‹ Histoire de FranceChapitre 32 sur 46 · Chapitre IX · texte numérisé non relu

Chapitre IX

Les guerres de la REPUBLIQUE.

^^wwwwwwwwwwwwwwww^

Es relations de la France avec les puissances étrangères étaient mauvaises. Les progrès de la Révolution effrayaient les souverains, qui en redoutaient la propagande et l'invasion. Presque partout on armait. Les rassemblements des émigrés, leurs projets hautement annoncés, leurs correspondances à l'intérieur, irritaient les hommes qui avaient pris la tête du mouvement, et rendaient la situation du roi difficile. Il signifia, le 2o décembre 1791, aux électeurs de Trêves et de Mayence, d'avoir à dissiper les rassemblements. Ils s'y refusèrent, et l'empereur déclara qu'il les soutiendrait. Le roi fit annoncer à l'assemblée que, s'il ne recevait pas satisfaction avant le 15 janvier, il déclarerait la guerre. Trois armées furent formées. La frontière du nord fut occupée, de Dunkerque à Philippeville, avec quarante-huit mille hommes par Rochambeau ; de Philippeville à Lauterbourg, avec cinquante-deux mille par La Fayette, et de Lauterbourg à Bâle, par Luckner, avec quarante-deux mille. Montesquiou défendait l'entrée des Alpes.

Lorsque, le 24 mars 1792, un ministère girondin eut remplacé celui qui avait la confiance du roi, la guerre devint inévitable. L'Autriche s'était alliée à la Prusse, et, aux sommations hautaines de Dumouriez, elle répondit en demandant la restauration de la monarchie française conformément aux déclarations du 23 juin 17S9. Le roi se rendit à l'assemblée et proposa, aux termes de la Constitution, la guerre contre le roi de Bohême et de Hongrie (20 avril 1792).

La Belgique fut envahie par trois colonnes de Rochambeau qui se portèrent vers Furnes, Tournai et Mons, pendant que La Fayette se dirigeait sur Namur. La colonne qui marchait sur Tournai, sous le commandement de Dillon, se débanda, rentra en désordre à Lille et massacra son général (28 avril). Celle de Biron fut attaquée par les Autrichiens près de Jemmapes, et s'enfuit en criant, comme celle de Dillon : A la trahison ! Les Autrichiens ne profitèrent pas de ces avantages et, par leur inaction, laissèrent réorganiser ces forces.

2i6 HISTOIRK DK FRANCE.

Le ministère girondin fut renvoyé le 12 juin, la royauté indignement et impunément violée le 20, la patrie déclarée en danger le II juillet, et le manifeste du duc de Brunswick publié le 28. L'empereur et le roi de Prusse, disait-il, ne s'étaient armés que « pour faire cesser l'anarchie dans l'intérieur du royaume, arrêter les attaques dirigées contre le trône et l'autel, rendre au roi sa liberté et le mettre en état d'exercer son autorité légitime. S'il était fait le moindre outrage à la famille royale, leurs majestés impériale et royale livreraient Paris à une exécution militaire et à une subversion totale. »

Après le 10 août, les ambassadeurs étrangers quittèrent Paris, et l'armée alliée, dans laquelle était le roi de Prusse, Frédéric Guillaume, franchit nos frontières (22 août 1792).

Dumouriez commandait l'armée du Nord, et Kellermann avait remplacé Luckner à celle de l'Est. La capitulation du Longwy, après quinze heures de bombardement, le 23, porta au comble l'exaspération dans la Commune, et, sous sa pression, l'assemblée prit des mesures extrêmes. Mais le désordre était partout, et si Brunswick avait marché plus résolument, il n'aurait pas trouvé d'obstacle jusqu'à Paris. Le 2 septembre, Verdun capitula.

Dumouriez, abandonnant son plan d'invasion de la Belgique, se rendit à Sedan, où il trouva l'armée de La Fayette désorganisée. Il passa entre l'Argonne et la Meuse devant les Prussiens. Arthur Dillon les rejeta, et occupa le défilé des Islettes et le passage de la Chalade. Dumouriez s'avança jusqu'à Grand- Pré, se retrancha entre l'Aire et l'Aisne et défendit la Croix-au-Bois. Le défilé septentrional du Chêne- Populeux fut occupé par un troisième corps. Kellermann reçut l'ordre d'opérer sur le flanc des Prussiens, et Beurnonville, de se rendre à Réthel et, si c'était nécessaire, à Grand-Pré.

