‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 19 sur 59 · Athanagilde, roi des Yisigoths, avait deux filles · texte numérisé non relu

Athanagilde, roi des Yisigoths, avait deux filles

* Ouvrage déjà cité : Comment, rer. Germ, — Voir M. de Guigne » HùUdesHuns.-^Jâ, Fauriel et M. de Peyronnet ont juivi cette autorité.

Taînée Galswiate, la cadette Brunehaut (Brunehild); celle-ci, renommée pour sa beauté et pour sa vertu. Sigebert demanda Brunehaut en mariage, à condition qu^elle deviendrait catholique. La condition fut acceptée , et Brunehaut vint dans les Gaules mêler son génie de femme active et courageuse, intelligente et lière, aux passions fatales qui allaient déchirer la famille de Govis, et la souiller de meurtres nouveaux.

Chilpéric, jaloux de l'éclat qui fut donné à ce mariage par la solennité des pompes et des fêtes , demanda au roi visigoth sa fille aînée Galswinte. Pourtant il avait déjà donné le titre de reine et d'épouse à Audovère , une jeune fille simple et douce, dont il avait trois fils, Théodeberl, Clovis et Mérovée , et une fille Childesinde. Il lui fut aisé d'inventer des artifices pour éloigner Audovère, et d'ailleurs d'autres passions le sollicitaient. Quand sa couche parut libre, il redoubla d'instances auprès du roi visigoth; mais ses mœurs farouches et corrompues épouvantaient Galswinte et son père. Chilpéric eut l'air enfin de vouloir renoncer aux débauches; et Galswinte, vaincue par les prières, s'en vint dans les Gaules, portant en son âme de vagues présages de malheur.

Cependant Chilpéric l'accueiUit avec amour, et il lui donna pour apanage Bordeaux, Limoges, et quelques autres villes méridionales.

Mais auprès de lui était restée une femme, depuis longtemps maîtresse de ses pensées, pour laquelle avait été chassée Audovère , cette première épouse sacrifiée en apparence à la fille du roi visigoth. Cette femme était Frédégonde, nom sinistre, que Fhistoire ne redit qu'avec terreur.

Galswinte vit bientôt les intelligences adultères du roi avec Frédégonde ; et ne se jugeant pas de force à lutter contre le génie d'une telle rivale, elle demanda avec larmes de s'en retourner en Espagne pour toute vengeance. Frédégonde ou Chilpéric In délivra autrement. On la trouva morte dans son ht. Un cri de colère partit de toutes les Gaules et de l'Espagne à la fois. Brunehaut laissa surtout

échapper son courrouXj^rS'a voix, les trois frères s'unirent et parurent d'abor^ieJlit près de chasser du trône le farouche meurtrier ; mais bientôt il se releva pour des crimes nouveaux.

566. — Pendant ce temps, Caribert, le roi de Paris, mourut pacifiquement dans ses débauches. Chilpéric se jeta sur son royaume, et fit à ses frères la part qu'il voulut. Il les punissait d'avoir voulu réprimer ses fureurs. Après cela, les discordes de famille eurent quelque repos; dans cet intervalle parurent d'autres noms de barbares, qui vinrent prendre leur part dans les révolutions qui changeaient le monde.

Les Lombards (Longobards) étaient encore de^ peuplades germaniques qui arriyaientdu Danube. L'empereur Justinien, dans ses guerres /d'Italie, Ir-s avait laissés s'approcher, et il s'en était fait des auxiliaires contre les Goths. A la mort de Justinien , Justin, son successeur, témoigna peu d'égards à Narsos, ce général qui avait retrouvé des victoires pour l'Empire, dans sa décadence. Narsès se vengea en livrant l'Italie aux Lombards. Leur roi Alboin avait épousé Clodoswinde, fille de Clotaire, et ainsi il était beau-frère des rois francs. Ce lien de famille ne fut pas un tempérament à son ambition. Lorsqu'il eut l'ItaUe dans ses mains , il laissa se répandre une partie de ses barbares fmr la Bourgogne.

Gohtran avait la Bourgogne dans son domaine, etmême elle était devenue le titre de sa royauté. Au lieu d'Orléans, c'était Châlons-sur-Saône, qui était le siège de son pouvoir.

