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III. — Les Guerres

Ubois avait fait alliance avec l'Angleterre, la Hollande et l'Empire pour combattre l'Espagne. Le traité de janvier 1720 termina cette lutte, qui nous coûta fort cher, et eut pour effet d'affermir la domination de l'Autriche sur l'Italie et celle de l'Angleterre sur les mers.

Le duc de Bourbon, par le renvoi de l'infante, avait légué à Fleury une querelle avec l'Espagne. Le congrès de Soissons (1728) brouilla

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l'Espagne et l'Autriche. Afin d'envenimer le désaccord, la France et l'Angleterre garantirent par le traité de Séville (1729) les duchés italiens à l'Espagne, et, après la mort d'Antoine Farnèse, le 10 janvier 173 1, don Carlos devint duc de Parme et de Plaisance. Fleury croyait la paix assurée, mais l'Angleterre venait de signer, le 16 mars, un traité avec l'empereur. Charles VI demandait l'acceptation de \-di pragmatique sanction, par laquelle il déclarait son héritière sa fille Marie-Thérèse. La Prusse et l'Angleterre l'avaient reçue, et la diète de Ratisbonne la ratifia le II janvier 1732. La succession de Pologne vint tout remettre en question.

Auguste II était mort le i^r février 1733. Elu en 1697, il avait été déposé en 1704, et remplacé par Stanislas Leczinski. 11 l'avait chassé, et, renvoyé lui-même en 1 706, il était redevenu roi en 1 709. La diète polonaise se tourna vers Stanislas, qui se rendit en secret à Varsovie, et fut élu par soixante mille voix. Mais ce que les Polonais élèvent rapidement, ils le renversent avec une égale promptitude. Une nouvelle élection, faite sous la pression étrangère, donna le trône à Auguste III.

La France ne paraissait pas avoir d'intérêt direct dans cette affaire, mais rien de ce qui se passait en Europe ne pouvait la laisser indifférente. Les Polonais sont les Français du Nord. Une princesse polonaise était sur le trône de France, et l'honneur voulait que l'on n'abandonnât pas son père. Enfin ce qui pouvait seconder la politique autrichienne devait nous trouver hostiles.

L'opinion publique était favorable à une intervention en faveur de Stanislas, et la noblesse la demandait avec instance. Fleury, qui aimait la paix et cherchait les économies, fut entraîné, promit des secours aux Polonais et déclara la guerre à l'Autriche.

Une armée russe chassa Stanislas de Varsovie et l'investit à Dantzig. Fleury n'intervint que timidement et lui envoya un vaisseau, quinze cents hommes et trois millions.C'était trop si on voulait lui faire honneur, trop peu si on prétendait le servir. Mais le ministre ne voulait ni déclarer la guerre à la Russie, ni porter ombrage à l'Angleterre.

La Peyrouse-La Mothe ne put entrer dans la place, et se retira à Copenhague pour attendre des se:;ours. Le comte de Plélo, ambassadeur en Danemark, ramena son petit corps devant Dantzig, et tenta de percer l'armée russe pour se joindre aux assiégés. Il fut tué dans cette tentative héroïque, après avoir franchi les trois premières lignes, et La Peyrouse ramena les débris de cette vaillante troupe. Dantzig capitula le 28 juin

1734. Stanislas, dont la tête avait été mise à prix, parvint à se sauver sous un déguisement, se réfugia à Kœnigsberg et, après avoir vainement tenté de relever ses affaires, se retira en France.

La partie était perdue en Pologne, mais la France avait deux armées, l'une sur le Rhin, commandée par Berwick, l'autre en Italie par Villars.Elle avait conclu avec la Savoie et avec l'Espagne le traité de Turin, qui promettait au duc le Milanais, et au roi, pour son fils don Carlos, le royaume de Naples.

Après avoir pris Kehl, Berwick eut la tête emportée par un boulet au siège de Philipsbourg (12 juin 1734). «J'ai toujours dit, s'écria Villars, que cet homme était plus heureux que moi. » Noailles et d'Asfeld, qui le remplacèrent, obligèrent la ville à capituler, malgré Eugène et cent mille hommes.

Villars s'empara du Milanais, presque sans combattre, et mourut à Turin le 17 juin 1734, à l'âge de quatre-vingt-deux ans.

Fidèle à la tradition de sa famille, Charles-Emmanuel, successeur de Victor- Amédée, négocia secrètement avec l'Autriche et compromit la campagne. Coigny et de Broglie, successeurs de Villars, tuèrent à Parme (29 juin) dix mille hommes aux Autrichiens, en perdirent quatre

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mille, ne profitèrent pas de cet avantage, et remportèrent le 19 septembre, à Guastalla, un second succès aussi sanglant et aussi inutile que le premier. Les Autrichiens firent passer dans le Milanais leurs troupes de Naples. Don Carlos s'y jeta avec une petite armée, les battit à Bitonto et s'empara de toute la Sicile.

