‹ Histoire de France [microform]Chapitre 24 sur 48 · SUITE DU RÈGNE DE HENRI IV · texte numérisé non relu

SUITE DU RÈGNE DE HENRI IV

Maintenant que les partis sont à peu près portés à terre, des milliers de voix s'élèvent pour réclamer le prix de longs et importants services ; les calvinistes marchandent leur convei-sion, ou demandent des garanties pour assurer l'inviolabilité de leur religion. Les catholiques requièrent avec insolence le paiement des soldes promises par les chefs ligueurs. Henri IV tâcha de satisfaire à toutes les exigences , en même temps qu'il continuait la guerre contre Mayenne. Laon, Amiens , Château-Thierry , Beauvais, Cambrai, se rendirent incontinent aux armées du roi, ou soutinrent à peine quelques jours de siège. Les Guises remirent les clefs de Reims et d'autres places que le vainqueur leur laissa à titre de gouvernement. Villars, en ouvrant les portes de Rouen, reçut la dignité d'amiral. Pendant qu'il achevait ainsi la conquête de son royaume, Henri voyait s'améliorer les dispositions de la cour de Rome ù son égard ; on n'ap-

BISTOTRE DF FRANCE.

portait plus d'autre ubstaclo à son absolution que la conversion de plusieurs de ses généraux, de Condé d'abord. Henri consentait volontiers à mettre tout en œuvre pour arriver à ce but; il fit venir Condé auprès de lui , le fit instruire ; mais ce ne fut pas chose si facile pour les vieux hérétiques, compagnons d'armes et de gloire du Béarnais. Us n'avaient pas vu sans dépit l'abjuration qui d'un prince calviniste avait fait un roi très-chrétien. Quoi qu'il en soit, tout en ajournant leur conversion , ils lui demeuraient dévoués. Plût au ciel que les catholiques se fussent mon très sans plus de rancune! mais bon nombre étaient encore fâchés, comme le disait le bon roi, et un nouvel attentat vint prouver que la réconciliation, chez quelques-uns, n'était qu'une haine hypocritement déguisée. Le nouveau Barrière sortait de la maison des jésuites ; c'était un jeune fanatique énervé de débauches, qu'on nommait Chàtel. Sa main ne trembla pas, mais frappa mal. Le roi en fut quitte pour une dent brisée ; mais la plaie morale fut plus douloureuse. Un arrêt solennel du Parlement exila la compagnie de Jésus. Elle sortit de France au commencement de l'année 1595.

Les Espagnols, tout expulsés qu'ils étaient du royaume , n'avaient pas perdu l'espoir d'y rentrer avec avantage. Mayenne poussait sans cesse à la guerre, bien que sa famille travaillât pour lui auprès du roi. Dans les premiers jours du printemps, une armée espagnole, commandée par don Velesco, connétable de Caslille , envahit la Franche- Comté, soumettant tout sur son passage. A cette nouvelle, une levée d'hommes se fait dans les provinces. Henri marche contre l'ennemi.

« Arrivé devant les lignes, il apprend que le connétable de Castille a jeté deux ponts à Gray sur la Saône. Aussitôt il se porte à Luz, petite ville entre Dijon et Gray. Il y fait reposer ses troupes, et leur donne rendez-vous pour trois

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HEMil IV.

heures après-midi à Fontaine-Française. Pour lui, avec une partie de son monde , il se met en route ti'ois heures plus tôt, afin de reconnaître la position des lieux, et se choisir un champ de bataille en cas d'action.

