‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 19 sur 50 · MM · texte numérisé non relu

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de réviter , jugeant plus utilo d'aller en avant et de porter le ravage dans le Hainaut. La rencontre fortuite de Bouvines domina tous les conseils.

Ce grand nom de Bouvines ne ressemble à nul autre nom d(i bataille3. IciThistoire peut s'arrêter à quelques détails, car tout est dramatique, tout parle vivement à l'imagination, tout e3t plein d'éroolions et de surprises.

L'armée , suivant le conseil des barons, passait le pont pour marcher en avant, et le roi, un peu fatigué des armes et du chemin , prenait un léger repos sous l'ombre d'un frêne , près d'une église dédiée à saint Pierre. Tout à coup on annonce que les derniers rangs sont attaqués par les ennemis, et qu'ils ont peine à résister à leur fureur, fc A cette nouvelle, dit le chroniqueur, le roi entra dans l'église, et, adressant au Seigneur une courte prière, il sortit pour revêtir de nouveau ses armes, et le visage animé, el avec une joie aussi vive que si on l'eût appelé à une noce, il saute sur son cheval '. » Aux armes I hommes de guerre; atix armes/ Ce cri retentit au loin. Les trompettes sonnent. Les troupes qui avaient passé le pont , et qui se composaient principalement des communes, reviennent sur leurs pas. On rappelle l'étendard de Saint-Denis, qui était aussi en avant, et sans lequel il semblait qu'il ne pût y avoir de batailles; c^était cette célèbre oriflamme que déjà nous avons vue se déployer en quelques rencontres : on la réservait pour les grandes guerres, pour les batailles où se jouait l'honneur de la monarchie tout entière. Et cependant, comme le saint et national étendard tarde trop , on se précipite sans l'attendre. Le roi court à l'arrière-garde, et là il se met au front des siens, couvert de ses armes. Alors l'armée ennemie s'arrêta tout à coup : « Je crois , dit l'historien du temps, comme frappé de stupeur et d'épouvante; » et des deux côtés on se donna le temps de disposer les troupes par de savantes combinaisons, qui, racontées dans l'historien *, montrent que la

* Goillaome le Breton.

■ Ibid.

310 HISTOIBS DB FRAIfCB.

guerre était dereoue un grand art. Je ne saurais suivre ces détails tout militaires; quelques-uns pourtant méritent d*ëtre retenus , et l'événement aussi mérite une exception àlarapidité ordinaire de nos récits. Je note d^abord comme tin fait curieux de Thistoire qae ce fut ce frère Guérin , évêque élu de Senlis, qui présida à toute cette distribution des forces de Tarmée, selon les lieux, et selon la connaissance des dispositions ennemies. Tous les guerriers obéissaient à ce génie singulier, et le roi ne semblait se réserver que la gloire de présider à Fexécution de tous ses plans. Les grands noms de celte époque paraissent dans ces récits dramatiques. Ce sont Guillaume des Barres, la fleur des chevaliers'; Barthélémy de Roye , homme sage et d'un ftge avancé ; Gautier le Jeune , sage au conseil , vaillant à la guerre ; Pierre de Mauvoisin , Gérard Scropha, Etienne de Longchamp, Guillaume de Mortemar, Jean de Rouvrai, Guiilnnniede Garlande, Henri, comte de Bar, jeune d'âge, vieux d'esprit; ces chevaliers suivaient le roi, qui marchait en tôte et au centre de toute la bataille. En face , dans les rangs ennemis, on voyait Othon, portant pour bannière une aigle dorée , au-dessus d'un dragon attaché a une trèslongue perche drossée sur un char ". A l'aile droite du roi étaient d'autres chevaliers non moins renommés, et parmi eux Matthieu de Montmorency, grand nom déjà mè!é à toiites les grandes choses de la monarchie; Jean deBcaamont, Gaucher, comte de Saint-Paul, lequel auparavant avait été quelque [leu suspect ; à raison de quoi il dit à Vécêque que ce jour-là il serait un bon traître ; le très-noble Eudes, duc de Bourgogne, qui semblait aussi avoir quelque besoin d'excitation , et c'est pourquoi l'évoque se tenait de ce côté, non pour combattre, dit l'historien, mais pour exciter les hommes d'armes et les animer pour l'honneur de Dieu Cent quatre-vingts chevaliers de la Champagne combattaient du même côté. A l'ailo gauche était Robert, comte de Dreux , avec les milices du comte

• GuiîLiMiie le Breton.

• Ibid.

BISTOIUE DB FRAIHCB. 2ll

du GamacLes, et celles du Ponthieu^ ayant en face le comte de Boulogne , traître au roi. Telle était la disposition principale des chevalicrsy sous la conduite savante du fj ^*re Guérin, désigné simplement sous le titre d'étêque dans 11»' 'récits contemporains. Une singularité de plus, c'était <]o voir,*" dans les rangs des chevaliers, un autre évoque, cc;ui de Beauvais, ce Philippe de Dreux, dont nous avons dL'jà rencontré le nom sons notre plume, celui-ci se mêlant anx guerriers non comme un général, mais comme un soldat, n avait, au lieu d'épée, une massue de fer, et il assommait les ennemis pour no pas verser leiïr sang, ce qin eûi été contraire aux canons.

