JEANNE D ARC
sagesse de ses réponses déconcerta ses juges. Comme elle parlait des voix qui l'avaient inspirée, les juges lui demandèrent : « Sainte Catherine et sainte IMarguerite haïssent-elles les Anglais?-—
5 Elles aiment ce que Notre-Seigneur aime, et haïs- .sent ce qu'il hait. — Dieu hait-il les Anglais? — De l'amour ou de la haine que Dieu a pour les Anglais,
- je n'en sais rien: mais je sais bien qu'ils seront mis hors de France, sauf ceux qui périront.» Le pro-
10 ces n'avait rien prouvé, mais on fit signer à Jeanne, sous la menace d'être brûlée, une abjuration de ses prétendues erreurs, et on la condamna à la prison perpétuelle. Plus tard elle désavoua l'abjuration qu'on lui avait surprise et maintint la vérité de sa
15 mission. « Si je disais, répondit-elle, que Dieu ne m'a pas envoyée, je me damnerais; la vérité est que Dieu m'a envoyée.» Les juges d'Église alors l'abandonnèrent au bras séculier, c'est-à-dire à la justice civile, et le 30 mai (143O o" ^^ conduisit
20 au bûcher sur la place du Vieux-Marche.
Jeanne, qui n'avait encore que vingt ans, pleurait en disant: «O Rouen, dois-je donc mourir ici!» Elle demanda une croix : on lui en fit une avec un bâton, mais elle obtint qu'on lui apportât celle de
25 la paroisse voisine. Enfin, les Anglais s'impatientant, deux sergents la saisirent et la livrèrent au bourreau. Le feu fut allumé. Jeanne s'oublia pour ne penser qu'au frère Isambart qui l'exhortait toujours, et lui dit de descendre, mais de tenir haut
30 la croix, qu'elle ne voulait pas perdre de vue. Toute la foule pleurait. Quelques Anglais essayaient de rire. Un d'eux, des plus furieux, avait juré de mettre un fagot au bûcher ; Jeanne expirait
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LOUIS XI
au moment où il le jeta et îl s'évanouît : « J'aî vtï, disait-il hors de lui-même, j'ai vu de sa bouche s'envoler une colombe.» Un seigneur anglais disait tout haut en revenant: «Nous sommes perdus, nous avons brîdé une sainte.» S
Les Anglais redoutèrent Jeanne même après sa mort, et. de peur que ses cendres ne devinssent des reliques pour le peuple, ils les firent jeter dans la Seine. Mais l'impulsion était doimée; le pays, réveillé, repoussait partout l'étranger, et en 1453 les 10 Anglais avaient perdu toutes leurs conquêtes en I-'rance. Les malheurs de ces invasions avaient eu au moins pour résultat de faire naître chez tous les habitants de la France le sentiment de Tamour de la patrie. .5