‹ Histoire de FranceChapitre 3 sur 26 · CHAPITRE U · texte numérisé non relu

CHAPITRE U

Goura des événements ; la politique et la guerre. — Rléber en Egypte. — Situation de l'armée ; plaintes de Kléber. — Négociations , craintes d'un désastre. — Proclamation des Consuls ; déguisement des périls. — Situation meilleure en Europe. — Renouyellement des commandements ; Moreau sur le Rhin , Masséna en Italie. — Constitution nouvelle ; retour aux idées d'unité dans le pouvoir. — Mesures d'ordre ; actes arbitraires ; réaction contre la Révolution. — Génie de Bonaparte. — La Révolution disciplinée , la démagogie vaincue. — Applaudissements de la France. — Lettre du premier consul au roi d'Angleterre. — ^Réponse du Ministère anglais. — Bonaparte avait proposé la paix ; il annonce la guerre. — Proclamation à l'armée. — Suite des desseins de pacification intérieure. — Son attention se porte sur l'Église. — ^Avènement de Pie VIL — Hommages rendus à Pie VI. — Grande politique de Bonaparte. — Événements d'Egypte. — Guerre d'Europe. — Apprêts de la campagne. — Passage des Alpes. — Masséna assiégé dans Gènes; fin glorieuse du siège. — Bataille de Marengo. — Particularités; hasard de la victoire.— -Suite de la bataille. — Nouvelle de l'assassinat de Kléber. — Combats en Allemagne. — Succès divers. — Moreau gagne une grande bataille à Hohenlinden. — Suite de la guerre. Attentat contre Bonaparte, le 3 nivôse. — Compression politique; mort de la liberté. — Vœux de paix en Europe. — Armistice. — Politique des souverains par rapport à Louis XVIII. — Le roi chassé de Russie. — Malheurs de la maison de France. — Conduite du roi de Prusse. — ^L'Angleterre persiste dans la guerre. — ^Lutte en Egypte. — ^Les Français succombent sous le nombre. — ^Le czar Paul I^'est étranglé. — Combat sur mer ; la France respire.

Tandis que se consommait cette révolution dans TÉtat, la politique et la guerre suivaient leur cours avec une fortune diverse.

L'Egypte était surtout restée en proie à de cruelles vicissitudes. Le départ inopiné et mystérieux de Bonaparte avait laissé dans Tarmée une surprise mêlée de colère. Les

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généraux y virent une désertion , et Kléber laissa échapper sa plainte dans une lettre datée du Caire S et adressée au Directoire.

« Citoyen Directeur, disait-il, le général en chef Bonaparte est parti pour la France le 6 fructidor au matin, sans avoir prévenu personne ; il m'avait donné rendez-vous à Rosette le 7 ; je n*y ai trouvé que ses dépèches. Dans Finoertitude si le général a eu le bonheur de passer, je crois devoir vous envoyer copie , et de la lettre par laquelle il me donne le commandement de Tarmée , et de celle qu'il adresse au grand-visir à Constantinople, quoiqu'il sût parfaitement que ce pacha était déjà arrivé à Damas. »

Après ce début quelque peu amer, Kléber traçait la situation de Tarmée et des affaires.

L'armée était réduite de moitié; elle était nue , elle n'avait ni armes , ni fer, ni poudre , ni plomb , et les maladies la dévoraient.

« Cependant, disait Kléber, il ne s'agit plus aujourd'hui comme autrefois de lutter contre quelques bandes de Mamelucks découragés, mais de combattre et de résister aux efforts réunis de trois grandes puissances : la Porte , les Anglais et les Russes. »

Ici les griefs devenaient plus libres. « Bonaparte avait donné des ordres pour habiller l'armée en drap ; mais pour cet objet, comme pour beaucoup d'autres, il s'en était tenu là. »

« Le général Bonaparte, ajoutait Kléber, a épuisé toutes les ressources extraordinaires dans les premiers mois de notre arrivée : il a levé alors autant de contributions de guerre que le pays pouvait en supporter ; revenir aujour** d'hui à ces moyens, alors que nous sommes au dehors entourés d'ennemis, serait préparer un soulèvement à la première occasion favorable. Cependant Bonaparte, à son départ, n'a pas laissé un sou en caisse, ni aucun objet équivalent ; il a laissé au contraire un arriéré de près de douze milUons : c'est plus que le revenu d'une année dans

' 4 vendémiaire an VlII.— 26 septembre 1799. .

