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œil s'il reparait devant lui, et il s'enfuit dcgas aes cbftteauK de Bretagne, où cette guerre de guet-apeus et de trahison dont il avait failli être la victime, çontipue entre lui et 1q duc.
Pendant ce temps, les régents ordonnaient des prières pour le roi, faisaient venir à grands frais des médecins pour le traiter, et semblaient ne s'occuper que de lui. Comme les remèdes des savants n'y faisaient rien, on ral)andonna à ceux des charlatans : deux moines se présentèrent, employèrent des maléfices, aigrirent son mal par la terreur et les mauvais traitements, et finirent par être brûlés comme sorciers. Cependant, la raison revenait au roi par interyalles, il semblait sortir d'un profond sommeil, redemandait ses ministres et cassait souvent les ordonnances de ses oncles. C'étaient alors des réjouissances dans le peuple, des feux de joie par la ville ; mais cet éclair de raison s'éclip* sait bientôt, et le gouvernement toujours menacé des régents, reprenait toujours le dessus. Au milieu de ces oscillar tions de pouvoir, et tout en exploitant la maladie du roi au profit de leur ambition, ils ne négligeaient pas néanmoins les intérêts ni la gloire de la France : la trêve de l'Angleterre, renouvelée plusieurs fois depuis le commencement de ce règne, fut convertie en une paix définitive (1394).
Richard, pour cimenter la paix, avait demandé la main d'une sœur du roi de France : on lui fit payer cher cette allieince. Outre la cession solennelle de ses droits à la couronne de France, il céda Brest et Cherbourg, les seules villes qui fussent restées à l'Angleterre de ses conquêtes en Bretagne et en Normandie. En même temps on envoyait en Hongrie une croisade de chevaliers, commandée par le fils dWi duc de Bourgogne, Jean, surnommé sans peur, et destinée à mettre un terme aux progrès déjà menaçants de la puissance ottomane. Cette valeureuse jeunesse, qui composait la oour de France, car déjà la noblesse s'accoutumait à se ras*
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GUERRES D'âNGLETEBBE* S55
sembler autour de la personne royale, s'indignait, ou plutôt s'ennuyait d'un si long repos, et elle se jeta avec transport dans une entreprise qui venait faire diversion à la vie casanière qu'elle menait auprès d'un roi fou. Peu en revinrent: partis en riant et en devisant sur leurs dames, ils étourdirent de leur jactance et de leurs insoucieux propos les guerriers hongrois, qui i^e trouvaient guère à plaisanter là, car il y allait de leur vie et de leur indépendance nationale, et les entrataèrent à leur suite au devant des Turcs, sur lesquels ils coururent, à Nicqpolis, comme des fqus. Bajazet les reçut hardiment; et le soir il tenait enchaînés dans sa tente ceux qui avaient survécu (bataille de Nicopolis, 1396). On dit que le vainqueur, passant en revue ses prisonniers, s'arrêta devant le fils du duc de Bourgogne, le regarda fixepaent, et se tourna vers ses capitaines , en disant, ; << Çn voici un qu'il faut renvoyer aux siens, a car, s'il revient dans sa patrie, il y excitera de gwids a troubles, m
La prédiction du barbare ne s'accomplit que trop bien. Jea^ u'était pas encore de retour en France, que déjà les troubles auxquels il devait prendre une part si active, avaient compiencé. Charles VI avait un frère, dont le nom n'avait pas été prononcé depuis le commencement de ce règne ; c'était Louis d'Orléans, jeune homme insoucieux et léger, qui, ne, connaissant guère de la royauté que ses revenus et ses fêtes, trouva mauvais à la fin que ses oncles prissent tout pour eux et voulut les forcer de partager avec lui. Il s'unit à la reine Isabelle, que les mêmes intérêts portaient à faire cause commune avec lui, et qui lui était même attachée, disait-on, par d'autres liens que ceux de la p(ditique ; et tous deux arrachèrent au roi un édit qui leur ouvrait le conseil de régence. Une fois introduit dans le conseil, Louis songea à en chasser ses rivaux, et déjà la lutte était devenue grave, d^à ses d^ux oncles f^v^iei^t été çxpul-
ses de la cour, quand Philippe mourut et laissa son duché avec sa querelle au chevalier de Nicopolis (1404).
La puissance de la maison de Bourgogne était assez grande pour que Jean sans Peur pût entreprendre hardiment d'attaquer hardiment Louis d'Orléans seul à seul, et sans aller mendier des auxiliaires ; mais peut-être ne se crut-il pas assez fort contre ce nom de roi, à l'ombre duquel se retranchait son ennemi, et, jetant les yeux en bas, il arrêta ses regards sur cette classe bourgeoise à laquelle personne n'avait encore pensé depuis Charles de Navarre, et résolut d'opposer la popularité au prestige de l'autorité royale. Il y a toute une révolution dans ce mot de popularité ; ce n'est plus assez de reconnaître et de respecter le peuple ; on le flatte. Pendant que, fier de sa victoire, le frère du roi en profite pour écraser le royaume de nouveaux impôts et en dissipe insolemment le produit dans des fêtes brillantes dont il fait les honneurs avec Isabelle, Jean est dans les halles, entouré de gens de métiers et de femmes du peuple, applaudissant à leurs grossières invectives contre la cour, prenant part lui-même à leurs murmures et leur racontant comment Louis a fait enlever en une nuit le trésor de l'état par ses archers. Au sortir de là il se rend à la chambre du conseil où, s'adressant au régent, il déclare à haute voix, en sorte que les huissiers l'entendent, qu'il ne donne son assentiment à rien de ce qui s^fait, et il se retire d'un air indigné. Ce manège lui gagna toute la populace de Paris, et elle devint bientôt si menaçante que Louis, ne se trouvant plus en sûreté dans la ville, prit la fuite avec Isabelle, et se retira dans son duché (1406).
Il en revint au bout de quelques mois à la tête d'une armée, et la bataille semblait inévitable, quand le duc de Bourgogne, qui ne voulait pas encourir les chances, sortit de Paris, et vint le trouver en ami. La réconciliation fut complète; les portes de la ville s'ouvrirent aux troupes orléa-
naises ; les deux ducs s'embrassèrent à la vue du peuple et des soldats; ils mangèrent à la même table, couchèrent dans le même lit ; et les chevaliers de Louis, qui n'avaient plus rien à faire , reprirent par bandes le chemin de leur pays. Son armée s'étant ainsi dissipée d'elle-même, il tomba, un soir qu'il passait dans la rue Barbette, au milieu d'une troupe de gens armés et fut égorgé (1407).
Jean se nomma tout haut, et, sans s'inquiéter de l'indignation de la cour et des pleurs de Valentine, il courut en Flandre, où les Liégeois venaient de se révolter. Vainqueur des Liégeois à Hasbain (1408), il retourne triomphant à Paris, d'où la cour s'enfuit à son approche, et, comme pour insulter à ses ennemis, commande une apologie de son meurtre au docteur Petit, qui la débite au peuple sur le parvis Notre-Dame, et se retire couvert d'applaudissements. Mais cette défense n'était qu'un jeu; la véritable défense devait se faire les armes à la main. Après avoir tenté d'obtenir justice par-devant le parlement, la famille du duc d'Orléans avait compris qu'il fallait se la faire à elle-même, et elle s'était mise à rassembler ses partisans. Il lui manquait un chef. Elle s'allie par un mariage à Bernard d'Armagnac, hardi guerrier, qui disposait à lui seul de la moitié du Midi, et met ses partisans en campagne sous le nom d'Armagruics (1410). Bernard marche sur Paris, d'où semblaient dès lors dépendre les destinées du royaume, et ravage impitoyablement ses campagnes jusqu'à ce que Jean arrive enfin de ses états de Flandre. Alors il retourne en arrière et dirige sa marche vers la Loire, où le Bourguignon s'apprêtait à le suivre. C'était à Paris que Jean sans Peur avait donné rendez-vous à tous ses hommes d'armes, et déjà les préparatifs étaient terminés et l'on n'attendait plus que le signal du départ, quand le duc s'en alla à l'hôtel Saint-Paul, y prit un pauvre fou qui vivait là avec quelques vieux serviteurs, le fit monter sur un cheval,
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lui passa tipe écharpe rouge lui COU, et partit i^in de coi^fiance, le traînant après lui et le montrant au peuple sur son pasïsage en répétant que le roi était avec lui. Jamais peut- être ^ depuis que Philippe Auguste et saint Louis ravalent mise sur la voie, la royauté n'avait Tremporté ua pareil triomphe!
Mais, comme Ton était en présence des Armagnacs, et au moment de livrer bataille, il arriva une qhose à laquelle ne s'attendaient guère ceux qui avaient emmené Charles Vl dans leurs bagages, et comme puissante machine de guerre. Le roi se réveille tout à coup, et, se trouvant au milieu d'un camp, entouré de gens qui vont se battre, contre ses sujets, il demande avec colère ce que signifia cet appareil. En un instant, les deux partis sont à ses pieds; Charles leur dicte un traité d'a^ccommodement (1412), et ramène à Paris les Bourguignons. Maisœ n'était qu'un accès de raison ; bientôt Charles retombe ; Jean lo ^t rentrer dans l'hôtel Saint-Paul, et retourne à la charge* Cet homme exerçait une rude tyrannie dans Paris. Dèfif le commencement de la guerre, il avait organisé une milice civile, recrutée surtout dans la corporation des bouchers, et dont le commandement avait été confié aux frères Caboche, puissants personnages qui tenaient en leur nom I4 moitié des abattoirs de Paris. Toujours prôts à descendre sur la place publique, les Cabochiens étaient la terreur des mécontents, avec leurs féroces garçons et leurs gros chiens qu'ils traînaient partout à leurs côtés, et, par eux, Jean soulevait à son gré le petit peuple de la ville. Il l'ameuta bientôt contre le dauphin, prince voluptueux et léger, qui voulait se monter au rôle qu'avait joué Charles V après Poitiers. La Bastille, attaquée à Timproviste par une foule en désordre, mais bien armée, lui ouvre ses portes, et des Essarts, qui en était gouverneur, est traîné sur la claie dans les rues, puis massacré (1 41 3] . Le palais du dauphin est en-
VaW à sdn' four, comme il l'avait été du temps de Charles V; tnais le jemie prince ne sut pas garder cette noble contenance <ïûe !6 fils de Jean avait opposée atrx factieux : il tire sa dague contre ïa foule, et on Faiiraîf égorgé si le duc n*eût eu peut. Léfe haute bourgeoisîe et une partie des corporations se lasîfeèrerit à la fin des fareurs de cette popuïace ; les charpenfiers déclarent la guerre aux bouchers dans fe grand* saBe d0 rhôtel-de-ville ; quarante mille hommes se mettent âous les atmes, et les Bourguignons sont chasâés de j^aris (1413).
€e ne fût pas atr profit de la royauté et Sti cbupfefl qtre .àe lît cette révolution. Les Armagnacs succèdent aux iBourguignons, et Charles VI, aucfuel on' a fait signer un édit ^ proscrit Fusage des noms et des couleurs dès deta parfis, paraît bientôt à la suite de Bernaïd d'Armagnac, alfiablé de f écfiarpe* blanche, et, suivailt les Armagnacs, wtiiTe lés Bourguiignons (14i4). Cette fbiis, la raison ne vint pas à son secours, et la paix te se fit que parce que Jean, réduit aux abois, la mendia, et l'obtint, (Traité d'Artas, IS-mars.y
Pendant ce temps, le nouveau roi d* Angleterre, Henri^ V, avait envoyé des ambassadeurs à Paris pour réchauffer la vieille querelle d'Edouard Ilf, et remettre au jour les prétentions déjà surannées des monarques anglais sur la couronne de France. Le jour même de la signature du traité d' ATras, ils formulèrent nettement leurs demandes. « Rien ne ressemblait plus à une provocation. Ce qu'ils voulaient, c'était tout simplement l'exécution pure et nette du traité éh Brétigny avec les 1,600,000 écus promis autrefois pour fe rançon du roi Jean; puis la prétendue restitution d'une partie dé la Provence et de la Champagne, en vertu de èertains droits exhumés du temps de saint Louis. Henri V exigeait enfiû qu'en' lui donnant la main de Catherine, ïa 8He de Charles Vï, on fixât la dot & un million d'écus, en
outre des meubles et des joyaux. Une chose sauvait du ridicule Texagération bizarre de ces propositions : c'était la menace de guerre qui les appuyait. Les gens du conseil essayèrent en vain d'apaiser cette altière ambition ; Henri demeura inflexible, quoi qu'on pût lui ofiBrir, et les négociations s'étant terminées par des lettres injurieuses de part et d'autre, il débarqua près d'Harfleur, le 14 août. De longtemps on n'avait vu venir d'Angleterre une aussi formidable armée. Henri avait avec lui six mille hommes d'armes et vingt-quatre mille archers, sans parler d'une foule de Gallois et d'Irlandais, chétifs soldats à moitié nus, armés de coutelas et de méchants boucliers d'osier et de cuir bouilli, qui montaient de petits chevaux sans selle et sans harnais, mais coureurs intrépides et féroces, ardents au pillage et au massacre. Harfleur tint un grand mois, et finit par être ruiné de fond en comble. Après avoir gaspillé son temps et ses forces à l'attaque de petites villes normandes, Henri remontait déjà du côté de Calais, quand l'armée française arriva. On y comptait plus de quatorze mille hommes d'armes, et la confiance était si grande que les princes n'avaient pas voulu des troupes du duc de Bourgogne. Six mille hommes offerts par la ville de Paris avaient été également refusés. Le parti d'Orléans se réservait la victoire à lui seul.
