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III. — La Chute de Robespierre

l'ÉcHAFAUD fut dès lors en permanence. Le duc d'Orléans, qui avait voté la mort du roi et pris le nom d'Égalité, y monta le 6 novembre, assisté d'un prêtre ; Madame Roland le 10, après avoir prononcé ces paroles : « O liberté ! que de crimes commis en ton nom ! » le 16, Bailly, qui tremblait « de froid, mais non de peur ; » le 17, la trop célèbre Madame Dubarry, qui se traîna aux pieds du bourreau en lui demandant une heure, un moment ; Manuel, les généraux Brunet, Houchard et Lamarlière ; Barnave, Dupont du Tertre, Kersaint, Rabaut-Saint-Étienne, les suivirent de près, et les journées se succédèrent fournissant à l'échafaud des victimes qui n'étaient pas toutes également pures, et rassemblant ceux que séparaient l'âge, le sexe, la position, les opinions politiques, l'innocence et le crime.

La province imitait Paris. Laplanche à Orléans et à Bourges, Lebon

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à Arras, Fouché à Nevers et à Moulins, Dumont dans la Somme, républicanisaient le pays en promenant la guillotine et en faisant des réquisitions. A Lyon, Couthon fit sauter des édifices et leva deux millions. Fouché et Collot d'Herbois continuèrent son œuvre, et le tribunal révolutionnaire , réputant coupables ceux qui paraissaient devant lui, se contenta de s'assurer de leur identité. Marseille, rebelle à la Révolution, fut menacée de destruction ; deBordeaux, Isabeau et Tallien écrivaient : « L'or va à la monnaie, les fusils aux volontaires et les fédéralistes à la guillotine. » Dans les grandes villes, dans les petites, dans les villages, les dénonciations remplissaient les prisons et pourvoyaient l'échafaud. La mort planait sur la France et la régénération promise s'accomplissait par le sang.

Les intérêts n'étaient pas plus en sûreté que les existences. Le maxiimtvi avait rendu presque impossibles les transactions, et Chaumette, inaugurant un nouveau système économique, crut, un moment, pouvoir tout confisquer au profit de l'État agriculteur, industriel et banquier.

Le i8 septembre, la Convention avait déclaré ne plus salarier aucun culte ; le 5 octobre, sous prétexte de diminuer le nombre des fêtes chômées, elle substitua les décades à la semaine et les animaux, les plantes et les objets aratoires aux saints. Le calendrier républicain formait des mois de trente jours et réservait aux fêtes du génie,du travail, des belles actions, des récompenses et de l'opinion, les cinq jours complémentairesde l'année, qui prirent le nom de fêtes sans-culottides. Le prêtre fut banni des obsèques et la religion de la nature succéda à celle qui avait fait la France. Le culte catholique fut aboli, et l'apostasie de la plupart des prêtres qui avaient prêté le serment, fournit des ministres aux cérémonies nouvelles dans lesquelles, aux accents de la Marseillaise, du Cliant du Départ et du Ça ira, on portait sur un trône et on élevait sur un autel une femme en costume de déesse, ornée d'un bonnet rouge et d'un manteau bleu, la main armée d'une pique. C'est ainsi que le 1 2 novembre on inaugura à Notre-Dame le culte de la Raison. On pilla les églises, on les mutila, on les détruisit.

Robespierre était le maître. Laissant à Carnot l'organisation de l'armée, il pourvoyait à tout le reste avec une inflexible volonté et le froid calcul du sectaire. Arrivé à la domination qu'il avait si longtemps ambitionnée, il aurait voulu faire à son image une France dans laquelle l'échafaud aurait supprimé toute opposition. La Convention, effrayée des exécutions de ses membres, et convaincue de la nécessité de mettre fin

aux dilapidations et aux vols, décréta l'inviolabilité des représentants. Les Jacobins, prétendant que c'était faire rétrograder la Révolution, exigèrent que le décret fût rapporté.