Le 13, les Autrichiens forcèrent un des passages, que Dumouriez ne put reprendre. Menacé d'être tourné par vingt-cinq mille Autrichiens, attaqué par quarante mille Prussiens et enfermé entre deux rivières, il traverse l'Aisne, la remonte jusqu'à Sainte-Menehould, et prend position devant la route de Châlons. Les Prussiens marchent sur lui et, le 20 septembre, dirigent trois colonnes contre Kellermann, posté au moulin de Valmy. Kellermann les repousse à la baïonnette. Les pertes, égales des deux côtés, s'élevèrent à près de neuf cents hommes. Les Prussiens se retirèrent. On loua le héros de la journée, Kellermann, et on s'applaudit de voir la France délivrée. En effet, Brunswick, harcelé de tous

côtés, se procurant difficilement des vivres, obligé de manœuvrer sur des terres détrempées, affaibli par les maladies, ne pouvait avancer et n'osait rester immobile. Le roi de Prusse avait d'ailleurs besoin de ses troupes en Pologne. Verdun et Longwy furent rapidement évacués, et, le ler octobre, les Prussiens étaient sortis de France.

Leur retraite s'opéra tranquillement, soit que Dumouriez ne crût pas prudent de les suivre, soit qu'il y ait eu entre eux une convention secrète.

Custine, qui commandait sur le Rhin, prit Worms, Spire, Mayence, Franctfort (octobre). Les Autrichiens battirent nos troupes au camp de Maulde (24 septembre) et bombardèrent Lille pendant douze jours ; sept cents maisons furent brûlées. L'attitude énergique de la population, la réponse du maire André (i) et l'approche de Dumouriez, déterminèrent le duc de Saxe-Teschen à repasser la frontière.

Montesquiou envahit la Savoie le 23 septembre, et devant Anselme, Nice, le fort Montalban et Villefranche se rendirent avec d'immenses approvisionnements. Ces succès, dont les Jacobins s'attribuèrent la gloire, fortifièrent leur pouvoir, et montrèrent à l'Europe que l'esprit de la Révolution n'avait pas altéré notre génie militaire.

Dumouriez entra en campagne le 25 octobre. Son armée était nombreuse, avait de l'enthousiasme à défaut de discipline, et les Autrichiens, disséminés sur un grand espace, montraient peu de confiance en des chefs qui ne s'entendaient pas.

Il marcha de Valenciennes sur Mons, dans l'espoir d'enfermer les Autrichiens entre Valence, la Bourdonnaie et sa propre armée. Mais ils étaient plus nombreux qu'il ne le croyait, par la jonction de Clerfayt et de Saxe-Teschen. Il les trouva établis sur les hauteurs de Cuesmes et de Jemmapes, défendues par trois étages de redoutes. Pour les enlever, il envoya Harville fermer la route de Bruxelles, plaça Beurnonville à droite. Égalité, fils du duc d'Orléans, depuis Louis-Philippe, au centre, et Ferrand à gauche.

Les redoutes furent enlevées après plusieurs échecs, et les x\utrichiens durent se mettre en retraite sur Bruxelles (6 novembre). L'enthousiasme que provoqua la bataille de jemmapes aurait été justifié si on avait tenu compte des conditions déplorables de l'armée victorieuse.

I. Il écrivit au duc de Saxe : « Nous venons de renouveler notre serment d'être fidèles à la nation, de maintenir la liberté et l'égalité ou de mourir à notre poste. Nous ne sommes pas des parjures. >

Dumouriez entra à Mons, à Bruxelles, à Malines, à Liège, pendant que ses généraux prenaient Tournai, Gand, Anvers et Namur. En un mois la Belgique était conquise. Elle s'y était prêtée, et la haine pour les Autrichiens avait secondé nos armes. La Convention se hâta d'envoyer à la suite de l'armée des apôtres des idées nouvelles et de doter la Belgique de clubs. Il eût mieu.x valu assurer des renforts, des vivres et des munitions. Dumouriez remplaça les généraux qui pliaient devant les exigences des Jacobins, défendit ceux qui exécutaient ses ordres, et fut réduit à vivre aux dépens du pays.