La poursuite avait commencé, et les Anglais, réduits à deux mille hommes d'armes et dix mille archers , reculaient péniblement vers Calais. Le 24 octobre, au moment où ils venaient de passer la petite rivière de Ternois à Blangi , ils aperçurent les Français rangés devant eux en ordre de bataille dans la plaine, entre Rousseauville et Azincourt. Il n'était pas possible d'aller fplus loin. Henri vint camper à Maisoncelle, dans un espace resserré entre deux bois, et se prépara pendant toute la nuit au combat. Il disposa sur son front de bataille les dix mille archers qui lui
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restaient, les hommes d'armes en arrière et sur les flancs. Au devant des archers se dressait une épaisse palissade de pieux ferrés des deux bouts , la pointe tournée du côté de Tennemi. Les bagages étaient au loin, gardés par dix lances et vingt archers. LeslFrançais n'avaient guère que de la cavalerie, et la pluie, qui tombait depuis la veille au soir, avait tellement détrempé le sol fraîchement labouré, que les chevaux enfonçaient dans la fange, et pouvaient à peine se mettre au galop. L'avant-garde, où se pressait toute la noblesse, s'avança vainement pour rompre la ligne des archers ; elle vint se briser contre leur rempart de pieux au travers duquel les lances, raccourcies de moitié le matin , ne pouvaient atteindre l'ennemi. Quatre chevaliers parvinrent seuls à franchir la palissade, et furent abattus à l'instant même. Les premiers rangs, forcés de reculer, portèrent alors le désordre dans les restes de l'armée, pendant que les flèches anglaises criblaient cette foule sans défense, repliée sur elle-même et embarrassée dans la boue. A ce moment critique , les archers jetèrent tout à coup leurs arcs, saisirent les haches, les lourdes épées et les maillets qu'ils portaient à la ceinture, et se précipitèrent audevant de leurs pieux en poussant de grands cris. Là commença une hoirible mêlée. L'agile troupe des archers eut bientôt fait de larges trouées dans cette masse inerte, et leur roi étant survenu avec ses hommes d'armes, tous les efforts du corps de bataille qui s'avança pour soutenir l'avantgarde ne purent ramener la fortune du côté des Français. Dix-huit chevaliers désire de Croy avaient fait le serment de pousser au roi d'Angleterre. Le duc d'Alençon se mit à leur tête, et parvint en efifet jusqu'à Henri V. D'un coup de sa hache d'arme , il fendit la couronne qui surmontait le casque du roi ; mais au môme instant il fut enveloppé de tqus côtés. En vain levait-il la main, en disant : « Je « suis le duc d'Alençon ; » il tomba percé de mille coups
à ]^ ft)is. I4 victoire éU^it décidée , et les 4^8^^^ ^^ ^ngaient pl^s flH'li chqisir jpur§ I^1sp^^ie^^ p^rmi t^nt ^e priaces ^\ d^ ric}ies seigneurs , quand \iï\ gr§nd tui^ylte s'éiey^ dans rp^drpit ^il é^ieqt les Ijag^^g^ (le l>rflaép anglaise. Qn disaij qu^ le di^c fip Bret^^ne wyajt ayeç six mille hoDame^, ^t ^éjà f'arrière-g^Fde dps Fr^pçfiis relevait ses bannièpps. jC^i^'èt^i^ qu'uqe Ê^Vfsse alerte. \ln spigQ.eur du p^ys^, voyant J^s b§gage^ epneaii§ laissas copine à V^^yentur^, SQu^ la gg-rde (i'un^ RQigaép d'hqmm^ , f^¥4jt ya§seml]ll^ gjx Gqpts P^y^R§, ef éf^it yeni^ fcmdfe suy |ps frepte t^pipmp^ post^ Jà. HeQri en fut qujjte pomr la perte dp §ps Piprrpri^, di? sa co^^ypnne, rt des scpau^ de sa cli^pcelippe; pft^^s, (}ai|^ le premier n^oment dp surprise, Gf^^igp^^^ de voir recopqmpncpr Ip poiml)fit, il Rivait fai J masisacrer Ips pfisonniprs. Ayep cp qui efl resta, et ceu^ç: qui fiirprit faits pns.uite , il en e^m^pna quatOTzp mille , sans cpiupter diï PiiUP bPWiWPS qui restèrent sur le champ dp b^t^lUe, m^m lesquels il y ayf^it huit mille gentilslioroiues, Chai'les d'Prt^^ns et Ip ppmte de BicUeqiond , si jameq^ depui^, fupeut fi^mçtssés , couverts de blessures, du milieu de^ cadavres, et emmenés en Angletprre, où le vainqueur sp reudU ^ussilôt lui-même pour se faire une nouvelle ar- Bfiée. ^ ffliitoirs de France -J
h^ France ne profita pas d'une retraite qui venait si & propos pour elle, car les discordes intestines ne lui per- Tf^iveni pas dp respirer et de s'apprêter pour le combat qui devait bieptôt recommencer. Pour Jean sans Peur, c'ét^ent plutâit les Armagnacs que lei Français qui avaient été vaincus À A^incourt, et profitant de cette bonne fortune, ^ peine la bataille yenaitrelle de se donner qu'il se mit en marche pour Paris. Il y trouva Bernard , qui , laissé dans cptte ville par ses amis quand ils étaient partis pour aller au-devant des Anglais, s'était mis promptement en état de défense^ et le reçut si vigoureusement que Jean désespéra
du feiibcêfe, et porta la guerre ailleurs, trié nontéllé descente des Anglais, qui eût iieu dëux àris ât)rès(l4l7); tië pût rinlëi*rc)rtii[ire * fet t)eridàht que Henri V dévastait la Normandie et éntt^it dans koûëii par la bt-èëhé, lé duc de Bourgbgrié iûeitait ses bhévaliërS aux prifees avec fceûx de Bernard et se rendait maître de taris, iJai* là tttihisori d'un bourgiebte (1418). Il ^ eut plus de cruautés exercées à la pHse de tatls qu'à celle dé Bouèri ; lés égorgéui^, mis fen avaiit iiar lés Bourguignons, àUètént si loin, qu'ils tirent peur à beuî qui les employaient, fet qu'il fôllût les exterminer. Le parti des Atitiaghacs s'était rallié autour de la persbntie du jeutië dàdtihih Charlefe, enlevé aux bourguignons lors de la prise de Paris par Tannegûy du éhâtél. Jëah, voyant lés Ariglais s'avancer dâiis le fcîdeûlr du i-oyaûtne, liatut s'apercevoir à la flii de leur j[JréSènce, et sotigëa â se rapprocher dû daûphiil : mais les hàineS étaient Irdp éiiveriimées pbûr qu'Un accotiimodetaetit pût aVoir lieu, iean, itivité par lé dauphin à une tîohférëncé Sur lé pbnt de Mdntereaû, se fut â peiné séparé dé soh escorte i\ïe les barrières du pont se refermèrent derrière lui. Oh le vit pâlir ; mais reprenant isbn courage, il alla à Tannegûy, qui se pt'ésetitait pour le recevoir^ et lui friippaht sur l'épaule : <k Voici, dit-il, en qui jéine fié, ^ Enceihbménttahnégûy, lui fendit lé visage d'un coup de haché, él ses atnis l'achevèrent (i 41 9).
Cet assassinât prébipitâ'la càtasttxiphé. hbi^ de lui, le fils dû duc Jeah, Philippe le Bon, se jette entre les bras des Ahglais, et après avblr signé avec iténri V, le fameux traité de Trbyes (1^50), jpat* lequel il le tecbnnâissait roi dé France, il lui ouvré les portes de Paris. Lé parléihent gagné rend un àtrêt ifjui cOnfirtne les clauses du traité de Troyés, éi Charles tt, dont on conduit la tttain , ëigrie l'àbte jpar léc^iiél sa courbrihé est transportée sur la tête dé Hehrl V. t)é la Toupille où il s'était réfugié, le dauphin Ghirlés, ^ûé Hmt
Z6k HISTOIRE DE FRANGE.
du parlement désignait sous le titre de Charles se disant dauphin^ en appelle à Dieu et à son épée, et, tout faible qu'il est, entame une lutte inégale avec cette redoutable coalition des Bourguignons et des Anglais, qui isolés eussent suffi pour récraser. Le succès couronna d'abord cette audace, mais Charles n'eut pas à se glorifier longtemps de la victoire de Baugé(1421). Henri V meurt àVincennes, et le vieux roi, Charles VI, le suit de près (1422); et tandis que le duc de Bedfort fait reconnaître en grande pompe dans l'abbaye de Saint-Denis le fils.du monarque anglais, quelques serviteurs fidèles saluent de leurs acclamations solitaires dans la petite cour du château d'Espally, le roi légitime et méconnu.
Cependant quelque espoir semblait se faire jour pour lui à travers cet abandon universel. Le frère du duc de Bretagne , Richemond, se déclarait pour le roi français, et détachait son frère du parti des étrangers; la noblesse de Picardie se soulevait en sa faveur et faisait une utile diversion en appelant de ce côté l'attention de Philippe le Bon; enfin le midi presque entier soutenait hautement l'ami des Armagnacs, et lui faisait de brillantes protestations, tandis que rÉcosse envoyait ses guerriers aux éternels rivaux de l'Angleterre, et que les Visconti de Milan promettaient des secours au vengeur de Valentine. Mais toutes ces espérances s'évanouirent une à une. Les Anglais tirent vengeance de la bataille de Baugé, à Crevant (1 423), puis àVerneuil(l 424), où les troupes écossaises sont détruites, et l'Ecosse détachée par Bedford de son alliance avec la France, cesse de secourir l'infortuné roi. Richemond dépense son énergie à des intrigues de cour, et se fait détester de Charles VII par ses hauteurs et ses violences ; il se brouille avec lui, et le duc de Bretagne retourne à l'Angleterre. Les chevaliers picards sont battus par les Bourguignons. Les hommes du midi abandonnent à sa mauvaise fortune le prince dont ils s'é-
laient si fastueusement prononcés les défenseurs, et les renforts italiens n'arrivent pas. Enfin Tarmée anglaise, balayant tout devant elle, soumet tout ce qui reste au roi de France sur la rive droite de la Loire, et vient mettre le siège devant Orléans, la dernière ville française de ce côté (1428). Pendant ce temps, le roi de Bourges, comme l'appelaient insolemment les Anglais, semblait s'inquiéter peu des combats qui se livraient pour lui. Il parlait de se retirer en Espagne , quand la conquête anglaise devenait trop menaçante, et en attendant se livrait aux plaisirs dans sa petite et délicieuse résidence de Chinon. Le danger d'Orléans sembla le réveiller un moment, il rassemble une armée et l'envoie au secours de la place : elle se fait battre par quinze cents Anglais à la journée des Harengs (1429)*, et les assiégeants , pour empêcher qu'on n'arrache cette proie de leurs mains, entourent Orléans d'une ceinture de bastilles du haut desquelles ils en interdisent l'approche aux troupes de Charles VIL Tout semblait perdu : une nouvelle armée rassemblée à grands frais n'avait fait que battre la cam-
A « Au mois de février, 4,000 hommes d'armes d'Ecosse, de Gascogne el d'Auvergne, sous la conduite de Jean Sluart et du comte de Glermont, se mirent en marche pour Orléans, juste à l'époque où sir Jean Falsiof amenait aux Anglais un immense convoi de vivres et de munitions dont Paris avait fait les frais. Stuart et Glermont se concertaient avec la garnison d'Orléans pour Tenlever au passage ; mais Dunois s'étant trop hâté de partir se trouva le premier en face de Falstof, au village de Rouvray, et« pendant qu'il attendait l'armée du comte de Glermont, le capitaine anglais eut le temps de ranger ses gens eti bataille derrière ses chariots et les pieux de ses archers. Les Ecossais, qui marchaient à l'avant-garde, parurent enfin et. forcèrent Dunois h commencer sur le champ Tattaque. Elle se fit à la manière anglaise, les hommes d'armes k pied, et les chevaliers de Dunois, peu faits à ce genre de combats, ne purent rompre la palissade des archers , qui , du haut de leurs chariots, les criblaient à l'aise (J'uqe gréjç dç flèches. Les Écossais n'étaient pas
pàgne à Tentoui* de la place ; déjà la garnison réduite à la dernière extrémité, parlait de se rendre, et Charles songeait à ses t)réparatifs de départ.