568. — ^^Gontran jeta à la rencontre des Lombards un capitaine habile, nommé Mummole, un homme de race gauloise, fils de Pœonius, autrefois gouverneur d'Anxerre. Mummole, à qui Gontran avait donné la dignité de Patrice, vengea les Bourguignons par l'extermination des Lombards. Après les Lombards s'étaient montrés les Saxons; Mummole les détruisit de même. Il est important de noter cette défense du sol par lie génie d'un Gaulois; déjà la nationalité sortait des désordres de la conquête. Nous ne parlons pas de deux évêques gaulois, qui prirent part à

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ces batailles contre les barbares. « Ce qu'il y a de pis , dit Grégoire de Tours, c'est qu'ils tuèrent beaucoup d'ennemis de leur propre main.» Alors, comme depuis, le sacerdoce chrétien avait horreur des meurtres; mais l'action des évèques Salone et Sagittaire n'indique pas moins un mouvement irrésistible de patriotisme.

Mais voici que les passions intestines éclatent de nouveau. Tandis que Gontran fait la guerre aux Lombards et aux Saxons , Sigebert , revenu de ses combats contre les Awares , veut s'étendre au Midi, et il jette sur l'Aquitaine des troupes désordonnées, troublant tous les partages qui avaient été faits , et faisant de tout le royaume un chaos. On dirait que l'histoire a voulu égaler cette confusion par la complication de ses récits ^ Il n'entre pas dans notre plan de la démêler.

Chilpéric se mêla aux guerres firaternelles avec son emportement ordinaire. Souvent il y eut des variations dans le mouvement de ses haines et de ses vengeances. Mummole , qui avait gagné des batailles pour Gontran contre les Saxons , alla en gagner pour Sigebert contre Chilpéric. Les évêques cherchèrent à désarmer les uns et les autres. Saint Germain, évêque de Paris, écrivit à Brunehaut une lettre touchante pour l'engager à se faire suppliante pour la paix auprès de son époux Sigebert. Mais rien ne tempérait Chilpéric. Il alla dévaster la Touraine et tout le centre des Gaules. « 11 y eut en ce temps , dit Grégoire de Tours, un plus grand gémissement quau temps de la persécution de Dioclétien. »

Et le bon évêque s'arrête dans sa douleur pour accuser les hommes qui , par leurs impiétés , ont appelé sur eux le courroux du ciel. Chilpéric était un formidable instrument de ces expiations. Deux de ses fils , Théodebert et Clovis, lui servaient d'auxihaires. Le premier atteignit auprès de Poitiers l'armée de Sigebert , commandée par le duc Gondebaut, et la détruisit dans une bataille.

* Toute cette partie de l'histoire de Grégoire de Tours est inextricable.

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Sigebert sollicita les secours ou rintervention de son frère Gontran. Alors il y eut une année de paix. Puis, Chilpéric revint^à la guerre. C'était son instinct. Il porta le pillage et le massacre dans la Champagne. Sigebert eut à se défendre. Il envoya contre Théodebert, sur la Loire, deux généraux habiles , Godegésile et Gontran Boson. Une bataille fut livrée ; Théodebert fut tué.

Tout à coup la fortune de Chilpéric parut fléchir devant Sigebert. Peut-être à ce moment Brunehaut sentit en son âme le plaisir de la vengeance. Tout lui devenait propice. Gontran, longtemps incertain dans ces querelles, cédait à Tempire des armes. Chilpéric restait seul. Tout son royaume s'ouvrait de lui-même à Tautorité de Sigebert. Il s'enfuit à Tournay.

575. — Là le génie de Frédegonde le suivit seul. Sigebert était allé porterie siège devant cette ville. Il rencontra Frédegonde pour toute défense.

Ici Grégoire de Tours s'arrête encore. A son récit il mêle des prodiges. Saint Martin de Tours se révéla par dos guérisons miraculeuses : une lueur brillante parcourut tout le ciel, comme ou l'avait vu avant la mort de Clotaire. Et puis l'historien redouble ses plaintes et ses cris de douleurs. « Il me peine de raconter les vicissitudes de ces guerres qui écrasent la nation et le royaume des Francs, et le pire des maux, c'est qu'en cela nous voyons le temps où le Seigneur prédit le commencement des calamités : Le père se lève contre le fils, le fils œntre le père, le frère contre le frère, le proche contre son parent. Ne devaient-ils pas être effrayés par les exemples des rois passés, lesquels, une fois divisés entre eux, étaient aussitôt accablés par leurs ennemis! » On voit que l'historien s'épouvante du spectacle d'atrocités qui s'annonce.

