‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 15 sur 21 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

SOMHAIBE.

Louis Xlf . — Un noble règne se révèle. — Le premier mariage de Louis est annulé. — Nouveau mariage avec Anne de Bretagne.

— Vues sur Tltalie. — Etal de Tltalie. — Négociations du roi. ^ Préparatifs d*une expédition. ~ Invasion soudaine du Milanais.

— Réformes dans le duché de Milan. ^ Vue sur Naples. — Politique d'Alexandre YI. — Alternatives de fortune en Italie. ~ Nouveaux succès. — Traités avec Ferdinand de Castilie. — La politique préside à la guerre. — Science nouvelle. — Expédition de Naples, pleine de perfidies.— Ambition du pape.— Trêve renouvelée avec Tempereur. — Perspective de Tarchiduc Philippe, fils de l'empereur. — Diète à Francfort. — Déchirements de l'Italie. — Négociations funestes. — Traités inutiles. — La guerre recommence. — Le duc de Nemours est tué à Cérignoie. — Conquête perdue. — Mort d'Alexandre YI. — Scandales. — Derniers faits d'armes. — Bayard au pont de Garigliano. — Louis XII est enveloppé de pièges par Ferdinand. — La maison d'Autriche se lève en Europe. — Mariage de Charles de Luxembourg (depuis Charles-Quint) avec Claude de France. — Traité de Blois. — Mort d'Isabelle de Castilie. — Révolutions espagnoles. — Politique de Ferdinand. — Réaction en France contre la maison d'Autriche.

— Les Ëtats sont convoqués à Tours. — Tout change d'aspect dans les alliances. — Louis XII reporte son attention sur l'Italie.

— Révolution de Gênes. — Louis XII court punir les révoltes par la guerre. — Justice solennelle. — Louis XII rentre à Naples; on lui fait des triomphes. — Rivalités des villes d'Italie. — Intrigues de Ferdinand. — Entrevue de Louis XII et de Ferdinand.

— Événements de Flandre. — Acharnement de la politique impériale.

HteTOmË BE FRANCE» 475

LOUIS xn.

4498.— Charles VIII venait de mourir, et déjà « tout homme côuroît vers le duc d'Orléans , à qui avenoit la couronne, comme le pins, prochain *. »

Leduc d'Orléans était fils unique de Charles d'Orléans et de Marie de Clôves, et petit-fils de Louis d'Orléans et de Talehtine de Milan. Charles V, le sage roi, était son aïeul.

Nous avons déjà pu juger ce prince; nous Tavons vu brillant, courageux, cédant aux plaisirs comme à la gloire. On a écrit que Louis Xf, qui avait pressenti qu'il serait roi après son fils, lui avait souhaité des vices, afin que par la comparaison les peuples regrettassent le roi qu'ils auraient perdu. C'est un raffinement semblable à celui que Tacite attribue à Auguste, appelant Tibère au trône, pour que sa mort fût plus déplorée*. Ce calcul de prévoyance est peu vraisemblable; il dépasse de beaucoup le génie de l'égolsme.

Louis XII avait trente-sept ans ; le feu de l'âge s'était amorti; et, devenant roi, ses passions politiques changeaient de nature. Il trouvait devant soi des hommes d'é* pée et de conseil qui l'avaient combattu dans ses factions, et entre autres la Trémouille qui Tavait pris à la bataille de Saint-Aubin. Chacun pouvait craindre des ressentiments; Louis dissipa les doutes et les terreurs par cette parole célèbre : Le roi ne venge pas les querelles du duc d'Orléans.

Ainsi se révélait un noble règne. Louis XII se donna pour ministres Georges d'Amboise, archevêque de Rouen , dont il avait éprouvé, duc d'Orléans, la fidélité ; l'amiral de GravîUe et le maréchal de Gié ; Guy de Rochefort, déjà gardcdes-sceaux; Dubouchage etRobertet, habiles à la manutention des finances ; Etienne Boucher, étèque de Paris, re-

(t) Comines, liv. Vill, ch. 30.

(9) ÂH^mr vitœ iMdovtci Xli. — Le P, Iteiel.

476 histoiue: de fràkce.

nommé dans les négociations pc^Uques. Gomines disparut; son caraclère indécis avait déplu au nouveau roi.

Déjà la sécurité était entrée dans les âmes. Louis se fit sacrer, et aussitôt commencèrent d'heureuses réformes. Le roi diminua les impôts d'un dixième; plus tard il devait les diminuer d'un tiers. U fit des règlements de justice. Il s*enquit de tous les désordres de l'administration et les attaqua avec vigueur. Les écoliers de l'université, sous prétexte de privilège, remplissaient la ville de trouble et de crimes; il les réprima : c*était alors un coup de hardiesse, et les prédicateurs de l'université se firent tribuns pour attaquer la juridiction du monarque. Les pamphlets circulaient; les placards excitaient le peuple; on craignit une sédition. Le roi parut en armes ; tout rentra dans Tordre. L'université fut contrainte d'envoyer ses docteurs demander gr&èe.

Une grave et triste pensée occupait déjà le monarque. Il était marié, avons-nous dit, avec Jeanne, la sainte fille de Louis XL 11 l'avait épousée par contrainte, et déjà plus d'une fois il avait cherché des nullités à ce mariage, qui n'avait point été consommé, et qui devenait plus importun dès que Louis se trouvait en présence d'Anne de Bretagne* devenue libre- Ce n'est point le lieu de rechercher si l'examen des nullités débattues par des commissaires du pape se fit avec une pleine indépendance d'équité. Par malheur ce pape était Alexandre YI; et à cette affaire grave, sévère d'une enquête sur un mariage, se vînt mêler le nom souillé, de César Borgia, pour qui on eut Pair de faii'e d'une si redoutable question de morale une intrigue et un trafic. Cependant on vérifia les protestations faites au moment du mariage du duc d'Oriéans, et Jeanne d'ailleurs aspirant seulement aux perfections de la piété, opposa peu de résistance au divorce qu'on lui demandait. Le mariage fut annulé, et Jeanne ^Ua cacher sa vie dans la retraite , et consacrer aux bonnes œuvres les biens qui lui furent laissés.

Peu après, Louis XH et Anne de Bretagne, rapprochés par un ancien amour ausw bien que par la politique, scellaient

de nouveau, par un contrat de mariage, l'union de la Bretagne avec la France. Toutefois 11 est remarquable qu*on laissait à l'avenir plus d'incertitude sur cette union qu'il n'y en avait dans le traité de Charles VIll * ; car, si le roi n'avait pas d'enfants de la duchesse Anne, la Bretagne reprenait sa loi d'hérédité. C'était une concession faite à la susceptibilité bretonne, mais qui pouvait avoir des périls.

1449. — Le mariage se fit avec pompe; on oublia dans les fêtes et dans les joies les imprudences de la politique.

Biais Louis Xtl avait d'autres pensées encore. A la splendeur de la couronne de France il ajoutait des titres de souveraineté qui semblaient lui être propres. Dans les monnaies on l'appela roi de Sicile et de Jérusalem , et duc de Milan. C'était l'indice d'entreprises de conquête qui bientôt allaient occuper ce règne.

C'est aussi au rapide récit de ces entreprises brillantes et calamiteuses que nous allons api^iquer nos soins. Nous les suivrons dans leur marche ccmiplexe, mais continue; c'est ici la partie la plus apimi*ente du règne de Louis XH ; puis nous nous reposerons dans l'appréciation des travaux moins aperçus de la politique.

' Jyepuis Texpédition de Charles Ym, ritalie avait continué d'être travaillée par ses factions. Les Florentins revendiquaient la ville de Pise; le duc de Milan les secondait. La lutté était acharnée; c'est ce spectacle d'anarchie qui excita Louis 211.

Mais Alexandre YI apparaissait avec ses ambitions effrontées, n était funeste de rattacher des desseins de gloire à la destinée d'un odieux pontife, qui semblait jeté au trône de Rome pour justifier d'avance les expiations gue Dieu préparait à l'Eglise; parla inême les desseins de Louis XII semblaient manquer d'avenir.

Ce César Borgia, que son père avait fait cardinal, s'était ennuyé de cette grandeur, et il avait fallu lui faire une autre fortune. D'abord le pape avait demandé à Frédéric, roi de Naples, sa fille pour César Borgia. Frédéric avait craint un

(1) Argentré, Hi$f, de Bretagne.

478 H16T0IRB BE FRATH^E.

tel gendre, et alors le pape s'était jeté du o6tô de Louis XIU C'était aa momeot où s'examinait le mariage de Jeanne et de Louis; ce fut César Borgia qui porta au roi la buUe qui l'annulait. U reçut pour cela le duché de Yalentinois, avec une pension de vingt mille Uvres et une compagnie de cent lances. Le roi s'engageait à lui faire épouser Charlotte de Foix, fille d'Alain d'Âlbret, et sœur du roi Jean de NaTarre* C'étaient Ut de tristes contacts de politique, et qui devaient jeter de désolants présages sur la victoire même.