' Avant de donner le signal de la bataille , le roi se tourna Y ors les siens , et leur adressa ces paroles : elles peignent ]- temps dans sa simplicité de foi et d'héroïsme; Thistoire lie les doit point remplacer par des paroles do pompe, i;ui repondraient à d'autres idées, mais qui manque* relient de vérité, sans avoir autant d« poésie. « Tout n tre espoir, toute notre confiance , sont placés en Dieu. Le roi Othon et son armée ^ qui sont les ennemis et les destructeurs des biens de la sainte Eglise , ont été excomm iniés par le seigneur pape : l'argent qu'ils emploient pour leur solde est le produit des larmes des pauvres, et du pil« Ifige des églises de Dieu et des clercs. Mais nous, nous sommes chrétiens , nous jouissons de la communion et de la paix de la sainte Eglise; et, quoique pécheurs, nous sommes réunis à l'Eglise do Dieu , et nous défendons selon noire pouvoir les libertés du clergé. Nous devons donc, avec confiance , nous attendre à la miséricorde de Dieu , qui, malgré nos péchés , nous accordera la victoire sur * ses ennemis et les nôtres *. »

II y eut d'autres sfcnosde naïveté qui nô sauraient être lié î:'iî:jnées en ce récit. Lo roi voulut que ses fidèles pri<- ^( :l dis forces et mangeassent avec lui , en ressouvenir,^ s d use Ajjôlres, qni^ avec Noire-Seigneur, burent et mangèrent,

« Lors, dit une curieuse chronique , s'avanra rncserd

< Gu llciumele Breton.

21% HISTOIUE D£ FEANCE.

Enguerrand de Couchy (Coucy) , et prit la première soupe ; et le comte Gauthier de' Saint-Pol , la seconde ; et le comte de Sancerre , la troisième , et tous les autres barons ensuite, et il y eut si grande presse que tous ne purent arriver au hafiap (au vase). Et quand le roi les vit ainsi em- * pressés, il en fut joyeux, et il leur dit : « Seigneurs, vous êtes tous mes hommes, et je suis votre sire, quel que je sois ; et vous ai moult aimés , et porté grand honneur , et donné du mien largement , et ne vous fis onc tort ni déraison , mais vous ai toujours conduits par droit. Pour ce, je prie vous tous que vous gardiez mon corps, et mon honneur et le vôtre. Et si vous voyez que la couron^ie soit mieux placée en Fun de vous qu'en moi, je m'y octroyé volontiers, et le veux de bon cœur et de bonne volonté ^ »

Et à ces mots tous les barons s'écrient : « Non ! Dieu merci! Nous ne voulons d'autre roi que vous. Or , chevauchez hardiment contre vos ennemis, et nous sommes tous appareillés de mourir avec vous. » Cest peu. Les barons demandent au roi sa bénédiction , et la scène, de naïve qu'elle était, devient sublime. Le roi , ayant élevé la main vers le ciel, invoque pour eux la bénédiction de Dieu. Et c'est alors que les trompettes sonnent , et tous se précipitent sur les ennemis avec un courage et une impétuosité extrêmes *.

C'était là un extraordinaire début de bataille. La suite ne caractérise pas moins la valeur et la foi du temps, u En ce moment , continue l'historien , se tenaient derrière le roi , non loin de lui , le chapelain qui a écrit ces choses et un clerc. Ayant entendu le son de la trompette , ils entonnèrent le Psaume : Béni soit le Seigneur qui eU ma force ^ qui instruit mes m^ins au combat , jusqu'à la fin , et cet autre : 0 Dieu I letex'vous , jusqu'à la fin , et cet autre : Seigneur^ le roi se ri^'ouira, jusqu*à la fin , et les chantèrent comme ils purent , car les larmes s'échappaient de leurs yeux , et les sangKas se mêlaient à leurs chants. » Telle

* Chr. de Jtaint, puliliée par M. Louis Paris.

* Guillaume le Breton.

HlffrOlU BE FÎAKCB. 213

était cette bataille; on dirait une épopée chrétienne.

A raile droite le choc fut terrible. L'évèque avait déployé là toute sa science de la guerre, mettant au premier rang les plus intrépides ; au derniei-, quelques combattants douteux. « Le champ est vaste , avait-il dit aux vaillants , étendez-vous en ligne droite à travers la plaine , de peur que les ennemis ne vous enveloppent. U ne faut pas qu'un chevalier se fasse un bouclier d'un autre chevalier , mais tenez-vous de manière que vous puissiez tous combattre comme d'un seul front. » Et, à ces paroles de révèque guerrier , les chevaliers s'étaient précipités dans la mêlée. Gaucher^ comte de Saint-Paul , voulant rétablir sa renommée , s'élança avec une légèreté égale à celle d'un aigle qui fond sur des colombes *. Le comte de Beaumont , Matthieu de Montmorency , le duc de Bourgogne le suivaient de près. Tous se jetèrent dans les rangs les plus pressés , frappant et tuant autour d'eux. La résistance était ardente et ressemblait à de la rage. Le duc de Bourgogne fut renversé à terre et son cheval fut tué. On lui en amena un autre, et il s'y élança , brandissant son épée , et jurant de venger sa chute. Alors ce fut un hon , et tout cédait à ses coups. Là , combattait le vicomte de Melun avec un égal courage. Là, Michel de Harmes eut son bouclier , sa cuirasse et sa cuisse transpercés par l'épée d'un Flamand , et demeura cloué à sa selle et à son cheval , en sorte que lui et son cheval tombèrent à terre.

