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I.arochejaquelein

La lutte ouverte en Bretagne après la défaite de Savenay, se développait sous Scepeaux, Bourmont, Cadoudal et Puisaye.

Hoche, envoyé contre eux, combattait et négociait. Les populations de Bretagne et de Vendée, qui avaient beaucoup souffert, aspiraient à

la paix. Par un traité du 15 février 1795 Charette obtint : la liberté du culte, une indemnité de deux millions, la reconstruction des habitations incendiées, et la formation d'une garde territoriale payée par l'État. En Bretagne, l'aide de camp de Puisaye accepta le traité, et, le 4 mai, Stofflet, major-général de l'armée catholique et royale, y accéda.

La paix ne fut pas de longue durée. Deux comités, l'un de Londres, l'autre de Paris, restaient en communication avec les chefs. Hoche, qui saisit certains indices, fit arrêter Cormatin, l'aide de camp de Puisaye, et surveiller Stofflet. Il ne put empêcher une expédition préparée par Pitt. Elle se composait de trois mille six cents émigrés que portaient neuf vaisseaux, avec des armes, des uniformes, des munitions, de l'argent. La flotte française, attaquée près de Belle- Isle, perdit trois vaisseaux et dut se réfugier à Lorient (23 juin 1795), laissant le passage libre.

La Vendée, où Charette en armes attendait des renforts et des secours, était ouverte, mais les Anglais débarquèrent dans la presqu'île de Quiberon et s'emparèrent du fort Penthièvre. Le pays, contenu, ne se leva pas, et dix mille Chouans seulement rejoignirent les émigrés. 11 en résulta une hésitation qui permit à Hoche de réunir ses troupes. 11 refoula l'armée royaliste dans la presqu'île. Puisaye, qui commandait et qui ne pouvait se délivrer que par une victoire, envoya contre lui deux corps qui devaient l'attaquer par derrière pendant son attaque de front. Les deux corps n'agirent pas, et Puisaye, écrasé par des forces supérieures, fut rejeté dans la presqu'île (16 juillet).

Hoche s'ouvrit par trahison le fort Penthièvre, et, dominant les émigrés, il les refoula jusqu'à la côte. Le salut était dans un prompt embarque-

William Pitt.

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ment, caria résistance et l'offensive étaient également impossibles. L'état de la mer rendait cette opération difficile, et peut-être les dispositions des Anglais, dont l'honneur n'est pas sorti sauf de cette affaire, ne l'empêchèrent-elles pas moins. II y avait là des représentants de toutes nos vieilles gloires, des noms mêlés à nos plus brillantes traditions. Plusieurs périrent avec les embarcations qui les portaient, d'autres sous le feu anglais balayant la côte et atteignant indistinctement ennemis et alliés, d'autres sous les balles républicaines. « Rendez-vous ! » criait-on des rangs de l'armée de Hoche, où l'on ne pouvait s'empêcher d'admirer la bravoure et de plaindre le malheur, et ce qui restait de cette troupe héroïque déposa les armes (21 juillet).

Quoique la capitulation n'eût pas été entourée des formes ordinaires, elle n'était pas moins obligatoire : Hoche le croyait. La Convention en jugea autrement. Elle donna ordre d'exécuter la loi qui punissait de mort tout émigré posant le pied sur la terre de France. Tallien, envoyé en mission auprès de Hoche, fit fusiller sept cent onze émigrés et provoqua de promptes et cruelles représailles.

Ce désastre ne découragea pas les royalistes. Des vaisseaux anglais portèrent sur les côtes de la Vendée deux mille cinq cents émigrés et des armes. Charette les attendait avec dix mille hommes ; mais six semaines furent perdues dans des hésitations, des changements de plan et des négociations. Le comte d'Artois, qui devait prendre le commandement de l'expédition, n'avait confiance ni dans les renseignements qui lui venaient de France, ni dans les secours que lui promettait le gouvernement anglais. Il repartit sans avoir rien fait. Hoche, au courant des projets des royalistes, avait pris d'habiles précautions, empêchant les communications entre la Bretagne et la Vendée, établissant des postes sur le rivage et reliant entre elles ses forces, pour empêcher ou repousser promptement toutes les tentatives.