Mais, une fois assuré du pape, le roi s'engagea en d'autres négociations. 11 fit un traité avec les Vénitiens. Il eût voulu trandier la question de la possession de Pise, eu tenant la ville en ses mains sous le séquestre. Les Vénitiens eur^t peur de kii constituer un drcMt et de grossir sa puissance ; la question resta indécise. Ce qui était convenu, c'est que ie concert on écraserait le duc de Milan *.

Ce n'était point assez^ Louis XII voulut échapper au péril des diversions. Il renouvela les traités avec Henri VII , roi d'Angleterre, fit des aUiances avep Jean, roi de Danemark, et se réconcilia avec Ferdinand de Castille, qui retira ses troupes d'Italie.

U restait des difficultés avec Philippe , archiduc d'Autriche, fils de MaxSmiliep , roi des Romains , et héritiei* â9 ses droits sur les Flandres et la Bouigogne. Déjà même, au début du nouveau rogne, Biaximilien avait jeté aur la Bourgogne un corps d'armée pour se faire justice j>ar la force. Mais le roi y avait envoyé Jean de Fdx, vicomte de Narbonne, qui avait précipitamment repoussé cetle menace« La négociation termina cette querelle qui se pouvait à cha^ que moment raviver. Conformément au traité de 1493, me* gné à SenHs, le roi remit à l'anchiduc les villes de Hesdin, Aire et Béthune ; l'archiduc s'obligea à ne point revendiquar son droit au duché de Bourgogne autrement que par voie de requête et de remontrance, et le roi promettait d'en ua^ de même pour la restitution de Ulle, Douai et ûi«hies<. D» reste TareUduc ferait bûmmage pour les comtés de Flandre

Gnichardin, Hitt, â^Italie,

HiSTOlBE 0E FRANCE, 479

et d'Arlois ; et pour le dispenser de venir, trouver le roi, on env^rait le chancelier pour recevoir son serment dans toute la sévérité du cérémonial antique.

Cest ce qui fut fait \ L'archiduc, tête nue, sans ceinture» dftgue ou bâton, vint tomber aux* pieds du chancelier de France, et, mettant ses mains dans Les siennes, se déclara homme du roi son seigneur et maître. Et quand cet acte de souveraineté royale fut achevé , le chancelier, se décou* vrant et s inclinant devant le duc, lui dit: «Monsieur, je faisols naguère office de roi, et de {«'ésent je suis Guide Rodiefort, votre très-humble serviteur, toujours prêt de vous servir envers le roy mon souverain seigneur et maistre en tout ce qu'il vous plaira me commander. — Je vous merde, reprit Farchiduc, monsieur le chancelier, et vous prie qu'en toutes mes affaires envers mondit sieur le roi, vous me veuiUîez toujours avcûr pour recommandé. »

C'était un souvenir des mceurs féodales, avec un reflet do ^evalerie nouvelle. Cette cérémonie eut à la fois de la grâce et de la dignité.

Puis Louis xn acheta au duc de Savoie le passage de sea troupes par ses terres; il fit de nouveaux tnûtés avec les cantons suisses, et il obtint une trêve du roi des Romains, Maximilien. En même temps il remplissait son trésor par un système d'économie et de réforme, et pour se dispenser de fouler les peuples par des impôts il vendait un certaio nombre d'offices royaux. Eclatante dérogation aux déci*siens des états de Tours, dont l'exemple pouvait un jour être funeste !

Ludovic, duc de Milan, commençait à s'étonner de ces savants préparatife. Le péril Tenveloppait, et les asiles m^ mes lui étaient d'avance fermée. Réduit à son proinre coik rage, li résolut de concentrer sa défense dans les .villes^ U y jeta ses forces, et il attendit la gu^re. Déjà les Vénitiens touchaient le Milanais. Bientôt Tarmée du roi passa tes

1 Procès- verbal fait par leaa Aniyv, fiâcrétaire du roi, et prêtent à la oêrémoaieé— CetM pièce « iU pabitée par MM. CinU)er et Da ijou, dao0 ksArch. curie%uts,U* yoh

Alpes, sous la conduite de trois chefs éprouvés aux batailles, Louis de Luxembourg, comte de Lign y, le seigneur d*Aubigni , que nous avons vu brillant et valeureux dans les expéditions de Charles Yllf, et ^ean-Jacques Trivulce, chasse de sa patrie par Ludovic, et brûlé pour cela d'une haine qui seule eût suppléé au courage et au génie.

Tout alla vite. Vingt-cinq mille hommes et cinquante-huit pièces de canon envahirent le Milanais; on assi^ea quelques places qui tombèrent avec rapidité. La trahison seconda le courage. A Valence commandait Donato Rufll> gnino, qui plusieurs années auparavant avait favorisé rusurpation de Ludovic. 11 ouvrit la ville à Trivulce. Ailleurs la lâcheté hâta les succès des armes françaises. Tortone était une place facile h défendre; Pallavicini n'osa rester derrière ses murs. Ou bien Tenvie rompait Tunité du commandement, et l'anarchie favorisait la victoire. Le comte Cajazze, déjà éprouvé aux premières guerres, ne supporl» pas que Gaiéas, son frère cadet, eût le principal commandement à Alexandrie. L'armée de France courait vers cette place. On pressait le secours de Gajazze; mais il se fit attendre à dessein. Pendant ce t^mps Galéas, au bout de trois jjurs de siège, s'enfuyait lâchement; la place fut livrée au pillage.

Ludovic désespéré se sauva à Inspruck , promettant de reparaître avec des secours du roi des Romains. Au bi-uit de sa fuite tout le reste du Milanais se hâta de se soumettre. Gênes envoya des députés pour se mettre à la volonté de Louis XII. Mais on courait à Milan. Le château pouvait se défendre; Bernardine de Gorte, que le duc y avait laissé, n'osa tirer le canon. En moins de vingt jours, la conquête du duché était achevée. Louis XII avait eu peine à suivre son armée qui triomphait en courant. 11 arriva la 6 octobre pour faire son entrée à Milan, en habit de duc. Le peuple se précipita sur ses pas, sok par Tentliousiasme que la renommée déjà répandue du monarque pouvait exciter, soit, par Id haine de Ludovic, exécré pour ses tyrannies.

Le premier soin du roi fut dé faire des réformes, d'alléger les impôts, de récompenser les vaillants qui venaient de le

servir, et de faire régner la juslîce. C'était un contraste avec l'administration capricieuse de Ludovic. De toutes parts lui venaient des hommages; on eût dit l'Italie toute prôte à accepter la domination du roi de France.

Au travers de cette popularité survenaient des desseins de politique. Déjà Louis XII portait sa pensée au delà de Milan, et Naples s'offrait à son ambition. Mais aussi les factions italiennes l'enveloppaient de leui*s intrigues, li fallut prendre parti entre Pise et Florence. Pise fut sacrifiée ; Florence offmit plus dé secours pour des projets d'expédition nouvelle.

D'un autre côté Alexandre VI , qui avait été prompt à louer les triomphes de Louis XII, lui demanda de l'aider à réduire quelques principautés de l'Italie *qui s'étaient faites indépendantes, et dont il voulait doter César Borgia. C'était s'engager dans les factions italiennes, et cela ne manquait pas de danger.

Mille intérêts se croisaient. Les Vénitiens, qui venaient de seconder la conquête, demandaient des secours contre Bajazet, avec qui leurs guerres étaient acharnées. Le roi leur fournit des vaisseaux, et par là il les mettait en état d'obtenir plus lard une paix glorieuse \

Mais cette variété d'intérêts éloignait Tentreprise de Naples. Le roi revint en France ; ce fut le plus grave péril.

1500. — Il avait cru être agréable aux habitants du Milanais en leur laissant, pour commander en son nom, ce

' Un jugement politique deBourdigné, qui. n'est ordinairement que chroniqueur, mérite d'être reidté.