Déjà il apercevait le village, lorsque le marquis de Mirabeau, qu'il avait envoyé à la découverte avec une centaine de cavaliers, arrive en désordre, et lui apprend que l'armée combinée est sur ses talons. Biron , qui accompagnait le roi, s'offre à aller reconnaître l'ennemi avec trois cents chevaux ; à mille pas seulement il rencontre une garde avancée qu'il dissipe; mais, dans le moment même, il aperçoit en effet toute l'armée espagnole qui marchait en bataille. En même temps quatre cents chevaux, qui poursuivaient un petit parti de Français , marchent sur lui comme pour l'attaquer, puis se séparent bientôt en deux bandes pour observer ses derrières. Biron se divise aussi, mais en trois bandes, deux pour tenir en échec celles de l'ennemi, et les empêcher de voir s'il était soutenu, et la troisième pour porter du secours où il pourrait en être besoin. Neuf cents cavaliers se joignent alors aux premiers qui l'avaient attaqué, et, imitant la même manœuvre, le chargent de chaque côté. Le maréchal, avec sa petite troupe, fit tête partout; mais le nombre des ennemis croissant toujours , il craignit d'être enveloppé et pensa à la retraite. Elle se fit avec quelque désordre , d'autant que le maréchal avait reçu un coup de sabre sur la tête et un coup de lance dans le bas-ventre. Il était perdu, si le roi ne lui eût envoyé d'abord cent chevaux qui furent repoussés , et si lui-même ne s'était ensuite avancé avec trois cents chevaux qu'il avait encore à sa disposition. Avantde partir, il fit un appel à tout ce qu'il avait sous la main de gens de marque: « A moi! messieurs, leur dit-il, et faites comme vous « m'allez voir faire. » Il charge alors avec une telle furie les escadrons qu'il avait en tête, qu'il les renverse fur " 10

ceux qui étaient derrière pour les soutenir. La mêlée fut terrible, et le combat devenait hasardeux pour le roi, quand Biron, qu'il avait dégagé , mais que l'on croyait hors de combat, parce qu'il paraissait aveuglé par le sang qui coulait de sa plaie , reparut tout à coup avec cent vingt chevaux qu'il avait ralliés, et acheva la déroute que le roi avait commencée.

Les troupes animées voulaient pousser plus avant; mais le roi, qui avait combattu en soldat, agit alore en capitaine, et faisant remarquer aux siens nombre d'arquebusiers placés derrière une haie, le long de laquelle il fallait passer, il contint de cette manière l'ardeur de son monde. En ce moment il reçut un renfort de huit cents chevaux , dont l'arrivée fit croire au général espagnol que c'était l'armée royale elle-même. Le mauvais succès de l'escarmouche lui faisant craindre l'événement d'une bataille, il ne jugea pas à propos de la risquer ; et malgré les instances du duc de Mayenne, tout préoccupé du soin de défendre la Franche- Comté, il reprit le chemin de la Saône , qu'il repassa le lendemain.

Dans cette rencontre , devenue célèbre sous le nom de combat de Fontainc-Franraise, le roi a été accusé de s'être imprudemment exposé; mais il faut dire pour sa justification que les circonstances l'y forcèrent. D'une part, il ne pouvait laisser engagé le maréchal de Biron, qui s'était offert si généreusement pour aller reconnaître l'ennemi, et d'autre part la ftiite, presque aussi dangereuse que le combat, donnait un grand ascendant aux Espagnols. Contraint à prendre parti sur-le-champ, la loyauté, l'honneur, le courage, l'inspirèrent et le servirent mieux que les conseils timides; car, avec neuf cents chevaux environ , sans rivière ni retranchements devant lui, et avec une perte de six hommes seulement, il eut la gloire et le bonheur d'imposer à une armée de douze mille hommes de pied et de trois mille

chevaux, de l'arrêter et de lui faire rebrousser chemin. Mais une gloire plus pure encx3re , c'est qu'au milieu de la mêlée oi des risques personnels auxquels il était exposé, il conservait assez de présence d'esprit pour voir d'autre$ dangers qup les siens, et pour en préserver ceux qui étaient menacés. « Garde, La Curée ! » cria-t-il d'une voix forte à l'un de ses officiers prêt à être percé par un ennemi. La Curée se retourne à la voix, aperçoit le péril et renverse son adversaire •( Dans d'autres occasions, disait Henri, « j'ai combattu pour la victoire, mais, dans celle-ci. J'ai « combattu pour la vie. Aussi, écrivait-il à sa sœur : Peu « s'en est fallu que vous n'ayez été mon héritière. » (Anquetil).

Celte victoire ramena au roi quelques seigneurs encore récalcitrants, et appuya fortement les nouvelles supplications faites auprès du Saint-Siège pour le retrait des bulles d'excommunication. Clément YIII n'avait plus qu'une crainte, celle d'indisposer le roi d'Espagne.