Elle se croyait appelée à régénérer le monde, et des émissaires eurent pour mission de révolutionner la Suisse, la Savoie, l'Italie et l'Espagne. Sans doute, la république s'était engagée à ne pas faire de conquêtes, mais Grégoire démontra victorieusement qu'elle ne s'était pas interdit les annexions. Grâce à cette distinction, elle put voter sans scrupule la réunion de la Savoie à la France, et ordonner l'occupation de Rome, afin de forcer le Pape à accepter la constitution civile du clergé ; mais Kellermann ne put réaliser les projets contenus dans un manifeste pompeux. Naples reconnut la république et fit avec elle un traité de commerce. Custine ne réussit pas en Allemagne et dut évacuer Francfort (2 décembre).

Dans les derniers jours de la captivité du roi, les rapports avec l'Angleterre étaient devenus difficiles. Pitt aurait voulu éviter la guerre, mais le sentiment national ne le permit pas. La cour prit le deuil de Louis XVI, et l'ambassadeur de France reçut l'ordre de quitter Londres. La guerre fut déclarée à l'Angleterre et à la Hollande, sur la proposition du comité diplomatique ( 8 février 1793 ). Pitt, considérant la condamnation de Louis XVI comme attentatoire à tous les principes des gouvernements réguliers, promit des subsides à l'Autriche, à la Prusse et à la Sardaigne. Les mesures les plus vigoureuses furent prises par la Convention pour tenir tête à l'orage qu'elle avait soulevé.

Pache fut remplacé au ministère de la Guerre par Beurnonville ; on réorganisa l'armée; Brissot dit que toute la France devait être « un camp î>, et on fit une levée de trois cent mille hommes.

Dumouriez, qui s'était rendu à Paris, peut-être avec la pensée de sauver le roi, rentra en Belgique mécontent, et fit un mouvement contre la Hollande. Le prince de Cobourg et Beaulieu le contraignirent à une retraite précipitée, et lui prirent presque tout son matériel.

Le 7 mars 1793, la guerre était déclarée à l'Espagne, et le 8, on fit

appel aux sections, à la garde nationale, à toute la jeunesse pour sauver la patrie. Dumouriez reprit l'offensive, et, le i8 mars, attaqua les Autrichiens. Il s'empara de Nerwinde, mais son aile gauche repoussée l'obligea à la retraite. Il avait perdu quatre mille hommes et dut se borner à préserver la frontière. Dans une entrevue à Louvain avec le colonel Mack, chef d'étatmajor des alliés, il lui fit part de son projet de dissoudre la Convention, d'arracher au Temple Louis XVII et de rétablir la Constitution de 1791, en y joignant une Chambre haute à l'imitation de l'Angleterre.

Depuis longtemps suspect, il reçut le 2 avril quatre commissaires. Camus, Quinette, Lamarque et Bancal, qui, après avoir essayé de l'attirer à Lille, le sommèrent de rentrer à Paris. Il répondit qu'il n'était pas assez fou pour livrer sa tête, les fit arrêter et les livra à Clerfayt. Mais les troupes qu'il avait espéré soulever ne reconnaissaient plus son autorité, et trois bataillons qu'il rencontra essayèrent de s'emparer de lui. Il échappa avec peine, et passa la frontière avec le duc de Chartres et quelques officiers supérieurs. L'Autriche lui fut refusée comme lieu d'asile, et il dut se réfugier en Suisse.

Il fut déclaré traître à la patrie. Dampierre reçut le commandement de l'armée du Nord et Bouchotte le ministère de la Guerre. Il fut décidé que des représentants du peuple seraient attachés à chaque armée à titre de commissaires, afin de surveiller les généraux toujours suspects.

