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Dès le commencement, Richelieu se mit à dos le premier pnnce du sang, Gaston d'Orléans, en voulant le marier à mademoiselle de Montpensier qu'il n'aimait pas. D'Ornano, son gouverneur, se donna beaucoup de mal pour traverser les projets du ministre, qui le jeta à la Bastille. Le comte de Chalais, voulant à tout prix renverser Richelieu, tente de le faire assassiner. Le coup manque ; le cardinal fait du dévouement et demande une retraite qu'il sait qu'on ne lui accordera pas. Louis XIII donne pleins pouvoirs à son cher ministre^ qui commence à effectuer son système de vengeance contre la noblesse. Chalais est jugé et condamné à mort, non, comme la légalité l'ordonne, parle parlement, mais par une commission d'hommes tout à Richelieu.
L'arrêt de la chambre criminelle, rendu après cinq jours d'examen, le déclara coupable de lèse-majesté, « en répart ration duquel crime il était condamné à subir la torture « pour révélation de ses complices, puis à avoir la tête « tranchée sur un échafaud, pour être ensuite cette tête « mise sur une pique, le corps coupé en quatre quartiers ff et attaché à pareil nombre de potences, tous les biens « du condamné demeurant confisqués, ses maisons et bois « abattus, sa postérité déclarée ignoble et roturière. » Le roi, sollicité par la mère du coupable avec des paroles nobles et touchantes, crut faire acte de clémence en retranchant de cette condamnation ce qu'elle avait de flétrissant et d'inutilement atroce ; on n'y laissa que la question et la mort. Mais le hasard rendit encore horrible cette exécution. Les amis du comte avaient fait évader le bourreau. Un criminel, qui allait bientôt être pendu, offrit de racheter sa vie en remplissant cet office. On livra le comte de Chalais à ses mains inhabiles. Ce ne fut qu'après trentre-quatre coups d'une mauvaise épée et d'un instrument de tonnelier, que la tête fut séparée du tronc ; au vingtième coup, l'infortuné jeune homme se plaignait encore. Tout ce que
la pitié put inspirer au roi,, et la reconnaissance à son frère, fut de quitter la ville l'un et l'autre pendant cet affreux supplice (Bazin).
Effrayé du châtiment de ses amis, Gaston se hâte de conclure son mariage avec la duchesse de Montpensier (1625); et, dès ce moment, la puissance du cardinal ne fait que s'accroître. Il agit de telle sorte auprès du faible monarque qu'il régente, que celui-ci lui donne une garde de mousquetaires pour sa propre sûreté. A la suite de l'exécution de Chalais, il fait de la légalité, joue la clémence et la pitié, assemble des notables qu'il sait être ses créatures, demande des lois d'indulgence pour les traîtres futurs ; et li^s membres de cette assemblée, qui ont le mot, se gardent bien de les sanctionner et enchérissent au contraire sur les désirs secrets de Richelieu (1626-27).
A son arrivée au ministère, l'évêque de Luçon, ambitieux d'affermir son autorité naissante, et ne pouvant y parvenir qu'en faisant la paix avec les huguenots, n'avait pas craint de scandaliser, selon son expression, les catholiques de France, le pape et le roi d'Espagne, en traitant avec eux. Mais, loin d'abandonner les projets du gouvernement qui avaient déjà reçu un commencement d'exécution, Richelieu, pressé d'en finir avec la réforme, qui entravait en France l'unité monarchique, méditait lentement un grand coup. Un jour, le cardinal partit de Paris avec l'approbation royale ; l'armée se rassembla en toute hâte, et La Rochelle fut entourée.
Quelque temps auparavant, l'Angleterre avait fait mine d'intervenir pacifiquement entre les deux partis religionnaires. Ici Buckingham reparaît; Vamiral espère venger les injures de V ambassadeur; c'est lui qui entraîne son gouvernement dans une intervention armée en faveur des calvinistes. A cette nouvelle, Richelieu rassemble une puissante flotte. En vain les Anglais volent au secours de La
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Rochelle, en tâchant de s'emparer de Tile de Rhé. Buckingham, repoussé honteusement, veut, à ses propres frais, courir sus derechef aux vaisseaux du cardinal; il tombe sous le couteau d'un assassin en mettant à la voile. Pendant ce temps, Richelieu jetait au travers des îlots de l'Océan cette prodigieuse digue dont on voit encore quelques débris. Les Rochellois, affamés par un siège désastreux, voulaient continuer à se défendre, quand des propositions du roi les décidèrent à se rendre. Richelieu démanlehi leur ville, et leur laissa pour toute consolation la liberté de leur culte (1G28).