La menace d'une diversion en Hongrie parles Turcs et l'intervention de l'Angleterre et de la Hollande déterminèrent l'empereur à demander la paix. Elle fut signée à Vienne le 3 octobre 1735. Stanislas, renonçant à la Pologne, reçut les duchés de Lorraine et de Bar, qui, à sa mort, reviendraient à la France. François II, de Lorraine, qui devait l'année suivante épouser la fille de Charles VI, fut déclaré héritier du dernier Médicis, grand-duc de Toscane. L'empereur eut Parme et Plaisance, don Carlos Naples, la Sicile et les présides ou forteresses de la côte de Toscane. On reconnut au duc de Savoie le pays de Tortone et de Novare. La pragmatique sanction de Charles VI fut acceptée par toutes les puissances. Il mourut le 20 octobre 1^40. Sa fille Marie-Thérèse, âgée de vingttrois ans, prit possession de ses Etats héréditaires, associa au gouvernement son mari François de Lorraine, et le présenta comme candidat au trône impérial, malgré les plus vives protestations et les menaces.

Charles-Albert, électeur de Bavière, descendant d'une fille de Ferdinand I^r, Philippe V d'Espagne, issu par les femmes de Charles-Quint, Frédéric-Auguste, électeur de Saxe, gendre de Joseph I'^'', faisaient valoir les droits du sang et réclamaient la succession entière ; Charles- Emmanuel, roi de Sardaigne, voulait le duché de Milan, et Frédéric 1 1 de Prusse la Silésie. Charles- Albert demanda l'appui de la France, que l'opinion publique lui fit accorder.

Frédéric II engagea la lutte. Il venait de succéder (1740) à son père Frédéric-Guillaume. Roi d'un État de deux millions d'habitants, avec un trésor de quarante millions et une armée de soixante mille hommes, avide de conquêtes, plein d'énergie, sans croyances et sans scrupules, il avait l'audace qui fait tenter les grandes entreprises et le génie militaire qui les fait réussir. Il envahit la Silésie sans déclaration de guerre. Puis il offrit à Marie-Thérèse une alliance offensive et défensive, si elle consentait à reconnaître sa conquête. Marie-Thérèse répondit par l'envoi de trente mille hommes. Les armées en vinrent aux mains à Mohvitz, sur la Neiss, le 20 avril 1741. Les Autrichiens furent complètement défaits, et la Silésie resta au vainqueur.

Le maréchal de Belle-Isle, petit-fils de Fouquet, ambassadeur à la diète,

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prépara une coalition contre l'Autriche. Un premier traité fut signé à Nymphenbourg, près de Munich, le i8 mai 1741, entre la France, la Bavière et l'Espagne. Un second avec Frédéric, le 5 juin, fut suivi de conventions avec la Sardaigne et la Saxe. Mais la coalition ne faisait pas l'entente, chacun ayant ses vues et son ambition. Marie-Thérèse, de son côté, s'assura le concours de l'impératrice de Russie, Elisabeth, et de l'électeur de Hanovre. La Hollande et l'Angleterre restèrent neutres.

Fleury forma deux armées de quarante mille hommes chacune. La première, commandée par Maillebois, marcha sur le Hanovre, et Georges II, qui craignit pour ses États héréditaires, signa le 16 septembre une convention de neutralité. La seconde, sous la conduite de Belle- Isle, entra en Autriche, occupa Linz et parut en vue de Vienne. Marie-Thérèse se réfugia en Hongrie, où le sentiment national lui donna une armée qui jura de mourir « pour son roi >>. Les Français unis aux Bavarois n'osèrent pas faire le siège de Vienne, et les hésitations de Charles- Albert, qui avait pris à Lintz le titre d'archiduc d'Autriche, permirent à François et à Charles de Lorraine de se jeter dans la Bohême et de séparer les deux armées françaises. L'électeur et les généraux français firent cependant le siège de Prague, qu'ils occupèrent, grâce à l'audace de Maurice de Saxe, fils naturel d'Auguste, ancien roi de Pologne, et à la valeur de Chevert et du comte de Broglie.

Le 24 janvier 1742, l'électeur de Bavière, élu empereur à la diète de Francfort, fut proclamé sous le nom de Charles VII. Peu de jours après, les Autrichiens firent capituler quinze mille Français laissés à Lintz, sous le commandement de Ségur, pillèrent Munich et ravagèrent la Bavière. Les princes allemands, ramenés par l'intérêt vers la maison d'Autriche, manifestaient des dispositions qui obligèrent à de nouveaux efforts. Une troisième armée française entrait en Bavière, pendant que l'Angleterre promettait son appui à Marie-Thérèse, que la Prusse concluait un armistice, et que la Sardaigne s'éloignait de la coalition.

Peu soucieux de sa parole, Frédéric se rapprocha des Saxons et des Français, descendit en Moravie et se dirigea sur Prague. Attaqué le 10 mai à Chotusitz, il battit les Autrichiens. Broglie obtint sur eux un avantage à Sohay, mais Frédéric, par un retour inattendu, nous abandonna, au prix de la Silésie que lui laissa Marie-Thérèse par le traité de Breslau. La Saxe donna une adhésion intéressée à ce traité.

La situation des Français en Bohême et en Bavière devenait critique. Nos armées tentèrent vainement de se rejoindre, Prague fut bloquée et.

après une défense héroïque de Chevert, obligée de se rendre. Cent mille Français étarient entrés en Allemagne ; Belle- Isle parvint,par une retraite habile et au milieu de cruelles souffrances, à en ramener trente-cinq mille. Les Suédois au nord et les Espagnols en Italie n'avaient pas été plus heureux.

Georges II, avec quarante mille hommes, fut enfermé par Noailles entre Hanau et Aschaffenbourg. Pour sortir de cette situation périlleuse, il attaqua le corps qui lui fermait le passage au défilé de Dettingen. Si Grammont avait obéi aux ordres de Noailles, c'était un désastre pour les Anglais. Attaqués précipitamment , ils s'échappèrent , après nous avoir tué six mille hommes et en avoir perdu la moitié (27 janvier 1743). Cette défaite nous rejetait sur nos frontières.