99! H48a»l«B DB PRiJIiC])..

lu circonstance aetnelle. La solde arrivée pour iouie Tarmée se. monte seuleoienli h quatre millions. »

Alors venait une appréciation de Tétat de TÉgypto, qu^una armée ainsi réduite et riunée avait h défeadne. Les Marnelueks dispersés, non déloruitis \ MouradBey, dians la Haute- Egypte, avec des forces imposantes; Ibrahim à Gaza avec 3>000 Mamelucks , et déjà joint par 30,000 hommes du grand-visir; le grand-viair lui-même parti de Damas et maintenant campé auprès d'Acre; « telle est, disait Kléber, la situation dans laquelle le général Bonaparte m*a laissé rénorme fardeau de Tarmée d'Orient ; il voyait la crise fatale s'approcher; vos ordres sans doute ne lui ont pas permis de la surmonter. Que cette crise existe, ses lettres, ses instructions, sa négociation entamée en font foi ; eUe est de notoriété publique, et nos ennemis semblent ai^ssi peu l'ignorer que les Français qui sont en Egypte. »

Et enfin Kléber montrait la difficulté de sauver l'Egypte et l'armée dans l'état aifreivt dont il traçait le tableau. Mais il ne désespérait pas de gagner du temps par un plan de négociation digne d'être noté dans l'histoire*

Il se proposait de restituer l'Egypte aux conditions sui^ vantes :

« Le grand^seigneur y établirait un pacha comme pa^nle passé : on lui abandonnerait le Miri , que la PorV^ a toujoj,ur$. peirçu de droit.

» Le commerce sera ouvert réciproquement ent^e l'Egypte et la Syrie.

» Les Français demeureraient dans le pays, oocupercâent les places et les forts et percevraient tous les autresi droits, avec ceux des douanes jusqu'à ce que le gouvernement eût fait la paix avec l'Angleterre.

» Si ces conditions préliminaires et sommaires-, ajoutaitil, ét€ûent acceptées,, je croirais avoir fait plus pour la patrie, qu'en obtenant la plus éclatante victoire .« Je connais toute l'importance d^ la possession de l'Egypte. Je disais ea Europe qu'elle était pour la France le poipt d*appui p^ lequel elle pouvait remuer le système du commerce des quatre parties du n|0?^de ; mais pour ceift il fefxt \ffx j^ms-

smé lenritffy ee Ivrier, c'est la marin»; hu nAtrw ai emté-; depuis lors tout est changé , et la pais atee ku Porie< poul seule , ce me semble, sonS' oftnr une^ nâelonûrable'pour nous tirer &nne entreprise qui no peut phn attoindve T'objet qv'on avait pu s^eit proposer. »

Telle était la dépéche< du géoéral KMber;. La plaint» ëe rhomme politique et de rkomme de gtieiMi y éieik tempérée par la prudence. Mais au moment où il alkff clore son rapn port , quinze voiles turques paraiasaieaA dsvaat DamieifiB, attendant la flotte du capîtan-pacfaa, moudUe à faift, laquelle portait de 15 à ^«OCAhomaM» de débarquement. Ces forces venaiewt s'ajouter à celles qui déjà s'avançaient de Damas et de Gaza sous les ordres dis ^rand^risiv.

« Quant h moi, disait Kléber dans> un |90flMBrtf)lum> il me serait de toute impossibilité deréanit plas de einqmiUQ hommes en état d'entrer en eamfiagiie ; nonobstant ce , jfi tenterai la fortune. »

L'expédition d'Egypte risquait donc de s'achever par un fatal désastre, et il est aôsé de s'exphqtter le courroniB que le départ de Bonaparte avait Ittssé dans l'Ame des généraux.

Mais telle avait été la rapidité des révoluâions, que la plainte de Kléber arriva à Bonaparte au lieu d'arriver au Directoire. Bonaparte ne s'en émoi point ; il dicta ans« sitAt la proclamation suivante à l'armée d'ËgypAe :

« Soldats, les consuls de la Répubttque s'occupent sou* vent de l'armée d'Orient.

9 La France connaît toute l'influence de vos conquôtes sur la restauration de son commerce et k dlrilisation du monde.

9 L'Europe entière vous regarde. Je suis souvent en pensée avec vous.

» Dans quelque situation que les hasarda de k guerre vdus mettent , soyez toujours les soldats dd Kivoli et d'Aboukir ; vous serea invincibles.

» Portes à Kléber cette confiance sana beitia i que vous aviez en moi : il la mérite.