Frédegonde était donc toute la défense de Chilpéric dans la ville de Tournay. Elle appeUe deux hommes dévoués à sa volonté J ai pour elle toujours prêts au crime. Elle avait constamment auprès d'elle des gens de telle sorte , dit un historien. Elle leur met dans les mains deux poignards

166 HISTOIBE DB FRAlfCB.

empoisonnés •, et leur dit : « Voilà le seul moyen de sauver votre roi , votre reine et vous-mêmes. » Et en même temps elle leur explique le crime à commettre. Les dpux scélérats excités par les paroles de la reine, et d'ailleurs gorgés de vin •, se rendent à Vitriacum (Vitry) , dans le territoire d'Arras, comme pour saluer le roi Sigebert. On les laisse approcher ; et aussitôt ils frappent le roi de leurs poignards , et il tombe mort sous leurs coups. Ils frappa rent à la fois deux de ses chambellans , Charégîsile et Ségila ; mais eux-mêmes à l'instant assaillis par des Francs fidèles , furent mis en pièces et périrent dans leur affreuse victoire. Tout change de face. Chilpéric et Frédégonde sortent de Tournay , et vont au camp de Sigebert jouir de leur triomphe. Tout s'humilie devant les meurtriers. Frédégonde surtout étale ses joies. Ségila, Fun des chambellans frappés par les assassins, n'était pas mort de ses blessures. Il fallut achever le crime. On lui brisa les membres, et on le fît périr avec des raffinements d'atrocité. Quant au corps de Sigebert , on le déroba précipitamment à la vue de l'armée; on l'ensevelit dans un lieu caché , et plus tard il fut transféré à Soissons.

Les infidélités étaient promptes, chaque chef courait audevant du vainqueur. Chilpéric retrouvait son royaume , et le royaume de Sigebert acceptait son autorité. Brunehaut lavait été menée captive à Rouen ; la révolution paraissait 45onsommée.

Mais il se trouva deux hommes pour l'arrêter, ce Gondebaut et ce Gontran Boson, que nous avons vus dans la guerre contre Théodebert ; l'un vaincu à Portiers , mais Avec gloire, l'autre vainqueur dans la bataille où Théodebert avait péri : on croyait même que c'était lui qui avait tué Théodebert.

Ces deux chefs ont médité de rendre inutile le crime de Frédégonde et de Chilpéric ; ils veulent sauver l'héritage

' Grég. de Tours appelle ces poignards seramasaxou * InfeeH vino, — Grég. de Tours.

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de Sigebert et le rendre à son Ois , un jeune enfant, gardé captif dans une tour de Pans. Gondebaut est assez heureux pour exécuter ce dessein. Il pénètre dans le donjon, dépose Ghildebert, âgé de cinq ans, dans une corbeille, et le glisse le long du mur jusqu'à terre. Peu de jours après , il le montrait aux peuples d* Austrasie et le faisait proclamer roi«

Pendant ce temps, Gontran Boson s^etalt jeté vers la Touraine , cherchant à ranimer les restes d*un parti dont il était connu par son courage. Roccolène, général de €hilpéric , Vj suivit avec une armée , faisant marcher la terreur devant lui par les pillages et les massacres. Gontran s'alla cacher dans la basilique de Saint-Martin. C'était un asile sacré. Grégoire , Thistorien , était alors évêque de Tours, n défendit fièrement son privilège de liberté , disant au général exterminateur qu'il demandait ce qtii jamais ne 8'étaM fait dans les temps anciens , et qu'nn nepouraU lui accorder la violation delà sainte basUiqtie^. Et en même temps il lui prophétisait des punitions et des malheurs. Roccolène insistait. Il avait ravagé , hors des murs de la ville , la petite maison de Tévêque. Enfin , il se disposa à entrer de force. Mais , selon le pieux narrateur , Dieu défendit lui-même la basilique, et lorsque Roccolène la vint souiller par sa présepce , il fut frappé d'une maladie soudaine qui le remplit d'efiroi , et il s'en alla mourir à Poitiers.

Les événements commençaient à se mêler. Chilpérîc avait enToyé son fils Mérovée, dans ces mêmes contrées de Touraine ert de Poitou, pour maintenir son autorité sur l'Aquitaine. Mérovée , avons-nous dit , était fils d' Audovère, de cette première reine sacrifiée à Frédégonde^. Son origine apparemment lui était présente » et pour cela peutèlre il parut embarrassé de son rôle dans celte complicati<m de haànes qui désolaient les Gaules et déchiraient la famille des rois. Pamâ ce flot de pensées qui le troublaient, une pensée le doonina tout entier. U ttvnit vu Brunehaïut à

•* Liv. ▼.

168 HISTOIRB DE FRANCS.

Paris dans les premiers jours de son veuvage. Ses malheurs Tavaient louché , et son image Tavait suivi dans cette expédition de Poitou, où son nom avait paru à peine.

576. — ^Tout à coup il quitte l'armée. H va à Tours et se confie à Gontran qui Texcite à s'unir à Brunehaut par le mariage. De là il va au Mans visiter sa mère Audovère dans son asile sacré , et enfin il arrive à Rouen auprès de Brunehaut, et le mariage se fait par le ministère de Tévèque Prétextât.

