvarès et Catherine conféraient à l'écart. Un mot est resté de ces entretiens mystérieux, dans lesquels s'agita le sort des protestants de France.a Dix mille grenouilles, dit un jour Alvarès devant le jeune prince de Béarn, depuis Henri IV, dix milles grenouilles ne valent pas la tête d'un saumon. » Catherine était à la hauteur de cette politique, et la suite le prouva bien.
Au retour de Bayonne, la cour passa par Nérac en Gascogne, d'où elle emmena Jeanne d'Albret, la veuve du roi de Navarre. Enfin, l'on arriva à Blois , au commencement de 1 hiver de i 565. Ce voyage eut une grande influence sur les Idées du jeune roi. Partout sur son passage on lui avait montré les monastères démolis, les églises ruinées, les croix abattues, les statues des saints mutilées, les campagnes semées d'ossements arrachés des tombeaux ; « il se trouvait que vingt et vingt-cinq lieues de pays n'avaient que des ruines pour églises ; partout les croix renversées
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attestaient de la fureur des partis. » Une foule d'ordonnances tendant toutes à restreindre les libertés accordées aux protestants par l'édit d'Amboise avaient été rendues sur la route', et les esprits retombaient insensiblement dans cet état d'irritation qui avait amené la guerre civile. Au sein même du parti catholique avait éclaté une sorte de scission qui menaçait d'avoir des suites. Le cardinal de Lorraine, revenant du concile de Trente, et tout gonflé du rôle que venait de jouer sa famille, voulut reprendre les allures royales que son frère afl'ectait sur la fin , et rassembla une grosse escorte de ses parents et de ses amis lX)ur faire une entrée triomphale à Paris. Montmorenci. qui jalousait la famille de Lorraine , vit dans cette prétention une atteinte à ses droits de gouverneur de Paris et vint à la rencontre du cardinal avec une troupe de hoquetons. Il intima au prélat l'ordre de renvoyer son escorte, et, sur son refus, un véritable combat s'engagea dans les rues. Le cardinal, efi'rayé, saute à bas de cheval, s'enfonce dans une boutique, et , de maison en maison, gagne son hôtel pendant la nuit. Les Lorrains rassemblèrent aussitôt leurs partisans. Montmorenci, de son côté, écrivit à Coligny, au prince de Condé, aux principaux chefs du parti protestant, qui accoururent en armes. Sans un message du roi , qui ordonna un licenciement général, Paris allait devenir le théâtre d'une bataille rangée. Cette afl'aire, jointe à un autre démêlé que le cardinal eut en Lorraine avec son intendant Salcède, qui se révolta au nom du roi contre lui reçut le nom de guerre cardinale, Charles IX ne parut s'en émouvoir que médiocrement.
« II s'en glissa une, dans le nombre, étrangère aux querelles religieuses, mais d'une grande importance historique. Ce fut celle qui transporta le commencement de l'année au mois de janvier, du samedi-saint où il éiail auparavant placé.
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Mais, au retour de sou voyage, il convoqua une assemblée solennelle à Moulins (1566), et força les deux rivaux à s'embrasser après des excuses réciproques. Cette assemblée de Moulins est célèbre par l'édit de jurisprudei ce qui y fut proclamé, sous les auspices de l'Hôpital, et qui reste encore de la plus haute importance dans notre législation. La cour voulut aussi ménager un accommodement entre la maison de Lorraine et celle de Chàtillon , sur laquelle planait toujours l'ombre sanglante du duc de Guise. L'on s'embrassa « selon la convention», mais sans se pardonner. L'assemblée était à peine finie, que le duc d'Aumale appela Coligny en combat singulier. Des accusations d'assassinat et d'empoisonnement furent renvoyées de part et d'autre : il était facile de prévoir ce qui allait arriver.
Les deux partis restaient donc en présence, en dépit des efforts de la cour. Catholiques et protestants ne cessaient de travailler secrètement au triomphe de leur cause ; leur principal soin , en ce moment, était de constituer une filiation de confréries*, qui toutes devraient être armées et se
» La jalousie entre les deux religions ne se borna pas à l'émulalion (l'une plus grande régularité; elles cherchèrent à s'appuyer l'une contre l'autre de la force des confédérations et des serments. Depuis longtemps la Romaine entretenait dans son sein des associations connues sous le nom de Confréries. Elles avaient des lieux et des jours d'assemblée fixés, une police, des repas, des exercices, des deniers communs. Il ne fut question que d'ajouter à cela un serment d'employer ses biens et sa vie pour la défense de la foi attaquée. Avec cette formule, les confréries devinrent comme d'ellesnjômes, dans chaque ville, des corps de troupes prèles à agir au gré des chefs, et leurs bannières, des étendards militaires. La multitude réunie se trouva plus hardie. Contradictions, railleries, dédains entre personnes de différentes religions, on ne se souffrit plus rien : de là des émeutes et des massacres par toute la France.