<i Aucuns se pourraient esmerveiller comment les Vénitiens tenoient si bien leur promesse au ray Loys, veu qu'ilz ne sont coos- Jumiez de garder foy ne loyaulté aux Françoys. Je ne confesse cela ; mais pour responce, les Vénitiens en ce cas icy combatoient pour eulx plus que pour le roy de France, car par Talliance faicte entre le roy de France et eulx, délibérèrent certaines villes de la duché de Milan demourer à perpétuité à la seigneurie de Venise. Et davantage Ludovic Sforoe esloit leur ennemy mortel; et par ainsi ne se fault csbahir se ilz se acquittoient loyallement , et se ilz prenoient grant peine à faire que les Françoys fussent les plus fors es Halles. >' (Chr, (TAnjoH.) *

T. ni. 31

482 HISTOIRE DE FBÀKCE.

Tri vulce chassé d'Italie, et qui depuis Cbarles YIU paraissait avec éclat dans les armées de France. Par malheur, Tri vulce eut Tair de représenter un de ces vieux partis qui avaient si longtemps dévasté Tltalie, et qui, quoique désarmés ou immobiles, étaient encore vivants par leurs haines. Il é(aît Guelfe, et Milan était peuplé de Gibelins. Dès lors toute sa conduite Jtut suspecte el odieuse; on interpréta ses paroles, ses actes, ses pensées, son silence ; et, comme son caractère était dur ei hautain, bientôt la révolte eut des prétextes. Dans une émeute excitée par les bouchers, qui refusaient de payer un droit établi par le roi, il courut aux séditieux, et en tua plusieurs de sa propre main pour toute justice. Ca fureur concentrée du peuple fit nailre une conspiration plus formidable. On en fit part à Ludovic, ce duc auparavant exécré^ puis, au jour venu, Ludovic parut, et la sédition éclata. Vainement Trivulce se défendit, la hache en main, contre la révolte ; il lui fallut céder à la force, et il ;5ortit de Milan, oU ce même peuple, qui avait célébré la venue de Louis XII, fit entrer Ludovic avec des acclamations furieuses. C'était une révolution inopinée ; toutefoisTrivulce Tempéchait de se consommer en se défendant encore à IVovare , et la nouvelle put en arriver à Louis XII, qui était à Loches, auprès dé la reine récemment accouchée d'une îîlle K

A ces nouvelles, il rassemble des troupes en toute bâte, et au mois d'avril, dix mille Suisses, six mille hommes d'infanterie française et quinze cents hommes d*armes, avec leurs archers à cheval, passaient les Alpes et paraissaient sous Mortare *. La Trémouille allait commander toute Tat*mée, afin d'échapper aux rivalités de Trivulœ et d'Aubigni, ilont les Inimitiés étaient funestes; mais Georges d'Amboise,, devenu cardinal, était . lieutenant général du roi en Italie^ et la Trémouille ne devait rien entreprendre sans ses eonseils.

1 C'est ici un rapide résumé des longs récits de Guichardin , SainN Gelais, d'Auton. — BisU du chevalier Bayarà^

'Tbid. - '

HISTOIRE DE FltAl^CÉ. 4B3

Tout allaît d'nne rapidité extrême en ces alternatives de fortune. JL'armée française courait à Noyare, ^ont le sîëge continuait encore. Les Suisses qui servaient dans Tannée de Ludovic prévinrent les combats par la défection. Us déclarèrent quils ne tireraient pas Tépée contre leurs frères qui servaient dans l'armée de France, et ils annoncèrent le dessein de s'en retourner en leur pays. C'était, dit-on, une trahison préparée par les inspirations de la TrémouîBe. Ludovic allait rester sans défense ; il supplia les Suisses de le conduire en quelque lieu de sûreté, où ils pourraient ensuite l'abandonner. Tout ce qu'ils pouvaient faire, répondaient les Suisses, c'était de laisser Ludovic se mêler à eux, et de l'empêcher d'être reconnu par les Fi-ançais. Ludovic accepta ce triste moyen de salut ; mais tout était connu de la Trémouille, et lorsque les Suisses s'en vinrent défiler devant l'armée de France, Ludovic, reconnu sous son déguisement, fut enlevé avec ses principaux officiers. On l'envoya à Lyon, où était le roî. Il llit quelques jours enfermé à Plerre-Encise ; puis on l'envoya au Lis de Saint-Georges, en Berry, et quelques années plus tard au château de Loches, où il mourût captif. Les crimes de Ludovic méritaient cette expiation. Sa vie avait été pleine de souillure, et en dernier lieu il avait, disait-on, signalé son retour à Mîian par des barbaries, mettant à prix la tête des Français, et faisant même égorger dans les hôtelleries les pèlerins qui, cette année, allaient à Rome pour le jubilé. Par malheur, la justice eut un caractère de perfidie peu digne de la France.

Maïs la guerre s'acheva cette fois sans batailles. Le Milanais se soumit, la faction gibeline se dispersa ; les députés de Milan vinrent tomber aux pieds du cardinal d'Amboîse, qui fit grâce au nom du roî. On condamna seulement la ville à payer cent mille écus, et puis on lui remit les deux tiers de l'amende. On paraissait manquer de courage pour punir des peuples qui étaient toujours à genoux. Enfin la plupart des troupes rentrèrent eti France; Charles d'Àmboise, irère du cardinml, resta en Italie pour défendre la conquête.

4M HISTOIRE DE FRAKCE.

L'occasion semblait propice de reprendre l'entreprise de Naples; mms Tempereur remuait. Il voyait avec envie la France détacher Milan de Tantique suzeraineté impériale. Il excitait T Allemagne, et malgré la trêve concédée à Louis XII, il laissait échapper des menaces de rupture. Louis XII crut prudent de renvoyer encore ses desseins sur le royaume de Naples. Et pour en préparer l'exécution, il négoda des traités avec Ferdinand de Gastille, qui pouvait aussi les traverser.

Il fut aisé de faire entendre à Ferdinand qu'au lien de SOU7 tenir le droit de Frédéric, actuellement roi de Naples, il avait lui-mômc un droit à revendiquer sur cette couronne^ En effet, c*était un bâtard d'Aragon qui avait autrefois s^si le sceptre napolitain, tandis que Ferdinand descendait d'Alphonse, roi de Naples et d'Aragon, par une succession légitime. Là-dessus Ferdinand convint avec Louis XII de partager le royaume de Naples; Ferdinand devait avoir la Fouille et la Calabre, et Louis XII aurait le reste, avec le titre de roi de Naples et de Jérusalem.

Dés que cette convention fut faite, Louis XII s'assura le concours du pape par des propositions d'agrandissement pour César Borgia. L'empereur continuait de faire peur; on le désarma par un mariage. Il venait de lui naître un petitfils, prince d'une destinée mystérieuse encore, mais que Louis XII agrandissait d'avance ; c'est lui qui devait être un jour Charles-Quint. On proposa le mariage de cet enfant avec Clause de France, venue au monde quelques mois avant lui; Fempereur prolongea la trêve à ce prix.

1501. — Aussitôt, les desseins de Louis XII et de Ferdinand eurent leur liberté ; mais chose singulière ! le mystère les couvrait toujours, et l'on vit avec anxiété les deux armées s'avancer en Italie, comme pour lutter ensemble. Les peuples s'attendaient à une guerre sanglante ; les Espagnols marchaient avec les Napolitains, et Frédéric^ roi dç Naples, ne doutait point de son propre triomphe et de l'extermination de l'armée de France, en voyant Gonzalve de Cordoue, dit le grand Capitaine, se disposer à lui venir porter le secours de son épée. Jamais on n'avait vu la poli-

tiqne présider ainsi à des entreprises de guerre; c'était comme une science nouvelle qui se révélait au monde; science déjà soupçonnée par Philippe le Bel, mais pour èlre appliquée seulement aux artifices de la paix, tandis que désormais elle allait s'appliquer aux conflits mêmes de la guerre.

Les princes dltalie tremblaient; le pape ne savait pour qui foire des vœux ; les peuples étaient prêts à l'une ou Tautre domination. Frédéric seul témoignait de la confiance, et par les dépêches il hâtait la marche do Gonzalve de Cordoue. Enfin l'armée de France vint toucher aux portes de Rome, et alors se joua une scène inattendue. Les ambassadeurs des deux rois allèrent ensemble annoncer au pape, en grande solennité, que leurs maîtres étaient liés par un traité, et que de concert ils envoyaient leurs armées pour s'emparer du royaume de Naples^ dont le partage était fait et dont ils demandaient l'investiture, afln de pouvoir ensuite unir leurs armes pour réprimer les fureurs et les conquêtes des Turcs. L'étonnement était profond ; chacun eut des jugements sur cette étrange ligue, les uns l'acceptant comme une ruse savante, les autres la repoussant comme, une odieuse tromperie. Mais le pape n'avait pas à délibérer; il accorda l'investiture, et les Français se mirent en marche vers le royaume de Naples.

A ce coup de foudre , Frédéric appelle à soi ce qui lui reste d'amis. Gonzalve veut le tromper encore en lui disant qu'on vient déjouer à Rome une comédie populaire. Mais les perfidies n'ont plus de voiles. Frédéric essaye de se défendre ; il jette quelques troupes dans ses villes principales et va s'enfermer à Naples. Déjà les Français étalent devant Capoue. Ils s'en emparent après un assaut, puis ils courent à Naples. C'est Aubigni qui commande, avec Louis d'Armagnac, duc de Nemours. La ville s'ouvre, et paye soixante mille ducats pour éviter le pillage. Frédéric ne pouvait songer à se défendre dans le château ; bientôt il est contsaint de signer un traité qui le dépouille, et on le transporte à Ischia avec les tristes restes de sa famiRe et de sa fortune* Pojà Gonzalve avait enlevé sa mère et sa femme, l'une sœur.

486 HISTOIRE HE PRAHGB.

Faatre niéee de Ferdioaod. Pois il s était emparé de la Ga* labre, oonfonnément au traité de spc^atioa signé par les deux rois contre Frédéric. Rien ne manqua à rexécutîon de ce traité. Peu après Frédéric partsàt d'Iadda pour venir en personne se démettre entre les mains de Louis Xll de tons ses droits sur la couronne de Naples, et recevoir en édisnge le duché d'Anjou, avec trente nUfte ducats de revenu, dont il jouit jusqu'à sa mort.