L'invasion de la France fut décidée; mais les intérêts étaient trop divers pour qu'on s'entendit, et la double attaque contre l'Alsace et la Lorraine ne réussit pas. Le 1 3 septembre, le roi de Sardaigne, par un traité avec l'Autriche et l'Angleterre.s'engageaà prendre une part active à la guerre. L'Espagne demanda du secours à la France, et Maurepas traita avec elle, à Fontainebleau, le 25 octobre 1743.

On fit les plus grands préparatifs pour une lutte sur terre et sur mer. Le cardinal de Tencin obtint que l'on secondât une tentative de Charles- Edouard, fils de Jacques III. Pour l'empêcher, la flotte anglaise attaqua, dans la Méditerranée, des vaisseaux espagnols que soutinrent les Français. La victoire resta indécise après une lutte meurtrière. Quelques jours après, l'embarquement put se faire à Dunkerque ; mais une tempête fit plus de mal qu'une bataille ; il fallut renoncer à l'expédition {15 mars 1744) . Le 5 avril, une ligue fut signée entre la France, Charles VII, Frédéric II, le roi de Suède et l'électeur palatin. Elle avait pour but le maintien de Charles VII comme empereur, la délivrance de la Bavière et la conservation de la Silésie par la Prusse. La France ne demandait rien pour elle-même.

Le prince de Conti était en Italie et Coigny sur le Rhin. Deux armées furent envoyées en Flandre sous le commandement du maréchal de Noailles et de Maurice de Saxe. Le roi se rendit le 3 mai dans l'armée' de Noailles, et assista aux sièges de Menin, d'Ypres et de Furnes. La marche de Charles de Lorraine sur l'Alsace, la prise de Lauterbourg[et de Weissembourg, et la retraite de Coigny sur Haguenau, déterminèrent le roi à courir en Alsace. Le 4 août il était à Metz; le 8, il tombait •malade et se trouvait à l'extrémité. La douleur fut générale et se mani-

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festa par un concours immense dans les églises et une insatiable avidité de nouvelles. Le péril lui inspira une belle parole : « Souvenez-vous, dit-il au maréchal de Noailles, que lorsqu'on portait Louis XIII à Saint- Denis, Condé était vainqueur à Rocroi. » 11 se prépara à la mort, condamna ses désordres et reçut les sacrements. La nouvelle de son retour à la santé fut reçue avec enthousiasme et célébrée par d'unanimes actions de grâces. « Ou'ai-je donc fait pour être tant aimé ? » disait-il avec étonnement. Il n'eût tenu qu'à lui de mériter cet amour.

L'entrée de Frédéric II en Bohême rappela Charles de Lorraine. Coigny en profita pour assiéger Fribourg, qui capitula le S novembre. En Flandre, le maréchal de Saxe garda les villes conquises, et en Italie, Conti et le général espagnol La Mina défirent complètement auprès de Coni \'ictor-Amédée, qui venait au secours de la place. Mais ils ne profitèrent pas de ce succès, et, abandonnant le siège, repassèrent les Alpes. Frédéric, pressé par Charles et Traun, supérieurs en forces, se retira de la Bohême par la Saxe.

Charles \'II mourut à ^Munich le 20 janvier 1745. La politique de Marie-Thérèse, habile et résolue, ramena quelques-uns des ennemis, en désarma d'autres par des concessions et désintéressa les rivaux. François fut élu empereur le 13 septembre 1745 et prit le nom de François I^''.

Le maréchal de Saxe avait en Flandre soixante-seize mille hommes à qui les Anglais, les Hollandais et les Autrichiens ne pouvaient en opposer que soixante mille. Il assiégeait Tournai (i^"" mai) et occupait aux environs de fortes positions. L'ennemi attaqua le 11. Les Anglais, refoulés vers Fontenoy, formèrent une colonne qui s'avança lentement, protégée par la cavalerie et soutenue par l'artillerie. Arrivés devant le régiment des gardes françaises, les officiers anglais s'avancèrent, saluèrent et dirent : « Messieurs, tirez les premiers. » Le comte dAuteroche leur répondit : « ^Messieurs, nous ne tirons jamais les premiers. Tirezvous-mémes. » La première décharge nous coûta vingt-trois officiers et trois cent quatre-vingts soldats. Les gardes françaises, écrasées par le nombre, plièrent, et, à deux heures, on put craindre que l'armée fût coupée.

Le roi voulut rester à son poste, malgré le danger. La terrible colonne anglaise semblait maitresse du champ de bataille, mais, attaquée de toutes parts et foudroyée en face par une batterie rapidement établie, elle se rejeta sur ses réserves. Cette journée, où le succès fut vaillamment disputé, nous coûta sept mille hommes et douze à l'ennemi. Elle nous valut Tournai, Gand, Audenarde, Bruges, Dendermonde et Ostende.

Le 4 juin, Frédéric, à qui la victoire de Fontenoy arrachait des compliments ironiques, battait complètement les Autrichiens à Hohenfriedberg et écrivait à Louis XV : « J'ai acquitté la lettre de change que V. M. a tirée sur moi à Fontenoy, » ce qui ne l'empêchait pas de se montrer disposé à accepter de Marie-Thérèse des propositions de paix.