Charette recommença pourtant la guerre, mais battu partout, enfermé par un cordon de troupes qui se rétrécissait de jour en jour, il fut réduit à se cacher dans les bois et les marécages. Il fut pris, conduit à Nantes et fusillé le 24 mars 1796. Un mois auparavant, Stofflet avait eu le même sort. L'Ouest était pacifié par la force des armes et des mesures qui, sans donner satisfaction aux revendications légitimes de ces populations, atténuaient l'effet de certaines lois révolutionnaires. Le pays était ruiné, les plus ardents et les plus généreux avaient péri dans les combats ; la république, après avoir épuisé les violences, usait habilement

de la séduction. Les Chouans ne désarmèrent pourtant pas complètement, et il y eut en 1 799 de nouvelles résistances. Brune y mit fin, et, dès 1 800, toute trace d'agitation disparut.

Après la fuite de Dumouriez, le prince de Cobourg passa la frontière, répandit de la Meuse à la mer cent mille Prussiens, Anglais et Hollandais, livra de nombreux combats et bloqua Condé. Dampierre fut tué. Ses troupes, après avoir défendu pendant quinze jours le camp de Famars devant Valenciennes, furent contraintes de se retirer derrière l'Escaut, entre Bouchain et Cambrai (mai 1793).

Le roi de Prusse avait passé le Rhin (25 mars 1793) et menaçait Mayence. Custine, dont les forces étaient disséminées, se replia sur Landau, Wissembourg et Strasbourg, laissa investir Mayence, et lorsqu'il attaqua cette armée, dont il eût pu facilement percer les lignes trop étendues, il fut mis en déroute et donna sa démission (17 mai).

Le 27 juillet 1793, Mayence se rendit après une résistance désespérée. Elle avait épuisé ses vivres, et l'héroïsme fut impuissant contre la faim. Les vingt mille hommes qui composaient la garnison sous les généraux Doyré, Meunier, Dubayet et Kléber, furent laissés en liberté, à la condition de ne pas porter les armes pendant un an. Envoyés en Vendée, ils se signalèrent par des excès qui rendirent odieux le nom de Maycnçais. Trois jours après, Valenciennes succomba, et sa garnison fut emmenée prisonnière de guerre.

Ces échecs portèrent au comble l'exaspération de la Convention qui, le i^"^ août, dénonça à tous les peuples la conduite du gouvernement anglais € soudoyant des assassins et des incendiaires, » déclara Pitt « l'ennemi du genre humain, » ordonna la saisie des marchandises anglaises et l'arrestation de tous les sujets de cette nation. Le 23 août, elle décréta que, jusqu'à l'expulsion des ennemis, tous les Français seraient « en réquisition permanente pour le service des armées ; » que les femmes et les enfants travailleraient pour la patrie, et que tout serait à la disposition du comité de Salut public. Des représentants furent envoyés dans tous les départements pour l'exécution de ces mesures. On remplaça les vieux généraux par des officiers jeunes, à qui l'enthousiasme devait tenir lieu d'expérience.

Après la prise de Valenciennes, Cobourg menaça Cambrai et assiégea le Quesnoy, pendant que vingt mille hommes, sous le commandement du duc d'Yorck, marchaient sur Dunkerque. Houchard, qui avait remplacé Custine, livra de violents combats à l'armée d'observation à Rex-

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poëde, à Hondschoote, et fit lever le siège (8 septembre 1793). Les Hollandais furent battus à Menin et poursuivis jusqu'à Courtrai ; mais l'armée républicaine, saisie d'une terreur subite, se débanda et s'enfuit jusque sous les murs de Lille. Houchard fut destitué, renvoyé devant le tribunal révolutionnaire et, comme Custine, guillotiné.

Cobourg assiégeait Maubeuge. Jourdan, successeur d'Houchard, avec cinquante mille hommes hâtivement ramassés, courut à lui, l'atteignit près de Wattignies, où il s'était retranché, et, après une lutte de deux jours, le battit et le força à lever le siège (16 octobre).