Toute cette expédition ««ait été pleine de perfidies, et ce caiaclère de ruse ôte quelque cho» à la gloire du triomphe. Maïs aussi l'histoire ne sait sur qui porter sa pitié; lea nw du sang d'Aragon avaient souillé le sceptre, et Texpiatioo venait frvppet Fréd^îc, le plus innocent de tons : c'est ce qui arrive d'ordinaire. En regard de ces tristes lattes, HwnUonnons un souvenir qui honore l*hamanîlô. Dans les premières guerres dltalie avait paru le comte dd MoDlpensier , qui y était mort sous Charles VIU. Son fils, qn venait de s'essa jer aux armes avec éclat, voulut aller visiter son tombeau à PoozKcdes; cette vue le frappa d'une douleur si profonde et si soudaine qu*il en mourut. On donna des larmes à sa mert, et Ton mit son corps dans le même cercueil. Cest un exemple de inété fiMale qa\ console des tristesses de l'histoire *.

Un autre noble caractère s'étMt montré dans Texpéditlon; c'était celui de Louis d'Armagnac, due de Nemours. Louis Xll le fit viee-nn deNapies.

Du reste la conquête ditaKe n^élait pas sans péril pour la France.

L'envje de l'empereur bomUonnait encore; et ce n'était pohot assez pour le roi da seconder Tambîtieuse avidité d'Aiexandre VI« smt pour Gésar Borgia, son fils, soit pour LiMrôee,safi]le.Lasécnrilédeladoninaâon&ançaiseétaità d^otres prix. 11 fallait désamer la rlvi^ilé de Tempire. A diaque nmment menaçait de se rompre ce déb^ traité de mariags de Chatks de Lmoartionrg et de Claude de Franee> LooisXii le renoua; et celte finsAun mariage dedeux enfants

qui veiiaîeut de naître on ajoutait ïe lijariage d'dn enfant * qui n'était pas né. Si le roi avait un iHs, on convenait dfe le marier avec une des filles derarchîduc. Mais le dachédfe Mîlan restait un fief de l'empire, et Tinvestilure n'en devait être accordée qu à la condition de Thommage. ta guerre était dans Tavenir au fond de ces allrances.

Enfin la trêve était prolongée ; maïs Tîntrigue ne cessait point d'envelopper Lpuis Xfl.

L'arphidnc Pliilîppe, fils de rempereur MaxîmîTîen, avait épousé Jeanne, fille aînée du roî Ferdinand de CastHîe ; ce mariage a^ait été fait au mépris du traité de f 494, qui stipulait que Ferdinand et Isabelle ne marieraient leurs enfants ni au roi des Romains, ni â Varchîduc, ni au roî d*Angleterre, ni à leurs enfants. Et un autre mariage, fait de même au mépris de ce traité, était celui de Catherine, sœur dé Jeanne, avec Arthur, fils aîné du roi d'Angleterre. Par là s'agrandissait la couronne de Castille; et ainsi apparaissait une puissance qui bientôt embrasserait la France comme dans un cercle. Et peu importaient à Ferdinand le Catholique les moyens de préparer cette grandeur. Son génie se ' plaisait à la vîolatfon des traités. Sa mauvaise foi est restée* mémorable dans les histoires; et il est vrai aussi que depnîd le règne de louis X[ la politique avait changé de caractère, et l'art diplomatique naissait dans le mensonge et la tromperie ^

L'archiduc Pbîlîppe, devant qui s'offrait la triple perspective des couronnes d^Aragon, de Castille et de Sicile, fut appelé par Ferdinand, son beau-père, pour recevoir les hommages des peuples qu'î! devait régir un |oup. Louis X!ï ne* craignît pas de lui ouvrir ^a France pour son passage, et il lui fit rendre de magnifiques honneurs. B sembliaid ne pas soupçonner le péril de cette puissance nouvelle qui se levait en Europe» et il s'amusa à la saluer par des jotftes et

1 Je suis dans toute cette hréfofifv dfes eMflfls ^Wit^ttgM^ éê Franoe et &mnt, ks rédfr as Btertea,» JÉv. XXfl^ et é* Gmithaffé^i, Kv. yhéoxmfm^fjjMvabie^j^^ug ri9t«de d&ceiU éj^vue aid^ peu vi4ede métnQwes, On, ne s*éto^ber» pas.que |e oe les ci le p^s a chaque page de mes rapides analyses, H nie suffît de les a^'oir luifitiuês.

488 HISTOIAE DE FRANCE.

des touraois. Il fit même avec Tarchiduc quelques additions au dernier traité; il convenait d'unir^ses forces à celles de Tempire contre les Turcs; il promettait quatre-vingt mille écusd'or pour l'investiture du duché de Milan, et en offrait soixante mille si on lui laissait la Valteline. Après cela Farchiduc traversa la France, toujours entouré de fêles. Louis XII vit bientôt qu'on répondait à sa loyauté par des trames et des mensonges.

1502. — Une diète était convoquée à Francfort pour recevoir avec solennité Fhommage du roi de France pour le duché de Milan. Le seigneur de Piennes devût représenter Louis XII; l'empereur Maximilien ne parut pas au jour convenu ; de Piennes protesta contre cette insulte.

En même temps naissaient des difficultés pour le partage du royaume de Naples. Ferdinand soufflait ces discordes, et son lieutenant Gonzalve do Gordoue secondait son système de tromperie. Déjà le duc de Nemours se sentait frémir de colère. Toutefois il laissa aux troupes espagnoles l'odieux des agressions. Enfin des hostilités éclatèrent, et il était visible que Ferdinand les approuvait. Louis XII comprit que l'amitié de ce monarque n'était pas moins perfide que sa haine; il reparut à Lyon et fil marcher des troupes nouvelles en Italie. Des noms illustres commençaient à briller dans la guerre, et entre ces nomst ceux de Gaston de Foix et de Bayard, le bon chevalier sans Paour. Le roi même était prêt à tirer Tépée et à se jeter dans les batailles.

L'Italie était horriblement mutilée. César Borgîa s'agrandissait par des rapines armées, et le pape le secondait par l'intrigue. La pensée de l'un et de l'autre était de détruire la puissance des Florentins, qui déjà avaient cruellement souffert aux dernières luttes, et pour comble voyaient renaître leurs vieilles factions. César Borgia se précipitait sur cette proie; mais Louis XII l'arrêta en prenant les Florentins sous sa protection. Lui-même se montra en Italie, afin de dominer l'anarchie qui se déclarait.

Les princes opprimés par César Borgia coururent à Louis XII comme à un libérateur. Par malheur la politique nvait des intérêts d'une complication extrême. Le pape était

HISTOIRE DE FRAKOE* 489

nécessaire aux desseins du roî, et il le fallait ménager à cause de la redoutable rivalité de Tempereur qui montrait ^ers le Trentin des forces imposantes de cavalerie et d'Infanterie, et parlait souvent de venir se faire couronner roi des Romains. D'autre part le cardinal d'Amboise, lieutaaant général de Louis XII dans le duché de Milan, songeait à sa propre ambition. Il visait à la tiare, et se faisait un appui du pape vivant et de ses créatures. Ainsi Louis XII était emporté par ses vues et celles des autres* Les princes avaient compté sur lui, et ils avaient déjà fait une ligue contre César Borgia. Mais le roi trouvait uu traité préparé par le cardinal d'Ambolse^ qui le liait au pape. Les princes furent abandonnés. César Borgia put se livrer à toutes les joies de la vengeance. Plusieurs d'entre eux furent étranglés. Le cardinal des Ursins fut mis en prison, et vingt jours après il y mourait empoisonné.

Telle était la sanction de la paix assurée par le cardinal d'Amboise entre Louis XII et Alexandre VI. L'empereur MaxlQiilien s'arrêta devantcettefuneste alliance; et Louis XU s'en revint en France, laissant à ses généraux le soin de réparer par la guerre les noirceurs de la politique.

Louis d'Armagnac,^ duc de Nemours, allait se trouver aux prises avec €k>nzalve de Cordoue. C'étaient deux hommes éminents, mais d'un génie divers : l'un loyal et vaillant, l'autre vaillant et perfide. Gonzalve fut bloqué dans Barlète, et Aubigni alla battre quelques troupes espagnoles dans la Romagne. Mais des renforts venaient de Sicile à Gonzalve, et il put tenter quelques entreprises heureuses. Le duc de N^nours au contraire ne recevait point de secours; le gouverneur de Milan, qui devait le seconder, employait toutes ses ÎGrce& à contenir les Suisses, qui venaient de descendre de leurs montagnes pour disputer quelques terres de la dépendance du Milanais, et c'était, di8ait.-on, l'ambassadeur d'Espagne qui avait provoqué cette fatale diversion. Ainsi la guerre s'ouvrait sous de fâcheux auspices.

On recourut à la négociation, et les Suisses furent désarmés par une trêve. Mais en même temps se montrait une convention plus grave*

4M HMnKMIlB M noK».