« La manie des associations saisit aussi la noblesse et les grands seigneurs. Il y eut de ces ligues pariicullères qui enveloppèrent des
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lever en masse au premier signal. Catherine tenta vainement de dissoudre ces confréries ; elles subsistèrent toujours, et chez les protestants et chez les catholiques. En même temps les hauts seigneurs, toujours avides de biens et de richesses, faisaient payer leur dévouement le plus cher possible, et le trésor s'épuisait à les satisfaire.
provinces entières. Pendant le voyage du roi, on en découvrit une, dont Louis de Bourbon, duc de Monfpensier, les Guises et les plus grands du royaume étaient chefs. La reine, à la vue de cette nouveauté, assemble un conseil extraordinaire. La plupart des confédérés y furent mandés ; et tous néanmoins, jurèrent et signèrent qu'ils n'avaient point trempé dans ces complots, qu'ils les abhorraient, et que jamais ils ne prendraient les armes que par le commandement de sa majesté.
« Ces protestations ne rompirent point des liaisons qu'on croyait fondées sur de si bons motifs: elles prévalurent même bientôt sur toutes les autres. Les frères se séparèrent des frères , les pères des enfants, et on vit les familles déchirées par le même schisme qui divisait l'État.
« A l'égard des calvinistes, comme s'ils eussent été en pays ennemi, ils avaient des signaux d'intelligence, des mots de ralliement, des rôles de recrues et de recette, des routes tracées, des entrepôts marqués, des magasins d'armes, et tout ce qui est nécessaire pour faire éclater au premier ordre un soulèvement général. C'est avec ces précautions que les chefs attendaient l'effet des projets qu'ils croyaient concertés contre eux.
« Ils entretenaient, outre cela, dans les états protestants el catholiques des envoyés publics ou secrets, chargés d'éclairer les ministres du roi, de traverser leurs négociations, s'il était nécessaire, ou d'en entamer à leur avanla«e. Enfin, de temps en temps ils faisaient à la cour, tantôt des propositions raisonnables, tantôt des demandes outrées, afin de jugir, par la réponse, des dispositions cachées; ensuite, sous prétexte de divertissements ou de simples visites, ils se rassemblaient dans des chAleanx, et y prenaient en commun des résolutions, toujours couvertes du voile du mystère.
(ANQCBTir, Ft;yU de la Ligue, t. L)
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De leur côté , les calvinistes cherchaient à s'emi^rer de resprit du roi par l'entremise de Coligny , qui s'uciiuittail de cette tâche avec ardeur. Charles, un jour, impatienté des réclamations perpétuelles de l'amiral : « Il n'y a pas longtemps, dit-il avec aigreur, que vous vous contentiez d'être soulferts par les catholiques, maintenant vous demandez à être égaux , bientôt vous voudrez être seuls et nous chasser du royaume. » Coligny aurait dû comprendre toute la portée de ce reproche.
C'est ainsi que souvent le jeune prince manifestait ses dispositions peu bienveillantes à l'égard des réformés; et pourtant ceux-ci portaient encore plus de haine à Catherine qu'à son fils, bien qu'elle sût toujours voiler habilement ses projets comme ses sympathies. Au commencement de l'année, il parut un ouvrage, dont la maxime était ainsi conçue : // est loisible de tuer un roi et une reine qui résistent à la réformation de l'Evangile '. Catherine, sortant de sa chambre, trouva à ses pieds une lettre qui la menaçait du sort de Minard et du duc de Guise. Elle se tut , et profita d'une occasion favorable pour lever des
soldats.
Les Pays-Bas venaient d'entrer en pleine révolte contre
l'inquisition de Philippe lï et de se déclarer indépendants; l'Espagnol donna une armée au farouche duc d'Albe pour les faire rentrer dans le devoir ; cet armement permit à la reine-mère de jouer l'inquiétude, et de lever de nouveaux bataillons. Elle eut recours aux Suisses, tandis que Condé et les siens offraient leurs sei vices en cas d'attaque. Mais Catherine était bien assurée que le passage des Espagnols sur ses frontières devait être tout inoflensif ; ce qui lui importait, c'était son propre salut, la stabilité de sa prépondérance ; et rien autre chose qu'une bonne armée n'était
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capable de la soutenir et de la sauver. SpifTeret ses montagnards suisses, au nombre de six mille, s'avancèrent au centre du royaume, tandis que les réformés, discernant bien le but caché de cette levée étrangère, murmuraient et se rassemblaient pour délibérer secrètement sur l'état des choses.
