I. — LOUIS XIV. Mazarin et la Fronde
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E testament de Louis XIII fut cassé parle parlement pour les entraves qu'il mettait au pouvoir de la reine. Mazarin eut la présidence du conseil. La régente rappela les seigneurs de l'e.xil, rendit à leurs sièges les membres du parlement, et essaya de gagner tout le monde.
Né à Rome, en 1602, d'une famille sicilienne,
Mazarin était venu en 1639 comme nonce en France. Richelieu, qui apprécia rapidement la finesse et les ressources de son esprit, lui fit donner le chapeau de cardinal (1641), et s'en servit pour des négociations délicates. La Rochefoucauld a dit de lui « qu'il avait plus de hardiesse dans le cœur que dans l'esprit, au contraire du cardinal Richelieu, qui avait l'esprit hardi et le cœur timide. »
Toute régence encourage les intrigants et les ambitieux. Les mécontents reparurent à la cour. Ils essayèrent de perdre Mazarin dans l'opinion publique, et, pour en finir plus vite, le duc de Beaufort, fils de Vendôme, essaya de l'enlever. Il échoua, fut enfermé à Vincennes (2 septembre 1643), et ses complices reçurent l'ordre de s'éloigner de la cour. La Cabale des Importants avait duré trois mois.
On essayait de pourvoir à la guerre par des augmentations d'impôts, des aliénations de domaines, des emprunts et des retranchements de rentes. Au mois de mars 1644, le contrôleur général d'Emery voulut faire racheter les contructions élevées sans autorisation dans la zone des fortifications. On se plaignit, et le parlement, toujours en quête de popularité, évoqua l'affaire. Mazarin passa outre, et la chambre des enquêtes, ne pouvant obtenir une assemblée générale, pour laquelle il fallait une autorisation de la régente, suspendit la justice (juillet 1644). Condé soutint par les armes l'opération du toisé. La taxe des aisés, qui atteignit les privilégiés et les membres des cours judiciaires, ne fut admise par le parlement qu'au prix de nombreuses exceptions, et un nouveau tarif des
droits d'entrée à Paris autorisé seulement pour deux ans. Plusieurs édits bursaux furent rejetés.
Le is janvier 1648, le jeune roi tint une séance au parlement, et fit requérir l'enregistrement de six édits. Il ne rencontra pas de résistance, mais, le lendemain, le premier président Mole critiqua ce qu'il avait enregistré. La reine, pour prouver au parlement qu'elle saurait se passer de lui, fit porter les édits à la cour des comptes et des aides.
Conseil de régence d'Anne d'Autriche.
(D'après le tableau de Troy.)
Le bail de la Paulette, qui consacrait le droit de transmission des charges aux héritiers, allait être renouvelé. Le gouvernement y mit pour condition que les magistrats donneraient quatre années de leurs gages en forme de prêt. Le grand conseil et les cours souveraines protestèrent en commun, et le parlement, par un arrêt d'union, affirma leur solidarité (13 mai). Le reine réprimanda le Parlement, fit enlever deux membres du grand conseil, et exila quatre conseillers des aides et des comptes.
Le conseil d'état cassa Xanrt d'union du parlement, mais l'assemblée générale n'en eut pas moins lieu.
Mazarin.qui recommandait la conciliation , l'emporta sur les résistancesde la reine.qui voulait des mesures énergiques. Il fut convenu que la chambre Saint- Louis du parlement ne se réunirait qu'après une autorisation nouvelle. En échange, la régente accorda la suppression des intendants, une chambre de justice, la remise d'un demi-quartier des tailles, la révocation de l'édit du toisé, de quelques édits bursaux, l'engagement de ne créer un impôt qu'après enregistrement, le retour aux ordonnances d'Orléans, de Moulins et de Blois. D'Émery fut renvoyé, parce qu'il fallait une victime.
Pendant le Te Denm chanté à Notre-Dame pour la victoire de Lens, les conseillers Broussel et Blancmesnil furent arrêtés et trois autres exilés. La régente espérait que cette violence passerait inaperçue au milieu de la joie universelle ; mais Broussel était populaire à cause de son opposition aux impôts, et la foule demanda sa liberté, prit les armes, et occupa plusieurs rues pendant que le parlement faisait ses remontrances. Des barricades s'élevè-
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rent jusqu'au Palais-Royal, qui, légué par Richelieu à Louis XIII, était devenu sa demeure. Paul de Gondi, coadjuteur de l'archevêque de Paris, s'était mêlé à l'émeute dans le but d'être agréable au peuple et de se faire valoir auprès de la cour. Il courut auprès de la régente pour lui conseiller de mettre en liberté Broussel. « Allez vous reposer, lui dit Anne d'Autriche : vous avez bien travaillé. » Il sortit décidé à se mettre à la tête du mouvement, où son éloquence, ses libéralités, son habileté dans l'intrigue le rendaient redoutable.