De La Rochelle, les armées du roi courent en Italie pour empêcher la maison d'Autriche de s'emparer du duché de Mantoue, dont une des princesses était recherchée par Gaston, devenu veuf. Le duc de Nevers, à la mort de Vincent de Gonzaij^ue, demeurait son seul héritier. Mais l'Espagne, le pape et la Savoie, étaient ioin d'accéder à cette légitime succession. Les duchés de Montferrat et de Mantoue se trouvaient fort à leur bienséance, et, si la France ne venait en aide au duc de Nevers, c'en était fait de son héritage.
Malgré l'opposition du conseil royal tout entier, Richelieu entraîna le roi dans cette expédition, en l'enivrant d'espérances de gloire. Louis XIII part pour l'Italie à la tète de vingt-cinq mille hommes, et ayant pour lieutenants, Toiras, Créqui, Bassompierre et Schomberg (1629^ Richelieu l'avait précédé pour préparer les voies. Arrivée au pied des Alpes, l'armée française eut à forcer le pas de Suze, attendu le refus du duc de Savoie de laisser libre passage. En même temps qîîe le roi attaquait rudement et allait faire lever le siège de Casai aux Espagnols, son ministre travaillait de son côté, et amenait le duc de Savoie à traiter avec la France. La paix fut signée à Suze entre la Savoie, l'Angleterre, l'Espagne et la France. Après sa conclusion, Louis repasse les Alpes, tombe sur les derniers
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débris calvinistes retranchés dans les gorges des Cévennes, et force les chefs influents qui se soutiennent encore à se réconcilier avec la couronne par le traité d'Alais (1629, 27 juin).
Pondant que les princes et Richelieu étaient occupés dans le midi, Marie de Médicis travaillait activement à abattre le colosse qu'elle avait élevé de sa projire main ; elle haïssait le cardinal qui l'avait méconnue. Car le ministre, depuis qu'il était maître en France, s'était peu inquiété des murmures et des grcnderies féminines de la reine du Luxembourg, comme de celle des Tuileries. Mais, des plaintes et des mots, Médicis en vint à une guerre ouverte ; à l'entendre, Richelieu devait être dépouillé de toutes ses charges, lui qui ne craignait pas d'indisposer un fils contre sa mère, contre son frère ; lui, encore homme de rien tout à l'heure.
Richelieu dissimula et ajourna de terribles vengeances : la France reportait ses armes en Italie. Les Espagnols, sous la conduite du célèbre Ambroise Spinola, venaient de bloquer de nouveau Casai; une armée d'impériaux accourait se joindre à eux ; le duc de Savoie prétendait encore refuser le passage ; aussitôt les Français s'avancent ; Schomberg, Toiras les commandent; Pignerol est emporté. A cette nouvelle, le pape députe au roi le jeune Mazarin pour ouvrir des négociations. Toutefois la guerre se continue en Piémont, en Montferrat. Toiras, réduit aux dernières extrémités, se voit tout à coup délivré de ses ennemis par le rappel des troupes allemandes au secours de leur empereur; l'illustre Gustave Adolphe allait se trouver en présence des Tilly et des Waldstein, les grands vainqueurs du protestantisme.
L'empereur se hâta donc d'accéder à un accommodement déjà proposé par Jules Mazarin. Il fut signé à Ratisbonne (1630); le duc de Nevers était investi du duché de Mantoue et
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de Montferrat, à l'exception de quelques districts. La France s'obligeait de son côté à restituer ses conquêtes sur Amédée, et à ne former aucune alliance avec les ennemis de la maison d'Autriche.