Ce fut alors qu'ils tentèrent un coup de main, déjà essayé dans plus d'un règne, et sous le même prétexte de s'emparer de la personne du prince. La cour était à Monceaux en Brie, dans la plus grande sécurité, quand arriva soudain la nouvelle d'un soulèvement des calvinistes. Les Suisses étaient loin ; peu de soldats se trouvaient autour de Charles ; le danger était imminent ; une fois le prince aux mains des rebelles, qu'allait devenir l'État?
Le 26 septembre, au soir, tout était calme ; le 27, la France était en feu : la seconde guerre civile allait commencer (1567). La cour se réfugie à grand' peine dans la ville de Meaux. Condé, Coligny, d'Andelot, arrivaient à marches forcées, aussi bien que les Suisses. Ceux-ci, malgré les attaques furieuses des révoltés, firent bonne contenance, et, formés en bataillon carré, reconduisirent vaillamment le roi jusqu'à Paris, n Sans mes bons compères les Suisses, disait depuis le roi, ma vie ou ma liberté étoicnt en trèsgrand branle. »
Cependant les calvinistes n'abandonnèrent pas la partie, et mirent hardiment le siège devant la capitale. La reinemère voulut, comme d'ordinaire, avoir recours à la négociation; mais les esprits étaient trop irrités; on résolut d'en venir à une action. Le connétable de Montmorenci fut obligé, malgré tous ses eiïorts pour arrêter l'effusion du sang, de se mettre à la tète des catholiques, et la bataille se livra dans la plaine de Saint-Denis (10 novembre 1567). Grandes furent les pertes que la France eut à déplorer dans c;ette journée ; aucun des deux partis ne fut vainqueur.
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mSTOlHE 1)£ FRANCE.
à moins qu'on ne veuille donner la victoire aux catholiques, parce qu'en dernier résultat, ils demeurèrent maîtres du champ de bataille. Le vieux Montmorenci succomba, après s'être engagé dans un escadron ennemi, sous les coups de Robert Stuart. Il n'y eut que le maréchal de Vieilleville qui comprit l'issue de ce funeste combat : « Ce n'est point voire majesté, disait-il à Charles IX, qui a gagné la bataille, encore moins le prince de Condé. — Et qui donc? reprit Charles. — Le roi d'Espagne. » En effet, l'on verra s'accroître d'heure en heure l'influence du démon du midi sur les affaires de France, au point qu'elles tomberont un instant sous sa tutelle.
Le lendemain de la bataille les huguenots revinrent aux portes de Paris ; mais la disette se faisait sentir ; le secoui's de reitres, promis par Casimir, second fils de l'électeur Palatin, n'arrivait pas ; Condé résolut de se replier sur la Lorraine, et d'opérer le plus tùt possible sa jonction avec le renfort. Mais ces nouvelles troupes, à leur arrivée, exigèrent un à-compte de leur solde, et Lanoue rapporte que chacun donna ce qu'il possédait d'argent, de bijoux : exemple rare d'une armée qui se dépouille pour en payer une autre. Puis calvinistes et reitres rentrèrent au cœur de la France (1368), et commencèrent leurs opérations par le siège de Chartres. Longtemps ils se consumèrent devant cette place, au milieu des frimats de la mauvaise saison, jusqu'à ce qu'enfin Catherine leur fit proposer une entrevue à Longjumeau. On s'aboucha encore une fois pour renouveler redit de pacification de 1503 ; mais, comme alors aussi, personne ne s'en tint aux conclusions prises, ces six mois ne s'étaient pas écoulés que celte paix, dite la petite paix, était violée de nouveau.
Le calme qui succéda un instant à la guerre fut employé de part et d'autre à tracer des plans d'exécution ultérieure. Catherine défit et refit son conseil. Cundé et (ioligny, cn-
CIlAi'iLËS IX. lil
tourés des autres chefs, se concertaient de loin, puis se rapprochant, ils faillirent tous tomber aux mains des catholiques. Sûrs désormais des projets de la cour à leur égard, et encore possesseurs de places fortes qu'ils avaient toujours différé de rendre, ils traversèrent la France et choisirent La Rochelle pour abri, abri qui leur fut de si grande utihté dans la suite : « J'ai fui autant que j'ai pu, et que terre m'a duré, écrivait Condé après les périls du voyage'. » Dès lors le gouvernement ne ménage plus rien. Un édit révoque la pacification de Longjumeau, ordonne d'imposantes levées qu'il met sous la conduite du duc d'Anjou, nommé généralissime. Aussitôt les calvinistes de toutes classes, ne voyant de force que dans l'union, se soulèvent en masse pour rejoindre Condé àLaRochelle. Il n'est point de cruautés qu'ils n'exercent, à l'exemple de leurs chefs. Un nommé Rriquemant, dit de Thou^ prenait plaisir à couper les oreilles des prêtres qu'il avait massacrés, et s'en était fait un collier. Condé et les siens, tout à l'heure proscrits, étaient alors à la tête d'une nombreuse armée, en possession de deux provinces et de leurs villes. On croit que c'est à cette époque qu'il fit battre monnaie, avec cette légende Louis XII f, premier roi chrétien de France. Une dernière ressource pouvait augmenter encore ses forces, et les-rcndre égales en nombre à celles de la cour ; elle devait lui venir des bords du Rhin. Tous les efforts de Tavannes, qui commandait sous le duc d'Anjou, tendaient donc à empêcher cette jonction des reitres aux calvinistes. Condé se mit en campagne, et, arrivées en présence, les deux armées eurent à décider la querelle, le 13 mars 1569, sur les bords de la Charente, auprès de Jarnac. On sait la fatale issue de celte bataille, une des plus sanglantes de ces
* Le Laboureur.
