‹ Histoire de FranceChapitre 6 sur 26 · CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni

Vues du premier consul sur la religion. — État du clergé. — Les assermentés; les prêtres fidèles. — Les ëvéques et les prêtres émigrés. — Alternatives dans la persécution. — La France sans religion publique. — Le décadi. — État des écoles. — Premiers actes du GouTernement consulaire. — Lois et décrets de séparation. — ^Actes personnels de Bonaparte. — Manifestations dans les églises. — Manèges des constitutionnels. — Bonaparte suit son dessein de relever TÉglise. — Concordat. — Un légat en France. — Conduite admirable des anciens évêques de France. — Résistances de quelques-uns. — Bulle du Pape. — Constitution nouvelle de l'Église. — Dispositions de la France. — Sentiments divers. — Promulgation du Concordat. — Magnifique solennité à Notre-Dame. — Les évêques dans leurs diocèses. — État des peuples ; triomphe de la religion. — Événements politiques au dehors. — Fin de l'expédition d*Égypte.

. — Préliminaires de paix avec TAngleterre ; traité de paix avec la Russie. — Apprêts d'expédition contre Saint-Domingue ; dénouements effroyables. — Paix d'Amiens. — Situation des émigrés français ; récits funestes. — Conduite des gouvernements ; alternatives de pitié et de barbarie. — Le prince de Condé et Louis XVIIL — Fortunes diverses des émigrés ; admirables et touchants exemples.

— La religion ingénieuse à consoler le malheur des fugitifs. — Bonaparte met fin à la proscription. Sénatus-consulte. Amnistie.

— Suite des desseins de réforme intérieure. — Modification du pouvoir consulaire. — Instincts de Monarchie dans la République.

— Quelques résistances se montrent ; hardiesse de Bonaparte à les combattre. — Rétablissement des idées d'autorité ; travaux du Conseil d'État ; collection des lois ; Code civil ; questions de droit politique ; liberté de la presse ; organisation des tribunaux ; l'ordre de la Légion-d'Honneur. — L'esprit philosophique et parlementaire survit. — Articles organiques du Concordat — Jugements divers. — Le Pape se plaint ; les évêques n'entrevoient que le bien Eût à la religion ; termes extrêmes de gratitude. — Messages à Louis XVIII ; lettres de Louis XVIII à Bonaparte.

La religion s'of&it naturellement comme le premier intérêt qu'un pouvoir ordonné dut satisfaire. Quels que fussent les sentiments du premier consul en

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matière de foi , il était impossible que cette question de la religion ne se présentât pas à lui comme une Capitale question d'Etat , lorsque sa politique tendait à réagir contre le courant d'idées anarchiques et d'actes pervers qui avail emporté la France et brisé tous les liens sociaux.

Si la. Révolution n'avait été qu'une réforme , le peuple entier l'eut glorifiée. Mais elle avait été une extermination , et elle restait maudite de ceux-là même qui cherchaient en elle un affranchissement.

Les enseignements sceptiques du dernier siècle n'avaient pas surtout assez corrompu les opinions , pour que les hommes appliqués aux affaires ne fussent pas effrayés du vide immense que laissait , au sein d'une vieille nation chrétienne , la disparition de son culte et de ses prêtres. Vainement on avait cherché à remplir ce vide par un fan* tdme de christianisme et par des formes de hiérarchie sacerdotale. Les curés et les évèques institués sous le nom de clergé constitutionnel , maudits par les croyants , honnis par les incrédules , n'avaient pris aucune racine dans le peuple. Et même , il était arrivé que la plupart de ces prêtres, ceux que la peur avait fait fléchir, étonnés et troublés en leur conscience par l'aversion qui s'attachait à leur nom d'assermentés^ avaient retiré leurs serments ; les sièges étabUs par la révolution en 1790 avaient été délaissés ; la constitution civile du clergé avait fini par être abolie ; les cérémonies extérieures avaient été prohibées; les temples avaient été dévastés ou profanés ; et ainsi , pas même une fiction d'Eglise ne restait à la France : ce qui lui restait, c^ étaient des prêtres voués au martyre, qui, sous des déguisements de toute sorte et au péril de leur vie , portaient aux familles les consolations et l'espérance. Rien n'avait égalé jamais cette émulation de sacrifice et de courage.

