‹ Histoire de FranceChapitre 9 sur 16 · CHAPITRE VllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VllI

LOUIS XU^1496-1S1S.)

Louis XII naquit à Blois, le 27 juin 1462. Il était fils de Charles, duc d'Orléans, et de Marie de Clèves, et petit-fils de Louis F^, duc d'Orléans, et de ValentineVisconti. Il succéda, en qualité de premier prince du sang, à Charles VIII, mort sans postérité. Comme Louis XI, il avait troublé TÉtat par ses révoltes avant de* monter sur le trône; comme Louis XI, il avait des ressentiments à exercer ; mais la ressemblance n'alla pas plus loin entre ces deux princes : Louis XI s'était hâté de punir, Louis XII se hâta de pardonner. LaTrémouille, qui l'avait vaincu à Saint-Aubin, craignait de porter la peine de sa fidélité à la régente. Le roi de France, lui dit le monarque, ne 'cenge pas les injures du duc d'Orléans* Le parlement de Paris, qui avait rejeté ses plaintes en 1485, éprouvait des inquiétudes; elles redoublèrent, lorsque le roi s'étant fait apporter la liste des magistrats, on le vit placer une croix à côté des noms de ceux

qui lui avaient été le plus contraires; mais les craintes furent bientôt dissipées : Qu'ils se rassurent, dit le prince, en leur apposant le signe sacré de notre salut, nai-je point annoncé le pardon? AÎïne de Beaujeu s'était montrée Timplacable ennemie du duc d'Orléans : Louis XII ne l'excepta point de ses bontés, et assura généreusement à Suzanne de Bourbon, sa fille unique, les apanages de ses parents, dont une partie, après leur mort, devait revenir à la couronne. S'il était beau d'oublier les injures, il était juste de reconnaître les services. Georges d'Amboise, attaché de bonne heure au duc d'Orléans, partagea sa prospérité, comme il avait partagé ses malheurs. Louis XII obtint pour ce fidèle ami la dignité de cardinal, lui donna celle de premier ministre, et le fit régner avec lui.

Il semblait avoir réservé toute sa rigueur pour Jeanne de France, son épouse, seconde fille de Louis XI , et dont ce monarque l'avait forcé d'accepter la main. Cette princesse rathetait par ses vertus les défauts physiques de sa personne ; mais elle ne posséda jamais la tendresse de son mari. A l'âge de quatorze ans, Louis XII avait subi cette union infortunée. Il l'avait formée par crainte, l'avait supportée par politique : il la rompit dès qu'il fut le maître. En accordant le duché de Valentinois à César Borgia, fils d'Alexandre VI, il rendit ce pontife favorable à ses projets de divorce , et trois prélats , délégués par la cour de Rome, déclarèrent son mariage nul, sous prétexte de parenté en un degré défendu, d'affinité spirituelle, de contrainte, etc.

Anne de Bretagne, depuis la mort de Charles VIII, était rentrée en possession de son duché. Le roi, par un second mariage, également conforme au penchant de son cœur et à la raison d'état, rattacha à la France cette importante province. Toutefois, il fut stipulé dans le contrat que la reine se réservait la jouissance pleine et entière des revenus de la Bretagne, et qu'après sa mort, ce duché passerait à son se*

IM HXSTOIB£ DE FBANCE*

cond enfant mâle, et, à défaut de mâles, à ses ûiies, dans Tordre de primogéniture. Si elle mourait sans enfants, le roi conserverait, sa vie durant, la possession de la Bretagne, qui retournerait ensuite aux plus proches parents de la reine. Quant au gouvernement de la province, Louis XII s'engageait à n'y rien changer. Aucun impôt ne serait établi, aucune levée de troupes n'aurait lieu sans le consentement des états. La reine nommerait aux charges vacantes, et le roi ne prendrait le titre de duc de Bretagne que dans les actes relatifs à ce pays. Ce traité conclu, le mariage fut célébré à Nantes le 8 janvier 1499. Anne fut couronnée une seconde fois à Saint-Denis. Des fêtes brillantes accompagnèrent cette cérémonie, et le peuple fut invité à la joie par la diminution d'un dixième sur les impôts, par la promesse d'une réduction plus considérable, et par l'exemption totale du droit de joyeux avènement»

Ce n'était là que le présage des heureux desseins de Louis Xïl pour la prospérité du royaume. Les deux premières années de son règne (1498-99) furent presque entièrement consacrées à des réformes utiles, à des institutions nécessaires, et aux travaux du gouvernement intérieur.

