‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 43 sur 59 · LOUIS D'OUTRE-MER · texte numérisé non relu

LOUIS D'OUTRE-MER

On alla recevoir Louis à Boulogne avec de grandes marques d'honneur. Sa mère Ogive était restée en Angleterre , peut-être par une condition imposée , afin que le jeune monarque appartînt plus pleinement aux grands qui le rappelaient.

Juin 936. — Il n'avait que seize ans, et il arrivait dans un royaume inconnu. Hugues le Grand se présenta à lui , moins comme un ministre que comme un maître. Toutefois, des factions jalouses subsistaient, et au bout de quelque temps le jeune roi crut s'affranchir, en sacrifiant Hugues à leurs inimitiés, et rappelant sa mère pour user de ses conseils. Il ne fit que changer de périls.

Alors les intrigues commencent à s'agiter. Hugues ^ suivant sa coutume, va s'affermir par l'aUiance d'Héribert, ou plutôt par ses révoltes, lui laissant l'odieux des guerres civiles, et s' appliquant seulement à en profiter [937], Use fait des raccommodements, et puis encore des brouilleries, et pendant ce temps les partis étrangers menacentla France. Les Hongrois reparaissent. Les Normands ravagent la Bretagne. En Allemagne, Othon, fils de Henri, dit l'Oiseleur, devenni roi , s'agrandit et se rend formidable. La Lorraine s'était livrée à son père. Il la retient par le lien de l'hommage. La Bourgogne proprement dite et la Bourgogne

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Transjurane avaient eu leur révolution ; celle-ci transfor*mée en royaume par Rodolphe, était passée à son fils Ro»dolphe II,, et ensuite à son fîls Conrad, jeune enih^âi d'uû avenir douteux. Olhon se fait déclarer tuteur de Conrad, et ainsi il menace doublement la France, par ]a Lorraine et par ritalie. L'autre Bourgogne constituée en duché, restait en possession de Rodolphe, fils de Richard le Justicier.. Hugues le Grand, accoutumé à élever sa destinée ,s cherche TalUance d'Othon. Il avait, avons-nous dit,-, épousé la sœur d'Ogive, mère du jeune roi de France,;^; mais , peu de temps après , sa femme était morte. Il recherche la sœur du roi Othon, et par ce nouveau mariage* il se place en présence de la royauté de Louis , commeune menaçante rivalité. Les grands se divisent entre ces deux puissances. Le duc de Normandie prend parti pour Hugues le Grand. Le roi trouve des fidèles ; mais la jalousie les attire plutôt que le zèle. Les évêques paraissent incertains dans le devoir. Cependant la guerre ayant éclaté, quelques-uns d'entre eux qui suivaient le roi, frappent, d'excommunication le duc de Normandie et le comte Héribert, l'un pour avoir brûlé quelques villages du comto^ de Flandres, ûdèleau roi; l'autre pour retenir des terresde l'abbaye de St-Remi de Reims. C'était en ce temps de^ foi une défense formidable. Les factions s'arrêtent. On^ fait une trêve; la Lorraine revient au roi ; en même temps., des révolutions éclatent dans la Germanie ; et Louis sus^ pend un instant les guerres civiles en montrant la guene étrangère.

• Othon venait de voir son frère prendre les armes contre lui, et se liguer pour cela avec le duc de Franconie, frère de Conrad, qui avait été roi de Germanie, à l'extinction' de la branche germaine de la famille de Charlemagne. Louis crut politique de se déclarer pour l'anarchie, et c'était peut-être une diversion. Gilbert, duc de Lorraine, récemment revenu à lui, le poussait aux armes. Othon avait pressenti le péril. Des deux côlés on se précipite. Le roi Louis s'empare de l'Alsace; le roi Othon ravage I9 Lorraine^ puis il repasse le Rhin, bat les rebelles et at-^

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laque Brisac. Les deux chefs de la rébeUion veulent faire lever le siège. Les généraux d'Othon surprennent leur armée dans son camp ; le duc de Franconie est tué à table, ai le duc de Lorraine se noie en voulant passer le Rhin a la nage. Tout change aussitôt d'aspect.