Le 20 novembre, deux sections armées avaient défilé devant la Convention. Robespierre alla s'en plaindre aux Jacobins, s'éleva contre l'impiété, et déclara que le gouvernement réprimerait toutes les atteintes portées à l'ordre public. A la Commune, il s'emporta contre toute persécution religieuse, flétrit les prêtres apostats, ceux qui, pour faire oublier leur passé, se livraient à des manifestations imprudentes, et finit par les accuser d'être de connivence avec l'étranger. Les Jacobins et la Commune firent, sous son inspiration, des épurations qui, tout en ayant pour but apparent de frapper les mauvais patriotes, le débarrassaient de ceux qui lui portaient ombrage

Le 18 novembre, le comité de salut public proposa le décret constitutif du gouverne ment révolutionnaire, dont le but était de soumettre tout à sa domination. Il nomma des agents nationaux à la place des procureurs-syndics élus par les communes; il réduisit les attributions des départements et des représentants du peuple en mission ; il mit des bornes à l'omnipotence de la Commune de Paris, et interdit toute violence contraire à la liberté des cultes.

Les plaintes surgissaient avec une telle unanimité, les suspects qui remplissaient les prisons donnaient de telles inquiétudes à leurs familles, les injustices et les cruautés engendraient tant de haines, que la Convention inclina vers des mesures plus douces et fit incarcérer quelques commissaires qui avaient porté l'effroi dans les départements. Camille Desmoulins se fit l'interprète de l'indignation publique contre la tyrannie nouvelle, et demanda la création d'un comité de clémence.

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Robespierre partageait ses sentiments, mais il les réservait pour les siens. Aux ennemis du peuple on ne devait que la mort , et les ennemis du peuple étaient tous ceux qui lui déplaisaient.

Les Cordeliers et les Jacobins étaient en lutte ouverte. Ils ne pouvaient, après s'être débarrassés de leurs adversaires, partager le pouvoir. Robespierre gouvernait la Convention. Il y parlait de douceur, de bienfaisance, d'humanité et de vertu. Il avait des imitateurs, et il n'était pas un seul de ces commissaires qui avaient porté la terreur dans les départements , un seul de ces orateurs de club qui ne voulût la paix publique et le bonheur des citoyens. Mais il fallait garder ou conquérir le pouvoir : de là des haines implacables et des mesures violentes. Hébert et les Cordeliers s'insurgèrent, le 5 mars 1794, pour sauver les droits du peuple. Mais ils furent peu suivis. La conspiration fut dénoncée le 6 à la Convention, et un décret déclara traîtres à la patrie ceux qui, payés par l'étranger, voulaient bouleverser la république ou la corrompre, Dans la nuit du 13, Hébert, Roulin, Vincent, Montmoro et Kock furent arrêtés. Robespierre dit que c'était l'honneur de la Convention d'envoyer à l'échafaud les traîtres et les corrompus ; les Cordeliers s'agitèrent inutilement, et le public, satisfait de voir tomber ceux qui l'avaient effrayé, ne s'émut guère. Dix-huit accusés furent condamnés et exécutés le 24. Hébert, si violent et si implacable dans ses haines, mourut lâchement.

La chute des Hébertistes ne débarrassa pas complètement Robespierre. Danton était redoutable par son éloquence et il avait aspiré à la dictature. Il ne consentit pas à fuir, et fut arrêté avec Lacroix, Camille-Desmoulins et Phélippeaux. Lorsque, le 31 mars, leur arrestation fut annoncée à la Convention, Robespierre s'éleva contre ces hypocrites ambitieux qui prétendaient l'emporter sur la patrie, contre ces idoles qu'il fallait briser, et Saint-Just obtint contre eux un décret qui les renvoyait devant le tribunal révolutionnaire. La lutte était dangereuse et l'issue incertaine. Si Danton et ses co-accusés n'étaient pas condamnés, ils devenaient les maîtres, et l'échafaud réclamait Robespierre, Saint-Just, et tous ceux qui s'étaient attachés à leur fortune. On joignit à l'accusation générale celle d'une conspiration dans la prison. Danton faisait entendre jusque dans la rue les éclats de sa voix, et, à son exemple, les autres s'indignaient, se défendaient, protestaient contre des imputations absurdes. « Où sont mes accusateurs ? » s'écriait Danton. Ils n'étaient pas moins criminels que lui, mais, plus forts, ils supprimaient leurs rivaux. Un décret déclara <]ue « tout prévenu de conspiration qui résisterait ou insulterait à la justice,

serait mis hors des débats. » Les accusés furent emmenés, et ils ne connurent leur condamnation que lorsqu'ils furent remis au bourreau. Camille Desmoulins s'indignait des insultes de ce peuple qui l'avait si souvent applaudi. Sur l'échafaud Danton, ayant voulut embrasser Hérault- Séchelles, en fut empêché par le bourreau. « Tu veux donc être plus cruel que la mort ? lui dit-il ; va, tu n'empêcheras pas que nos têtes s'embrassent dans le fond du panier. »

Le lo, le II, le 12 et le 13 avril comparurent les complices d'Hébert, les auteurs de la conspiration des prisons. Chaumette, procureur de la Commune, Gobel, évêque constitutionnel de Paris, les généraux Dillon et Reysser, les femmes d'Hébert et de Camille Desmoulins, faisaient partie de c&ite. fournée.

