‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 2 sur 59 · T1 AVIS · texte numérisé non relu

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tudes de chaque époque , n'est plus qu'une théorie sans réalité , un système sans application , une philosophie même sans vraisemblance.

Sous ce double point de vue, rien n'a manqué aux mutilations ^e notre magnifique histoire nationale. Et aussi lisez-la dans les livres modernes, après Tavoir étudiée dans ses monuments, vous la trouvez méconnaissable. Les profanateurs ne lui ont épargné aucune dégradation , aucune souillure.

Grâce au ciel ! un mouvement de réaction se fait de nos jours contre cet horrible système de sacrilège historique. Une sorte de piété s'est éveillée au fond des esprits pour les vieux âges. Je ne dis pas que Vhistoire est déjà pleinement assurée d'échapper à cette théorie de dénigrement philosophique, ou à cette méthqde d'érudition pédante , qui désenchante les siècles aoti-> quèS , et lés dépouille de leur poésie , c'est-à-^ire de leur vérité même. Mais du moins le moment est propice pour faire apparaître les monuments historiques d^n^ leur simplicité primitive et pour laisser à la poussière des temps ce qu'elle a de vénérable.

J'ai voulu restituer à l'histoire son caractère. Le passé ne saurait être instructif, s'il n'a point sa naïveté.

C'est pourquoi j'ai interrogé les vieilles mœurs, les vieilles idées , les vieilles lois ^ la vieille foi , le vieux langage y tout de qui exprime la vie morale et politique d'un peuple, avec ses besoins, aveo ses penchants , avec. ses préjugés.

Et si je ne me fais illusion à tnoi-méme , l'histoire de France , ainsi vue dans les monuments de chaque siècle^ devient tout aussitôt d'un intérêt qui vous domine. Souvent vous marchez dans la nuit ; lés temps sont obscurs, les événeùieuts confus, les personnages peu saillants. Mais bientôt la lumière jaillit. Vous voyez de grandes

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figures sortir des ténèbres. Les institutions se découvrent. Les événements se simplifient. Et les temps les plus démenés eux-mêmes ne manquent plus d*un certain charme^ parce qu'au lieu d'être jugés avec la pensée d*un temps postérieur, ils sont connus avec leur propre pensée^ C'est là toute la vérité de l'histoire.

Or voici un singulier contraste. Décidé à vaincre ces impressions d'ennui qui semblent fatalement attachées à l'étude de l'histoire de France , je suis soudainement arrivé à des impressions toutes contraires. Les vieux temps , étudiés dans leur naïveté ,• se sont montrés avec un caractère de séduction , dont je n'ai plus eu qu'à me défier. Là où j'attendais le dégoût, l'admiration m'a surpris. Je cherchais l'intérêt , j'ai trouvé l'enthousiasme.

Il s'ensuit qu'une crainte entre présentement dans mon esprit , c'est d'être inhabile à communiquer ces impressions qui ont saisi ma pensée ; si l'histoire de France reste sans charme dans mon travail , il est trop manifeste que ce sera ma faute, et non point celle des vieux temps.

Toutefois je veux être accusé ; je ne veux pas accuser mon sujet.

Je veux que mon sujet reste grand et dramatique, dans la pensée des hommes , même quand je n'aurais pas su l'animer par mes récits. Ce sont les écrivains qui sont coupables, ce n*est pas l'histoire. Et si cette con- "riction reste profonde , il viendra quelque jour un génie heureux pour la réaUser par tm chef-d'oBuvre.

Pour moi , j'aurai tout ce qu'il me faut de gloire , si j'ai fait une œuvre patriotique. Ma pensée est chrétienne et nationale , monarchique et populaire. C'est la pensée qull m'a semblé voir jaillir vivante et féconde de toute la suite de nos révolutions. '"^

L'histoire vue sous cet aspect de vérité peut avoir une puissante action sur les idées contemporaines , et même

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sur la marche de Tavenir. Je souhaite que mon travail accoutume les hommes de cette époque à se rattacher à tout ce qui a fait la grandeur et la liberté de ma patrie.

Je n'ai point fait un ouvrage exclusif d'érudition ou de chronologie , ou de philosophie , ou de législation , ou de politique. J'ai cherché à tout embrasser , les vues morales et les vues techniques , les recherches de la science et les impressions de la poésie.

Mon ouvrage est rapide. Je n'ai point perdu de temps aux batailles et aux sièges, selon l'ancien système descriptif, à moins que quelque glorieux épisode n'ait arrêté ma plume , comme la bataille de Poitiers , ou celle de Bouvines, ou le siège de Paris. Mais j'ai été curieux à retrouver la trace des vieilles mœurs , des habitudes générales, des croyances publiques. Jai interrogé les chroniques, et, au lieu de les citer, je les ai souvent copiées. Gela même concourt à raviver la physionomie des siècles.

Il y a des doctes qui se plaindront de ne pas voir constamment des indications d'autorités au bas de chaque page de texte. Je les préviens que je me suis dispensé de citations , lorsque je n'ai eu qu'à raconter des faits qui sont comme le domaine et le fonds de l'histoire : il m'a paru que les témoignages devaient être réservés pour servir de confirmation à des jugements nouveaux , ou à des révélations précédemment inaperçues.

L'érudition est désorawiis trop facile. Les travaux des savants français , depuis les Bénédictins jusqu'à Mademoiselle de Lezardière, depuis Baluze, Duchesne ou Pasquier , jusqu'au coml^ du Buat , ou à M. Ouizot et M. Petitot , l'ont mise so»4S la main de chacun. Ce qui reste difficile , c'est le ch*oix de l'érudition , ce choix qui tient à un certain sens historique mêlé de probité et de patience , et sans lequel H n'y a pas d'autorité.

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