Le lendemain, le chancelier Séguier, qui se dirigeait vers le parlement, fut arrêté par les barricades et poursuivi par le peuple, qui se rendit maître de toutes les portes. Le parlement sortit alors du palais à pied, pour aller en corps demander la liberté de Broussel. Les barricades s'ouvrirent devant lui. La régente rejeta sa demande avec colère.
La populdce furieuse lui ferma la route à son retour, et menaça le premier président Mole. Saisi parla barbe, il se contenta de dire : «Quand vous m'aurez tué, il ne me faudra que six pieds de terre.» Il revint auprès de la régente, qui accorda ce qu'on demandait, à condition que le parlement cesserait jusqu'à la Saint-Martin de s'occuper des affaires publiques. Le soir, la libération des prisonniers avait substitué la joie à la rébellion.
Cependant le parlement délibérait, et la cour regrettait ses concessions. Les ministres Chavigny et Chàteauneuf furent disgraciés, et, le jeune roi ayant été emmené à Rueil ( 1 3 septembre), le mécontentement fut général. Le parlement somma Mazarin de rendre le roi à son peuple. La reine était peu disposée à céder, mais Condé avait pris le parti du parlement. Des conférences ouvertes à Saint-Germain amenèrent une déclaration qui remit le cinquième des tailles, supprima les droits d'entrée, interdit les créations d'offices, et exigea l'interrogatoire dans les vingt-quatre heures de toute personne arrêtée. La cour rentra le 30 octobre.
L'opposition n'avait pas cessé. La Fronde prodiguait les épigrammes, les couplets, les satires et les pamphlets. Le parlement s'efforçait d'accorder sa résistance avec le respect de l'autorité royale. La reine, Mazarin, les ministres, les princes, constamment attaqués, hésitaient entre les mesures violentes et la retraite. Condé, que les instances et les promesses du cardinal avaient ramené, fit prévaloir ce dernier parti, et, dans la nuit du 5 au 6 janvier 1649, la cour se rendit secrètement à Saint- Germain. La régente exposa les motifs de cette retraite dans un mani-
feste OÙ elle disait que les ennemis du roi s'étaient <( portés jusqu'à conspirer de se saisir de sa personne. » Elle exila le parlement à Montargis. Le parlement, soutenu par le peuple, que Gondi excitait, n'obéit pas, et enjoignit à Mazarin de quitter le royaume.
Un gouvernement se constitua à Paris par l'accord des cours souveraines, des corps de ville et du gouverneur, duc de Montbazon. On fit des levées d'hommes et d'argent. Parmi ceux qui avaient suivi la cour, d'Elbeuf, Conti, Bouillon, Longueville, Beaufort, appelé à cause de son langage et de ses manières le roi des halles, ne tardèrent pas à passer à la révolte. C'était le dernier effort de l'aristocratie. Elle fut soutenue par la bourgeoisie, qu'elle dédaignait.
La Provence, la Normandie, Reims, Tours et Poitiers, firent cause commune avec les rebelles. Plusieurs villes furent facilement prises autour de Paris, dont l'armée ne réussit pas à faire entrer des convois, malgré ses plumes, ses rubans, ses chansons et ses forfanteries. Le 8 février,Condé chassa les frondeurs de Charenton après un engagement très vif, et leur inspira un ardent désir de paix. Les conférences ouvertes à Rueil le 4 mars aboutirent le 1 1 à un traité qui annula les actes du parlement et les déclarations royales. Les seigneurs étaient rétablis dans leurs gouvernements, biens et dignités, et l'amnistie effaçait toute trace de la révolte.
Le parlement refusa d'enregistrer le traité, les négociations reprirent, et la reine consentit le i'^'' avril à diminuer les impôts. Elle se réservait d'emprunter en deux ans vingt-quatre millions de livres, et conservait Mazarin, ce qui pour elle valait toutes les concessions.
La tranquillité ne revint pas. La cour était le théâtre d'intrigues continuelles dans lesquelles les femmes jouaient un rôle considérable. A Paris, elles se mêlaient aux fêtes, aux conspirations, à l'organisation des bourgeois, aux expéditions. Mazarin profita du moment de calme que donna le traité pour suivre avec le roi le duc d'Harcourt, qui repoussait l'archiduc et reprenait les places de l'Escaut.