Les armées de la Moselle et du Rhin, repliées sur la Sarre et la Lauter, avaient devant elles les Prussiens commandés par Brunswick et les Autrichiens par Wurmser. Elles essayèrent, le 13 octobre, d'occuper Pirmasens, et furent battues. Il fallut reculer sur Saverne et sur Sarreguemines. Hagueneau se rendit, Fort-Vauban fut pris et Landau bombardé. Hoche, qui s'était fait remarquer dans la défense de Dunkerque, fut mis à la tête de l'arrriée de la Moselle, Pichegru de celle du Rhin. Hoche essaya vainement de débloquer Landau, et échoua à Kayserlauten contre les Prussiens (17 novembre). Mais le flanc des Autrichiens était découvert : Hoche l'attaqua pendant que Pichegru l'abordait de front. La lutte fut longue. Enfin les Autrichiens durent se retirer sur les^ lignes de \\'eissemberg, où les Prussiens les rejoignirent (24 décembre). Les deux armées du Rhin et de la INIoselle, sous le commandement de Hoche, emportèrent deux jours après ces retranchements, et Brunswick recula sous Mayence pendant que Wurmser repassait le Rhin.

Après la prise de Lyon le 9 octobre, trente mille hommes sous Dugommier investirent Toulon, que défendaient une nombreuse garnison et des ouvrages considérables. Le plus important, le fort de l'Eguillette, signalé par Napoléon Bonaparte, chef de bataillon d'artillerie, comme la clé de la place, fut pris après un vigoureux assaut. On domina dès lors la ville et la flotte. Lçs Anglais, jugeant la défense impossible, évacuèrent la place et le port, abandonnant ceux qui les avaient appelés et incendiant la flotte et les arsenaux. Lorsque les assiégeants entrèrent dans la ville (19 décembre), elle était à moitié déserte.

Aux Pyrénées, Ricardos, maître de Villefranche, poussa vers Perpignan, où s'était réfugiée une partie de notre armée. Il fut battu à Peyrestortes et rejeté dans son camp du ]\Ias-d'Eu. Il l'emporta dans une nouvelle attaque à Truillas, et se retira cependant à Boulou, dont il ne put être débusqué. Les combats de Céret, de Villelongue et de Collioure ne

nous furent pas favorables. Collioure, Port-Vendres, Saint- Elne furent perdus, et nos troupes découragées s'abritèrent sous Perpignan ( 29 décembre).

Pichegru avait soixante mille hommes échelonnés de Dunkerque à Avesnes. Les forces de Clairfayt, de Kaunitz et de Cobourg étaient égales. Cobourg prit Landrecies (26 avril 1 794). Mais Moreau et Souham s'emparèrent de Courtrai et de Menin, et battirent Clairfayt à Mouscron (29 avril) et à Courtrai (10 mai). L'armée de la Sambre, sous Desjardins et Charbonnier, tenta quatre fois le passage de cette rivière, fut battue à Grandreng, au Péchaut et à Marchiennes, et resta impuissante malgré les excitations de Saint-Just et de Lebas (10-26 mai).

Cobourg s'était dirigé sur Tourcoing pour couper Moreau et Souham. Les deux généraux réunirent leurs forces, battirent séparément les colonnes autrichiennes, leur tuèrent trois mille hommes et leur prirent soixante canons (18 mai). Pichegru voulut achever la défaite, mais, après un sanglant combat à Pont-à-Chin, il fut obligé de rentrer dans ses positions. Il courut assiéger Ypres et le prit malgré Clairfayt (17 juin).

Ces combats multipliés n'amenaient aucun résultat. Jourdan reçut l'ordre de porter quarante-cinq mille hommes à l'armée de la Sambre. Il arriva au moment où une cinquième tentative pour passer cette rivière venait d'échouer (3 juin), prit le commandement, opéra le passage, investit Charleroi, et, assailli par des forces supérieures, fut obligé de reculer (16 juin). Cet insuccès ne découragea ni les représentants, n; le général, ni l'armée. On repassa la Sambre, et Charleroi, vigoureusement attaqué, se rendit. Cobourg, avec soixante-dix mille hommes, attaqua l'armée française, qui occupait les hauteurs de Fleurus, perdit près de cinq mille hommes et fut repoussé sur Bruxelles (25 juin).