Un mot de Sérapion Olivier, auditeur de Rote , acheva de le déterminer. « Que dit-on à Rome des affaires de France ? lui demandait-il un jour. — On dit, répondit Olivier, que Clément VII, par sa vivacité, a perdu l'Angleterre, et que Clément VIII, par sa lenteur, perdra la France. » Enfin le 17 septembre 1595, Du Perron et dOssat, qui avaient mené toute l'affaire, parurent sur la place de Saint- Pierre, vêtus en simples prêtres, et vinrent s'agenouiller devant le pape qui était assis sur son trône , entouré de ses cardinaux. Ils abjurèrent au nom du roi , et reçurent de la main pontificale quelques légei-s coups de baguette, pendant que le chœur récitait le psaume Miserere. Clément prononça à haute voix la formule d'absolution, et l'on entraensuite à Saint-Pierre pour entonner le TeDeum. Les réformés n'épargnèrent pas le transfuge à propos de la ymlade qu'on lui avait donn.'e, sur les épaules de ses plénii)otentiaires ;

mais, à part ces railleries intéressées, l'allégresse causée par ce grand événement fut universelle, et à Rome même on en fit des feux de joie. D'Ossat écrivit dans la journée : «Le canon du château Saint-Ange a tiré ce matin, dont les Espagnols ont mal aux oreilles, et se feront ce soir d'autres réjouissances qui leur feront encore mal aux yeux. »

Nombre de vieux guerriers calvinistes suivirent l'exemple de Henri IV; et Mayenne comprit qu'il était temps de nég ocier sa soumission. En attendant sa rentrée en grâce, il se retira au fond de la Bourgogne, incapable désormais de nuire à la royauté, l'Espagne même aidant.

Cependant les calvinistes, demeurés fidèles à leur croyance politique et religieuse, s'étaient assemblés dans le Midi, dans des places que le roi leur avait accordées, pour y tenir conseil sur l'état présent des choses. Peut-élre eurentils le projet , du moins on peut le supposer d'après leurs délibérations, de former une république indépendante au sein du royaume , pensée première de la réforme en France au temps deColigny. Henri IV, loin d'agir comme son prédécesseur, en laissant le champ libre aux théories révolutionnaires, se hâta de convoquer une assemblée générale à Rouen (1596), tant pour concilier tous les esprits que pour demander un subside , vu l'imminence de la guerre avec l'Espagne. L'assemblée ne lui accorda presque rien malgré sa célèbre harangue \ et une armée espagnole envahit la

* « Si je faisais gloire, messieurs, dit-il, de passer pour un excelle lenl orateur, j'aurais apporté ici plus de belles paroles que de « bonne volonté; mais mon ambition tend à quelque chose de plus « haut que de bien parler : j'aspire au glorieui liire de libérateur et « de restaurateur de la France.

« Déjà par la faveur céleste, par les conseils de mes fidèles servl- « leurs, et par l'épée de ma bonne noblesse, dont je ne dislingue « pas les princes, je l'ai tirée de la servitude et de la ruine. Je dé- « sire maintenant la remettre en sa première force et son ancienne

HENRI ir.

France. Henri s'oubliait alors entre les bras de Gabrielle d'Estrées, ordonnant avec magnificence la pompe du baptême d'une fille qu'elle lui avait donnée; mais à la nouvelle de la prise inattendue d'Amiens, il revient à lui-même: Allons, dit-il, c^cst assez faire le roi de France, il est temps de faire le roi de Navarre (1597), et il vole à la tête d'une armée au secours d'Amiens, qui est bientôt repris. La puissance espagnole, moins Mayenne et les ligueurs, n'était plus de poids dans la balance. Aussi, quand Henri proposa de terminer tous les différends, Philippe II, qui approchait de sa fin , eut le bon sens d'abdiquer ses folles prétentions, et d'accepter les clauses du traité de Vervins (1598). La paix y était stipulée de part et d'autre, et Henri avait déclaré qu'il aimait mieux soutenir une guerre étemelle que de rien laisser démembrer de son royaume. Le comté de Charolais était la seule province que l'Espagne pût réclamer à bon droit. A l'intérieur , c'était chose plus difficile. Déjà, avons-nous dit, les réformés reprenaient leurs synodes; il était urgent de poser sur des bases solides l'édifice d une réconciliation sincère ; tel fut le but de l'édit de Nantes, qui pourtant n'a été que la reproduction de tant d'autres transactions, comme celles de Poitiers, de Fleix, etc. Par cet édit, la réforme acquérait le droit de représentation en France, à l'instar de la catholicité. Au pariement, aux tribunaux, à toute assemblée, les calvinistes étaient

« splendeur. Participez, messieurs, à celte seconde gloire, comme « vous avez participé à la première.

