‹ Histoire de France [microform]Chapitre 8 sur 48 · MM · texte numérisé non relu

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lion les coalitions des citadins. Se soustraire àux prises ei tailles arbitraires des évèques, des chapitres et des abbés, c'était révolte contre les sacrés canons, c'était hérésie, ou peu s'en fallait. Ives, évèque de Chartres, l'oracle de l'église gallicane en ce temps-là, déclarait hautement, dans une lettre écrite de 1096 à 1099, que les clercs n'étaient point obligés â tenir les serments extorqués par les ligues tumultueuses des bourgeois. « Commune, dit dans ses mémoires l'abbé Guibert de Nogent, commune est un nouveau et très-méchant mot, et voici ce qu'on entend par ce mot : les hommes de chef (capite censi, gens soumis au cens), ne paient plus qu'une fois l'an, à leur seigneur, la redevance à laquelle ils sont assujettis; s'ils commettent quelque délit, ils en sont quittes pour une amende (pensio, une compensation) légalement fixée, et, quant aux autres levées d'argent qu'on a coutume d'iniliger aux serfs, ils en sont entièrement exempts. »lTnimp(M annuel et une jurisprudence régulière, au lieu d'exactions illimitées et de châtiments fiscaux, tel est, en effet, le but des coalitions bourgeoises ; les moyens d'atteindre ce but et de s'y maintenir, ce sont la possession des remparts de la ville, les barrières et les portes intérieures qui protègent chaque quartier, chaque rue, elle trésor commun, et la milice permanente, et les magistrats municipaux chargés de prévoir et de repousser le péril : les insignes de la commune sont le sceau républicain gardé dans la maison de ville pour sceller les actes municipaux, et la bannière aux armes de la ville, et surtout la tour des signaux, le beffroi, où les guetteurs veillent éternellement, et du haut duquel éclate la voix mugissante du romM(toc(/Mcsemgf, frappe signal), lorsqu'un danger menace la cité. » (Henri Martin.)

En même temps que les communes s'affranchissaient de la tyrannie féodale , le titre de roi de France commençait à devenir moins dérisoire, depuis qu'il avait de

l'écho quelque part, au fond de la Champagne, comme de la Flandre, partout où il y avait du peuple. Les nationalités partielles, enfantées par la féodalité, venaient de s'effacer un moment devant la grande nationalité française ; et le roi de Paris, qui représentait cette nationalité , pouvait dès-lors prévoir qu'il y avait de l'avenir pour lui , et que le cri de Montjoie-Saint-Denis pourrait bien quelque jour être poussé par une bouche normande ou gasconne.

En attendant, il grandissait à petit bruit , faisant de la suzeraineté de droite et de gauche, et mettant à profit le titre que ses anciens compagnons lui avaient laissé prendre parmégarde. Son protégé, Guillaume Cliton, avait été sacrifié de nouveau à la paix de 1125 : il trouva bientôt une occasion de le dédommager. Les Van-der-Straten, les plus riches négociants de la Flandre , avaient massacré dans l'église de Bruges leur duc Charles le Bon, qui, pour leur interdire l'odieux monopole du blé , s'était mis en guerre ouverte avec eux (1127); et la Hollande ainsi que l'Angleterre convoitaient ce riche héritage ^ Louis arrive avec Guillaume Cliton , qu'il proclame comte de Flandre , et joignant ses armes à celles des Flamands, qui veulent venger la mort de leur ancien maître, il force les Van-der- Straten dans leur dernier retranchement , l'église même où s'était commis le crime, et retourne en France laissant Guillaume en paisible possession de la Flandre. Le prince normand se croyant toujours au milieu des pacifiques populations de l'Ile-de-France et de l'Anjou, veut rançonner les riches bourgeois de Bruxelles et de Bruges. Mais ce n'étaient point là vilains taillables ni corvéables à merci. Les gens des métiers revêtent leurs haubergeons, et les chevaliers de Guillaume ne tiennent pas longtemps. En même temps les Flamands se nomment un autre comte dans la

' Charles le Bon ne laissait point d'enrants.