A cette nouvelle , Chilpéric accourt, respirant la vengeance. Les deux époux se réfugient dans une église dédiée à saint Martin ; Chilpéric s'arrête comme désarmé devant cet asile, et sa colère se change en flatterie. Il appelle à lui les deux époux , il leur promet son amitié et finit par jurer qu'il reconnaîtra leur mariage. Alors ils cèdent. Chilpéric les accueille avec bonté et les embrasse. Mais bientôt il les sépare , pensant arriver à d'autres vengeances; il ne faisait que jeter des complications nouvelles dans ces drames infinis. Il ordonne à Mérovée de le suivre à Boissons, et il laisse Brunehaut s'en aller en Austrasie auprès de son fils le jeune roi Childebert. Brunehaut suscite aussitôt des guerres contre Chilpéric. La Bourgogne s'unit à l'Austrasie , et Mummole reparaît dans les batailles. Une armée de Chilpéric fut extierminéeprès de Saintes, A cette nouvelle , sa colère se tourna de nouveau contre Mérovée, et il l'envoya captif dans un monastère de Saint-Calais. Mais Gontran Boson , du fond de sa retraite de Saint-Martin de Tours, veillait sur sa liberté. Jl fit évader le jeune prince, qui alla s'abriter dans le même asile ; l'évêque lui avait d'abord résisté , effrayé qu'il était d'avance des vengeances de Chilpéric. Mais , dès qu'il l'eut admis sous le toit protecteur , nulle colère ne l'eût ébranlé. Chilpéric et Frédégonde envoyèrent d'horribles menaces. Grégoire se contenta de répondre que ce serait horrible de voir un évêque violer lui-même des franchises sacrées.

Mérovée *^sta donc quelque temps en cet asile; et Grégoire de Tours mêle, au récit de ce séjour, des aventures prodigieuses et romanesques. L'incident le plus inattendu.

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ce fut une perfidie de GoQtran Boson, que Frédégonde fit solliciter par des présents. « Elle le protégeait en secret, dit Grégoire de Tours, à cause du meurtre de Théode* bert. » Contran céda à la pensée du crime. U essaya de livrer Hérovée; mais la tentative échoua.

Enfin Chilpéric fît marcher des armées; et Mérovée, pressentant la multitude de ses périls^ s'échappa, et s'alla cacher dans les environs de Reims. Peu de temps après , il 7 était assassiné , et il se trouva des gens pour dire qu'il s'y était donné la mort.

En même temps , Chilpéric faisait faire un procès canonique à révêque Prétextât, qui avait marié Brunehaut au fils de son beau-frère. Les règles ecclésiastiques couvraient une vengeance de plus ; Prétextât fut exilé.

Cependant il se tramait sourdement des réactions contre la puissance formidable de Frédégonde. Des trois fils d'Audovère , première femme de Chilpéric, il en restait un seul, Clovis , prince inerte et obéissant. Son nom seul pouvait être un ralliement pour les complots. Et, en efTet, quelques chefs de cabale le mêlèrent à son insu dans les conspirations. Us ne firent que le dévouer à des haines inexorables.

578. — Au milieu de ces agitations de palais, Frédégonde avait perdu trois enfants ; c'était vers eux qu'elle dirigeait tout le profit de ses crimes. Ces morts l'excitèrent au lieu de l'apaiser. Dieu vengeait ses fureurs , et elle se vengea par des fureurs nouvelles. Elle fit accuser Clovis , par une femme scélérate et vendue , d'avoir empoisonné ses jeunes frères. On le poignarda, et quelques-uns encore, celte fois, firent semblant de croire que c'était lui qui s'était frappé d'un glaive. Ce n'était point assez. L'accusation alla atteindre Audovère, l'infortunée reine, qui vivait cachée dans son monastère du Mans. On la fît mourir sans bruit. Une dernière fîlle , jeune enfant inoffensif, survivait à tout ce massacre. On l'emprisonna dans un cloître. Enfin la malheureuse femme , qui avait servi d'instrument aux accusations contre Clovis , couronna par sa mort ces barbaries ; elle fut livrée au supplice , et elle mourut en maudissant ses mensonges.

170 sisîpamE de ^ raimss.

Telle était la carrière sanglaOite où se traînait Chilpéric, à la suite de Frédégonde. Laissons respirer Thistoire; nous retrouverons tout à Theure le ûl d^s atr<»cités.