Cette victoire nous rouvrit les Pays-Bas. Pichegru marcha sur Bruges, Jourdan sur Mons. Landrecies, le Ouesnoy, Valenciennes et Condé furent investis. Le duc d'York et Cobourg évacuèrent Bruges, Gand, Bruxelles, et se retirèrent derrière la Dyle, où ils se séparèrent, les Anglais couvrant la Hollande, et les Autrichiens se rapproch .nt de Cologne. Pichegru força les premiers à reculer jusqu'à Bréda et Jourdan rejeta les seconds au delà de la Meuse, après les avoir battus à Louvain.

Sur les Alpes, le Petit-Saint- Bernard et le mont Cenis furent occupés. Dumerbion, conseillé par Bonaparte, força les Piémontais, après la prise d'Oneille, d'Orméa, de Garessio et du col Ardente, à s'éloigner de Saorgio et du col de Tende, laissant en nos mains quatre mille prisonniers et

soixante-dix canons (28 avril 1 794). La route de Turin nous était ouverte.

Dans les Pyrénées orientales, Dugommier, avec soixante mille hommes, attaqua le camp de Boulou, mit en déroute l'armée espagnole, lui prit cent quarante canons, courut assiéger Bellegarde et investit Collioure. La chute de ces places nous ouvrait la Catalogne.

Sur mer et dans les colonies, nous n'eûmes que des revers. Le 20 juillet 1794, nous perdîmes la Corse, la Guadeloupe et la Martinique. A Saint- Domingue, l'émancipation immédiate des noirs provoqua une guerre effroyable qui permit aux Anglais de s'emparer du môle Saint-Nicolas et du Port-au-Prince. Sur les côtes de France, à cent lieues en mer, une flotte rapidement organisée par Jean- Bon Saint-André et Prieur, et commandée par Villaret- Joyeuse, fut écrasée par l'amiral Howeàla hauteur de Brest. Nous perdîmes sept vaisseaux et huit mille hommes. Le vaisseau le Vengeur y périt, et si l'on ne doit pas croire à une légende dramatique sur cette fin glorieuse, il ne faut pas moins rendre hommage à un courage que ne secondèrent ni la prudence ni l'habileté (le"" juin 1794). Nos corsaires prirent aux Anglais, avant la fin de 1793, quatre cent dix bâtiments.

Après la capitulation de Landrecies, du Quesnoy, de Valenciennes et de Condé, l'armée du Nord culbuta les Anglais à Boxtel (14 septembre 1794). Crèvecœuret Bois-le-Duc se rendirent. Pichegru franchit la Meuse, entra dans Grave, prit Venloo, força Nimègue à capituler (19 et 26 octobre, 8 novembre), et dispersa dans des cantonnements ses soldats fatigués de laborieuses campagnes et réduits au plus extrême dénuement.

L'armée de Sambre et Meuse passa la Meuse à Namur, traversa malgré l'ennemi l'Ourthe et l'Ay vaille (18 septembre ), et rejeta les Autrichiens sur la Werder, d'où ils reculèrent jusque sur la Roër.Jourdan les attaqua sur tous les points, les écrasa et les rejeta au delà du Rhin (5 octobre). Maestricht capitula malgré sa garnison, ses ressources et la force de sa position.

L'armée de la Moselle, concentrée avec celle du Rhin entre Landau et Kayserlautern, battit en plusieurs rencontres (juillet) les Prussiens, paralysa leurs mouvements et s'empara de Trêves, se plaçant entre leur flanc droit à Manheim et le flanc gauche des Autrichiens sur la Roër. Les Autrichiens furent battus par Jourdan, mais les Prussiens nous firent subir à Kayserlautern un échec qui nous coûta quatre mille hommes. Cet avantage ne compensa pas leur désastre, et nous pûmes investir Mayence et Luxembourg et prendre Rhinfels. Les quatre armées du

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Nord, de Sambre et Meuse, de la Moselle et du Rhin, étaient maîtresses du cours du fleuve depuis Bâle jusqu'à la mer (2 novembre 1794).