On ne saurait nombrer tous les grands coups d'épée, tous les nobles faits d'armes de cette aile droite, si savamnaent disposée par le frère Guérin. Le comte de Saint- Paul, fatigué des coups qu'il avait reçus comme de ceux qu'il avait portés, s'éloigna un peu de ce carnage et prit un léger repos; mais il vit un de ses chevaliers entouré d*ennemis. « Comme il n'y avait aucun accès vers lui pour le délivrer, dit l'historien, quoiqu'il n'eût pas encore repris haleine pour pouvoir traverser avec moins de danger le bataillon serré des ennemis, il se courba sur le cou de

> GoiUaume le BretoD%

214 aifiTOIKB Dfi^f&àNGB.

son cheval, qu'il embrassa de ses deux bras, et, pressant i^n cheval des éperons, il fondit sur le bataillon des ennemis, et parvint à travers leurs rangs jusqu^à son chevalier. Là, se redressant," il tira son épée, dispersa.merveilleuscment tous les ennemis qui rentouraient; et ainsi par une témérité admirable, et à son grand péril » il délivra son chevaUer de la mort. » Lui-même faillit rester dans cctlo lutte, douze lances le- frappèrent à la fois ; mais il échappa à tous les coups. Seulement il eut besoin encore de se reposer, avant de se précipiter de nouveau dans les rangs des ennemis.

Tel était Taspect de cette mêlée. Elle durait depuis trois heures sans résultat , lorsque , par un dernier effort , les chevaliers pénétrèrent jusqu'à Ferrand, le comte de Flandres, qui commandait Taile ennemie ; le vaillant guerrier, accablé de blessures et renversé de son cheval, tomba aux mains de Hugues de Maroil (Mareuil) et de Jean, son frère : alors toute cette partie de rarméc ennemie fut au loin dispersée dans la plaine. Tout céda à Timpétuosité do la victoire.

Pendant ce temps, Philippe-Auguste avait au centre do Tarmée donné les mêmes exemples de vaillance, et les légions des communes ' lui avaient enûn amené la bannière de saint Denis, en suivant au fort de la mêlée la bannièro royale , qu'elles avaient reconnue à ses fleurs de lys '. Lr ^ communes prirent aussitôt part à la bataille, et Thistoriv :i désigne principalement celles de Corbeil , d'Amiens , do Beauvais, de Compiègne et d'Arras; mais elles furent rcpoussées, et il vint un moment où le roi parut menacé da près par les soldats d'Othon. Les chevaUers se précipitèrent au-devant des terribles Teutons ; et cependant lo roi fut renversé par eux de son cheval, et il était près do périr sous leurs coups , lorsque Galon , ou Guido de Mon-

* GolUaame le Breton.

* Ibtd. • Il ne faut pa» confondre, dit trè^-bien M. Hurler (Ifttt. d^lH' nocent Ul), la bannière royale avec roriflanome. Rigord l'appelle Si" gnum regale, vexillum videLicel floribus lilîi distinctum.

HISTOIB£ DE FEAIÏGE. il 5

tigny, qui portail sa bannière, vieillard faible , mais intrépide et fidèle, fit connaître, en rabaissant, à toute Tarmée le péril du rui Alors le courage redouble ; le roi se défend à terre : quelques chevaliers pénètrent jusqu'à lui. Pierre de Tristan se jette au-devant des coups qui le menaeent ; et enfin il parvient à se dégager, et saute sur uu cheval avec une étonnante rapidité : « La main de Dieu, dit Vhistorien, et son imponétroble armure venaient de le smiver*. »

Le combat se raviva. Sous les yeux du roi périt Etienne de Longchamp , vaillant chevalier et d*uno fidélité intacte : un couteau pénétra par la visière de son casque et lui perça la tète ; c'était une espèce d'arme auparavant inconnue : elle avait trois tranchants, et s'enfonçait profondément jusqu'à la garde ; mais la forte épée des Français et leur courage prévalurent *. Les chevaliers du roi se précipitèrent jusqu'à Othon ; Pierre Mauvoisin, le plus terrible de tous par la puissance des armes, alla même saisir son cheval pour l'emmener prisonnier; et, comme il ne le pouvait entratner à cause des rangs pressés, Gérard Scropha le frappa dans la poitrine du glaive qu'il tenait nu dans sa main. N'ayant pu le blesser, à cause de l'épaisseur impénétrable des armes qui défendent les chevaliers de notre temps, dit l'historien, il frappa son cheval d'un second coup , qui pénétra par l'oeil jusqu'à la cervelle ; le cheval , blessé à mort , se cabra en fuyant , si bien que l'empereur montra le dos à nos chevahers, abandonnant au pillage son aigle et son char. « Vous ne verrez plus sa figure aujourd'hui ! dit Philippe-Auguste ; et en effet , son cheval étant allé s'abattre à quelques pas, il monta sur un autre , et se hâta de s'éloigner de cette fatale mêlée. »