• DeThou, l. II.
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niSTOIRt: DE FRANCE.
GIIARLKS I\.
guerres. Louis de Condé eut Ja tête cassée d'un coup de pistolet ; il n'avait que trente-neuf ans. « Il avait pourtant été recommandé à plusieurs des favoris de monseigneur, » ajoute froidement Brantôme * .
Malgré ce désastre, les affaires des calvinistes demeurèrent sur le même pied qu'auparavant ; le jeune Condé promit de remplacer dignement son père. Accompagné de Henri de Béarn et de Jeanne d'Albret, il se montra à l'armée, et, d'une voix unanime, on donna le commandement à Henri de Navarre, sous le nom duquel Coligny conduisit les affaires, comme Tavannes sous celui du duc d'Anjou. Dans l'armée de ce dernier prince combattait aussi le jeune Henri de Guise, qui, plus tard, devait être pour lui un antagoniste si redoutable.
L'indolence ou l'incertitude arrêta un instant la marche que devait suivre l'armée victorieuse , et avant qu'elle n'arrivât à Cognac, place importante des rebelles, la garnison avait eu le temps de se fortifier. Atis^i, quand on vint attaquer les calvinistes ^ dit Lanoue, ils firent bien voir que tels chais ne se prennent pas sans mitaines. Les troupes royales abandonnèrent le siège.
^ Voici un quatrain, que Ton fit sur la mort du prince de Condé, et qui courut toute la France :
L'an mil cinq cent cinquante-neuf Entre Jarnac et Châteauneur, Fui porté mort sur une àncsse Le grand ennemi de la messe.
Les poètes huguenots s'exercèrent à leur manière; on chantait au son des trompettes, dans le camp de Coligny :
Le prince de Condé
Il a été tué;
Mais monsieur l'amiral
Est encore cheval ,
Avec La Rochefoucault,
Pour écraser tous les papaui.
Cependant de nouveaux bataillons allemands accx^uraient se joindre aux calvinistes des bords de la Vienne. Les ca~ tholiques n'avaient pu s'opposer à leur passage, et la journée de la Roche-l'Abeille mit encore le deuil dans plus d'une noble famille ; les calvinistes eurent tout l'avantage dans cette escarmouche sérieuse (1569). Une partie de l'armée royale qui avait été licenciée revint sous les drapeaux, et l'on marcha au secours de Poitiers, assiégé par Coligny. Depuis quelque temps déjà la démoralisation gagnait les soldats français et allemands, tous fatigués d'une année de travaux inutiles ; pour comble de malheur, une maladie épidémique vint mettre hors de combat plusieurs milliers d'hommes. Enfin le duc d'Anjou s'avance à la tête de son armée et délivre Poitiers ; puis les deux ennemis vont se mesurer encore une fois en un lieu appelé Moncontour (octobre 1569). Les massacres de cette bataille surpassèrent tous les précédents ; il y eut des corps entiers de soldats passés par les armes, et Coligny lui-même, la mâchoire fracassée, put à grand' peine se soustraire, avec les débris de ses bataillons, à une mort certaine.
Comme à Jarnac, comme pendant toute cette guerre, le duc d'Anjou fit preuve de vaillance à Moncontour, et de telle sorte, que le roi son frère en devint jaloux. Cette jalousie avait déjà jeté quelques germes dans son cœur, ses courtisans prirent à tiichc de l'entretenir. Charles IX quitta donc Paris, malgré les efforts de Catherine, qui déguisait mal sa préférence pour son second fils, et n'avait pas été sans discerner les sentiments du roi à son égard. Le roi voulut à son tour commander l'armée, et Tavannes, contrarié dans ses dispositions stratégiques, se retira dans son gouvernement. Charles, resté à la tête de l'armée, commence par assiéger les places des religionnaires ; mais l'hiver fit bientôt sentir ses rigueurs, et, au lieu d'avoir enlevé la Rochelle, ce boulevard des calvinistes, l'armée royale se
IIISTOIUE 1)Ë FRANCE.
retira tranquillement dans ses foyers, après s'être uuse en possession de quelques villes sans importance.
