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IV. — Les Questions religieuses

\h bulle Uiugcnitiis n'avait été enregistrée que « conformément aux règles de l'Eglise et aux maximes du royaume sur les appels au futur concile. » Le clergé se divisa, dès lors, en acceptants et en appelants. Parmi ces derniers se trouvaient le cardinal de Noailles. archevêque de Paris, et quatre évêques. La Faculté de théo-

^orlciil de 1 éë'ii>e bdiut-Metldiu, a i'ciii».

logie donna son adhésion à leur appel.

Le régent fit arrêter les évêques et ordonna la rétractation de la Faculté de théologie.

Trois archevêchés, douze évêchés et de nombreux bénéfices demeurèrent vacants à la suite de ces conflits.

Clément XI, par une bulle du 28 août 171 8, menaça les appelants de l'excommunication.

Noailles et

2^ sept évêques in référèrent

' au futur con-

cile. Dubois proposa un accommodement et obtint du pape l'envoi des bulles à ceux des prélats qu'il désignerait. Une déclaration royale du 4 août 1720 fut présentée au parlement exilé à Pontoise. 11 en refusa l'en-

registrement, qui fut fait parle grand Conseil. Le parlement se rendit, et il rentra à Paris le 20 août. La résistance ne fut pas moins grande dans le clergé. Les écrits se succédaient rapidement, les lettres de cachet se

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multipliaient, et, à toutes les causes qui entretenaient des divisions funestes, se joignaient une opposition constante et une répression de jour en jour plus vive.

Le régent avait eu la pensée de rétablir l'Édit de Nantes. Le duc de Bourbon, au contraire, remit en vigueur les mesures sévères. La déclaration du 14 mai 1724 ne fut pas rigoureusement exécutée, mais elle détermina une émigration nouvelle dont la Suède profita.

La querelle du jansénisme se réveilla en 1726. Un concile provincial fut convoqué à Embrun pour juger l'évêque de Senez, Soanen, dont les instructions furent déclarées « séditieuses et contraires aux lois de l'Etat. » Douze prélats protestèrent, et furent appuyés d'une consultation des principaux avocats de Paris.

Fleury réunit les évêques, leur soumit les actes du concile d'Embrun, et, leur validité étant reconnue, la protestation fut condamnée par un arrêt du Conseil (3 juillet 1728), comme contraire aux lois de l'Église et de l'État.

Noailles se soumit et les Jésuites, qu'il avait bannis de son diocèse, y furent rappelés.

En 1727, le diacre Paris, qui avait montré un zèle ardent contre la bulle Unigenitus, et dont la vie ascétique avait édifié le peuple, fut enterré dans le cimetière de Saint-Médard. Les jansénistes le vénéraient comme un saint, et son tombeau fut visité par un grand nombre de malades qui prétendirent y trouver la santé. La guérison était précédée ou suivie de convulsions. L'empressement était si général, la passion si ardente, la contradiction si vive, que le cimetière dut être fermé. Les convidsionnaires perdirent alors tout crédit.

La lutte recommença en 1731. Un arrêt du Conseil avait interdit toute discussion sur les matières religieuses. Le parlement reçut un appel comme d'abus contre des prêtres qui exigeaient l'adhésion à la constitution Unigcnitîis, et les avocats, n'ayant pu obtenir la suppression de la condamnation prononcée contre une consultation relative au concile d'Embrun, se refusèrent à plaider. La justice se trouva suspendue, mais le 3 décembre, un arrêt du Conseil, en reconnaissant la fidélité de l'ordre, révoqua l'exil prononcé contre dix de ses membres.

Après deux convocations à Marly et à Compiègne, et l'injonction de ne recevoir aucun appel relatif aux prétendus miracles de Saint-Médard et de faire des remontrances, plusieurs conseillers furent exilés. Les magistrats résolurent de se démettre de leurs charges et, au nombre de

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cent cinquante, sortirent du palais en robe, sur deux rangs, et provoquèrent une vive agitation. Les démissions ne furent pas acceptées, et après la soumission du premier président, le roi déclara, le 9 juillet 1732, qu'il aimait mieux pardonner que punir. A la rentrée, le garde des sceaux, Chauvelin, lui adressa une déclaration sur les délibérations, les remontrances et les appels comme d'abus. Le parlement voulut délibérer, fut cité à Versailles, protesta, et cent trente-neuf de ses membres furent exilés. L'exil révoqué le 1 1 novembre, le parlement rentra, prit une humble attitude devant le roi, qui retira ses déclarations, et la lutte fut pour un moment apaisée.

En 1751 avaient paru les deux premiers volumes de \ Encyclopédie, œuvre de science et d'incrédulité. On l'arrêta plutôt à cause de ses théories politiques que de ses outrages à la religion catholique, et on augmenta son succès. Le désordre des mœurs corrompt ou opprime la foi, et la littérature du XVI 11^ siècle fut en très grande partie, ou d'une légèreté licencieuse, ou d'une hostilité systématique contre la religion.

Des mandements épiscopaux avaient ordonné le refus des sacrements même aux mourants qui ne souscrivaient pas la constitution Unigenitus. Il y eut à Paris plusieurs cas, à la suite desquels le parlement décréta de prise de corps et de confiscation de leurs biens les curés qui avaient obéi à leurs évêques. Il enjoignit aux vicaires de Saint-Médard de porter les sacrements à une malade, et comme l'archevêque de Paris, pai? du royaume, était en cause, il évoqua la Chambre des pairs. Le roi interdit la convocation et ordonna la main-levée de la confiscation du temporel de l'archevêque prononcée par le parlement.

