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II. — Les guerres de Flandre et de Hollande

'EsPACNE, qui n'avait pas signé les traités de Westphalie, combina ses opérations avec celles des frondeurs, et en 1649 l'archiduc s'avança jusqu'à Reims. En Catalogne et en Italie tout se borna à quelques sièges.

La campagne de 1650 ne fut pas heureuse en Italie, où nous perdîmes Piombino et Porto-Lougone, et en Catalogne, où Urgel, Balaguer et Tortose nous furent enlevés. La Champagne était ouverte. En 1651 l'Espagne put, grâce à la défection de Marsin, prendre Barcelone. Le 18 octobre 1652, Condé se jeta dans les bras des Espagnols, et avec leurs troupes prit Chàteau-Porcien, Rhétel, Sainte-Menehould et Barle-Duc. En 1653, à la tête de vingt-cinq mille hommes, il passa la Somme, et Turenne ne put l'empêcher de s'emparer de Rocroi.

Le roi fit ses premières armes au siège de Stenay, que dirigeait Fabert et que protégeait Turenne. Il y paya bravement de sa personne. Turenne, après la prise de la place, courut à Arras, que l'archiduc Léopold assiégeait. Il força ses lignes, et aurait détruit son armée sans Condé, qui couvrit habilement la retraite. Les Espagnols avaient perdu quatre mille hommes et toute leur artillerie (1654).

A la suite du traité du 9 avril 1657 avec Cromwell, six mille Anglais descendirent entre Aire et Saint-Omer, apportant à Turenne le secours de soldats éprouvés. Les opérations devinrent plus actives sans être plus décisives.

Après un échec du maréchal d'Aumont devant Ostende, Turenne assiégea Dunkerque, que Condé^ don Juan d'Autriche et les Espagnols essayèrent de dégager. Turenne alla au-devant d'eu.K, les attaqua avant qu'ils eussent pu mettre en ligne leur artillerie, et les battit aux Dunes (i4Juin 165S). Dunkerque se rendit ; Furnes, Audenarde, Gravelines, Ypres, ouvrirent leurs portes, et don Juan d'Autriche, à qui Condé avait prédit l'issue du combat, recula jusqu'à Bruxelles.

Dès 1656 le roi avait fait inutilement proposer la paix à Madrid. Philippe IV ht en 1659 ce qu'une bonne politique lui eût conseillé dès 1648. Don Louis de Haro conclut avec Mazarin dans l'Ile des Faisans, sur la Bidassoa, le traité des Pyrénées.

L'Espagne remit à la France le Roussillon, la Cerdagne et l'Artois, sauf Aire et Saint-Omer, avec Gravelines, Saint-Venant, Landrecies, Le

Quesnoy, Thionville, Montmédi, Marienbourg, Philippeville, Avesnes. La Lorraine était rendue à Charles IV, à condition qu'il recevrait des garnisons françaises et laisserait à nos troupes un passage vers l'Allemagne. Condé, rétabli dans ses biens et ses honneurs, déclara ne les tenir que « de la seule bonté et du mouvement du roi. )> En épousant Marie- Thérèse d'Autriche, fille de Philippe IV, le roi avait la promesse d'une dot de cinq cent mille écus, et à cette condition il renonçait à la succession d'Espagne.

Vue de Dunkerque.

Philippe IV mourut le 17 septembre 1665, laissant une fille de quatorze ans, fiancée à l'empereur Léopold, et un fils tout enfant. La renonciation de Marie-Thérèse n'avait été prise au sérieux ni par le roi de France, ni par le roi d'Espagne. Louis XIV, sûr des Provinces- Unies, de l'impuissance de l'Empire, de la fidélité de la Suède, du concours de l'Angleterre et de l'appui du Portugal, crut pouvoir revendiquer ce qui, à défaut du paiement de la dot, devait lui revenir. Il déclara qu'il allait

prendre possession du Brabant, du Hainaut, du Limbourg, deNamuret d'Anvers, en vertu du droit de dévolution qui, en Brabant, faisait hériter les enfants d'un premier mariage à l'exclusion de ceux du second. Il avait essayé de gagner sa cause auprès de l'opinion publique par un ouvrage intitulé : Traité des droits de la reine.