Ce traité, destiné à subir tant d'interprétations, y fut soumis dès sa naissance. Aussitôt qu'il fut connu aux armées, le maréchal de Schomberg refusa de s'y conformer, sous le prétexte que les délais lixés à la retraite des ennemis obligeaient les Français à prolonger d'autant leur séjour en Italie, et à s'y voir exposés aux incommodités de la faim, aux maladies et aux rigueurs de l'hiver. Il fit proposer aux Espagnols l'évacuation commune des pays contestés, et leur remise immédiate au duc de Mantoue. Le négociateur était Jules Mazarin, si fameux depuis, et qui alors, sans autre titre que celui d'attaché à la légation du nonce Pancirol, qu'Urbain VIII avait chargé de procurer la paix dans ces contrées, ne cessait de se porter d'une armée à l'autre pour rapprocher les chefs et prévenir l'effusion du sang de tant de braves. Au refus du marquis de Sainte-Croix, qui remplaçait Spinola, mort depuis la convention de Casai, Schomberg, que le maréchal de Marillac venait enfin de rejoindre, donna ordre d'avancer sur les retranchements espagnols. Les Français n'en étaient plus qu'à six cents pas, et déjà les enfants perdus en étaient aux mains, lorsque l'infatigable Mazarin, après avoir enfin déterminé Sainte-Croix à céder, sortit tout à coup des retranchements espagnols, et, le chapeau à la main, bravant le péril et les balles qui sifflaient autour de lui, s'écria de toute sa force : Lai^aix, la paix!— Point Je paix, point de Mazarin, répondaient les soldats français, excités par leur ardeur martiale. Mais le général, plus prudent, fit faire halte. Les chefs s'avancent des deux parts entre les deux armées, ils s'embrassent, et Mazarin leur fait signer l'accord désiré par Schomberg. Il s'exécuta dès le lendemain : la majeure
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partie des Français rentra en France ; le reste demeura en Piémont sous Toiras, qui fut fait maréchal de France, ainsi que le duc de Monlmorenci.
Les Français se retirèrent à regret, mais Richelieu avait hâte de venir imposer un terme aux sourdes menées qu'on ourdissait contre lui.
Les deux reines, en effet, Gaston d'Orléans, les Marillac, toutes leurs créatures, complotaient la perte du cardinal, en tout espoir de réussite. Toute la cour avait hâte de voir congédier la robe rouge, comme on l'appelait. Pour surcroît, Louis XIII tombe dangereusement malade à Lyon. Toute sa famille le circonvient habUement ; le moribond promet la ruine de son ministre ; on n'attend plus que son dernier soupir pour en finir avec Richelieu. Le cardinal se résigne déjà, et presse ses derniers apprêts de fuite, quand le roi entre inopinément en convalescence. Peu à peu il reprend ses forces et retourne aux Tuileries. Médicis, Anne et les autres, attendaient tranquillement les effets des promesses du malade; mais Richelieu avait déjà conjuré l'orage. Ennuyé des retards, la reine-mère fait un éclat dans un entrelien au Luxembourg avec son fils, qui s'était rendu auprès d'elle pour lui montrer le peu de fondement de ses craintes, à l'égard du cardinal ministre. Louis XIII s'en va courroucé du Luxembourg ; courtisans et hommes d'état ne doutent plus de la complète disgrâce de Richelieu qui se voit abandonné de tous. Le lendemain celui-ci se rend auprès du roi, et sort plus puissant que jamais de cet entretien. Princes et reines, courtisans et ministres, ne savaient que penser d'un tel revirement de faveur. C'était la journée des dupes (1050).