Robespierre voulut fortifier le pouvoir en le concentrant. Il supprima les ministres et les remplaça par douze commissions dépendantes du comité de salut public ; il ne laissa subsister que les comités révolutionnaires des districts, et, par ses ordres, les Jacobins cessèrent de correspondre avec les sociétés de province. Les commissaires de la Convention lui portaient ombrage ; il diminua leurs pouvoirs, les rappela et fit fermer plusieurs tribunaux révolutionnaires. Les comités de sûreté générale et de salut public commandaient tous les rouages gouvernementaux, et il leur commandait. Tous les obstacles étaient tombés, les rivaux les plus redoutables avaient succombé ; tranquille après n'avoir reculé devant rien pour la domination, il voulait enfin gouverner, et les témoignages d'une adulation servile qui lui arrivaient de toutes parts, l'y encourageaient. Couthon et Saint- Just, ses complices, servaient sa politique, et Saint-Just, qui avait dit : « Ceux qui font les révolutions à demi ne font que creuser leurs tombeaux, » marchait droit à son but.

Disciple de Rousseau, il croyait à l'existence de l'Etre suprême et à l'immortalité de l'âme. L'athéisme était à ses yeux un crime qu'un gouvernant ne devait pas laisser impuni. Il exposa à la Convention, dans un langage sentimental et mystique, sa religion, qui était « la religion universelle de la nature. » Il fit voter des fêtes à la liberté, à la justice, à l'humanité, et après avoir proclamé la liberté des cultes, il lui inspira le décret suivant, qui fut adopté au milieu des transports d'un enthousiasme hypocrite : « Le peuple français reconnaît l'existence de l'Etre suprême et de l'immortalité de l'âme.» Il commanda une fête solennelle, qui fut célébrée le 20 prairial (S juin 1794). Il y parut comme président de la Convention, un bouquet d'épis et de fieurs à la main ; au milieu du

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Champ de Mars s'élevait une montagne symbolique ornée d'arbres. Des jeunes filles vêtues de blanc la gravirent en chantant l'hymne à l'Être suprême de M. J. Chénier, et le dithyrambe sur l'immortalité de l'âme de Delille. Des hommes habitués au crime purent-ils entendre sans terreur ces vers courageux ?

Dans sa demeure inébranlable,

Assise sur l'éternité,

La tranquille Immortalité, Propice au bon et terrible au coupable, Du temps qui, sous ses yeux, marche à pas de géant.

Défend l'ami de la justice.

Et ravit à l'espoir du vice

L'asile horrible du néant.

Ouï, vous qui, de l'Olympe usurpant le tonnerre. Des éternelles lois renversez les autels.

Lâches oppresseurs de la terre.

Tremblez, vous êtes immortels.

Cette fête, qui devait marquer l'établissement du « règne de la vertu,» avait été précédée d'exécutions quotidiennes. Robespierre laissait le tribunal révolutionnaire continuer son œuvre de mort et frapper des nobles, des ouvriers, des royalistes, des républicains, des prêtres, des ' vieillards, des enfants, des officiers, des femmes.

Le 25 novembre 1793, la Commune avait demandé à la Convention d'envoyer « au plus tôt l'infâme Elisabeth au tribunal révolutionnaire. »

La sœur de Louis XVI attendit près de six mois, au Temple, l'effet de cette injonction. Conduite à la Conciergerie le 9 mai, elle comparut le lendemain sous l'accusation de complicité des crimes de sa famille. Son défenseur, Chauveau-Lagarde, après avoir démontré qu'il n'existait contre elle aucun élément légal de conviction, termina sa plaidoirie par ces mots : « Celle qui a été à la cour de France le parfait modèle de toutes les vertus ne peut être l'ennemie des Français. » Le président irrité lui reprocha de « corrompre la morale. » Elle fut condamnée sans avoir pu entretenir son défenseur. On lui donna un nombreux et illustre cortège, et lorsque, assis sur un banc au pied de la machine fatale, les condamnés, hommes et femmes, se levaient à l'appel de leur nom pour livrer leur tête, ils s'inclinaient avec respect en passant devant la royale victime. Elle fut la dernière. Le bourreau ayant découvert ses épaules : « Au nom du Ciel, dit- elle, couvrez-moi. »

