‹ Histoire de FranceChapitre 6 sur 16 · CHAPITRE VL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VL

I. Philippe de Valois^ Jean le Bon, Charles le Sage (1328, 13S0, 1364, 1380). Quand la mort de Charles le Bel vint mettre fin à la branche directe des Capétiens ^ le fils de Charles de Valois qui venait de mourir en Guienne, se présenta au parlement de Paris; et fut nommé roi d'une voix unanime. L'affaire semblait conclue, quand on vit arriver d'Angleterre, des députés d'Edouard, qui réclamaient la couronne de France pour leur maître, au nom de sa mère Isabelle : la loi salique, disaient-ils, exclut les femmes, parce qu'elle les juge incapables de régner ; mais cette raison d'incapacité n'est pas valable contre leurs fils, héritiers de tous leurs droits. Cette distinction fut jugée frivole ; et la demande d'Edouard ayant été écartée, lui-

* Le régne de la maison de Yalois fut quelques mois en suspens, parce que la veuve de Charles le Bel était enceinte quand il mourut. Elle accoucha d'une ilie. ^

même parut se soumettre, car il vint bientôt faire hommage à Philippe de Valois, pour les quelques villes, seul reste de son ancienne fortune, que l'Angleterre conservait encore dans un coin de la Guienne (4329).

Ce fut pourtant de là que naquit cette fameuse querelle qui devait à elle seule former une époque à part dans notre histoire. C'est là seulement que commencent pour nous les guerres d'Angleterre. Ce n'est pas que, dès Guillaume le Conquérant, les guerriers français ne se soient rencontrés sur les champs de bataille avec les soldats des rois d'Angleterre ; mais c'était alors Mantes ou Gisors que l'on se disputait ; et plus tard, quand la guerre eut grandi avec les combattants, ce fut la Guienne ou la Normandie : aujourd'hui, il s'agit de la France, et non plus de la France de Louis le Gros, mais du pays qui va de Calais à Marseille, de La Rochelle aux frontières de la Franche-Comté. Et puis les rois de Londres ne sont plus ces comtes d'Anjou, de Normandie et de Guienne, aussi Français que les rois de Paris, chefs des populations de l'Est, comme les autres l'étaient de celles du centre; depuis que leurs rivaux les ont rejetés dans leur île, la nationalité n'est plus avec eux, et cette querelle de rois tend de jour en jour à devenir une querelle de races.

Edouard ne comprit pas ou méprisa cette révolution. A peine a-t-il lâché le fatal serment, qu'il semble se repentir de sa condescendance, et que ses troupes commencent à remuer en Guienne. En même temps, il se ligue contre Philippe avec l'empereur Louis de Bavière, qui à son inutile alliance ajoute le titre plus inutile encore de vicaire de l'empire, dont il investit Edouard avec un magnifique appareil. Mais Philippe n'était pas un roi qu'on pût renverser avec de vaines démonstrations ; il avait été reconnu par tout le royaume, et venait encore récemment de s'affermir sur le trône par une grande victoire remportée sur les Fia-

mands, dès ravénement de son règne ^ ; il fallut attendre une occasion favorable, et l'attente dura huit ans. Enfin, en 4537, tourmenté par les instances de Robert d* Artois, qui, chassé de France après un procès ignominieux, brûlait du désir d*y rentrer les armes à la main, Edouard se décida à tenter la fortune.

« Robert se plaignait depuis vingt-six ans d'avoir été supplanté dans la possession de TArtois par Mahaut, sœur cadette de son père, femme du comte de Bourgogne. Philippe le Bel avait soutenu Mahaut et les deux filles de Mahaut, qu'avaient épousées ses fils, avec cette dot magnifique de l'Artois et de la Franche-Comté. A la mort de Louis leHutin, Robert, profitant de la réaction féodale, se jeta sur l'Artois; mais il fallut qu'il lâchât prise; Philippe le Long marchait contre lui. Il attendit donc que tous les fils de Phihppe le Bel fussent morts, qu'un fils de Charles de Valois parvînt au trône. Personne n'eut plus de part que Robert à ce dernier événement. Philippe de Valois, en reconnaissance, lui confia le commandement de l'avant-garde dans la campagne de Flandre, et donna le titre de pairie à son comté de Beaumont. Il avait épousé la sœur du roi, Jeanne de Valois ; celle-ci ne se contentait pas d'être comtesse de Beaumont : elle espérait que son frère rendrait l'Artois à son mari ; elle disait que le roi ferait justice à Robert, sïl pouvait produire quelque pièce nouvelle, si petUe qWelle fût.

« La comtesse Mahaut, avertie du danger, s'empressa de venir à Paris, mais elle y mourut presque en arrivant. Ses droits passaient à sa fille, veuve de Philippe le Long. Elle mourut trois mois après sa mère. Robert n'avait plus d'adversaire que le duc de Bourgogne, époux de Jeanne, fille de Philippe le Long, et petite-fille de Mahaut. Le duc

1 Gassel» 1328.

SIO HISTOIRE DE FRiLHGE.

était lui-même frère de kt femme du roi. Le rm Tadrnit à la jouissance du comté ; mais en même temps il réservait à Robert le droit de proposer ses raisons.

« Ni les pièces, ni les témoins ne manquèrent à Robert. La comtesse Mahaut avait eu pour principal conseiller Tévêque d*Arras. L'évêque étant mort, et laissant beaucoup de biens, la comtesse poursuivit en restitution la maîtresse de révêque, une certaine dame Divion, femme d'un chevalier. Celle-ci s'enfuit à Paris avec schol mari. Elle y était à peine, que Jeanne de Valois, qui savait qu'elle avait tous les secrets de l'évêque d'Arras, la pressa de livrer les païHers qu'elle pouvait avoir gardés; la Divion prétendit même que la princesse la menaçait de la faire noyer ou brûler. La Divion n'avait point de {Âèces, elle en fit : d'abord, une lettre de l'évêque d'Arras, où il demandait pardon à Robert d'Artois, d'avoir soustrait les titres; puis une charte de l'aïeul de Robert, qui assurait l'Artois à son père. Ces pièces, et d'autres à l'appui, furent fabriquées à la hâte par un clerc de la Divion, et elle y plaqua de vieux sceaux. Elle avait eu soin d'envoyer demander à l'abbaye de Saint-Denis, quels étaient les pairs à l'époque des actes supposés. A cela près, on ne prit pas de grandes préca^tions. Les pièces qui existent encore au trésor des Chartres, sont visiblement fausses. A cette époque de calligraphie, les actes importants étaient écrits avec un tout autre soin.

« Robert produisait à l'appui de ces pièces, cinquantecinq témoins. Plusieure affirmaient qu'Enguerrand de Marigny, allant à la potence, et déjà dans la charrette, avait avoué sa complicité avec l'évêque d'Arras dans la soustraction des titres.

« Robert soutint mal ce roman. Sommé par le procureur du roi, en présence du roi même, de déclarer s'il comptait faire usage de ces pièces équivoques, il dit oui d'abord, et puis non. La Divion avoua tout, ainsi que les témoins. Ces

GUEBIIB8 D'ANGLETEURB. Ml

aveux sont extrêmement naïfe et détaillés. Elle dit, entre autres choses, qu'elle alla au Palais de Justice, pour savoir si Ton pouvait contrefaire les sceaux, que la charte qui fournit les sceaux fut achetée cent écus à un bourgeois; que les pièces furent écrites en son hôtel, place Baudoyer, par un clerc qui avait grand* peur, et qui, pour déguiser son écriture, se servit d'une plume d'airain, etc. La malheureuse eut beau dire qu'elle avait été forcée par madame Jeanne de Valois, elle n'en fut pas moins brûlée au marché aux pourceaux, près la porte Sain t-Honoré. Robert, qui était accusé en outre d'avoir empoisonné Mahaut et sa fille, n'attendit pas le jugement; il se sauva à Bruxelles, puis à Londres, près du roi d'Angleterre. Sa femme, sœur du roi, fut comme reléguée en Normandie ; sa sœur, comtesse de Foix, fut accusée d'impudicité, et Gaston, son fils, autorisé à l'enfermer au château d'Orthez. Le roi croyait avoir tout à craindre de cette famille. Robert, en effet, avait envoyé des assassins pour tuer le duc de Bourgogne, le chancelier, le grand trésorier, et quelques autres de ses ennemis. Contre l'assassinat, du moins, on pouvait se garder; mais que faire contre la sorcellerie? Robert essayait d'emoûter la rehie et son fils. » (Michelet, Hist. de Fr.tome IIL)

Avant d'entrer en lutte avec Philippe, Edouard, comme autrefois son aïeul, songea d'abord à s'assurer l'appui delà Flandre. La Flandre offrait alors un singulier contraste avec le reste de l'Europe féodale : le peuple y était nombreux, riche, indépendant, et faisait la loi aux seigneurs. Quand, en un jour d'émeute, la grande porte de Bruges ou de Gand vomissait cinquante ou soixante mille gens de métiers, tous grands et forts, couverts de lourdes cuirasses et armés de longues piques, il ne s'agissait plus, comme dans l'Ile de France, d'une compagnie d'hommes d'armes, et d'une charge en plein champ ; il fallait une armée et une bataille, (souvent môme il en Malt plusieurs. Dans cette lutte iné-

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gale, la chevalerie flamande s'adressait sans cesse au roi de France, et depuis Louis le Gros, qui avait vengé sur les bourgeois de Bruges Tassassinat de Jean le Bon, les gens des bonnes villes s'étaient accoutumés à voir en lui un ennemi. 11 n'y avait pas encore neuf ans que Philippe luimême était venu à son tour en Flandre pour y ramener le comte Louis qu'ils avaient chassé. Pendant qu'il assiégeait Cassel, un marchand de poissons, Zennequin, fondit sur son camp avec quatre-vingt mille hommes, et douze mille Flamands restèrent sur la place. Gonflants dans leur force, ces géants s'étaient couverts d'armures aussi pesantes que celles qui écrasaient les chevaliers sur leurs grands chevaux de combat. Quand vint la déroute, ceux qui tombèrent ne purent se relever, et furent massacrés.

Avec de tels antécédents, les Flamands étaient des alliés assurés pour Edouard. Dans ce moment surtout, ils étaient d'autant plus disposés à s'unir à lui, qu'ils venaient de se mettre en insurrection contre le protégé de Philippe ; c'était un brasseur de Gand, nommé Jacques Artevelde, qui étaitalors le véritable comte de Flandre. Edouard passa la mer, toucha dans la main du brasseur, qui lui conseilla de prendre d'avance le titre qu'il voulait conquérir, et l'année suivante la guerre commença (4338).

Elle se flt sur les frontières de Flandre et de Picardieavec un acharnement incroyable. A Toumay, à Tbin-l'Évêque, il y eut des sièges atroces : fatigués de la résistance de cette dernière place, les Français y jetèrent, à l'aide des machines, tous les cadavres de leur camp, et y mirent la peste. On se rencontra plus d'une fois en rase campagne, et quelques-unes de ces rencontres auraient peut-être été nommées des batailles, si Grécy n'avait tiré à soi toute la gloire de cette guerre. Un seul acte de ces hostilités est resté populaire, c'est le combat naval de l'Écluse. Les marins de la Guienne et de la Normandie, renforcés d'une flotte génoise,

étaient venus croiser entre l'Angleterre et la Flandre ; Edouard se montrabientôt, et le choc ne se fit pas attendre. Debout sur le tillac d*un des plus gros vaisseaux,' le monarque anglais se battit comme le dernier matelot : il alla plusieurs fois à l'abordage et se fit blessera la cuisse ; mais, malgré tout ce courage, il allait être mis en déroute, quand de lourds et gros bâtiments se montrèrent à l'horizon . C'étaient ses alliés les Flamands qui venaient à son secours ; quelques instants après, ils le ramenaient triomphant dans leurs ports (4339).

Laméme année, les deux partis, également las de tant d'efforts, conviLrent de s'arrêter un moment, et conclurent une trêve pour reprendre haleine. Elle ne devait pas durer longtemps, car une affaire qui survint à cette époque, se jeta tout à coup à la traverse entre les deux rois, et vint compliquer encore une querelle qui n'avait déjà que trop d'activité : cette affaire, ce fut la fameuse lutte des Penthièvre et des Montfort en Bretagne.