« Je ne vous ai point appelés, comme faisaient mes prédéces- « seurs, pour vous faire approuver mes volontés. Je vous ai assem- « blés pour recevoir vos conseils, pour les croire, pour les suivre, « bref, pour me mettre en tutelle entre vos mains; envie qui ne « prend guère aux rois, aux barbes grises, aux victorieux; mais la « violente amour que je porte à mes sujets me fait trouver tout aisé « et honorable, n

admis en nombre égal à celui des catholiques; la voie des dignités et des honneurs leur était ouverte comme à ceux-ci . Ce fut un véritable code » en 93 articles , rédigés par les plus habiles jurisconsultes et hommes d'état, Schomberg, De Thou l'historien, Jeannin et Colignon, qui y travaillaient depuis deux ans, soit ensemble, soit séparément.

Henri lY croyait avoir pacifié irrévocablement le royaume par l'édit de Nantes et le traité de Vervins ; en effet, les partis étaient désormais incapables de rien tenter de sérieux, s'ils demeuraient réduits à eux-mêmes, et sans chefs

« « L'édit de Nantes paraît avoir éJé fait sur celui de PoîMers et « sur les convenlions de Bergerac et de Fleix, dont il rappelle soute vent les dispositions. C'est comme un code f^énérn\, qui fixe les « bornes des deux religions, non pas avec une cgalité parfaite Le « roi accorde aux réformés un exercice public; mais seulement « dans des lieux marqués et dans ceux où ils se trouvaient mainte- « nant établis , mais à condition que dans ces lieux tuétues les ca- « tholiques exerceront aussi leur religion : avanl.-.ge qui n'est pas « réciproque pour les calvinistes. Il est aussi prescrit à ceux-ci « de sassujélir à la police de l'Église romaine, de ne point ira- « v«iller publiquement les jours de féies. de payer les dîmes, de « remplir les devoirs extérieurs de paroissiens; et il leur est'dé- « fendu, sous de grandes peines, de troubler les cérémonies ecclé- « siasliques par auc.me irrévérence, soit de paroles, soit d'action. « D'ailleurs le roi veut que ses sujets de la religion prétendue « réformée jouissent de tous les droits de citoyens ; que leurs pau- « vres, sains ou malades, soient reçus dans les hôpitaux comme les « catholiques, que les riches puissent être admis à tous les emplois « et à toutes les charges, qu'il y ait dans chaque parlement une « chambre qu'on appela depuis la chambre de l'édit, composée « d'un égal nombre de juges catholiques et calvinistes pour leur H rendre Justice. Enfin le roi accorde des privilèges, fixe desappoin- « tements à leurs ministres, donne à leurs églises la liberté d'élire « des députés, qui formeront des assemblées générales en temps et « lieux marqués, sous son bon plaisir et sous les yeux de ses comte missaires. Il leur permet aussi de lever tous les ans une somme

dignes d'entrer en lutte avec le Béarnais. Mais toutes les ambitions n'avaient pas été amplement satisfaites. Nombre d'anciens capitaines calvinistes regrettaient de n'avoir plus d'ennemis à combattre, d'armées à commander, d'être enfin redevenus sujets et courtisans. A leur tête se trouve le maréchal de Biron, homme fier et dévoré d'ambition, habile capitaine, un de ceux auxquels Henri devait la conquête de sa couronne. Son père, aussi brave, aussi expérimenté que lui, lui disait avant de mourir : « La guerre terminée, « va planter des choux à Biron, sans quoi tu périras sur « l'échafaud. » La prédiction, malheureusement, ne s'ac-

»( sur eux-mêmes pour les besoins du parti. Enfin par des brevets « secrets, qui ne furent relatés ni dans l'édit, ni dans les articles « particuliers, Henri IV permit aux réformés de garder pour huit « ans quelques places de silrelé, et d'en nommer eux-mêmes les « gouverneurs. Il s'engagea de plus à leur compter tous les ans « quatre-vingt mille écus pour l'entretien des garnisons.

