‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 23 sur 50 · MA · texte numérisé non relu

MA

282 niSTOIRE DE FRAIfCE.

coup ces cinq cents solitaires yénérables tombent à genoaic devant lui. Louis, étooné , se met à genoux comme eux ; puis il les fait relever, et s'informe de ce qu'ib désirent. L*abbé parle en leur nom. H montre au roi les déchirements de l'Église , les douleurs du pape , sa fuite, ses périls, et il sup[^lie Louis dç mettre le pontife sous la pro-» tcction de son sceptre, en lui ouvrant la royaume de France. Louis, touché, répond de douces et de bi^iveil* la.Tites paroles. Les malheurs de TÉglise l'ont ému , il s'ap* ptiquera à |câ réparer^ mais il ne saurait recevoir le pape sans avoir conduite les seigneurs. .11 laissait aux religieux rcspérance, et ils le bénirent; mais il trouvait autour de lui des o{ipos)tions,.et il n'osa les heurter ouveitemeal» Les seigneurs redoutaient la présence du pape, qui pouvait fortifier le clergé dans ses rivalités avec eux. Dans toute rEurope se faisait une réaction semblable des char teaux coDire FÉgllse. Le pape vit partout des barriras. Lfis rois d'Angleterre et d'Aragon lui avaient fermé leurs rôjaumos; Louis IX ne put lui ouvrir le sien. Enfm le pape se jeta dans Lyon, cité indépendante, quoique relevant de Tcmpirc par un droit antique, mais nominal. De là il résolut.de se défendre encore en appelant autour de lui tous les évéqucs. M^is, en même temps, un grave et mémorable incident tombait sur le royaume, ^t venait troubler toute la maj cbe de la politique.

Louis n'avait cessé d'avoir sa pensée tournée rers rOrient , et secrètement il nourrissait le desseta d'àU» affranchir cette Terre-Sainte, toujours souillée par la do* mination dos infidèles; mais il fallait avant avoir mis le royaume de France à l'abri des.révoltes et de l'anarchie; et Louis travaillait à ce grand office de sa royauté par les gycrres et par les lois. Nous l'avons suivi dans les batailles ; sa législation nous apparaîtra plus lard. Mais, au moment où la paix venait de lui être acquise » le saint roi tomba frappé d'une maladie , qui tout à coup fit trembler pour sa vie et répandit l'effroi dans le palais, dans la ville, dans tout le royaume. C'était un reste de la maladie de l'armée qui déjà l'avait éprouvé. Le mal se déclara par une

affreuse dyssenterie. Ud instant on crut le roi mort : déjà il ne parlait pkrs; partooi en eourait dans les églises pour demander à Dieu, avec des gémissements et avec des larmes, de sauver leroi. Les reliques étaieni exposées. La reine Blanche fit venir le beis de la sainte ^roix , et le fit déposer sur le lit de Louis, et en môme tt/mps elle priait Dijeu avec ferveur. « Glorifier, Seigneur» diaait-elle « non pas nous , mais votre saint ikom ! Sauves , Seigneur , le royaume de France, que vous tvez toujours protégé '. » Toutes ces larmes , tous ces cris poussés au ciel obtinrent grâce I Tout à coup on vit le roi scrrtir d'une léthargie profonde; mais ce fut pour proférer ces paroles : « La lumière de rOrient s'est répandue sur moi par la grâce du Seigneur, et m'a rappelé d'entre les morts. • D*abord des cris de joie succèdent aux gémissements; les deux reines se précipitent s tout le palais bénit Dieu ; mais le roi appelle Guillaume, évèque de Paris , et lui demande de loi donner le signe du pèlerin. Blanche veut s'opposer vainement à ce vœu. La résolution du rei est inflexible. Alors une autre deulenr pénètre Tâme de la bonne dame ta mère^ dit Joinville. « Qfiand elle le vist croisié, elle fust aussi transsie comme s'elle Teust veu mort. »

Pourtant Louis ne se proposait pas de hâter son départ. Il le remit à deux ans , apparemment pour se doBoei le temps d'achever son œuvre de réparation. dâas le royaume, ot aussi de voir quelque espérance de paix rendue à rÉglise. Ce dernier vœu ne deveit point être sitôt réalisé.

' iolnviUe. -MaUb. Pari». - GDiUaame de Kaogis.

f ul ébi à S» piaee. U n'avait qae vingt ans. Il soutint TaiUaobmeni sa fortune co^Ue Frédéric et GoErad. Et eelte focitité même avec laquelle les priocett élus en vertu d'«m acte de rÉglise 4e trouvaient de force à lutter, contre les pouvoirs frappéspar eUe, oiérite d'être uoté^ par rbisioiie« comme un indkedudiKttt public, tel qpie Tadîiiettdi^ alors FEuropo catb^Ufua, et qu'il ne sufGraii pas aujourd'hui de flétrir co«bake un paréjugé d'ignorance eu de barbarie. La philo-^ sopUe moderpe a trop parlé des usurpations papales. Elle n'a pas: vu que les peuples mèoies faisaient et voulaieni cette {Hlis^aace. C'est aussi ce qmi expliqua lainaniàreditfe dont elle (ut quelquefois exercée par les pontiJEas '.