1908. -- L'an^duc PkHippe revc^mnt d'Gipagne n*éUkH proposé pour BwMateur entre le» dcax r^. Ferdinand m défiait de l'intervention de mm gendre; il ne te croyait ni * siBez souple ni assez tnompeor. Plilllppe se justifia parle sneeès; il vint à Lyon porter à Louis xn la proportionne laisser la eoaronne de Naplea à soi» fils encore au b^ceaUf àeeCliarles de Loxembourg marié àClaadedePranee;et à ce prix les deux, rois, Louis et Ferdinand^ renonceratenti égaienient à leur part de prétenUon snr les terres conqnleea d'Italie. La négociation fut rapide; on traité fat «gné, et L0ois Xli, prompt dans sa bonne foi, enroya à ses géné^ ram Perdre de suspendm la guerre. Trois mille iM^mmesdé secours étaient prêts à e'iemlmrqner; on les retint.

Rieo n'égale Timprudence de ce traité, m ce n'est la îégt'' raté de TexéeutioB. Ferdinand ne se hâtait point ains»; it affecta de ne le point ratifier, et Gonzalve, son grand cap}-tadne, eut ordre de reprendre la guerre. Lorscpie le due de Nemours annonçait la paix, des renforts contlnuatent d'arrivé aux Espagnols, soit de SieMe, soit d'Altemagne, Les Français restaient avee leur Intrépide eoarege; et même rinégalité de forces les entraîna. Anbignl se laissa mnport^ têê^fé m vieifle expérience; il se fit battre dane la Calabre, près ée Séminara, là même où huit ans auparavant il amif vaincu Ferdinand d'Aragon, rei de liaples.

Ce ne ait paa ht seule adrersHé. Gonôive a^étalt}fisq«s4à tem dans BarléCe, 0(1 la pesie sévissait ftvee kt fomine; 3 en Touittt sorthr par un coup d'éclat, et s^avança josgoU Gérignole, à peu de distance de Ganose, oè éteit Je foartier géoérsA de Tannée de f¥»nce. Le duc de Nsoiours oomnii protéger GMgnole; sa prRBâére opéraiâon ai^U été heu^ muse, msAs les plus prompts es conseil voulurent passer oiitw le jonr même, et Me demAndèreitt ée forcer Gomsàve dttBS son camp. Ce n'était point Tavis ds duc de Nemowrs; et pomrtant il céda, par cette ^sposMon fatale à ne point iidsser douter de son eonrage. Yves d'Alègre était le plotf ardent^ se prédpiier. « ITons verrez, dit le doedeKemoiirs, que ce bmve, apréa nous avci4r engagés, tronvera le laoye» de se sauver. » Et là-dessus on coumC «a eamp espagncir

Um ToMa de cuion tna dès le détal le v^Went Nenoan»: Après cela censL qui AYaieni été les plus prompts au eofl»^ bat forent les plus prom^ à la faite. Ce fîit une épounu»* table déroute; trois <m qua6*e nllle hommes y furent tuésj et en dit que les Espagnols ne perdirent que nenf hommes» Lesprineipaux ehefo de Famée de PranoeaesauY^«Dt avee ce quHs purent rsmesser de débrki; plusieurs coururent à liaples pour la défendre. CkmzaWe les suivait de près. Us s'enfermèrent dans les eiifttea«xç mais la ville s'ouvrit an vainqueur. '

Teàea étaient depuis vingt ans ka alternatives de cette conquête deNaples, toujours prise et toujours perdue. Aeee nouvelles le ruî résohit des aimenents nouiveaux. L'ardiiducéimt enoone en France; il se plaignît hautement de la ■Mttvaise UA de Ferdinand» et il demandait des réparatSons pour la violation d'une p«& dont il avait été menteur. Ferdinand envoyait de vaines paroles, et pendant ce teaqpa Ck>nzalve s'emparait des idiftteanx de Niqples. Mais il vnulift am^ s'aller saisir de -Gaèie, dernière ressouroe des troupes françaises d'Italie. Tvea d'Alègre gardait ceboalevard; il eut rbomieur de le défendre et de réparer ses téméritéade €4rignole. Mais le branle était donné ; tout aUa se préripitant.

Au nnlieu decesréfokitlons Alexandre Vltombadu trône de Saint-Piene, parune mort digne de sa vie. Son iUa César Borgia avait, dit-on, préparé un vin emp^sonné peor le eardmal Adrien deComelo, d<MSt 1} convoitait les rîcheans. Bana un souper diei le cardinal, le pape but de ce vin par une méprise, et César Bofgla en but luf-nièBie. L'un et l'autre furent saisis d^troees dauleurs; lepape, d^à vieux, ne put résister au poison; il BMuruI le tendemaiiiy eiéeré et numdlt. Son ils sarvéent peur d'antoesexpiationa.

Celutfn borrHiAe spectacle poujr rfigiise de nnrCéiar Barg^ disposer aussltdt des llM^ians de Rome, et dominar par iOB chMiit et par aeaarmea lesapprélade Télectloo papide. La cardinal d'AïAdae aeeourait atee son amfaMen, Bwis attétwiàsparlesmalheuwde Fermée de P^raaoaw Ilnvait fait diriger sur Rome les nouvelles troupes envoyées par le roi; et c'était là une faute pire qu'une trahison, de faire ser-

40i HISTOmS DE FRANCE.

vîr à ses vues propres les moy&m de sauver la conquête ou de défendre l'honneur des armes de Louis XII. Ce choix redoutable et saint d'un pontife devenait un objet de brigues criminelles et une occasion de tumuUes incendiaires. Rome fut livrée à Tanarcfaie. Enfin un cardinal plus habile que tous les autres, le cardinal de la Rovère, joua les partis, et fit sortir du sein de leurs intrigues le choix de François Piccolomini, vieillard vénérable, dont Tftge et les infirmités lui étaient à lui-même une espérance. Pie III ne fit en effèl que paraître au trône pontifical. Le cardinal de la Rovére était resté mûtredes opinions et des suffrages. César Borgia était vaincu. La Rovére fut élu, et prit le nom de Jules II. . La guerre était déjà rallumée. Le roi avsùt donné le oom- Hiandanent de ses troupes à Gonzague^ marquis de Han toue, le même que nous avons vu commander les Vénitiens contre les Français à la bataille de Fornoue. Il avait souvent diangé de drapeau; c'était un dé ces hommes indécis qui n'apportent pmnt la victoire, mais qui la suivent.

Peu s'en fallut cependant qu'il ne fût heureux à sa première rencontre, n s'était avancé sur le Gariglîano, dont le passage lui eût ouvert la campagne vers Napks; il le tra- .versa brillamment devant Gonzalve, et les premiers Français qui furent au delà allèrent attaquer le camp espagnol. Déjà une redoute était enlievée ; il ne.lallait que soutenir ce succès, mais Gonzague se traîna avec lenteur, et donna à Gonzalve le temps de ranimer ses troupes. L'armée française fut rejeiée dans le fleuve. C'est là que Bayard, le bon Chevalier, seul à la tête du pont, arrêta une demi-heure deux cents Espagnols. Sans ce merveilleux fait d'armes l'armée était ce jour-là tout à fait détruite \

Mais le découragement restait dans les cœurs;. puis les chefs commençsJent à se diviser, comme il arrive dans la mauvaise fortune. Déjà des murmures accusaient Gonzague dlntelligence avec les Espagnols. Le commandement était sans nerf. Gonzague fut obligé de s'éloigner. Le msurquts do Saluées que Louis XU avait fait vice-roi prit sa place, mais il

' HUL du bon Chevalier.

ne pouvait sauver une cause perdue. Le pont, si vatlUmment défendu par Bayard , n'avait pourtant pu encore être enlevé par les Espagnols, et là s'étaient renouvelés quelques beaux exploits. Puis des secours vinrent à Gonzalve, qui chassa devant lui les Français vers Gaète, et les battit devant Mola. Toute TartlUerie fut perdue. On seréfa* gia dans Gaète. Chefs et soldats avaient perdu leur reste de courage. La défense fut impossible ; on capitula.

1501. — C'était la fin de la conquête. Les débris de l'armée française s'en allaient çà et là pour regagner le iY>yaume, soit par terre, soit par mer. La maladie, la misère, la famine, achevèrent ce que la guerre avait épargné. Saluées mourut à Gênes. Quelques chefs arrivèrent en France, ils y trouvèrent la disgrâce; le roi leur reprochait leur indiscipline, cause des calamités. Un seul reparut plus tard avec gloire ; c'était Louis d'Arc qui, après la funeste bataille de Cérignole, avait su recueillir quelques restes de l'armée, et s'était enfermé dans Venose. U s'y défendit longtemps et il refusa d'être compris dans la capitulation de Gaèté; il en imposa une pour son compte, et il s'en revint avec ses enseignes déployées au travers de l'Italie^

L'année avait été funeste à Louis Xll. Une expédition dirigée vers les Pyrénées avait été aussi sans succès. Il fallut recourir à des négociations de trêve. Pendant quelques mois les événements furent suspendus, mais les intrigues de Ferdinand avaient leur liberté. Elles eurent du moins un bon résultat, celui de faire disparaître César Borgia de la pditique. Gonzalve, à peine sûr de ses victoires au milieu d'une naUon traversée par mille périls, se défiait de cet homme remuant et criminel. Facilement il lui trouva des griefs, et il le fit enlever de Rome ; il l'envoya en Espagne sur un vaisseau. L'infâme périt plus tard dans une embuscade.