D'autre part, les évêquesde l'ancienne Eglise de France étaient au loin dispersés; plusieurs avaient péri sous les coups de l'anarchie. Unemultitude de prêtres fidèles avaient fui comme leurs pasteurs le sol de la patrie , ce sol qui donnait la mort. On les avait vus chercher des asiles en Espagne, en Suisse, en Italie, en Allemagne, en Angle-

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terre, en Russie; partout rhospitalité s'était ouverte avee un empressement de respect et d'amour, et, en échange des bienfaits , ce clergé fugitif et dénué apportait des exemples ; ce fut le plus magnifique spectacle que l'Europe chrétienne eut jamais pu contempler : « Trente mille ecclésiastiques, dit l'abbé de Pradt, jetés en des terres étrangères, sans autre frein que celui de leurs devoirs , et ne manquant jamais à aucun ^ » L'histoire ne sait peut-être pas encore ce que cette dispersion des prêtres catholiques devait laisser au sein de l'Europe de germes d'unité; au moins peutelle dire ce qu'elle j a laissé de souvenirs d'admiration. Par eux , le nom de la France put continuer d'être honoré , lorsque tant d'excès devaient le faire maudire. Ainsi , ils protestaient par leurs vertus , et aussi par la politesse de leur vie , contre la dégradation des mœurs et des lois ; et par la science dont la plupart étaient ornés , ils semblaient être des missionnaires de civilisation , lorsque la philoso* phie avait fait de la France une arène de barbarie.

Quoi qu'il eH soit, l'Eglise de France ne présentait nulle trace d'organisation et d'autorité. On avait vu d'ailleurs d'étranges alternatives dans la persécution. Parfois les tyrans semblaient lassés et ils proclamaient la tolérance ; puis, la fureur se rallumait, et elle inventait des modes nouveaux de proscription. L'histoire de la législation révolutionnaire est une horrible succession d'actes , où éclate tour à tour la>frénésie et l'impuissance *.

En 1796, des législateurs déclarèrent à la tribune qu'il ne fallait pas plus s'occuper des prêtres que des rabbins ou des talapoins • .- l'indulgence était le mépris. D'autres soutinrent que c'était le moment, au contraire, d'aggraver les lois de 93 , et ils proposaient d'expulser sans jugement tout ce qui restait de prêtres, c'est-à-dire vingt-cinq mille: ce fut cette opinion qui triompha au conseil des Gnq Cents , comme la plus digne des oppresseurs et des opprimés;

* Les trois Concordats.

' Discours et travaux inédits de Portalis, 1846. » Prélres des royaumes de Siam et du Pégu. — Moniteur , séance «lu conseil des Cinq-Cents, !•' mai , 12 floréal an IV.

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mais m conseil des Anciens , Portalis k lit rejeter par wa éloquence. L'arbitraire cependant continuait de sévir, selon le génie de chaque province et de chaque tyran* Presque partout les prêtres ^ surpris dans leurs asiles , étaient proscrits comme malfaiteurs. On en avait ainsi entassé des multitudes dans la citadelle de Ttle de Ré; c'était comme un entrepôt, d'où on les faisait déporter à Sînnamary ; plusieurs périssaient dans ce supplice , pire que Téchafaud*.

Et pendant ce temps, une religion publique manquait à la France. L'homme naissait et mourait comme sur une terre sauvage. Nul signe de culte , si ce n'est des fêtes païennes , autour d'un atUel de la Patrie , élevé dans les Eglises souillées. On suppléait aux cérémonies religieuses par des pompes idolàtriques et vaines, en l'honneur de la victoire, de la liberté, doA vi^Uank, des ^^oux, de ïagrpeuUure.

« A cette époque , dit M. Portalis , l'athéisme même voulut avoir ses pontifes, ses rites et ses autels. » Et l'élo* quent jurisconsulte décrit la secte effroyable , qui, sous le nom d'hommes sans Dieu , se fit des règles, des assemblées « des cérémonies publiques et régulières. « Chose inouïe et jusque-là sans exemple I on ne voulait plus que la Religion eût un culte , et l'impiété en avait un '. »

Le prêtre constitutionnel gardait pourtant çà et là ses autels déserts; on l'obligeait de participer à la solennité des fêtes athées; le repos du Seigneur était proscrit, mais le décadi était sanctifié , et quelques rares églises ne pouvaient s'ouvrir que ce jour. Et tout se ressentait de cette violation universelle des lois chrétiennes. L'éducation répondait au délire desimpiétés politiques. Les enfants étaient élevés dans l'ignorance du Dieu des chrétiens ; on les exal* tait par des souvenirs grecs ; et en même temps les études classiques étaient délaissées, comme pour attester que la même haine était vouée aux enseignements qui polissent

* Mémoires hittoriques sur les affaires ecclésiastiques de France ^ !•• vol.