L'exeraic^ du droit, ecclésiastique t2X)uva pourtani des opposiUoAs; mâs ce fut pûnni les seigneurs de France» qui , iraHués d^ji par- la monarchie^ supportaient ioipatiemmettt rindépondaqce subsistante. du clergé. Frédmc^ désespérant d'pMenir.lç secours de. Louis, avait cberdié celui des grands. Ils crurent assez le défendre en faisant des ligues contre TÉglisô et la justice de; ses tribunaax. Par malheur ils réclamaient larestiiutioii d'une juridie-* tion contraire à la civilisation ciu?étienne , et qui ne s'exer* çaâi que par des jij^gements de barbarie. VÉgkjte avaii opposé à la justice atroce qu'on appelait ii4^ai»ie|BXda2>i0)i»

« le ne gtais ^afadi^uereette petreée. Réœmmeal, un atcto ral{»i^

cien Ta oiite en lumière par des recherches histeriQaes. ^ Povpmritm

papes sur les souveraine au moyen âge, ou Recherche historique «ur

le droit puWc de cette époque, relativement à la déposition des

princes; pai'ftT»», directeur au séminaire Saint-Sulpicc, 1830. Un Iîtw

muias sospeet de bienveillance pour l'Ëglise mérite d'étn étudié; ]•

l'ai cité plïs. d'une fcte : JP. Beriii commentari^rum rerun Germanie

earum lih. 111 , iaa2. Le single exposé des faits de Thislpire Ueot lieu

de disserlallon. On trouve dans ce livre curieux le cérémonial de la

constcratloa papale du roi des Romains , tel qu'il ifétalt transmis jos-^

qu'au svi« ilèele. aectius dit qu'il remprunte M-néme d'un KfWttW

éorit au «en^ de He il : ce n'est autre chose q«\.iy.HtliMl an Mfé^

manie* dfiVhglise romaine. Le couronnement de l'emperenr y est^on*

gnement déciit, et de tout l'ensemble des piières, des formules, des

demandes et des réponses résulte la reconnaissance de la souveraineté

poRliUcale. La philosophie déclame contre ce droit; mais ce droit était

.'»î Ts formel : c'est tout ce qu'il faut à l'histoire.

HisTonns DB fbauce. 287

non-seulement des anafhëme.s, mais xide jnstice pratique, fondée sur Fétude des lois civiles et de la mforale. lies grands du royaume s'unirent pour soustraire les homWies libres à celte juridiction usurpée , disaient-îtS; Bt par là ils serraient la cansB de Frédéric, eti montrant au pape des* difficultés renaissantes. Lé pape les menaça d^anatlièmes; puis il les tempéra par des négociations. E'esprit foppo-* sition à FÉglise n^avait pas moitis éclaté dafls les hadts rangs de la féodalité d^mi-brisée ; et ainsi FÉglise , même avec dfes constîtutions politiques qui semblaient éloignées de son principe dlrainfliié et de souffiranée , gardait encore son caractère primitif de popularité, puisque, comme' aux jours de la conquête, elle restait aux prises avec les dominateurs.

Lôui^i IX, lé sage rèi , féîgnh de ne poiùt apercevoir les réactions , afin^ de ne point 'se comme^e d'un tdté avec le pape, doht.h puissante politique se transformerait d'oHc-lnême , de l'autre avec les seigneurs , dont l'hosli- 11 té eût détourné la knonarchie de sa mèirche naturelle d^unité, et lui-môme de ses vues de conquête chrétienne sur rOrient. ..,,..,

La Croisade, d'stlleurs, continuerait de jeter loiii duP royaume ces germes d'irritation seigneuriale. Et JA)\ï\^ s'occupa avec îe pépe de donner à son expédition projetée un caractère de politïi^ue prévoyante en mftme ieiûps f^w do prosélytisme, te coticile de Lyon renouvela les décret^ de celui de Lâtran so\is Innocent HI.' Des indolgences furent annoncées aù^ Croisés. Une trêve dé quatre ads fut* proclamée etftre tous les princes, les tournois forent in* terdiis aussi bien crue les guerres privées. Tout Ttntêrôf du monde cUréfien fut porté vers rOfîeiAi 1& étaient les' combats , l^ était lia gloire.