Cependant le combat durait encore , et quelquefois il se

* Lea chronl<[aeur8 désignent sous le nom de Tristan celui qui le pvaaieroourat au secourâ du roi. Philippe-Auguste honora son cuarage en lai conrérant 1c droit de porter des lis sur ses armes. Le P.'Danicl attribue cet honneur à un chevalier du nom à*E$taing, pt il établit des analogies entre les noms. La famille fïEstaing se glorifie avec raison de ce souTenir, et je ne puis que le noter. Voir le P. Daniel.

' Guillaume le Breton.

S16 HISTOIRE DE FEANGB.

ranimait par la vaillance de quelques chevaliers d*Othon , qui ne Pavaient point suivi dans sa fuite, et voulaient sauver rhonneur de ses armes. Mais ils ne purent arrêter la victoire ; la plupart furent pris ou tués autour de Taigle , qu*ils cherchaient à défendre. Le char fut mis en pièces, le dragon'^fut brisé, et Taigle fut portée au roi. Ainsi la déroute commença par se déclarer. Çà et là les plus braves ou les plus acharnés portaient encore des coups formidables ; tel était à Topposé de Faile gauche française le comte de Boulogne , que la victoire de Philippe-Auguste effrayait plus qu'un autre, à cause de sa trahison. Au commencement de la bataille, il avait dit à Hugues de Boves : « Voilà ce combat que tu conseillais et dont je dissuadais. Tu fuiras comme un Iflche, tandis que moi je combattrai, au péril de ma tète, et je serai pris ou tué. »En effet, Hugues de Boves suivit la foule des fuyards , et Renaud, après avoir épuisé ses forces pendant toute la bataille , se battait encore avec six fidèles, lorsque Tarmée entière avait disparu. Ce fut un homme d'armes , Pierre de Tourelles, d'une bravoure extraordinaire, qui le vainquit, en tuant son cheval d'un coup d'épée. Plusieurs chevaliers se le disputèrent aussitôt comme une proie. Tous prétendaient à la gloire d'avoir un tel captif, et, lorsque parut l'évéque, le comte se rendit à lui , demandant la vie sauve. Déjà on l'avait frappé de plusieurs coups, mais aucun n'avait pénétré sa forte armure.

Tout avait fui. Il ne restait dans la plaine qu'un corps do voiliants hommes, que les ennemis avaient placés devant eux comme un rempart '. Philippe-Auguste envoya contre eux Thomas de Saint-Valery, homme noble, vaillant et Ictlrc. Ce corps, composé de Brabançons, se fit exterminer sur la place. Alors la victoire fut complète; les Français n'eurent plus à tuer, mais à recueillir des captib. Avec le comte de Flandres étaient tombés en leur pouvoir le comte de Boulogne, le comte de Hollande, le comte de Sahsbury, tous auteurs principaux de la ligue. Ce dernxei!

* Guillaume le Breton.

avait été atteint par la massue de fer de révèqae de Beauyais , qui Tavait abattu à ses pieds ; ce fut comme une reugeance de la cruelle prison dans laquelle le roi Richard avait autrefois tenu le terrible évoque.

Philippe-Auguste ne laissa point aller la poursuite à sa dernière ardeur. Les trompettes rappelèrent les vainqueurs, et rentrés dans le camp avec des cris de triomphe, leur victoire s'étala en quelque sorte devant leurs yeux. Trente mille ennemis avaient succombé dans cette grande lutte. Peu d^hommes avaient péri du cAté des Français : nul chevalier de renom n'avait été frappé de fiftort.

« 0 admirable clémence d*un prince! s'écrie Thistorien breton, piété nouvelle inconnue au monde! Le même soir, lorsqu'on eut amené, en présence du roi, les grands qui avaient été pris, à savoir cinq comtes, vingt-cinq autres d'une si haute noblesse que chacun d'eux avait le droit de porter bannière , et en outre un grand nombre d'autres d'un rang inférieur, le roi , quoiqu'ils fussent tous de son royaume, qu'ils eussent conspiré contre sa vie, et fait tous leurs efforts pour le tuer, et qu'ils dussent aussi, selon les lois et les coutumes de ce pays, être punis de la peine de mort, comme coupables de lëse-majesté ; le roi, dis-je, se montrant doux et miséricordieux, leur accorda à tous la vie ^ »

Toutefois , la captivité fut rude à quelques-uns, et surtout au comte do Boulogne, le traître vassal. Il fut chargé de chaînes, et jeté dans la tour de Péronne. Les autres prisonniers furentdispersés en divers châteaux duroyaume^ et plusieurs furent enfermés dans les chfttelets qui étaient aux extrémités des ponts de Paris*. Le chroniqueur publie les noms des captifs, et cette étude même est curieuse, comme une révélation des infidélités du temps. Le comte de Salisbury fut remis par le roi au comte Robert, afin que celui-ci le pût échanger contre son fils, prisonnier du

* Goillaame le Breton.