Charles V et ses successeurs avaient fait de vaines tentatives pour assujettir les troupes à une discipline régulière*: leurs sages règlements ne faisaient qu'attester le mal S£ins le détruire, et, après tant d'inutiles efforts, le succès sem-

^ « J'ai va moi mesme, dit Saint-Crelais, que quand les gens d'armes arri voient dans un viUage, bourgade ou ville tîhampestre , les habitants, hommes et femmes, s*enruyoient en retirant de leurs biens ce qu'ils pouvoient dans les églises, ou aultres lieux forts , tout ainsy que si c'eussent été les Anglois, leurs anciens ennemis : qui estoit chose piteuse à voir. Un logement de gens d'armes qui eussent séjourné ung jour et une nuit en une paroisse y eust porté plus de dommaige que ne leur coustoit la taille d'une année. »

blait impossible. Louis XII n'en jugea point ainsi : il rendit une sévère ordonnance qui, assignant aux troupes des garnisons fixes, et assurant leur subsistance, menaçait d*un châtiment exemplaire quiconque oublierait qu'un soldeitne devait pas être un brigand. Il la fit rigoureusement exécuter, et quelques punitions éclatantes intimidèrent les gens de guerre, et les retinrent dans le devoir.

L'administration de la justice réclamait les soins du monarque: de grands abus s'y étaient glissés. Des hommes de mœurs suspectes ou d'une capacité douteuse siégeaient parmi les magistrats : des ajournements arbitraires éternisaient le cours des procès, au profit des gens de loi et à la ruine des plaideurs. D'autre part , dans les causes qui regardaient leur domaine, les rois ne se faisaient pas scrupule d'influer sur la décision des juges; et plus d'une fois leur vengeance, s'afifranchissant des formalités accoutumées, préférait aux tribunaux ordinaires une commission spéciale, instrument plus docile et plus sûr de la mort d'un ennemi ou d'un traître. Louis XII, par une célèbre ordonnance sur les cours de judicature, régla avec sagesse la durée des procès, le nombre des instances, les frais de la procédure, ordonna des examens pour s'assurer de la capacité des juges, garantit leur indépendance et proscrivit les commissions spéciales.

Étant gouverneur de Normandie sous le règne précédent, il avait remarqué les vices du tribunal suprême de cette province, qui n'était autre chose que l'ancienne cour féodale, et portait encore le nom d'échiquier. Il le mit sur le même pied que les autres parlements du royaume, et lui imposa les mômes règles. 11 introduisit un pareil changement dans le parlement de Provence. Toutes ces réformes s'opérèrent sans résistance.

L'université n'imita point la soumission des tribunaux et de l'armée. Ce corps avait d'immenses privilèges, dont

Adâ HISTOIRE DE FRANCE.

plusieurs, avec le temps, étaient devenus des abus si scandaleux et si notoires, que les états de Tours en avaient demandé la suppression. Elle fut ordonnée par Louis XII. En respectant ce qui était compatible avec le bon ordre et la justice, ce prince retrancha ce qui leur était contraire. Quelque sage que fût cet édit, l'université n'y vit qu'un attentat à des droits qu'une longue possession lui faisait regarder comme sacrés. Elle protesta, ferma ses collèges ; la turbulence de ses écoliers menaça la tranquillité publique, et le courroux de ses prédicateurs se déch£dna dans les chaires contre le roi. Louis XÏI était à Blois ; il envoya son chancelier, qui ne put apaiser le tumulte. Ënlin, il s'achemina lui-même vers Paris avec ses gardes. Tout se soumit à son aspect, et le pardon suivit de près l'obéissance.

L'église attira aussi son attention. La discipline ecclésiastique était alors dans un tel désordre que Georges d'Amboise, le ministre, l'ami de Louis XII, avait été nommé évêquede Montauban, n'ayant encore que quatorze ans. Cette partie importante de l'administration demandait et subit une réforme.

Au milieu de ces travaux de la paix , le roi méditait et préparait une nouvelle expédition en Italie. Il voulait faire revivre les droits qu'il tenait de son aïeule Valentine Visconti sur le Milanais, punir Ludovic le Maure, et recouvrer le royaume de Naples. Il s'occupa d'abord du Milanais.

Louis XII fit d'immenses préparatifs : avant le départ, des négociations nombreuses lui avaient assuré la neutralité ou la coopération des états voisins. L'archiduc Philippe qui, le traité de Senlis à la main , réclamait les villes d'Hesdin, d'Aire et de Béthune, avait obtenu satisfaction, tout en prêtant serment de foi et hommage pour la Flandre, l'Artois et le Charolais.

L'Espagne et l'Angleterre avaient renouvelé leurs traités d'alliance ; les cantons suisses devaient garder une

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