Alors arriva la iiierveille de cette guerre. Uiie jeune fille se pl-éseiite tout à coup à Charles Vlî, liii disant d'avoir bon cbùragè, et lui ànriohçant qu'elle avait mission de bien poijr délivrer Orléans et pour le sacrer lui-tnôme à Reims (1429). Elle tenait dé Vaiiicouleurs, petit village de Lorraine, bù, tandis tîh'élle t)aissait ses moutons, Songeant àtix niàlhëdrs de la France, et priant Ûiëu d'avoir pitié dti rbyaUmé, une voix intérieure lui avait dit que c'était elle qui dëlrait le relever et llii avait ordonné d'aller ttoùver le rbi. La pieuse fille ne lutta t)bint cbntre là voii et partit pour Chinoti, malgré les railleries et les injures de ceux dé VaucOdleurs et des feëng même qui la rencontraient sur sa rbute. Arrivée à Chinon, ce fut encore pis. La cour lé-^ géré et libéiiine de Charles Vtl àcciieillit sa mission àVec deà inoqliènes et dés paroles liceticieUses qui ihièaient liiontei* lé rduge aU front virghial de la PUcelle. Ôii cbniiîiériiça par lui cacher le roi, qu'elle découvrit au milieu, de ses
plus heureux. Une troupe de Gascons, qui étaient restés à cheral , se précipita en vain sur un point de la ligne ennemie défendu par des arbalétriers parisiens. La confusion se mit alors dans les rangs des assaillants, et t'aislof ayant lancé ses archers en avant, comme  Azincourt, la déroule devint générale, bunois , blessé dans la mêlée, faillit tomber sous les coups des Anglais. Jean Stuart fut tué avec son frère Guillaume, et 600 hommes d*armes ; et le comte deCIermont, qui n'avait pas donné, ayant jugé inutile de se compromettre dans une affaire entamée sans lui, toute cette foule de gens de guerre, qui ne montait pas à moins de 8,000 hommes d'armes en commençant, alla s'abriter en désordre sous les remparts d'Orléans, poursuivie par les 1,500 hommes que Falstof avait avec lui. L'on nomma cette Journée la journée des harengs, parce que le convoi, parti aux approches du carême, se composait en grandç partie de poissons salés. » (Histoire de France.)
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couiiisàhé ; ëhsuitë on là Bt éxataitiér pai' des docteurs qui rëmbartttissêréht de leurs formules scokstltiueS saiis pouvoir la décbncerter ; on éleva enfin des soupçofas éui- sa vit^inité, et ôti la mit éhlre les fliàiris dé qtiëlquiBS dames dfe là cour. Pour elle, dbiicé et férttie au itiiliëli des épreuves, elle priait Diéti, t)leurait quand le chàgriii éiàllpluS fort qu'elle, et dettiandait toujours qu'on l'envoyât aux Anglais.
il fallut à la fin plier devant bette vôloîité de jeune fille. On cbtldtiit Ifeâhhé lat^ucellë dans l'église defiétbois,oti élie S'eiripai-à à'tiiié vieille épée doiit lui avait parlé sa voix^; ôti Itll fàtl Uh étendard stir le modèle qii'éllë-mêine éti a tracé ; et après l'àVoli-arniéë en bhévàlifer, on lui donne le cdrilhiâtidëtriérit dé doiizè mille bomiïies qui pàttënt à l'iiistant pdûlr 0rléànsUi2§). Cepéndailt Chartes Vil ne ctbyait lx)int ehfcore ; il avait dit tbùt haut à la Pucelle qu'elle cdmriiarideràit î'àrinée, mais c*était queltjdë chose dé trop étîtihge (Jii'urie petite bergère conduisant les armées d'un M , ipbur qîië là foi bhancelànte dU fconarque llii abandonnât sariS réserve là dernière Ressource de son parti : et La Hire avait reçu en secret, l'ordre de surveiller ses déinarches et de lili désobéir s'il lé tallait. Cette précaution ne servit dé riëii : Jeanne entraînait toiit, et La Hire, tout indévot qu'il fût, llii qui se pldisàitâ maugréeir (jurer) devant elle pour s'amuser de son indignation, se laissait aller coitime les autres. Elle entre daiis ÏJHéahs, force les Anglais à en levëi* le siège, et bonduit le roi à tiëiiiis, soumettant sur son passage Atixerre, troyës, Châloiis, Soifesbhë, etc.
Mais l'inspiration ne se prolonge pas, cbmmë bn renouvelle titi bail avantageux. Là t*ucelle, exploitée piàr lé (Jriricë qui lui devait sa couronne , ne se prêtait qu'à contre-cœur à cette profanation de l'esprit de Dieu, et dès lors elle ne fit
^ t'était iifaë thiditioii Uûs le thiyâ qtie cette épéè Tèbait de Charlemagne.
plus rien. Elle avait cessé de croire en elle ; sa mission avait passé, sa voix se taisait ; et d^ailleurs Tépée miraculeuse de Fierbois ne venait-elle pas de se briser en route, symbole du charme qui avait été rompu ^ ? Cependant, toute découragée qu'elle fut en arrivant aux portes de Paris, elle ne s*en conduisit pas avec moins de bravoure , mena les soldats à Tattaque du fossé, et y resta bien longtemps après que les chevaliers se furent retirés. Elle partit de là navrée de douleur ; car elle s'était aperçue que les seigneurs, jaloux de son influence, avaient résolu sa perte : renversée d'un coup de pierre dans le fossé pendant qu'elle escaladait la muraille, elle les avait vus rester immobiles, et ce jour-là elle aurait été prise par les Anglais, si les soldats, avertis à temps , ne fussent accourus pour la délivrer. En vain, pour l'apaiser, Charles VU anoblit sa famille, et changea son nom de Jeanne d'Arc en celui de Jeanne du Lys, faveur royale dont elle n'avait pas besoin, et dont la postérité n'a pas tenu compte ; la pauvre fille sentait que son heure approchait, et ni caresses ni flatteries ne pouvaient calmer son âme en peine ; enfin s'étant jetée dans Compiègne, qu'assiégeaient alors les Bourguignons et les Anglais, elle fut jetée à bas de son cheval, dans une sortie qu'elle tenta, et Guillaume Flavy, qui commandait la place, y rentra sans elle (1450).
Maîtres enfin de la sorcière qui avait ruiné leurs afiaires, et dont l'idée seule faisait fuir dans les bois leurs archers des communes, quand on venait les chercher pour les mener en France, les Anglais comptaient bien lui faire payer cher ses succès miraculeux, et du Te Deum qu'ils avaient
i Pendant la marche, elle rencontra sur le bord da chemin un groupe de soldats qui buvaient et juraient en compagnie de prostituées : Jeanne indignée se mit à les frapper du pla( dç son épée avec uue telle force, que l'épée en fut brisée.
GUERRES D'iNGLETERRE. S69
commandé aux clercs de Notre-Dame, ils passèrent bientôt à une vengeance moins innocente. Un tribunal de moines et de prêtres vendus à leur cause se forme à Rouen sous la présidence de Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, et la Pucelle retombe une seconde fois entre les mains de ces docteurs qui lui avaient inspiré tant d*effroi lors de son arrivée à Chinon. Mais il y avait quelque chose de plus qu'une dérision dans les paroles de ceux-ci : un des plus infâmes procès dont il soit parlé dans Thistoire vient fondre sur la malheureuse prisonnière ; on Taccuse de s'être vendue au diable , et de s'être prostituée aux seigneurs de la cour de France , elle si pieuse et si chaste, on l'accuse d'avoir porté des habits d'homme, d'avoir assisté au sacre du roi , son étendard à la main ; et , sur une longue suite de crîYnes semblables, on la condamne à la prison perpétuelle, au pain de douleur et à Veau d'angoisse. Bedfort trouva le jugement trop doux, et fit entendre au tribunal qu'il n'était pas content de lui : on l'eut bientôt satisfait. Jeanne avait été forcée de prendre un vêtement de femme ; un matin en se réveillant, elle ne le trouva plus sur son chevet, et remit ses anciens habits. Dans ce moment ses geôliers paraissent ; convaincue de désobéissance aux arrêts de l'Eglise, elle est ramenée devant ses juges, et condamnée, comme relapse, au supplice des sorcières , qui était celui du feu. La Pucelle entendit sans se plaindre cette infâme sentence , et toute tremblante qu'elle se sentît en voyant les soldats anglais se presser avec une joie féroce autour de son bûcher, pour y jeter chacun leur fagot, elle y monta avec courage, et fut étouffée par les flammes en prononçant les noms de Jésus et Marie (1431).
Pendant ce temps, celui que de roi de Bourges elle avait fait roi de France laissait Pierre Cauchon poureuivre son procès, et profitait, sans se soucier d'elle , de l'élan qu'elle avait imprimé aux esprits. De toutes parts les villes
S70 BlérOlRE DE ÈRANGE.
sfe rendaient S lui ; la petite noblesse s'insurgeait ëiir tous les pbihts ; le duc de bretagne avait abandofané le parti des Ailglais, et celiil de Bourgogne se tenait aveb eux sur le I^lëd d*uiiè faeutralltë inenaçahte : la cause nationale repreliait ôtivertemeilt lé dessus. Bedtort, pour rattacher à rArigletefrë ceux de ses partisans (jur commençaient à s'ébranler, fait Venir à Paris son pupille Heiiri VI, s'iinagiliant peut-être lès encourager beaucoup en leur montrant Tënfant auquel ils obéissaieiit. Le petit roi fit son entrée tHbmphale dans la ville, y fut couronné avec grande poinpe, baisa les relitiues de la Sainte- Chapelle, et donna un repas au peuple dans Paris, sur celte femeuse table de màrbl-e, témôiii de tant de somptueuses fêtes des Valois; pUiis il réipassâ le détroit, et ce ftit tout (1431). Charly Vli se niontrait aussi de son côté : ayant secblié désormais sa naolle et paresseuse vie de Chinon, il menait lui-même ses troupes à l'escaladé des villes et des châteaux , demeurait sous là tente, et pai^coùrait les provinces, adressant sur soii passage là parble au peuple, auquel il demandait s'il n'était pas las de combattre son roi sous la bannière de l'étranger. Ijne fois décidée, là révolution avança rapidement ; déjà des négociations avaièht été entamées avec le duc de Bourgôgrie, quand Bedfort, qui luttait encore contre la fortune dé l'Angleterre, vint à lui iùanqUer tout à coup (mort de BedfôH, 1433), et les conférences d'Afras, dont seul il entravait le succès , amenèrent ce fameux traité du même riom, airraché à Tainhition vaniteuse de Philippe lé Bon par les supplications du pape, du concile de 6âlé, des rois dé Pologne, de Navarre et de Sicile, des ducs de Bar, de Bretagne et de Milah, par le renvoi de tous les ministres qui avaient Joiié tin rôle dans l'affaire de Montereaii, et, ce qui était plus cohcluaht qiie tout le reste , par une foule de privilèges , et par la (cession du comté dé Mâcon et d'un vaste tbrriloirb à l'entour de la Somme. A te prix il aban-
GUE^RE^ D^^NfitEtERj^E. 371
donna le parti çles 4pglais, î^près s'être fait lppgteîpp§ prier, pt réuni^ ses troupes à celles de Cb^^rlesYII (1435).
Mais cettp soumission é^it trop précieuse pour gii'pn palpulàt ce qu'elle ppûtait. Les Anglais, qui p'avaien| été reç^s par le peuple que sur la parolp de^ Bourguignons, et parce que Philippp s'était ^eté dans Ipifrs bras, redpyinreqf cojqr plétemept étrangers, (}ès que son parti npfut plus poureu}^. et l'année quisuivi^|e traité d'Afra3, parisqiivritsespprtps au comte de Riphempnd (^436). p'^fait une singulière guerrp qqe celle qui ^e faisait alors. pUp n'avait point de théâtre, point de chef suprême^ c^r Charles Y(I n'en étafit un qup dans uï\ perple fort restreint, pt il ^ e^ f^v^it mille en dehors de Ipi : avfpun n'en dirigeait la marche ; chacqp la faisait chez soi, avec sps Jiommes e^ sps voisins, et splpn que la circonstance ou l'envie de jouer des maii^s le lançât en expédition. Pour l'historien qu^ suit ayec at^en^io;) le récit détaillé flesjipstilit^s de pes années-là, c'est la jpise en sçènp ÏBf plus pQçpplète^ cpn^pp aussi l£^ plus animée, dp pe que fut la féodaUté. Son ^ep^ier moment était pourtant venu ; cette activité extraordiqaire qu'pp |a yoit déployef à pette époque tenj^it à ^ps circpnstanpes qui devajpnt hient(2(t disparaître ; on pourrait comparer ce fait ^u j derniers effort^ d'un agonisant. Quan4 les Angla^ eurent succombé sous les innoipbrables poupsde cette guerrp multipje etlor cale, quand, rpfoulés' sur |es bor4s de la mer, i} np Ipur resta qqe la Guienne et la î^ormandie, et que Charles YU put respirpf enfin dp cp côté, il songea à d'autf e§ spins ; il jaissa dormir quelqpp tejflps les vaipcus pq|xç sp tpvirner vers de nouveî^ux enppmis.