* L'un au Petit-Pont, l'antre an Pont-an-Change*

roi d'Angleterre. Mais Jean, ce roi dénaturé, dit rhistoiien». qui avait tué de sa main Arthur, son neveu, et qui, depuis vingt ans, tenait dans les fers sa nièce Éléonore, refusa réchange.

Ici le vieux chroniqueur, que nous venons de Suivre, couronne son épopée par des cris nouveaux vers le Seigneur. « Combien tes jugements sont droits, justes et incompréhensibles, â Seigneur! toi qui dissipes les desseins des princes el les efforts pervers dos peuples! a £t, aprèi avoir laissé échapper en longues effusions de son âme Tadmiration et Famour, il arrive enfin à des .récifs de Iriomi'he : « Qui pourrait raconter, s'imaginer, tracer avec la plume, sur un parchemin ou des tablettes, les joyeux applaudissements, les hymnes de triomphe, les innombrables danses des peuples, les doux chants des clercs, les sonsharmonieux des instruments guerriers dans les églises, les solennels ornements des temples, en dedans et en dehors, les rues, les maisons, les chemins de tous les châteaux et des villes tendus de courtines et de tapisseries de soie, couverts de fleurs, de plantes, et de vertes branches d*arbre; tous les habitants de tout genre, do tout sexe, et de tout âge, accourant de toutes parts voir un si grand triomphe; les paysans et les moissonneurs interrompant leurs travaux, suspendant à leur cou leurs faiilx, leurs boyaux et leurs trubles^y car c'était alors le temps de la moisson, et se précipitant en foule vers les chemins pour voir dans les fers ce Ferrand , dont peu auparavant ils redoutaient les armes*. » Le chroniqueur semble faire partie du triomphe. Il y a dans son style un air de fête et de joie. 11 se mêle au peuple, et il recueille ses railleries contre les vaincus. Le comte de Flandres était surtout un objet de moquerie ; le peuple lui lançait ses rires et ses sarcasmes ; et jouant sur son nom de Ferrand, il lui disait que maintenant il était ferré '. Et ainsi dans toute la route jusqu'à

* Sorte de filet. M. Guizot.

* Guillaume le Breton.

' Ferrand pour Ferdinand, da portugais Ferrante. 11 était 'traîné

HISTOIBB DB FEAKCË. 2VJ

Paris. La victoire était célébrée par les multitudes populaires. Dans la nuit elles accouraient avec des flambeaux. Le clergé mêlait à leurs chants de joie bruyante la gravité de ses hymnes et la piété de ses cantiques; et, enfin, les écoliers surtout, ajoute le chroniqueur, « ne cessaient de faire de somptueux festins, chantant et dansant continuellement. »

1214*. — Philippe-Auguste, rentré à Paris dans cet appareil de f%te, comprit tout le prix de sa victoire de Bouvines. n en voulut perpétuer le souvenir par un monuoMnt chrétien, et il fonda près de Senlis Fabbaye de la Victoire. Il s*était hâté d'envoyer la nouvelle de son succès au vieux maréchal de France, Henri Clément , qu'il avait laissé dans TAnjou, pour contenir les armes anglaises. Le fidèle guerrier donna son cheval de bataille à celui qui lui apprit cet événement fortuné; c'était tout ce qu'il pouvait donner; peu auparavant il avait donné tous ses biens aux pauvre^ et peu après il mourut ^

En même temps le roi avait envoyé à Frédéric, le compétiteur d'Othon, l'aigle de ce dernier, qui avait été prise dans la bataille; c'était comme un présage; peu après Othon accourait dans la Saxe, et Frédéric prenait le sceptre.

Cependant les seigneurs douteux s'empressaient déjà dans la soumisâon. Philippe-Auguste jugea utile de paraître en vainqueur dans le Poitou, où les infidélités 8' étaient auparavant déclarées.Tout vint tomber à ses pieds. Le roi d'Angleterre avait reparu en ces contrées, et il s'était fait chasser du siège de la Roche-au*Moine par Louis, fils du roi. Dès lors il n'osa plus montrer la guene, et il demanda une trêve, qui fut accordée pour cinq ans, à la me-

dans les rues sur une litière attelée .de quatre chevaux bais ou alezans» qu'on appelait alors /errante. De là ce dicton :

Quatre ferrants bien ferrés .Mènent Fenand bien enferré.

* PlilHppe^Augutto tiMdiit que le titre de marédial fdt eoniervé à 4on flk Jean, encore tout Jeune 9 orëUH.uD témoignage d'honneur exoeptioDDel : leâ foncUoDS furent exereéespar Gantier <de Nîmes.