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personne de Tliierry li'Aisiice, qui vient les commander, et la mort de Cliton met bientôt fin à la guerre (1128).

Le règne de Louis le Gros semble épuisé d'événements militaires, les seuls presque dont nous ayons eu à nous occuper jusqu'ici, mais ce qui nous en reste à raconter a bien aussi son intérêt.

En 1150 la France vit arriver un pape qui, chassé de Rome par une ftiction rivale , venait lui demander une sanction que l'Italie n'avait pas voulu lui donner. Déjà grandissait le rôle de la France, et à l'ombre de cette grande unité religieuse que l'on nommait la chrétienté, l'unité européenne se formait. Innocent II est proclamé chef de la chrétienté dans le concile d'Etampes, par le clergé français ou plutôt par saint Bernard , son chef et son oracle, dont l'influence rappelait celle qu'avait exercée autrefois le grand llincmar. De toutes parts on se soumit aux décisions du concile d'Etampes. C'était la première fois qu'un acte dans lequel figurait le nom du roi de France avait du retentissement par-delà les étroites limites de ses domaines. Un trait singulier d'indépendance de la part d'un des grands vassaux se trouve là en même temps pour nous aider à mesurer le chemin qu'avait à faire la royauté. Toute l'Europe avait reconnu Innocent pour pape légitime; Henri lui-même d'abord favorable à Anaclet, s'était enfin rendu à la voix de saint Bernard, et le rival du pape choisi par les pères du concile d'Etampes n'avait plus de partisans que dans les Normands de Roger, qui s'était fait payer son obédience du titre de roi de Sicile, quand tout à coup le duc de Guienne s'avisa de se déclarer en sa faveur. Son schisme durait encore après un an et demi, et pour qu'il se rendit, il fallut que saint Bernard s'en mêlât. C'était trancher assez ouvertement du souverain, mais ce duc en avait au reste bien le droit. Maitre de la moitié du midi , son influence s'étendait sur toute la France d'au-delà de lu Loire, et môme

passait les Pyrénées. Pendant que Louis et Henri s'agitaient au milieu d'hostilités insignifiantes, le duc de Guienne menait des armées au roi d'Aragon, et livrait aux Sarrasins des batailles où les morts se comptaient par quinze mille (bataille de Cozenza, 1120). Anglais et Français n'avaient perdu que trois hommes à Brenneville.

Aussi fut-ce une grande joie à la petite cour de Louis le Gros, quand, un jour de l'année 1137, vnirent le trouver, à Bétisi, des ambassadeurs du duc Guillaume, qui, partant en pèlerinage pour Saint-Jacques-de-Compostelle , laissait ses biens à sa fille Éléonore, sous la condition d'épouser Louis, le fils du roi de France ; et en même temps les députés gascons annonçaient que leur duc était mort en chemin. Le jeune prince partit sur-le-champ pour aller chercher son épouse et prendre possession des domaines qu'elle lui apportait; mais avant qu'il fût de retour de son duché d'Aquitaine, il était roi de France. Les fatigues d'une vie toute de combats et d'expéditions avaient usé Louis le Gros avant l'âge ; puis la perte de son fils aîné Philippe *, jeune homme actif et vigoureux, qui ne lui avait laissé pour successeur qu'un enfant débile d'esprit et de corps, lui avait fait une blessure qui ne s'était pas fermée ; enfin cet embonpoint proverbial qu'il portait si bien dans la vigueur de l'âge, était devenu écrasant pour lui dans ses derniers temps, et les chaleurs de cette année l'emportèrent (1157). Il avait alors soixante ans.

1 Le 13 octobre de l'année 1130, Philippe, alors âgé de quinze ans, caracolait sur la Grève avec de jeunes seigneurs ; un pourceau, échappé de quelque rue voisine, vint se jeter entre les jambes de son cheval, qui s'abattit ; et le jeune prince emporté mourant expira dans la nuit. « Louis, dit le père Daniel , ne reprit quelque air Oe galté qu'aux clameurs joyeuses que poussa le peuple l'année suivante , quand Innocent oignit de la sainte-ampoule son second

lils Louis. »

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