Cette lutte est un fiait important de l'histoire de France. C'est le moment où la Bretagne, vaincue enfin dans son obstination à rester chez elle, est emportée dans le mouvement de ce monde des rois de France et d'Angleterre, dont les cercles, qui allaient toujours s'agrandissant, s'étaient tant de fois brisés contre ses landes de bruyères ; c'est le moment aussi où la Bretagne naît à l'histoire générale, car jusque-là son nom n'y figure que de loin en loin. Quand, au sortir d'une si longue obscurité, la Bretagne se montre enfin au jour, elle nous apparaît singulièrement bizarre et curieuse. Ce n'est pas sans s'imprégner de féodalité qu'elle a traversé tout ce qui vient de s'écouler du moyen âge; mais en empruntant cet élément étranger, elle lui a imprimé son caractère et sa forme. Le paysan breton, qui a su se garder Celte jusque sous le régime constitutionnel et l'administration départementale, et qui est encore là au milieu de nous I, 27

comme, un anachronisme de deux mille ans, n'avait point adopté le servage rampant des Germains, et la cabane ne relevait qu*à son bon plaisir du château*. En Bretagne, le seigneur était pauvre, et se rapprochait du paysan par ses goûts comme par sa fortune ; ses fils se coulaient le long du pont-levis pour aller se battre avec les enfants du village; et souvent, comme du^Guesclin, ils revenaient nV oreille déchirée. » Cette rude et indigente population de guerriers fut admirablement utilisée par la France, dans ses guerres contre les Anglais; la Bretagne devint alors pour elle une pépinière d'hommes d'armes et de généraux, et pour ne citer que trois noms, Duguesclin, Clisson et Richemond, ce fut à eux qu'elle dut ses plus belles victoires. Le contact avec la splendide chevalerie de ses voisins humanisa la féodahté bretonne ; mais cène fut pas sans porter atteinte à son indépendance ; le jour où la Bretagne invoqua l'intervention de l'étranger, et où elle se mit à ses gages, appelait celui où elle cesserait de former une nation, et ce jour-là la France des rois put se dire qu'elle avait fait encore un pas. L'affaire qui contenait en germe cette grande révolution était encore une affaire de succession comme la plupart de celles que nous offre cette époque '. Jean, duc de Bretagne, se voyant près de mourir et n'ayant pas d'enfants, avait laissé par testament son duché à sa nièce, Jeanne de Penthièvre, qu'il avait mariée à un neveu du roi de France. Jean de Montfort, son frère d'un autre lit, le laissa faire, et quand il fut mort (1344) se proclama duc de Bretagne et se mite sous la protection du roi d'Angleterre. Charles de Blois, le mari de Jeanne, courut aussitôt demander à son

^ Aujourd'hui même il y a tel paysan du Finistère et du Morbihan qui se croirait déshonoré s'il passait devant son chef de tribu la tête découverte.

t Lf procéi de Eobert d'Artois : Edouard et Philippe.

oncle l'investiture de la Bretagne, mais, pendant ce temps, Monlfort s'emparait des principales villes, et ce fut en vain qu'on essaya de l'amener à un accommodement. Il parut à Paris avec une escorte de quatre cents chevaliers, bravant le roi jusque dans sa cour des pairs, puis, au bout de quelques jours, voyant que les affaires allaient mal pour lui dans ce pays, il partit une nuit sans demander congé, et de part et d'autre on se mit en campagne.

Toute la Bretagne se trouva partagée entre les deux prétendants, et l'Angleterre avec la France se mettant de la partie, cette malheureuse contrée se vit tout à coup en proie aux horreurs d'une guerre à la fois étrangère et civile. Elle se fit avec toute la sauvage rudesse du génie breton. Charles de Blois, ayant emporté d'assaut la ville de Quimper, ses soldats ne cessèrent de tuer, que lorsqu'ils eurent rencontré un petit enfant qui tétait encore sa pauvre tnère morte ^ Olivier de Clisson, qui s'était rallié au parti anglais pour venger son père , que nous allons voir bientôt mis à mort par Philippe , ne faisait jamais de quartier. Plus tard, sur un caprice dont les Anglais n'avaient pas tenu compte, le farouche guerrier se fit leur ennemi : un jour qu'il venait de leur enlever Benon , il demanda les prisonniers pour sa part de butin, et les tua l'un après l'autre à coups de hache *.

Dès les premières hostilités, Jean de Montfort tomba entre les mains des Français, et la guerre semblait être terminée, quand on vit tout à coup sa femme, Jeanne la Flamande, quitter l'aiguille et le métier à tapisserie pour la lourde lance des chevaliers, et venir, le casque en tête, se mettre au-devant de son armée. Assiégée dans Hennebon par Charles de Blois, Jeanne tente une sortie pour lui donner

> Chateaubriand, Études litt.^ t. iy.

* Ce fut là qu'il gagua le surnoiD de boucher de Benon.

le change, tandis qu'on introduisait un convoi dans la place. Le convoi passa ; mais, quand elle voulut regagner les portes d*Hennebon, elle trouva le chemin coupé par un gros de chevaliers. Sans se déconcerter, Théroïne fait volte-face, et s'enfoiiçant dans la campagne, s'en va prendre trois châteaux fortsàTennemi; puis elle revient au bout de quelques jours, traverse, en le dévastant, le camp de Charles de Blois, et rentre dans Hennebon, aux acclamations de toute la ville.

L'Angleterre et la France se lassèrent bientôt de jouter avec de tels ennemis. Après deux ans de guerre, chacun se retira de son côté, et les deux partis laissés seuls n'en continuèrent pas moins à se battre avec la même fureur. Charles de Blois tomba à son tour entre les mains des Montfort (1343), et la Bretagne offrit un moment un spectacle curieux aux nations qui la regardaient faire. Deux femmes, Jeanne de Montfort et Jeanne de Penthièvre, conduisaient la guerre, pendant que leurs maris attendaient au fond d'une prison que la renommée les instruisît des exploits de ceux qui se battaient pour eux.

Cette bizarre position ne se prolongea pas longtemps. Sur quelques soupçons de trahison, Philippe fait décapiter le seigneur de Clisson , avec d'autres chevaliers bretons , qu'on accusait de s'être rendus au roi d'Angleterre (1345). Aussitôt Edouard prend les armes pour les venger, et la petite querelle de la Bretagne s'éclipse tout à coup en présence de la guerre imposante qui se prépare. Après quelques hostilités insignifiantes, Edouard mit enfin à la voile, et se dirigea sur la France avec une armée de trente mille hommes composée en grande partie de ces redoutables archers des communes, qui perçaient toutes les armures avec leurs arcs prodigieux et leurs flèches de cinq pieds. Il avait pris la route de la Guienne ; un coup de vent le rejeta sur les côtes d'Angleterre ; et pendant qu'il s'y radoubait, Geoffroy d'Harcourt, gentilhomme normand, qui, depuis le

GV£BR£S D*ANGLETËnR£. Zi'i

commencement de la guerre, le pressait d'attaquer la France par la Normandie, le décida enfin (4346). Toutes les forces de Philippe étaient en Guienne, où Jean, son fils,' attendait les Anglais avec unearmée de cent mille hommes. Edouard, tombant tout à coup sur la Normandie, la trouva insouciante et désarmée ; et comme personne ne se présentait pour le combattre, il s'avança à pas de course dans le pays, brûlant et ravageant tout sur son passage. Quelques villes, qui voulurent arrêter sa marche, furent traitées avec une rigueur qui épouvanta les autres ; et la résistance devint si faible à mesure que Ton avançait dans le cœur de la France, qu'Edouard se dirigea droit sur Paris en côtoyant la Seine, ses soldats mettant tout à feu et à sang sur leur route ; tandis que lui-même, assis tranquillement avec toute sa cour sur des barques de cuir, qui remontaient le fleuve, pochait ou chassait à Toiseau.

Cela dura jusqu'aux portes de Paris ; mais là on trouva Philippe avec une armée de 60,000 hommes, campée à Saint-Dénis , et les choses changèrent de face.

« Edouard se voyait engagé au milieu de populations avides de vengeances, bien loin de sa flotte et de ses villes d'Aquitaine, en face d'une armée déjà plus forte que la sienne, et qui grossissait à chaque instant ; il eut peur de payer cher les faciles pillages de ses gens, et se hâta de gagner la Flandre. Mais déjà l'on songeait à lui couper la retraite. Il eut besoin de dérober ses mouvements à Philippe pour improviser un pont à Poissy ; et, au moment où il venait de passer la Seine , il rencontra les milices d'Amiens, qui se rendaient à Saint-Denis , et dont il ne vint à bout qu'après un rude et sanglant combat. Il traversa en courant le Beauvaisis, suivi de près par l'armée royale, et ne s'arrêta que dans le Ponthieu, son droit héritage^ où il se trouvait acculé sur les bords de la Somme , dont Philippe avait fait couper tous les ponts. Les Français ar-

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rivaient à marches forcées, disant tout haut qu'ils allaient le hloquer là et raHamer, ou le combattre à leur volonté. Edousutl « moult pensif et mélancolieux» rêvait aux moyens d'échapper, quand on lui amena un prisonnier fait dans le pays. C'était un palefrenier de Saint-Valery, nommé Gobin- Agace, qui, pour gagner les écus d'or promis par le roi , conduisit les Anglais au gué de Blanche laque, en face du Crotoy, où douze hommes pouvaient passer de firont, à l'heure du reflux, sur « un fort et dur gravier de blandie marne. » Godemar du Fay, qui gardait le passage avec 12,000 hommes, fut culbuté par les archers anglais ; mais le péril continuait toujours. Les Finançais étaient si proches, que leurs coureurs tuèrent les derniers traînards de l'autre côté de la rivière. Les soldats d'Edouard, harassés de fatigue, ne pouvaient atteindre à temps la frontière ; il résolut de faire volte-face, et alla se loger au milieu des bois de Crécy, à cinq lieues d'Abbeville. Toute la nuit on travailla dans son camp à un grand retranchement, où l'on enferma les chariots et les bagages , et le lendemain (26 août), il étagea son armée en trois lignes, sur le penchant d'une colline, son fils en tête, avec les archers « devant en manière de herse. »

« Les Français eurent à faire cinq lieues, par la pluie, avant d'arriver aux Anglais, qui, après avoir mangé et bu tout à loisir, attendaient, assis par terre, leurs bassinets (casques) devant eux, les cordes de leurs arcs bien à couvert dans leurs chaperons. Les 70,000 hommes de Philippe s'en allaient à leur volonté bannière par bannière Les gens de communes avaient tiré l'épée à trois lieues de l'ennemi, et couraient pêle-mêle par les chemins, criant : à mort! à mort ^ Tout ce tumulte alarmait les maréchaux du camp, qui essayèrent en vain d'arrêter cette foule confuse ; mais, dès que Philippe vit les Anglais, le sang lui mua, car il les haïssait, « Faites passer nos Génois devant, s'é-

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cria-t-il, et commencez la bataille, au nom de Dieu et de monseigneur saint Denis. » Les Génois avancèrent en munnurant. Les cordes de leurs arcs, détendues par la pluie, n'envoyaient plus leurs carreaux qu'à quelques pas, et criblés de traits par les archers anglais dont « les sagettes volaient si vivement que ce semblait neige»; ils voulurent s'abriter derrière les hommes d'armes. Ce mouvement mit Philippe en toeur. « Or tôt, cria-t-il, tuez toute cette ribaudaille, car ils nous empêchent la voie sans raison. » Cette parole imprudente fut le signal d'un horrible désordre. Arbalétriers et hommes d'armes commencèrent à s'entretuer, ceux-ci chargeant à coups de lance, les Génois éventrant les chevaux avec leurs grands coutelas, et les archers anglais, spectateurs tranquilles du combat, lançaient à l'aise leurs longues flèches dans la mêlée. Les petits canons, on bomhardesy qu'Edouard avait placés au milieu d'eux, augmentaient encore l'effroi des Français. « Ces « bombardes menaient si grand bruit et tremblement, dit « Villani, qu'il semblait que Dieu tonnât, avec grand mas- « sacre de gens et renversement de chevaux. » A la fin, une partie de la noblesse parvint à se dégager de la presse, et vint tomber avec une telle furie sur la première ligne des Anglais, que les chevaliers du prince de Galles dépêchèrent au roi en toute hâte, pour lui demander du secours. Edouard était au haut de la colline, examinant la bataille sur la hutte d*un moulin. « Mon fils est-il mon ou blessé ? demanda-t-il au messager. — Nenni, sire. — Eh bien! laissons gagner à l'enfant ses éperons. Je veux, si Dieu permet, que la journée soit sienne. » Cette réponse fit reprendre cœur aux Anglais. Ils finirent par rompre les rangs des assaillants, à l'aide des archers et des ribauds gallois et irlandais, qui poignardaient à terre les chevaliers renversés ; et, le soir étant venu, il se fit un massacre épouvantable des Français. Dispersés en mille corps isolés,

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ils erraient à Taventure sur le champ de bataille, et él^ent égorgés les uns après les autres. Edouard avait donné ordre le matin qu*on ne fit point de quartier. Le roi de Bohême, les ducs de Lorraine et de Boui^ogne, le comte de Flandre, quatre-vingts seigneurs bannerets, douze cents chevaliers et vingt ou trente mille soldats, furent trouvés sur le champ de bataille par les deux barons qu'Edouard chargea le lendemain de faire le relevé des morts.