Aux alternatives de la guerre succédèrent les mouvements de la politique. Ferdinand enveloppait Louis Xll de ses manèges et de ses ruses. La paix était di£Bcile parmi les ambiguïtés de cette diplomatie dressée aux mensonges. Louis XII était forcé de se façonner à son tour à la trom* perie, mais il était aisément vaincu à cette lutte. Il se plai-

/tu HUTiNHE DE FmAHGB.

^gnil aux anâMMadeurs de Ferdinand que leur maître l'aTait IvoD^ deux fois. -*- « Deux foisi dit Ferdinand à son tour; pta Dienl il en a menti, FiTrognel je Tai trompé plus de 4aL, » La né^ociatîoB avait pow objet le royaume de Naines* Déjà Louis XII ocMomençait à se détacher de son droit; 4ttds il te voulait iisire retomber sur sa fille Claude, fiancée m fils de rarchidue Philippe. Ferdinand préfi^^ revendiquer rancien droit d'Aragon. De là des dissentiments diffl- ^lesàoonâlier.

Etd'ailleors l'archiduc Philippe et son père Maximitten entraient plus vdontiersdans les vues de Louis Xil à cause de ce marfeige de Charles de LuxenriMurg et de Claode de Fhmce, qui montrait dans l'avenir un si brâlant éc^t de couronnes, de droits ou d'éventualités en Espagne, en Allemagne, e» Italie, en France même. La mwso|[i d'Autriche semUait planer d'avance sur rsurope ; et ses ambassadeur durent entretenir Louis XD dans ses pensées blenveiUanles. MentéC un traité d'alliance ftit signé à Blols. On laissait d'abord comme dans le vague la question de Ni^les; mais un artide portait que Ferdinand pouirait accéder au traité» à ia condition qu'il laisserait l'archiduc Philippe gouverna* la royaumede Naples pour Charles de LuxembourgetClaudede France, jusqu'à leurmajorité. PuisLouisXlI obtenaitrinvestiture du diichédelfilan;oaaisparaneDtrainementine\i^^ 'cable il concédait en faveur de sa fille non-seulement l'anden duché de Bourgogne, mais ses droits propres sur le duché de Bretagne, de Mttan, de Gênes, et sur les comtés d'Ast et de Blois, dans le cas oh il ttiourrait sans ihériiîer mâle * . C'était léguer Tanardiie à son successeur. Et oottuose en ce temps tout n'était que fourberie, on supposa. que ie rd avait fait ce traité sans avoir la vohHUé de le tenir. Chose singulière ! il put lui-même ne le considérer que -ccmm uiie sorte de défi jeté à Ferdinand de GSstîile; et cehil-d^en eWei s'en irrita comme d*une insuhe; car sa peasée était tout autre que cefie de Fardiiduc son geadre, et

* Recueil des traités^ pu Léonard.

nvroKfi K nAMOb M5

ifeftt pour la maison d'àragon qu'il Touiait ébfrtiaâneiit le ti'tae de Naples, dût^U le rastltoer à FrédMc.

Itaia bientôt les érénemenls allaient troubler les vues des uns et des autres. Frédéric mourut; Isabelle deCastiUe te suivît de qudcpieB jours : c'était déjà une modificatioa imprévue. Les négodatloiis semUèreat pvandro soudailiaiaent un aspect nouveau*

En même temps que le traité de Blois, s'en était préparé un autre entre te pape, te roi et l'empereur. Cette fois c'é^ laît une ligue armée qui se faisait contre les Vénitieos^ chacun avait contre eux des ^iefo. Mais dans cette uaitë de vengeance te défaut d'ensembte se foisait »^»tir. Vecaç&rûùr avait promis de jet^ une armée en Italte; il resta immobîte. Les Vénitiens, prévalus par Fo'dinand, détadièrent te pape de la ligue, en lui concédant les viltes qu'il réclamait. Louis Xtl resta »bu1 avec ses rancunes contre les Vénitiens qui l'avaient tralii dans la guerre d'Italie.

Alors il y eut comme un intervalle de repos dans la po* Clique, et dans cet intervalle Louis XH fut frappé d'une maladie dont il avdt eu déjà qudques atteintes l'année précé* dente. 11 toucha aux portes du tombeau. L'histoire note cet incident parce qu'il donna lieu à Famour du peufde d'éclater. « Dès que le bruit en fat r^ndu par le royaume, l'on eut veu mener un si grand dueil par gens de tous états, comme si chacun eut perdu son propre enfant, et plus que jamais ne firent de roy dont il soit mémoire *, »

4S05. — H^s la politique restait fddne de iistoors : la Jigne italienne était rompue; Louis XII écouta d'autres pa*roles de Ferdinand.

La mort d'Isabelle laissait l'Espagne dans une grande coii^ fusion de prétenUons et de droits.. Le royaume dé Gasâlle était déféré à Jeanne^ fiOe de Ferdinand et d'Isabelle, et femme de farchiduc ; mais Jeanne était folte. Par te testament d'IsabeHe, hvrcbidnc devait avoir l'administration de l'Etat. Ainsi de fait l'arcfeidup devenait roi âe€a«tilte. Ausâtôt un parti espagnol parut se flértner contre l'éu^anger^ et

* Vàn&e de Seyisel, JTiM. de l^i$ if/.

496 HISTOIRE DE FRàtICB.

Ferdinand fut tenté de garder l'autorité qu*il avait déjà. Des défiances régnaient entre le beau-pére et le gendre; mais l'un et l'autre craignaient de les laisser éclater. On ne s*attaqua que par l'astuce.

Ferdinand, jeune encore^ se chercha un appui inattendu. 11 demanda en mariage Germaine de Foix, nièce de Louis XII (elle était fille de sa sœur). Le roi aimait tendrement cette princesse; et, pour flatter son amour, Ferdinand faisait à Louis de larges concessions politiques. U proposait que les deux rois se dessaisiraient de leurs droits sur le royaume de Naples, en faveur des enfants qui naîtraient du mariage, et s'il n'y avait point d'enfants, le partage fait auparavant du royaume de Naples serait maintenu, et Ferdinand dédommagerait Louis XII de ses frais de guerre par une somme d'un niillion de ducats, payable en dix ans. D'auti^es articles du traité n'étaient pas moins favorables; et enfin Ferdinand devait aider Gaston de Foix, frère de Germaine, à conquérir le royaume de Navarre, injustement enlevé, disait-on, et retenu par Catherine de Foix et Jean d'Albret, son mari. C'était encore une condition flatteuse pour Louis XII, à cause de ce brillant Gaston qu'il n'aimait pas moins que sa sœur.

Ce traité, mystérieusement préparé, rompait toutes les combinaisons précédentes. L'Italie s'en émut; Varchlduc s'en effraya ; mais les deux rois se trouvaient rapprochés par l'intérêt : on se hâta de ratifier et d'exécuter les coi>ventions, Germaine de Foix devint reine en épousant le roi Ferdinand. Seulement le titre môme de sa royauté semblait indécis^ car la couronne de Castillearrivait de droit à Jeanne, fille de Ferdinand; et la couronne de Naples, conquise par Gonzalve, semblait douteuse encore. Toutefois les seigneurs napolitains, restés captifs depuis les victoires de Gonzague, furent délivrés, et ils furent appelés à faire hommage à Ferdinand et à Germaine. Tel était le début de cette souveraineté. Ferdinand, il est vrai, avait repris son titre de roi d'Aragon, le seul qui ne restât pas ambigu.

1506. -> De son côté l'archiduc s'aipprêtait à paraître en Espagne. Si l'on eût cru l'archevêque de Tolède, Ximénès, l'illustre et hardi ministre de Castille, on eût fermé l'Es-

HISTOIRE DE FRANCE. i97

pagne à la fille de Ferdinand et à son mari. Ferdinand fut plus souple, et feignit d'être plus généreux. La guerre civile semblait imminente. Des conférences furent tenues. Ferdinand laissa de bonne grâce la Castille à Piiilippe, et se renferma dans TAragon. Ce fut une solution imprévue. Mais partout la politique avait de ces alternatives soudaines. L'histoire a peine à découvrir une pensée forte et savante qui les domine. Ce sont des incidents compliqués et fortuits tels qu'ils se produisent dans les temps d'agitation et d'intrigue, où nul génie n'apparaît pour saisir le monde et le faire mouvoir sous sa main puissante.