Dès lors, Richelieu, ministre, prêtre, guerner, législateur, financier à sa manière, et par dessus tout homme du despotisme, qui ne se peut consolider que par la ruine de toute féodalité encore subsistante, Richelieu absorbe II. 13
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tous les pouvoirs au profil de la royauté, sinon du roi. La reine-mère veut entraver ses actes dans le gouvernement : il forcera son fils à la jeter hors du royaume ; Gaston d'Orléans jalouse sa puissance, et le fatigue de ses tracasseries mesquines, il lui fera rejoindre l'exilée de Bruxelles; de hauts personnages , ducs et pairs, veulent raviver les querelles des proscrits : le bourreau viendra en aide aux commissions impitoyables nommées par le ministre luimême. Dans un discours admirable d'adresse et de précautions oratoires, Richelieu proposa en conseil royal la disgrâce de Marie de Médicis. Il sortit victorieux de la discussion, et la reine-mèrQ, pour éviter de plus grands malheurs que la captivité où elle était déjà réduite, se sauva en Flandre. Au lieu de l'arrêter, comme cela était facile, Richelieu favorisa sa fuite, et parvint en même temps, et par les mêmes moyens, à expulser le duc d'Orléans
Aussitôt après le départ de la mère et du fils , les Marillac , nobles seigneurs inébranlablement attachés à leur protectrice , sont arrêtés ; le maréchal est jugé et exécuté en place de Grève (1 632) ; son frère meurt de chagrin et de misère en prison. Cependant il s'organisait à Bruxelles une petite cour, qui avait de puissants correspondants, entre autres le duc deMontmorenci. C'était peu de correspondre, il fallait agir; le bouillant Gaston n'aspirait qu'à une invasion. Mon tmorenci promet une puissante diversion dans le midi; le malheureux se ruait comme malgré lui à sa perte : il n'osait résister à l'héritier présomptif de la couronne , qui en appelait à sa loyauté des injustes traitements du cardinal. Le duc d'Orléans franchit les frontières à la tête d'un ramas de bandits , de mercenaires déserteurs , et traversa ainsi la France jusqu'à Castelnaudary. Le ministre l'avait laissé passer tranquillement pour le mieux tenir en sa puissance et étouffer toute la rébellion d'un seul coup.
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Montmorenci, ayant opéré sa jonction avec le duc, livra combat à l'armée royale, fut battu et fait prisonnier (1632). Pour Gaston , il fut facile de le réduire au silence et à l'inaction , en lui accordant sa rentrée définitive dans le royaume ; il abandonna sans remords tous ses complices dans leur adversité présente ; et Montmorenci alla à son tour, comme Marillac, expier sur l'échafaud la peine de sa trahison. Bien que les deux frères se fussent réconciliés, des émissaires de Bruxelles entraînèrent encore Gaston , qui retourna pour quelque temps auprès de sa mère. Mais nous le verrons revenir bientôt prendre sa part des amusements que Richelieu prodiguait à la cour de Louis XIII, pour qu'on le laissât tranquillement s'occuper du reste. Après Montmorenci , ce fut le tour des personnages de second plan ; une foule de seigneurs et d'officiers de l'armée eurent à payer de leur vie ou de leur liberté cette fantaisie de Gaston (1632).
Les deux années qui suivent '1633-34), sont employées par le cardinal à déjouer les intrigues de la reine-mère, qui ne désire rien tant, vu son dénûment et sa misère croissante, que de rentrer en France. Le duc d'Orléans, en passant par la Lorraine , s'était marié à une sœur du duc Charles; il ne rêvait qu'aventures galantes; Vétourdi oubliait que sa femme lui avait laissé une fille en mourant , et lui avait recommandé de se consacrer à son éducation ; ce devait être lajameuse mademoiselle de Montpensier. Richelieu, à qui ce nouveau mariage ne plaisait nullement, le fit casser par arrêt du parlement et envahit la Lorraine pour punir le duc de ses connivences avec les princes exilés. Le roi assiégeait Nanci en personne, quand, réduit à l'extrémité, Charles traita de sa reddition, et abdiqua le duché en faveur de son frère. Gaston, comme oh s'y attendait, ne se fit pas trop prier pour revenir en France ; seé favoris d'ailleurs, gagnés par le cardinal, lui firent prendre toutes les résolutions que le ministre voulut.
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Au reste, les tracasseries que la famille royale, Louis XUl compris, faisait endurer à Richelieu, ne détournèrent pas sa vue des grandes questions d'intérêts généraux , et le commerce, qui avait déjà sérieusement attiré sa sollicitude, sortit de ses habitudes routinières ; la route des contrées lointaines lui est ouverte ; l'œuvre coloniale, encore à peine abordée, marche vers d'inestimables accroissements. C'est à Richelieu qu'on doit nos divers établissements aux Antilles, et, dix années plus tard, à la veille de sa mort, la compagnie des Indes fut établie sous ses auspices.