Ce ne fut pas la faute de Philippe si son nom ne vint point figurer en tête de la liste fatale. Il avait eu déjà un cheval tué sous lui ; la nuit tombait, et il ne restait plus à ses côtés que cinq barons et soixante hommes d*armes, et cependant il ne voulait pas quitter le champ de bataille. Jean de Paissant prit alors la bride de son cheval. — Sire, venez-vousen, dit-il, il est temps ; et il Tentraina « quasi par force. » La petite troupe arriva au château de la Broyé, dont on trouva le pont levé, car il faisait « moult brun, et moult épaisse nuit. » Ouvrez, ouvrez, châtelain, s'écria Philippe qui avait grand' angoisse de cœur, ouvrez, c'est l'infortuné roi de France. » (Histoire de France.)

Redevenu le maître par cette victoire inespérée, au lieu de continuer à fuir, Edouard s'en allaplanter ses enseignes devant les murs de Calais, j urant de ne point partir de là qu'il ne fût entré victoneux dans la place * . Il tint son serment, mais il lui en coûta toute une année de combats, et, pendant ce temps, la France réparait ses pertes. Il était encore au siège

^ « A peu de distance de Gâtais, un bras de la rivière de Haule s'en écarte du côté de TOccident, et laisse entre son lit, la mer et la ville, un espace de terre assez étendu. Edouard fit bâtir en cet endroit comme une nouvelle ville, et construire des maisons de bois de charpente que l'on couvrit de chaume et de genêts. Les rues aboutissaient à une place où se tenait le marché, le mercredi et le samedi. Il y avait des boutiques, des halles et des hôtelleries comme dans les bonnes villes, et Ton y apportait de France et d'Angleterre toutes sortes de marchandises pour y trafiquer. » (Daniel, t. v.)

de Calais lorsque Philippe vint l'observer avec une armée de cent mille hommes : le roi de France ne put sauver la place, mais il lui avait montré qu'une journée n'avait pas décidé la question. Réduits à la dernière extrémité, les Calésiens ouvrirent enfin leurs portes au vainqueur de Crécy , et n'échappèrent à la mort que grâce au généreux dévouement d'Eustache de Saint-Pierre, qui, suivi de cinq de ses compatriotes, alla s'offrir à la vengeance d'Edouard, en chemise et la cordeau cou (4347). Le roi anglais prit à peine le temps d'établir les siens dans sa nouvelle ville, et se hâta de conclure avec Philippe une trêve quilui permit de repasser la mer. Ce qu'il emportait de cette magnifique expédition était peu de chose en apparence ; le souvenir d'une victoire et les clés d'une ville. Et pourtant Crécy et Calais sonl restés dans l'histoire comme l'expression de la plus grande supériorité que l'Angleterre ait obtenue sur la France dans cette lutte fameuse: c'est que l'une a été la première grande victoire, et l'autre la dernière conquête qui lui soit demeurée .

A peine la guerre venait-elle de finir, que la peste lui succéda (1548). Comme toutes les grandes pestes dont le souvenir est resté, ou restera, celle-ci venait de l'Orient. Elle avait passé par-dessus l'Asie, l'Afrique et l'Europe, et quand elle vint s'abattre sur la France et l'Angleterre, encore haletantes du grand combat qui se terminait à peine, elle enleva d'un coup plus de gens que n'avaient fait dix années de guerre. « En ce temps-là, dit Froissard, une « maladie courait, qui eut nom épidémie, dont bien la « tierce partie du genre humain mourut. » (Michelet.)

Pendant ce temps, Philippe le Fortuné * tâchait de réparer au midi, avec des achats et des traites, les échecs qu'il éprouvait dans le nord. Il payait six cents mille livres

^ C*était le surnom qu'on lui avait donné à son avènement. Ce surnom lui est resté comme une trisle dérision des malheurs de son régne.

522 HI8T0IAB DE FBANCE.

au roi d*Aragon, le comté de Montpellier, tandis que Humbert de Beaujeu, seigneur du Dauphiné, lui cédait son domaine, sous la condition d*une rente viagère 4349). Quelques-uns prétendent qu'il stipula, dans le marché, qu'à Tavenir les fils aînés des rois de France porteraient le nom de dauphin. Toujours est-il, qu*à dater de cette cession du Dauphiné, le titre de dauphin devint synonyme de celui d'héritier présomptif de la couronne ; et si Humbert parut tenir à cette prérogative, Philippe dut céder de bonne grâce. Il ne lui en coûtait pas plus qu'à Edouard de donner à son fils le nom de prince de Galles.

L'année suivante, Philippe mourut (43S0). Celui qui lui succédait était un homme fait, habitué de longue main au maniement des armes, puisque nous voyons son nom figurer, dès 4338, dans la guerre avec l'Angleterre ; un chevalier brave et galant, qui aurait pu lutter avec les Clisson et les Gauthier de Mauny, si, comme eux, il n'avait été qu'un simple seigneur ; mais il montait sur le trône à ime époque critique qui demandait un roi plus qu'un chevalier , et le héros ne fut plus qu'un triste monarque. Au sortir de la guerre de Crécy et de la peste de 4348, Jean ne songeait qu'aux fêtes et aux tournois. Son règne s'ouvre par la fondation d'un nouvel ordre de chevalerie, celui de VÉtoile^ dont tous les membres juraient de ne jamais reculer en combattant, et de ne point s'écarter du champ de bataille, dans les déroutes, de plus d'un arpent : serment de fanfaron que Jean prit au sérieux, comme il le fit voir à Poitiers ; puis, au milieu des fêtes qui accompagnèrent la réception des nouveaux chevaliers, sur un soupçon de trahison, il fit arrêter et mettre à mort le connétable de France \ comte d'Eu et de Tancarville, et donna sa charge à l'Espagnol Lacerda, son favori (4354).

^ C'est ici que commence à jouer un rdle cette charge de oonné-

R en coûta cher à ce dernier. Charles de Navarre, qui convoitait depuis longtemps la charge du comte d'Eu, ne put souffrir qu'elle lui fût enlevée par un mignon * , et il le fit assassiner sur le chemin de Laigle. Jean, furieux, donna Tordre de lui amener l'assassin mort ou vif, mais le Navarrois s'était mis en sûreté. Les dames de la cour, qui aimaient ce spirituel et galant jeune homme, négocièrent un accommodement entre lui et le roi (4354) : Charles de Navarre vint baiser les mains de Jean, lui demanda pardon, et l'on se retira. Mais l'on ne s'était point pardonné. L'année suivante, le Navarrois gagna le dauphin *, et déjà celui^i s'enfuyait de la cour pour aller commencer la guerre avec lui, lorsque, arrêté à moitié chemin parles gens que son père avait envoyés après lui , le dauphin obtint sa grâce au prix d'une trahison. Il invite Charles de Navarre et ses principaux partisans à venir diner dans son château de Rouen ; et, pendant que l'on était à table, Jean se précipite dans la salle, l'épée à la main. Il voulait égorger l'assassin de son favori sur la table même de son fils , on lui arrêta le bras, et il consentit à différer sa mort, mais rien ne put retarder celle des autres convives. Entraînés sur-le-champ dans la tour, ils furent mis à mort pendant la nuit (4355).

Aussitôt la Normandie est en armes : Philippe de Navarre et Geoffroy d'Harcourt rallient sous leurs drapeaux les amis et les parents des seigneurs égorgés, et une troupe de quatre mille Anglais , commandée par le duc de Lancastre, arrive bientôt à son secours. L'Angleterre s'était refaite pendant les huit années de paix qui venaient de s'écouler , et elle rentrait d'elle-même dans*la lice. Pendant

table, si fameuse plus tard. On Ta dit tant de fois, que nous croyons inuille de redire qu'elle n'était primitivement qu'une charge domestique. {Cornes stabuli,)

C'est le terme dont il se servait en parlant de Lacerda. < Celui qui fut Charles y.

que les Anglais du duc de Lancastre guerroyaient en Normandie , un armement plus formidable se préparait chez eux, et le prince de Galles , celui qui avait si bravement gagné ses éperons à la journée de Crécy, faisait voile pour la Gascogne. Jean rassemble les états-généraux, et leur demande un subside extraordinaire pour soutenir la guerre. Ceux de la Langue d*Oc , qui continuaient à former race à part, lui accordent de bonne grâce cinquante mille hommes ; mais les états de Paris se montrent moins faciles. Déjà plusieurs fois^, depuis le commencement de ce règne, il y avait eu lutte entre eux et la royauté; ils profitèrent de son embarras pour élever des prétentions, et ne consentirent à décréter leurs subsides qu'au prix de Tagrandissement de privilèges qui commençaient à devenir menaçants. Pour venir à bout de cette révolte naissante, il fallait vaincre : Jean fut vaincu. Il promit tout, prit l'argent, et courut à la rencontre du Prince-Noir* (1356).

« L'aventureux jeune homme, à la tète de deux mille hommes d'armes et de six mille Anglais et Gascons, avait formé le projet d'aller donner la main aux rebelles de Normandie, en traversant toute la France centrale , et déjà il était arrivé à Bourges, dont il avait brûlé les faid)Oui'gs ; puis à Issoudun et à Vierzon : il touchait presque le Perche, OÙ était le duc de Lancastre , quand il apprit que Jean rassemblait ses vassaux à Chartres, et que tous les passages de la Loire étaient bien garnis de défenseurs. Il pensa alors à revenir sur Bordeaux, et prit sa route par la Touraine et le Poitou, mais sans se hâter, s'arrêtant sur le chemin pour ravager le pays, et emporter d'assaut les châteaux

^ A partir de rannée 1350, on les voit réunis presque toas les ans.

< Il devait son nom h la couleur de ses armes. Quelques-uns ont dit qu'il y avail de la coquetterie dans le choix de cette couleur : die faisait ressortir l'éclatante blancheur de son teint.

qu'il rencontrait. Cependant vingt mille hommes d'armes avaient passé la Loire, et la poursuite commençait. Quand leprince de Galles se vit serré de près, il battit enfin sérieusement en retraite, mais il était trop tard: il fut dépassé le 17 septembre, près de Poitiers. Ses coureurs étant tombés dans Farrière-garde des Français , il comprit qu'il ne pouvait plus éviter la bataille, et alla se loger, avec sa sa petite armée, sur un plateau appelé le champ de Maupertuis, au milieu des vignes et des buissons, sans autre abord qu'un petit chemin creux, profondément encaissé entre deux files de ces haies impénétrables du Poitou.