^20 HISTOIKE DE FBANCE.

diation du légat an pape '. Puis, la comtesse de Flandres vint à Paris solliciter la liberté de son mari. Il y eut d'abord une convention pour la rançon du captif, mais elle ne put être exécutée K

Alors donc la paix sembla rendue au royaume, et Philippe-Auguste, maître de la formidable ligue qui venait de le menacer, accomplit le vœu formé d'envoy^^r son fils à la Croisade contre les Albigeois. Mais, là mème^. la rébellion était désarmée^ et Montfort continuait de comprimer les essais de désordre , mais aussi d'affermir son autorité par le concours du légat du pape. La présence de Louis fut d'abord suspecte à Tambition de l'un, aux desseins de l'autre. Mais le prince se contenta de raser les murs de Narbonne et de Toulouse, et bientôt il partit pour d'autres entreprises.

Le roi d'Angleterre, vaincu en France, restait entouré de perplexités et de périls dans son royaume : le caromal Langeton avait été enfin reconnu archevêque de Cantorbéry; mais les mésintelligences entre le roi et l'Eglise n'étaient pas détruites. Jean avait blessé tous les droits violé toutes les libertés. 11 se fit contre lui une effrayante réaction , à laquelle le cardinal prit le plus de part. Lorsque le roi voulut frapper quelques seigneurs qui l'abandonnaient, toute la noblesse se souleva de colère. On demanda des jugements. Le cardinal excita les haines, et bientôt une ligue fut formée, ayant pour objet de demander la restitution des droits publics, tels qu'ils étaient reconnus dans une charte de Henri I*', qui n'était qu'une confirmation des lois de saint Edouard. C'était le cardinal qui produisait cette charte, au nom des barons, et il intéressait dans la ligue l'Église et le peuple *. Bientôt une révolution gronda. Le roi chercha un refuge dans son

* Voir le texte de la convention dans Gaillaame le Breton.

• Ihid.

" Cette charte , magna caria , a fourni qaelqnefois des termes de comparaison aux entreprises consUtutionnelles des temps modernes. V. Hurter observe très-bien qu'il n'y a nulle analogie. Voir ses Jadicienses remarques, Hist. ^Innoeenî IIL Uy« xx.

HISTOIRE DE FRATfCB. ^ 22 f

camp ; mais il n'y avait point d'armée, /ilors il promit et jura tout ce qu'on voulut, mais en se ré* servant de fausser sa parole pour toute défense. Enfin il s' alla jeter dans Ftle de Wigt, et il envoya lever des troupes dans les lieux qui lui restaient encore en deçà de FOcéan.; et en même temps il se tourna vers le pape , comme vêts le suzerain de qui relevait le trdne. Le pape, qui alors présidait le grand concile de Latran, écouta les plaintes, condamna les entreprises des seigneurs , et cassa la charte de Henri I*'. Les animosités ne furent pas désarmées. Jean reparut dans le royaume avec une armée composée de tout ce qui put être recueilli de bandits épars, ayant soif de désordre et de pillage, et les seigneurs, assemblés toujours, le déclarèrent déchu du trdue , et envoyèrent offrir la couronne à Louis, filsde Philippe-Auguste.

Le roi de France était lié par une trêve envers le roi d^AQgleterre. C'était là un scrupule de politique ; on passa outre par un subterfuge. « Quand messire Loys vit que le roi ne voulait à ce enlendre , il lui dit : Sire, s'il vous plaisait, j'entreprendrais cette besogne. Par la lance Saint-Jacques, dit le roi , fais-en ce qu'il te platt; mais je crois que tu n'en viendras à bout , car les Anglais sont trailour et feUm. — Sire, dit Louis, en l'aventure de Dieu soit ' ! 9

Mais le pape s'opposait à ces desseins, qui ressemblaient à une usurpation , et qui choquaient le droit de TÉglise d'intervenir par sa décision suprême dans le déplacement des couronnes. Et, d'ailleurs, le roi Jean s'était fait Thommelige du pape, et, par le droit commun de la féodalité tout entière , la souveraineté politique de l'Angleterre était de fait transférée à Rome. Les seigneurs anglais avaient donc été excommuniés comme rebelles au pape lui-même. Phi* lippe-Auguste reçut à Lyon un légat pour débattre cette question en présence de ses barons. La résistance à l'autorité politique du pape commençait alors à devenir populaire; c'était un penchant naturel aux seigneurs, que

■ Cftr. de itatrw.ch. 20.

222 HISTOIBE DB FBAKCE.

TEglise avait puissamment atteints dans leurs tyrannies; et ce penchant menaçait de gagner les populations mêmes que rÉglise avait affranchies) par cette disposition secrète des hommes qui ne veulent devoir la liberté qu'à leur énergie , et qui n'aiment pas longtemps le souvenir de leurs libérateurs. Le légat du pape défendait le droit commua des souverains; etPhiUppe-Auguste recherchait des droits d'hérédité douteuse, et so'.itenait sa cause comme en un palais de justice. Les débats étaient sans issue *. Philippe- Atiguste les trancha par des paroles hautaines contre le droit du pape*. Jean, disait le roi, s^était fait vassal du Saint-Siège I Mais pouvait-il disposer de sa couronne? II ne le pouvait que par l'accord de ses barons; c'était là une maxime de France; et le pape, en argumentant de la donation du roi Jean , renversait la constitution de tous les royaumes. Et, à ces mots, tous les seigneurs présents s'écrièrent qu'il n'était plus question que de tirer l'épée , et cet enthousiasme d'opposition au pape fit une entreprise qui pouvait devenir fatale à la monarchie.