Ceux dont i\ fallait sopger à se (l^faire d'abon) étaient ceschpfs de compe^^iips qui faisaient cbapun la gueyre pp leur noni, et se considéraient comipe autant de puissanpes, fiprès avoir vu depuis vingt îp^s l{i France pt l'AugletP^rp ^aiter ayec pux. H ï ayait une b^ipp prctfonde d^ le
372 HISrOIBE DE PBA^fCE.
peuple pour cette oppressive soldatesque, qui continuait de le traiter à sa merci dans les lieux mêmes où la guerre avait cessé, et Charles profita de cette animosité pour tenter une réforme dans les hommes d'armes de son parti» Cette réforme semblait toute de police au premier coup d*œil ; elle mettait des bornes au faste insolent que tous, jusqu'aux simples soldats, affichaient, fixait le nombredeleursécuyers et de leurs chevaux, et renvoyait du camp cette foule de ûlles de joie qu'ils traînaient partout après eux. Mais toucher aux habitudes des compagnies, c'était mettre la main sur leur indépendance et les ranger sous la juridiction royale, et leurs chefs ne s'y trompèrent pas. Après quelques jours d'une résistance qui s'efforçait en vain de rester légale, ils jetèrent enfin le masque, et se déclarèrent en rébellion ouverte, soutenus par les principaux seigneurs de la guerre d^Orléans et de Chinon, dont les intérêts se confondaient avec les leurs, et par le dauphin Louis, qui, dévoré déjà de toute l'ambition qu'il porta sur le trône, se sentait hâte de régner, et s'indignait du rôle subalterne que lui faisait jouer son père. Tous ensemble se mirent en campagne, et commencèrent la guerre quia reçu le nom de guerre de la Praguerie (1440).
Elle dura peu. Ce n'était pas au sortir de la domination anglaise, provoquée par les querelles des Armagnacs et des Bourguignons, que l'on pouvait songer sérieusement en France à la guerre civile ! D'ailleurs l'opinion publique se déclarait si hautement pour la cause royale, que les révoltés ne tinrent pas longtemps contre elle. Charles VU, qui s'était cru d'abord en danger, se rassura bientôt, quand, après quelques hostilités sans importance, quelques châtiments exemplaires, mais peu nombreux, il vit que tout était rentré dans l'ordre, et que les rebelles revenaient d'eux-mêmes à son parti (1441). Cependant, averti par cette protestation, il ajourne à d'autres temps l'exécution de ses
GtJEnRES D^ANGLETERRE^ 37S
desseins, et ramène ses compagnies contre les Anglais. Mais quand, par le mariage de Marguerite d'Anjou avec leur jeune roi Henri VI, il a conclu avec eux'une paix qui leur coûte le Maine et T Anjou (1444), quand son fils Louis a laissé dix mille de ses hommes d'armes sur le champ de bataille de Saint-Jacques, et que lui-même a été conquérir au prix de leur sang une gloire facile sur les gens de Metz, qui défendaient bravement leur indépendance contre les menaces du père de Marguerite, du fameux René d'Anjou, alors fier de leur affaiblissement et de ses succès, il casse toutes les compagnies, à la réserve de quinze qu'il prend à son service, sous le nom de Compagnies d* ordonnance. En même temps il se fait accorder par les états un subside annuel pour l'entretien de ces troupes, qu'il devait tenir continuellement sur pied ; puis il renvoie lin à un chez eux tous les soldats et les capitaines qu'il n'avait pas admis dans ses compagnies d'ordonnance, et les fait observer si bien sur la route qu'au bout de quinze jours on n'en entendit plus parler (1445)*.
I Au lieu de troupes vagabondes, dépendantes des ordres arbitraires des capitaines, qui les payaient souvent par le pillage, on établit des corps toujours subsistants où les soldats, habituellement sous le drapeau , s'accoutumeraient à la discipline et à la subordination. Pour cela, il fallait commencer par assurer leur solde. Le roi ne Toulut pas prendre lui seul une résolution sur cet objet; il consulta les princes du sang, le connétable, les maréchaux de France et les grands seigneurs qu'il convoqua , surtout les députés des principales villes du royaume, appelées à fournir les fonds; elles s'étaient quelquefois exemptées, elles et leur territoire, des ravages des gens de guerre par des contributions passagères. Il fut proposé de rendre ce moyen permanent, et, du consentement de tous, fut établie une taille perpétuelle, spécialement affectée au paiement et à l'entretien des troupes.
II y eut une revue de tous les gens de guerre ; entre eux on choisit les plus courageux, avec égard cependant» pour la préférence , aux
Z7U pISTOtBÇ DE PflANCC.
Le ppup^e ne vit là que la suppression (Je ces bandes cle brigands, vérita|)le plaie (le la France à cette éppque, qu|, depuis Philippe de Valois, en faisaient ui^ vasle tj^éâtrp ç(p pillage et de massacres ; ©ais ce p'était qu*up bienfait pasr sager, ef il y e^vaitautre chosp dapjj ces deux grandes ipsti-r tutions d*upp armée permanente et d'up subside ^nqe} ; il y ayait |out rayeni^* de la royauté, et )e fondement dp syst^pie moderne, devepit lequel la féotdalité dpvait bieptût
|m€^^r{ et h la RTOht|ié. U» rtleç éUnl «rï^^i le ^\ Hp«np^ lf> «Hïr plu$. Le^ solçiau popj;écliés purepi ordre de se reqdre sur le Ufiu d^ leur naissance» ou tout autre gui conviendrait i^ l^ur su|)sistapcp op à leur fortune. Défende de cornmepre aucun désordre sur la rqute en se retirant, sous menace d'éire punis comme perturbateurs du repos public. Afin d*assurer l'exécution de ce règlement, les lieutenanis de la oonnétablie firent garder les chemins par les archers des çoiiiQiufies iqiéfess^s à |a sûreté du pays; de sprtçi qu'on s^ap^rcqt ^ pem^ d ppe r^for^e qii;, ^ns ce(^ précai^pfin, ^uf^j^ pu paqs^ jes plus grands désordres.
La cavalerie fut formée de quinze compagnies d*ordonnance, composées chacune décent tances : chaque lance ou homme d'armes avait sous lui trois archers, un écuyer et un page, tous montés. « Le roi, dit un historien contemporain, nomma de^ capitaines vaillants, sages et experts en foit de guerre, e| non jeunes et grands seigneurs. La paie de chaque homme d'armes était de dii livres par mois ; celle de l'écuyer de cent sous , celle des archers de quatre livres^ et celte du page de soixante sous. L'espérance de remplir les places vacantes attacha à ce corps une telle multitude de surnuméraires , que l'on vit des compagnies monter jusqu'à 1,S00 cavaliers. L'infaoterie se composa d'abord d*un corps permanent d'archers de 4^000 hommes, et ensuite d'un supplément de francs-archers qui n'étaieot réunis qu'en temps de guerre. Chaque paroisse devait élire un habitanty le plut avisé pour l'exercice de l'arc; elle le fournissait d'équipage; il était payé, pendant la guerre» à raison de quatre livres par mois, et non pendant la paix ; mais il jouissait d'exemption de tous impôts : ce qui a fait donner à cette milice la dénomination de francs- archers. Ils étaient obligés de porter, les fêtes et dimaDcbeif leur habit de guerre; Jouissaient de quelques distiiHh
GUERRES D'ÀNGiÈTERkÈ. tlÀ
s*ébroùlei'. C^est de Lôùis ÎI que l'dn fait dàtel- i'Histeire liiôdéhié èti France; il ifàudnlit remoiiter t)lus hàdl. Loiiis Xî tie fut que le continuateur des vingt dertiiètes années de son père ; et tout vague et flottant que soit toùjoiirs le commencement d'Une époque, on i3otirrait assigner au cOriimeticement de celle-ci une date précise dans cette àiiriée l-4i5, après laquelle la féodalité ne Ût pius.qUé protester contre sa défaite ^
tldns à réglise, et se raâsemblàîerit de plusieurs villages pour s'éxërcef ensemble à tii-er dé l'arc. Mais, soldats à la catnp^ghe et pàysatiis à rârtdée, cette dernière ttiilicé tomba biéhiôtddhè te ÉhépHs.
Charles TU eiitsoin que Tlmpôtde guerre fût uniquement appliqué à cet objet pendant son régne, et n'outrepassât jamais \é taxe. « Nul seigneur n'eût osé lever argent en sa terre sans sa pcr- « mission, laquelle il ne donnait pas légèrement, » et ces seigneurs, voyant au roi une armée subsistante prête, au premier commandé- Êhént, devinrent plus circonspects et moins hardis à kè chd<juèt'. §
^ La pragUiâti^tie-ianctibn venait consacrer éh tiriëkne teriip§ dhë autre conquête de la i-oyauté. « Itepuis plusieurs années, deé conciles qui se succédaient luttaient contre TaUtorité des papèâ ; celbi de BAle venait de prononcer sa propre supériorité, et il avait Tait plusieurs canons de discipline conformes aux usages qu'on appelait lès libertés de V église Gallicane. Les pères de B^e envoyèrent proposer au roi l'homologation, tl convoqué, dans ta Mainte chapelle de Bourges, les princes du sàhg , lé déuphih à la lêle des pt-iticlpaux seigneurs du royaume; on | discuta \eÈ décrets en présence des légats du pape, et, malgré leùr^ réclamations, rassemblée en reçut la plus grande partie comme loi de FËtat^ sous le nom de Pra^matigti^-sancfion^ appellation dérivée d'un vieux moi pragma qui veut dire prononcé, sentence^ édit. On arrêta donc que le concile œcuménique était au-dessus du pat)e; que, siiivànilesahciéhs tisages, bn procéderait par élection pour remplir les sièges épiscop^iux et lès autres prélatures; que les pâjjès bé pouri-aiëni plus se réserver là collation des bénéfices ; qu'on h* en appellerait plus à eux sans avoir passé par les tfiburiaux inféMeurâ , et que , dads ce cds , ils seraient obligés de déléguer de^ juges sur lés lieux ; de manière que nul ne pût être évoqué hors dé son diosèâe plus loin qùë çjualre
376 BUTOIBE DE PBAUCE.
Sorti triom[^iant de cette périlleuse entreprise, Charles Vn songe bientôt à mener à terme Tantre œuvre de son règne et retourne à Tattaque des provinces restées aux Ain^lais. En 1448 il rompt la paix conclue avec Henri YI, et se prépare à entrer en Normandie. Comme Targent manquait dans ses coffres, il eut recours à son argentier Jacques Cœur, qui se chargea des frais de l'expédition, et après deux ans de guerre, la victoire remportée à Formigny par Richemond achève de lui livrer cette province (1450). L*année suivante, Dunois s'emparait des dernières places anglaises en Guienne, et Talbot, qui se présente en 1453 pour remettre la partie en question, est tué à Castillon par un boulet de canon. La bataille de Castillon fut le dernier acte de cette longue guerre de cent ans, pendant laquelle se forma la nationalité française. De puissantes distractions devaient bientôt appeler ailleurs l'attention des deux peuples, car l'Angleterre allait entrer dans la guerre des deux Roses, et la France dans le règne de Louis XL
«Depuis la Praguerie, il n'y avait jamais eu de franche réconciliation entre Louis et son père. Le délaissement dans lequel vivait sa mère, révoltait surtout le dauphin, qui s'emporta, dit-on, un jour jusqu'à donner un soufflet à madame de Reauté, comme on nommait Agnès Sorel, depuis que le roi lui avait donné le château de Reauté. Il cherchait à gagner les archers de la garde écossaise. En 1446, ses intrigues ayant été découvertes, et ses complices mis à mort, il abandonna la cour, où les conseillers favo-
Journées de chemin. Les abus des excommunications furent réprimés, et l'on supprima les annales qu'on payait en cour de Rome en prenant possession d'un bénéflce; enfin ou termina par celle loi» qui a toujours été pratiquée, même depuis Tabolition de la pragmatique, que les bulles des papes et les décrets des conciles, même généraui, pour ce qui regarde la discipline, n'auront de force en France que quand ils auront été revêtus de la sanction du roi. »
ris du roi le tenaient «en si grande dépendance. » La dernière fois qu'il vit son père, il sortit delà chambre, la tête nue, en s'écriant ; « Par celte tête sans chaperon, je me vengerai de ceux qui me mettent hors ma maison. » Cette colère demeura longtemps impuissante. Retiré dans son gouvernement du Dauphiné, Louis s'agitait en cent façons pour se créer une importance factice. Il contractait des alliances en son nom privé avec le duc de Savoie, avec ï lorence et les princes de Milan ; il instituait des parlements, fondait des universités, réformait les ordonnances et les monnaies, déployait en un mot toute cette activité un peu brouillonne, mais énergique et persistante, qu'il porta plus tard sur le trône. Pendant ce temps , Charles VII, en homme qui se repose sur sa tâche terminée, était redevenu le paisible et voluptueux compagnon qu'il avait été d'abord. A madame de Beauté, morte en 1450, avait succédé la dame de Villequier, une nièce d'Agnès, qui, pour mieux occuper, sans danger pour elle, l'imagination lassée du roi, s'était entourée de jeunes filles de petite condition, les plus jolies qu'on avait pu trouver. C'était dans cette gracieuse et facile compagnie que Charles passait les dernières années de son règne, promenant ses loisirs de châteaux en châteaux, dans la Touraine et le Berri, sur ces bords délicieux de la Loire qui lui rappelaient tant de souvenirs, trouvant facilement grâce aux yeux de son peuple pour ces désordres inoflFensifs, en faveur du calme et de la sécurité qu'il lui avait rendus. Cependant l'attitude hostile du dauphin jetait quelque trouble dans cette vie douce et honorée. En 1456, Charles s'inquiéta à la fin de cette longue absence, et de cette autorité despotique que son fils s'arrogeait dans sa province ; il lui intima l'ordre de revenir à la cour, et Louis s'obstinant dans sa résolution, le comte de Dammartin, Antoine de Chabannes, se dirigea avec une armée sur le Dauphiné. Louis ne l'attendit pas; il feignit
une partie de chasse et se réfugia à Bruxelles, suivi seulement d'une douzaine de serviteurs. Le duc Philippe reçiit magriifi(tuemetit l'héritier de la cou^biine. il lui monta une maisoil royale, et rétablit datls le château de Geriép, à quatre lieues de firuxelles, avec iine petisioil de 2,50d livres par mois. Louis y resta jusqu'à la niôrt dé soii père, chassafat et devisant â table âvfec les ^als chevaliers qiii rerapHssàieiitla feoùr de Bourgogne. « Là dh rafcotitait à qui lïiieiii ihieux des histoli-es de galanterie. Le dauphin aimait les bons contés, et celui qtii faisait le plus làMf, était le mieux venu. Le comte de Charolàis était aussi uh fconvive jovial ; le bâtard de Boiirgognè, les sires de Fienneë, de Digoine, de Thianges, de Rothelin, de Làiinoy, de fcréqui payaient aussi leur écôt eti narrations plàisaiites ; Jmifoié le bon diic lui-même s'ëii inêlait. On fit ilh i'ecueil délëuré récits, qui Se nomine les cBnï NoUtvdleSf et dans la ëuite li fut publié. » (Bàrante.)