Les Autrichiens envahirent la Silésie et, quoique battus à Sorr, se dirigèrent sur le Brandebourg. Frédéric les prévint, réduisit à l'impuissance Auguste III, et, par un traité signé à Dresde, le 25 décembre, reconnut le nouvel empereur, moyennant la cession définitive de la Silésie. L'électeur palatin suivit son exemple.

Les efforts de l'Autriche en Allemagne avaient diminué ses forces en Italie. Les Franco-Espagnols attaquèrent les Autrichiens et les Piémontais. L'infant don Philippe écrasa ces derniers à Bassignano (27 septembre 1745), prit Alexandrie, Tortone, Parme, Plaisance, Milan, et rejeta les Autrichiens sur le Mincio.

La tentative avortée en 1744 sur l'Ecosse fut renouvelée en 1745 par Charles-Edouard. La France suivit avec plus d'intérêt que de générosité cette campagne, où le jeune prince déploya de grandes qualités. Écrasé à Culloden, il erra pendant six mois et, recueilli par un vaisseau français, arriva en Bretagne au mois de septembre 1746. Ce fut la dernière tentative de la malheureuse race des Stuarts.

Pendant l'hiver de 1745 à 1746, la France n'eut sur le Rhin qu'une armée d'observation commandée par le prince de Conti. D'Argenson conclut un armistice avec le roi de Sardaigne, et proposa de former une confédération des États italiens avec une diète permanente. Le roi de Sardaigne y consentit et rompit avec la France, lorsqu'il vit arriver trente mille Autrichiens. Il prit Asti et força Maillebois à se replier sur Tortone, . pendant que les Espagnols, abandonnant Milan, se portaient sur Pavie. Le 16 juin, Maillebois n'hésita pas, malgré la disproportion du nombre, à accepter, contre Lichtenstein, la bataille sous les murs de Plaisance. Il fut vaincu, défendit le terrain pied à pied, et arriva le 13 septembre sur le Var, abandonnant tout à l'ennemi.

Philippe V mourut le 9 juillet 1746, laissant la couronne à Ferdinand VI. L'alliance semblait compromise à cause des dispositions de la nouvelle reine, infante de Portugal, et de la mort de la Dauphine, fille de Philippe V.

Le maréchal de Saxe avait entrepris au cœur de l'hiver le siège de

HISTOIRK DE FRANGE.

Bruxelles, qui se rendit le 20 février. Il fit reculer sur tous les points l'armée ennemie, et se présenta devant Anvers, que la garnison hollandaise lui livra. Louis XV y fit une entrée solennelle.

Mons, Saint-Ghislain, Charleroi, Namur furent emportés du 11 juillet au 30 septembre, et l'armée française occupa presque tous les Pays-Bas autrichiens. Le 11 octobre, le maréchal de Saxe, après une attaque meurtrière, battit à Raucoux les Anglais, les Autrichiens et les Hollandais, qui perdirent douze mille hommes tués, blessés ou prisonniers. Mais cette victoire n'eut pas de résultats.

La Provence avait été envahie par quarante mille Autrichiens, qui assié-

Château des Quatre-Vents à Galonné, quartier général de Louis XV.

gèrent Antibes et ravagèrent tout le pays pendant que la flotte anglaise bloquait Marseille et Toulon. Belle-Isle marcha contre eux, leur fit beaucoup de mal par des attaques de détail, et les repoussa jusqu'au Var. Gênes opprimée se souleva, chassa la garnison, et fut vainement assiégée. Boufflers, qui l'avait héroïquement défendue, y mourut le 8 juillet 1747, quatre jours avant la levée du siège.

La Hollande, menacée, rétablit le i"-'' mai 17471e stathoudérat héréditaire en faveur de Guillaume IV de Nassau. Maurice de Saxe, nommé maréchal général, préparait le siège de Maëstricht, lorsqu'il trouva devant lui, à Lawfeld, le duc de Cumberland, le prince de Waldeck et Bathiany. Il les battit après cinq attaques (2 juillet), mais ne put rompre

les Hollandais et les Autrichiens. Il courut assiéger Berg-op-Zoom,qui fut enlevé, le i6 septembre, quartier par quartier, et abandonné aux soldats, qui trouvèrent un immense butin.

La guerre n'était pas moins active sur mer que sur terre.

Les Anglais prirent Louisbourg dans l'île du cap Breton.

Une flotte, équipée pour le reprendre, fut dispersée avant d'avoir mouillé dans les eaux américaines. Uneattaque sur Lorient ne réussit pas, mais nous perdîmes cinq vaisseaux et deux frégates près du cap Finistère. Aux Indes, Dupleix avait proposé aux Anglais une neutralité qu'ils n'acceptèrent pas.

La Bourdonnais, gouverneur de l'île Bourbon, s'empara de Madras , après une capitulation qui

stipulait la remise -^'^'"^ '^^ ^"P^'^''^ ^ Landrecles.

aux Anglais moyennant onze millions (i). Dupleix, en qualité de gouver-

I. Il paraît établi aujourd'hui que cette condition n'existait pas, le gouverneur anglais s'étant rendu à discrétion. La Bourdonnais l'aurait supposée dans un intérêt personnel, et Du-

110 HISTOIRH DE FRANCE.

neur général de Pondichéry, cassa la capitulation. Ces deux hommes, dont les grandes qualités auraient pu donner un empire à la France dans les Indes, ne s'entendirent pas. et leur rivalité perdit tout. Calcutta pouvait être pris, mais ils laissèrent passer l'occasion, et La Bourdonnais rappelé fut mis à la Bastille. Il y passa plusieurs années sans pouvoir répondre aux accusations dont il avait été l'objet, ni faire entendre sa justification (1748). Rendu à la liberté en 1752, il mourut l'anné suivante.