Malgré les applaudissements qui avaient accueilli ses deux discours le jour de la fête de l'Etre suprême, le dictateur ne fut pas content. Le public avait vu dans la cérémonie une comédie, la Convention un acte contre-révolutionnaire, le comité de sûreté générale la manifestation d'une vanité satisfaite et d'un pouvoir menaçant. Les haines s'agitaient, et, malgré la réserve que leur imposait la peur, Robespierre ne pouvait s'y méprendre. Il fit présenter à la Convention, le 22 prairial, par Couthon une loi augmentant le nombre des sections du tribunal révolutionnaire, supprimant l'interrogatoire des accusés, les témoins et la défense, créant de nouvelles catégories de suspects et accordant à chacun des deux comités de salut public et de sûreté générale le droit d'accusation. Elle fut votée le jour même. Le lendemain, la Convention déclara n'avoir point voulu abroger la loi qui exigeait un décret spécial pour la mise en jugement de ses membres, et Robespierre fut réduit à exhaler son mécontentement aux Jacobins. Deux jours après une vieille folle, Catherine Théot, qui voyait en Robespierre « un nouveau Messie, un Rédempteur du genre humain, » fut décrétée d'accusation.

Ce fut le signal d'un redoublement de proscriptions. Le tribuna 1 révolutionnaire fonctionna sans interruption, et Fouquier-Tinville excellait dans l'art d'abréger les procédures. Les accusés disaient leur nom, entendaient prononcer leur condamnation, et la guillotine exécutait l'arrêt. Du 22 prairial au S thermidor, en un mois et demi, deux mille quatre-vingt-cinq personnes furent décapitées à Paris. On eut la pensée d'élever l'instrument du supplice à la porte du palais, afin de ne point perdre de temps. On craignit « de démoraliser la justice » et, pour prouver qu'on voulait user de modération, on borna à soixante le nombre des exécutions journalières.

La province voyait aussi partout des émigrés, des conspirateurs, des ennemis de la république, et s'en débarrassait par les bateaux à soupape qu'avait inventés Carrier et qui lui survécurent, et par la guillotine promenée de ville en ville.

Tout inquiétait Robespierre : la pitié qui se manifestait, le dégoût que l'on ne cachait plus et la menace qui commençait à parler haut. La presse le troublait. Couthon et Saint-Just se détachaient de lui, les autres membres du comité supportaient impatiemment sa domination. Il avait épuré la Convention, les comités, la Commune, les Jacobins, et cependant il voyait des ennemis partout. C'est le sort de ceux qui ont longtemps fait trembler, de trembler à leur tour.

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Robespierre, qui avait fait aux Jacobins des discours tortueux et obscurs, dont on redoutait les traits cachés, porta le 8 thermidor la question à la Convention. Il parla de ses services, de sa clémence, se présenta comme un martyr de la république, dénonça les fripons, et conclut que le seul remède à la situation présente consistait à punir les traîtres. On sentit que la crainte pénétrait dans son âme, et on osa l'attaquer. Lorsqu'il demanda l'impression de son discours, on le renvoya aux comités.

Le soir, il refit son discours aux Jacobins, et, après avoir dit que c'était son testament, il y trouva le dévouement ordinaire. Il comptait encore sur la Convention, mais ses ennemis agissaient, et lorsque le lendemain la séance s'ouvrit, la Plaine avait capitulé avec Tallien et les autres Montagnards, ses ennemis. Saint-Just ayant dit dans un rapport que Robespierre avait montré des ménagements en parlant de la nécessité d'arrêter les membres de la Convention, Billaud déclara que des assassins avaient été armés contre elle, et qu'elle périrait si elle était faible. Et comme de toutes parts on lui criait : « Non ! non ! » il attaqua violemment Robespierre, lui reprochant son despotisme et la loi du 22 prairial.