Le lendemain , qui était un dimanche, le roi entendit de grand matin la messe dans sa teinte, et communia avec ses quatre fils. Ensuite il assembla un grand conseil de guerre et envoya Ribaumont à la découverte. Il avait ^vec lui de quarante-cinq à cinquante mille hommes partagés en trois batailles, que son frère, le duc d'Orléans, et le dauphin Charles commandaient avec lui. Les deux lieues de pays qui sont entre Poitiers et le champ de Maupertuis, étaient couvertes de bannières etdecavaliers. L'assurance n'était pas moins grande qu'à Crécy. Jean parcourait les rangs, monté sur un destrier blanc, et disait à ses chevaliers : « Entre vous, à Paris, à Chartres, à Rouen, ou à Orléans, vous menacez les Anglais, et désirez avoir le bassinet en tétedevant «ux. Ores, yètes-vous, je vous les montre. » Sur ces entrefaites arrive Ribaumont, qui avait trouvé les Anglais retranchés derrière les buissons, tous à pied, les chevaux en arrière et les archers en avant , en manière de herse. Le chemin ne pouvait livrer passage à plus de quatre cavaliers à la fois , et le reste était à peine accessible aux gens de pied. L'avis de Ribaumont fut que tous missent pied à terre, « excepté à trois cents armures de fer, des plus durs et hardis de l'ost, » et qu'on les plaçât en tête pour faire une trouée dans la ligne des archers. Les hommes d'armes I. 28

336 RISTOIRS DB nANCB«

à pied demmit suivre à peti de distaiice el sic^ieferte ^xmbat corps à €orp& avec les Anglais. Cet amayaot prévalii, les Français se meltaienidéjà en marche, ^rès a^oir ôté leurs éperons et raccourci leurs lances : i» cavalier ^ qui arrivait de Foitiers au galopy se présenta tout à eoup devant le roi et arrêta Taction. C'était un légat du pape, le cardinal Talleyrand de P^igord , accouru pour remplir la missioâ de paix que lui avait c(»fiée la cour de Rome. Jean \m donoa vingl«quatre beures pour tenter un accommod^- Baefit. Laprv^^ de Galles offrit tout le butin de lexpédHic», les lAaoe» conquises et les priaooniers. M^ Jean voulut qu'il se rendit avec cec^ de ses chevalier. Le vainqueur de Créey répondit qu'on ne l'aurait, lui et ses chevaliers^ q^ lesarmes à la main, et le combat (ut renûs au lendemiain. Fendant ce t^nps les Anglais creusèrent de grands fossés devant leurs lignes, et les bordèrent de palissades, à t'aide de ces pieux aiguisés des deux bouts que leurs an^rs portaient partout avec eux. Ils disposèrent ceux-ci d^?rière les baies, le long du cheoûn, et au moment oùles trots cents chevaliers y entraient au galop, les deux maréchaux de France en tête, une grêle de flèches, partie des buissons, à droite et à gauche, vmt jeter le désordre dans leurs rangs pressés. Les chevaux se cabrent, se renversent les um sur lesautres, et la coloane, arrêtée tout à coup dans sa marche, est forcée de se replier sur le corps d'armée du dxkQ de Normandie. Bientôt un gros de cavaliers anglais , q>ai avaient tourné la colline, vint prendre en flanc les hommes d'annes du dai^hin, pendant que les autr^, remontés tous à cheval, descendaient aux cris de 5at»l Geor§ul et Gw^erm»! par le chemin encore enccnnbré de cadavres d'hommes et de chevaux. €ette double attaque fit p^(ke la tête am daul^iin, jeune homme de vingt ans, dont le corps dâinle ne se prêtait guère à des mœurs belliqueuses. U lâcha pied et s'en» foit avec huit cents lances par le chemin de Chauvigny . Le

GUERRBB B'ANGLEtERIIE. 5^7

duo d'Orléans m laissa entraîner par Texemple > el em^ uïena sa bataille du même côté. « Ils sont à nous ! s'écria alors Chandos, un célèbre capitaine anglais qui avait mené tout le combat, tirons devers le roi de France ^ car il est vaillant, et nous demeurera. «^ Avant (k^nc I # dit le ptinœ de Gdles, et toute Tarmée anglaise vint fondre à Tendroit où combattait le roi.

Un corps d'Allemands qui était resté à dieval, soutint quelque temps le choc ; mais il fUt enfoncé par les Anglais, animés par l'idée q^u'ils tenaient la victoire. Bientôt ledn n'eut plus auprès de lui que les dievaliers de l'Étoile^ qui furent tous fidèles à leur serment. Les rangs de ces braves chevaliers allaient toujouns s'édaircissanti ils se trouvèrent à la fin séparés en ait petites bandes , qui fUrent écrasées l'une après l'autre, Jean combaUit jusqu'au depmer moment. Accompagné de son (dus jeune fils, Philippe de Touraine,qui dut à cette journée le surnc»»de Hûrdi^ il assommait à coups de hache d'aïtnes seigneurs et ardiers. Il avait le visage couvert de sang ; de tous côtés on luicriait : Rw4e%''t<msi rtiMltfi-iDOHê i Enûa le sire de Ghami, qui tenait l'oriflamme^ tomba mort à ses pieds, entraînant avec lui la ÊuneiBse bemnière. Épuisé^ le roi se mit à demsunder son cousin, le prince de Galles, disant qu'il voulait se ren* dre à lui. Alors un chevalier de l'Artois, Denis de Mor^ becqucv exilé de son pays, où il avait tué un homme, fendit la presse, et vint à Jean, qui l'entendant parler en bon frant^, lui jeta son gantelet, et se rendit à lui avec son fils. Mais les archers anglais et gascons, qui depuis long^ temps ménageaient le roi, pour l'avoir vivant, ne voulurent pas laisser édiapper de la sorte une si riche rançon. Ils l'currachèrent des mains de Denis, et, se disputant à qui l'aurait, ils le tiraient chacun de son côté. L'on était sur le point de s*accorder en les égorgeant, lui et Philippe, quand arrivèrent le comte de Warwick elle sire Réginald Cobham,

qui prirent les deux captifs sous leur sauve-garde, et les conduisirent au prince de Galles. » (Histoire de France). Il en coûta peu au roi de France pour avoir combattu jusqu'au dernier moment. Le soir de la bataille, il fut servi à table par son vainqueur, et arrivé en Angleterre au milieu des bommages de la chevalerie anglaise, il entra à Londres comme en triompbe, et ne fit, pour ainsi dire, que passer de sa cour à celle d'Edouard. Mais tandis qu'on prodiguait à sa captivité les plaisirs et les fêtes , la France payait cher la gloire qu'il s'était acquise par cette valeur égoïste. Quand les états , qui étaient encore rassemblés à Paris, se virent sans roi , et qu'il ne se présenta pour les gouverner qu'un jeune homme échappé de Poitiers', ils secouèrent le frein. Guidés par quelques bommes de tête et d'exécution, ils se déclarent seuls maîtres et souverains du royaume , rendent des ordonnances , et se créent une armée au sein môme de Paris. Le roi de Navarre est enlevé par une fraude aux gens du roi, qui le retenaient captif, et il paraît dans les halles de Paris, haranguant le peuple, monté sur les étaux des bouchers, et menaçant le dauphin de ses troupes qui campaient à la vue des murs. Ce fut en vain que le jeune prince voulut lutter de popularité avec les chefs de parti, et qu'il s'en vint haranguer à son tour au milieu des halles : sa voix, écoutée d'abord favorablement, fut bientôt étoufiée. Comme il disputait toujours aux états l'autorité qu'ils s'étaient arrogée, la populace de Paris, soulevée par son prévôt Marcel, se jeta un jour dans son palais, et massacra à ses pieds les deux maréchaux de France et de Champagne. Sa robe fut rougie de leur sang, et se voyant seul au milieu de cette foule hideuse, il se tourna vers le prévôt et lui demanda si l'on avait résolu

^ Le brait pablic accusait le dauphin de s'être enftii an des premiers.

sa mort. Marcel le rassura, et, pour sauve-garde, lui plaça sur la tête son chaperon, mi-partie de rouge et de bleu, qui était le signe de ralliement de la faction; puis il mit sur la sienne le chaperon du dauphin, et le garda tout le jour(4 357) . Cependant les Anglais étaient toujours là, et pouvaient à chaque instant, donnant la main à leur allié le roi de Navarre, s'avancer sous les murs de Paris et s'emparer du royaume : il fallait sortir à toute force de cette dangereuse position, et Charles, désespérant de venir à bout des rebelles au sein de Paris, prit le parti de s'enfuir à Compiègne. Toute la noblesse s'y réunit à l'instant , tandis que Marcel envoyait des députés dans tout le nord de la France, et jusque chez les Flamands, pour appeler toute la bourgeoisie communale à une vaste confédération contre les chevaliers et les nobles. La question changeait de face, et de politique qu'elle s'annonçait d'abord, la révolution des états de 1556, tendait à devenir sociale. Déjà anticipant sur les siècles par un bouleversement prématuré et qui devait durer peu, le peuple, devenu fort, essayait ses premiers coups sur cette royauté à l'ombre de laquelle il avait grandi, et la féodalité qu'il menaçait se serrait, comme elle fit plus tard, à l'entour de son ancienne ennemie. Le mouvement alla même plus loin que Marcel et les siens ne l'avaient voulu. C'était pour eux uniquement que les bourgeois et les gens de métier songeaient à renverser la royauté et la féodalité^ et leur zèle patriotique ne s'était pas étendu au delà des portes de leurs cités ; mais ils ne purent si bien faire que le bruit des coups qu'ils frappaient n'allât réveiller dans ses chaumières le peuple des campagnes, qui, voyant la caste châtelaine sur le point d'être dépossédée, et ne pouvant comprendre que cette grande révolution eût lieu au profit des bourgeois seuls, prit pour lui des maximes qui ne le regardaient pas, et, persuadé que lui aussi s'appelait peuple, se mit à frapper pour son compte.

530 HMTOIRB DE FRà!fCE.

Il.y avait 8i longtemps qu'il souffirait sans se plaindre, qu'on l'avait cru trop pacifique pour se venger jamaiâ, et que par dérision on lui avait donné le nom de JactjHeè Bot^ homme, U accepte oe nom, ainsi que les Flamands, deux siècles plus tard« se pareront du nom de §umœ, et le soulèvement Gommenos. En quelques Jouis ils étaient plus de sCHxante mille qui t$e répandirent à travers les plaines dô la Picardie et de la Brie^ brûlant les châteaui avec les sei>^ gneurs, violant les femmes et les filles nc^les, embrochant leurs fils, et délivrant les sera partout oli il passaient* €'é^ tait une gueire d'ext«:minationqui ne s'adressait à aucun parti, à aucune nation, mais à une institution totitentièrst et les nobles ne s'y trompèrent psush. Navarrois et royaliste». Anglais et Français, oublièrent un instant qu'i^ étairaten guerre, ^ se réunirent tous contre cette lK)rde de sauvai ges qui massacraient tout porteur d'armures etd'écharpes, sans distinguer de quelle couleur éUes étaient. Le parU bourgeois ne savait trop s'il devait accepter œt auxiliaim qu'il n'avait pas demandé, mais enfin, pressé d'en finir avec l'ennemi commun, il l'admit dans ses rangs, quitte à régler ensemble après la victoire ; et Marcel, a^tès quelque» hésitations, ^voya douse cents Paii^ns à l'armée des Jacques. Un si £gtible secours tue put les sauver de leur ruine. Repoussés à l'attaque du marché de Meaux par une poignée ùe chevaliers qui s'y étaient refermés av€«) leui9 femmes et leurs filles, 1^ Jacques se ^tispersèrent dans la campa^e, et les vainqueurs leur rendant cruautô pour (H'uauté, les massacrèrent jusqu'au dem^r (1358).