Pichegru résolut, d'accord avec les représentants, de faire la conquête de la Hollande. L'Escaut, la Meuse et le Wahal gelés fournirent un passage a l'armée. L'île de Bommel est prise, les lignes de Bréda sont enlevées; l'ennemi recule sur le Lech, puis derrière l'Yssel. L'approche des Français met le désordre dans ses rangs. Les Anglo-Hanovriens regagnent l'Allemagne et les Hollandais cherchent vainement à défendre La Haye. Le stathouder Guillaume V abdique et se retire en Angleterre. Pichegru entre à Utrecht, à Arnheim, à Amersford, à Amsterdam, où il trouve un accueil enthousiaste (20. janvier 1795). L'état des soldats était misérable, mais ils trouvaient dans la victoire la compensation de toutes leurs souffrances. Cette rare énergie leur valut l'admiration de la. population, et rendit facile l'achèvement de la conquête. La Hollande septentrionale fut occupée, et nos escadrons, attaquant la flotte hollandaise prise dans les glaces, la forcèrent à se rendre. Les vainqueurs déclarèrent qu'ils n'avaient pour but que de délivrer les Hollandais et de les faire participer à tous les bienfaits de la Révolution. Le stathoudérat fut aboli, et la république batave reçut une constitution démocratique.

La révolution du 9 thermidor arrêta l'invasion de l'Italie. L'armée, en désordre, se retira sur le col de Tende et resta immobile. Les alliés, qui avaient tenté de surprendre Savone, furent battus à Carrare (15 septembre 1794), et notre position dans la rivière de Gênes fut assu rée.

Les Espagnols, fortifiés en avant de Figuières, furent attaqués par l'armée tout entière. Augereau réussit adroite, mais au centre Dugommier fut tué, et à gauche nous fûmes repoussés. Pérignon, successeur de Dugommier, reprit l'avantage et obligea l'ennemi à la retraite. Le général La Union fut tué, le camp évacué, et Figuières se rendit après un investissement de quatre jours. Nous y trouvâmes en abondance des armes, des vivres et des munitions (27 novembre i794)- La bataille de la Mouga eut une influence morale considérable, et Roses capitula le 3 février 1795.

La guerre continuait sur la Bidassoa. Moncey, successeur de Muller, s'empara du camp de Berraet des cols qui ouvrent l'Espagne. Victorieux dans la vallée de Bastan et au col de Commissari (25 juillet 1794), il prit Fontarabie (31), Saint-Sébastien (4 août), Tolosa (9), et occupa le 18 octobre la vallée de Roncevaux. Après une tentative sur Pampelune,

il prit, entre Tolosaet Saint-Sébastien, ses quartiers d'hiver. Le Guipuzcoa était entièrement conquis.

La guerre était onéreuse pour la coalition, dont les succès n'avançaient pas les affaires et dont les défaites épuisaient les ressources. Le duc de Toscane traita le 9 février 1795 et reconnut la république française. Le roi de Prusse conclut le 5 avril la paix de Bâle, reconnut la réunion à la France de toute la rive gauche du Rhin, et entraîna dans sa neutralité les électeurs de Saxe, de Hanovre et de Hesse-Cassel. Le 16, la république batave, s'alliant à la France, à qui elle payait comme indemnité de guerre trois cents millions de francs, mit à sa disposition douze vaisseaux de ligne, dix-huit frégates et vingt-cinq mille hommes. Elle lui cédait ]\Iaestricht et Venloo, recevait garnison à Grave, à Berg-op-Zoom, à Bois-le-Duc, à Flessingue, et reconnaissait libre la navigation de l'Escaut, de la Meuse et du Rhin. Les négociations avec l'Espagne, retardées à cause de la liberté du Dauphin et de Madame Royale qu'elle demandait, aboutirent après la mort de Louis XVI L La paix fut signée à Bâle le 14 juillet. La France rendit ses conquêtes et obtint la cession de la partie espagnole de Saint-Domingue. En même temps, la diète germanique demandait à l'empereur de mettre fin à une guerre ruineuse. Le Portugal se montrait disposé à traiter, Naples demandait des conditions acceptables, le Pape et le duc de Parme, mêlés à la guerre malgré eux, désiraient la paix. Seule l'Angleterre persistait dans son hostilité et soutenait l'Autriche.