Ce joyeux exil se prolongea jiisipi'àil mdis dé juillet de rànnéé 1481. Charles VU avait alors cinquante-huit dns. Un àbfcès lui survint dans la bouche, et, comme Adam Futhéë, Sbri iùédeciti, hë pouvait le gùétir; le faible moriârqiiè ëe laissa persuader qu'on aVait voulu l'empoisohnër. Le nom dii dauphin courait dans toutes les bouches. Charles Se sentit saisi d'une immense tristesse à cet odieux sôupçoh, et, pendant huit jours, il refusa toilte nourritutfe. Quand Ses serviteurs (Jui le voyaient dépérir, essayèrent pour lé ranimer, de lui introduire dans la bouché des aliments liquides, il était trop tard : son estomac affaibli né pouvait plus rien supporter. Lé 21, Chârléfe Vil, le Vittorimôc, expira à Sfeun-sur-Tèvre, en Bërri, ajîrès ùh règne de trente-neuf ans. Singulier mélange de faiblesse et d'énergie, d'iiisouciauce et de dévouement,* ce seiàit encore liii beau baractère de roi (Jue le sien, avec son àniour de l'ordre et sa douce philosophie, ë'il n'était ënlàëhé d'ingra=
GUEBRËS D'ANGhÈTËRRE. 37^
titude, défaut impardonnable dahs tin prince qui avait été siirriommé le Éien Servi. De touô lès instt'umehts qu'il brisa, ou qu'il laissa brisèi* après s'en être servi, celui (Jù'il aurait dû lé plus respecter, c'était ce fidèle et généreux Jacques Cœur, qui avait payé sfes conquêtes, et qu'il sacrifia aiix petites haines de coiir. Là disgrâce de iacqués Cœiir, arrivée TaiiriéB même qui Suivit la souhiission de la Normandie, est uti dé ces actes inqualifiables qui suffiraient pbur perdre sattS retour la mémoire d'un rdi, si, pour être jUstë, il ne fallait tenir fcompte des obsessions domestiques et de ces appréheiisions de chaqiie jour qui eiitouraient la royauté à cette époque difficile. Comme tous les hommes faibles, Charles croyait facilement à la trahison, et les leçons de sa jeutiessë n'étaient pas dfe nature â le rassurer. Il iûoiirait, ad resté. Victime lui-même de sa défiance, et il y a Uiie chose qui doit le protéger aux yeux de la postérité, c'est qu'il fût pleuré par Sofa tJebfile. i> {Ûîstoiîfé dé France.)
ni.
LÔlJISXi
Les premiers moments du règne de Louis XI furent doniiés aux exigences du dauphin. Les conseillers qui l'ont desservi auprès de son père, lés geiis du parlement qui l'ont déclaré rebelle sont cassés et exilés ; le comté de Oammartiri, qui a eu le courage de faire rudement la euerre à l'héritier de la couronne, est jeté à la Bastille ; ses biens sont confisqués, et sa feinme, réduite à l'indigence, va s'asseoir avec ses enfants à la table d'un paysan de baminartih, qui la nourrit pendant trois mois. Tous ses amis de Bourgogne sont comblés dé faveur, et le comte de Charolais, (Ju'il nommait son frère à Genep, reçoit le gou-
vernement de Normandie; avec une pension de 58,000 livres. Charles VII, en 1438, avait imposé à la cour de Rome la pragmatique sanction de Bourges qui confirmait Téglise gallicane dans ses anciens privilèges, et lui en attribuait de nouveaux ; Louis XI, par jalousie pour la mémoire de son père, en fait, dès son avènement, le sacrifice à la cour de Rome (1^61). Mais il ne tarda pas à se repentir de cette démarche précipitée. Il avait demandé en récompense la création d'un légat pour la nomination des bénéfices qui résiderait dans le royaume, afin que Taisent n'en sortît pas; Tabandonde la maison d'Aragon, qui disputait toujours le royaume de Naplesà la maison d'Anjou, et enfin le chapeau de cardinal pour l'évoque d'Arras, chargé de. négocier cette aflFaire. Pie II, qui était pape alors, accorda sur-le-champ cette dernière grâce qui ne lui coûtait rien, et l'évêque fut si enchanté qu'il remit aussitôt l'acte du roi : Louis ne relira d'autre fruit de sa complaisance qu'une magnifique épée, bénite à Rome pendant la nuit de Noël, et enrichie de pierreries. Il sut bien se venger du pape, <îar il permit au parlement de se révolter ; son acte ne fut point enregistré, et la pragmatique sanction resta en vigueur, malgré le seing royal que Pie II tenait entre ses mains.
Il en fut de même du reste , et ses souvenirs de jeunesse s'étant bientôt effacés, Louis entra dans son véritable rôle. Ce prince avide commence par s'immiscer dans les affaires de l' Aragon, alors en guerre avec la Castille, et se fait céder par Jean d'Aragon la Cerdagne et le Roussilsillon , moyennant 300,000 écus d'or qu'il lui a prêtés. (1462). Puis il reçoit à sa cour Marguerite d'Anjou, qui , chassée d'Angleterre par les victoires de la ro«c rou^e, venait implorer son secours. Il ne rougit pas de profiter de son infortune pour lui arracher la cession de Calais au prix de 20,000 écus (1462). Enfin Philippe de Bourgogne, qui jouissait en paix des villes de la Somme à lui cédées par le
traité d'Arras , se les vit tout à coup enlever ; il reçut les 400,000 écus d'or qui avaient été stipulés pour leur rachat. (1465). C'étaient là d'heureuses spéculations, mais il Malt trouver tout cet argent , et le peuple, qui se sentait écrasé, murmurait hautement. De son côté, Louis n'était pas disposé à céder. Au milieu des joies de son avènement, les bourgeois de Reims avaient reçu de lui une exemption d'impôt ; ce n'était qu'une parole sans conséquence , mais les Rémois se le tinrent pour dit , et , quand les collecteurs reparurent, ils les assommèrent (1461), Le nouveau roi, qui n'épargnait pas plus le peuple que les grands , envoie contre eux une armée et en arrête quatre-vingts qu'il fait décapiter (1462). On se tut ; mais les haines ne furent que comprimées , et dès lors commença à se tramer le complot qui devint plus tard la ligue du bien public. Des chevaliers et des bourgeois formèrent une association qui tenait ses assemblées dans l'église Notre-Dame de Paris , et les hostilités s'y préparaient lentement, quand un impétueux auxiliaire vint en précipiter le mouvement.
Dans les premiers jours de son règne , Louis XI avait témoigné un dévouement absoju à la maison de Bourgogne; cette ferveur de reconnaissance passa vite, car les bienfaiteurs du dauphin étaient de dangereux rivaux pour le roi. Philippe n'était pas encore de retour à son duché, que déjà Louis avait envoyé des émissaires aux Liégeois , les étemels ennemis delà maison de Bourgogne. Le comte de Charolais avait été dépouillé, au bout de quelques mois, de ce gouvernement de Normandie dont on l'avait si fastueusement décoré ; récemment encore , le rachat des villes de la Somme l'avait violemment irrité contre le roi de France ; une nouvelle insulte lui mit les armes à la main. Un audacieux partisan , le bâtard de Rubempré , avait tenté de l'enlever au milieu des états de son père ; il accusa Louis XI d'avoir machiné cet attentat , et le chancelier de
3é2 ftlSTOIRÉ D£ ^liANGE.
France, Morvilliet^, qui fut erivo^yé à la coiir de fioufffoghe à cette occasion , réfuta soii accusatidn avec tant dé rudesse et de hauteur, t[u*au départ de l'ambassade française Charles se pencha à Toreille de Târchevêque de NarJDonne , et lui dit : « Recdinmandez-moi trèè-humblemeht à la horiîiè ^ grâce du toi , et dites-lui qu'il m'a bien fait laver la iête k par son chancelier ; taais qu'avant qu'il soit iin ah, il s'en « teperitira» (Î464).
Dès ce rbotùent il ne songea plus qu'à se venger , et il eut bientôt amené à lui tous les grands feùdataires qù'inquiétait le despotisme naissant du nouveau roi. Les ducs de Bretagne et de Bourbon , se liguent avec lui , et , à leur suite liiïe foule de seigneurs qui grossissent stibiteinent la conjuration de Notre-Dame. Ôh gagne le frère du roi , Charles de Bèrri , qui , flatté dé se Voir fchef de parti , se laisse séduire par vanité ; et lé véritable chef de la révolté , lé coiriite de Charolais , déblare à son père qu'il va lairé la guerre en Frèlnce, lui demaiidaht la permission d'emmener avec lui la noblesse de Flandre et de Boiirgogriè. Philippe dontie ùhe permission qu'il n'ose refuser, bar le fougueux jeune homme se icotïtenait à peitie sous le frein de l'autorité paternelle, et le coihte de Charolais passe la frontière à la tête de dix mille lances. Toute la noblesse du royaume l'attendait en arihes , prête à se joindre à lui , et une grande partie des bourgeois n'était guère mieux disposée en faveur du roi. lïans Ce inomeht Critique, Louis XI ne désespétti de rien. Il se fait jurer obéissance pat les habitants de Paris, et court attaquer le duc de Bourl)on qui , intimidé à la vue dé vingt-quatre raille hommes , demande là paix et abandonne ses alliés (1465). De là il retourne éri toute hâte à Paris, sous les iiiurs duijuel il avait appris que les Bourguignons étaient campés. Couvrant leiirs ressentiments et leurs Intérêts particuliers du beau hdm dé /tjwfc du bkh public , les confédérés s'étaieht
fjvancés jusqu'à )a v\xe de P^ris, api^onçant partouf aji peupIjB qu'ils venaipn^ pour le délivrer 4es mi0s; ^ L^y, où il s'étajt arrêté lopgtpmps , Charles de Bourgogne j^yait ouvert ]g grenier à sel , veiidu le sel au peuple à pri:^ qo^t taijt, et jeté au feu , sur la place publique , les registre 4^ l'impôt. Mais tout cela n'avançait poipt leurs afiajf es, car le peuple se souvenait encore de la terrible leçon de ceu^ de Reims ^ et personne n'osait bouger. Il fallait décider les esprits par quelque coup d'éclat ; et les ducs de Bretagije ^t de Berri , les principaux soutiens de la ligue avec 1q comte (de Charolais , n'arriyaiient point. Charles dirige sur }a porte Saint-Dpnis une attaque qui ne réussit point, et ^ quittant Paris, il va les attencire auprès du château dp Montlhéry. Louis revenait alors du Bourbonnais, et il n'était encore qu'à Orléans : instruit que les ennemis s'étaient venus poster entre lui et Paris , il veut les éviter pq,r m détour, mais son armée s'égare et se trouve tout à coup, ^u milieu (}e sa marche ^ en présence des confédérés. \] fi^Uul bien combattre ; on se chargea tout Ip jour avec u]i égal succès, et la nuit étant survenue, le roi se retira à Corbeil, tandis que les Parisiens voyaient arriver les fqyards 4e l'aile gauche des Bourguignons, qui, mise en déroutp d^ns le combat, ne s'était arrêtée qu'après quinze lieues ^q fX)urse. (Bataille de Montlhéry , 16 juillet 1465.)