Novembre f245. —Frédéric profita de ces dpprôts con^ certes entre ]é pape et Louis, pour obtenu une intèriren-^ tion du roi en sa faveur.' H y eut dans cet olÇet une entre* vue iTInnocent IV et def Louis a Vatbaye de Quny . Blaiichc^ y fut présente. Le secret de la conférence fut profond? maïs la négoriattionfût inutile. L'empereur maintenait son

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droit sor les villes confédérées de la Lombardie ; le pape maintenait la confédération. L'état de guerre subsista , et Frédéric courut à sa destinée.

1246-1347. — Louis ne songeait plus qu'à sa croisade; mais il s'y préparait par Texamen réfléchi de tous les périls qui pourraient se montrer apràs son départ, et des moyens d'assurer la paix au royaume.

Toujours la situation des vassaux occupait sa pensée. De là pouvait renatlre encore l'anarchie.

Nous avons vu déjà quelques intrigues entre le comte de Provence et le comte de Toulouse ; d'autres survinrent, non moins complexes. Raymond, avons-nous dit, avait voulu épouser une fille du comte de Provence, au prix d'un divorce qu'il eût fait avec sa femme, Sancie, fille du roi d'Aragon ; et le comte de Provence avait accepté ce dessein , par l'espérance de voir le comté de Toulouse arriver à sa race. Ce plan n'avait point réussi ; mais le comte de Toulouse le fit revivre, en demandant Béatrix , la quatrième fille du comte de Provence. Les mêmes difficultés subsistaient; on passa outre , et , lorsque le mariage était convenu, le comte de Provence mourut, laissant la fiancée de Raymond son héritière. Louis IX parut alors avec son épée pour rompre des desseins qui , après avoir été un scandale, devenaient un dommage et une menace pour l'État, en transférant la Provence au comte de Toulouse, vassal déjà trop puissant et qu'il était sage de contenir. Ainsi la politique venait en aide à la morale. Le pape re^ fusa le divorce ; d^autre part le mariage n'eût point été permis, pour cause de parenté. Enfin, les armes de Louis étaient présentes ; Ton montra à la princesse Béatrix des espérances d'une autre sorte , en lui parlant de son mariage avec Charles, frère du roi. Dès lors les plans du comte de Toulouse étaient déjoués , et le mariage de Charles ramena la Provence à la monarchie , après qu'elle en avait été détachée par l'usurpation à la mort de Louis le Bègue. Charles fut investi par le roi des comtés d'Anjou et du Haine ; de là, le titre de cette maison d^ Anjou , que nous trouverons plus tard au milieu des conquêtes et des désastres.

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Loais, toujours préoccupé de son expédition aux Lieux- Saints^ prévenait ainsi par sa politique les périls que son absence pourrait laisser au royaume. A cette époque se rapportent quelques-uns des règlements que la philosophie moderne de l'histoire ne saurait trop éclairer de ses recherches, et qui seront pour nous un ohjet d'étude, comme révélation toujours nouvelle du génie persistant de la monarchie de France. Notons ici un de ces règlements, le plus hardi peut-être , celui qui faisait avancer le plus la royauté dans son système d'affranchissement et d'unité. Les grands vassaux de France , par le mélange des races franques, normandes, saxonnes, avaient des liefe en Angleterre, de même que les seigneurs anglais en avaient en France. Dans le régime de suzeraineté féodale, cela faisait une confusion de commandement et d'obéissance , qui nuisait à l'indépendance des deux Etats. Louis résolut de mettre fin à cette anarchie. Il fît une assemblée des grands , et déclara à ceux qui avaient des fiefs dans les deux royaumes, qu'ils auraient désormais à choisir pour leur seigneurie roi de France ou le roi d'Angleterre, et , le choix une fois fait, à renoncer aux fiefs de l'un ou de l'autre royaume. La décision royale était formelle ; il y eut des murmures, Louis ne céda point. De son côté, le roi d'Angleterre , irrité , confisqua tout simplement les terres des seigneurs de France ; quelques-uns voulaient faire de cette violence un sujet de guerre. Louis n'y vit qu'une sorte de sanction brutale de sa poUtique. 11 dédonmiagea, comme il put , ses seigneurs , et les deux royaumes commencèrent à se montrer l'un à l'autre avec la séparation nette de leurs intérêts et de leurs droits.

La reine Blanche était de moitié dans tous ces actes de prévoyance et d'habileté. Louis semblait craindre d'exercer son grand office de royauté , s'il n'avait pour raffermir la sage parole de sa mère. Elle le suivait partout, et aussi il la réclamait comme un conseil que Dieu même aurait mis à ses côtés. Les historiens disent que Blanche mettait , dans cette sollicitude pour la gloire de son fils , une sorte de domination inquiète qu'on eût prise pour une

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