La Révolution n'avait pas été acceptée dans toutes les provinces avec le même enthousiasme ou subie avec une égale résignation. A l'est et au nord-est, les populations semblaient acquises à la république jacobine ; au midi, l'influence des Girondins était prépondérante ; l'ouest et le sudest étaient restés royalistes. Lyon, par son importance, semblait appelé à contrebalancer l'influence de Paris et à grouper les forces de la résistance. Cependant la municipalité était montagnarde, les hommes modérés n'ayant pas voulu, comme dans un trop grand nombre de ville.<^, lutter ouvertement contre les révolutionnaires. Le Piémontais Challier, qu'on appelait le Marat du midi, y dominait. La municipalité avait levé une armée, prélevé trente millions sur les riches, emprisonné plus de quinze cents personnes, et menaçait de septci)ib7-iser tous ceux qui lui résisteraient. Challier disait : « Un bon révolutionnaire doit exterminer ceux qui ne pensent pas comme lui. » Les sections prirent les armes contre la municipalité, et Lyon fut le théâtre d'une véritable bataille, qui se termina par l'enlèvement de l'Hotel-de-ville (9 mai 1793). Challier, mis en jugement, fut condamné et exécuté avec trois de ses complices.

La nouvelle municipalité rétablit l'ordre, leva une armée, se constitua dans une complète indépendance, et s'entendit avec les populations de l'Isère, de l'Ain et du Jura, qui avaient échappé au joug révolutionnaire.

La Convention envoya soixante-dix mille hommes pour soumettre la ville rebelle. Pendant soixante-trois jours, huit mille gentilshommes, bourgeois, ouvriers, se défendirent avec une admirable énergie. Les assiégeants lancèrent quatre mille six cent quarante-et-un obus, onze mille six cent trente-quatre boulets et vingt-huit mille bombes. La plupart des édifices publics, les hôpitaux, des quartiers tout entiers étaient en cendres. Trois commandants, de Précy, de Virieu, de Nervo, animaient de leur courage les soldats et les habitants. Lorsque les vivres manquèrent tout à fait et qu'il fallut se rendre, Précy, à la tête de quelques braves, forma un bataillon, mit au milieu les femmes et les enfants, et tenta de s'ouvrir un passage. Quelques-uns périrent, d'autres cherchèrent un refuge dans les villages voisins, où ils furent traqués comme des bêtes fauves ; plusieurs, ramenés à Lyon, furent victimes du comédien Collot d'Herbois, devenu conventionnel, et de son collègue, l'ancien Oratorien Fouché. Ils déclarèrent bientôt que « l'activité de la flamme était nécessaire... et qu'il fallait célébrer les fêtes civiques en exterminant sans exception tous ceux qui n'aimaient pas la Révolution. » Collot inventa les mitraillades, qui allaient plus vite que la guillotine. Le nombre des victimes de ces exécutions, qui portaient indistinctement sur tous les âges, les sexes et les situations sociales, dépassa quatre mille (octobre 1793).

Plus de cinquante départements étaient soulevés contre la Convention. La persécution religieuse, les arrestations, la mort du roi, les attaques contre les citoyens paisibles, les atteintes à toutes les libertés, la conscription, les réquisitions, les excès des commissaires de la Convention, la proscription des Girondins, la guerre, les exécutions, les souffrances du présent, les terreurs de l'avenir, avaient provoqué des soulèvements. Le drapeau blanc flottait dans les Cévennes, où trente mille paysans étaient armés et formaient le projet, avec l'Auvergne et le Limousin, de se joindre à la Vendée.

La Vendée, que les lois civiles et religieuses de la Constituante et les sanglantes journées du 14 juillet, du 5 et du 6 octobre 1789, du 20 juin et du 10 août 1792, avalent profondément blessée dans ses affections, sa foi et ses intérêts, se souleva d'indignation à la nouvelle de la mort du roi. Elle avait conservé ses moeurs antiques, son dévouement à

l'Église, son attachement à ses seigneurs comme au roi, et ne s'était pas laissé pénétrer par le souffle d'impiété et de corruption qui avait flétri la société du XVI 11^ siècle. La constitution civile du clergé avait rencontré une invincible résistance et provoqué d'unanimes protestations.