En France il se faisait de môme un brusque retour contre le mouvement qui avait été si témérairement favorable à la maison d'Autriche. Le traité de Bloîsqui assurait le mariage de Claude de France et de Charles de Luxembourg, avec des conditions d'imprévoyance désastreuse, avait déjà effrayé le patriotisme des provinces. La noblesse s'était émue aussi bien que la bourgeoisie; des assemblées s'étaient faites en qudques villes, où l'on avait conféré des suites éventuelles de ce traité^ et de toutes parts étaient venues, sinon des protestations, au moins des remontrances et des plaintes sur le péril de ces conventions. Le roi inspirait de la confiance à la nation par sa droiture. On s'adressait à lui avec eStision, et lui-même appelait les conseils avec bienveillance. C'était son ambition d'être aimé de ses sujets; et on avait vu, dans cette maladie naguère éprouvée, toute la nation s'émouvoir dlnquiétude et d'amour. Déjà on l'appelait le père du peuple, et ce renom populaire ôtait aux jugements dont sa politique était l'objet tout caractère de malignité et de péril. Peut-être aussi les oppositions vaincues par I/)uis XI avaient peine à retrouver leur hardiesse et leur irritation ancienne. Quoi qu'il en soit, on vit naître une sorte d'émulation dans le patriotisme, et Louis Xll fut contraint de faire une révision de sa politique, à l'aspect des doléances unammes mais respectueuses de la nation.

10 mai iîi06. — Les états furent convoqués à Tours. Là un

docteur célèbre de l'univerûté, nommé Bricot, exposa les

dangers du traité deBlois, qui ouvrait la France à la maison T. III. 32

d'Autriche, et il demanda le mariage de Claude, fille du roi, avec François, comte d'Angoulême, lequel était héritier du trône tant que Louis n'aurait pas d'entant màlè. Et à cette harangue se Tint ajouter la plainte des états de Bretagne, qui avaient un intérêt plus direct au traité de Blois, puisque Claude, fille de leur duchesse Âhne, pouvait par ce traité transférer le duché à Charles de Luxembourg. Louis Xtl opposa quelque temps ses scrupules à la politique defs étiits ; puis il se laissa vaincrfj. « Les estats, dit Saint-Gelais, sup* plièrent très humblement le roy à genoux et mains Joinctes; » et le mariage de Claude avec le comte d'Angoulême sembla concédé à la demande du peuple entier \ C'est dans cette assemblée que les états décernèrent à Louis XII le magnifique surnom de Père du Peuple.

Tout changeait d'aspect dans les alliances par ce retour, et Ton devait croire à la colère de Philippe d'Autriche, roî deCastille; mais Ferdinand,, son beau-père, n'avait cessé de le tenir enveloppé dans ses intrigues, et la complication des affaires d'Espagne empêcha les ressentiments de se produire. Philippe parvenait à peine à établir sa royauté sur les Castillans. Les Espagnols ne voulaient obéir qu'à Jeanne, fille de leur reine nationale Isabelle, ^t Philippe la vouiait tenir enfermée comme folle. De là des conflits ardents. La politique avait des mystères d'horreur, et pendant cetefnps Ferdinand suivait ses vues de domihati<m, dût-^1 y m^er des crimes. On le vit s'en aller à Naples pour li'assurer de ce royaume, et durant cette expédition il apprit la mort de Philippe, son gendre. Quelques histoires disent que Philippe avait été empoisonné. Mariana le tiie; mais SI accise de sà itiort l'excès de ses débauches. Ferdinand reprit la liberté de sa politique. La Castille lui revenait penèant lu minorité de Charles, son petît-fite, et comtne il fi'hét4tsât point des griefs de Philippe, son gendre, contre Louis XH, la paix sembliait devoir ê^e assurée de ce tèté, ft moins que quelque intrigue imprévue tm vînt changer les desseins do Fastucieux: monarque. Du reste il ne se hékta point de quitter Na-

' * Chnm^h rfef^l»fi g^nè-wwf, |Mir Sfti«n>ti.

HISTOiKE VU mANGE. 499

ples^ od ii Yoniait afièraoîr son aotorîté; il comptait sur XIm^èspour conduire ses affaires de Castilie.

CSependant Tatiention de Louis XII commençait à se reporter T^s ritaiie. De sourdes factions fermentaient à Gènes, et bientôt dies édatèrent par des complots et par des crimes.

Ravestein , gouvemeor de Isl ville pour le rcM, était 9ihsent. Une conjuration populaire avait été depuis longtemps ourdie pour arracher les charges de la république à la no- Messe. A un signal donné, toute la populace paratt en armes et se préciplle dans les palais des grands et dans les maisons des riches; la ville est livrée au pillage; quelques nobles sent égorgés, d'autres s'enfuient. Les histoires du temps racontent des atrocités qui font frémir. Hommes et femmes étaient confondus sous le glaive des assassms ; oà les mutilait à plaisir. Jamais le meurtre n'avait eu de ûàs raffinements. Là-<iessus on institue huit tribuns du peu[^ et Ton proclame un teinturier, Paul Nuove, doge de la ville.

Bientôt la république, ainsi refaite, se répand au ighôrê avec son désordre^ Ràvestein reparait; on méprise son autorité. Le roi averti envoie un Napolitsûn, le docteur Ricd, pour porter aux révoltés des paroles de bon cousdl ; ils lui répondent par des entreprises nouvelles. Déjà ils s'étaient saisis de quelques pkces le long de la mer ^ ils courent, au nombre de six mille, assiéger Monaco. Ràvestein maa* quait de forces pour résister à ces furieux; ii court en France solliciter le roi de contenir la révolte par uoe attaque soudaine. Bientôt des troupes .sont jeééesen Italie; îves d'AIègre les commande; il marche vers Monaco avec trois mille hommes* Les Génois n'osent l'attendre ; ils rentrent dans leur villt;, peu soucieux de la gloire, mais avides d'anarchie. Pendant ce temps Galéas de Salazar n'avait cessé de défendre le château de Gênes, et sa résistance avait animé les factions. La fureur était au comble 5 les armes de France avaient été partout abattues, et, par un caprice de la rébellioD^ on mit à leur place les armes de Fempire. C'étnt un itidice susq;)e«t, et à cette nouvelle le roi commence à re-

jOO histoire de frange.

douier quelque perfidie de Maxlmilien. La conduite même du pape semble ambiguë. Louis XII se décide à aller en personne contenir les ti'ahisons et punir les crimes. I) lève précipitamment une armée, et bientôt on le voit arriver avec cinquante mille hommes. Ce n'était pas seulement une expédition contre des séditions de la populace; c'était la guerre avec ses apprêts savants et terribles. Toute la cheyaleriede France s'était armée ; Bayard reparaissait parmi les vaillants. On pouvait s'attendre à aller se trouver en face d'une révolte soutenue par la politique du pape et de l'empereur, peut-être par la perfidie de Ferdinand *.

1S07. — Les Génois ne pouvaient résistera de telles forces. U y eut pourtant un moment de lutte acharnée. Ils avaient élevé un fort sur la montagne du Promontoire, afin de protéger une autre forteresse nommée Gastellano, d'où la corn* munication avec le ch&teau de Gênes était facile. Les Suisses de l'armée de Louis XII refusèrent de monter à l'attaque de ce fort, qui semblait imprenable ; les Français s'y préci* pitèrent, et alors les Suisses, honteux, supplièrent qu'on les laissât combattre. Il y eut une rude bataille autour de la montagne. Les Génois furent dispersés, et ils s'enfuirent au loin, laissant deux mille cinq cents morts. Le fort fut enlevé^ et bientôt l'armée firançaise fut aux pieds des murs dç Gènes.

Alors la révolte commença à se faire suppliante; les plus furieux demandaient merci. Le roi exigea que la ville se rendit à discrétion. La terreur glaçait les coupables, et le peuple s'attendait à des vengeances Inexorables. Le roi entra dans un appareil eflVayant; il portait une large épée nue à la main, comme signe delà Justice qui allait se faire. Cependant un emblème de sa cotte d'armes annonçait aussi l'indulgence. C'était un rot d'abeilles aumilieu d'un essaim, avec cette devise : Non utitur aculeo rex ctd paremns. Les principaux de la ville vinrent tomber à ses genoux, et lui adresse*

' La description de l'armée de Louis XII est dans les Mémoires de Fleuianges, oh. 6.Geltede6crtption est curieuseet intéressanteau point devuemililairo, etOMmtre l'organisatioa de Uguerreàoetteépoqoe.

HISTOIRfi DE FRANGE. 501

rent une harangue lamentable. Après quoi le peuple se mil à crier.' Miséricorde! miséricorde! Louis XII avait Tàme tendre, et cotte vue l'eût désarmé, quand même il serait entré avec des desseins dé punition sanglante. Toutefois 11 ne répondit point aux supplications; l'anxiété restait profonde. Pendant dix jours on s'appliqua à rechercher les chefs des complots et les auteurs des pillages et des crimes ; tout faisait croire à des exécutions; et le peuple ne cessait de demander grâce dans les rues et dans les églises. Louis XÛ alla à la cathédrale; il y trouva des multitudes d'enfants, de femmes, de jeunes filles, tous vêtus de blanc» tous poussant des cris et versant des larmes. C'étaient par-* tout des scènes pleines d'émotion; mais le mystère enveloppait toujours les desseins du roi. Enfin, au bout de dix jours, on dresse dans la grande cour du palais un vaste échafaud sur lequel on dispose le trône, et tout annonce un appareil de justice. Le peuple se précipite avec des angoisses d'incertitude, et le roi paraît, entouré des princes et des chefs de Tarmée. Un des anciens du peuple est admis do nouveau à parler au nom de la ville coupable. Jean de Illicé s'adresse au roi avec des paroles de repentir; il invoque la clémence de Louis, le père du peuple, et seâ pleurs ajoutent à son éloquence ; puis il tombe à genoux avec tout le peuple, et tous répètent encore ce cri, qui depuis dix jours retentit seul dans la ville : Grâce! merci !