Les plus clairvoyants firent remarquer l'inhabileté des chefs ; mais la faute était commise : elle fut d'un heureux résultat pour les vaincus. Coligny agit sans relâche auprès des puissances protestantes, et tandis qu'on s'occupait de lui rassembler de nouveaux mercenaires, son armée, si affaiblie par les derniers désastres, se rétablissait .et réparait ses pertes par les nombreuses recrues du Languedoc et l'armée de Déarn. Il put dès lors se mettre en marche pour opérer sa jonction avec les reitres, et, selon son plan, marcher ensuite sur Paris.
L'avantage de la journée d'Arnay-le-Duc acheva de rendre leur ancienne audace à ces religionnaires si rudement châtiés à Jarnac et à Moncontour (1570). Renforcés encore par les levées allemandes, ils s'avancèrent hardiment sur l'Ile-de-France, pillant et ravageant tout sur leur passage. On ne sait jusqu'où serait allée cette lutte infatigable, soutenue avec tant d'opiniûtreté de part et d'autre, si une paix plus funeste que la guerre elle-même n'était venue y mettre un terme. C'était la troisième que l'on faisait avec les huguenots depuis le commencement de la guerre. Mais elle ne devait pas être plus sérieuse que celles de 15G5 et de 1568 ; le peuple le comprit, et faisant allusion à l'infirmité deBiron et au nom du sieur de Mosmes, seigneur de Malassise, qui l'avaient conclue, il la nomma la paix boiteuse et mal assise.
Du reste la preuve que cette paix ne devait pas être gardée religieusement, c'est qu'on se soucia peu d'accorder les plus larges conditions aux vaincus, jusqu'à former un conseil mi -parti de protestants. Quoi qu'il en soit, les biens confisqués furent rendus, et la liberté de conscience et de culte publiquement proclamée (1570).
Les calvinistes ne pouvaient croire à tant de bénignité
CHARLES IX
de la part de Catherine et de ses conseillers ; cependant ils acceptèrent. Toute animosité cesse, tout esprit d'intrigue est déposé, du moins de la part des vaincus ; la concorde sembla donc avoir repris son empire.
L'année 1571 se termina par des réconciliations, des projets de mariage, et surtout de guerre, dans les Pays-Bas rx3ntre Philippe il ; réconciliation de Charles IX avec les principaux chefs réformés, Coligny d'abord, son brave amiral; réconciliation de la famille de Navarre avec celle de Catherine ; on alla plus loin, pour consacrer ce rapprochement, on proposa d'unir le jeune Henri de Béarn à Marguerite de Valois, qui employa plus tard toutes les ressources d'un esprit supérieur à ourdir de folles intrigues d'amour. Coligny, depuis longtemps, avait reconnu l'intervention secrète de l'Espagne dans nos dissensions civiles, et son adresse à les prolonger ; aussi s'était-il bien promis d'en tirer plus tard une éclatante vengeance. L'occasion s'en présentait dans la révolte des Pays-Bas qu'il voulait à tout prix favoriser. Tous ses efforts, toutes ses demandes tendront désormais à obtenir du roi une armée, ou tout au moins l'autorisation de faire un appel aux siens contre Philippe.
Philippe II n'ignorait pas ces projets; se? agents l'en instruisaient de point en point, et il faisait travailler l'esprit du roi et son conseil en conséquence. Coligny ne put jamais obtenir de passer la frontière.
Le commencement de l'année 1572 ne fut signalé par aucun événement extraordinaire. Les négociations se continuèrent au sujet du mariage du roi de Navarre avec Marguerite de Valois. D'autres prétentions s'étaient élevées en même temps ; le jeune Guise était en concurrence avec le Béarnais, et les intrigues étaient traversées par des intrigues. Charles IX, furieux, n'en pressait que plus vivement les arrangements avec le roi de Navarre. La mère
du jeune prince était loin d'être disposée à cette union, quand la mort l'emporta inopinément. Le bruit courut qu'elle avait été empoisonnée. Bien d'autres personnaj^es ne voyaient qu'avec peine ce que le roi désirait tant : Si ces noces se font à Paris, disait le père de Sully, les livrées en seront vermeilles.