Le lo mars 1793, jour du tirage au sort pour une levée de trois cent mille hommes, l'explosion fut générale. Les jeunes gens ne se présentèrent pas, et à Saint-Florent d'Anjou désarmèrent les gendarmes. Dans le Marais, dans le Bocage, dans la Plaine, on se groupa, on se donna des chefs. Un voiturier, connu par sa piété, Cathelineau, fut mis à la tête du mouvement, et ses soldats improvisés, sans armes, prirent Chemillé , que défendaient deux cents hommes avec trois canons (14 mars 1793). Deux jours après, un garde-chasse, Stofflet, conduisait sa troupe à Chollet, chef-lieu de district, dont il s'emparait malgré une garnison de cinq cents hommes.

Ces défenseurs de leur foi politique et religieuse marchaient le chapelet à la main, se jetaient à genoux, recevaient l'absolution, et, armés de bâtons, de faulx, de fourches, de mauvais fusils, couraient à l'ennemi. La victoire leur donna des armes ; Mâchecoul, Challans et Pornic furent pris. A Saint-Vincent ils battirent deux mille quatre cents soldats de la ligne et de la garde nationale, et s'emparèrent des Sables d'Olonne après un siège de cinq jours. A la fin du mois, tout le pays compris entre la mer et la Loire leur appartenait.

Charette, ancien officier de marine, forma une armée recrutée dans le Marais, et qui s'éleva jusqu'à vingt mille hommes. Dans le Bocage, d'Elbée, Lescure.Larochejaquelein, groupèrent les paysans, qu'ils animèrent de leur confiance et de leur courage. Dans la Plaine, Bonchamp, qui avait servi avec distinction dans l'Inde sous Suffren, et en Amérique dans la guerre de l'Indépendance, organisa des forces qui marchaient par paroisses, portaient leurs vivres, et comptaient sur les munitions de l'ennemi. Leur intrépide audace avait raison du nombre, de l'organisation, d'un armement supérieur et du fanatisme révolutionnaire.

La Convention ordonna la formation d'une armée contre les Vendéens. Des gendarmes, des volontaires, des recrues, des troupes de ligne, les attaquèrent sans plan, sans ordre et sans succès.

Deux corps battus par d'Elbée, à Coron et à Beaupréau, durent repasser la Loire. Le 5 mai, La Rochejaquelein vainquit aux Aubiers le général Ouétineau et le rejeta sur Thouars, qui fut emporté après un combat violent.

Histoire de France. u

262 HISTOIRK DE FRANCE.

Les royalistes étaient moins heureux ailleurs. Dix mille hommes avaient marché de Marseille sur Avignon. Un corps de l'armée des Alpes les battit dans les gorges de Septêmes, et entra dans la ville, où il rétablit, avec les excès ordinaires, l'autorité de la Convention (23 août 1793). Toulon, qui avait emprisonné deux commissaires et envoyé à l'échafaud les chefs de club, vit affluer dans ses murs les royalistes que poursuivait l'armée républicaine, et, désespérant de se défendre, ouvrit son port à la flotte anglaise (27 août).

En Vendée Lescure, entré à Saumur, avait passé la Loire, et se dirigeait sur le Mans au milieu de populations amies. Mais, loin de leur pays, les Vendéens n'étaient plus les mêmes ; imprévoyants et peu disciplinés, ils furent contraints à la retraite et battus à Saumur. Une tentative faite sur Nantes par Cathelineau ne réussit pas. Après un combat de dix-huit heures, il fut tué, et ses soldats rentrèrent précipitamment dans leur pays. Ils y retrouvèrent la victoire. Westermann fut battu à Châtillon, Labarolière à Vihiers, Santerre à Coron, et les républicains se rejetèrent au delà de la Loire ( 1 7 juillet). Leurs généraux ne s'accordaient pas, les troupes étaient désorganisées, les représentants augmentaient le désordre par leurs soupçons, et la honte d'être battus par des hommes mal armés ajoutait au découragement.

La défaite de Santerre à Coron ouvrait aux Vendéens la route de Nantes ou celle d'Angers. Ils aimèrent mieux assurer la tranquillité du pays en le débarrassant des corps républicains qui l'occupaient. Le 1 3 août, ils attaquèrent le général Tancq près de Luçon, furent vaincus, et durent remonter vers la Loire. Deux armées commandées par Rossignol et Canclaux les menaçaient. Ils écrasèrent successivement les colonnes républicaines de Rossignol, qui opéraient isolément, et, se jetant sur l'avant-garde de Canclaux commandée par Kléber, ils la battirent à Torfou, et rejetèrent toute l'armée sur Nantes (19 septembre 1793). Les colonnes parties de Saumur et d'Angers subirent un égal désastre, et ilo restèrent maîtres des Ponts de Ce, qui assurent le passage de la Loire.