9 Soldats, songez au jour où, victorieux, vous rentre-

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rez sur le territoire sacré : ce sera un jour de gloire pour la nation entière ^ »

Ainsi parlait Bonaparte à ses soldats délaissés. C* était un voile étonnant jeté sur Fétat de TEgypte ; la plainte de Kléber mourait devant cette habileté presque triomphale ; mais la suite des événements n'en devait pas être changée.

En Europe , Faspect de la guerre était meilleur, quoique mêlé d*altematives.

Le russe Suwarow , irrité de ses revers , avait accusé TAutriche auprès de Paul I", et, par sa plainte, avait troublé Falliance des deux Empires : bientôt il s'achemina vers la Russie , comblé d'honneurs , mais laissant en Europe une renommée affaiblie.

4 novembre. — L'Autriche porta seule le poids de la guerre. Le général Mêlas défit les Français à Savigliano ; ils étaient commandés par Championnet , ayant sous ses ordres Victor et Grenier.

5 novembre. — Et d'autre part, Gouvion-St-Cyr battait, à Novi près de Tortone , le général Kraj; mais c'était une faible compensation du désastre de Savigliano, et surtout de la bataille livrée naguère aux mêmes lieux , et où Joubert avait péri.

1 1 novembre. — Peu après , le général Monnier , qui venait de défendre Ancône, durant six mois^ contre des forces combinées d'Autrichiens, de Russes, de Napolitains et de Turcs, sortait de la vUle par une capitulation glorieuse.

Il fallut renouveler la guerre par des commandements nouveaux. Le général Moreau fut envoyé à l'armée du Rhin , Masséna à l'armée d'Italie. La fortune n'en fut point changée.

8 et 3 décembre. — L'autrichien Sztarray battit les Français à Philipsbourg; cinq jours après , la rive droitedu Rhin était évacuée. En Italie , Goni tombait après un siège de quelques jours; tout le Piémont fut ouvert à Tennemi.

Mais Gouvion-St-€yr avait continué de soutenir l'hon*

* jr/m. de Baurrienne.

neur des armes ; resté seul, après la défaite de SavigliaiKv pour la défense du territoire ligurien , il s'était vu environné de périls. L'anarchie était dans le gouvernement, les peuples étaient accablés par la misère; les soldats^ épuisés de fatigue, étaient travaillés par l'indiscipline; partout le désordre et la révolte. Gouvion-StrCyr sut dominer cette anarchie, en parlant aux Français du devoir et de la gloire. Il les jeta sur le général Kléneau, vainement défendu par la position, par le nombre et par le voisinage d'une flotte; il le battit à Hontefaccio et resta maître de Gènes (iS décembre).

C'est au milieu de ces événements que se faisait une constitution nouvelle ; on la proclama le 24 décembre sous le nom de constUiUion de l'an vui. C'était le quatrième renouvellement des formes politiques de la France depuis dix ans.

Cette fois la pensée dominante avait été la concentration des forces publiques aux mains de l'Etat , en opposition avec la liberté qui avait fait de la démocratie le régime du désordre.

Les lois étaient proposées par le gouvernement ; elles étaient discutées par un tribunat et délibérées par une assemblée législative; un sénat veillait à leur conservation. Le sénat était permanent; les sénateurs étaient à vie. Le sénat , une fois constitué , devait se renouveler lui-même par l'élection, mais sur une présentation de trois candidats désignés par le gouvernement à chaque vacance.

Le tribunat se composait de cent membres, renouvelés tous les cinq ans, et choisis par le sénat sur des listes de notabilité.

n en était ainsi du Corps législatif, composé de trois cents membres , et choisi par le sénat sur des listes proposées parle sufiErage du peuple; les législateurs devaient voter les lois, mais sans discussion de leur part, après débats soutenus en leur présence par les tribuns et par les orateurs du gouvernement. Celait une combinaison savante et hardie de despotisme légal; la liberté ne survivait pas même comme un artifice.

M JUVOIBB »B nàlICft. 1800

Qm sesttibft du iCoif s législatif était annueliei; eHe<d«Taii iHte «de qaaVre moi».

^Quaiit au gauvenranieiit, il >dtait Tends i Irois (Cttnsub nommés pour dix ans, dodéfiniment rééligiUes.