Les seigneurs calvinistes, Coligny, Damville, recevaient de secrets avis de quitter la cour ou de ne s'y point rendre ; mais rien ne put les décider. On était alors au 18 août. Les noces de Henri de Navarre se firent au milieu des plus pompeuses tètes ; catholiques et calvinistes étaient mêlés : Coligny près du duc de Guise, à Notre-Dame; La Hochefoucault, Damville, Rohan, près des courtisans les plus intimes de Charies IX. Les mémoires de Tavannes font mention d'une particularité qui peut-être avança l'exécution de la Saint-Barthélemi. L'amiral, revenu imprudemment de sa campagne , pour les noces du Béarnais , ne quittait pas le roi ; tout à son projet de guerre en Flandre, il ne cessait d'en entretenir Charies, et de piquer sa jalousie et son amour-propre par des insinuations ([ue son imprévoyance ne lui faisait pas dire assez bas. Catherine savait toutes ses paroles, toutes ses déclamations contre la sujétion où elle tenait son fils, tous ses encouragements pour qu'il s'en arrachât lui-même, et se mit à la tête des soldats de son royaume. L'ambitieuse régente tremblait pour son crédit et sa puissance; elle résolut, sinon la perte des calvinistes, au moins celle de leur chef.
Aussitôt elle aborde son fils, mettant tout son espoir dans celte démarche. Dès les premières paroles, des larmes sortent de ses yeux, elle demande à se retirer avec son plus jeune fils à Florence. Charies interroge, presse : Catherine fait alors un tableau affreux de la position de la famille royale, des catholiques, du royaume. Catherine enfin est redevenue maîtresse des destinées de la France.
CHARLKS IX.
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Le 'i'È août , Coligny va au Louvre comme de coutume, Charles le reçoit avec la plus grande affabilité, et, en sortant, l'amiral est atteint de deux balles d'arquebuse qui le blessent à la main droite et au bras gauche. En un instant la capitale est instruite de l'événement ; les calvinistes se forment en conciliabules et ne savent que résoudre. L'assassin s'était soustrait à toutes les recherches. On va se plaindre au roi, à Catherine, qui, tous deux, se confondent en termes d'indignation et en menaces de vengeances. De plus, toute la cour alla rendre visite au blessé, qui en revint toujours au chapitre de la guerre de Flandre dans son entretien avec le roi . Celui-ci promit tout et se retira.
De retour au château, il apprend que les calvinistes comptent plus sur eux-mêmes que sur la justice royale. Catherine, assistée du duc d'Anjou, de Tavannes, de Gondi, de Birague, garde-des-sceaux, vient arracher enfin au jeune prince l'ordre d'un massacre général des religionnaires ; suivant elle, c'est simplement prendre l'initiative.
« Comme on ne voulait pas manquer son coup, on en confia la conduite au duc de Guise, ennemi mortel de l'amiral, et qui ne respirait que la vengeance de la mort du duc son père, dont il lut toujours persuadé que ce seigneur avait été l'auteur.
Le duc de Guise ne reçut jamais d'ordre qui lui fût plus agréable. Il informa des intentions du roi, le président Charon, prévôt des marchands ; lui ordonna d'avertir les capitaines des quartiers, de mettre les bourgeois sous les armes, de leur faire prendre à tous, pour se reconnaître, une manche blanche au bras, et une croix de même couleur au chapeau ; qu'au son du tocsin que l'on sonnerait à la cloche de l'horloge du palais, on allumât des flambeaux aux fenêtres , et qu'aussitôt on allât enfoncer les maisons des seigneui-s, des gentilshommes et des soldats huguenots, ei de tous ceux quiéiaienl à lasuUe de l'amiral,
et qu'on fît main basse sur eux sans quartier. Les ducs de Montpensier et de Nevers, avec plusieurs autres seigneurs et capitaines dont on était sùr,demeurèrent en armes auprès du roi, et les gardes furent rangés dans la cour duLouvreet devant la porte. Tout cela fut exécuté avec une promptitude et un secret que la haine extrême des Parisiens catholiques contre les huguenots, pouvait seule faire observer....
On commença par l'hôtel de l'amiral, où le duc de Guise arriva un peu avant minuit, avec une escorte de trois cents hommes. Il fit enfoncer la porte de la basse-cour, et assommer les soldats de la compagnie de Cosseins, envoyée le soir même par le roi , pour garder l'amiral. Coligny, poignardé dans son lit, fut jeté par la fenêtre, et tomba aux pieds du duc qui lui essuya le visage avec son mouchoir, pour mieux le reconnaître. Ensuite on fit main basse sur tous les huguenots de l'hôtel et des environs, qui furent ou arquebuses, ou sabrés, ou poignardés, sans que pas un n'échappât.... Un pareil carnage se fit dans le Louvre, où «ne douzaine de gentilshommes du roi de Navarre ^ furent passés au fil de l'épée. On voyait des corps morts étendus sur le carreau, de toutes parts, dans les escaliers et dans les galeries ; on poursuivait ces malheureux jusque dans les appartements des princes et des princesses....