Gontran , le roi de Bourgogne , avait perdu &es deux fils [577]. Il adopta le j««ne roi Childebert , âgé de sept ans. Cétoit peut*ètre une inspiration politique de Erunefaaut, dont le génie n'était pas sans action sur les conseils dB TAustrasie. « Que le même boiuclier nous couvre , que la :nième baohe nous défende, dit Gontran, dans une réoeption solennelle à son neveu. S'il m' arrivait d'avoir d*autr^ fils, tu n'en resterais pas moins mon fils, et je te garderai à jânaais l'amour qu'aujourd'hui je te promets devant Dôeu. » Telle fut la formule de l'adoption *. Chilpéric eut à opposer som courage opiniâtre et dur aux difQcultés qui liti vinrent soudain de cette alliance. La Bretagne avait •été excitée contre lui. Il envoya des armées pour ramenetr robéissance; elles furent battues. Puis il fit la paix; elle fut rompue» La gueorre toutefois était sans succès décisii On n'arrivait qu'à désoler la Bretagne. L'évèque de Rennes fît vaiaement entendre la voix de l'humanité ; des ilâaxtcôtés, on se plaisait aux ravages et aux destructions.

581. — «CeipiendantCMpéric, au milieu des bataHlea, sonl^ii. aux finesses da la politique. L'alliance de l'Austraflie et de la Bourgogne lui pesait comme une fatalité , devanl laquelle devait disparaître sa fortune. Il s'appliqua à la défaàre/ Gontran arait adopté Childebert ; ne pourrait^ il pas l'adopter à son tour et lui ouvrir un avenir plus biillant encore? Chilpéric était puissaoït et redouté ; ses négociations devaient réussir. Il j eut um traité qu'il eut l'habileté de faire solliciter par les ministres de Childebert. m II ne me reste pas de fils ., idit-<il à son tour ; c'est une imnitû^n de mes péchés; je n'ai d'autre héritier que le fils démon frère, le roi Childebert; qu'il hérite donc de toot ce que j'ai pu acquérir ; mais que je le conserve tant que je vivrai, sans «contestation et sans scrupule *. » Cette ré-

* Gr^. de Tours. Liv. vi.

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serve laissait survivre des prétentions détente sorte. Alors tout se mêla borriblementidans les Gaules. Les incertittvdes des partages qui avaient été faits à la mort du roi Sigebert donnèrent lieu à des conflits et à des batailles, dont le but môme était douteux. (Test vers TAquitaine surtout que se portaient les armées des rois. L'Austrasie réclamait Poitiers et Marseille. Ce fut le prétexte d'une guerre qui ressembla à une mêlée atroce. Tout le centre des Gaulée en fut écxasé ; ce vaste désordre ne profita qu'à Cbilpéric.

Et cependant pour soutenir ces guerres si compliquées, il eut à établir des impôts nouveaux qui le rendirent odieux aux peuples qui étaient sous sa loi. Il y eut des rébellions en quelques lieux . A Limoges , on voulut tuer le référé n? âaire de ChilpéBic; qu'on accusait d'avoir inventé les taxes nouvelles. Dans toute la Nenstrie il 7 eut des clameurs , et um grand nombre de citojrens s'en allèrent cacher leur fortune en d'autres pays. Le clergé, cette fois encore, élevâ la voix pour le peuple. Cbilpéric n'écouta rien. Il réprima les porètres et décapita les laïques. Ce nom de Cbilpéric devint formidable à l'égal de celui de Néron ^

Mais voici que des intrigues de palais viennent multiplier la confusion. L'Austrasie, ayant un enfant pour roi , était déobirée en plusieurs factions, dont la pensée intime senait 'difficile à pénétrer peut-ètie à la distance où noua sommes aujourd'hui de ces temps, mais dont le caractère extémeur peut 'cepen dan tiètre reconnu.

L'intérêt gallo-romain n'aivait pu être absorbé par la dooiiiiatioai Franqae, et les rois qui étaient contraints de subir cette réaction naturelle du pays, se trouvaient par'lè même exposés à heurter d'intérêt germanique , dont ils semblaient être l'expressioB.

De là , des conflits ardents et des oppositious personi&eiles qui expliquent, sans les justifier, plusieurs des grands crimes de cette époque. Apparemment les meurtres ne furent pas toujours commis par une certaine volupté'de tuer , qui serait le dernier degré de la barbarie ; ils

' Galllaame de Tours. Liv. ti. Nero nostri temporis et Herodei,

furent aussi une conséquence fatale des rivalités de factions, et des passions contraires de la soiAnission et de la conquête, passions souvent représentées à la fois dans l'exercice du commandement.

Ces conflits furent plus libres partout où le pouvoir ne fut pas fort ^ Un historien explique de la sorte le meurtre de Sigebert, où avaient été mêlés quelques-uns de ses Leudes, par opposition à son système intermédiaire de royauté, et aussi par opposition personnelle à Tinfluence anti-germanique de Brunehaut.