Turenne entra dans les Pays-Bas avec trente-cinq mille hommes ; d'Aumont l'appuyait dans la Flandre maritime et Créqui sur le Rhin. Il prit Armentières et Charleroi ; d'Aumont Bergues et Furnes, et leurs forces réunies emportèrent Tournai, Douai, Courtrai et Audenarde. Lille

Louis XIV dans la tranchée devant Tournay, avec sa maison militaire, d'après Charles le Brun. XVH= siècle.

capitula après un siège de neuf jours (27 août 1667), auquel le roi prit part. Marsin, passé au service de l'Espagne, n'avait pas osé la secourir. II fut battu quatre jours après, dans un combat de cavalerie, aux portes de Bruges.

Les Hollandais inquiets firent des propositions de paix, que Louis XIV accepta en déclarant qu'il se contenterait de ses acquisitions; mais, l'Espagne se montrant peu disposée à traiter, il fallait la contraindre. Condé entra le i^r février 1668 en Franche-Comté, où l'arwnt et les promesses avaient préparé ses conquêtes, prit Auxonne le 3, Besanç.on

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le 7, Dôle le 14, et, le 19, la province prêtait serment au roi. La rapidité de ces résultats en augmentait le prix.

La Hollande conclut avec la Suède et l'Angleterre la triple alliance, pour contraindre l'Espagne à la paix et modérer les prétentions de Louis XIV. Le traité d'Aix-la-Chapelle (2 mai 1668) mit fin à la guerre. Le roi garda Bergues, Furnes, Armentières, Menin, Courtrai, Lille, Douai, Tournai, Ath, Audenarde et Charleroi. Il rendit la Franche- Comté.

Mécontent des Hollandais, jaloux de leur puissance maritime et de leurs richesses, irrité de leurs rapports avec les protestants de France et des pamphlets qu'ils répandaient contre lui, il se résolut à la guerre, dont Lionne essaya vainement de le détourner. Il s'assura des alliances ou des neutralités, et commença par une guerre de tarifs. La Hollande déclara au roi qu'elle n'avait pas voulu l'offenser et qu'elle était prête à lui donner satisfaction. Le roi répondit qu'il ferait de ses armements l'usage réclamé par sa dignité, dont il ne devait compte à personne.

Parti de Saint-Germain le 28 avril 1672 après une déclaration de guerre faite de concert avec l'Angleterre à la République, « l'ennemie des monarchies, » il arriva au point où le Rhin se partage en trois branches : le Wahal, le Lech et l'Yssel, et fit passer près de Tolhuys, le 12 juin, une partie de l'armée sur un pont de bateaux et l'autre sur des barques. La cavalerie hollandaise ne put s'opposer à cette opération, qui aurait coûté peu de sang si le duc de Longueville n'eût provoqué par ses bravades une décharge qui le tua et blessa Condé. Boileau célébra, avec l'exagération ordinaire aux poètes, ce passage du Rhin qui, malgré le peu difficulté qu'il présenta, eut l'influence d'une grande victoire.

On avançait méthodiquement, et on prenait des places que l'ennemi osait à peine défendre. Une bataille navale indécise à Southwod entre les Hollandais et la flotte anglo-française amena des propositions de paix, que la mort violente de Jean de Witt et la dictature militaire donnée à Guillaume d'Orange (16 juin 1672) ne firent pas retirer. Pomponne, successeur de Lionne, conseillait à Louis XIV de les accepter, mais Louvois y mit des conditions si excessives que les États résolurent de se défendre jusqu'à la dernière extrémité. Guillaume ordonna de rompre les digues. Toute la Hollande fut inondée ; Amsterdam devint une île défendue par une flotte, et l'armée victorieuse dut s'arrêter devant une ennemie que les armes ne pouvaient vaincre.