Le roi se lève à son tour, et tous les grands forment autour de lui un conseil ; puis, après quelques moments de délibération, la sentence est iH*ononcée par un maître de^ requêtes. Les habitants de Gênes sont coupables du crime de lèse-majesté ; leurs corps et leurs biens seront saisis et confisqués. En même temps on étale les chartes des droits et privilèges de la ville; on les déchire et on les jette au feu. A cette vue Tépouvante gagne le peuple; tous croient 4ue c'est là un commencement de supplice; tous s'attendent à être frappés du glaive; des cris de désespoir se font entendre. Mais bientôt le roi demande silence; on écoute. Le même maître des requêtes annonce que le roi accorde le pardon descrimes quiontélécoramls,étqtt'itrendraàla ville

503 HISTOIRE DE VRAIfCE;

lesprivilégesqu on vîeot d'alM^; seoleaieiit les pbmeavtpÊLhkoB seront panîs, et la ville payera une amende pour les frais de la Justice qui vient de se faire» Aussitôt édate un transport contraire. Le peuple bénit le roi ; Feq^érance saocède à la douleur, la joie à l'épouvante. On eût dit un drame afvee ses alternatives sinistres et consolantes. Et peut-être anasi l'histoire s'est amusée à donner à œt appareil de jus* tioe et de pardon une pompe théâtrale ';toi]|jourse8Ml que Louis XII n'eût pas supporté les supplices. La ville de Gênes retrouva sa constitution; on atténua l'amende qui la frappidt, mais on exigea qu'elle entrettnt trois galères pour le roi; on diangea ses monnaies^ et les armes de France y furent empreintes avec ceUes de la république. Oo fut inexorable pour le doge teinturier; il eut la tête tranchée.

Cette prise de Gênes fut alors très^célèbre. « Il n'est pos* sible, dit le vieux historien, de veoir si forte ville, ne « belles ne si magnifiques maisons qu'dies sont en la dicte ville de Gennes, car chascune maison semble ung beau cfaasteau. Et pour ce soulott-on dire Gennes la superbe, pôurce qu'elle ne fust jamais prinse par force sinon à ceste venue des Françoys, et l'appellent-on maintenant Gennes Fluimiliade et non Gennes la superbe. Or faut-il doncques Men dire, ajoute rhistorlen , IHeu ayme les Françoys, el possible qu'il a bataillé et fait la guerre pour eidx, dont leur doint Nostre-Seigneur pour sa grâce touijours persévérer OB leur bonne fortune. Amen '. »

Le roi s'en alla ensuite à Jlilan. Le bruit de sa clémence ràvatt rendu populaire. On lui fit des triomphes, et de toutes parts lui vinrent des félicîtatlons et des hommages. On soupçonnait que le pape n'avait pas été étranger aux ré*votoes de Géoes. H n'envoya pas moins comprimenter le roi par une ambassade. Des députés vinrent aussi de Florence et de Tenise. Florence demandait des secours pour sou* mettre les Fisans ; Louis XH refusa de se mêler à ces que*

> La €om^iuegl€ du Genmeg, dms les Àreh. curimseê , itm. IL -^ Saint^^klai». -* D'Aoton. *- Hist. de houù XIL •* Gaichardiu. ' la conquHU de GffMe$, IhUI*

relies^ pour ne point trouver Tltalie. Yenibe avait des iaiér rêt8 plds généraux à présenter à Ix)uîs XII.La ligue naguère laite eooin^ eUe entre le pape, l'empereur et le roi, s'était disifointe di^elle-môaie ; mais rempereur restait menaçant, et depuis lors le changement de politique rendait Louis XU aeces^ble à la supplicatioa des Vénitiens. U leur promit de les défendre, liais Tavenir recelait des retours nouveaux.

Pendant ce temps F^dinand de Castille multipliait à Nar pies ses ruaes et ses tromperies pour s'assurer le royaume, et il violait le traité qui en devait assurer rhérédité aux enfants de Germaine de Foix , en faisant déclarer dans les Etats napolitains le droit des enfants de Jeanne la Folle. Tout était plein d'ambiguïtés. Louis XII, qui semblait devoir se tenir offensé de cette infidélité de Ferdinand, lui fit proposer de s*unir au pape avec lui pour attaquer les VénV tiens, que lui-même s'était obligé tout à l'heure à défendre contre l'empereur. Telle est l'histoire diplomatique de cette époque ; on n'y rencontre que le mensonge pour toute har bileté, et encore on ne voit pas toujours l'intérêt de ces tromperies. Louis XII et Ferdinand convinrent de se trouver à Savonne; et, chose singulière! cette entrevue, d'ailleurs sans objet connu, parut alors une imprudence de l'un et de fautre, comme si de se mettre en contact pour conférer de leurs affaires eût été pour tous les deux une égale témérité. U semble donc que les historiens qui ont recherché graveiuent lequel avaU été le plus imprudent les croyaient ca- .jjMibleségalement d'une perfidie. C'est là un triste soupçon, à moins que ce nesoit un raffinement fulilé. Louis XII au reste sut garder les semblants de la générosité; car il passa sans garde sur le vaisseau de Ferdinand. Mais, dit le P. Daniel, d'après d'Auton qui y élaît*, sa flotte gardait tous les environs. Il ne fut pas le plus imprudent , dès qu'il lui aurait été facile d'être le plus criminel.

iS07. — Quoi qu'il en soit de ces détails historiques, qui accusent les princes, qui accU^nt peut-être aussi les écri-

> Hisl. de Louis XII. -7 Yay^ VBntrevne de Louis Xll et de Ferdinand, de ce même d'Auton, dans les Àreh, curieuses.

vains,LouisXlletFerdinand,après1eur entrevue de Savonne, parliretit Tun pour la France, l'autre pour l'Espagne.

La Castille venait d'être tourmentée par des factions de toute sorte; Ximénès, le grand ministre, avait sauvé le trône à Ferdinand, et vainement Tempereur Maximilien avait aussi fait des cabales pour se faire déférer l'administration du royaume au nom de Charles, son- petit-fils. Toutes les brigues avaient été vaincues. Haidmilien transporta sur d'autres points son activité politique.

SMl fout en croire quelques histoires, Farchiduc Philippe en mourant avait confié à Louis XII le soin de protéger la minorité de son fils Charles de Luxembourg que déjà l'his^ toîre commence à designer tour à tour sous le nom de Charles d'Autriche ou d'Espagne. C'était une blessure pour Maximilien, qui disputa la tutelle de son petit-fils pour les Pays-Bas. Mais les Etats de Flandre maintinrent la volonté de Philippe, et Louis XIl désigna Guillaume de Crol, seigneur de Chièvres, pour présider à l'éducation du jeune prince. Ce fut un choix d'une générosité excessive, a-t-on dit quelquefois, puisqu'il en résulta l'éducation de Charles-tiuînt, c'està-dire l'achèvement d'un personnage qui fut fatal à la France. Depuis on a contesté cette particularité historique, inventée peut-être par l'extrême admiration que les peuples vouèrent longtemps à Louis XI! '.

Quoi qu'il en soit, les Etats de Flandre, après s'être mis sous la protection de Louis XII, se retournèrent peu à peu vers celle de Maximilien. Ce fut encore un de ces retours rapides qui remplissaient celle époque. Mais celui-ci révélait d'autres entreprises, qui devaient avoir elles-mêmes des alternatives non moins imprévues.

La présence et les succès de Louis XII en Italie avaient réveillé les jalousies de l'empereur et les défiances du pape. Jules H tendait à repousser de l'état ecclésiastique le contact des armes françaises. Il appela à son aide les passions allemandes. Il lança des brefs ^ il s'adressa aux princes et nux^

' Voyez dans le P. Daniel une analyse des recherches de Godefroy , illustre éditeur des Mémoires de Comines»

i-épubliques. Venise alora s'éveilla; et une diète ayant été convoquée à Constance^ des griefs de toute sorte y furent étalés. L'empereur se fitorateur pour exciter contre Louis Xlt la colère et l'envie , et enfin après ces délibérations ardentes une ligue fut arrêtée entre le pape, l'empereur et les Vénitiens pour chasser les Français de Milan.

La politique impériale ne s'était jamais déclarée avec cet acharnement. Louis XII la déjoua par sa modération. On l'accusait de vouloir dominer l'Italie; pendant ce temps il retirait ses troupes ou les licenciait. La haine fut sans prétexte. Louis xn acheva de désarmer les princes de la diète, soit par l'habileté des négociations, soit par l'argent, respèèe d'habileté la plus facile, et dés lors la plus connue.

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