C'est pourquoi, sous le règne de son fils Childebert, les ambitions contraires furent plus ardentes encore.

Brunehaut vit naître et grandir un parti d'opposition formidable , conduit par Ursio , Berktèfried et Gogo , le maire du palais. Et, chose singulière! à ce parti se mêlait, comme instrument actif, un gallo-romain, Œgidius, évêque de Rheims, dévoué à Frédégonde. Brunehaut chercha à créer un parti tout opposé; à sa tête marchait Lupus, duc de Champagne , un des plus puissants personnages qui restaient de la vieille Gaule.

Mais les intérêts contraires de ces partis jetaient tour à tour la politique de TAustrasie en des mouvements trèsopposés, et tout le génie de Brunehaut ne pouvait suffire à faire prévaloir une pensée plus royale et plus uniforme.

Les deux partis en vinrent à de véritables batailles; Brunehaut intervint par son autorité , on méconnut sa voix. Lupus fut obligé de céder : c'était un présage sinistre pour elle-même.

Les Leudes Austrasiens ne s'arrêtaient pas dans leurs projets de réaction. Ils allaient jusqu'à la pensée du détrônement de Childebert. C'était un dessein longuement préparé, et, ^our la facilité de l'exécution, on faisait reparaître sur la scène un prince mystérieux qu'on disait être un fils de Clotaire I", lequel avait disparu d'une façon romanesque , mais était resté dans la mémoire des Gaulois^

' M. Fauriel.

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sons le nom de Ballamer '. Ce personnage extraordinaire était passé en Italie , an temps de Narsès , et pois Femperear Favait fait élever à Constantinople , pour an ayenir incertain. Son nom rentable était Gondovald.

581. — Cest ce prince que le parti Austrasien voulait faire revenir de Constantinople pour s* en faire un instrument.

Mais il fallait à la fois s*assurer des alliances, soit du côté de Chilpéric, le roi de Neustrie, soit du côté de Contran , le roi de Bourgogne , tous deux également prompts à tirer profit de la royauté d'un enfant ainsi disputée par des factions.

583. — Chilpéric fit maintenir son alliance. Cependant un fils lui était né , qui dut rendre douteux TefTet de Fadoption publique qu'il avait faite de Childebert. On fit semblant de croire à sa bonne foi. H avait été convenu , au partage de la succession de Caribert , que nul n'entrerait dans Paris sans le consentement des deux autres. Chilpéric 7 entra pour faire baptiser son fils , se faisant précéder d' œuvres éclatantes de miséricorde; et nul n'osa protester contre cette violation des promesses. Chilpéric semblait être de- Tenu le maître de toutes les Gaules.

Pendant ce temps , la conspiration Austrasienne suivait son cours. Rien de plus compliqué que cette trame.

Contran Boson , ce personnage d'un caractère ambigu» tour à tour fidèle et perfide , était entré dans le complot» et même il avait été chargé d'aller chercher Gondovald à Constantinople. Dès que ce prétendant avait touché Mar^seille , tout s'était rompu. Mummole , cet autre capitaine Burgonde, dont Fépée avait servi à des causes diverses > devait recevoir Gondovald et lui prêter Fappui de son génie. Mais à ce moment même Contran trahit la conspiration, n s'empara du trésor du prince qu'il emmenait, et le partagea avec le préfet qui gouvernait Marseille pour le roi Contran. Mummole était embarrassé de la garde du prince dont on voulait faire un roi, et Contran Boson son*

* Grég. de Toors. liv. n.

174 mSTOIlE DE FRANGB.

geait à d'autres perfidies. II était devenu suspect au roi Gontran. Pour s'assurer rimpunité , il promit de lui livrer Mummole. On le chaînée d'aller Farcèter à Avignon:. Mummole lui tendit un piège. Il lui laissa sur le bord du Rhdne des barques toutes prêtes pour le passage ; quand les soldats de Gontran Boson y furent entrés , les barques se rompirent, et tout s'engloutit dans les flots; Boson échappa à cette ruine, et il put encore jouer un rôle dans le drame mystérieux de Ballomer. Une horrible confusion continuait dans les intrigues, et l'histoire se perd en ce dédale. C'est une nuit profonde , mais pleine de crimes.