Cependant, voici que Richelieu arrive véritablement à l'époque guerrière de sa domination, et entraine Louis XIII dans une lutte avec la double maison d'Autriche, lutte dont le résultat devait être si utile et si glorieux pour la France. Convaincu de cette idée, qu'en occupant ses ennemis chez eux, on est sur d'être à l'abri de leurs attaques , Richelieu s'était entendu secrètement avec Gustave de Suède pour fomenter la guerre aussi longtemps que possible; un traité de subsides avait même été conclu, quand, après plusieurs victoires célèbres, le vainqueur de Ferdinand fut enseveli dans son dernier triomphe à Lutzen. AValdstein, rentré en grâce, accable à plusieurs reprises les protestants qui sont écrasés après sa mort, à Nordlingue, à la fin de 1634. Mais la guerre n'a fait que changer de théâtre, et c'est Richelieu qui embrasse la cause de la réforme , lui , le cardinal de l'église de Rome ! Au même moment il instituait la Compagnie des quarante de l'Académie française, et faisait représenter la tragi-comédie de Mirame (1635).
Les hostilités commencèrent sur trois points différents , dans les Pays-Ras, en Italie et aux bords du Rhin. La première campagne s'ouvrit d'une manière brillante. A Avein, le champ de bataille demeura aux Français commandés par le maréchal de Chàtillon, qui se dirigeait sur Maëstrichl. Un autre guerrier-cardinal, Lavalelte , ne fut pas si heu-
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reux dans son invasion au-delà du Rhin. La disette et les rigueui-s de l'hiver le forcèrent à une pénible retraite , où se montra glorieusement le jeune vicomte de Turenne , qui devait figurer dans bien d'autres actions plus éclatantes. Louis XIII alla lui-même s'opposer au duc de Lorraine qui menaçait de passer en France. En Italie , les maréchaux de Créqui et de Toiras tenaient tête au duc de Savoie, aux Espagnols et aux impériaux , que le premier battait à la journée du Tésin (1656). Toiras avait péri quelques jours auparavant à la prise du fort Fontanetta. Richelieu s'imaginait avoir inspiré l'effroi aux deux maisons d'Autriche , par son invasion du Rhin aux Alpes , quand tout à coup, lors d'un instant de repos pendant l'hiver, l'infant-cardinal tombe sur le territoire, et ne s'arrête qu'aux confins de l'Ile-de-France. Grande fut l'épouvante dans la capitale ; il n'y avait qu'un cri contre le ministre , qui fut un moment déconcerté: il faillit résigner le pouvoir, mais l'ambition l'emporta, et d'ailleurs les ennemis ne savaient pas profiter de leurs premiers avantages; une armée assez peu aguerrie suttit pour les forcer à repasser la Meuse. A la cour, les adversaires de Richelieu avaient cru à sa retraite prochaine, attendu son imprévoyance dans les derniers temps; mais voyant qu'il restait en pied, ils ourdirent un complot auquel Gaston d'Orléans prit part. On devait assassiner le cardinal au sortir d'un conseil ; tout était prêt sans que rien eût transpiré de la conjuration , quand l'incertitude de Gaston la fit échouer. Le cardinal n'avait jamais couru un si grand danger à son insu.
Cependant les Espagnols , les impériaux et les soldats de Charles de Lorraine entreprirent de faire une nouvelle irruption et furent repoussés partout. On apprit alors la mort de l'empereur Ferdinand II , auquel succéda son fils du même nom (1637). Le nouvel empereur donna quelque répit aux protestants de l'Allemagne. Les Français profi:»
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tèrenl de cette trêve pour faire rentrer le Languedoc et les îles méditerranéennes dans le devoir (1637). Un mot maintenant sur l'intérieur du prince qui donne son nom au règne de Richelieu.
Depuis vingt ans que Louis XIII était marié avec Anne d'Autriche, aucun rejeton n'était issu de cette alliance. Le ministre avait si bien fait, que l'époux et l'épouse traitaient d'étranger à étranger, parfois même d'ennemi à ennemi. Le roi avait tâché de transporter ses affections ailleurs ; mais mademoiselle de Hautefort avait fait ombrage au cardinal qui l'avait disgraciée. En ce moment, mademoiselle de Lafayette était la maîtresse innocente du monarque , douce et sainte fille , que la reine Anne chérissait aussi pour ses bons conseils au roi. Richelieu craignait l'ascendant de mademoiselle de Lafayette sur Louis XIII; il travailla à son discrédit, et elle se retira humble et résignée dans un cloître. MaisLouisn'en continua pas moins à la visiter, et à la visiter souvent ; il puisait dans ses entretiens au parioir de graves leçons et de lumineux éclaircissements sur les intrigues passées. La religieuse n'avait plus qu'une seule pensée, celle de réconcilier le roi et son épouse. Elle y parvint, non sans de grandes récriminations de la part du roi, et Louis XIV naquit dans l'année 1638.
