‹ Histoire de France [microform], tirée de Ducoudray;Chapitre 15 sur 33 · JEANNE D ARC · texte numérisé non relu

JEANNE D ARC

Après un long et périlleux voyage à travers un pays occupé par les Anglais, Jeanne arriva à Chinon, équipée comme un guerrier, mais toujours simple et pure comme une jeune fille. Le roi, afin

5 de l'éprouver, se confondit dans la foule des seigneurs. Jeanne, bien qu'elle ne Veut jamais vu, alla droit à lui, s'agenouilla, lui promettant, s'il lui donnait une armée, de délivrer Orléans, puis de le mener lui-même à Reims recevoir la couronne.

Les évêques, les plus éminents docteurs interrogèrent cette fille des champs, qui les étonna par ses réponses : « Si c'est le plaisir de Dieu, lui disaiton. que les Anglais s'en aillent en leur pays, il n'est pas besoin de gens d'armes. — Les gens d'armes

15 batailleront, répondit-elle, et Dieu donnera la victoire.»

Jeanne put enfin, malgré les Anglais, entrer dans la ville d'Orléans avec quelques vaillants capitaines. Accueillie avec enthousiasme, elle réveillait partout

20 l'esprit de foi, de discipline, de patriotisme: tous ceux qui l'approchaient devenaient meilleurs et sinon plus braves, du moins plus confiants. Sans autre arme que son étendard, Jeanne marchait à la tête des combattants, et tous la suivaient. Les

25 Anglais, ne comprenant rien au courage indomptable de cette jeune fille, se troublaient, lâchaient pied ; les plus importantes bastilles qu'ils avaient élevées pour bloquer Orléans furent prises. Jeanne, blessée dans une attaque, fit aussitôt panser sa bles-

30 sure et reparut au milieu des combattants : « Tout est vôtre, criait-elle aux Français, tout est vôtre ! » La plus importante des bastilles qui commandait le pont de la Loire, fut enlevée. Les Anglais se

virent obligés (ral)andonner le siège le 8 mai 1429, date célèbre que les Orléanais reconnaissants fêtent encore aujourd'hui.

La fortune, dès ce moment, tourna. Le pays fut rapidement délivré. Les Français, toujours con- 5 duits par Jeanne d'Arc, reprirent les villes des bords de la Loire qui restaient aux Anglais, et gagnèrent sur eux la bataille de Patay (18 juin). Malgré tant de succès, les conseillers du roi hésitaient encore. Jeanne les entraîna au voyage de Reims, et 10 le 17 juillet Charles VU était sacré en grande pompe dans la cathédrale où se faisaient couronner ses prédécesseurs. Jeanne se tenait debout aux côtés du roi, son étendard à la main, et comme plus tard, dans son procès, on lui en faisait un reproche, 15 elle répondit avec une légitime fierté : « 11 avait été à la peine, il méritait bien d'être à l'honneur.»

Jeanne avait le pressentiment d'un malheur, mais elle n'en continuait pas moins de combattre, allant partout où on l'appelait, car sa présence valait une 20 armée.

En 1430 elle se jeta dans la ville de Compiègne, serrée de près par les troupes du duc de Bourgogne. Dans une sortie, il fallut battre en retraite. Elle resta, comme toujours, la dernière. Les défenseurs 25 de Compiègne, craignant de voir entrer les ennemis avec les fuyards, fermèrent trop tôt les barrières du pont. Jeanne demeura isolée avec quelques cavaliers et, accablée par le nombre, fut prise par l'écuyer d'un seigneur du parti bourguignon. 30

Vendue aux Anglais, Jeanne fut conduite à Rouen. Les Anglais lui firent son procès comme à une sorcière, à une hérétique; mais souvent la

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