Le 22 février 1753, le parlement reçut ordre de surseoir à toutes les procédures. Il fit ses remontrances, que le roi ne voulut pas recevoir, et déclara cesser tout service. Le Dauphin conseilla des mesures de rigueur : quatre magistrats furent arrêtés, tous les présidents et conseillers des enquêtes et des requêtes envoyés en exil. La Grand'Chambre, qui avait été épargnée, ayant déclaré qu'elle connaîtrait des refus de sacrements, fut transportée à Pontoise, puis à Soissons, et une Chambre royale de dixhuit conseillers d'Etat et de quarante maîtres des requêtes, chargée de rendre la justice. A la suite d'une transaction, le parlement fut rappelé au mois d'août 1754, à condition que toutes les procédures relatives au refus de sacrements seraient annulées.

La rentrée ne ramena pas la paix. Christophe de Beaumont, archevêque de Paris depuis 1746, qui avait soutenu ses prêtres, fut exilé à

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Conflans, puisa Lagny, et le parlement prétendit connaître de tous les actes du clergé, et examiner les thèses présentées en Sorbonne. Ainsi l'autorité religieuse et l'autorité politique étaient également l'objet de ses entreprises.

En 1760, le P. Lavalette, qui faisait avec la Martinique un commerce considérable, fut ruiné et réduit à la banqueroute. Les Anglais, maîtres de la mer, avaient capturé la plupart de ses bâtiments. Le jugement du tribunal consulaire de Marseille et l'arrêt du parlement déclarèrent la Compagnie solidaire, comme ayant autorisé ou permis les actes de commerce d'un de ses membres.

L'importance de la banqueroute et la qualité du Père Lavalette produisirent une vie émotion. Les rancunes des jansénistes et des philosophes, que les Jésuites combattaient également, trouvèrent dans ce fait un motif d'accusation et un prétexte pour exciter des haines injustes.

Les Jésuites, qui avaient rendu au Portugal d'immenses services, furent accusés par Pombal, peu de temps auparavant, sur de vagues présomptions d'avoir eu des relations avec un individu coupable d'un attentat contre le roi. Ils furent chassés, privés de leurs biens, torturés ou mis à mort sous prétexte d'hérésie.

Les jansénistes, les philosophes et les libertins se trouvèrent d'accord pour proposer cet exemple au ministère. On leur attribua des doctrines détestables et des pratiques qui ne l'étaient pas moins. A la suite de l'arrêt condamnant le P. Lavalette, le parlement reçut du procureur général l'appel comme d'abus au sujet de leurs statuts. Le roi ordonna par une déclaration de ne pas procéder à l'examen avant un an. Le parlement réduisit le délai à six mois, condamna au feu plusieurs ouvrages de membres de la Compagnie, et lui défendit de recevoir des novices. En même temps, à Paris et dans la province, des magistrats cherchaient dans les statuts ce qui pouvait être contraire aux lois du royaume.

Choiseul fit, pour donner un dérivatif aux préoccupations publiques, ce que le parlement faisait par haine sectaire, et Madame de Pompadour pour des motifs faciles à comprendre. Le clergé défendit les Jésuites. En 1761, quarante évêques adressèrent en leur faveur un mémoire au Dauphin. Une commission ayant indiqué, dans un but de conciliation, quelques modifications à demander pour les statuts, le général, le P. Ricci, répondit : « Qu'ils soient ce qu'ils sont ou qu'ils ne soient pas. » Toute modification eût été, d'ailleurs, en présence de la persécution, un aveu de culpabilité.

Les procureurs généraux firent des réquisitions, les parlements rendirent des arrêts, les défenses des Pères furent condamnées, et plusieurs collèges furent fermés. Le i6 août 1762, le parlement de Paris déclara qu'il y avait abus « dans les bulles, brefs, constitutions et règles de la Société, » et en prononça la dissolution. Il y avait en France quatre mille Jésuites. La joie des philosophes égala la tristesse de ceux qui aimaient la justice, la liberté, l'Eglise et la France.

Le roi, après avoir longtemps hésité, céda. L^n édit de décembre 1764 déclara que « la Société n'existerait plus en France, qu'il serait seulement permis à ceux qui la composaient de vivre en particuliers dans les États du roi, sous l'autorité spirituelle des ordinaires des lieux, en se conformant aux lois du royaume. » Le Dauphin tenta vainement de défendre les Jésuites. La favorite et le ministre furent plus puissants que lui auprès du souverain, dont les désordres opprimaient le bon sens naturel, la modération et la foi.

L'Espagne, Naples, Parme, Venise, Modène et la Bavière avaient suivi l'exemple du Portugal et de la France. Les cours, malgré leurs intrigues, ne purent obtenir une condamnation du pape Clément XIII. Clément XIV fut plus accessible à ces sollicitations et aux menaces qui les accompagnaient. Il céda et, « pressé par le devoir de ramener la concorde dans le sein de l'Église,» il abolit la Compagnie le 21 juillet 1 773. D'Alembert, jugeant l'arrêt du parlement de Paris contre elle, écrivait : « C'est la philosophie qui, par la bouche des magistrats, a porté l'arrêt contre les Jésuites. Le jansénisme n'en a été que le rapporteur. }> La gloire des condamnés a été de se montrer les ennemis indomptables de l'une et de l'autre.

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