Le légal fit défense à Louis do céder au vœu des barons anglais : Louis répondit qu'il était prêt à mourir pour défondre son droit. Et, en effet, il partit peu après pour l'Angleterre. Proclamé roi à Londres, il s'avança dans le royaume, et tout se soumit à son autorité. Le pape, à son tour, tira son glaive, et excommunia Philippe-Auguste et son fils : « Glaive ! glaive ! sors du fourreau ; sois tranchant pour tuer et pour briller î ' » cria-t-il do Rome , dans un îjcrmon adressé au clergé et au peuple *. Mais le glaive dlnnocent ne fît que briller, il ne tna point. Peu de jours après, ce grand homme mourait d'une apoplexie. Grand homme, en effet, à qui l'Age présent commence à dresser des statues *, mais donl il no faut pas croire cependant que

' Voir les raisons cxposécâ de 3 deux parts , dans le P. Daniel.

* HitL d^lnnocent lll , par Hurler. Liv. xxi. Trad. de M. de Saint- Clicron. Lagny frères, éditeurs.

• Ezécliicl.

♦ Gui II ;iume le Breton.

• lUst. d'innocent lil, par Ilurtcr.

HISTOlKB DE FBANCS. ^23

la ^oire ait été jadis méconnue. « C'était, dit un ancien chroniqueur, un homme d'un haut esprit, d*une sagesse et d'une probité rares , qui n'eut point son égalen son temps; il fît en sa vie des choses merveilleuses*. «Les âges philosophiques ont seuls voilé cette admirable figure de pape » parce qu'ils n'ont pas voulu la voir au milieu de son siècle, en rapport avec les mœurs et les idées publiques; et ayant détaché le grand homme de son temps, ils l'ont donné à juger à des temps qui n'avaient avec lui rien de commun. Triste philosophie! triste équité! triste poésie!

Le roi Jean suivit de près le pape Innocent in. Il venait de perdre son dernier appui. Dépouillé par les victoires de Louis ou par les défections des siens, il était véritablement Jean sans terre, lorsqu'il mourut d'une indigestion, fugitif, aa delà de THumber, au nord de l'Angleterre.

Louis semblait devoir être assuré du triomphe; toute l'Angleterre était à lui; le clergé le vainquit. Le légat du pape, le cardinal Gallon, assembla quelques évoques, et renouvela les analhèmes; puis il s'éleva quelques voix en faveur do Henri , fils de Jean , enfant de neuf ans ; et enfin /ey<^»'cirj% du pouvoir de Louis ayant, comme il arrive toujours, blessé quelques prétentions, il y eutbientôl un parti tout armé pour le renverser. Le nouveau pape, Honoré III, le frappa d'excommunication à son tour. Tout finit par lui échapper. Il assiégeait Douvres, il fut contraint de s'éloigner. Les infidélités avaient commencé d'éclater; et son père même eut peur de s'engager plus avant dans sa défense. Dans cette expédition malheureuse, la DaviM Blanche s'était révélée. Elle était ardente pour la gloire de son mari, et dans un moment oh elle le vit délaissé parle roi, elle courut à lui: « Comment, sire! Lairez- vous donc votre fils morir en étrange terre ! envoyez lui quelques secours, au moins les revenus de son patrimoine. —-Certes, Blanche, dit le roi, je n'en ferai rieq. — Non, sire ! dit la dame; — Non voir, dit le roi. — Eh bien! je sais, dit la dnme que j'en ferai. — Qu'en ferez-vous donc, dit le roi.

' Cuntinuat. de Guillaume le Crcton.

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— ^Par la benoiste Mère de Dieu, j'ai biaux enfants de mon seigneur, je les mettrai en gage et ainsi trouverai qui me prestera sur eux. » £t là-dessus elle s*en allait. Le roi la rappela ?t lui fit remettre tout ce qu'elle voulut do son trésor.

Ce trait n'était pas connu. Nous le devons a la publication de la chronique de Reims. Rien n'égale dans les traits antiques cette çublime naïveté ^

Louis ayant passé la mer pour venir chercher des secours, Philippe-Auguste refusa même de lui parler, pour n'être pas en contact avec un proscrit de l'Église. Pendant ce temps, le reste des seigneurs anglais s'était déclaré pour Henri. Louis ne reparut que pour faire battre les débris de son armée. Sa flotte fut dispersée. Assiégé dans Londres, il fut obligé de capituler. Et enfin il repartit pour la France, ruiné et sans gloire. H dut se soumettre à une pénitence pour se faire relever de l'excommunication.