En même temps les bourgeois succombaient à teur tour. Marcel, craignant de ne pouvoir tenir Icmgtemps conU« le dauphin, dont le parti allait croissant de jour ^ jour, s'è* tait décidé enfin à livrer Paris aux NavalroHi et aux Ân^ gkûs. Alors l'esprit national prit le dessus dans un grand nombre éd Pariâens sur les haines et les alfec^ns de

GUSBRES D'ANGLETERRK. 5^1

cB8te t au moment où le prévôt allait ouvrir ia porte Saint- Antoine aux Angles, une lutté s'engagea entre lui et Jean Meillard, ehef de Tautre faction ; il fut égoi^é^ et quelque tempe ai^rès^ Charles vit venir à lui les députés parisiens qui l'invitaient à rentrer dans leur ville (i 35^)i

Dunttil ce temps le roi lean était toujours en Angleterre, diassant aux côtés d'Edouard, présidant aul tournois et et faisant la cour aux dames ; et il devait peu regretter la France^ qui ne lui ofiVait guère de divertissements, au mi^lieu des «Cinglantes perturbations auxquelles elle ét&it en proie, entre l'insolente brutalité des hommes à chaperons S et la^férodté grossière de Jacques Bonhomme* Mais en Tannée 1389^ (ifégoûté de plaisirs dont il n'était le roi que par pi^itesse, peut-^re aussi voyant que son fils avait mis ordre à tout de l'autre côté du détroit, qu'il n'avait plus à craindre ni Jacques, ni gens de métier, il cosnmença à dé*sirer la France^ et pour satisfaire ce désir, il fit avec Edouard un traité, par lequel il lui rendait tout ce que le roi d'Angleterre avait possédé autrefois en France, c'est-èdire le tiers du pays ; puis il embrassa scm nouvel allié, lui jura une amitié étemelle, et envoya son traité à Paris^ ne doutant pas qu'il n'en revînt bientôt ratifié par son fils et les états. Il en flit autrement : un cri d'indignation s'éleva dans la grande cour du palafê, quand le chancelier Guillaume Dormans y Ôt lecture aux états et aux bourgeois de Paris, de ce bizarre traité qui ramenait la France au temps de Louis le Jeune el de Philippe I*' t on ne trouva pas que la personne sacrée du roi valût le tiers de ta France, et la guerre recotameîîça avec une sorte de i\irle. Edouard, dépité, ^voie son noble prisonnier à la Tour de Londres, et passe-lui-même en France, à la tête d'une formidable arihée. Le dauphin trop faible pour lui tenir tête, met en

* |»0 dMpcvon Atait la im fçm élstliiellve d« botiF^eofo*

œuvre le système de défense qui devait lui réussir si bien quand il fut roi : il jette ses troupes dans les places fortes, et abandonne le plat pays aux Anglais, qui ravagent et passent sans rien garder. Edouard, pour le faire sortir de cette inaction désespérante, s*avance jusque sous les murs de Paris, et loge ses troupes à Mont-Rouge, à Vanvres, à Gentilly, dont il met les plaines à feu et à sang. Charles ne répond à toutes ces fumées ^ qu*en mettant le feu luimême au faubourg Saint-Germain, pour empêcher les Anglais de s*y cantonner, et attend tranquillement que la disette les chasse de ces campagnes dévastées. Il n'attendit pas longtemps ; mais Edouard résolu de faire payer cher à la France, l'imperturbable sang-froid de celui qui la gouvernait, s'enfonce encore plus avant dans le pays, et s'en va dans le pays chartrain toujours pillant et brûlant. Il était à la vue de Chartres, quand un orage, célébré par tous les historiens du temps, fondit sur son armée et lui inspira une telle peur, que se tournant, dit Froissard, vers les clochers de Notre-Dame de Chartres qu'il apercevait dans le lointain, il fit vœu à la Vierge de rendre la paix à ce malheureux pays. Il fit venir sur-le-champ au village de Brétigny, Où il se trouvait alors, les gens du dauphin, et conclut avec eux le fameux traité de Brétigny. Il demanda la Guienne et quatre millions d'écus; et la misère delà France était si grande, qu'elle dut se tenir heureuse de ces conditions (traité de Brétigny, 1360).

Alors Jean put revenir dans son royaume, et ce fut un moment de joie pour son peuple, qui se crut un instant délivré de tous ses maux. Mais l'enchantement fut de courte

durée; et quand les arcs de feuillage élevés sur son pas-

^ liLaisseX'les,!» disait-U plus tard, quand, pour ranimer au combat, on lui montraU des fenêtres de son hôtel Saint-Paul les flammes allumées parles Anglais de Robert Knolles : « Laissei-les^ « Qvee totUes ces fumhs^ ils ne m'enlèveront pas mon héritiigeM

sage eurent été défaits, quand ïhosanna entonné par les Parisiens à son entrée dans leur ville eut cessé de retentir, et qu'il fallut ramasser l'argent de la rançon du roi et céder la Guienne aux Anglais, les murmures et les plaintes recommencèrent, et le traité de Brétigny perdit sa popularité. Un nouveau fléau dont on pouvait l'accuser d'être la source, vint encore ajouter aux souffrances du peuple. C'était alors la coutume parmi les rois de faire leurs guerres à l'aide d'aventuriers qui se louaient à eux au commencement des hostilités, et qu'ils renvoyaient quand elles étaient terminées. Quand la paix se fit entre la France et l'Angleterre, tous les soldats, qui, depuis vingt cinq ans, vivaient de cette guerre, se trouvèrent tout à coup sans emploi ; et, ne pouvant se résigner au travail, ils firent cause commune, et ravagèrent en leur nom les contrées que depuis longtemps ils ravageaient pour les autres. Bientôt quittant les campagnes tant de fois dévastées, qui s'étendent entre la Guienne et la Normandie, ils entrèrent plus avant dans le pays, et se dirigèrent sur les riches plaines de la Provence et du Languedoc, restées vierges de pillages et de massacres depuis la guerre des Albigeois. La noblesse du Bourbonnais, commandée par Jacques de Bourbon, voulut les arrêter en chemin, et elle s'avançait avec confiance contre ces guerriers de bas lieu, fière de ses beaux chevaux et de ses brillantes armures : ils la battirent à Briguais (4561), lui tuèrent son chef, et passèrent outre. C'était encore là une émancipation du peuple : les vain • queurs de Briguais étaient pour la plupart des fils de paysans, qui, laissant là la cabane que leurs pères tenaient au nom des seigneurs, et les terres qu'ils faisaient valoir pour eux, avaient embrassé la libre vie des camps, et s'étaient sentis grandis tout à coup à l'égal de ces nobles devant lesquels ils tremblaient, dès que, comme eux, ils avaient eu le casque en tête et la lance à la main, N'exagé"

roD6 poim oependâAi : le ûtit de cette émancipaliOQ étaU réel S et plus tard il deyaît porter ses firnits; mais les hom-^ mes par qui il a^t lieu ne s'ea mquiétaient guère. Leur but à eux était de vivre, ^ de vivre joyeusement, sans qu'aucune idée de révolution sociale les poij^sât à frat^rm-^ ser avec qui que ce fût; ils pillaient sur tous, et vivaient du serf comme du dievali^. a Nous sommes les amis de Dieu, disaient^ils, et les ennemis de tout le mcmde« »

Laissons^les cependant se répandre àzxm cette belle ré* gion du midi> où nous les retrouvenms bientôt, et reve^ nons au roi de Franœ. Que faisait Jean pendant que ses sujets du Limousin et du Poitou redevenai^t Anglais ^i sMndignant, et que les collecteurs, diargés de ramasser Targent de sa rançon, enlevaient au peuple ce qu'avaient épargné les ravages de la guerre ? Insouciant et tranquille» il allait visiter le pape à Avignon, et se croisût avec toute sa cour, comme s'il n'eût rien eu de mieux à ilsdre pour son royaume que de le quitter {15ôâ), Jean fut peut'^trs le seul de tous ceux qui se jetèrent à sa suite dans ce pro** jet de croisade, qui s'en fit une affaire d'honneur ; tou^ jours est-il que de retour à Paris» il s'occupa de bonne foi de ses préparatifô, et peut-être eût-il donné à l'Europe le singulier spectacle d'une crc»sade au siècle de Maro^ et d'Arnaud de Brescia , si les événements n'y eussent mis ordre. La fortune servait Jean malgré ses fautes. Au moment où le traité de Brétigny faisait une broche si considérable aux domaines royaux^ lasuooesstonau duché de Bourgogne» qui revenait à la couronne par Tex-

« Quand la féodalité se M définiiiveoient consUteée, le droil de porter les armes se trouva si eiclusiveroeot affecté à la classe des nobles, que le mot soldat (miles) devint synonyme dans la langue des chroniqueurs, de celui de seigneur. Les armes, c*était la force; et quand le peuple s*appela lui-même à manier les armes à son tour, il ramena la iMve à lui.

tine^ion de la vieille maison des ducs, réparait de œ côté Vécbec qu^elle recevait ailleurs (1561). Le malenccnatreiix monarque n*a pas encore pris possession de son nouveau domaine, qu'il en dispose en £aveur de son ôls c^rt^ PMhpçQ le Hardi, celui qui seul ne Tavait pas abandonné à Poitiers ; et par cet acte de générosité imUadroile, il ^p^épare à ses successeurs bien des embarras el des dangers. L'andenne nxaâson dei Bourgogne vmt vécu padfkfue et soumise, favoiaï)le piu^ que contraire à la cause royale ; il n'en sera plus dei même de ceUe qui va lui succéder. Aid^ts, aiobltieux, les ducsi de Boiurgogne se timiveronl à la tête de toas les laouvemeentst civils qui agiAeiont le royaume jusqu'à Le^ %i ; et s'y est vrai» ocueme on l'a prétendu S que œ fut en s» disputant le& dép(Kiille& de la maison de Bourgogne^ que la France et rEnpirecomffieQcèrent cette longue guerre sur les bords du Rhin qui a traversé toute rbist(»re moderne, et donti les damiers actes ne sont pas encore si lom de nous, on eomprendra quelle Ait la portée d'une faute commise m se jouant, et pour satis^ faire un caprice de généro^«

Ce fut aussi en se jouant (ca/iêsd j«ci) que Jean se décida ^elque t^aaps après à cette fameuse déstardie qui termii» son règne. Il n'y a rien de populaire comme ce mot de lean partant pour l'Angleterre en remplacement de l'un de ses ôls, qui s'était écbappé ùf&& prisons d'Edouard^: «Si la

* On At q«e Loii#» XT y^yaiït à Nancl fe tombeav ék CtfarTes le Téméraire , s*éerift : « V<^h doMS t'horaine dont la srori ■eus mit « kfl arme» asi maiM depuis m longlempa. >r

* Lors du traité de Brétigny, il avait remis deux de ses fils entre les mains du monarque anglais , comme caution de Texécution du traité. Les gens du Parlement de Paris fatigvaat Edouard par d'interminables chicanes, il resserra plus étroitemeat les deux prinees, et Tun d*eux, le duc d'AnJau, ennuyé d'un exil qui se ehangeail en (apiiyiléts'écbappa en France^

« bonne foi était chassée du reste de la terre , elle devrait « trouver un asile dans le cœur des rois ; » mot admirable, si on l'envisage en lui-même, comme expression d'un noble sentiment , et , abstraction faite de toute application , mais auquel l'histoire tout entière et celle de Jean luimême^ donne un trop sanglant démenti, pour qu'on puisse y voir autre chose qu'une saillie chevaleresque. D'ailleurs le sacrifice n'était pas grand pour lui , et l'historien qui a lâché le moicausâjoci^ a touché sans doute la véritable cause de ce fastueux dévouement. A peine Jean eut-il touché le rivage d'Angleterre , que les fêtes de sa première captivité recommencèrent pour lui, et la mort qui l'attendait là, le prit au milieu des plaisirs et des réjouissances. Il mourut le quatrième mois de son départ, et, comme dit le père Daniel , ce ne fut pas une grande perte pour la France (1564).

Ici commence un règne dont la physionomie est bien différente. De Jean à Charles V , il y a toute la différence du moyen âge à l'âge moderne; le héros de Poitiers n'est qu'un chevaher , son fils est déjà un pohtique , et un politique d'autant plus merveilleux qu'il s'est créé lui-même, et que , loin d'être encouragé par les siens, il est obligé de lutter constamment contre les murmures d'hommes encore trop partisans des vieilles idées pour le comprendre, et qui ne veulent pas lui permettre de les sauver contre les règles de la chevalerie. Pendant que les Anglais faisaient à leur ancien prisonnier de splendides funérailles, Charles entrait dans son règne par un grand succès , et son Breton du Guesclin * lui gagnait la bataille de Cocherel (1364), quatre

^ Nous ne citerons que le guet-apens dans lequel il fit tomber Charles de Navarre à Rouen.