A la fin de 1747, tous les belligérants désiraient la paix. Le maréchal de Saxe fit des ouvertures qui amenèrent la réunion d'un congrès à Aixla-Chapelle. Les négociations marchaient lentement, lorsque, avec quatrevingt mille hommes, il investit IMaëstricht (13 avril 1748). La Hollande effrayée fit d'activés démarches, entraîna l'Angleterre, et les préliminaires furent signés. Cette guerre, qui durait depuis sept ans, avait souvent changé de but et de direction. Elle fut terminée par une paix qui rendait inutiles nos sacrifices, ne nous relevait pas de nos revers et ne récompensait pas nos victoires. Nos soldats valaient mieux que nos diplomates.

La Flandre, l'Angleterre et la Hollande rendirent leurs conquêtes, et renouvelèrent les anciens traités. Don Philippe eut Parme, Plaisance et Guastalla. Gènes recouvra son indépendance et le duc de Modène ses Ftats. La Sardaigne et la Prusse gardèrent ce qu'elles avaient acquis. L'Angleterre put continuer la traite des nègres et retirer les bénéfices du vaisseau de permission (i) dans les colonies espagnoles. La France, reconnaissant Georges I<=^ s'engagea à renvover le prétendant. Elle consentit à ne fortifier Dunkerque que du côté de la terre, et permit à un commissaire anglais de veiller à l'exécution de cette condition. Louis XV avait dit qu'il ne voulait pas faire la guerre en marchand. Il la fit avec un oubli coupable des intérêts de son royaume, et, comme il arrive toutes les fois que l'on obéit à un sentiment égoïste, il laissa la voie ouverte à de nouvelles difficultés.

La F"rance et l'Angleterre étaient en présence dans les Indes et en Amérique. Dupleix, gouverneur de l'Inde française et de Pondichérj- en 1741, avait conçu un vaste plan d'organisation, propre à développer la richesse de nos établissements et à étendre la domination de la France sur cette vaste et riche presqu'île. En échange des secours qu'il donna à

pleix, dont le rachat de Madras contrariait le plan, n'aurait agi contre La Bourdonnais qu'après avoir épuisé auprès de lui les sollicitations et les menaces.

I. Ce vaisseau, dont la charge était sans cesse renouvelée, avait le privilège de faire le commerce sans acquitter de droits.

l'un des rois du pays et qui assura sa victoire, il reçut d'immenses territoires, et fut déclaré nabab de toutes les provinces situées au sud du fleuve Krischna. Murzapha, son allié, tué dans une révolte, fut remplacé par un de ses frères, qui donna à la France une grande partie de la côte de Coromandel.

Les Anglais, inquiets de ces agrandissements et de cette prépondérance, nous suscitèrent des ennemis et nous firent ouvertement la guerre. Dupleix, mal secondé, éprouva des échecs. Il s'adressait à Versailles, demandait des secours et promettait un grand empire. Les succès de Robert Clive, qui ébranlaient notre crédit auprès des populations indiennes et notre sécurité dans les anciennes possessions, paralysèrent ses efforts et déterminèrent scn rappel.

A la lecture de la lettre qui le révoquait, Dupleix, en présence du Conseil et des troupes, cria: Vive le roi ! donnant ainsi, au moment où il perdait tous les fruits d'une vaste conception, l'exemple d'une inébranlable fidélité. 11 fut dépouillé de sa fortune personnelle, essaya vainement d'obtenir justice, et celui qui avait disposé des ressources d'un grand empire mourut de chagrin et de misère à Paris en 1763. Son successeur signa le 31 décembre 1754, avec les Anglais, un traité qui parut établir l'égalité entre les deux nations, et qui, en réalité, fut le point de départ de l'immense domination acquise par nos rivaux.

La France et l'Angleterre se trouvaient également en présence en Amérique. Leurs possessions se touchaient etletraitén'en avait pas exactement déterminé les limites. Les Français, en cédant l'Acadie, avaient prétendu garder les forts qui en protègent l'isthme. Les Anglais les réclamèrent et accusèrent les Français de leur créer des difficultés avec les naturels. Les commissaires chargés de fixer les limites ne s'entendirent pas, et la querelle s'envenima. L'Angleterre demandait la punition des officiers qui, selon elle, avaient violé la paix, et le gouverneur du Canada envoya un de ses officiers détruire un fort élevé sans droit sur un des affluents de l'Ohio, dont le bassin avait été déclaré uni à la France. Washington se retrancha dans un nouveau fort, qu'il appela Nécessité. Jumonville, chargé de demander l'évacuation, fut tué avec les hommes qui l'accompagnaient. Le fort Nécessité fut aussitôt assiégé et pris, et, malgré l'irritation de notre armée, il n'y eut pas de représailles pour le guet-apens dont Washington s'était rendu coupable.

Des armements furent aussitôt faits en France, mais, l'Angleterre ayant (mai 1754) donné l'ordre d'attaquer tout vaisseau français qui

porterait des renforts en Amérique, la cour de Versailles négocia, tout en se plaignant des procédés de sa rivale. L'amiral Boscawen prit, sans déclaration de guerre, deux de nos vaisseaux, au mois de juillet 1755,

dans les eaux de Terre-Neuve. Les corsaires firent le plus grand mal à notre marine marchande, qui, en un mois, perdit plus de trois cents bâtiments et dix mille matelots.