Des deux côtés l'on se croyq-it vaincu et l'on se proclamait victoneux. Les deux chefs passaient pour morts : les Bretons, regardant la guerre comme finie par la mort du yoi, cpmplotèrent avec les Français de massacrer les Bourguignons qui affectaient de leur donner la loi , et de mettre sqr le trône l'eimi de leur duc , Charles de Berri ; les bourgeois de pinant , persuadés que le comte de Charolais avait été tué à Montlhéry , se répandirent dans les terres du duc Philippe, portant au-devant eux une figure humame penr due à m gibet, avec cette inscription : ci Voilà hfaw
« traître, le comte de Charoîais, que le roi de France a « fait ou fera pendre^ ainsi comme il est ici pendu. »
Quelques jours après la bataille de Montlhéry , ie duc de Bretagne arriva avec un puissant renfort et le frère du roi. Ce chef honoraire de la ligue n*était guère propre à mener une guerre civile ; c'était un homme faible et timide, qui pâlit à la vue des blessés bourguignons , et dit tout haut qu'il se repentait d'une démarche qui avait causé tant de maux. Cette parole seule pouvait amener une dissolution générale ; on se hâta d'y faire diversion en conduisant l'armée à Paris. Louis XI, en revenant de Montlhéry , n'avait fait que passer par Paris , où deux jours lui avaient suffi pour se concilier l'amour des bourgeois , avec quelques flatteries et la création d'un conseil pris dans les trois puissances de la ville, la bourgeoisie, l'université, le parlement, et il était allé en Normandie appeler aux armes la noblesse et les francs archers de cette province, où il conservait un puissant parti. Pendant qu'il rassemblait une armée à Rouen, les confédérés arrivèrent à Paris et entamèrent des négociations avec les bourgeois. Encore tout pleins des caresses récentes de Louis XI , ceux-ci tinrent bon d'abord, mais peu à peu ils se laissèrent gagner. Les traditions de l'ancienne guerre vivaient encore parmi eux, et leurs vieillards pouvaient se souvenir d'avoir porté la croix de Saint-André ; et puis les demandes du comte de Charolais étaient si raisonnables ! Il ne voulait entrer dans la ville qu'afin de traiter pl4is à l'aise avec le parlement , l'université et les gens de l'hôtel- de-ville! Enfin ils allaient lui ouvrir leurs portes, quand Louis XI arriva avec toutes les forces de la Normandie. Il avait trop besoin d'eux pour ne pas se laisser prendre aux cris de joie qu'ils poussèrent en le revoyant ; et les plus coupables , Jean Luillier, curé de Saint-Germain-l'Auxerrois , Jean Chouart, lieutenant civil, et quelques autres, en furent quittes pour l'exil.
GIIERRK8 D*ANGL£TERRE. 385
Ce n*était pas le temps de songer à satisfaire ses besoins de despotisme et de vengeance. La foule de seigneurs que le roi avait ramenés de Normandie ne lui imposait pas , car il savait qu'il y avait des traîtres parmi eux. Un jour on avait trouvé ouverte une porte qui donnait sur la campagne, et plusieurs de ses meilleurs capitaines étaient accusés d'avoir signé un traité avec le comte de Charolais. 11 fallait sortir à tout prix de cette position , et Louis XI entra surle-champ en pourparlers avec les chefs de la ligue. Jamais il ne se montra si facile ; il semblait qu'il n'y eût qu'à demander pour obtenir, et les confédérés ne s'en firent pas faute. Tous tirèrent à eux un morceau du butin : Charles de Berri eut la Normandie ; le comte de Charolais, les villes de la Somme ; le duc de Bretagne , la lieutenance de la Normandie ; Saint-Pol , Tépée de connétable ; le comte de Dammartin, qui s'était échappé de prison pour aller rejoindre les rebelles , fut réintégré dans ses biens ; les autres reçurent des pensions , des terres , des privilèges , tout ce qui fût à leur gré. Les choses allèrent au point que le parlement refusa d'abord d'enregistrer l'acte du traité ; mais Louis XI ne tint pas compte de cette opposition maladroite , car il avait compris qu'il y allait de sa couronne. Comme on lui demandait pourquoi il avait signé un traité aussi désavantageux : « Je l'ai fait , dit-il , en cousidéra- « tion de la jeunesse de mon frère de Berri , de la pru- « dence du beau cousin de Calabre, du sens de mon beau- « frère de Bourbon, de la malice du comte d'Armagnac, de « l'orgueil grand du beau cousin de Bretagne, et delapuis- « sance invincible de beau frère de Charolais. » [Philippe de ComineSy traités de Conilans et de Saint-Maur, 1465.)
La ligue du bien pubUc est l'événement le plus important du règne de Louis XI. Son histoire est un admirable tableau de l'état des choses en France à cette époque: peuple, roi, seigneurs, tous y paraissent à leur tour sur la scène^
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chacun réstiinan^ par un rôle de quelques mois la vie de fout un siècle. La féodalité n'est p<^ encore vaincue, témoin les cinquante mille hommes qu'elle assemble devant les portes de Paris*; mais la conduite molle et iptéressée de ses membres qui, au milieu même de cette levée générale de boucliers, ne pensent chac^n qu'à soi, lui présage une défaite prompte et décisive. La royauté, menacée dapi^ son triomphe, plie pour se relever, en attendant que le moment vienne à la fin de se débarrasser pour tpujours des ennemis qui veulent entrav^^r sa marche. Le peuple, tel il vient de se montrer à nous, tel il se montrera longtemps encore ; soumis et facile à troinper, mais toujours ménagé, toujours prêt à se retourner contre ceux qui lui pèsent, si le cœur ne lui n^anquait, ou plutôt si quelqu'un se présentait pour le lancer et le guider. Comme nous l'avons dit ailleurs *, tout bafoué qu'il paraisse être par les momeries deç deux partis, il était fort alors, puisque tous les deux cherchent à le fixer dans leur cainp. Il est vrai qu'après 1^ guerre on se fait \\n jeu plaisant des espérances qu'on a soulevées en lui. La confédération des seigneurs s'était intitulée ligue de bien public, et avait proclamé partout qu'elle ne s'afmait que pour venir au secours du peuple oppf imé par le roi : quand chacun eut pris ce qu'il lui fallait, lors du traité qui termina la guerre, quelqu'un se rappela que tousayaient oublié le bien puhlict et l'on nommçi trente-six commissaires « pour y aviser, » après quoi l'op sesépar^^.
^ « Ils conduisirent tons ensemble 50,000 tiommes sons les mars « de Paris: celle circonstance qui n'a pas été assez remarquée, fc prouye quelle puissance la baute aristocratie conservait encore » clans ce pays.» (fréds de }'liÂ$toit^ (k Frçitm t^endanai^ (m tm9§ f^effiei^ par M. Poirson.)
' J^tifoire moderne, premier cahier.
GUÉRAES b^ANGLEtERRk. 3^7
ttë faê fut pas là seule dérision de icetté affaire. Louis il*eut pas fait tant de promesses, s'il eût coihpté devoir les tenir toutes : cet amas de petits seigneurs qui iiegagnaieht leurs châteaux forts, tout glorieux de leurs parts de prise, s'en vit frustré souâ mille prétextes ; mais ice n'était pas là le plus difficile, et les chefs eux-mêmes, qui se croyaient à l'abri de la mauvaise foi royale, ne fhretit pas plus respectés (}ue lés autres. Charles de Berri avait reçu le gouvernement, et le duc de Bretagne la liêUtënànce delà Normaridié; Louis, qui avait eu soin de Se faire déclarer par lé parlement libre de serments arrachés par la nécessité, fbmehte des ditisionseiitre eux et les Normands, et, quand il voit les esprits aigris, il envoie une ariûéepour reprendre la Normandie. Elle se soumet d'elle-même, et c'est â pfeitié si Ib dhcî de Bretagne, qui a reçu fchez lui le duc Charles; parvient à lui conserver quelques placés dans la basse Normandie (1466). Eiicore Louis tie lui en laissa- t-il pas là tranquille possession, car il le feit sommer aussitôt de lUi remettre entre les mains, et scm frère, et les places qu'il retient en son nom ; et sui* son refus, il le menace d'aller les chercheî» lui-même avec une arinée. Le comte de Charolais, qui devenait alors le duc de Bourgogne par la mort dé son père (i46t), arrêta longteitips l'effet dé éés menaces en menaçant à son tour ; mais Louis Xi, qui, duranttout son régné; fut occupé sans cesse à solliciter les Liégeois, les àyaht enfin déterminés à une nouvelle révolte, tint tête au duc, et lili envoya des ambassadeurs qui lui défendirent eh sort norii d'attaquer ses amis les Liégeois, lui offrant pourtant de les abandonner à sa veUgeance, s'il voulait, de son côté, liii abandoilner le duc de Bretagne. Charles ttevolilut rien entendre. « Ce prince, montant à cheval pour Se mettre à la tête de son armée, leur cria, comme ils s'en allaient : « le vous prie de dire au roi que je le supplie de ne rien entreprendre contré le duc de Bretagiié. » Le connétable, pte-
nant la parole, lui répartit : « Monseigneur, on vous a laissé le choix, et si vous attaquez nos amis, nous attaquerons les vôtres. — Ho bien, reprit-il, les Liégeois sont assemblés, et m'attends d'avoir la bataille avant qu'il soit trois jours. Si je la perds, je crois bien que vous en ferez à votre guise; mais aussi si je la gagne, vous laisserez en paix les Bretons «> — -Et s'en alla sans rien dire davantage. «> (Dante/.) Il la gagna (bataille de Saint-Tron, 4467), et six mois après, le tenace roi de France envoyait une armée en Bretagne (1468). Aussitôt Charles le Téméraire est sur pied, et s'avance sur la frontière de France. Il ne l'avait pas encore atteinte, quand un héraut du duc de Bretagne lui apporta le traité que ce prince venait de conclure avec le roi, et par lequel il renonçait à son alliance. Charles n'était pas encore revenu de sa surprise, qu'il vit arriver un autre héraut demandant un sauf-conduit pour le roi, et quelques jours après, Louis XI entra dans Péronne, où s'était arrêté le duc, monté sur une mule de voyage, et suivi de quelques confidents. Sur-le-champ il entame des négociations avec le duc, qui, enchanté de cette marque de confiance, ne se montrait pas exigeant; et Louis allait se retirer, emportant la réputation du politique le plus audacieux etleplushabile, quand une circonstance à laquelle il n'avait pas pensé vint en faire le plus maladroit des hommes. Au moment où le duc s'était avancé sur la frontière, Louis avait envoyé de nouveaux émissaires à Liège, qui, à peine échappée de sa défaite de Saint-Tron, rentra de bonne grâce dans la lice, et commença la révolte par attaquer son évéque, ami des Bourguignons, et même parent de leur duc. Par malheur, cela arriva juste au moment où Louis XI entrait à Péronne; et Charles, qui l'apprit bientôt, jeta le roi dans la tour de cette ville*, furieux et ne parlant que de le mettre à mort
* On connatt le fameux rapproche meot du meurtre de Charles le
GV£RRES D'ANGLETERRE. 389
(1468). Il finit par s*apaiser ; mais Louis ne sortit pas de là sain et sauf : il fallut accorder pour apanage à son frère la Champagne et la Brie, reconnaître la légitimité de tous Jes actes du duc, et le suivre à Liège, dont il voulait faire un exemple terrible. Ce fut seulement quand la ville eut été brûlée sous ses yeux S et qu'on eut semé du sel sur le termn qu'elle occupait, qu'il lui fut permis de s'en aller.
Il arriva confus, mais plus redoutable que jamais, et ne respirant que la vengeance. Ne sachant d'abord sur qui épancher sa colère, il enferma dans une cage de fer le cardinal La Balue, qui lui avait conseillé ce voyage, et fit tordre le cou aux perroquets de Tours que leurs maîtres avaient instruits à répéter : Péronne; mais ce n'était là qu'une vengeance d'enfant dépité, et Louis ne fut pas longtemps à se satisfaire plus en grand. îl commence par gagner le favori de son frère, Odet d'Aydie, qui persuade à ce faible prince de troquer son gouvernement de la Champagne et de la Brie contre celui de la Guienne, et quand, de cette province où il donnait la main au duc de Bourgogne, il l'a relégué au fond du royaume, il fait casser par les états le traité de Péronne (1469). Bientôt le duc de Guienne sur les instigations du comte de Saint-Pol, ayant demandé à Charles le Téméraire une de ses filles en mariage, le parlement de Paris déclare le Bourguignon déchu, et adjuge par un arrêt ses domaines à Louis XI, qui s'empare de Saint-Quentin, d'Amiens, de Roye et de Montdidier. Charles, mal soutenu par ses alliés de Bretagne et de Guienne, est obligé de con-
Simple dans cette même toar où Louis XI était renfermé. Ce rapprochement est tout au moins hasardé: car il paraît que Charles le Simple ne fut pas égorgé, et qu'il ne mourut pas dans la tour de Péronne, mais qu'il expira tranquillement dans quelque ferme royale dont Raoul lui avait fait présent. I On ne conserva que les église^ et les maisons des prêtres.
tf! ".J^J-^^.^,^ . A.J,II I ■a^^-Jg
390 H18T0IBB DB PRANCB.
durt anetrtre avec le roi (1474). U ne voulait que respirer, et à peine est-il de retour dans seS états, qu'il renoue les liens d'une nouvelle ligue plus formidable que toutes les autres. Tous les anciens chefs de la ligue du bien public, les ducs de Guienne, de Bretagne et de Lonaine, les comteâ d'Armagnac, d'Alençon, de Saint-Pol, lui avaient donné leur parole ; le roi d'Angleterre et celui d'Aragoil devaient joindre leurs armes aux siennes ; cette ibis il ne fallait plus s'attendre à des négociations; l'expérience avait trop bien £^)pnsà la féodalité ce qu'elles lui valaient pour qiië Louis XI pût espérer de la tromper encore Une fois. Déjà la guerre allait éclater, quand on apprit que Charles dé GuienUe Se mourait à Bordeaux, empoisonné par une pêche que lui avait servie l'abbé de Saint-Jean d'Angely. Peu de tempe après, on sut que l'abbé avait été étratiglé dans sa ptison : les pièces du procès tombèrent entre les mains du roi, etled commissaires qui l'avaient conduit, furent comblés de biens par Louis XI ' (1 -472).