Condé se considérait comme le protecteur de la cour et affectait pour le cardinal un dédain superbe, sans parvenir à lasser sa patience. Mole réussit à les réconcilier, et Mazarin s'engagea à ne disposer sans l'agrément du prince ni d'une charge importante, ni d'une de ses sept nièces. L'orgueil de Condé s'en accrut, et il ne ménagea alors ni Beaufort, ni Gondi, ni Broussel, ni la reine. Mais la reine, que ces hauteurs irritaient, d'accord avec Gondi et le duc d'Orléans, s'assura que la vieille Fronde
HISTOIRK DE FRANCE.
n'agirait pas, et fit conduire à V'incennes Condé, Conti et Longueville. Paris applaudit à cet acte de vigueur qui le débarrassait d'un chef exigeant et mobile. Les amis de Condé quittèrent la cour, et la duchesse de Longueville, après avoir essayé de soulever Rouen, le Havre et Dieppe, se réfugia en Hollande.
Rassuré par l'attitude des populations de Normandie et de Bourgogne, Mazarin somma les révoltés de se soumettre, et, pour leur donner satisfaction, enleva les sceaux à Séguier et les donna à Châteauneuf II n'évita pas la guerre. Au nord, le maréchal du Plessis fit reculer Turenne et les Espagnols. Au midi , la princesse de Condé ayant été reçue à Bordeaux, où la
Réunion de Frondeurs.
(Bibliothèque nationale, récit de l'Histoire de France, 1648-1651 )
noblesse se groupa autour d'elle et où l'Espagne lui fournit des subsides, la cour dut conquérir la province et assiéger sa capitale. La duchesse fut obligée de signer un traité en vertu duquel elle put se retirer dans un de ses châteaux, et d'Épernon, qui avait mécontenté les populations, fut relevé de son gouvernement. Le roi fit une entrée solennelle à Bordeaux (5 octobre 1650).
La cour, de retour à Paris le 15 novembre, fit transférer au Havre les princes prisonniers. Mazarin alla visiter l'armée de du Plessis, qui prit Rhétel et battit, près de Sommépy, les troupes de Turenne, en grande partie espagnoles (17 décembre 1650).
HISTOIRK DK FRANCE.
La médiation d'Anne de Gonzague, princesse palatine, amena la réunion des deux Frondes. Gondi essaya de se rendre nécessaire, et Mazarin perdit l'appui de Gaston, qui, après une scène violente en présence de la reine, alla porter ses plaintes au parlement. Le parlement demanda la liberté des princes et l'éloignement du cardinal. Mazarin quitta Paris le 6 février avec quelques troupes.
Gaston empêcha la reine de le suivre, et obtint la liberté immédiate des princes. Le cardinal les délivra lui-même , et , reçus triomphalement à Paris , ils se réconcilièrent avec Gaston et furent proclamés innocents (27 février 1651).
Mazarin s'établità Brulh, petite ville de l'électorat de Cologne , resta en communication avec la reine, la princesse palatine et les trois secrétaires d'Etat, Servien, Lionne et Le Tellier.
Condé redoublait d'exigences'. Il demandait pour lui, sa famille et ses amis, un si grand nombre de gouvernements que l'on pouvait croire à son dessein de se faire proclamer roi. Mazarin le combattait en recommandant à la reine de s'appuyer sur le coadjuteur et de lui faire donner le chapeau. La haine de leur ambition rivale s'en accrut, et lorsque la reine le dénonça aux cours souveraines, Gondi en armes était prêt à soutenir cette déclaration. Condé était sur ses gardes, et le parlement faillit devenir un champ de bataille.
statue de Condé, pat David d'Angers, Musée du Louvre.
Les armes valaient mieux pour Condé que les intrigues. Il craignit d'ailleurs une seconde arrestation, et il partit pour la Guyenne, où il se trouva bientôt à la tête d'une armée que soutenaient les subsides de l'Espagne, les sympathies des protestants et celles de Cromwell. Un prince français réunissait ainsi contre sa patrie deux puissances contre lesquelles elle avait eu si souvent et si longtemps à lutter.
Le 7 septembre 1651, le roi fut déclaré majeur. Condé commença la guerre, fut repoussé de Cognac par d'Harcourt, et obligé de se retirer derrière la Charente. Le 5 décembre, le parlement enregistra une déclaration de lèse-majesté contre Condé, Conti, la duchesse de Longueville, La Rochefoucauld et Nemours.
