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dite. La Courcachait sous une décence extérieure des faiblesses coupables, et le vice se revêtait de dehors trompeurs. Le roi essaya sans doute de racheter dans ses trente dernières années les scandales de sa vie, mais le mal chemina secrètement. Sous la régularité apparente d'une Cour devenue décente on put pressentir les turpitudes de la régence.
Le travail accompli de 1661 à 171 5 pour l'organisation de la France est considérable. Il tendit à une centralisation excessive qui énerva les forces vives de la nation, et fit de Louis XIV un des précurseurs de la Révolution, Le pouvoir, respecté en lui, ne pouvait plus l'être sous un roi faible, et, responsable de tout, il devait être en proie à des attaques redoutables ou à un abandon funeste. Ce que le protestantisme quoique comprimé, la jansénisme quoique persécuté, le gallicanisme quoique abandonné, avaient laissé dans les esprits, devait encourager la révolte, relâcher tous les liens sociaux, entretenir les antagonismes, et préparer des catastrophes qui sont les châtiments des peuples et des souverains.
Louis XIV eut le bonheur de voir naître ou grandir des hommes supérieurs qu'il sut discerner et faire servir à la gloire de la France. « Ce monarque, dit l'abbé Maury (i), eut à la tête de ses armées Turenne, Condé, Luxembourg, Catinat, Créqui, Boufllers, Montesquiou, Vendôme et Villars. Château- Renaud, Duquesne, Tourville, Dugay- Trouin commandaient ses escadres; Colbert, Louvois, Torcy étaient appelés à ses conseils ; Bossuet, Bourdaloue, Massillon lui annonçaient ses devoirs. Son premier sénat avait Mole et Lamoignon pour chefs. Talon et d'Aguesseau pour organes. Vauban fortifiait ses citadelles ; Riquet creusait ses canaux ; Perrault et Mansard construisaient ses palais; Puget, Girardon, le Poussin, le Sueur et le Brun les embellissaient ; Le Nôtre dessinait ses jardins; Corneille, Racine, Molière, Ouinault, La Fontaine, La Bruyère, Boileau éclairaient sa raison et amusaient ses loisirs ; Montausier, Bossuet, Beauvilliers, Fénelon, Huet, Fléchier, l'abbé de Fleury élevaient ses enfants. C'est avec cet aug-uste cortègfe de génies immortels que Louis XIV, appuyé sur tous ces grands hommes, qu'il sut mettre et conserver à leur place, se présente aux regards de la postérité. »
L'Académie française avait été fondée en 1635 par Richelieu pour fixer et polir la langue. L'académie de peinture et de sculpture est de 1648. Colbert créa en 1663 l'académie des inscriptions et belles-lettres, en 1666 celle des sciences et celle de musique, en 1671 celle d'architec-
l . Discours de réception à l'Académie française le i" janvier 1785 .
HISTOIRK DE FRANCE.
iuvQ. "Le Journal des savants commença sa publication en 1666, et les pensions aux écrivains, aux savants et aux artistes se multiplièrent dès 1663. Elles ne furent pas toujours en rapport avec le mérite, mais elles restèrent un encouragement et une récompense. La Fontaine est le seul que le roi ait négligé. On voudrait pouvoir attribuer cette exclusion à sa conduite longtemps peu morale, et à certains de ses ouvrages.
Une liste des poètes, des orateurs, des historiens, des philosophes, des artistes, des savants et des érudits serait insuffisante, et une appréciation, même sommaire, trop longue. Il suffit à l'historien de constater que ce siècle est une des grandes époques de l'humanité, et de dire après
Une séance de l'Académie française au Louvre sous Louis XIV.
Sully : « C'est au monarque que retourne de droit la plus grande partie de la louange qui est due à une bonne administration ; car ce ne sont jamais les bons sujets qui manquent aux rois, mais les rois qui manquent aux bons sujets. »
Le XVI le siècle eut le tort de condamner l'art du moyen-âge. Il l'appelait barbare parce qu'il n'avait plus la foi vigoureuse, naïve et profonde qui a inspiré tant d'auteurs inconnus de chefs-d'œuvre. Il y substitua quelque chose de correct et de majestueux dont l'harmonie dissi-
Val de Grâce,
mula l'absence d'élan. Il ne faut pourtant pas oublier des monuments remarquables parmi lesquels on peut citer, le Val de Grâce, dont le dôme élégant et majestueux fut décoré par Mignard ; l'Observatoire, œuvre de Perrault; les portes Saint-Denis et Saint-Martin, les Invalides, les places Vendôme, du Carrousel et des Victoires, les Tuileries agrandies, le collège Mazarin aujourd'hui l'Institut, la colonnade du Louvre, Versailles, dont les travaux, comrnencés en i66i,se continuèrent jusqu'en 1715, le grand Trianon, Marly. A ces créations et à ces agrandissements se joignirent des restaurations et des embellissements aux châteaux de Saint-Germain, de Fontainebleau, de Chambord, de Saint- Cloud et de Sceaux. Comme tous les conquérants, Louis XIV fut un grand bâtisseur.
Louis XIV a vu mourir saint Vincent de Paul (1660) et naître J.-B. de La Salle (i 651), l'apôtre de la charité et le fondateur des écoles chrétiennes pour les enfants pauvres. Les créations de ces deux saints sont de celles qui résistent au temps, et que les générations bénissent parce qu'elles y trouvent le soulagement de leurs misères et le préservatif contre un grand mal moral : l'ignorance.
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