‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 11 sur 50 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Sitoation de la France. — Mcavement des esprits. — Temps des grandes poliees, — Louis VII, dit le Jeune. — La France paisible. — Difficultés ecclésiastiques. — Guerre féodale. — Situation de Jérusalem. — Nouveaux mouvements de la Croisade. — Prédica* tion de saint Bernard . — Résistance de Suger à ce mouvement.— Aventures de la Croisade nouvelle. — Ruse de la politique grecque. — Courage du roi. -^ Les chrétiens à Antioche. — Soup* çons du roi sur la vertu de sa femme. — Départ pour Jérusalem. -«Malheurs de l'expédition. — Retour en France. — Sagesse de Suger. — Situation de l'Europe. —Nouveautés en France. — Le roi nourrit le ressentiment de l'injure de sa femme. — Divorce. — Éléonore épouse Henri, duc de Normandie. — Révélation de périls nouveaux. — Second mariage du roi. — La France est bloquée par les alliances de Henri. — Ruptures avec l'Angleterre. — Nouveaux traités. — Déchirements dans l'Église. — Henri fait des empiétements dans la Normandie. — Histoire de Thomas Becket, archevêque de Cantorbérv. — Louis médiateur. — La guerre éclate. — Nouvelle paix. — Assassinat de l'archevêque. — Politique incertaine de Louis. — Guerres sans gloire. — Bataille dans la Normandie. — Traité qui ôte à la France sa grande unité nationale."»- Le génie de la monarchie semble reparaître dans ces malheurs. — Philippe, Gis de Louis , espoir de l'avenir. — Pèlerinage de Louis à Cantorbéry. — Sa mort.

Louis le Gros laissait le douzième siècle engagé dans un grand mouvement de réformation politique. L*esprit humain était dans une sorte de fermentation, prélude de choses nouvelles. Les études florissaieut dans les universités. Le clergé se ravivait. Les monastères se repeuplaient. De grands noms brillaient dans fflglise. L'abbé Suger et saint Bernard dominaient les esprits par leur génie, Tun, homme d'État, Faulre, homme de clottre, et pourtant le cénobite plus matlre encore du monde que le ministre, tous les deux supérieurs par rintelligence et par la vertu; mais l'un distrait par les intérêts de la terre, Tautre ab-

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sorbfî par les intérêts du ciel. El, autour dVnx, d'aulros noms ne manquaient point d^éclat. Dès le règne de Philippe I**, Fesprit humain avait pris un grand essor. Les disputes des écoles, que nous jugeons vaines dans notre siècle, parce qu^elles ne ressemblent pointa nos disputes, plus vaines peut-être, avaient donné une extrême activité aux intelligences. Les Réalistes et les Nominaux occupaient la philosophie, et, dans cette lutte, des hommes éminents avaient brillé. Yves de Chartres avait laissé une renommée vénérable. Guillaume de Champeaux avait paru dans Funiversité de Paris. Guibert , abbé de Nogent, écrivain original et plein de verve, commençait à suivre le mouvement de la société avec des aperçus de philosophie libre et chrétienne à la fois. Saint Norbert fondait Tordre des Prémontrés. Âbeilard paraissait avec sa destinée romanesque. Hugues de Saint-Victor, Pierre le Vénérable, et Pierre Lombard, le Mettre des Sentences, rivalisaient de fondations pieuses et savantes. Le monde se renouvelait par rintelligence, et en même temps la politique du prince se renouvelait par des institutions de liberté et de justice.

A côté des communes, dont le rétablissement ou TaiTran* chissement incertain peut-être encore, ou bien troublé par les passions du temps, n'était pas moins une œuvre de monarchie prévoyante, se formait déjà une juridiction royale, prélude du droit commun, que les siècles devaient à la longue faire prévaloir. Les justices seigneuriales commençaient à être atteintes, et c* était là aussi une partie de la liberté, si Ton songe à Tabus que quelques vassaux faisaient de la force. Ou si le droit féodal ne devait pas être d'un seul coup déraciné , le droit du monarque était montré comme un recours. Les MissiDominici de Gharlemagne étaient renouvelés; ces ofQciers surveillants renvoyaient à la cour du roi les causes qui avaient été violemment décidées par Fépée des seigneurs. Ce fut là le parlement du roi , dont Tabbé Suger nous a mentionné quelques sessions; il faisait revivre ce que Gharlemagne avait institué sous le nom de MaMum imperaioris»

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Alors parurent les eas rot/aux, qui, devenus dans la suite des temps une sorte d* exception , Durent d'abord une protection contre rarbitraire.

Tout allait à la liberté du peuple* Les serfs étaient affranchis dans les domaines royaux, et c'était un exemple, sinon une loL Les hôtds ds ville étaient institués avec une justice particulière. Les échevins (sca&ini) reparaissaient arec une juridiction locale « et le maire {major) était gar~ dien des immunités.

Et, bien qu'entre ces institutions il d(it s'établir des conflits par la diffîculté de définir nettement des droits aussi dirers, l'appel au roi reparaissait toujours comme un lien d'anité; et c'est un avantage que signale le docte président Hénault, disant avec Loyseau que « ce droit de ressort de justice est le plus fort lien qui soit pour maintenir la souveraineté ; » seulement j'ajoute, etpour établir la liberté.

Hézeray a dit de la troisième race que ce fut le temps des grandes polices^ et le président Hénault explique ainsi cette parole. «Dès l'avènement de Hugues Gapet, les rois, dit-il, animés du même esprit, et par une suite de prudence dont ils ne s'écartèrent jamais , regagnèrent insensiblement tout ce qui avai^été usurpé par les seigneurs, ne firent pas une démarche qui ne tendit à ce but , et se ressaisirent enfin des plos précieux droits de la couronne. » Or, ces remarques de l'histoire seraient incomplètes si elles laissaient entendre que les rois ne faisaient ainsi que déplacer la domination. L'utilité de La monarchie fut Futilité de la nation, et en dos choses de cette grandeur l'intérêt privé mérite à peine d'être aperçu, à moins qu'on a'adnxire comment, sous la main de la Providence, il sert à l'intérêt général. En France , la monarchie a été Tinstniment de la liberté. Plus tard , la nation s'est amusée à briser l'instrument qui l'avait affranchie. C'est là une de ces fatalités mystàrieuses que Dieu jette de loin en loin éans l'histoire , pour étonner, ou pour instruire, ou pour abaisser les peuples. Le temps .viendra de marquer par quels degrés s'opéia, dans les temps modernes, ce schisme de la monarchie et de la nation.

Hais d'abord la réformation sociale se fil par la reooD-

IructioD de la monarchie, et le douzième siècle s'ouvrit

par ce travail admirable d'unité. Et d'ailleurs les sdences,

[es arts, les lois, la gvjerre même, tout poussait le monde

îlers ces grandes nouveautés, tantôt par une impulsion

du hasard, tantôt par un penchant de la volonté. Alors les

cœurs s'ouvrirent aux émotions ardentes, mais saintes.

L'enthousiasme de la grandeur remua l'âme humaine.

Les travaux gigantesques plaisaient aux hommes. On vit

des associations spontanées se former dans la Chrétienté

pour édifier de grands ouvrages, d'immenses basilôques,

de glorieuses cathédrales. Les Croisades furent une de ces '

impulsions maîtrisantes qui jetaient l'humanité hors d'elle-

même. Jamais nul siècle ne s'était ouvert sous une inspî-

Talion aussi extraordinaire. Dieu même semblait agit«r le

inonde moral de sa main puissante.

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