Rouillé demanda satisfaction, le 31 décembre 1755, pour la violation du droit des gens, et l'Angleterre, qui l'avait ordonnée dans le but de porter à notre marine un coup décisif, répondit par des récriminations. Notre diplomatie chercha des alliances. Frédéric H s'offrit, mais on avait appris à ne pas compter sur lui. L'abbé de Bernis, chargé de négocier avec l'Autriche, n'eut pas de peine à démontrer que son alliance nous assurait des avantages considérables. Le traité de Versailles avec l'Autriche, que nous avions combattue depuis François I^'', étonna d'abord et fit naître des inquiétudes, malgré les efforts du gouvernementpour convaincre le public des avantages de ce changement de politique.

La guerre commença sur mer. Une flotte française, partie de Toulon sous le commandement de la Galissonnière, débarqua à M inorque le maréchal de Richelieu, qui occupa Port- Mahon et bientôt toute l'île, à l'exception du fort Saint-Philippe, où se ren- %j^ ferma la garnison anglaise.

L'amiral Byng, avec dixsept vaisseaux, attaqua la Galissonnière et ne réussit pas (21 juin). Le rapide développement de la marine française sous la main vigoureuse de Machault, l'insuccès de Byng et l'occupation de Minorque irritèrent les Anglais, qui traduisirent le malheureux amiral devant une cour martiale, et le firent fusiller à son bord. En Amérique, Montcalm, lieutenant général du gouvernement du Canada, garda, malgré de vives attaques, toutes ses positions.

Frédéric n, après avoir négocié avec la cour de Vienne, envahit la Saxe le 30 août, surprit Dresde et arriva, le 6 septembre, devant le camp de Pirna, où Auguste III avait réuni dix-sept mille hommes. Il y

Montcalm.

laissa la moitié de ses troupes, marcha avec les autres contre les Autrichiens, qu'il vainquit à Lowositz, et, revenant sur ses pas, fit capituler Pirna, occupa tout le pays et renvoya Auguste en Pologne.

Cette agression amena l'intervention de la France, qui, aux termes du traité de Versailles, devait son secours à l'Autriche. La diète de Ratisbonne somma Frédéric de retirer son armée, et, le 17 mars, elle le mit au ban de l'empire. L'Allemagne se divisa. A l'exception du Hanovre, du Brunswick, de la Hesse et de quelques petits princes, tous les Etats embrassèrent la cause de l'Autriche et traitèrent avec la France. L'Angleterre offrit sa médiation, mais les conditions de l'Autriche la rendirent inutile. Le i^'' avril 1757, un nouveau traité unit plus étroitement la France et l'Autriche. Les deux puissances disposaient des divers Etats comme si la guerre les avait déjà mis à leur merci. La France obtint le concours de la Bavière, du Palatinat, du Wurtemberg, de la Suède, et la neutralité du Danemark. Elle envoya en Allemagne deux armées : l'une de quatre-vingt mille hommes sous les ordres du maréchal d'Estrées, l'autre de ving-cinq mille avec dix mille Bavarois sous le commandement de Soubise.

Frédéric entra en Bohême et remporta le 6 juin une grande victoire près de Prague sur Charles de Lorraine et le maréchal Brown (6 mai 1757). Il bombarda inutilement Prague, assaillit sept fois le feld-maréchal Daun dans une position qu'il ne put enlever, et se retira sur la Saxe, après avoir perdu près du tiers de son armée (18 juin).

D'Estrées, après avoir passé le Rhin, s'était dirigé sur le Weser. Il trouva le duc de Cumberland à Hastembeck et le battit {26 juillet). La jalousie de Maillebois, qui le rendit immobile pendant que le reste de l'armée déployait la plus brillante bravoure, affaiblit les résultats de cette journée. On l'accusa même de s'être laissé battre afin d'assurer l'insuccès de son général. Victime d'une intrigue de cour, d'Estrées fut remplacé par Richelieu.

Le duc de Cumberland, rejeté sur des marais voisins de l'Elbe, était à notre disposition. Richelieu lui accorda le S septembre à Closterseven une capitulation, en vertu de laquelle trente-huit mille Hanôvriens et Hessois s'engagèrent à ne servir ni contre la France ni contre ses alliés. C'était une faute, dont son inaction, ses pillages et les divisions des alliés augmentèrent les fâcheux effets au moment où le roi de Prusse, battu à Jœgerndorf par les Russes et menacé par les Suédois, paraissait perdu. Repoussé, affaibli par la désertion, sans argent, il douta un moment de

lui-même, mais il se releva promptement, et les fautes de ses ennemis assurèrent son salut. Il laissa le duc de Bevern devant Charles de Lorraine, et, avec vingt-deux mille hommes, se porta sur Erfurth contre Soubise, qui, avec trente mille Français et vingt-deux mille Allemands, rétrograda et, par l'incertitude de ses marches, démoralisa son armée. La terreur que lui inspirait Frédéric paralysait ses mouvements, mais à la nouvelle que Berlin était menacé par un corps autrichien, il se porta en avant. Frédéric feignit de reculer et l'amena près de Mersebourg, à Rosbach. Une marche imprudente de flanc pour tourner les hauteurs qu'occupait l'armée prussienne était à moitié exécutée sans beaucoup d'ordre, lorsque Frédéric l'attaqua, le mit en désordre par des charges de cavalerie, l'accabla par l'artillerie et l'acheva avec quelques bataillons. Les efforts de Castries et de Broglie pour rétablir le combat furent impuissants. Nous avions perdu trois mille hommes et huit mille prisonniers (5 novembre 1757).