La Convention destitua Rossignol et Canclaux, confia le commandement à Léchelle, et luidonna pour conseil Kléber, imposant l'obligation, comme si l'on commandait à la victoire, d'en finir avec les Vendéens avant le 20 octobre. Les troupes se réunirent à Bressuire, repoussèrent les Vendéens de Châtillon, les poursuivirent jusqu'à Chollet et Baupréau, et les défirent complètement (16 octobre). Ce n'était plus une armée que les républicains avaient devant eux, mais une cohue de femmes, d'en-

fants, de vieillards, de paysans. Mise en désordre, cette troupe, à qui les blessures et la mort avaient enlevé presque tous ses chefs, passa sur la rive droite de la Loire et s'avança jusqu'à Laval. Léchelle la suivit lentement, l'attaqua sur les hauteurs d'Entrames, entre Laval et Château- Gonthier, et fut mis en déroute.

La Bretagne, restée fidèle comme la Vendée, avait été contenue par la Terreur. L'opposition d'une troupe vendéenne avait provoqué un soulèvement que la configuration du sol rendait facile ; mais les influences politiques l'emportèrent sur les plans militaires.

La Rochejaquelin était le seul chef, et sa valeur, son entrain, sa générosité, son audace, lui donnaient tous les cœurs.

Les Anglais, qui préparaient des troupes de débarquement à Jersey, lui conseillèrent une expédition sur Granville. La possession de ce port, en lui assurant les communications avec l'Angleterre, lui aurait donné des renforts, des armes, des munitions et de l'argent. Il se laissa persuader, éloigna les Vendéens de leur pays, arriva le 1 5 novembre devant la ville, trouva une résistance sur laquelle il ne comptait pas, et ramena par Dol ses troupes affaiblies et découragées. Rossignol l'ayant attaqué à Autrin, il le repoussa, revint vers Angers par Fougères et Laval, et fut assailli et mis en désordre par Westermann et Kléber, qui le rejetèrent sur la Flèche, d'où il gagna le Mans. Marceau, se portant rapidement sur cette ville avec des forces supérieures, fit. pendant la nuit du 1 2 décembre, une véritable boucherie des divers corps de cette brave armée. Westermann poursuivit les fuyards et les extermina. Ce qui restait se jeta de Laval sur Ancenis et, après une tentative infructueuse pour passer la Loire, sur Savenay. C'est là que fut livré, le 22 décembre 1 793, un dernier combat. La grande période de cette « guerre de géants, » selon l'expression de Napoléon, se fermait sur cet épouvantable désastre. Vaincus dans cette lutte inégale, les Vendéens avaient défendu leurs vieilles croyances et laissaient un mémorable exemple des plus héroïques vertus.

Si Chateaubriand a pu dire avec vérité, de nos généraux et de nos soldats combattant l'étranger, que « leur vaillante épée servit de contrepoids à la hache révolutionnaire, •» c'est surtout des Vendéens que l'on peut affirmer qu'ils ont été, pendant les jours néfastes, les gardiens de l'honneur du pays.

La plupart des chefs vendéens avaient péri. Charette, Stofflet et Larochejaquelein tenaient encore la campagne, unissant leurs efforts ou agissant isolément. Des colonnes infernales parcouraient ces contrées

y semant le ravage, l'incendie et la mort. Larochejaquelein, qui avait dit à ses soldats : « Si j'avance, suivez-moi; si je recule, tuez-moi; si je meurs, vengez-moi ! » tomba le 4 mars 1 794, frappé par un soldat républicain qu'il sommait de se rendre en lui promettant la vie. Charette et Stofflet ne s'entendaient pas. Le général Thureau, qui n'avait reculé devant aucune atrocité pour soumettre le pays, fut rappelé, et le commandement revint à Canclaux, qui devait user de la persuasion.

Page 1