Philippe-Auguste cependant avait manqué, ce semble, de prévoyance, en favorisant dès le début une entreprise contre la puissance encore imposante de l'Eglise. Toutefois elle eut un résultat politique, celui de déplacer le champ de bataille entre les deux États et de laisser la France en pleine possession de ses conquêtes. La Normandie resta paisible et s'accoutuma facilement à la domination française; et T Angleterre eut assez à faire de réparer sa propre anarchie et d'assurer la royauté d'un enfant.

1217 — 1S19. — Peu d'événements remplirent le reste du règne de Philippe-Auguste. Louis alla s'emparer de la Rochelle, qui fut ensuite remise aux Anglais par une trêve. Puis il reparut dans le Languedoc, où les Albigeois s'étaient ravivés.

Le jeune Raymond, fils du comte de Toulouse, avait pris les armes pour venger son père, fugitif en Espagne, et

* Chr. de Rains , publiée par M. LoqIs Paris. M. Loais et M. Paalln Paris sont taeareax d'avoir en les premiers à dire leur enthousiasme sur étiqoe passasse de la vie de Bianehe.

1S20 — 1230 HISTOIRE DB FRAffCB. 3S5

dépossédé de son comté par te concile de Latran. Montfort , -investi des domaines qu'il avait conquis^ avmt tu tout aussitôt la fortune lui échapper. Alors un cri nouveau de Croisade s'était fait entendre. Montfort, toujours vaillant, s'était remis à la tète des fidèles; mais Toulouse avait rouvert ses portes au jeune comte. La ville était assiégée. Les murs avaient été relevés à la hâte. Des deux côtés le courage était égal; et quelque intérêt s' attachait aux armes de Raymond, depuis que son père, en disparaissant, avait ôlé à sa cause la flétrissure impopulaire de ses crimes. Les assiégés firent une sortie soudaine; Montfort, surpris à la Messe, eut le temps de les repousser par son intrépidité; mais des traits et des pierres lancés sur lui du haut des tours le firent fléchir, et son bouclier s'étant échappé, il fut percé de cinq flèches et il expira. Homme eztraordi* naire, héros admirable, il eut le tort de mêler une pensée d'ambition dans une querelle sociale. Sa Croisade a été rendue odieuse; elle fut surtout politique. L'histoire n'absout point les cruautés de la victoire^ mais elle n'absout pas non plus les crimes de la révolte. Quand l'anarchie se présente avec des armes sous le nom d'une hérésie, la société n'est pas tenue de lui obéir, sous prétexte de liberté. n est temps pour l'histoire d'oser dire le nom de Montfort, nom de courage et de génie que la France ne doit pas abandonner sans examen aux souillures des sectaires.

Ce fut donc après la mort du vaillant comte que Louis parut dans le Languedoc. Le jeune Amaury de Montfort tira vaillamment l'épée pour continuer le siège de Toulouse. Mais la mort de son père avait rallumé le courage de ses ennemis. Il fut obligé de s'éloigner emportant le corps de son père jusqu'à Carcassonne. Louis vint à son aide. Il prit Marmande, mais il ne put forcer Toulouse. Alors l'ardeur de la Croisade se ralentissait , et les sectes mêmes s'amollissaient. Le vieux comte Raymond étant mort, son fils s'attira les cœurs, et l'ancien comté de Toulouse lui revint presque en entier. Enfin un dernier événement changea toute la face du royaume : Philippe-Auguste échappaitàlaFranceparunemortinopinée[4juilletl29i3]. Ton. u. 15

926 nSTOIBE BB FRAKCE.

Le cIironiqueaT, avant de dire cette mort « semble chercher des présages dans la natare. La foudre avait frappé plus de quarante personnes dans les territoires de Beauvaj ^ et de Paris. Au château de Pierre-Fonds, elle tomba sur Tautel où te prêtre disait la messe ; plusieurs assistants forent tués, le prêtre fat blessé, le calice fut brisé, mais l'hostie resta intacte. A Paris, le feu du ciel avait frappé Je même deux maisons de charité ; et enfin, pour comme de pré» ^age, il apparut à Foccident une horrible comète ^ Le roi donc mourut à Mantes, comme il tenait une assemblée d*évêques et de barons. Et sa mort en effet ëlaît un désastre public, si ce n'est que, laissant son œuvre inachevée, le génie ne manquerait pas à sa race pour la reprendre et la terminer glorieusement. Il n'avait que cinquante-huit ans; il en avait régné quarante-4rois. Pour dernier monument, il laissait un testament rempli de dispositions pieuses et de donations populaires. On porta ses restes à Paris, et on lui fit des obsèques magnifiques. Deux archevêques et vingt évêques priaient ensemble avec le peuple et les grands, et le plus touchant honneur rendu à sa mémoire, ce fut le deuil et la douleur qui pénétra la France entière*. Nous reviendrons tout à Theure sur ce beau règne, et nous apprécierons le grand mouvement qui venait d'être imprimé à la société française par la puissance du génie de Philippe Auguste. Hais d'abord suivons les événem)nts, et passons au règne qui va seulement se montrer, •entre deux royautés admirables, celle qui finit et celle qui déjà se laisse entrevoir au nom de Blanche dé CastiUe, devenue reine de France.

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