^ Lettre de Loais XI au comte de DammarliD t
« M. le grand-mattre, depuis les dernières lettres que {e tous al écrites, J'ai eu Doavelle que M* de Guienne se meurt, qu'il n'y a pas de remède en son fait, et me le fait savoir un des plus privés qu'il ait avec lui ; et ne croit pas ainsi qu'il dit, qu*il soit vif dix à quinze jours qu'on le puisse amener... Et afin que nous soyons assurés de celui qui m'a fait savoir les nouvelles , c*est le moine qui dit les heures avec M. de Guyenne, dont je me suis fort esbahi, et m'en suis signé depuis la léte jusqneS aui pieds ; et adieu. Écrit afii Montil-les-Tours, ce 18 mai. »
Entre plusieurs bons tours de dissimulation, feititlses finesses et galanteries que fit ce bon roi en son temps, ce f^lt celui , lorsque, par genUlle industrie, il fit mourir son frère le duc de Guyenne , quand il y pensait le moins, et lui faisant le plus beau semblant de Taimer lui vit^nt^ el le regretter i^rét sa m6rt : si bien que per-
^^m^^mÊmmmtmm^^mmmmmm^^^^^a^^^^K^mmmmmim
Ce ne fut qu'un cri contre lui. Charles lé Téméraire passe à Tinstânt la frontière, et s'avance dans le royaume, pillant et ravageant tout devant lui. En même temps, les autres membres de la ligue s'apprêtaient à venger leul* allié. Louis corrompt Lescun, le favori du duc de Bt'etagnej et obtient la paix de ce côté ; puis il marche au Bourguignon, qui( arrêté court dans sa marche par les gens de Beauvais, se lassait déjà de la guerre ; il lui arrache la paix de Senlis (147S). Alors^ dédaignant les sodplesseis et les cajoleries^ il commence à lâcher la bride à sels instincts de despote, et fait sentir cruellement aux grands quel hotnmë ils ont affronté. Le duc d'Alençon est enfermé dans un car chot où on le laissa mourir : le roi Réné^ qui a pris part au
fionne ne s'aperçât qu'il eût ^ait faire te coup> sinon par le moyen de son fou cjul àvail été audit dtic soti frère , et il l'àVaU retiré apré^ âa iHort; cà)r il était platsaili. Ëlàfat ddiic îiii Jolir éh ses bonnes prières et oraisons à Cléi^ deraiit Notre-Dame, l[}ti'il é))pe^ lait sa bonne patronne, au grand autel, et n'ayant personne prèÈ de lui, sinon ce fou qui en était un peu éloigné, il l'entendit comme il disait : « Ah I ma bonne dame , ma petite maîtresse, ma grande a amie, en qui j*ai toujours eu mon reconfort, je te supplie de prier <c Dieu potit' moi, et d'être moil avocate envers lui : qu'il me parti donbe la biort de nion frère que j'ai fait empoisonbér par éë « méchant abbé dé Saitit-Jeab;;* Je m'en confesse ft toi , ëOmrtiè â « ma bonne patronne et maîtresse; mais aussi qu'eussé-Je dii faire f « il ne faisait que troubler le royaume. » Le fou qui n'était point si reculé ni dépourvu de sens, ni de mauvaises oreilles ^ qu'il n'entendit et ne retint fort bien le tout; en sorte qu'il le redit à lui en présence de tout le monde â son dtner, et à d'autres lui reprochant ladite affaire, en leur répétant souvent qu'il avait fait inourir son f^ére. Qui fut étohné? ce fût lé roi , mais il ne lé garda gùéi-e , car il passa le pas comme les autres. Il y a plus de 50 ans que tnoi étân| fort petit, m'en allant au collège à Papis, J*ouïs faire ce conte à un vieux chanoine de là , qui avait prés de 80 ans ; et depuis, ce conte est ailé de l'un à l'autre, de chanoine en chanoine. {Brantôme, tomëi.)
complot, est dépouillé de TAnjou. Le comte de Dammartin part avec une année pour le midi, où il va faire une exécution sanglante de tous les ennemis du roi. Le comte d'Armagnac, surpris dans Lectoure, est égorçé par \in archer du roi ; sa femme, enceinte, est empoisonnée ; son frère, Charles d'Armagnac, est jeté dans un cul de basse fosse de la Bastille, où, pendant quatorze ans, il ne vécut que de pain et d*eau.
Que faisait le chef de la féodalité, pendant que Louis XI la traitait de la sorte ? Charles le Téméraire avait alors bien d'autres choses en tête que ses anciens amis de la ligue du bien public ; peu content de la puissance d'un roi, il en voulait aussi le titre, et, plein de cette ambitieuse idée, il se perdait dans des plans gigantesques. Comme il n'y avait rien à gagner du côté de la France, où il avait trouvé un homme capable de lui tenir tête, il semblait la quitter de vue, et songer à se faire Allemand. De toutes parts, il achetait des domaines, il recherchait des amis et des partisans de l'autre côté du Rhin ; on dit même qu'il avait entrepris de se faire nommer empereur, en cas que Frédéric ni vint à mourir. En même temps, il s'emparait de la Lorraine, et s'avançait vers la Suisse, dont il avait résolu la conquête. Mais là aussi ses projets échouèrent, et, là aussi, ce fut encore Louis XI qu'il trouva sur son chemin. Louis XI s'allie avec les Suisses, que Charles veut asservir; il lui suscite un compétiteur au duché de Lorraine dans le jeune René, empêche à force d'or ses acquisitions en Allemagne ; enfin il épouvante le vieux roi René , qui avait promis d'instituer Charles son héritier, et le timide monarque casse son testament. Cette guerre d'intrigues pensa coûter cher au roi de France. Charles, irrité, rentre dans la lice qu'il semblait avoir abandonnée pour toujours, et y ramène le duc de Bretagne, avec le comte de Saint-Pol, auxquels se joint cette fois le roi Edouard IV, qui, trau-
quille enfin sur un trône depuis si longtemps agité, songeait à montrer à la France que, môme après la guerre des deux Roses, r Angleterre était encore à redouter (1474). Mais, par une de ces bizarreries inconséquentes dont la vie de Charles le Téméraire est pleine, au moment de commencer la guerre avec Louis XI, il va s'engager dans une querelle au sujet de l'archevêché de Cologne, et mettre le siège devant la ville de Nuits, qui le retint un an sous ces murs (1474- 1475).
Pendant ce temps, Louis XI lui prenait ses places de Picardie, Roye, Montdidier, Corbie, battait ses troupes et ravageait ses campagnes. Bientôt Edouard débarque à Calais avec une puissante armée, comptant trouver ses alliés en armes, et tout prêts à le recevoir; comme personne ne paraissait, il marche sur Saint-Quentin, qui était occupée par Saint-Pol ; le connétable le reçoit à coups de canon De grosses pluies survinrent, et Tarmée anglaise, mal logée, mal nourrie, parce qu'elle n'avait rien apporté, se fiant sur la promesse du Bourguignon, éclatait en murmures contre lui, quand il arriva avec une armée lasse et délabrée, car elle revenait du siège de Nuits. Edouard le reçut avec hauteur, lui demanda si c'était là ce qu'il lui avait promis ; et Charles, aigri par l'échec qu'il venait d'éprouver, lui répondit si fièrement, que les deux beaux-frères * se quittèrent bientôt ennemis mortels. Ce fut alors que Louis XI se présenta. Libéral et courtois, il se chargea de nourrir cette armée, que l'on avait appelée pour le combattre ; il flatta l'amour-propre d'Edouard, versa l'or à pleines mains sur tout ce qui l'entourait, et le renvoya à Londres enchanté du roi de France et satisfait de quelques légers avantages (traité dePéquigny, 1473). Le duc de Bourgogne se hâta de traiter à son tour (trêve de Soleure, 1475), car
* Charles le Téméraire avait époasé la sœur du roi d'Angleterre.
9M fllSTOIBB DE FBAI^CE.
ses afikireâ sur les bords du Rhin le réclamaient tôUt entier ; et pour accélérer l'affaire, il lui abandonna son ami le connétable de Saini-Pol, qui, depuis quinze ans, s'agitait sans cesse entre les deux grandes puissances de France et de Bourgogne, qu'il s'éfitorçait de mettre aux mains, afin de se rendre nécessaire et de se faire un royaume à leurs dépens ; car lui aussi rêvait la royauté. Cette usurpation du titré de roi, qui semble le comble de Taudace dé la part deé seigneurs, est au contraire la marque la plus évidente die leuf affaiblissement. On ne songeait pas à se foire hommer roi quand il suffisait d'être cotnte pour ne relever de personne. La féodalité aux abois avait compris que la puissance était passée à la royauté, et, pour la ressaisit, elle se reniait eUe-même. Mais ce bizarre expédient ne lui réussit pas. La bâche du bourreau royal fit justice de la tentative du comte de Saint-Pol *; nous allons voir les alliés de Louis XI, les intrépides Suisses, déjouer les projets de GhaHes le Téméraire.
^ Tfans le moment nrriva Jean de ^opincourt , second président du parlement, qui dit an connétable : « Monseigneur, vous savez a que, par l'ordonnance du roi, vous avez été constitué prisonnier « à la BastiUe Saint- Antoine, pour raison de plusieurs cas et crime^ « à vous mis sus et imposés, auxquelles charges vous avez répondu « et été ou! en tout ce que vous avez voulu dire, et surtout avet et baillé vos excusations : et tout vu à grande et mure délibération, « je vous dis et déclare, par arrêt d'icelle cour, que vous êtes cri- « mineux du crime de léze-majesté, et, comme tel, êtes condamné, « par icelle cour, à souffrir mort dans le jour d*bui : c'est à savoir « que vous serez décapité devant l*hôtel de cette ville deParis; et toua les vos seigneuries, revenus, et autres héritages et biens, déclarés « acquis et confisqués au roi notre sire. » Il ne s'attendait pas k une condamnation si sévère, et il en parut surpris. Cependant il ne dit rieii qui marquât de la faiblesse ; mais seulement : « Dieu soit n loué, voici bien dure sentence; je lui supplie et requiers quMI « mé donné grâce de le bien connaître aujourd'hui. » Puis, se re-
Un pn4rc^ap() suisse qui traversait un jour le eomté de Romont, fivec une çhc^rretée de peaux de moutons, ayant été dépouillé par Je coça^e (147S), alla porter sa plante aux Cantqns, qui attaquèrent le seigneur de Bomont. Déjà ils Jui e^vaien^ enlevé la petite ville de Gr^nson quand il appela Je duc de Bourgogne à son secours, et Charles, qui avait à ce yengeip de^ Suisses, arriva bientôt ^yec une armée de 16,000 hommes. (1 lui fut facile de triompher des 800 hom^ mes dont se composait la petite garnison de Granson, et, dans sa rancune barbare contre les Suisses, il les fit pendre toiis sur le^ bords du lap de Neufçhâtel. « Cependant Tar-r paée des puisses av^çait : le duc 4e Bourgogne eut VimT
tournant du côté de M. de Saint-Pierre, il lui dit : « Ah ! M. de « Saint-Pierre, ce n'e^t pas là ce que vous m'aviez toujours pro- « pais.... >>
4- troiç hec^res ^prés midi > H sortie du b^re^u de VPéte|-de- Yille, et monta sur l'échafaud. Il se jeta d'abord à genoux du côt^ de l'église Notre-Dame, et il fut longtemps en prière, baisant c^ç temps en temps» avec de grandes marques de dévotion, une croix que le cordelier lui présentait. Il se leva ensuite « et le nommé petit-Jean , fils de Henri Cousin , exécuteur de la haute justice , ^'approcha pour lui lier les mains ; ce qu'il souffrit bien bénignef ment, dit la chronique. Il se tourna du côté du chancelier, et def autres magistrats et seigneurs qui étaient sur le grand échafaud, et leur dit qu'il demandait pardon au roi, et qu'il les priait d'avoir soin de son âme, ajoutant qu'il ne prétendait pas, pour cela, qu'il Leur en coulât rien du leur. li fit la même demande au peuple, et s'alla mettre à genoux sur un petit carreau de laine, aux armes de la vUle, qu'il rangea avec le pied. Pendant qu'on lui bandait les yeux, il récitait des prières, parlait i son confesseur, et baisait la croix. Ensuite Petit-Jean, ayant pris une épée que son père lui donna, abattit d'un seul coup la tête du connétable. Son corps tomba presque en même temps. Le bourreau prit la léte qu'il plongea dans un seau d'eau, et la montra aux spectateurs, qui étaient bien, dit \li chronique, detuD cent milk penowMê §t mietM^n ( Note du père
prudence d'aller à sa rencontre, et de perdre ainsi Tavantage que la plaine donnait à sa cavalerie. Placé sur la colline qui porte encore aujourd'hui son nom, il les vit fondre du haut des montagnes, en criant : Granson! Gr anson I En même temps, on entendait dans toute la vallée ces deux trompes d*une monstrueuse grandeur, que les Suisses avaient, disaient-ils, reçues autrefois de Charlemagne, et qu'on nommait le taureau d'Uri ei la vache d'Unterwalden. Rien n'arrêta les confédérés. Les Bourguignons essayèrent toujours inutilement de plonger dans cette forêt de piques qui s'avançait au pas de course. La déroute fut bientôt complète. Le camp du duc, ses canons, ses trésors, tombèrent entre les mains des vainqueurs. Mais ceux-ci ne savaient pas tout ce qu'ils avaient gagné. L'un d'eux vendit pour un écu le gros diamant du duc de Boui^ogne; l'argent de son trésor fut partagé sans compter, et mesuré à plein chapeau. Cependant le malheur n'avait point instruit Charles le Téméraire. Trois mois après, il vint attaquer les Suisses à Morat, et éprouva une défaite bien plus sanglante. Les vainqueurs ne firent point de pnsonniers, et élevèrent un monument avec les ossements des Bourguignons. Cruel comme à Morat, fut longtemps un dicton populaire parmi les Suisses (1476). » (Michelet).