Sur ces entrefaites, des hostilités partielles avaient recommencé dans la Valteline et au pied des Pyrénées. Les Français avaient levé le siège de Fontarabie, et avaient été contraints de s'embarquer pour échapper à l'amiral de Castille. Afin d'augmenter les ressources en Italie, Richelieu renoua plus étroitement les liens qui unissaient déjà la Savoie à la France, et se vit en état de continuer vigoureusement la guerre. Le principal agent dans cette affaire et dans bien d'autres encore, le père Joseph, mourut peu de temps après Véminence grise, comme on appelait l'habile et astucieux subalterne de Véminence rouge, aurait peut-être
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pu parvenir dans la suite à supplanter son maître ! Quelques historiens affirment que Richelieu ne fut rien moins qu'étranger à cette mort presque subite.
Une autre mort, celle du duc de Lavalette , général de l'armée du Piémont, suivit de près. Le cardinal n'avait pas oublié que Lavalette n'avait pas été étranger à l'accomplissement du complot d'Amiens; il attendait l'occasion de se venger, et elle se présenta dans un échec peu important qu'éprouva Condé par l'abandon où Lavalette l'avait laissé. Aussitôt Richelieu s'emporte en plein conseil royal contre le général qui , dit-il , trahit son pays : le roi cède aux instigations de son minisire, et Lavalette est arrêté, jugé et condamné à mort pour crime de trahison et de lèsemajesté.
Le comte d'Harcourt alla le remplacer dans l'expédition d'Italie. L'armée française marcha sur le ventre de plusieurs divisions espagnoles, prit Carmagnole et Carignan, où elle séjourna tout l'hiver, après quoi elle s'avança vers Turin qui, malgré ses efforts pour repousser les assiégeants, tomba aux mains du comte d'Harcourt ^1639). Au nord, les généraux français n'avaient pas moins de succès qu'au midi. Le marquis de la Meilleraie emportait Hesdin d'assaut, et recevait du roi le bâton de maréchal sur la brèche ; et si Piccolomini repoussait de Feuquières avec perte, et tuait ce général à la tête de ses troupes, au siège de Thionville , la prise d'Arras compensait glorieusement ce revers d'un instant (1640). C'était sous les murs de cette dernière place que le duc d'Enghien, plus tard le grand Conié, faisait ses premières armes , comme Turenne continuait les siennes en Italie. En même temps une insurrection en Catalogne contre d'Olivarès, en Portugal contre la maison d'Autriche, forçait l'Espagne à réprimer cette nouvelle diversion toute en faveur de la France. Celle-ci se hâta de venir en aide aux Catalans qui , sous le commandement de Lamothe-
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Houdaucourl et de ses cavalière, délirent les Espagnols sous le canon même de Barcelone. Richelieu envoya encore de nouveaux secoure avec la promesse de la présence prochaine de LOUIS XIU dans le Roussillon. Il revenait à peine de Flandre ou La Meilleraie guerroyait contre les Espagnols de telle façon qu'il leur enlevait La Bassée, Lensl L paume ,lti41). En même temps, le duc Charles de Lorraine faisait délmitivement sa soumission, et donnait toutes les garanties exigibles de sa fidélité.