• De Vusage et de l^abus de l'esprit philosophique, tom. 11.

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rhomme, et à ceax qui le rendent bon. L*histoire des écoles en ces tristes temps est la plus sanglante flétrissure de la Révolution. Mais de la sorte tous les devoirs s'effaçaient , et il ne restait des rapports des hommes entre eur qu'une discipline farouche, mise sous la sanction du glaive.

Et ce n'était pas seulement à l'intérieur de la France que se pratiquait cette politique d'athéisme ; les armées françaises avaient ordre de l'étaler devant tous les peuples. « Vous ferez chanceler la tiare au prétendu chef de l'Eglise universelle , » avait écrit le Directoire au général Berthier; et, le 29 pluviôse an YI, la République romaine était proclamée ; le Directoire avait pu croire qu'il n'y avait plus désormais d'Eglise, ni de Papauté, ni de Christianisme , ni de Dieu même ^

Une nation ainsi conduite ne serait pas longtemps à descendre au plus bas degré de la barbarie ; et c'est ce qui fut aisément aperçu par le gouvernement consulaire, institué contre l'anarchie. Mais la réaction ne pouvait être soudaine ; il fallait passer par degrés à des règles de politique , qui auraient choqué les habitudes de haine invétérée contre tout ce qui ressemblait à une religion. Déjà les proclamations du 18 brumaire avaient indiqué des pensées favorables , et quelques actes avaient justifié l'espérance qu'elles avaient excitée. Les arrêtés qui prescrivaient que les Eglises ne seraient ouvertes que les décadis, furent annulés , et le serment des prêtres fut borné k jurer fidélité à la ConstUtUion. Ainsi s'annonçait un retour de liberté pour la foi , et se réahsait cette politique , dont nous avons indiqué précédemment la préméditation.

Un retour semblable se faisait dans les choses essentielles de l'administration pubUque.

Les derniers temps du Directoire, on l'a vu , avaient été marqués par des actes dignes des plus mauvais jours de la Terreur. La loi des otages en particulier (12 juillet 1799) était une aggravation de la législation sur les émigrés. Elle autorisait les administrations des départements à se saisir

* De la législation religieuse en France j par M. Frédéric Portalis , introduction aux discours et travaux de Portalis.

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des parents suspects de ces fugitifs, à les garder en otage, en cas de troubles , et à séquestrer leurs biens.

Un des premiers actes du gouvernement consulaire fut d*abolir cette loi atroce (13 novembre).

Puis la liste des émigrés fut close par une loi an 3S dé* cembre. C'était Tindice d'une amnistie à venir.

En même temps on organisa les départements et les communes. On parla de pacification à la chouannerie ; on régularisa la justice ; on songea à l'amélioration des écoles; on reconstitua l'École Polytechnique; on donna à tout Tensemble du gouvernement un caractère de réparation; et un des actes enfin les plus expressifs de cette politique fut la translation du corps de Turenne aux Invalides avec un appareil d'honneur qui semblait vouloir expier la profanation encore récente des sépultures de Saint-Denis.

La réparation la plus éclatante devait être celle qui était due à la Religion et à la conscience de la France. Mais pour passer outre , le Gouvernement avait cru manqucnr de force au début, et Bonaparte, selon son génie, avait demandé la force à la guerre ; c'est par la guerre qu'il espérait affermir et glorifier la paix.

On a vu quelle popularité il avait donnée aux batailles, et comment il s'était fait le centre où devait rayonner toutes les gloires. Ainsi s'était-il saisi de la victoire de Mârengo; c'est lui qui réglait la fortune , et , en exaltant de la sorte Timagination publique , il s'assurait l'ascendant sur les affaires : la gloire était pour lui la force de gouverner.

La Religion même devait entrer dans ce système de do* mination : elle lui devint un instrument d'empire.

Aussi quatre jours après cette bataille décisive de Mârengo, le 18 juin , on le vit se rendre en appareil militaire à un Te Deum, « Aujourd'hui , écrivait-il aux consuls ses eoUègues , malgré ce qu'en pourront dire nos athées de Paris, je vais en grande cérémonie au Te Deum qu'on chante dans la métropole de Milan. » Et dès le lendemain il annonçait au cardinal Martiniana, évêque de Verceil, son intention de rétablir la religion en France et d'entrer en négociation avec le Saint-Père.