939. — Gerberge, duchesse de Lorraine, était restée à Liège, pour défendre celte place. Elle refuse d'y recevoir Henri, frère d'Othon, qui va solliciter la clémence du vainqueur; le roi Louis court en Lorraine pour retenir la fidélité des peuples ; et, peu de jours après, il épouse la veuve du duc. Celait un coup de hardiesse politique où se révélait un prompt instinct de la défense. Mais les événements étaient plus prompts encore. Othon poursuit ses victoires. Il reparaît en Lorraine, et tout revient à lui. Jusque-là Hugues le Grand et le comte Béribéri s'étaient abstenus de batailles. A la vue des disgrâces de Louis<, ils reprennent leurs intrigues armées, Hugues avec des vues de domination générale , Héribert avec des prétentions d'agrandissement bornées à des possessions de châteaux forts ou de cités. Une des ambitions d'Hériberl était de faire jouir son ûls de l'archevêché de Reims, qu'il lui avait fait assurer dès Tâge de cinq ans. Tel était le désordre de ces temps. Le roi résistait ; l'archevêque de Reims sou*tenait son droit. Mais tout était confus, et les princes ne craignaient pas de transformer les titres des évêchés ea titres de domination pohtique, et les lois canoniques d^ vaient céder aux prétentions de l'anarchie.

Hugues et Héribert, ligués par des intérêts de nature diverse, font la guerre au roi; ils s'emparent de Reims, et vont mettre le siège devant Laon. Le roi court lever une armée en Bourgogne ; Laon résiste intrépidement ; et dès que le roi paraît, les deux rebelles lèvent le siège et vont à la rencontre d'Othon, qui venait à leur secours; ils le re^ connaissent pour leur roi à Atligny, et lui font hommage. C'était le dernier indice de la dégradation de la royauté Franque.

941. — ^Peu après, une trêve est convenue entre les deux rois ; mais la rébellion suit son cours. Héribert, autrefois

maître de Laon, tenait à la reprendre. Les efforts se dirigent de nouveau de ce côté; le roi accourt pour soutenir la ville ; une bataille est livrée ; le roi est vaincu. Tout semDle désormais lui échapper.

Toutefois, quelques événements semblent arrêter cette décadence précipitée. Les grands d'Aquitaine, jusqu'alors douteux, lui viennent faire hommage, et s'offrent à lui pour le défendre. En même temps, il lui naît un fils, et l'espérance commence à lui sourire. Enfin, le pape Etienne VIII, dont il avait sollicité l'intervention, envoie un légat pour désarmer l'anarchie et rendre aux lois civiles et *ecclésiastiques leur autorité. Le royaume alors respire un moment [942].

Mais les querelles privées font reparaître les batailles» Deux comtes , celui de Flandres et celui de Ponthieu se font la guerre. Hugues le. Grand s'abstient d'y prendre part , quoique suzerain de Ponthieu. Le duc de Normandie, sage jusqu'à ce moment, prend les armes à sa place, et va battre les troupes du comte de Flandres; puis il s'en revient à Rouen , n'aspirant plus qu'à vivre en paix avec Dieu et avec lui-même. Le comte de Flandres, avide de vengeance ,• dissimule son injure , et sollicite le duc de venir traiter de la paix dans une conférence qu'il propose sur la Somme , près d'Amiens. On arrive des deux côtés avec douze cavaliers armés. Le duc Guillaume ne soupçonnait pas des pensées de crime ; et , comme il sortait seul de son bateau , il fut percé de poignards par quatre affidés du comte de Flandres*. Prince d'une étonnante destinée ! Il sembla d'abord imposer l'ignominie au royaume de France ; et puis il ne ût que donner un frein à la barbarie normande. L'établissement du duché de Normandie, ce premier démembrement de la monarchie , a souvent été montré dans l'histoire comme une calamité politique due aux grandes faiblesses de ce temps; mais aussitôt l'événement le fait tourner à l'avantage national , par l'action suprême du christianisme, qui dompte la con-

* Raoal Glaber. Liv. m.

qnète et discipline la domination. C'est une chose admirable de voir avec quelle promptitude le duc Rollon s'identifie avec les intérêts chrétiens^ en se séparant de l^intérêt des invasions qui continuent encore, et qui, n'ayant plus de centre dans les Gaules, vont se perdre isolément du côte de la Picardie ou de l'Aquitaine. Ce qu'il y eut de plus fatal dans l'institution du duché de Normandie, ce fut cette espèce de droit de possession concédé sur les terres d& Bretagne , pour les faire servir d'aliment à la conquête. Mais l'histoire , en déplorant les malheurs des peuples^ ne perd pas de vue les résultats plus généraux des événements ; et , au travers de cette épouvantable calamité d'une nation qui vient s'établir sur la tête d'une autre nation» elle voit l'action puissante qui entraîne tout vers le Christianisoie, et, par la conversion des barbares qui ont touché les Gaules , achève la grande unité morale , qui désormais doit embrasser toutes les parties de l'Europe.