Charles n'était plus en état de tenir la campagne, mais cet homme opiniâtre ne voulait point s'avouer vaincu , et ayant appris que le jeune René venait de lui enlever Nancy, il y courut avec la poignée de gens qui lui restait. René le laissa battre la place pendant trois mois, et, quand il le jugea assez épuisé, il vint fondre sur lui à la tête d'une nombreuse armée d'Allemands et de Suisses. Ce fut là que périt sous les piques et les arquebuses suisses , le dernier reste de cette brillante chevalerie bourguignonne qui donnait encore à l'Europe le spectacle d'une de ses anciennes cours féodales, en face de la cour bourgeoise de Louis XI,
et avec laquelle le moyen âge semble expirer en France. Charles, trahi par son conlident Campo-Basso , essaya en vain de s'enfuir: dans la déroute il trouva le pont vers lequel il se dirigeait obstrué par des bagages , et des soldats qui ne le connaissaient point le massacrèrent près d'un marais. On le trouva le lendemain , tout nu , les deux cuisses traversées d'outre en outre d'un coup de pique, et le visage prisdans un glaçon (5 janvier 1477).
Quand Louis XI apprit cette nouvelle, il fit remplacer par une grille d'argent la grille de fer qui entourait la châsse de Saint-Martin, et envoya une armée s'emparer de l'Artois et de la Bourgogne, qui revenait à la couronne par l'extinction de la race mâle de Philippe le Hardi. Il voulut même recueillir l'héritage entier de Charles le Téméraire, et fit proposer à sa fille, Marie de Bourgogne, d'épouser le dauphin de France. Mais le dauphin n'était qu'un enfant de sept ans, et Marie refusa. Ce refus lui coûta cher ; le vindicatif monarque lâche ses émissaires par toute la Flandre, et Marie, pour avoir rejeté la tutelle du roi de France, se voit obhgée d'accepter celle d'une turbulente et grossière bourgeoisie. L'assemblée de Gand, qui avait pris en main le maniement des affaires, avait envoyé ses députés à Louis XI, au nom de la princesse Marie. Louis XI, par une infâme trahison, leur donne une lettre de Marie qui le suppliait de n'accorder créance qu'aux sires Hugonet et Imbercourt. Les Gantois reviennent furieux ; ils insultent Marie en pleine assemblée, et jettent à ses pieds sa lettre à Louis XI, tandis que les gens de métiers se tenaient aux portes, attendant Hugonet et Imbercourt pour les mettre à mort. Déjà ils étaient entre les mains de la populace ; Marie accourt sur la place en habit de deuil , et demande grâce avec larmes pour ses deux serviteurs ; on la repousse, et le bourreau leur tranche la tête devant ses yeux. On lui réservait un plus sanglant affront. Les Flamands tirent
396 HISTOIRE DE PBANGE.
des prisons leur duc Adolphe de Gueldre, un des hommes les plus odieux de Tépoquc, et le lui donnent pour époux. Heureusement pour Tinfortunée qu'Adolphe fut tué dans la première rencontre qu'il eut avec les Français; et, pour échapper à tant d*outrages, elle se jeta entre les bras de Maximilien,le fils de Tempereur Frédéric III.Maximilien ne se contenta pas delà Flandre, et jetant un œil d*envie sur les provinces que Louis XI avait enlevées à Tancien dudié de Bourgogne, il lui déclara la guerre (4 479). Elle dura trois ans, sans autre événement que la bataille de Guinegate, où comme à Montlhéry, on s'enfuit de part et d'autre (i 479), et l'exploit de Coulon, armateur de Normandie, qui attendit la flotte flamande au retour des mers du Nord et lui enleva quatre-vingts vaisseaux : le traité d*Arras, qui mit fin aux hostilités, laissa les choses telles qu'elles étaient au commencement ; la Franche-Comté, la Bourgogne et l'Artois Airent définitivement déclarés provinces françaises, et le duché de Bourgogne, réduit à ses provinces flamandes fut rejeté dans le système de l'empire germanique (4 482). En même temps la puissante maison d'Anjou s'éteignait à son tour dans le midi (mort de René, 1484), et la royauté demeurait seule, enrichie des dépouilles de tant d'ennemis. L'œuvre de Louis XI était terminée, car désormais rien ne pouvait plus tenir devant la volonté royale ; le crime de lèse-majesté était devenu un crime à part*; et de tous les héros de la ligue du bien public, il ne restait plus que le
• « Messieurs, j'ai reçu vos lettres par lesquelles désirez qoe Je remette tes offices que soulolent avoir en parlement matire GuUlaume le Duc, Etienne du Bays, et Guillaume Grignon ; et je vous réponds que la cause pour quoi Us ont perdu leurs olBcea , c'a été pour vouloir garder que le duc de Nemours ne fût puni du crime de léze-majesté, parce qu'il me vouloit faire mourir et détruire la sainte couronne de France, et en ont voulu faire cas civil et punition civile; et pensois, vu que vous étei sujets de ladite couronne.
duc de Bretagne, tremblant et soumis devant l'homme qu'il avait vu si souvent à ses pieds; encore était-il tenu en respect par le camp du pont Saint- Pierre, où le roi avait dix mille archers armés et exercés à la façon des Suisses*
Alors commença pour Louis XI un autre combat. En 1481, une attaque d'apoplexie l'avait mis aux portes du tombeau , et depuis il ne faisait que languir. Cet indomptable caractère ne pha point devant la mort , et quoiqu'il la sentît approcher à grands pas, il voulut lui disputer jusqu'au dernier pouce de terrain. Comme pour lui donner le change, il s'habillait magnifiquement, affectait de paraître en public, et se faisait acheter de tous côtés des armes, des chevaux et des chiens de chasse. Puis il voulut voir s'il ne pourrait pas se sauver par un miracle, et donna ordre à ses gens de se mettre en quête de reliques. On enleva la sainte ampoule à l'église de Reims, et il se frotta par tout le corps de cette huile précieuse , dont on détachait à peine une parcelle pour en oindre le front des rois. Un chanoine venait de mourir à Nevers en odeur de sainteté : il se fit apporter sa soutane et s'en revêtit. Cependant le miracle ne venait pas; il crut qu'au lieu de reliques il lui fallait un saint, et il eut un saint , car tout cédait à cette volonté de fer. Il y avait alors au fond de la Cal£^)re
et y devez votre loyauté, que voui ne voulusslei approuver que l'on fit 81 bon marché de ma peau.
« Et parce que je vois par vos lettres que si faites, je connois clairement qu'il y en a encore qui voulontiers seroient machineurs contre ma personne, et afin d'eux garantir de la punition, ils veulent abolir Thorrible peine qui y être : par quoi sera bon que je mette remède à deux choses: la première, expurger la cour dei telles gens; la seconde, Taire tenir le statut, que jà une fois J'en a fait, que nul en çà ne puisse alléger les peines de crime de lèzemajesté. » ( LeUre de Louis Xi au parlement. )
un saint ermite^ canonisé depuis par l^église^ sous le nom de saint François de Paule, qui était en grande vénération dans Fespritdu peuple, à cause des prodiges qu'il opérait. Louis voulut qu*il vint auprès de lui , et lui envoya une ambassade. Le saint homme ayant refusé, il fallut, pour que le désir du roi fût satisfait , que le pape envoyât deux brefs, et Louis XI eut enfin François de Paule à son chevet. Ce fut entre ses bras qu'il expira, le samedi 30 août de Tannée 1483, âgé de soixante-un ans. Il avait ordonné qu'on Tenterrât dans l'église Notre-Dame de Cléry ; et il tenait si fort à être obéi, même après sa mort, qu'il avait arraché au pape Sixte IV une bulle d'excommunication contre celui qui entreprendrait de le transporter ailleurs.
Louis, en mourant, laissait la France une et forte, et la royauté victorieuse de tousses ennemis. Désormais on pouvait aller en avant. Les uns n'ont vu dans Louis XI que les résultats de son règne, et ils en ont fait un héros en politique; les autres n'ont pensé qu'aux moyens qu'il mit en usage, et l'ont représenté comme une espèce de monstre. Chacun de ces deux points de vue , même pris isolément, manque de justesse. Louis obtint, il est vrai, de grands résultats, mais il faut convenir qu'il fut servi par le hasard, et que l'extinction des deux grandes familles de Bourgogne et d'Anjou l'enrichirent beaucoup plus d'un coup, que ne l'avaient fait ces mille petites confiscations dont son règne est comme criblé. Et quant à cette perfidie, à cette cruauté par lesquelles on a voulu le flétrir, c'était chose commune à cette époque, et pour laquelle Philippe de Valois , Jean le Bon, et jusqu'au fameux Charles V, n'eussent eu rien à reprocher au roi de Loches et de Plessis-les-Tours*. Il n'y
^ Nous ne citons aucun fait; il suffit de feuilleter le premier volume venu deBarante, de Capefîgue, ou même d'Anquetil, pour se convaincre de la vérité de celle osseriion.
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GUERRES D'ANGLETERRE. i!|01
a pas jusqu'à son audace à frapper les sommités féodales , qui ne se retrouve dans l'histoire de ses prédécesseurs. Robert d'Artois échappant à la mort par l'exil, le connétable d'Eu mis à mort par Jean, Charles de Navarre menacé par lui du même sort, étaient certes d'aussi grands personnages que les ducs d'Armagnac et de Nemours , et que ce petit comte de Saint-Pol, dont toute la puissance consistait à s'appuyer du duc de Bourgogne contre le roi de France, et du roi de France contre le duc de Bourgogne. Le côté original de Louis XI n'est donc pas dans sa politique ; il ne fit qu'imiter ses prédécesseurs en les exagérant quelquefois, il est vrai ; c'est dans ses mœurs qu'il faut le chercher , et là encore tout n'est pas personnel. Louis aimait la chasse avec passion comme tous les princes d'alors : il se battait aussi bien qu'un autre ; il donnait dans l'astrologie ; mais depuis longtemps la charge d'astrologue était devenue une charge de la cour , comme celle de grand-boutiUier ou de premier écuyer. Ce qui lui donne une physionomie à part, ce sont les petitesses de son caractère, les bonnes vierges de son chapeau, la crasse de son habit, Olivier le Daim et Tristan l'Hermite. Il ne faut pas croire que ce fut par amour du peuple que Louis XI se complut dans la compagnie des petites gens ; il le traitait fort rudement , ce pauvre peuple , et les plaintes des états de 1484 en font foi ; c'était simplement en lui haine du luxe et de tout ce qui brillait ; haine de la noblesse, dont il n'aimait pas à se voir entouré. Louis XI fut un roi bourgeois, mais par goût et non par politique; c'était un roi de mauvais ton, en un mot, et c'est là surtout ce qui lui valut l'antipathie de nos historiens de cour. Comment pardonner au fils de Clovis, de Charlemagne et de saint Louis d'avoir serré la main à son grand-prévôt et d'avoir été l'ami de son barbier ? Ce n'est pas que nous lui en fassions un titre de gloire. Ces liaisons indisposaient la noblesse, et le peuple n'en était pas plus
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heureux. Une seule chose grandit Louis XI et le plaoe à la hauteur de sa réputation : ce fut cette puissance de volonté à Taide de laquelle il vint à bout de tout. Plein de cette idée que tout devait plier devant la royauté^ il mit la main à Fœuvre, et à sa mort la féodalité était si basse , que ^ quand elle voulut profiter du gouvernement d'une femme et d'un enfant pour tenter de se relever, ses effbrts méritèrent d'être qualifiés par les hommes d'alors du nom de guerre folle.