Bevern fut battu et pris le 22 novembre, en avant de Breslau, par le prince de Lorraine ; mais Frédéric, revenant de la Saxe, rallia les débris de ce corps, attaqua les Autrichiens supérieurs en nombre, et les vainquit entre Leuthen et Lissa, à force de courage et de génie (5 décembre).

William Pitt, qui dirigeait alors la politique anglaise, avait donné à la guerre maritime une vigoureuse impulsion. Une attaque dirigée contre Rochefort échoua, et les tentatives faites en Amérique ne réussirent pas mieux. Les succès de Frédéric relevèrent ses espérances. Il arma les soldats qui avaient capitulé à Clostersevern et en confia le commandement au duc Ferdinand de Brunswick,à qui il donna pour mot d'ordrel'expulslon des Français de l'Allemagne. Brunswick nous tenait tête en Westphalie et dans le Hanovre, pendant que Frédéric luttait, en Saxe et en Silésie contre les Autrichiens, les, Russes et plusieurs princes allemands.

Un Bourbon de la maison de Condé, le comte de Clermont, remplaça Richelieu dans le Hanovre. Le désordre de l'armée, la haine des populations, les menaces de l'ennemi, l'obligèrent à la retraite. Ferdinand le poussa jusqu'à Dusseldorf, où il passa le Rhin (3 avril 1758) sans avoir livré un combat. La Westphalie, la Hesseetle Hanovre étaient perdus. Il l'attaqua dans une excellente position, près de Crevelt, le tourna et le mit en fuite. L'armée parvint cependant à se rallier sous les murs de Cologne, et cette défaite n'eut pas les conséquences que l'on pouvait redouter. Ferdinand dut repasser le Rhin, de peur d'être coupé, après l'échec infligé au prince d'Isembourg par Soubise à Sonderhausen, dans

la Hesse (23 juillet). Soubise fut encore vainqueur à Lutterberg, le 10 octobre. L'opinion publique, qui ne lui était pas favorable, attribua ses succès à Chevert, qui avait puissamment contribué à la victoire d'Has-

Frédéric II.

tembeck, et que son mérite éleva du rang de simple soldat à celui de lieutenant-général.

Duquesne tint tête, près de Carthagène, avec quatre vaisseaux à l'escadre de l'amiral Osborn ; Hawke retint dans la Charente, au grand détriment de nos affaires, des vaisseaux destinés à l'Amérique ; Saint- Servan fut détruit par Howe ; Cherbourg, dont les défenses étaient inachevées, fut fort maltraité par le général Bligh , mais l'attaque de Saint- Malo, repoussée par le duc d'Aiguillon, fut un désastre pour les Anglais. En Amérique Louisbourg, qui fermait l'entrée du Canada, fut pris par l'amiral Boscawen,que ce succès dédommagea de nombreux et graves échecs.

Le I" mars 1759, Ferdinand de Brunswick entra dans la Hesse, repoussa les Français, mais se brisa contre la position de Bergen, défendue par de Broglie. Il se replia sur Minden, où Contades et Soubise réunirent leurs forces. Il les surprit et les rejeta loin de leurs lignes, aprè.-; leur avoir tué beaucoup de monde et enlevé une partie de leur artillerie

Choiseul reprit le projet de porter la guerre sur les côtes anglaises. ïi construisit un grand nombre de petits vaisseaux, en donna le commandement à l'amiral de Conflans, et mit les troupes de débarquement sous le* ordres de d'Aiguillon et de Soubise. Malgré l'attaque par les Anglais du Havre et de Toulon, et une défaite subie en vue de Lagos, par sept vaisseaux que dix-sept écrasèrent, ce dessein fut poursuivi. Conflans, sorti de Brest, n'osa pas tenter une bataille et se réfugia sur les côtes de Bretagne, entre le Scorff et la Vilaine. Attaqué entre Belle-lsle et la pointe de Quiberon, il perdit cinq vaisseaux. Les défaites maritimes provoquaient une émotion plus vive que les pertes de batailles sur terre. Elles étaient plus difficiles à réparer, et, comme on les attribuait au défaut d'organisation et à l'insuffisance du matériel, on ne voyait pas de remède immédiat au mal. La disgrâce de Machault, qui avait au moins un plan et de la volonté, ne sauva pas la situation.

Après avoir échoué sur la Martinique, les Anglais occupèrent la Guadeloupe, Marie-Galande, la Désirade, les Saintes et Saint-Barthélémy. Ils envoyèrent trois armées à la conquête du Canada. Le général Wolf assiégea Québec, que Montcalm, inférieur en nombre, essaya de sauver en livrant bataille à l'armée anglaise. Blessé mortellement, il criait encore à ses soldats : « En avant, et gardons le champ de bataille! >> Wolf tomba aussi, mais vainqueur, et Québec capitula (10 septembre 1759). Le chevalier de Lévis battit Murray, successeur de Wolf, devant Québec, mais Vaudreuil, qui avait repris l'offensive, ne put tenir contre trois armées, s'enferma dans Montréal et fut réduit à capituler. Malgré ces glorieux efforts et le dévouement des colons à la France, le Canada était perdu.