Le duc Guillaume fut l'un des instruments de cette force mystérieuse de civihsation ; un instrument supérieur s'était déjà révélé, à savoir la race de Robert le Fort. Hugues le Grand , qu'on ne voit occupé qu'à ses desseins de domination , reste fidèle à cette idée. C'est lui qui fait Rollon chrétien; et cependant il garde l'épée pour en frapper les Normands qui apparaissent en dehors de l'étabhssement politique de la Normandie. C'est un double caractère qu'il faut saisir. Et de même, dans l'action des événements et des personnages, il est important de reconnaître ce qui est personnel et ce qui est public. Guillaume et Hugues le Grand ne sont pas seulement des chefs ambitieux qui font des invasions ou des crimes, ce sont des génies qui maîtrisent l'anarchie et servent à la préparation de l'ordre.

Reprenons les temps. Le roi Louis, qui ne manquait ni de courage ni de prévoyance , songea tout aussitôt à reprendre la Normandie. Guillaume laissait un jeune fils , nommé Richard. Le roi courut à Rouen, feignant de le prendre sous sa tutelle ; mais on soupçonna qu'il voulait l'enlever pour ses desseins. Les grands et le peuple, fidèles

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à la mémoire de Guillaume , réclamèrent d'abord à grand bruit le jeune enfant; mais le roi protesta de ses inteations» et il se déclara le vengeur de Guillaume: alors on s'apaisa» et on laissa faire le monarque. Le comte de Flandres effrayé , fit aussitôt des ambassades. Il se glorifiait d'avoir délivré le roi du plus formidable de ses vassaux, et tout ce que le roi avait à faire, c'était, disait-il^ de profiter d& ce premier exemple.

Tout semblait propice. Le comte. Héribert venait de mourir , et sa mort avait été troublée par d'affreux remords et par une sorte de délire désespéré. Comme on le pressait de songer au salut de son âme et de régler ses affaires, il ne sut jamais que répéter ces paroles : Noiâs étions douzù qui avions juré de trahir Charles, s'accusant lui-même de ses longues perfidies ^ Plusieurs comtes de Normandie étaient disposés à faire hommage ; quelques-uns même s'étaient déjà déclarés. Peu à peu le roi se laissait aller à des pensées hardies : il commença par tenir de plus près son jeune pupille ; puis il s'assura le concours de Hugues en le confirmant dans son duché de France , et lui confé-rant le duché de Bourgogne. Ensuite il laissa éclater ses desseins , et il fit invasion dans la Normandie , où il se signala par des faits d'armes *. Mais tout à coup les intrigues se ravivent; Hugues est incertain dans sa fidélité , et pour comble le jeune duc Richard, enfant de neuf ans, est enlevé à Laon par son gouverneur Hosmond, 'qui l'enveloppe dans une botte de paille et le porte ainsi , déguisé luimême en palefrenier , au travers des gardes et du peuple, jusqu'au château de Coucy. Le comte de Senlis le prend sous sa protection , et Hugues se déclare pour lui. Les intérêts se mêlent, les perfidies se croisent; le roi manque de force pour dominer cette confusion d'ambitions ennemies et de fidélités douteuses. Et enfin les partisans du jeune Richard , pour toute ressource , provoquent une invasion nouvelle de Danois , et les calamités anciennes ont

' Chr. de Raoal Glaber. Liv. i.

' Chron. de Frodoard.

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l*air de se raviver sur cette terre de Neustrie , si longtemps déchirée par le fer des barbares. Le roi marche avec une armée à lâTencontre des Normands , conduits par an chef nommé Haigrolde. Dans une mêlée imprévue, sur la rivière de Dive , Farmée du roi est mise en déroute, et iui-mème est pris par le chef Normand, et conduit captif à Rouen.

