CHAPITRE XHI
ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE ET CONVEÎVTIOIV NATIONALE JUSQU'A LA MOHT DE LOUIS XVL
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L'assemblée législative ouvrit ses séances (l"" octobre 1791 ) par une cérémonie empreinte d'une certaine ostentation, et qui tendait à s'inspirer des grandes solennités antiques ; les douze membres les plus âgés allèrent chercher l'acte constitutionnel, et toute la salle debout, la tête découverte, prêta le serment de la maintenir. Leséleclions nouvelles avaient toutes eu lieu dans le sens de la révolution ; la noblesse, la cour, le clergé n'étaient plus représentés par personne ; les constitutionnels sincères, parmi lesquels on comptait Dumas, Vaublanc, Beugnot, etc. , n'avaient même pas pour eux l'autorité du nombre; ils s'entendaient au dehors avec le club des Feuillants, avec Lafayette et avec le triumvirat de Barnave, Lameth et Duport, qui aidaient le roi de leurs conseils. A gauche siégeaient les orateurs i)at>sionnés de la Gironde, qui formèrent pha-
HISTOIAK DE FRANCE.
lange, et rallièrent autour d'eux les esprits les plus ardents, Vergniaud, Guadet, Gensonné, Fsnard, Brissot, Condorcet, Pétion, et plus loin, du même côté, s'étaient assis les révolutionnaires les plus emportés, Merlin, Chabot, , Bazire, qui apportaient à la tribune les résolutions du club des Jacobins, dont Robespierre était l'àme, et parfois même celles du club des Cordeliers, plus violent encore, où dominaient Danton, Fabre d'Églanline, et Camille Desmoulins. La situation dans laquelle l'assemblée législative trouvait les affaires, était difficile et compliquée. A l'extérieur, les puissances avaient suspendu leurs dissentiments communs, et tenaient leurs regards fixés sur les événements de France ; la déclaration de Pilnitz laissait entrevoir des mesures plus décisives ; les émigrés, dont le chiffre s'accroissait tous les jours, avaient vu sur toute la frontière du Rhin, les portes s'ouvrir avec empressement devant eux, et les petits princes allemands sur l'autre rive leur avaient accordé une hospitalité menaçante ; le prince de Condé et le duc de Bourbon, avaient protesté, à la face de l'Europe, contre l'acceptation de l'acte constitutionnel par Louis XVI ; on formait des régiments de gentilshommes à Coblentz et à Worms ; on envoyait des quenouilles aux indifférents qui tardaient à quitter le sol du pays, on leur montrait en perspective la perte de leurs titres de noblesse au jour du triomphe, s'ils ne rejoignaient pas. Au dedans, les déclamations du clergé contre la constitution civile, avaient porté leurs fruits; les prêtres constitutionnels, surnommés les intrus, étaient mis au ban des populations ; les sacrements administrés par eux devenaient un odieux sacrilège; le mariage béni par eux n'avait aucune validité; les officiers, municipaux qui présidaient à leur installation, étaient considérés comme surpris en flagrant délit d'apostasie. Ces écrits fanatiques avaient semé l'alarme dans les campagnes, et des séditions avaient éclaté dans le Cal-
ASSëMBLÉE LÉtiiSLATlVE.
vados, dans la Vendée, et dans le Gévaudan, où les classes naguère privilégiées avaient conservé, en dépit des progrès du dernier siècle , tout leur vieil empire seigneurial
L'assemblée qui n'était nullement disposée aux transactions, et qui, dès les premiers jours de son avènement, avait failli dépouiller le roi des titres de majesté et de sire, résolut de couper court à toutes c^s manœuvres. Sur la motion de l'un des plus hardis girondins, et malgré la résistance des constitutionnels, elle décréta le 30 octobre, que le frère aîné du roi, Louis-Stanislas Xavier, serait sommé de rentrer en France dans un délai de deux mois, et que s'il n'obéissait pas, il serait déchu de son droit à la régence. Le 9 novembre, elle déclara suspects de conjuration contre la patrie, les Français rassemblés au delà des frontières, et passibles de mort, s'ils étaient encore en état de rassemblement au 1"" janvier 1792 ; le 29, elle ordonna à tous les ecclésiastiques insermentés, de prêter le serment civique, sous peine de perdre leurs pensions ou traitements, et d'être réputés suspects de révolte, même d'être éloignés provisoirement de leur domicile, s'il y survenait des troubles pour causes religieuses, et d'être punis de deux ans de détention, s'ils avaient provoqué la désobéissance à la loi. La Constituante avait reculé devant ces moyens rigoureux; la Législative n'hésitait pas, mais Louis XVI intei-vint, et tout en sanctionnant le premier décret contre son frère, il apposa son veto sur les deux autres. Entre le roi et l'assemblée, il n'y avait eu qu'un moment de concorde et d'harmonie, le jour où il avait paru au milieu des représentants, vers le commencement d'octobre, et où il s'était écrié : « Les ennemis de notre « repos ne chercheront que trop à nous désunir ; mais que « l'amour de la patrie nous rallie, et que l'intérêt public « nous rende inséparables. » Depuis lors, sa conscience ti-
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