Hais déjà le consolât se résumait dans le eeul nom de Bonaparte. StéfèB avait bientôt soupçonné qu'il ne ^e^ rait pas de forœ, la^ec sa politique de théorie labstraite, è supporter *te<cotttact de>cette volonté maltressa, etiRogeir- Buoos^ qui n'était qu'une ombre , avait ^disparu du premier jour : Siéyës s'évanouit de .même. l leur place forent nommés Cambacérès et Lebrun. L'un, menibffe de la Conyidntiota, Vétait'initié partie pégioide auk jpratiques du despotidme i^dlutionaaite ; Taiitre, ancien «constituant et membre du conseil des Anciens, et qui^avttittété, dans son j«an&ége,)S6<Aré0aife du chancelier itaiipeou,6'étaitdresaé à cette triple école aux usages subalternes de la politique. Ge -^Mmitcpasilà un contrepoids là. la ttouteipuiadanjce réaeifVéetdès lors à ^Bonaparte.

•Aussi bien la Fvanoe, trîMementiéprouvée par:!' essai d^ tant do pouvoirs, qui s'étaient exterminés touî àiour !, courais d'eUe^mème-à uneionue deogouveirnemeiit qui: lui rappellorait'leimieux ^autorité politique que. la. révolution avaîtirampiacée )par .des luîtes d'anarchie.. Le «Directoire 'tenait d'emp«ytler la >haine et le jEoépriSi , • e t . comme dacB les formes »nouivelles de ki' consiitutioni chacun < «hei chait oe qui semblait leimieuxse rapporter à T unité de la mo^ nar^faie, Bonaforte était celui des consuls «en qui ae con- «centraient naturellement ces* espénauees* L'imugination publique ^osaiseait «a destinée«, iat «tout de reste is' évanouissait devant son génie.

/tôOO.-»-^Le isiècle <vMeit dens^ouvrir^fMir tune attaque •ouverte contre Tanarchie.

«'] .'armai im , défaite des IGlrûiidiflS; t.b «mil 1194 ,idiùte das 'CÀtdëtiëtfs; a.>jotrnée>d0 thennidor, obittetiefKièiaplerfe; 4. Jonniée 'de giminal, BoàlëvenâDt de Barrère ifour» échapper «au osupplice;* 5. ajournée du 1*^ pralrial(n95); défaite des'JacobiQ9;6tl3.Tcndéaiiaije,

victoires des Jacobins; 7. journée du 18 fructidor; nouvelle victoire des ^làèolmis;'8.'80iiMiii1bi, trîoMphe'des^JdfedbM8;i9. f8 bfomâfîc /ruiae

des Jacobins.

TJne loi condamna, par mesi^re d'Etut^ % la déportation, ^ent trente-trois révolntio^inaires ; et un simple dri*é4ié des co'ffsy:!^ fixale nombre des jonrnaux et atftoiisa la 'suppression de ceux Qui pufblierâient des articles contraires au pacte social, à la souveraineté du peîâple et à la glùir»des^Ur^ fne'es. Ainsi commença de se révéler un'systètitfeKle dîscit^line dans la Révokttion, lequel devait laisser >snbdi8ler èertaines maximes nominales, en faisant prévaldir dtfns la politique la "simple pratique de la force.

La nature semblait avoir créé Bonap«[rte pout^réaliser Cette théorie; 'mais il avait tout à renouveler, toutà refaire, tout à créer en France.

L'administration publique étaif une orgànisatioia de licence et d* arbitraire. L^Etat était une proie ; la fortune publique était au pillage ; les finances n'existaient pas ; le trésor était vide ;après le 18 brumaire on n'avait pas trouiré de quoi payer un courrier*. 'Et Bonaparte passant e^revtie ce vaste désordre, laissait éclater sa colère : «Quelles gens! s'écriait-il'; quel gouvernement! quelle admiiiistration! » Tdut aVait été mis à l'encan, les'plbces, les fournitures, les habillements militaires, les munitions. « Ils Tendaient tout ! » disait Bona^ai^te.

Et dans cette dégradation dé l'Etat, tout s'était amoindri ;<irny avait plus de patriotisme , 'plus <!' indépendance, plus de lumière; rabaissement des earaetères aviait entraîné Fintelligence. Bonaparte eut à chercher'et à trier des hommes dans cette décadence universelle ; et ne pouvaïit le^ refaire comme tout le reste , il fiit contraint de les subir plue d'une fois tels que la révolution les lui imposait, soit avec leurs habiletés, soit avec leurs souillures •.

Bonaparte avait le sentiment dé sa force , et il nie déses» péra>pas de se faire des instruments de ces 'hommes de rlatare ^diverse, qui n'avaient fait que trayerser la révolu- 'tiMf^^n s'«ts&ouplSssànt'à ses faiitâsîes.

* Mén. de Bourriennê, tom. 111.