Tandis que tout cela se passait à l'hôtel de l'amiral et au Louvre, le signal ayant été donné à l'horioge du palais et au clocher de Saint-Germain-l'Auxerrois, les bourgeois armés et les soldats dont on avait rempli tous les quartiers de Paris, faisaient partout de terribles exécutions. Partout où ils savaient qu'il y avait des huguenots, ils allaient les
* Charles ÏX, fil venir, dit-on, dans son cabinef, le roi de Navarre et son cousin de Condé, et leur cria d'une voix terrible : « Mosse, mort ou Bastille!»
CHARLES IX. l^c^
assommer et les massacrer, sans distinction d'âge, de sexe et de condition, bourgeois, magistrats, gentilshommes, artisans. La fureur se répandit jusque dans les collèges de l'Université, où entre autres, Pierre Ramus, homme fameux par sa doctrine et ses ouvrages, fut jeté par une fenêtre. Plusieurs se servirent de l'occasion pour venger leurs querelles particulières, et il en coûta la vie à plusieurs catholiques, de qui l'on faisait accroire qu'ils étaient huguenots, ou qu'ils les favorisaient. Il y eut bien deux mille personnes égorgées durant cette nuit-là et le jour de saint Barthélemi, sans y comprendre ceux qui furent encore tués le lendemain, en assez grand nombre ^..
On vit, le matin, toute la rivière couverte de corps morts Une infinité de gens fuyaient au delà; et le roi oubliant ce qu'il était, tirait sur eux lui-même, avec de longues arquebuses qu'on lui chargeait les unes après les autres et criait de toute sa force : Tuez! tuez! Il fit encore une chose plus indigne, car après que la populace eut traîné pendant trois jours par les rues, le corps de l'amiral et qu ensuite elle l'eût pendu au gibet de Montfaucon, il alla 1 y voir lui-même, et, comme quelques-uns de sa suite se bouchaient le nez à cause de la mauvaise odeur du cadavre. Il se moqua d'eux, et leur dit en raillant : Que l odeur d'un ennemi mort était toujours três-agréable. » (Daniel, IJist. de France, tome X.)
Le même drame se joua sur de plus petits théâtres. Il y eut des villes où pas un calviniste n'échappa à la mort; mais aussi quelques gouverneurs refusèrent toute compK-
« «Au point du jour, dit d'Aubigné, les corps déiranchés lombaient du î.aut des fenélres, les porles-cocheres élaienl bouchées de corps achevés ou languissants, et les rues de cadavres qu'on traînait sur le pavé à la rivière... Saignez, saignez toujours, criait Tavannes ; les médecins disent que la saignée est aussi bonne en ce mois d août, comme en mai. »
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CHARLES IX
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cité passive, et catholiques et protestants ont consent irligieusement leurs noms.
Après le massacre, la justification était chose plus diffîcile. Le 20, le parlement est convoqué; le roi se déclare hautement devant lui l'auteur de la Saint-lîarthélemi. Puis, continuant l'œuvre, pour la sanctionner, il fait proscrire la mémoire de l'amiral, confisque ses biens, et déclare ses entants ignobles * et intestables. Toutes les pacifications précédemment signées sont déclarées non-avenues; enfin, la religion catholique devient la seule religion permise dans le royaume de France.
Les puissances étrangères furent diversement affectées de cette réaction. En Allemagne, il n'y eut que malédictions et anathèmes contre les enfants de la Babj/lone im]m^ et les négociations déjà enlamées pour obtenir au duc d'Anjou la couronne de Pologne, cessèrent un instant. En Italie, la nouvelle de la Saint-Barthélemi excita les transports de la joie la plus vive. On tira le canon, et Charles reçut des lettres de félicitation. Au delà des Pyrénées comme au delà des Alpes,' même enthousiasme au récit des détails de cette sanglante nuit qui, au dire de Philippe II, donnait la paix à l'Espagne. Il n'ignorait pas les projets de Coligny sur les Pays-Bas, et, s'il eût vécu, à coup sûr Charles IX aurait entrepris une guerre dintervention.
Cependant, malgré tout le sang répandu, deux millions de calvinistes restaient encore sains et saufs, tant dans les provinces préservées par leurs gouverneurs que dans celles qui avaient subi l'ordonnance. Le premier instant avait été pour eux rempli d étonnement et d'effroi, puis le courage était revenu, et tous étaient déjà prêts à se venger. Ce fut alors que commença la quatrième guerre civile. Elle se résu-
1 iynobiles, déclins de leur noi)ie8se.