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Déjà dans son premier commandement en Italie [17 îé^ vvicr 1797], lorsque se fit le traité de Tolentino , il avail stipulé que la religion catholique serait respectée dans les légations abandonnées par le Pape , et qu*un asyle serait réservé aux prêtres français bannis dans les couvents des États romains; et lorsqu'il avait reparu à Milan, le 5 juin 1800, avec une armée formidable, il avait reçu le clergé de la ville et Tavait assuré « qu'il maintiendrait la religion dans son intégrité , et la ferait jouir de la plénitude de ses droits ^ » U n'eut donc qu'à obéir à la même impulsion ; désormais il la pouvait suivre avec liberté. H laissa le pape Pie YII librement rentrer à Rome, et, dès le mois de juillet^ il signait une convention qui permit au Pape d'annoncer aux évoques français la juste espérance qu'il avait de sauver l'Église.

Aussi de mystérieux pressentiments devançaient dans les imes les desseins politiques de Bonaparte.

A^peine les nouvelles d'Italie étaient arrivées en France, qu'on, sentit un génie nouveau se lever sur la Révolution ; l'avenir se révélait comme par des miracles.

Dans les églises récemment rendues au culte catholique, les prêtres firent éclater leur joie. Mais d'autre part la Révolution était frémissante. Elle pensait avoir exterminé la Religion , et les joies du clergé lui étaient un reproche à la fois de son impuissance et de sa haine. À St-Roch, un prêtre populaire, l'abbé Fournier, attirait la foule parles inspirations de sa parole. Là, au pied du Calvaire, on le vit évoquer ce centenier Romain , qui, touché par les miracles du Sauveur, avait reconnu sa divinité; et , passant de ce souvenir aux prodiges d'Italie , il se mit â exalter Bonaparte, qui, tout ému de ses victoires , allait au pied des autels reconnaître qu'il les devait à Dieu. C'était une audacieuse nouveauté de mêler Dieu à la joie du peuple ; l'autorité s'irrita ; elle prit l'abbé Fournier pour un insensé, et le jeta à Charenton dans une loge de fou.

* Mém, fcftt. sur les a/f« de l'Église ^ 1** vot. Cet omvsÊgt est de M» Javffret, ancien maître des requêtes, ocfett de Tablée Jai^ffrot qui fut éféque de Metz.

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Peu après , Tautorité apprenant qci*en effet il en avait été ainsi à Milan , était obligée d'amortir son zèle r Tabbé Fournier devint libre, et cette aventure ne devait pas tarder à le désigner à sa faveut ^

D'autres indices marquaient le changement de politique dans le gouvernement. Ce qui restait d'évèques constitutionnels avaient voulu se réunir en concile à Paris sous rimpresfiion de ce retour d'opinions. Ils avaient adressé aux églises étrangères une circulaire, où ils gardaient toutes les formules de la langue révolutionnaire. Ils parlaient de la caducité des trônes et du courage des fcmdateurs de la liberté; et sous de telles inspirations ils se mirent à régler des questions de liturgie. Mais un ordre de police vint dissoudre cette réunion d'intrus ; l'Église constitutionnelle avait commencé par l'apostasie , elle allait s'achever par le mépris. C'est au milieu de ces variétés et de ces contrastes d'émotioft, que Bonaparte avait suivi sa pensée de relever FEglise de France. Dès le mois d'octobre , un envoyé du Pape , Mgr Spina , venait à Paris ouvrir une négociation avec le premier consul. Quelque temps après , un ministre plénipotentiaire, M. Cacault, allait à Rome poser les bases d'un eoncordat ; puis^, le 20 juin , on vit arriver le cardinal Consalvi pour en arrêter les conventions, et le 15 juillet ce grand acte éimi signé.

Jamais plusgrand événement n'avait étonné les peuples eatbfOliquesi* H surprenait la France en plein triomphe des idées philosophiques. Le désordre moral éitait partout. ySglise gallicane était dispensée ; à sa place une Bglrse censtituitionnelle armée des lot& qud l'avait établie. Tout d'ailleurs était plein de préjugés ou de mépris. L'Ëeote poi^ lementaire était frappée à mort ; mais ses. principes d'antipathie pour TEglise avaient survécu. Pour ceux des politiques qui effQ}^lâent en Dieu , le Pape était un pouvoir étîauger , qu'on ne pouvait sans péril laisser se mêler aux choses de l'Etat. Pour les autre», le rétablissement de l'Sglise était une cagoteirie ; «ataurde'Bonaparte murmu-

* /Hicotirt el iravaua de Portalis.<^!ntr«dU6Qon.