Une chose fut remarquable dans cette complication d'intérêts , qui donnaient heu à des batailles sans but manifeste. Chilpéric s'était jeté dans le Berry et dans l'Aquitaine , pour reprendre ou pour disputer des viUes que le roi de Bourgogne revendiquait. Quel que fût le droit , Chilpéric traînait après lui le gouvernement de Childebert. Mais l'armée austrasienne ne suivait pas le même mouvement. Une nuit, tous les soldats se mettent en révolte. Ils poussent des cris et font entendre des menaces. « Que ceuxlà , disaient<ils , disparaissent de devant la face du roi , qui trafiquent de son royaume , et vendent ses villes à une domination étrangère, et son peuple à l'empire d'un autre roi *. » Cest Œgidius et les chefs de la cabale franque qui étaient l'objet des murmures. Il fallut, au matin , les faire disparaître pour les soustraire à la rage du peuple. K'étaitce pas une réaction du patriotisme austrasien ?

Alors il y eut encore un retour de pohtiqiie. On revint à l'alliance de Gontran ; et cette fois Chilpéric s'effraya des smtes d'une révolution qui semblait être autre chose qu'un caprice.

Le génie de Frédégonde paraissait avoir disparu des événements , mais Q régnait sourdement dans la maison de Chilpéric.

Le fils qu'eUe avait eu naguère venait de mourir. Ce fut

• Grég. de Tours. Uv. u.

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fouT elle une immense douleur , et voici quelle en fut la consolation.

Sur des rumeurs de palais , elle imagina que son ^ant éiail mort par des sortilèges. Le nom de Hummole , préfet du palais de Chilpéric , afvait été mêlé à ces rumeurs. Som crime , disait^n , était d'avoir dit qu'il avait des préservatifs mystérieux contre la maladie dont éiait mort le jeune princeu La reine aussitôt fit saisir quelques femmes dans la ville de Paris , et les livra aux tortures. Dans Thorreur des supplices elles s'avouèrent sorcières , et elles déclarèrent qu'elles avaient pris la viedu fils de la reine , pour

^ celle du préfet Miimmole. Alors on les assomma ou on les

brûla, ou on leur brisa les os en les attachant à des roues.

Après cette atrocité , Frédégonde alla trouver Chilpéric

i Compiègne, et lui raconta ce qui avait été dit de Mum-

' mole parmi ces scènes de barbarie. Chilpéric appelle Mum-

mole et l'interroge , et comme il niait toute complicité dans ces infamies , on le met à la question, on l'attache à un poteau et on cherche par des tortures à lui arracher des accusations contre lui-même. Tout ce qu'il confessa , c'est

'^ qu'il avait pris de ces fenmies quelques breuvages pour

s'assurer les bonnes grâces du roi. £t comme après avoir été détaché du poteau , l'officier , fort apparemment de son innocence, fit dire au roi qu'il ne sentait plus les tour-

> ' mcnts qu'on lui avait fait subir , le roi furieux fit redoubler

le supplice. N'étaitr-il pas sorcier, en effet , celui qui pou-

^ ' vait ainsi ne pas ressentir les déchirements ? On retendit

sur des roues; les bourreaux fatiguèrent leurs bras à le meurtrir ; on lui entra des bâtons aigus dans les ongles des pieds et des mains. Et enfin on levait le glaive pour l'achever, lorsque la reine miséricordieuse lui fit grâce de la

:\i - vie. On le jeta, ainsi pardonné, sur un chariot, et on l'en-

voya vers Bordeaux* Le malheureux mourut en route.

u ' Une autre distraction à la douleur de Frédégonde , ce

ui> fut le mariage de sa fille Rigunthe avec Récarède , fils de

Leugivilti ,*roL des Visigoths. Ce mariage eut de la pompe.

Cc^' Un immense cortège suivit la princesse par tous les domaines de Chilpéric « dans L'Aquitaine ; mais ce fut une

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dévastation plutôt qu'une fête nuptiale. Les peuples furent écrasés par ce passage, qu*on eût pris pour une invasion d^ennemis.

S84. — Pendant ce temps , une autre scène se passait ailleurs. Chilpéric était allé dans une maison de plaisance, à Ghelles , à peu de distance de Paris , pour se livrer au plaisir de la chasse. Un soir , rentrant chez lui , comme il descendait de cheval en s'appuyant d'une main sur Tépaule d'un de ses serviteurs, un homme s'approcha , armé d'un couteau, et le frappa de deux coups dans le flanc. Tout son sang s'épandit par cette double blessure , ainsi que par sa bouche , et il rendit ainsi son âme inique, dit Grégoire de Tours. C'était le commencement des meurtres qui allaient dénouer ce long drame d'atrocités.

La mort de Chilpéric parut comme une éclatante vengeance du ciel. Chilpéric était odieux dans toutes les Gaules , et cette haine se conçoit après le rapide récit que nous avons fait de ses crimes. Jetons un dernier regard sur ce caractère de roi ; c'est Grégoire de Tours qui va nous résumer cette affreuse histoire. L'énergie même de son tableau nous fera connaître ces temps que nous disons barbares , qui Tétaient sans doute , en bien des choses, mais dans lesquels il est beau de trouver toujours les protestations éloquentes du clergé contre les crimes qui foulaient le peuple.