* « La vie de ce fameui chef de compagnies, qui délivra la France des compagnies et des Anglais, a été chantée, c'est-à-dire gftlée et

jours après son couronnement. Quand la mort de Jean eut été annoncée en France, Charles de Navarre, qui , depuis la guerre des états , se tenait en repos dans ses places de Normandie, crut l'occasion favorable pour reparaître sur la scène. Revendiquant la Champagne et la Brie, auxquelles les successeurs de Thibaut n'avaient jamais entièrement renoncé, il leva une armée qu'il confia au captai de Buch, un des plus renommés capitaines du temps, et qui se mit sur-le-champ à faire le dégât dans la basse Normandie et

obscurcie dans une sorte d*épopée chevaleresque que l'on composa probablement pour ranimer Tesprit militaire de la noblesse. Nos histoires de du Guesclln ne sont guère que des traductions en prose de cette épopée ; il n'est pas facile de dégager de cette poésie ce qu*elle renferme de sérieux, de vraiment historique ; nous en croirons volontiers le poème et les romans en tout ce qui se rapproche du caractère bien connu des Bretons; nous pourrons les croire encore dans les aveux qu'ils font contre leur héros. Us avouent d*abord qu'il était laid, « de moyenne stature, le visage brun, le nez camus, les yeux verts, large d'épaules, longs bras et petites mains ; ils disent qu'il était, dès son enfance, mauvais garçon, rude, malicieux et divers en courage ;» qu'il assemblait les enfants, les partageait en troupes ; qu'il battait et blessait les autres. Il fut quelque temps enfermé par son père. Cependant une religieuse avait prédit de bonne heure que cet enfant serait un fameux chevalier. Il fut d'abord encouragé par les prédictions d'une certaine demoiselle Tiphaine, que lei Bretons croyaient sorcière, et que plus tard il épousa. Cet intraitable batailleur était pourtant, comme sont volontiers les Bretons, bon enfant et prodigue, souvent riche, souvent pauvre, donnant parfois tout ce qu'il avait pour racheter ses hommes; mais en revanche, avide et pillard, rude en guerre et sans quartier. Comme les autres capitaines de ce temps, il préférait la ruse k tout autre moyen de vaincre, et restait toujours libre de sa parole et de sa foi. Avant la bataille, il était homme de tactique, de ressource et d'engin subtil. Il savait prévoir et pourvoir ; mais une fois qu'il y était, la tête bretonne reparaissait; il plongeait dans la mêlée et si loin qu'il ne pouvait pas toujours s'en retirer : deux fois Il fut pris et paya rançon. » ( Michelet, t. m. )

888 HISTOIRE DE PBANGB.

Mf ïm ecnùm de Tancien Texin ihinçfti». Du GnescHn , qai eommandait Tarmée royale, Vmt bientôt rejointe près du TiMage de Coch wel , entre Évreui et Vemon ; et , a^rès deux jours de tentatives d'attaque inutiles, rayant attirée par une fuite simulée 1k^ de la position formidable qu*dQe occupait sur une colline , il revint sur elle et la mit en pièces. Le captai de Buch, renversé à terre d'un coup de bâche d*armes, M ftût prisonnier, et les deux villes de IftMiteft et de Meulan , qui rendaient le r^varrots maître du cours de la Seine , furent enlevées en quelques jours desâége.

La bataille de Cocberel est le premier exploit de du Guesclin. C'était un petit gentilhomme breton, qui tenait pour la CoUîtioa française d^ Penthièvre : dcçxès de brillants £Eùts d'armes dans la guerre qiû se faisait en Bretagne ^ il s'était enrôlé au service de la France avec un bcm n(xnbre de ses compagnons , sans perdre de vue toutefo» son ancien parti national , car la Bretagne était encore une natîoiï , et ce n'était pas un service de sujets, mais bien d'auxiliaires indép^dants que les hommes d'armes bretons rendaient au roi de France. A peine venaient-ils de remporta pour lui kk victoire de €och^e) qu'ils coururent tous en Bretagne, où une grande bataille se préparait entre les deux partis. Depuis vingt-quatre ans que la guerre de succession était allumée , bien des combats s'étaient livrés, bien des villes avaient été prises et reprises, sans que rien fût décidé s las enfin , Charles de Blois et Jean de Monfort convinrent d'un accommodement, et se partagèrent la Bretagne, diacun avec le titre de due, les armes écartelées d'hermine, et le cri national : Saint-lves et Bretagne! Quand Charles de Blois rapporta ce traité à sa femme, Jeanne la Boiteuse^ elle le reçut avec des injures et des reproches^» l'accusa de disposer de ce qui ne lui appartenait pas, et le renvoya au combat. On se rencontra près

GUEBBE8 D'AHGLETeRaii. 3^

d*Auray (1568)^ et, après tout un jour de batailte , tes Pen^ thièvre s'enfuirent , laissant leur duc pars» les caid^Tres et du Guesdin entre les mains des ennemis. On en reviat dlovs aux négociations , mais les dK)ses avaient changées face, et Jeanne, en échange de son duché , ne reçut qu'^oa pen^on et quelques terres. (Traité de Guérande, 4565^)

Après le traité de Guéraiide il y eut un désarmement général , et la Bretagne fut vidée de cette nuée d*aventu* riers anglais , frsmçais et bretons même , qui ^ sous ie nom des deux partis , la rançonnaient et la pillaient depuis uû quart de siècle. Mais le Ûéau ne fit que changer de place. Les hommes d'armes congédiés à Guérande imitèrent l'exemple de leurs CŒnpagncHis congédiés à Bréti^y, et , s'avançant à travers le coeur de la France sans s'inquiéter de ce qui se présenterait devant eux, ils s'en allèrent les r^oindre dans ces campagnes d'Avignon et de Montpellier, où ils menaient, disait-on, si grasse vie. €e fut alors comme une véritable armée , et le midi tout entier se vit en proie à une sorte de guerre flottante, sans motif et sans fio^ dont le pillage, qui n'est que l'accessoire de la guerre, était le but et le fond. Le cri des peuples alla jusqu'à Charles Y; et lui-même n'était pas sans crainte contre cette masse de guerriers qui se grossissait à chaque instant de nouveaux aventuriers, et de œux mêmes qu'elle dépouillait!, et qui pouvait bien quelque jour remonter au n(Hti après avoir épuisé le midi , et l'assiéger à son tour dans Par», comme elle allmt ûûre de la papauté dans sa ville adoptive d'Avi<^ gnon.

Mais il n'était pas facile de se dâ)arras8er de ces hôtes incommodes, cax ils tenaient bon, et la force était avec

! Beaucoup de ceux qui composaient les grandes eottl^nies étaient des paysans ruinés par les hommes d*armes , et qld , pour vivre, se mettaient à leur suite.

eux. C'étaient les Compagnies, qui , depuis cinquante ans , composaient la meilleure partie des années de France et d'Angleterre , et elles venaient de prouver à Briguais leur supériorité sur les milices féodales. Charles renonçant à les attaquer, jeta les yeux sur du Guesclin qu'il racheta aux Anglais, et qu'il leur envoya avec ordre de les conduire en Espagne. Il s'agissait d'y ramener Henri de Transtamare , frère naturel de Pierre le Cruel , qui l'avait réduit à la fuite par ses violences, et qui s'était fait une ennemie de la France par l'assassinat de Blanche de France , sa femme, sacrifiée à une concubine, Marie de Padilla. Du Guesclin était l'homme qu'il fallait pour cette négociation : les gens des compagnies le reçurent comme un des leurs ; et dans le fond , à part son génie, qu'était-il autre chose qu'un aventurier aux gages du roi de France ? Ces brigands , vers qui on le députait, avaient été ses compagnons d'armes pendant vingt-cinq ans , et la seule différence qui existât entre eux et lui , c'est qu'on l'avait retenu pendant qu'on les avait congédiés. Le héros breton comprit parfaitement sa position, et la première chose qu'il fit en arrivant dans leur camp fut de les appeler compagnons , et de renouer connaissance avec ses anciens amis de Bretagne qu'il retrouvait à leur tête. Accepté par eux comme un chef sous lequel ils se tenaient sûrs de la victoire , il leur eut bientôt persuadé de porter leurs ravages dans les plaines au delà des Pyrénées, dont il leur vantait les richesses, faisant valoir en même temps l'outrage fait à la France et à la chevalerie en la personne de Blanche , d'une princesse française et d'une femme , motif dont s'inquiétaient peu les soldats , mais qui devait leur servir de prétexte honorable *. On partit bientôt

* Ajoutez à cela qu*il dût influer sur plusieurs de leurs chefs , la plupart gentUshommes, réduits à ce métier par la misère, mais qui ne s'en piquaient pas moins de chevalerie.

GUERRES D'ANGLETERRE. ZUi

(1366), non toutefois sans rançonner le pape d'Avignon, qui ofiï^t aux grandes compagnies l'absolution de tous leurs péchés , et auquel elles demandèrent cent mille francs en sus : espièglerie un peu brutale de du Guesclin qui , pour le forcer à payer, conduisit ses troupes* sous les murs d'Avignon , et pilla les maisons de campagne de la bourgeoisie et du conclave, jusqu'à ce que la somme entière eût été remise entre ses mains.

Pendant que son ûdèle Breton emmenait loin du royaume cette vaste bande de voleurs , Charles Y s'occupait à le pacifier et à réparer les calamités du règne précédent. L'année qui suit la bataille de Cocherel , il dicte un traité au roi de Navarre , qui est forcé de recevoir le comté de Montpellier en échange de Mantes et de Meulan qu'on lui avait enlevées, et de la Champagne qu'il réclamait en vain. Au moyen d'une administration plus ferme et moins oppressive que celle de ses prédécesseurs , il calme ce qui restait du mouvement populaire de 1358 , et relève si bien la royauté aux yeux du peuple que rien ne remua dans les villes et les campagnes tant que dura son règnes En même temps ses

1 Charles ne recourut pas une seule fois, durant tout son régne, aux états généraux; il lui était resté dans l'esprit un souvenir pénible des troubles qui avaient agité sa régence ; aussi, aux états généraux, librement élus , il substitua des assemblées de notables désignés par ses propres officiers , et aux formes d'élection municipale il préféra le système des prévôtés royales. C'est à lui que remontent plusieurs des lois fondamentales de la monarchie. Ainsi, il régla, définitivement, Tâge de la majorité des rois, qu*il fixa k quatorze ans, la régence, la tutelle et la garde de l'enfant royal , presque toujours confondues jusqu'alors avec la régence. En cas de minorité du roi, la régence devait appartenir au plus proche parent atné et majeur. Les droits du régent s'étendaient à tous les v actes d'administration, à l'exercice plein et entier de l'autorité royale; mais, quant au domaine, il ne pouvait en rien aliéner et il devait tout conserver, pour en rendre compte à la majorité du souve-

343 HISTOIHK DS FRAHCE.

émissaires « répandus dans les contrées cédées à l'Angleterre par le traité de Brétigny » qui n'avaient reçu les Anglais qu'avec répugnance, et qui, en six ans, n'avaient pas encore eu le temps de se foire à leur joug, prépanûeot sous main les esprits à la révolte , en leur rappelant les temps de la domination française , et en la faisant contraster avec l'avide gouvernement du prince de Galles , qui , pour subvenir au faste de sa petite cour de Bordeaux, accablait ses nouveaux s^iets de vexations et d'impôts. La France recueillit le fruit de ces manœuvres » quand

rain. I^ gtrde de l'enfinl-rol était confiée à si mère» el la tutelle était soamiseâ OQ conseil composé des parents, de presque tous les oflSciers de la couronne, des membres du parlement et de la cour des comptes, et au moins de dix bourgeois de Paris. Enfin il fixa les apanages de chacun de ses enfants : aux filles, il donna 60,000 livres» ttvéeteUjifyau» comme il appartient à IUUm de r&i; aux fils» 1S,000 livres de rente en terre avee le titre de comte, et 40,000 livrée en deniers pour les mettre en état. Ainsi des sommes d'argent et de simples titres étalent substitués aux concessions de grands fiefs qui morcelaient l'unité territoriale du royaume.