Mazarin, assuré de Mercœur, de Bouillon et de Turenne, entra en France avec des troupes et fut reçu à Sedan par Fabert. Le parlement mit sa tête à prix en le déclarant perturbateur du repos public et criminel de lèse-majesté. Il arriva le 30 janvier 1652 à Poitiers, où Anne l'attendait, et où le roi le reçut moins comme un serviteur que comme un ami. La cour l'assura de son dévouement et les anciens ministres rentrèrent en fonctions.
La guerre reprit sur la Seine, en Beauce et sur la Loire. Turenne attaqua Orléans, que Mademoiselle de Montpensier défendit. A cette nouvelle, Condé, qui était derrière la Garonne, part, traverse la France sous un déguisement, passe la Loire à la Charité, s'empare de Montargis, tombe sur d'Hocquincourt, dont les forces étaient dispersées, le met en déroute et menace la cour. Turenne, avec quatre mille hommes, résiste à douze mille, soutient pendant tout un jour l'attaque de Condé à Bléneau, et donne au roi le temps de s'échapper. « Vous avez sauvé l'État, lui dit Anne en pleurant ; sans vous il n'y eût pas eu une ville qui n'eût fermé ses portes au roi » (7 avril 1652).
Les deux armées se dirigèrent sur Paris, où Condé entra seul. Il tenta vainement de décider le parlement et les bourgeois à s'unir à lui. Pendant ce temps, Turenne battait son armée devant Etampes (4 mai 1652), d'Harcourt l'emportait en Guyenne, et les Espagnols étaient contraints de quitter la Champagne. Dans cette situation périlleuse, Condé fit de suprêmes efforts pour entraîner Paris. Grâce au concours de gens sans aveu, il souleva le peuple contre le parlement et les bourgeois. Le palais fut ensanglanté, et des bandes envahirent l'Hôtel-de-Ville, demandant l'union avec les princes. Les insurgés allaient plus loin, et la victoire de ce parti eût été certainement fatale à ceux qui prétendaient le conduire,
mais la question qui s'agitait à Paris fut tranchée à ses portes par les armes.
Les Espagnols envoyaient dix mille aventuriers à Condé. L'argent de Mazarin les arrêta. Turenne prit alors l'offensive, et son mouvement obligea Condé à s'établir entre la Marne et la Seine. Le 2 juillet 1652, une lutte violente s'engagea devant le faubourg Saint-Antoine entre son arrière-garde et Turenne, qui lui fit subir de grandes pertes. Il était désespéré : « J'ai perdu tous mes amis, s'écriait-il, il ne me reste plus qu'à mourir. » Mademoiselle, qui tenait la Bastille, le sauva en faisant tirer sur les troupes du roi. Condé entra dans Paris, et Turenne fut obligé de se retirer sur Saint-Denis.
Cette journée amena autour de Condé tous les hommes qui vivaient de la guerre civile. Une assemblée de magistrats, de membres du parlement, de l'Université, de curés et de commandants des quartiers convoqués à l'Hôtel-de-Ville, repousse la proposition d'union entre la ville et les princes, et demande le retour du roi. Le peuple se soulève. Uni aux soldats, il parcourt les rues aux cris de : A bas les Mazarins ! On tire sur l'Hôtel-de-Ville ; la foule y pénètre, tue, saccage et incendie. Condé, par dédain ou par impuissance, laisse toute liberté à la fureur populaire, et Mademoiselle sauve avec peine quelques malheureux.
La populace était maîtresse, et Condé embarrassé d'une responsabilité terrible. Une assemblée de notables, dominée par la terreur, décida l'union de la ville et des princes. Gaston fut nommé lieutenant-général, Condé commandant de l'armée, Beaufort gouverneur de Paris et Broussel prévôt des marchands.
