I . Causeries du Lundi, toir.e I V
HISTOIRE DK FRANCK.
parez votre défense. » Les deux plaidoiries furent écoutées pour la
o.î 'ê ,ï ^ j * J^+^ oV
s s <; e ss
ri
forme. Le résumé du président reproduisit les calomnies déclamatoires
de l'accusateur public. Quatre questions furent posées aux jurés : Y a-t-il eu des manœuvres et des intelligences avec les puissances étrangères ? Marie-Antoinette, veuve Capet, est-elle convaincue d'y avoir coopéré ? A-t-il existé un complot et une conspiration tendant à allumer la guerre civile ? Marie-Antoinette, veuve Capet, est-elle convaincue d'y avoir participé ?
Marie-Antoinette est ramenée ; le président lit la réponse du jury, affirmative sur les quatre questions ; l'accusateur public requiert la peine de mort, et la victime, invitée à dire si elle a quelques observations à faire, se contenta de secouer la tête. A quatre heures dix minutes du matin, le président prononça la condamnation à mort. La reine resta impassible, puis traversa la salle sans dire un mot ; au moment où elle longeait la barrière qui la séparait du public, elle releva la tête avec majesté, et sortit brisée, mais non abattue. Elle écrivit aussitôt à Madame Elisabeth cette lettre datée de quatre heures et demie du matin, si ferme, si touchante, si chrétienne et si résignée, dans laquelle elle épancha son âme et qui a sa place à côté de l'admirable testament de Louis XVL
Elle ne voulut point se confesser à un prêtre constitutionnel, quitta ses vêtements de deuil et resta en prières jusqu'à dix heures. On vint lui lire une seconde fois la sentence. Henri Samson, l'exécuteur en chef, lui lia brutalement les mains derrière le dos et lui coupa les cheveux. A onze heures, le funèbre cortège se mit en marche. Trente mille gardes nationaux occupaient avec des canons les abords de la place de la Révolution. On craignait la foule, une conspiration, un enlèvement ; mais les précautions étaient bien prises, et les insulteurs, parmi lesquels se trouvaient beaucoup de femmes, comprimaient toute manifestation de pitié. La reine était sur une charrette, en compagnie du bourreau, de son valet et du prêtre constitutionnel vêtu en laïque. Son visage était tristement sévère, et ses lèvres ne se remuaient que pour prier Elle jeta un long regard sur les Tuileries, descendit de la charrette, et d'un pas ferme, sans vouloir être soutenue, gravit les marches de l'échafaud. Son pied s'appuya sur celui du bourreau : «INIonsieur, lui dit-elle avec douceur, je vous demande pardon. » Elle pria, leva les yeux au ciel et dit à l'exécuteur : << Hâtez-vous. » Il était midi un quart. Sa tête tomba, et le bourreau la montra au peuple, qui cria : i Vive la république ! » La reine n'avait dit qu'un mot dans ces stations douloureuses de la Conciergerie à la place de la Révolution, à travers des lieux qui lui rappelaient tant de souvenirs, au milieu des clameurs d'une foule exaltée par la passion et
HISTOIRK DE FRANCE. 223
l'eau-de-vie, ou du silence imposé par la terreur : « Hélas ! mes maux vont bientôt finir, mais les vôtres ne font que commencer! » On croit qu'elle avait eu la consolation de se confesser plusieurs fois et de recevoir la sainte Communion.
Le procès des Girondins suivit de près celui de la reine. Ils étaient vingt-deux, et l'acte d'accusation incrimina leurs paroles et leurs actes, leur reprochant une unanimité de conduite qui n'avait jamais existé. Les témoins contre eux étaient Pache, Hébert, Chaumette, le capucin Chabot et Fabre d'Églantine. L'attitude des accusés fut généralement digne. On redoutait leur éloquence, et quelques réponses vigoureuses de Vergniaud inspirèrent un décret portant qu'« après trois jours de débats, les jurés pourraient se déclarer suffisamment éclairés. » Ils furent condamnés à mort. Valazé se frappa d'un coup de poignard au cœur, et, en vertu d'une décision du tribunal, son corps fut porté le lendemain à l'échafaud. Ils passèrent la nuit à la Conciergerie; plusieurs d'entre eux se confessèrent, et Lasource, qui était ministre protestant, reprocha à Brissot de ne pas recourir aux consolations religieuses. Le 31 octobre, vingt-et-une têtes tombèrent sur l'échafaud. Vergniaud avait été exécuté le dernier comme chef
t, :,^ :<^ .^ .ôfe :^^ ^^. ^^. ■'■^. ^^^^^^^^^^:!^Î0* ^. ^. ^^. ^^^