Guillaume soulevait l'Europe, les alliances de la France se relâchaient,

et l'hostilité de l'empereur devenait manifeste. Ses troupes passèrent dans l'électorat de Trêves et le Palatinat. Guillaume essaya de les rejoindre et assiégea inutilement Charleroi. Luxembourg allait attaquer La Haye sur la glace, lorsque le dégel l'obligea à revenir vers Utrecht. On négociait et on se battait. Ruyter dispersa deux fois, le 7 et le 9 juin, la flotte anglo-française, et le roi fit capituler Maastricht le 30. Montécuculli, que Turenne n'avait pu arrêter sur le Mein ni Condé dans les Pays-Bas espagnols, joignit Guillaume, prit Bonn (12 novembre), et força les Français à évacuer les places de Hollande. L'Angleterre nous abandonna, et l'Europe tout entière se trouva coalisée contre nous à l'exception de la Bavière et du Hanovre, qui gardèrent la neutralité. Les hauteurs de Louis XIV, son ambition et l'argent des Hollandais avaient opéré ce changement.

Les campagnes de Turenne sur le Rhin et le Weser pendant les années 1672 et 1673, mirent en relief toutes les ressources de son génie, et montrèrent ce que peut l'audace unie à la prudence. Partout il tint tête à l'ennemi avec des forces souvent inférieures, le surprit par la rapidité de sa marche, le déconcerta par la hardiesse de ses plans ; et la valeur de ses soldats, pleins de confiance pour celui qu'ils appelaient « leur père », lui assura des succès que payait l'admiration enthousiaste du pays.

En 1674, pendant que Turenne gardait l'Alsace et la Lorraine, que Navailles occupait Pesmes, Marnay, Gray, Vesoul et Lons-le-Saulnier, Louis XIV prenait Besançon après quinze jours de tranchée ouverte, et Luxembourg avec Lafeuillade occupait toute la Franche-Comté. L'Espagne défendait difficilement cette province lointaine qui ne demandait qu'à prendre place dans l'unité française.

Dans le Hainaut, Guillaume avait inutilement provoqué Condé, mais lorsque le prince vit l'armée hollandaise engagée près de Senef dans les défilés, il l'attaqua, lui fit subir des pertes énormes, et laissa lui-même sur le champ de bataille sept mille hommes, parmi lesquels mille officiers (10 avril 1674).

Turenne passa le Rhin à Philipsbourg pour empêcher la jonction des Espagnols et du duc de Lorraine avec les Impériaux. Il battit les premiers au pont de Sintzheim, s'établit à Landau, et traita le pays avec une rigueur qu'imposèrent les ordres impitoyables de Louvois.

Les troupes allemandes réunies passèrent le Rhin (23 août) sans oser attaquer Turenne. Malgré l'ordre qu'il avait reçu de se replier, il persista

à ne pas s'éloigner. « Je suis persuadé, écrivait-il, qu'il vaudrait mieux pour le service de \'otre Majesté que je perdisse une bataille que d'abandonner l'Alsace. » Il battit l'ennemi à Enshein le 4 octobre, et s'établit à l'entrée des Vosges comme pour y prendre ses quartiers d'hiver. Le 27 décembre, par un froid rigoureux, pendant que les Allemands et le duc de Lorraine sont en pleine sécurité, il porte ses forces par un mouvement rapide à l'extrémité des Vosges, débouche à Belfort, culbute près de Mulhouse la cavalerie, marche sur Colmar, bat complètement à Turkheim

une armée beaucoup plus nombreuse que la sienne, et l'oblige à repasser le Rhin (5 janvier 1675).

Trente mille Impériaux parurent devant Strasbourg, dont les magistrats leur refusèrent l'entrée.

Turenne passa le Rhin , s'établit dans le duché de Bade et y attira MontécuculLi. Ils restèrent en présence pendant six semaines, espérant mutuellement se surprendre ; mais Turenne contraignit, par une série de mouvements habiles, Montécuculli à se replier sur Saltzbach : «Enfin je le tiens ! » s ecria-t-il.