« On a vu , dit Grégoire de Tours , par ce qui précède , quelle fut la perversité de ce roi. Souvent il porta la dévastation et l'incendie en plusieurs pays. Ce spectacle, au lieu de le remplir de douleur , le comblait de joie : on eut dit Néron , lorsqu'il déclamait des tragédies parmi les flammes de son palais. Souvent aussi il punit les particuliers pour ravir leurs biens. Peu de clercs de son temps parvinrent à l'épiscopat : livré aux plaisirs de la table et se faisant son dieu de son ventre, il imaginait que nul n'était plus sage que lui. Il fit deux livres de poésies ; il prétendait imiter Sédule V Mais ses petits vers débiles ne se tien-

^ L'historien dit : Qvtasi Sedulium meditatus. C'est la même pensée.

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lient pas sur leurs pieds; ignorant qu'il était, il mettait des brèves pour des longues et des longues pour des brèves *. Il fit aussi d'autres opuscules, des hymnes ou des messes, qui ne sauraient être adoptés en aucune façon. Il avait en haine la cause des pauvres. Habituellement il blasphémait les prêtres du Seigneur , et, quand il était retiré loin du monde, sa satire mordante et railleuse ne s'exerçait sur aucun sujet plus volontiers que sur les évêques. L'un était léger, l'autre était superbe, celui-ci bavard, celui-là débauché, cet autre arrogant ou vain. C'est aux éghses que s'attaquait sa colère de préférence. »

a Notre trésor reste pauvre , disait-il souvent, voilà que nos richesses sont aux églises. Nul ne règne, si ce n'est les évêques; il n'y a plus do pouvoir pour nous, tout est passé aux prélats des cités. Et parlant ainsi, il cassait les testaments qui avaient les églises pour objet, et même ^ il annula les prescriptions de son père à cet égard , pensant qu'il ne resterait plus personne résolu à garder sa volonté. Pour ce qui est de ses débauches , on ne saurait concevoir dans la pensée une infamie qu'il n'ait réalisée dans ses actes. Il épuisaitson génie à chercher des moyens d'écraser le peuple. S'il trouvait des coupables, il leur faisait crever les yeux , et dans les ordonnances qu'il adressait aux juges pour ses affaires, il ajoutait : Si quelqu'un a méprisé nos ordres, qu'on lui arrache les yeux. Il n'eut d'affection pure pour personne, et aussi personne ne laima ; et lorsqu'il eut rendu l'esprit, tous les siens s'éloignèrent de lui. Une resta que Mallulfe, évêque de Senlis, qui depuis trois jours était sous la tente, sans pouvoir aborder le roi; quand il le sut mort, il s'approcha. Il lui lava le corps, le couvrit d'autres vêtements, passa la nuit à dire des hymnes, le mit sur une barque, etTalla ensevelir dans la basilique de

Sédulius est du v* siècle. 11 reste de lai des hymnes sacrées et un poème intitulé : Carmen paschale.

* beaucoup de savanls liommcs, de nos jours, en fcrairnt autant. La moquerie de Tliistorien caractérise le temps dont il parle , temps mêlé de barbarie et de savoir, d'études laUnes et d'ignorance.

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St-Vincent , laissant la reine Frédégonde dans sa cathédrale. »

Tel fut Chilpéric et tel fut ce temps. Il y a dans ce tableau de Grégoire de Tours, toute une appréciation d'un siècle.

L'histoire pourtant n'a pas levé le voile qui couvre sa mort. Tour à tour elle a accusé Frédégonde et Brunehaut; celle-ci, à cause de tant de crimes qu'elle avait à venger; Frédégonde, à cause d'une ignominie de plus qui venait s'ajouter à sa vie. On raconte qu'elle s'était abandonnée à l'amour d'un officier du palais, nommé Landry, et qu'elle avait imprudemment laissé échapper le secret de cette passion. C'est pour prévenir la fureur du roi qu'elle l'aurait fait assassiner. Ce n'est là qu'une conjecture romanesque; Chilpéric était nécessaire à Frédégonde : leurs crimes leur servaient de lien mutuel.

Que l'histoire n'accuse pas non plus Brunehaut. Le meurtre de son ennemi pouvait lui sourire ; mais nulle trace ne paraît de sa complicité. Les fureurs de Chilpéric avaient attaqué tout le monde, et l'histoire n'a pas à s'étonner qu'il se soit trouvé des haines capables de le frapper d'un poignard.

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