«Quelqiics soins qu'eussent apportés les rédacteurs del'édil à pré- « venir tous les inconvénients, les intérêts étaient trop compliqués « pour qu'il ne se renconlrAt pas beaucoup de dilTK ullés dans l'exé « cution. Le roi fut obligé d'envoyer dans les provinces des com- « missaires qu'il chargea de terminer les différends d'autorité et « à l'amiable; il leur fallut un fonds de patience inépuisable pour « adoucir l'aigreur des parties, dérnêlcr les chicanes, aplanir les « obstacles. Par tous ces moyens, employés adroitement, on appri- « voisa les catholiques ave<- les réformés. Ils commencèrent à se « supporter, et à quelques éclats prés de part et d'autre, fruit d'un « zélé inconsidéré, toujours sévèrement réprimé, on s'accoutuma à « vivre ensemble sous la protection des lois.

« Quant à la ligue, il n'en fut plus question que pour la délester, a et s'étonner de ce qu'on avait pu être si longtemps les instru- « menis des ennemis de la France. Les principaux ligueurs de « Paris, dont les excès ne méritaient pas de grâce, se réfugièrent « les uns à Rome, les autres à Bruxelles, où ils vécurent sans « considération, dans des conditions viles, et méprisés des Espa- « gnols, pour lesquels ils avaient trahi leur patrie. »

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il6 HISTOIRE DE FRANCE.

complitque trop tôt. Biron, comblé de tons les honneurs, chéri du prince, aspirait à devenir souverain indépendant dans sa province. D'adroits agents, espagnols et piéraontais, l'encouragèrent, les uns au nom de Philippe III, qui conservait les prétentions de son prédécesseur, les autres au nom d'Emmanuel de Savoie, qui, en possession du comté de Saluées, voulait occuper le roi au dedans, pour avoir le temps de s'aflermir dans son usurpation. Des intrigues de boudoir achevèrent d'entraîner le maréchal dans le crime.

Gabrielle d'Estrées, que la chanson a rendue populaire, venait de mourir subitement. L'histoire, dans sa gravité, lui accorde une assez belle page, sans doute par comparaison avec Henriette d'Entragues, qui lui succéda. Cette femme faisait expier cruellement au roi grison ses faiblesses. Par bonheur, Sully, le grand ministre, était de bonne garde, et refrénait sans crainte les exigences et les criminelles intentions des traîtres, comme celles de la favorite. Henriette, trompée par le divorce de Henri et son mariage avec Marie de Médicis, offre à Biron l'alliance de sa puissance déchue.

Il l'accepte, oublieux qu'il est de sa vie passée. Emmanuel de Savoie, le roi d'Espagne, le comte de Fuentès le circonviennent habilement et encouragent son ambition niaise par les plus flatteuses promesses.

Le comte de Savoie remettait sans cesse à rendre le marquisat de Saluées. Henri IV, fatigué de ses retards et de sa mauvaise foi, lui déclare la guerre (1600) et donne le commandement de l'expédition au maréchal, dont il connaît de longue date la bravoure et l'habileté. Le maréchal communique avis de tous ses plans à l'ennemi, qu'il est pourtant encore forcé de vaincre, et va jusqu'à projeter la'mort de son roi.

La Savoie fit bientôt la paix avec la France, en gardant

le marquisat de Saluées, et en donnant la Bresse, le Bugey, le Valromey et la baronnie de Gex. Le maréchal de Biron se trouva peu à peu abandonné de tous ses fauteurs et instigateurs, et n'en continua pas moins ses menées. Instruit d'abord indirectement, puis de la bouche même des confidents du traître, Henri pardonne et veut oublier la méchante conduite de son compagnon d'armes, pour ne se souvenir que de ses services. Il était dit que Biron ferait tout pour appeler sur sa tête les rigueurs de la loi. Henri voulut parler avant elle, et ne fut point écouté. Elle parla donc. Le parlement, présidé par Achille de Harlay, condamna le coupable à la peine de mort. La seule grâce qui lui fut accordée fut de n'être pas exécuté en place de Grève, et de marcher les mains libres au supplice (1599, 1600, 1601, 1602).

Dans ces années et les suivantes, Henri prit à tâche, aidé de son brave conpêre de Rosny (Sully), de faire renaître la prospérité au sein du royaume. Des dettes énormes lui avaient été léguées par le dernier règne ; Sully, nommé surintendant, les liquida toutes, augmenta le revenu de l'État, et amassa d'immenses trésors au gouvernement. Le commerce , la navigation, l'agriculture surtout, excitèrent au plus haut point l'attention et la sollicitude royales. Henri fit beaucoup avec des mots, et surtout avec le fameux : « Si « je vis, je veux que chaque dimanche le paysan mette la « poule au pot. »

L'année 1603 est signalée par le rappel des Jésuites ; leur expulsion était en quelque sorte un non-sens après l'édit de Nantes. Une des clauses de l'acte de rappel, que la méfiance avait dictée, fut par la suite cause de leur fortune à la cour*.