Il prenait les dernières dispositions, lorsqu'un boulet lui traversa le corps et emporta le bras du général de Saint-Hilaire, qui lui montrait une batterie ennemie. Comme le fils du général se jetait en larmes sur son père : « Ce n'est pas moi qu'il faut pleurer, lui dit-il, c'est cet homme dont la perte est irréparable. > Montécuculli, en apprenant sa mort, s'écria : «C'est un homme qui faisait honneur à l'homme. » Louis XIV, au milieu des larmes de la France, témoigna son admiration et sa reconnaissance en lui donnant une sépulture royale à Saint-Denis (27 juillet

1675)- L'armée repassa le Rhin après avoir battu le 2 août les Impériaux,

Michel Adrien de Ruyter, Amiral de la Hotte Hollandaise.

HISTOIRK DE FRANCE.

MontécucuUi traversa Strasbourg et assiégea Saverneet Haguenau, que Condé sauva. Il évita toute bataille, manœuvra avec tant d'habileté et montra tant de vigueur dans de petits engagements, qu'il força l'ennemi

à évacuer l'Alsace. Ce fut sa dernière campagne. Il alla terminer à Chantilly, au milieu d'esprits supérieurs et dans les exercices d'une piété solide, une vie partagée entre de grandes fautes et de glorieux exploits.

Une expédition au secours de Messine révoltée fut marquée par un

combat indécis aux lies Lipari entre Ruyter et Duquesne, et par un grand succès en vue de Catane. La flotte hollandaise y fut fort maltraitée, et Ruyter reçut une blessure dont il mourut. Vivonne et Duquesne remportèrent une victoire en face de Palerme, et la France ne se montra pas moins redoutable sur mer que sur terre (1674- 1676).

Au mois d'avril 1676, Louis XIV prit Condé, Bouchain et Aire. Soixante mille Impériaux entrèrent en Lorraine, investirent Philipsbourg, et y entrèrent malgré la défense énergique de Dufay.

Le 17 mars 1677, Louis XIV prit Valenciennes en plein jour et s'empara de Cambrai et de Saint-Omer. Guillaume, qui venait au secours de cette place, fut complètement battu près de Cassel par le duc d'Orléans, qui lui tua sept mille hommes (i).

Créqui tint en échec le duc de Lorraine, le devança sur la Meuse, l'obligea à rentrer en Alsace, passa le Rhin, battit le prince de Saxe qui s'avançait sur Kehl, dispersa son avant-garde à Kochersberg {7 octobre), et prit Fribourg (15 novembre). Cette brillante campagne, la bataille de Cassel, la victoire d'Espeuilles sur les Espagnols près de Banyuls, les succès aux colonies, rendaient la paix nécessaire. La Hollande la désirait. Louis XIV ne changea rien à ses conditions, et donna aux belligérants un mois pour se décider en prenant l'Europe à témoin de sa modération.

Charles II avait fait avec Louis XIV un trait secret, mais le Parlement, à l'instigation de la Hollande, le contraignit à la guerre (16 janvier 1678). Les hostilités recommencèrent au moment où l'on pouvait croire la paix assurée. Le roi entra aussitôt en Flandre et prit Gand, Créqui battit le duc de Lorraine auprès de Bâle et à Offenbourg, et le rejeta dans le Palatinat. La flotte anglaise était restée dans l'inaction.

Les négociations se poursuivaient, et le traité entre la France et la Hollande fut signé le 11 août à minuit, au moment où allait expirer le délai fixé par Louis XIV. Guillaume en fut si mécontent qu'il n'hésita pas quatre jours après à attaquer Luxembourg, qui était sans défiance auprès de l'abbaye de Saint-Denis en avant de Mons. Luxembourg surpris rallia promptement ses soldats et fit payer aux Hollandais, par la perte de trois mille hommes, cet acte déloyal de leur stathouder.

Par le traité de Nimègue signé le 17 septembre 167S, la France céda

I. Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII, était mort en 1660 ne laissant que des filles. Philippe était le frère de Louis XIV. Il avait épousé la belle et spirituelle Henriette d'.\ngleterre, qui mourut en 1670 et que Bossuet a si admirablement et si justement louée.

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Courtrai, Audenarde, Ath,Charleroi, Binche, Saint-Ghislain, Gand, Lim-

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