^, 'Yoyei une nomenclature cariense de noms, avec des annotatlong ^èor^ëgpoDdantes, ^^^e cdnnâtait'siyUvéiit'BBliapàrte.— S* vol. dea 'Mém. àe Bourfwm».

64 mSTOIlB DBF&AirCB.

Gambacérës, Fouché, Talleyrand furent ses ministres pèle-mèle avec Berthier, Laplace, Gaudin, les uns savants dans Tobéissance, les autres sincères dans Tadmirationv tous sentant que la Révolution avait un maître , et aspirant à tirer profit de sa dictature.

Déjà la même opinion courait dans le peuple, et comme Fanarehie Tavait fatigué , il se rejetait vers Tordre avec passion. Un des premiers actes de Bonaparte fut d*abolir la fête anniversaire du 21 janvier , affreux souvenir que la Révolution entourait de solennité comme pour s'absoudre par la complicité des générations. Et néanmoins il ne voulait pas qu'on lui soupçonnât le dessein de faire disparaître la République , ni d'aff^aiblir Tenthousiasme de la liberté. Washington , le fondateur de la République des Etats-Unis , venait de mourir (14 décembre 1799) ; Bonaparte fit de celte mort un deuil public , et une fête théà^ traie eut lieu aux Invalides pour célébrer la gloire du héros américaine

Bonaparte fut admirable à flatter à la fois ce double instinct de hberté et d'ordre, mais surtout d'égalité et de discipline , et il y parvint en ramenant de la dignité dans le gouvernement. Il fit disparaître les triviaUtés révolutionnaires qui survivaient dans la langue de la poUtique comme dans la langue des salons. Il s'était marié avec une femme dont le nom rappelait les vieilles coutumes de la poUtesse ; Madame Joséphine de la Pagerie , veuve du marquis de Beauhamais, devenue Madame Bonaparte, ne fut pas inutile à ce renouvellement des usages qui s'étaient perdus dans la grossièreté farouche du jacobinisme. Le tutoiement, cette hideuse dégradation des mœurs publiques et des mœurs privées, fit place aux formules anciennes de la déférence; tout, en un mot, annonça un retenir à la dignité, jusqu'aux simples désignations de monsieur et de madame que la démagogie forcenée avait proscrites sous peine de mort.

* Voyez les proclamations, les discours, les solennités, Mém. â$ Bourrienne , tom. III.

HISTOIRE DB F&ANCB. 6$

Le peuple donc sentit à ces indices divers qu'une auto* rite se levait qui allait mettre on aux longs abaissements ^ù venait de s'épuiser tristement sa vie ; et sans se rendre compte de ce qu'il y avait de sauveur en un tel retour, i] lui suffît de ses instincts pour saluer cette nouveauté avec enthousiasme.

Nul nom n'avait jamais été populaire comme le fut ce^ lui de Bonaparte, vainqueur du Dirt.cloire et de Fanarchie. On n'examina pas quelrôle il avait joué au 18 brumaire, ni s'il avait manqué de génie , ni s'il avait violé les lois, ni si la réussite avait été un coup du hasard; on croyait à sa fortune , et cela suffisait pour justifier l'applaudissement et la gratitude.

Mais Bonaparte ne crut pas alors assez répondre à cette faveur par des réformes dans l'Etat, sorte de bien qui d'ordinaire échappe au regard des peuples. U voulut émouvoir leur imagination, en faisant briller à leurs yeux l'image et le nom de la paix. La paix était un besoin pour toutes les âmes. Dix ans de guerre avaient épuisé le sang et la fortune de la France ; cent victoires avaient été mêlées do cent revers , et la gloire ne suffisait pas à réparer tant d'adversités.

Bonaparte sentait en lui des instincts d'une autre sorte, mais s'il devait refaire la guerre , il voulait que la nation fut entraînée à se passionner pour elle ; il montra donc la paix , comme s'il l'avait crue possible ; et si elle était repoussée , sa popularité n'en serait pas atteinte, mais exaltée.

Il écrivit au roi d'Angleterre en ces termes :

« Appelé , par le vœu de la Nation française , à la première magistrature de la République , je crois convenable « en entrant en charge , d'en faire directement part a Votre Majesté.

» La guerre qui, depuis huit ans , ravage les quatre parties du monde , doit-elle être éternelle? N'est-il donc aucun moyen de s'entendre?

» Comment les deux nations les plus éclairées de l'Europe, puissantes et fortes plus que ne l'exigent leur sûreté et leur indépendance , peuvent-elles sacrifier à des idées de

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