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générateur; ils placeraient an nombre des jours mémorables ceux où il ayait paru parmi eux , et de ces jours daterait la prospérité de TEspagne. « Voilà , monsieur le corrégidor, disait-il en finissant, ma pensée tout entière *. n
Mais ces paroles de conquête arbitraire ou de pardon implacable ne faisaient qu'alimenter la haine au fond des ftmes, et la soumission même cachait la vengeance. Le monde d'ailleurs se remplissait de présages. L'Angleterre attaquait Napoléon par les combats et parla politique ; elle traitait avec les juntes d'Espagne; elle négociait avec la Turquie; elle soufQait la discorde en Allemagne. Napoléon avait à se multiplier pour courir au-devant de tous les périls. Bientôt il quitta l'Espagne, où il n'avait fait que montrer la menace, y laissant des lieutenants pleins de courage, mais une guerre qui dépassait leur génie.
Ainsi s'achevait l'année. Elle avait eu des événements d'une autre sorte ; de grands actes d'administration pu- Iblique s'étaient consommés. Le Code de commerce avait été promulgué, mais en même temps se poursuivait un système de douanes qui emprisonnait le commerce dans les frontières de l'empire . Quelques-uns virent une dérision dans ce contraste *. Une création célèbre fut celle de l'Université. Les vieilles fondations, qui portaient ce nom depuis le moyen âge, avaient été détruites par la Révolution ; Napoléon n'eut pas le dessein de les rétablir; c'étaient des institutions de liberté, qui répondaient mal à son génie de domination. Mais , reprenant un nom longtemps accrédité eu Europe, il s'en servit pour populariser une institution toute différente,* dont la pensée fondamentale fut de discipliner la jeunesse par des méthodes plus militaires que philosophiques, et de remettre à l'État le gouvernement absolu de tous les esprits. Dessein outré, dont
* Retme hUtarique de la France.
* « Ad eommenoement de l'année dont Je parle , Je reças on des pr^ mien exemplaires da Code de eommeroe , promalgné le premier janvier par ordre de VEmperenr , ce qui me parât une hante dérision , car Il était an moins extraordinaire de publier on Gode sur une chose que tous les décrets impériaux tendaient à anéantir. » Bourrtenne . tom. Vllf .
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rappUcation devait, par degrés, conduire à des entreprises funestes , sans que la réussite pût promettre des elîets pleinement conformes à la volonté du dominateur. Car la jeunesse ne se plie point aux méthodes qui se proposent d'assujettir son intelligence au nom de la politique ; tout au plus elle obéit aux méthodes qui lui enseignent la subordination au nom de la religion. Quoi qu'il en soit , le décret du 17 mars est resté fameux dans ce siècle. U créait renseignement de rétat en regard de renseignement de rÉglise , et même il tendait à soumettre renseignement de rÉghse à Tautorité de TÉtat. Ainsi Napoléon pensait réaliser une puissante unité d'empire en s'assujettissant la pensée, l'intelligence, la conscience même de la Nation.
Par ce décret, du moins, les études étaient ramenées a des principes longtemps méconnus; les sciences techni* ques , qui faisaient tout le fond de l'enseignement dans les écoles , laissèrent leur place aux vieilles traditions classiques; les lettres, l'histoire, la philosophie, retrouvèrent leurs honneurs, si ce n'est que l'esprit du xviu* siècle était survivant, et que sous la robe de Rollin, le professorat manquait de ce qui vivifie les études par la piété et par la foi.
« Bien qu'il fut avant tout ennemi né de toute hberté, Bonaparte» dit Bourrienne, s'était d'abord fait un système d'éducation vaste, qui comprenait surtout l'élude de l'histoire et de ces connaissances positives , telles que la géologie et l'astronomie, qui donnent à l'intelligence humaitie le plus grand développement dont elle soit susceptible. Le souverain recula en lui devant les pensées premières de rhomme de génie, et son Université, confiée à l'élégante souplesse de M. de Fontanes , ne fut qu'une de ces écoles capables de produire des sujets instruits, mais non pas des hommes éclairés*. »
Ce fut néanmoins une nouveauté heureuse d'avoir rappelé la jeunesse à des habitudes de subordination et à des goûts de culture élégante. Les sciences techniques tendaient, par l'exactitude outrée de leurs applications, à
' Uém,^ tom. VlU, cb. 6.
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donner à la société française un caractère d'ordination âpre et sèche, qui eut fini par être une rudesse barbare. La culture classique releva Tintelligence ; le souvenir des grands modèles d'éloquence et de poésie fut comme ua renouvellement de Tesprit public; et quel que fut le peu d'inclination de Napoléon pour les lettres, il ne méconnut point la part d'action qui leur était propre : elles lui étaient d'ailleurs un instrument de prosélytisme; et tandis que le grand maître de l'Université, Fontanes , s'appliquait à lui gagner les générations par les artifices de la discipline, il lui amenait les esprits éminents restés épars dans les ruines de la société ancienne, soit par les emplois de l'enseignement, soit par les honneurs académiques. On vit alors des philosophes, des poètes, des prêtres, des écrivains, vieux témoins de l'éducation d'autrefois, de Bonald, Demie, Frayssinous, Émery, et d'autres moins renommés, s'associer au renouvellement des études publiques. Leur effort ne remuait pas encore le fond delà société; mais leur concours était un exemple, et leur dignité protestait contre le matérialisme qui avait gâté les lettres coomie les mœurs. Ainsi les travaux de la paix étaient mêlés aux entreprises de la guerre; mais c'est la guerre principalement qui occupait l'imagination publique.
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