945. — Pendant ce temps , Hugues le Grand se tenait à Paris immobile , et attendant la fortune. D*abord , la reine Oerberge appelle au secours du roi ,.Othon, roi de Germanie, son frère. Othon refuse de faire la guerre aux Normands , et il accuse Louis de ses violences envers le duc de Normandie. Alors la reine se tourna vers Hugues , qui, à ce moment , se sentit devenir comme Tarbitre de Tave* nir. Hugues consentit à protéger le roi de France , mais de manière à rester maître de la royauté. Les Normands demandèrent pour condition de la liberté du roi, que ses deux fils leur fussent remis en otage. G* était peut-être une condition de Hugues lui-même. La reine la repoussa avec obstination ; mais Tun d'eux fut accordé ; c'était le plus jeune : et alors le roi fut échangé contre son enfant encore au berceau. H ne ûi que changer de captivité, car il alla tomber aux mains de Hugues , son libérateur , qui le re* mit à la garde d'un comte de Chartres , nommé dans les histoires Thibaut le Tricheur.

A ces nouvelles, Othon de Germanie s'émeut et fait des menaces. Hugues ne voulait qu'agrandir incessamment sa puissance. Le roi est délivré , à la condition de donner la ville de Laon , la seule ville qui restât à la royauté désarmée [946]. En même temps la paix de Normandie est renouvelée. Le jeune duc Richard est reconnu souverain indépendant. Hugues le maria à sa fille; et par là s'affaiblit encore la royauté de France.

Alors quelques autres puissants commencent à s'effrayer de la domination qui semble se lever sur leurs têtes. Les comtes de Flandres et de Vermandois se font part de leurs jalouses inquiétudes. La reine transmet ses propres alarmes à son frère Othon. Une ligue est formée, et la guerre éclate. Les deux rois Louis et Othon joignent leurs armées

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Ters Cambrai. Us marchent droit à Reims, défendu par Farchevèque Hugaes , fils de l'ancien comte Héribert et ^ neveu de Hugues le Grand, et s'en emparent. Puis ils vont ravager }e duché de France , et descendent vers la Normandie. Mais la guerre se change en intrigue. Le comte de Flandres, Tassassin du duc Guillaume de Normandie, haïssait le fils par le seul souvenir de son propre crime. Il détourne le roi Othon de ses succès , et le précipite à des destinées mal pxpliquées par Thistoire. La guerre semblait se faire surtout contre Hugues le Grand : elle se taurne contre le duc Richard. On fait un détachement de Tannée des deux rois pour aller assiéger Rouen, et ce détachement se fait battre sous les murs de la ville. Le neveu du roi Othon y périt percé de mille coups. Othon, furieux de cet échec, voulait livrer le comte de Flandres au duc Richard. Le comte se sauve dans la nuit, et ce commencement de fuite, avec les soldats qui le suivent, devient le signal d'un désordre aSreux dans toute l'armée. Les Normands sortent de la ville et poursuivent à outrance les assiégeants jusqu'à Amiens. Ce conflit d'accidents imprévus et jetés comme au hasard dans la guerre , tournait au profit de Hugaes. L'habile duc semblait s'être dissimulé dans ces batailles, et tous ses soins avaient été de garder ses places et ses villes. Quand d'autres haines eurent paru, il laissa voir des pensées pacifiques, et une trêve se fit entre lui et le roi.

947—948. — Cependant il restait des querelles par rap-* port à ce nevBu qu'il avait établi archevêque de Reims, au détriment de rarchevêque Artaud. Deux conciles se prononcèrent pour l'ancien archevêque, et le roi, se sentant enhardi par cette attaque ecclésiastique contrôla puissance de Hugues, adresse des plaintes au pape sur ses longues iniquités, et provoque un concile général. Le pape répond à la pensée du roi. Le concile est assemblé à Ingelheim« près de Mayence. Louis et Othon y viennent en personne, demandant justice aux pontifes. Louis expose ses griefs, •et raconte les malheurs de sa vie, les crimes de ses ennemis , les défections et les perfidies dç ceux qui devaient

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être ses fidèles, ajoutant que dans son gouvernement it n'avait point mérité de telles trahisons; que, s'il était coupable, c'était au concile à le juger, qu'il acceptait sa sentence et celle du roi Olhon, et aussi que si quelqu'un l'osait accuser, il était prêt à l'appeler au combat particulier pour soutenir et venger son honneur de roi.