« Bans les autres parties du gouvernement, se remarque le même esprit monarchique : les communes reçurent des prévéts ; Roye , Meulan demandèrent elles-mêmes à se remettre aux mains royales. La liberté individuelle, la propriété étaient assurées par la bourgeoisie ; aussi aimait-on mieux être bourgeois que communaux , parce que, dans le dernier cas, s*il y avait des privilèges, il y avait aussi des charges , et qu*ii fallait supporter des dépenses auxquelles le roi faisait face quand il tenait une ville en bourgeoisie. Le roi favorisait ce système; car tout homme qui abandonnait la terre d*un seigneur pour se faire bourgeois d'une ville, devenait par là TAomme du roi. Toutefois, depuis la mort de Marcel, les libertés municipales ne furent pas toujours respectées ; le roi intervenait souvent , et il fallait se soumettre à sa volonté ; il réglait les métiers, permettait ou défendait les ètabllssenents publies, el cela, non-seulement à Paris, mais dans toute» les villes.

« L'organisation financière reçut des formes régulières et des principes fixes: il y tut des généraux, des oonseinefa, trésoriers de

^r^c^ma^w^'^r

GU£BRE8 D'AUGLETERRE. S&B

en 1568 , au retour de son expédition d*Ë8pagne où ii avait été remettre sur Je trône Pierre le Cruel, chassé ,par du Guesclin , le prince anglds ruiné par les frais de cette guerre voulut ajouter un nouvel impôt à ceux qui pesaient déjà sur la Guienne. Aussitôt on s'insurge de toutes parts; les grandes familles en appellent au parlement de Paris , et Charles , acceptant leur appel contre les clauses du traité de Brétigny , envme sommer le prince de Galles de comparaître devant ses procureurs. Le vainqueur de Crécy et de Poitiers reçut l'huissier du roi de Fmnce au milieu de im oour , et lui fit réponse qu il irait à Paris , mais le bassinet en tête, et soixante mille hommes en sa compagnie. Charles^ qui Savait être fier à prc^x» , ne répondit rien à

guerres, receveurs, contrôleurs, etc. Les officiers ne pouvaient , par etii ou par autmi, exercer aucun cotnmerce; les receveurs de pro^ Tince devaient diriger sur Paris les sommes provenant de la recette dont ils pouvaient disposer, et qui devaient rester entre les mains du receveur général. Tout don fait par le roi devait c(»tenir ses motifs, examinés par la chambre des comptes ; les lettres devaient être signées par trois, au moins, des secrétaires du roi ; et les généraux ne faisaient plus aucune délivrance de deniers, si ce n'est par l\)rdre de la chambre des comptes. L*organisation financière du royanme doit aussi à Charles rétablissement de plusieurs hètels des^ monnaies dans les provinces , et, dans tous , des gardes ^éciavii durent veiller à ce que les monnaies fussent de bon aloi. Plusieurs seigneurs conservèrent encore le droit d*émettre de la monnaie. On en voit un sous Charles, l'abbé de Saint-Claude, dont les biens furent saisis, sur Tordre du roi , par le baiîli de &Iàcon, en châtiment de ce qu*il contrefaisait la monnaie royale.

a L'organisation judiciaire changea peu ; les ordonnances de CiMrles ne furent qu« des développements des chartes précédentes. Sottfi le i;apport des institutions miHiairea^ son règne vit commencer une nouvelle école de tactique , un nouvel esprit tout contraire à Tesprit chevaleresque des deux régnes précédents ; mais peu d*innavatJOM dam Torganisàtûm de rahnée } tes gkwides réfmMS datent du régne de Charles YII. »

cette bravade. Ao bout d*im an , quand il eut Eût tous ses préparatife, il descaidit an jour éàns ses cuisines, y ra~ massa un valet , et lui donna une lettre qu^il lui ordcHina de porter au roi d'Angleterre. Cette lettre, c'était une dé— claratiiMi de guerre (1569).

Aussitôt Robert KnoUes est envoyé en France aTec trentecinq mille hommes, et ne trouvant point d'année devant lui, il vient faire le ravage jusque sous les murs de Paris. Ciharies lui oppose le même sang firoid dont il avait fait preuve , étant dauphin , &ï présence des soldats d'Edouard; et iHoitôt arrive d'Espagne , où il avait défait l'ouvrage des Anglais, le brave du Guesdin, qui se met à la tète des troupes firançaises et marche droit à Robert KnoUes, dont la retraite commençait déjà. Du Guesdin, le seul des généraux de Charies Y auquel le prudent monarque permit de livrer bataille, attaque et bat Robert KnoUes près de Pont-Yallain , et oitre à scm tour dans les provinces anglaises. Le Prince Noir fuit à son a{^rodie (i37i); et pen~ dant qu'il va traîner en Angleterre les restes languissants d'une vie usée par les fatigues et les plaisirs, le nouveau connétable de France ^ s'empare de la Gnienne , du Poitou, de la Saintonge , du Limousin ; à la fin de la campagne , il ne restait plus aux Anglais que Rordeaux , Rayonne et quelques viUes (d)scures de la Gascogne (1372). Dans le même temps la Rretagne, d'anglaise qu'dle était avec Montfort, se Eût française , sous les auspices de du Guesdin et de Clisson, chasse soa duc, et se met sous le patronage de Charles Y. C'est en vain que le duc de Lancastre arrive à Calais avec soixante miUe honmies ; à peine s*est-U hasardé hors de cette viUe , que du Guesdin se présente avec une armée qui n'allait pas à vingt miUe hcmunes, le presse.

*■ Dngiwscliii aviit reça Tépée de coonétable en lafTO» londelt dteissioQ de Rol>ert de Fienoes.

le harcelle , le pousse devant lui par d'habiles manœuvres , et le mène ainsi toujours battant de Calais à Bordeaux, sans lui permettre de rien tenter sur la route. Il fallut alors penser à la paix; l'Angleterre était épuisée d'hommes et d'argent; ses forces navales avaient été détruites par une flotte castillane que le bâtard , fait roi par du Guesclin , envoyait au secours du roi de France ; ses meilleurs généraux avaient été pris ou tués ; le Prince Noir, se mourait; le captai de Buch avait vu se refermer sur lui les portes d'une prison qui ne devaient plus s'ouvrir que pour son cadavre : dans cette position désespérée, les vaincus consentirent à tout , et la trêve , qui fut conclue (1374), ne leur rendit rien de ce qu'ils avaient perdu.

Mais ce n'était pas encore assez; la mort du Prince Noir et celle de son père Edouard, qui arrivèrent coup sur coup (1376-1377), portèrent le dernier coup à leurs affaires. Les Français viennent fondre sur ce dernier débris de leurs conquêtes, qu'ils conservaient encore aux bords de la Dordogne : de toutes les places du pays, Bordeaux seule, la ville anglaise par excellence, l'ancienne capitale du Prince Noir, reste au pouvoir des étrangers (1377). Puis vient le tour de leurs alliés. Charles de Navarre est accusé d'avoir voulu empoisonner le roi ; et le duc d'Anjou lui enlève ce comté de Montpellier qu'il avait payé si cher.

Restait Jean de Montfort que la vengeance royale ne pouvait atteindre à travers les flots de la Manche ; pour se dédommager, on veut mettre la main sur son duché, et Jean Canart, l'avocat du roi, déclare en plein parlement Montfort dépouillé, comme traître et félon, du duché de Bretagne, qu'il confisque au profit du roi de France (1379). Le coup était maladroitement porté : menacée tout à coup de devenir province de France, la Bretagne, qui l'aurait été bientôt, si on l'avait abandonnée à la force des choses, se réveille en sursaut et rappelle son duc ; les vieilles haines

346 HISTOIRE OS PBAMCE.

tombent devant Tamour de la platrie, et les Bretons se rangent autour de Thomme que Timprudente avidité des Français a transformé en représentant de la nationalité : ceux mêmes qui servaient sous les drapeaux de Charles, désertent par bandes et courent défendre leur pays. Pour du Guesclin, il était sujet du roi de France depuis qu'il en avait reçu répée de connétable; on renvoya en Bretagne avec une armée.

U partit le cœur brisé, s'écriant qu*on lui avait enlevé les meilleures plumes de son aile ; il voulait p£U['ler de ses braves Bretons, qu'il avait coutume de voir à ses côtés en un jour de bataille, et qu'il allait avoif à combattre ; aussi ne fit-il rien de bon, et après quelques mois d'une guerre malheureuse, Charles, qu'il n'avait pas habitué aux revers, ayant fait entendre des murmures, il lui envoya sur* le-champ son épée de connétable (1379). On l'apaisa, et le retirant de cette terre de la patrie où la guerre était pour lui une profanation, on lui donna à réprimer quelques troubles qui s'étaient élevés dans le midi. Mais la carrière de ce grand homme touchait à son terme. Arrivé dans le Gévaudan, il tomba malade devant un obscur château que sa mort a rendu célèbre, et mourut là, au milieu de ses compagnons d'armes, en baisant son épée, et en recommandant aux siens d'avoir pitié du pauvre peuple. Il n'était plus quand le château capitula, et le gouverneur de Randon vint déposer en pleurant les clefs de la place sur son cercueil (1380).

Charles V suivit de près son connétable : deux mois après, il vint le rejoindre dans les caveaux de Saint-Denis, où il l'avait fait déposer. Comme lui, il mourut au milieu des objets qui avaient rempli sa vie : le jour qu'il expira, il dictait aux gens de loi qui entouraient son lit de mort« une ordonnance par laquelle il abolissait une partie des impôts (1380). Ce roi, plus clerc que chevalier, dont les

diemièw» paroles retentirent anx oreilles d*un greffier, et qui 8*étail enfui le premier à Pmtiers, n'en sauva pas moins la France. Elle s'abîmait dans un gouffre âe maux, quand etle hii tomba entre les mains, et il la laissa floris^ isante, délitrée de tout ce qui pouvait Tinquiéter au dehors comme au dedans*. Il est vrai que cet état ne devait pas dth rerloïïgtempfî.

CharUs fl, Charles F// (1580, 1422, 1461). - t if y a peut-être pas dans toute notre histoire une révoluti<m aussi subite que celle qui éclata à la mort de Charles V. Un roi de douze ans et quatre princes pour le régenter, tel était Théritage qu'il laissait à la France. Le lendemain de sa mort, tous ses légistes sont chassés de lia cour ; les trésors, que sa prudente économie avait amassés pour les besoins futurs de TÉtat, ne sont pas dissipés ; c'était trop peu : le duc d'Anjou les enlève à la face des fcommes du roi, et les transporte en bloc dans ses coffres.

1 Qoe^pies biitoHeM modernes , par une exagération && célè patriotique, ont voula faire mi crime à Charles T d*atoir négligé les étals généraux» qui furent assemblés une seule fois sons son régne et congédiés presque aussitâU II faudra! I plutôt l'en louer. Rois et peuples étaient las de ces grandes assemblées tumultueuses, où quelques têtes ardentes menaient la foule, et imposant à leur société des vues toutes individuelles, et pour lesquelles elle ■'était pas mûre encore, voulaient faire en un an ce qui n'a été fait qn'aprés quatre siècles, et n'enfantaient que des convulsions stériles et sanglantes, la Jacquerie et les Chaperons de Marcel. Charles Y fit bien de laisser là ce foyer de guerre civile : il liU fallait la paix au*dedans pour conduire à fin ses projets au dehors. Quant au reproche d'ingratitude que lui ont Jeté quelques-uns, il est plus que singulier: 11 semble que ce prince n'avait pas eu assez à se louer des gens de 1369 pour qu'il pût être ingrat envers eai.