Dans l'Inde, une escadre de douze vaisseaux sous les ordres d'Aché, eut, le 29 mars 1758, un engagement peu favorable avec l'amiral anglais Pocock. Lally. qui s'était distingué à Fontenoy, fit en arrivant le siège du fort Saint-David près de Madras. Il le prit avec deux autres forts, assiégea vainement Madras, et fut obligé de se replier sur Karikal. Il fut lui-même l'instrument de sa chute. Après avoir imprudemment divisé ses forces, il fut battu à Wandeswah, le 22 janvier 1760. Il défendit énergiquement Pondichén,-, se procura de l'argent par toute sorte de moyens, essaya de se rattacher les Indiens, que sa dureté avait aliénés, résista jusqu'à la dernière extrémité, malgré les horreurs de la faim, et se rendit à discrétion. Il avait perdu l'Inde malgré de grandes qualités et une bravoure incontestable. Vainqueur, il eût fait oublier toutes ses fautes ; vaincu, il en porta la peine. Rentré en France, oi!i il était venu apporter sa justification, il fut jeté à la Bastille. Il y resta dix-huit mois, ne put se faire entendre et, condamné par la grand'chambre, il eut la tête tranchée le 9 mai 1766.

Au commencement de i76o,Broglie, qui avait passé l'hiver sur le Mein, rejoint par le corps du comte de Saint-Germain, prit Cassel et Minden. Les opérations étaient compromises ou ralenties par la division des chefs. Ferdinand de Brunswick avait pris Clèves et échoué devant Wesel. Castries le battit à Clostercamp après un combat de seize heures. Dans la nuit qui précéda, le chevalier d'Assas, envoyé en reconnaissance, fut surpris par un détachement ennemi. On lui promet la vie s'il se tait, mais l'armée est perdue et un mot la sauve. « A moi, Auvergne! s'écriet-il, voilà l'ennemi ! » Et il tombe percé de coups (6 octobre).

Après la campagne de 1761, les plénipotentiaires, sans être encore d'accord, pouvaient croire à la possibilité d'une entente. Il n'était pas un Etat engagé dans la guerre qui n'en désirât la fin. Les résultats de la lutte étaient si peu décisifs, que toutes les prétentions pouvaient se produire, et la lassitude universelle devait seconder l'œuvre des diplomates.

Ferdinand YI d'Espagne, mort le 10 août 1759, avait laissé la couronne à son frère Charles III, prince éclairé mais entreprenant, économe mais jaloux de son pouvoir. Le développement de la puissance maritime de l'Angleterre lui imposa des craintes pour l'empire colonial de l'Espagne. Le ministère anglais n'ayant pas admis ses justes réclamations contre des mesures maritimes contraires aux intérêts de ses sujets, il conclut avec la France un traité qui, commun aux souverains de la maison de Bourbon, Louis X\', Charles III, Ferdinand de Naples et Philippe

de Parme, fut appelé pacte de famille (15 avril 1761). Princes et sujets s'engagèrent à ne faire « qu'une seule nation et une seule famille ». C'était la réalisation de la pensée de Louis XIV. Choiseul eut le mérite de la comprendre et la gloire de l'exécuter. Avec un roi de France digne de ce titre, c'était une garantie de prépondérance en Europe et une arme contre les révolutions intérieures. Avec Louis XV, c'était un instrument puissant entre des mains débiles.

Pitt demanda des explications à l'Espagne, ne fut pas satisfait et, irrité de l'opposition du Conseil, se retira (2 mai 1761).

Dans la campagne de 1762, Soubise fut battu le 24 juin à Wilhemstadt, remporta un avantage à Fridberg, laissa prendre Cassel et allait être chassé de la Hesse, lorsque les préliminaires de la pai.\ furent signés.

Le traité de Paris fut conclu le 10 février 1763 entre la France, l'Espagne, l'Angleterre et le Hanovre. La France céda le Canada et ses dépendances; elle recouvra la Guadeloupe, la Martinique, Marie-Galande, la Désirade, Sainte-Lucie et les îles de Saint-Pierre et Miquelon, qui lui assuraient le droit de pêche à Terre-Neuve. Belle-Isle et Gorée lui furent rendues ainsi que ses possessions de l'Inde. Elle dut démolir les fortifications de Dunkerque, renoncer à toutes les réclamations sur les prises faites avant la guerre, et retirer ses troupes de toutes les villes qu'elle occupait en Allemagne et dans les Pays-Bas.

La paix entre l'Autriche et la Prusse fut signée à Hubertsbourg le 15 février 1763. L'Autriche abandonna la Silésie et!e comté de Glatz. Frédéric promit entière liberté du culte pour les catholiques et respect pour leurs privilèges. Il sortait de cette guerre avec des avantages territoriaux, la réputation de premier capitaine de son temps et l'espoir de balancer en Allemagne l'influence de l'Autriche. La guerre avait coûté à la France près de trois cent mille hommes et plus de treize cents millions. La paix lui enlevait sa situation prépondérante en Europe et ses plus belles colonies. L'Angleterre avait l'empire des mers et dominait en Amérique et aux Indes. La Prusse devenait une puissance de premier ordre et groupait autour d'elle l'Allemagne du Nord. L'Autriche était affaiblie, et l'Espagne restait dans la situation inférieure à laquelle n'avait pu l'arracher Charles III.

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