* C'était celle qui imposait en quelque sorte à la famille royale des confesseurs pris dans le sein de la société.

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Au commencement de 1604, le gouvernement dut encore une fois frapper judiciairement de nobles conjurés des conspirateurs de haut parage. la famille des d'En.ragues, et la maîtresse du roi la première. Les intrigues avaient commencé par des rivalités de favorites: la favorite de la reine contre celle du roi. Henri avait réussi à mettre fin a ses tracasseries, quand Henriette, sa maîtresse, conservant toujours la prétention de faire monter son propre fils sur le trône destiné au jeune dauphin, en vint jusqu'à conspirer pour atteindre ce but. Ses principaux adhérents étaient son père, son frère, et d'autres seigneu.^ méconten s L assassinat ne répugna même pas comme moyen • tout tut découvert. La raison d'état fit taire le cœur du monarque, qui envoya les coupables par devant le pariement. Condamnés à la peine des traîtres, ils furent sauvés par 1 intercession d'Henriette, qui, toutefois, dut céder la place à Jacqueline de Beuil.

Le règne glorieu.x de Henri le Grand se divise en deux parties égales : dans la première, il gagne son royaume à la pointe de lepee; dans la seconde, il rétablit l'équilibre et la prospérité dans les affaires. Nous avons vu ses efforts de bravoure, comme aussi nous avons signalé ceux de son administration sage et bienfaisante. Cette dernière période de son règne est, à vrai dire, une des plus illustres dans les annales de 1 économie politique.

Depuis longtemps Henri s'occupait avec Sully des moyens dassurcr la tranciuiUité et l'indépendance générale des états de la chrétienté. Son but était d'attaquer la maison d Autriche en Allemagne et en Espagne, de lui enlever une grande partie de ses provinces, de faire un nouveau partage de 1 Europe et d'établir sur cette base une paix universelle et durable, garantie par la fédération de tous les états europeens. La première partie de ce vaste projet reposait sur des fondements solides, et était conforme aux maximes

d'une saine politique. Les deux branches de la maison d'Autriche s'étaient rapprochées et formaient des projets dangereux pour la liberté politique ou religieuse des autres étals. Leurs forces réunies étaient redoutables. Henri se proposait de combattre et d'humilier cette maison orgueilleuse, de venger les anciennes injures de la France, de prévenir de nouvelles attaques et de fixer l'équilibre de l'Europe. L'Angleterre, la Hollande, la république de Venise, les princes protestants d'Allemagne lui avaient promis de concourir à l'accomplissement de ses grands desseins. Vainqueur de l'Espagne et de l'Autriche, il prétendait, de concert avec ses alliés, établir une sorte de constitution européenne, propre à faire régner une paix perpétuelle.

A côté de cette grande utopi(î, faut-il placer un chapitre de roman? faut-il dire, avec la chronique scandaleuse, qu'Henri n'allait prendre les armes que pour reconquérir la fille du connétable de Montmorenci? Ce qu'on appelle la gaillardise de Henri, de ce vert galant, de ce diable à quatre l'eût mené loin. Le prince de Condé mit la vertu de sa femme sous la protection des Espagnols. On excuse tout par une phrase absurde, le roi n'était pas complice des faiblesses de l'homme. Qu'est-ce que l'homme moins sa qualité de roi? devant qui fuyait le premier prince du sang? assez et trop sur ce sujet ; revenons à la question générale.

Tout était prêt pour l'expédition projetée. Les magasins étaient remplis de munitions, cent mille hommes étaient sous les armes. Le roi lui-même voulait commander l'armée destinée à attaquer les Pays-Bas ; celle qui était dirigée contre l'Italie devait marcher sous les ordres de Lesdiguières. Quarante millions amassés par Sully facilitaient l'entrée en campagne. La succession litigieuse des États de Clèves et de Juliers devait servir de prétexte aux mouvements de l'armée française.

Marie sera régente. Elle n'était point sacrée; la cérémo-

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