La dégradation royale était consommée , et même la protection de l'Église ne pouvait alors faire revivre une puissance qui s'était elle même frappée à mort.

Le pape avait annoncé qu'il lancerait l'analhème contre Hugues , s'il ne venait au concile satisfaire le roi. Le concile l'excommunia pour avoir chassé l'évêque de Laon, sans autre grief que sa fidélité à Louis. Son neveu , l'archevêque Hugues, fut aussi excommunié pour avoir usurpé un siège occupé par un autre. Ces analhèmesne pouvaient raviver la puissance du monarque. Il les fallait soutenir parles armes, et pour toutes forces paraissaient quelques secours de Lorraine, occupés à contenir Hugues le Grand dans ses châteaux forts. Les évêques se font guerriers et lèvent des milices. On les voit passer des camps dans les conciles et des conciles dans les camps, défendant leurs décisions par le glaive , et montrant l'excommunication quand Tépée est impuissante. Hugues les regarde et reste immobile. Puis les Lorrains, s'étant lassés des petites batailles , se retirent dans leurs pays , et Hugues reprend de la hardiesse [949]. Alors un nouveau concile est convoqué à Trêves, et Hugues est encore excommunié. L'animosité des petites guerres n'en devient que plus ardente. Le désordre est partout. On prend des villes : on les reprend. Le pays de France est en proie. Les peuples sont dans le deuil, et nulle cause ne grandit dans cette épouvantable anarchie.

9S0 — 954. — ^Enfin Othon s'entremet pour désarmer ces fureurs ; Hugues le Grand fait hommage au roi , et lui remet la citadelle de Laon. Ce n'était qu'un semblant de paix ; mais le roi se sentait trop faible pour n'en paraître point satisfait. Pendant ce temps, il alla en Aquitaine rece- ' voir les hommages des seigneurs. C'était tout ce qui res-

tait de la soumission. Le commandement des seigneurs n'était plus qu'une ombre, et Tobéissance une formalité. Louis toutefois défendait sa royauté avec toute Tactivité que comportaient les temps. Mais tout Tabandonnait. La reine Ogive elle-même , qui avait longtemps exercé son ambition de mère à le servir, finit par lui être funeste en se livrant, dans un âge de maturité, à des caprices d'amour, et se faisant enlever par le comte de Meaux, nommé Héribert, pour se marier aVec lui. Peu de temps après, le roi Louis mourut, à 33 ans, d'une chute qu'il fit en poursuivant un loup de toute la vitesse de son cheval. Il laissait une révolution sociale consommée dans les Gaules, avant cette autre révolution qui bientôt allait déplacer le pouvoir politique, et constituer un droit nouveau dans la monarchie. L'indépendance des grands, jusqu'alors disputée et contestée, était devenue un droit de possession , devant lequel s'atténuait la majesté du roi. Dans cette mêlée d'ambitions libres et de souverainetés conquises , la royauté s'était transformée en intrigue. A défaut d'une autorité forte comme celle de Charlemagne, il avait fallu s'exercer à une souplesse de commandement, habile à se varier selon les vicissitudes. Mais cet art même était vaincu par la souplesse des tromperies communes alors à tous ceux qui tendaient à s'agrandir. Le génie eut semblé impossible en ces temps d'individualités formidables. Louis s'était multiplié pour égaler la variété des périls. Il fit peu de fautes; mais il fut dominé par le mouvement universel de la société. Hugues le Grand parut plus habile à profiter des mille incidents qui se mêlaient à la marche des temps. C'est que les hostilités allaient droit aux monarques , et dérangeaient peu la progression d'une existence nouvelle, qui tendait comme toutes les autres à supplanter ou à saisir le pouvoir suprême. La politique de Hugues le Grand consista à se tenir immobile dans le désordre. Les révolutions qui se faisaient atteignaient l'autorité antique, et non-point les ambitions nouvelles; et ainsi la chute du sceptre de Charlemagne semblait indiquée par une loi que l'histoire pourrait considérer comme une sorte de fatalité «

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si la philosophie n'y voyait un développement de raction providentielle, qui transforme chaque peuple, selon ses vues plus générales, et qui touchent à tout Tensemble dô l'humanité. Nous retrouverons bientôt cette action manifeste. Reprenons les événements.

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