Un arrêt du conseil cassa ces nominations, défendit de payer les impôts aux rebelles et transféra le parlement à Pontoise. Les Frondeurs se découragèrent. Gondi alla supplier le roi de revenir et d'éloigner le cardinal. Mazarin, qui jugeait une retraite momentanée utile au rétablissement définitif de son pouvoir, ne fut peut-être pas étranger à cette démarche. Il se rendit le 19 juillet 1652 à Bouillon. La réaction se fit alors rapidement dans les esprits, et l'apparition du duc de Lorraine à Brie- Comte- Robert, où Condé le rejoignit, ne l'arrêta pas. Paris demandait son roi. A la paille, signe de ralliement des ennemis de Mazarin, avaient succédé les rubans blancs, couleur royale, et l'enthousiasme fidèle avait remplacé la révolte. Louis XIV rentra dans Paris le 21 octobre 1652, au milieu d'une foule qui l'acclamait comme un sauveur. Le parlement reprit ses séances, mais le roi lui défendit dans un lit de justice « de faire aucune
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délibération sur les affaires d'État et les finances.» Un procès contre Condé aboutit à une condamnation à mort pour félonie (27 mars 1654). Gaston, Mademoiselle, Beaufort, Longueville furent exilés. Paris perdit ses privilèges et reçut une garnison. Louis XIV, qui n'oublia jamais les humiliations de la royauté, fit lacérer par les mains du bourreau les registres du parlement et de l'Hotel-de-Ville qui en conservaient le souvenir. Ces faits n'expliquent pas moins que son caractère, son absolutisme,
La Fronde était finie. Mazarin rentra le 3 février 1653, et redevint
Ni
Combat du faubourg Saint-Antoine.
(Bibliothèque nationale, lécit de l'Histoire de France, 1652-1656.)
maître sans abuser de son triomphe. Il reconstitua le ministère, confia les finances à Servien et à Fouquet, rappela Le Tellier et Lionne, fit de nouveaux maréchaux et récompensa sans punir. Retz, emprisonné, se démit de l'archevêché de Paris, et on le laissa s'évader. Il habita successivement Rome, Besançon, Constance, Francfort, la Hollande, Saint- Mihiel, Commercy et Saint-Denis, où il mourut en 1678, après avoir inutilement dépensé pour le service d'une ambition égoïste de brillantes qualités et payé ses énormes dettes.
Le roi fut sacré à Reims le 7 juin 1654. Il avait fait le 17 avril précédent un acte de vigueur. Un édit établissant un impôt sur le papier
Sacre de Louis XIV, d'après Le Pauire.
timbré avait été présenté au parlement, qui voulut l'examiner dans une assemblée des chambres. Le roi, qui chassait à Vincennes, en revint brusquement, et entra dans la grand'chambre en équipage de chasse.
« Messieurs,dit-il,on sait les malheurs qu'ont produits vos assemblées (i) ; j'ordonne qu'on cesse celles qui sont commencées sur mes édits. Monsieur le premier président, je vous défends de souffrir ces assemblées, et à pas un de vous de les demander. »
Mazarin était en relations secrètes avec Cromwell pendant que le roi donnait à la femme et aux enfants de Charles I*^"" une hospitalité peu généreuse. Il conclut avec l'Angleterre (3 novembre 1655) un traité de commerce lui assurant le traitement de la nation la plus favorisée, à charge de réciprocité.
A la mort de l'empereur Ferdinand III, Louis XIV brigua la couronne impériale, moins dans le but d'obtenir une dignité plus gênante qu'utile, que dans l'espoir de s'assurer des alliances.
Il épousa, d'après les stipulations du traité des Pyrénées, Marie-Thérèse, fille de Philippel II d'Espagne, et fit avec elle une entrée solennelle à Paris (1660). Mazarin, qui venait de terminer une grande guerre, lui apprenait son métier de roi, et fondait les plus fermes espérances sur les qualités solides qui devaient faire sa grandeur. Il lui avait conservé son royaume au milieu des orages de la régence, et s'était montré capable de surmonter ou de tourner les plus grandes difficultés. Il n'avait pas moins songé à sa propre fortune qu'à celle de la France. Il servit sa famille, procura de brillants mariages à ses nièces, et mourut à Vincennes le 9 mars 1661, regardant la mort sans défaillance, mais laissant voir le regret de quitter ses objets d'art, ses richesses, ses tableaux, ses diamants et le pouvoir. Il disposa de ses biens en faveur de sa famille après avoir dit au roi : «Tout ce que j'ai est vôtre. » Sa bibliothèque fut plus tard ouverte au public « pour la commodité et la satisfaction des gens de lettres. » Les Mazarinades, qui l'ont si vivement attaqué, brillent par l'esprit plus que par la justice, et sont inspirées par la passion plus que par la vérité. Elles n'enlèvent rien à sa gloire, et on peut dire avec lui que « si son langage n'était pas français, son cœur l'était. »
I. Le parlement, qui était un corps judiciaire, formait un corps politique par la ramion de toutes les chambres, auxquelles se joignaient les pairs.
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