Restait encore un puissant personnage dont l'altière inimitié contre le cardinal ne craignait pas de se produire au grand jour; c était le comte de Soissons. Retiré à Sedan seul d entre fous les nobles, il ne fléchissait pas sous là domniation de Richelieu. Le ministre résolut de soumette ce dernier prince du sang encore en révolte contre son administration, ou de le perdre sans ressource. Aussi bien ^ santé du roi faiblissai.-elle chaque jour ; R.chlwSî rait la régence en cas de minorité, et le comle de Soissons était le seul dont les talents militaires pussent lemportêî sur 1 incapacité de tous les membres de la famille rovale
Loui^Î. /"' f""'" '""' '""'• "*"«'- ''-entS de ~H « ■ ""' '""'' ^"' dirigée pour s'emparer du comte de Soissons. Sa réputation de valeur chevaleresque attira autour de lui tous ceux qui . comme lui. baissaient de toute la force de leur âme la redoutable éminence e œrtes le nombre en fut grand. Cbàtillon, forcé dexécùter les ordres du cardinal, s'avança contre ses advereaires qui sous la conduite du comte, étaient sortis de Sedan pour ivrer bataille. Elle fut glorieuse pour Soissons, qui miUes troupes royales en fuite dans la plaine de La Marfée. Mais I mtortuné ne put jouir de son triomphe; à la fin de l'ac lion 11 périt, selon quelques historiens, victime de son imprudence en relevant la visière de son casque avec le canon d un pistolet chargé, dont la balle lui traverea le front
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D'autres disent qu'on vit un cavalier passer bride abattue devant lui, et lui casser le crâne d'un coup d'arquebuse. Le cardinal prit à lâche d'accréditer la première.assertion (1 641 ) . Sedan ouvrit ses portes.
Voici que nous louchons à une année fertile en graves événements, la mort du grand ministre, celle du roi, qui la suit de près, et enfin celle de la reine-mère. Ajoutons le drame où Richelieu, jouant un rôle passif, faillit descendre des marches du trône avant de descendre au tombeau. La conjuration de Cinq-Mars, avec l'expédition du Midi pour complément, voila l'histoire de cette dernière année du règne de Louis XIIl et de Richelieu.
Le ministre en saisissant, sans partager avec son maître, les rênes de l'État, avait remarqué qu'il était nécessaire de donner au désœuvrement du prince un jouet dont toutefois il n'eût rien à redouter ; et il était d'autant plus opportun de remplir ce vide, que lui-même avait en quelque sorte isolé Louis XIIl, en semant la haine au milieu de toute la famille royale par ses habiles menées. Mademoiselle d'Haulefort, puis mademoiselle de Lafayelle, et dans les derniers temps, Saint-Simon avaient tour à lour concouru à désennuyer le roi. Vint enfin Cinq-Mars, marquis d'Effiat, auquel le roi donna toute son amitié, comme Richelieu lui avait donné toute sa confiance. Les deux protecteurs s'inclinaient sensiblement vers le tombeau, et devenaient par là, l'un plus exigeant dans ses caprices, l'autre plus méfiant dans les affaires. Et pourtant Cinq-Mars, malgré les conseils de son ami de Thou, le fils de l'historien, se crut assez de crédit pour s'attaquer à la toute-puissance du cardinal. L'entreprise était difficile, et, on le sait de reste, périlleuse ; faire crouler un édifice consolidé par plus de quinze années de souveraine autorité sur le royaume ! L'œuvre du jeune homme arriva néanmoins à la veille de son entière consommation. Quoique Richelieu se fût rendu
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l'homme nécessaire, le roi, soumis à sa parole imnérion^. redoutant les éclats de son courroux, eSraSeZ* deur qu-,I mettait dans ses entreliens pour manifeer son mécontentement, le haïssait d'au.ant plus qT.ïavâ , „ us
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de Marie de Médicis, qui, traînant sa misère de Bruxelles à Londres, de Londres en Flandre, vint la finir à Cologne. Lui-même s'aperçut qu'il n'avait plus que quelques instants à vivre. 11 s'y résigna avec patience, et s'éteignit au milieu de la foule de ses courtisans, qui s'écoula vilement et laissa désert le Palais-Cardinal, dès que Hichelieu eut rendu le dernier soupir (1642). Qu'il nous suffise pour toute réflexion, de dire avec Louis XHI en apprenant la fin de son ministre : Cest un grand politique de moins*.
Cette mort fut un grand événement pour le monde ; tout le système présent devait tomber et s'écrouler de fond en comble. Un autre événement ajouta encore à la complication des affaires : le roi de France suivit son ministre au tombeau au bout de quelques mois (1643), et pour lui on ne put que dire : Cest un faible roi de moins,
« « Les chirurgfens qui firent rouverlure de la téte de son émînence, la jugèrent un miracle de nature ; tous les organes de l'enlendemenls'y trouvaient doublés, triplés. »
{Bêlation adressée au marquis de Fontenay-Mareuil.)