Robespierre voulut parler. La Convention refusa de l'entendre : « A bas le tyran ! » lui disaient en face ceux qui la veille tremblaient en sa présence. Tallien demanda sa mise en accusation et celle des scélérats qui l'avaient aidé. Chacun vint à son tour l'accuser.

L'assemblée se déclara en permanence, décida l'arrestation de Robespierre et adressa une proclamation au peuple. Robespierre, hors de lui, montait et descendait l'escalier de la tribune, comme une bête fauve qui se sent perdue. Il demandait sans cesse la parole, et sa voix étranglée dans sa gorge, ou étouffée par les clameurs hostiles, ne parvenait pas à se faire entendre. « C'est faux ! » dit-il enfin, en réponse à Tallien qui l'a accusé d'avoir résolu la perte de la Convention. Mais les Montagnards, ses complices, sont irrésolus. Il espère les ramener . « C'est à vous, hommes purs, que je m'adresse, dit-il, et non pas aux brigands ! » Profondément troublé, brisé par la fatigue, paralysé par la peur, il peut à peine dire à Collot qui présidait : « Pour la dernière fois, président d'assassins, je te demande la parole ! » et sa voix s'éteint. « Le sang de Danton l'étouffé ! » s'écrie Garnier.

L'arrestation est enfin votée au milieu d'un tumulte épouvantable. « Vive la république ! Vive la liberté ! » crie l'assemblée. « La république ! dit d'une voix sourde Robespierre, elle est perdue : les brigands triomphent! » Il dut prendre avec son frère, Couthon, Saint-Just et Lebas,

la route que ses victimes avaient suivie. Les geôliers n'ayant pas voulu les recevoir, ils furent conduits à l'Hôtel-de- Ville, où les acclamations les accueillirent.

La Commune rédigea une adresse en leur faveur, fit sonner le tocsin, fermer les barrières, et nomma une commission executive de douze membres. Henriot essaya de soulever la population, rencontra un convoi de quarante-huit condamnés que l'on conduisait à l'échafaud, ordonna l'exécution, que l'on voulait différer, fut désarmé, rendu à la liberté et menaça l'assemblée. Mais la Commune n'avait plus la puissance d'autrefois, et Robespierre manqua d'audace. La Convention avait commis la faute de se séparer; mais le péril la ramena, et les conseils énergiques prévalurent. Robespierre, ses compagnons, la Commune, Henriot, furent mis hors la loi. Barras, nommé commandant de la force armée, réunit les sections fidèles, entraîna les douteuses, intimida les rebelles et arma l'Hôtel-de- Ville. Henriot fut jeté par un des siens en bas d'un escalier, Robespierre le jeune se précipita du haut d'une fenêtre, Lebas se brûla la cervelle, Robespierre se fracassa la mâchoire ou fut blessé par un gendarme. Ils furent tous pris et transportés dans une salle du comité de salut public. Il était trois heures du matin et Robespierre, sanglant, anéanti par la peur, la souffrance et peut-être le remords, resta exposé aux outrages de ceux qui vengeaient leurs injures ou essayaient de racheter leurs crimes.

Le tribunal révolutionnaire n'eut qu'à constater l'identité des deux Robespierre, de Couthon, de Saint-Just, de Henriot, de Dumas, de Payan, et de douze autres membres de la Commune. Le même jour, à quatre heures du soir, on les conduisit à l'échafaud, et les applaudissements éclatèrent lorsque justice fut faite. Le lendemain quatre-vingt-deux membres de la Commune furent également guillotinés sans jugement. La France respira. Le règne de la Terreur était passé, et une des phases hideuses de la Révolution était close. « L'histoire du 9 thermidor, a dit de Maistre, n'est pas longue : quelques scélérats firent périr quelques scélérats. » (26 et 27 juillet 1794.) Ceux qui triomphaient avaient leur part de responsabilité dans les événements accomplis, mais ils renversaient un pouvoir abhorré. L'audace l'avait élevé, la peur entraîna sa chute. C'est le châtiment de ceux à qui tout a réussi, de se sentir impuissants au moment suprême. Danton a bien dit que « dans les révolutions l'autorité reste aux plus scélérats, » mais les plus scélérats eux-mêmes finissent par ne plus oser, ou par ne plus trouver d'exécuteurs de leurs

volontés, et ils tombent sans que personne s'étonne d'une chute longtemps désirée, mais longtemps réputée impossible.

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