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raient enfin tous les restes d'esprits forts ^ à qui la Révolution avait donné gain de cause par l'abolition publique de la Religion.

Bonaparte n'avait point hésité devant ces difficultés de natures diverses. Il avait, au contraire, donné aux négociations un cours rapide , comme ayant hAte de faire rentrer la sérénité dans les Ames par le Christianisme.

La convention signée à Paris le 15 juillet , fut ratifiée à Rome le 15 août par le Souverain-Pontife. Elle portait que la religion catholique , apostolique et romaine, reconnue pour être celle du gouvernement consulaire et de la grande majorité des Français, serait librement exercée, et que son culte serait public , sauf les règlements de police que le Gouvernement jugerait nécessaires ; quMl serait fait par le Saint-Siège, de concert avec le Gouvernement, une nouvelle circonscription des diocèses ; que Sa Sainteté déclaferait aux prélats existants qu'elle attendait d'eux , pour le bien de la paix et de l'unité, toute espèce de sacrifices , même celui de leurs sièges ; que, s'ils s'y refusaient, il serait pourvu au gouvernement des diocèses par de nouveaux titulaires ; que le premier consul nommerait aux archevêchés et évèchés , et que Sa Sainteté conférerait l'institution canonique ; qu'avant d'entrer en fonctions , les archevêques et évêques prêteraient entre les mains du chef de l'Etat le serment qui était anciennement en usage ; que les ecclésiastiques du second ordre prêteraient le même serment entre les mains des autorités civiles désignées par le Gouvernement , et que , dans toutes les églises catholiques de France , on réciterait à la fin de l'office la formule de prière suivante :

Domine , salvam fac Rempublicam.

Domine , salves fac consules.

Puis venaient des dispositions sur l'administration des paroisses , sur la nomination des curés , sur l'institution des chapitres et des séminaires, et leur dotation par l'Etat. Le Pape déclarait , pour le bien de la paix , que ni lui ni ses successeurs ne troubleraient les acquéreurs des biens ecclésiastiques vendus par l'Etat ; et le Gouvernement, de son

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cAté, promettait d* assurer ud traitement convenable aux évèques et aux curés , et il s'engageait à prendre des mesures pour que les catholiques pussent faire des dotations en faveur de TEglise. Sa Sainteté reconnaissait enfin dans le premier consul les mêmes droits et prérogatives dont jouissait près d'elle Tancien gouvernement , et il était convenu que , dans le cas où quelqu'un des successeurs du premier consul ne serait pas catholique , ces droits et prérogatives » ainsi que la nomination aux évôchés , seraient réglés par une nouvelle convention ^

Peu après , le cardinal Caprara , archevêque dlési , était nommé par le Pape, et, sur la demande du premier consul, iégat a UUere auprès du gouvernement français : grande nouveauté de voir cet exercice de la puissance papale venir s*étaler en ce pays deFrance, oh les doctrines d'école avaient semé de si profonds préjugés contre l'autorité du Saint-Siège , et cela en face de la Révolution , qui venait d'égaler au sol ce magnifique édifice de l'Eghse gallicane, avec ses institutions, avec ses dotations, avec sa hiérarchie d' évèques et de pasteurs. L'expiation de tant de profanations et de tant de ruines ne pouvait se faire avec une dérision plus éclatante et plus amère de l'athéisme.

Il fallut se hâter dans l'exécution du Concordat. Le Pape écrivit aux anciens évèques titulaires des éghses de France, pour leur demander la démission de leurs sièges, sacrifice douloureux pour ces pasteurs qui venaient de souffrir led exils et de braver le martyre. Quelques-uns étaient rentrés en France ; ils eurent le premier honneur de la soumission ; la plupart de ceux qui étaient encore à l'étranger suivirent de près czi exemple, et même quelques-uns n'avaient pas attendu le Bref du Pape pour se remettre à sa discrétion. Leurs lettres sont des monuments de foi ; les actes des premiers temps chrétiens n'ont rien de plus héroïque, de plus simple et de plus touchant : la lettre de l'évêque de Luçon résume toutes les autres, a L'intérêt de notre gloire, disait^il, l'amour de nos devoirs, l'attachement de préfé-

' Mimùires hiit, sur les o/f. eecl. , tom. 1.

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