ma tout entière dans le siège de la Rochelle, devant les murs de laquelle périrent quarante mille catholiques. C'était un formidable point de réunion pour les réformés, et ils s'y étaient portés en foule pour soutenir vaillamment leurcause àl'abri de ses fortes murailles. Lanoue se mit à la tête des anciens compagnons de Coligny. Le siège dura quelques mois ; les assiégés s'étaient constitués en république, mot nouveau en France, dont le sens reste indéterminé. Des conférences s'ouvrirent, et un nouvel édit de pacification fut conclu, presque en tout semblable aux précédents (juillet 1573). On avait hâte à la cour d'en finir pour un instant avec les calvinistes, afin de permettre au duc d'Anjou d'activer les négociations au sujet du trône de Pologne. Médicis se chargea, Montluc aidant, et l'argent plus que Montluc, de cette conquête pour son fils, et après le siège de La Rochelle, la couronne des Jagellons fut apportée au vainqueur de Jarnac et de Moncontour (1575). Charles IX lui-même était impatient de faire couronner son frère, peut-être parce qu'il sentait déjà les symptômes du mal affreux qui le tua. Catherine, en quittant son fils, avait sans doute aussi prévu l'approche de cet événement : « Partez, Jui dit-elle en l'embrassant, vous n'y serez gurre. » Elle disait vrai, car quelques mois plus tard, le roi de Pologne était devenu roi de France.
Les derniers moments de Charles IX ne furent pas plus tranquilles; ce qu'on appelle la cinquième guerre civile, commença au départ du duc d'Anjou, et se continua encore à son retour. Un mot sur le parti qui la soutint sous le nom de politique.
Jusqu'ici nous avons vu seulement deux partis lutter ensemble, les catholiques et les protestants; vint la catastrophe du 2i août qui fit naître un troisième parti, celui des malcontents ou politiques. C'étaient, dans l'origine, de doux et sages citoyens s'apitoyant à voix basse sur le sort
IliSTOlHË DE FHANCE.
des victimes calvinistes ou catholiques, et désirant sincèrement la paix du royaume. A chaque renouvellement d'hostilités, leur pitié s'enhardissait. L'Hôpital, cet intègre chancelier, devint leur organe ; il voulut se poser en conciliateur, et fut repoussé avec indifférence. La Saint-Barlhélemi lui donna le coup de la mort. Cependant tout ce qui n'était ni catholique fanatique, ni protestant furieux, se rattacha aux politiques, et les arrêts du parlement , pour légitimer les massacres, ne firent pas taire leurs récriminations. Bientôt même ils acquirent une importance sérieuse par les grands noms derrière lesquels ils se retranchèrent pour agir, ceux des Montmorenci, du duc d'Alençon et du jeune roi de Navarre. Leduc d'Alencon croyait faire pieuve d'habileté en se créant un parti à lui, pour le jour de la vacance du trône. Henri était en Pologne, et avant que la nouvelle de la mort du roi lui fût parvenue, i« pourrait, espérait-il, facilement le supplanter. Ils se jetèrent donc, lui et tous ses partisans, dans une série de complots échouant les uns après les autres, et qui finirent par devenir funestes, non aux principaux chefs, mais à leurs subalternes immédiats.
La cour était à Saint-Germain, assistant aux dernières souffrances d'un roi décrépit avant vingt-cinq ans. Médicis dominait la France sans partage; l'anarchie sommeillait : son réveil sera terrible. Les politiques se concertaient secrètement pour favoriser l'évasion de d'Alencon et de Henri de Navarre ; le moment était fixé, quand soudain la peur s'empare du fils de Catherine, qui va incontinent raconter tout à sa mère. Le coup manqué, les acteurs s'éclipsèrent rapidement, pas assez rapidement toutefois pour que tous échappassent à la vengeance de la reinemère. Les serviteurs payèrent pour leurs maîtres. La Mole et Coconnas périrent du dernier supplice (1574). Peut-être Catherine eût-elle bien désiré la mort du roi de Navarre ;
CHAIILIS IX.
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mais elle recula devant un coup aussi hardi. Le prince de Navarre comparut par devant les chambres réunies du parlement, et montra tant de fierté, qu'il se fit absoudre.
Toutes les procédures cessèrent dans l'attente du dernier sou (île prêt à s'échapper des lèvres du malheureux roi de France. Du moins, s'ils avaient attendu ma mort, disait-il tristement au milieu de ses tortures, en apprenant les tentatives des politiques et les' diversions des calvinistes dans le Poitou, la Sainlonge et le Languedoc. Perdant son sang par tous les pores, le cœur abreuvé d'amertume, la malédiction dans la bouche mêlée à la prière, Charles IX expira le 30 mai 1574, après avoir donné la régence à Catherine de Médicis.
Franc et gai de caractère, son éducation première et les trahisons le rendirent violent et soupçonneux. On sait son amour de la poésie et des poètes. Amyot, Dorât, Baïf et Ronsard se partagèrent ses bonnes grâces, et lui-même nous a laissé des vers qu'on cite comme un phénomène littéraire à une époque où la langue était encore loin d'être fixée.
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