Cet homme avide et corrompu se préparait alors à des-> cendre en Italie pour revendiquer les droits à la couronne de Naples que lui avait transmis l'adoption de Jeanne de Duras ; et, peu soucieux de ce que deviendrait la France après son départ, il attirait àluitoutrargentduroyaume,et ses trois frères, les ducs de Berri, de Bourgogne et de Bourbon, le laissaient faire pour partager. Cependant les cendres du dernier incendie n'étaient pas encore si refroidies que Ton pût impunément se jouer avec tant d'audace de l'opinion. De toutes parts la révolte éclate. A Rouen, les bourgeois chassent les troupes royales, et, dans un accès d'indépendance populaire, se constituent en nation et se nomment un roi qu'ils prennent au milieu d'eux. Les habitants du Languedoc se soulèvent contre le gouvernement cruel et rapace du duc de Berri, et prennent le nom bizarre de Tuchins (4382). A Paris c'étaient les Maillotins. Un homme à cheval avait paru un jour dans les halles, annonçant à son de trompe que l'on avait volé la vaisselle du roi ; et tout à coup, au moment où le peuple se rassemblait, il s'était enfui en criant que le lendemain on lèverait un nouvel impôt sur la vente des denrées. Le lendemain une lutte s'engagea entre les collecteurs de l'impôt et une marchande d'herbes qui refusait de payer. Le peuple les assomme, court à l'arsenal, dont il enfonce les portes, s'arme de maillets de plomb qui tombent sous sa main, et met en fuite les archers des régents. (Révolte des Maillotins, 1382.)

On ne put se venger d'eux sur-le-champ, car il fallut courir en Flandre, où les bourgeois de Gand, le fils d'Artevelde à leur tête, venaient de s'insurger contre leur duc Louis de Nevers. Déjà ils lui avaient enlevé sa ville de Bruges, et la Flandre entière s'était réunie à eux; leurs émissaires parcouraient tout le nord de la France, préchant aux communes celte coalition de la bourgeoisie qu'avait

GUERRES D* ANGLETERRE. d&9

rêvée Marcel : puissants et aguerris, ils pouvaient aisément servir de chefs aux populations qui vont de l'Océan à la Suisse et à la Lorraine ; et déjà dans TArlois et le Gambrésis, à Reims, à Autun, sur mille points à la fois, on commençait à remuer. Si la chevalerie française n'était survenue, tous, ces peuples allaient peut-être se débarrasser de la féodahté, et se joignant aux Maillotins, aux Tuchins, au roi de Rouen, ils auraient organisé une vaste république par toute la France : un seul coup frappé à Rosebecque anéantit le complot en abattant ceux qui l'avaient tramé (1382). A la nouvelle de cette grande défaite, tout ce qui avait remué rentre dans l'ordre et se fait petit pour échapper aux vengeances de la cour ; l'armée qui revenait de Rosebecque paraît devant les portes de Rouen, l'assiège dans les formes et entre par la brèche; après avoir mis à mort son éphémère souverain et rançonné ses bourgeois, elle passe outre et s'avance sur Paris. Paris tremblait en la voyant venir, et cependant il n'osait se révolter ; vingt mille hommes bien armés et en bon ordre de bataille sortent de ses murs à l'approche du roi et des régents, et vont s'étaler à leurs regards pour leur apprendre que Paris, quoique soumis, n'était pas à mépriser. Les régents dédaignent cette vaine démonstration, et voyant que ces gens, sous leurs cuirasses luisantes et leurs salades ' bien polies, avaient peur, ils entrèrent dans la ville la lance en arrêt et commandèrent les supplices. Ils eussent duré longtemps si le duc d'Anjou, pressé de partir pour son royaume de Naples, n'eût voulu exploiter la terreur des bourgeois : il les met à rançon, et après en avoir tiré des sommes énor .nés, il se sauve en Italie, emportant l'argent du royaume et les malédictions des peuples.

* Cest le nom que Ton donnait alors à one sorte de casques sans visière , qui étaient affectés aux fantassins et aux milices bourgeoises.

S50 HI8T0TBB DÉ FBANCE.

Penctent qtfïï aiteit consumer le fruit de tant de rapines dans une expédition nrineuse, où il ne recueillit que des rerers et des affronts, son frère, le duc de Bourgogne, faisait en Flandre tme guerre moins éclatante et pfus lucrative. En 13^4, Tannée où Louis d*Anjou expirait à Bari dans le désespoir et la misère, Philippe héritait de son beau-père le duc de Flandre. « Beau cousin , avait (fît « Philippe de Yatois, après la bataille de Gassel, au duc « qu*fl était venu réintégrer, feileff en sorte que je ne re- « vienne plus ici, car cette fois je combattrai pdur moi. » Les ond^ de Charles VI prirent apparemment pour cto ce mot de ïenr grand-père, car, depuis la victoire de Rosébecque, ife ne cessèrent de feire sentir au duc Louis qu'il dépendait d'eux, et, pour abréger le démêlé, fe duc dfe Berri finit par lui donner un coup de poignard dans une dispute (1584). Ge coup de poignard valut à son flrère TArtois, la Flandre, les comtés de Rétheletde Nevers, etpït^ sieurs autres seigneuries qui, après quelques mois de guerre, passèrent sur la tète de sa femme, Marguerite de Flandre (1385), et qui, réunies à son duché de Bourgogne, firent de lui presque un second roi de France.

G*est à psurtir de ce moment que la seconde maison Se Bourgogne joue un si grand rôlfe dans notre histoire, et qu'elle paraît à la tête de la féodalité pour y rester jusqu'à îa fin. Son règne est Tépoque d'une nouvelle féodalité, que l'on n'a pas asses distinguée de la première, de la vraie féodalité, decelle qui nomma roi Hugues Gapet, et qui voulut détrôner saint Louis. Celle-ci n'est plus cette rude et sauvage institution, indépendante de la royauté, étrangère à sa vie, à ses lois : elle relève toute d^elle ; ses chefe sont lés oncles du roi, pUis tard, ses fils * o\x sed finères*? ses

1 EdoIrXT, eHefdëÙpra^êrfe:

Le duc de Berri, frère de Louis XI, point de ratfî'ement de U

GUKRBES p'iJIGL£TKa]|l|S. 3^1

gjrands personnages, des bomipes de la cour royale ; c'esi tout du plus si quelque représentant de l'andeone féodalité, comme le duc de Bretagne ou le comte d'Armagnac, parvient à se faire jour à travers cette fouie d'amis de la maison, et encore ce dernier estr-il obligé de s'allier à la famille royale pour arriver sur le premier plan. Aussi le nombre des puissances se trouva-t-il fort restreint : en place de cette armée de souverains que présentait chaque province, nous avons cinq à six noms qui à eux seuls, résument toute la force ennemie ou indépendante de la royauté. Et cependant pour avoir subi qetle dégénération, la féodalité n'en conservait pas moins une attitude formidable, et pour son dernier fait d'armes, nous allons la voir disposer deux fois du royaume que le duc de Bourgogne donne aux Anglais par le traité de Troyes, et qu'il rend au roi dans les conférences d' Arras.

L'enfant qui avait été confié aux frèresf de Gl^arles V grandissait cependant, et s'apercevant de la dépendance oix le retenaient ses oncles, il commençait à murmurer. D^i^ leur régence était exfârée; Charles V, comme s'il eût prévu les troubles que devait entraîner la minorité de son fils, avait, par un édit rendu en 1574, fixé la majorité des rois à 14 ans, et Charles Yl atteignait sa quinzième année. Pour le distraire d'un réveil qui venait trop tôt pour eux, ses oncles le marient d'abord à la belle Isabeau de Bavière, qu'il aima dès la première entrevue, et qu'il fallut lui donner sur-le-champ (4585); puis ils l'occupent d'un plan de descente en Angleterre, dont les préparatifs se. firent au port de l'Écluse avec un luxe et une dépense incroyables (1586), et qui manqua par les retards peut-être concertés du duc de Berri : tout cela ne pouvait que différer leur

Hgx»e du bien pubUo et de toutes les lignes suivantes, jusqu'à celle <)tti fut déçoi^certée par si mort.

chute, et en 1588 il fallut enfin tomber. Sur un ordre du roi, les ducs de Berri et de Bourgogne sont renvoyés dans leurs provinces, et tous les ministres du dernier roi, Bureau de la Rivière, Jean Le Mercier, le sire de Noviant, cette troupe de légistes et de financiers, au sein de laquelle il se plaisait à vivre, rentrent en triomphe à la cour. Ils y rapportaient bien des haines et des colères: ils avaient été chassés avec mépris, maltraités, dépouillés de leurs biens; quelques-uns de leurs amis, tels que Tavocat Jean Desmarets, avaient été mis à mort pour avoir élevé la voix contre les usurpations de la régence, et leur sang demandait vengeance. Charles ne tint pas longtemps contre ces animosités que lui-même partageait. N*osant s'attaquer encore au duc de Bourgogne, dont la puissance lui imposait, il s'en va dans le midi écouter les plaintes que Ton peut élever contre son oncle de Berri ; il casse tout ce qu'il a fait, envoie au bûcher son intendant et son favori, le sire de Bétisac, et le dépouille lui-même de son gouvernement (1389).

C'était entamer hardiment l'œuvre de son émancipation, et tout semblait annoncer un roi qui saurait tenir tête aux ennemis de son autorité ; l'occasion se présenta bientôt de prouver à tous que son règne était commencé. Son connétable, Olivier de Clisson, revenant un soir, sans escorte, de l'hôtel Saint-Paul, fut accosté par une troupe de gens armés qui le renversèrent à coup de haches et de couteaux. Heureusement il tomba devant la maison d'un pauvre artisan dont la porte se trouva ouverte, et s'y étant traîné sur les genoux, ses assassins, qui n'osèrent l'y aller chercher, le laissèrent et s'enfuirent, car déjà l'alarme se mettait dans la rue. On sut le lendemain que le seigneur de Craon était parti à toute bride pour la Bretagne , et des informations qui furent faites dans son hôtel le convainquirent de ce crime. Aussitôt le duc Jean est sommé de livrer le fugitif,

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mais Jean, qui Tavait envoyé lui-même à Paris pour commettre le crime, n'eut garde de le faire, et Charles jura de Taller chercher en personne (1392).

En vain les ducs de Bourgogne et deBerri, qui s'intéressaient peu aux injures d'un homme de l'autre règne, demandent grâce pour Jean, utile allié qu'il leur importait de soustraire à l'orage : leurs représentations, leurs prières, rien ne put fléchir le jeune homme irrité ; il partit, et ses oncles avec lui. Alors ils s'avisèrent d'un expédient dont ils ne calculaient pas la portée. Déjà, l'on touchait au terme du voyage; au sortir du Mans, Charles cheminait dans la campagne, la tète découverte et exposée aux rayons d'un soleil ardent, car le poids de son casque l'incommodait : tout à coup, une figure humaine, à peine vêtue d'une méchante casaque de toile, s'élance d'un bois, et, mettant la main sur la bride de son cheval : •< Noble roi, ne passe pas outre, lui dit-elle, tu es trahi ; » et la vision disparaît. Charles, effrayé, laissa retomber ses mains sur la selle, et continua démarcher ainsi quelque temps, paraissant plongé dans une rêverie profonde, quand le page, qui portait son casque devant lui, l'ayant laissé heurter contre le fer d'une lance, il se redresse furieux, court sur lui l'épée haute en criant trahison, le tue et se précipite sur les gens de sa suite, toujours courant et frappant jusqu'à ce qu'il fût tombé dans les bras de ses gardes : il était fou. Ses oncles, qui n'attendaient pas sans doute autant de leur apparition, se résignèrent de bonne grâce à leur fortune : « Le voyage est rompu, s'écrièrent-ils, » et faisant volte-face, il ramenèrent leur neveu à Paris (1393).

Ce fut alors leur tour de se venger : en un clin d'oeil, les légistes de Charles V ont disparu de la cour. Olivier de Clisson, qui ose encore se montrer à l'hôtel Saint-Paul, y trouve une réception plus que grossière. Il était borgne ; l'un des deux régentç le ipenace de lui faire crever l'autre

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