La guerre continuait en Italie. Schérer, qui occupait les sommets des Alpes, voulant rétablir ses communications avec Gênes, opposa sa gauche commandée par Serrurier aux Piémontais, pendant que son centre occupait les positions d(3minantes, et que sa droite, sous les ordres d'Augereau, tournait les Autrichiens. Repoussés partout, écrasés à Loano, ils firent une retraite désordonnée, et perdirent huit mille hommes avec quarante canons (24 novembre 1795). Schérer n'osa pas poursuivre ses avantages. Bonaparte lui succéda. Il était chargé de l'exécution d'une partie du plan de Carnot, directeur des opérations militaires. Trois généraux devaient y concourir. Jourdan et Moreau avaient reçu l'ordre de pénétrer en Allemagne, le premier par la vallée du Mein, le second par celle du Necker, et de se diriger sur les Etats héréditaires de l'empereur, que Bonaparte menacerait par le sud.

Bonaparte trouva trente-cinq mille hommes disséminés entre Savone et Orraéa. Il leur adressa une proclamation dans laquelle il leur présen-

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tait « les plus fertiles plaines du monde » comme devant leur faire oublier toutes leurs souffrances et leur assurer « gloire, honneur et richesse. » Il les partagea en quatre divisions, dont Serrurier, Masséna, Augereau et Laharpe eurent le commandement, et les opposa aux vingtcinq mille Piémontais de Colli et aux quarante mille Autrichiens de Beaulieu. Beaulieu fit un mouvement pour nous ramener sur le Var. Bonaparte lui opposa Laharpe, et le fit tourner à Montenotte par Augereau et Masséna, enfonça son centre et le rejeta sur Dégo (12 avril 1796). Le lendemain, Augereau force les gorges de Millesimo, oblige une division piémontaise à se rendre et pousse les autres sur Céva. A Dégo, Masséna et Laharpe écrasent les Autrichiens, et les refoulent vers Milan pendant que les Piémontais se dirigent vers Turin. Ces trois jours de combat leur avaient coûté dix mille hommes et quarante canons.

Les Piémontais passèrent le Tanaro et s'arrêtèrent à Mondovi, où Bonaparte les atteignit, leur tua quatre mille hommes, les rejeta derrière la Stura et s'avança jusqu'à Cherasco, à dix lieues de Turin (21 avril). Le roi de Piémont effrayé demanda à traiter, et signa le 28 un armistice qui, le 3 juin, devint une paix définitive. La France acquérait la Savoie avec les comtés de Nice et de Tende, et occupait les places de Ceva, de Tortone et d'Alexandrie, jusqu'à la paix générale.

Beaulieu, après avoir passé le Pô, s'était fortifié entre la Sesia et le Tessin. Bonaparte courut à Plaisance et franchit le Pô, mais il fut arrêté par des obstacles naturels et Beaulieu put se retirer derrière l'Adda. Sa gauche fut battue à Fombio (Smai), où périt le brave général Laharpe, et rejetée sur Pizzighitone. Le centre, rallié à Lodi, occupa le pont. Bonaparte les fit attaquer par six mille grenadiers sous les ordres de Masséna. Les canonniers furent tués sur leurs pièces, et l'infanterie essaya vainement de les soutenir ou de les remplacer (10 mai). Beaulieu se retira sur le Mincie, s'appuyant sur Peschiera et sur Mantoue. Pavie, Crémone, Pizzighitone, Milan, tombent entre nos mains. A Milan, Bonaparte organise la conquête, refait son armée, traite avec les ducs de Parme et de Modène, exige des chevaux, des vivres, des tableaux et vingt millions. Il envoie dix millions au Directoire, un à Moreau, et consacre les autres à ses soldats, qu'il avait trouvés mal nourris, sans souliers et presque nus. Rien n'avait jamais été fait si promptement ni d'une manière plus brillante. Aucun général n'avait montré un pareil ascendant, une telle supériorité dans ses conceptions, une égale sûreté dans leur exécution et une si grande indépendance. Il avait son plan de campagne et il le suivait.

Quand on prétendit lui imposer la volonté des Directeurs, il offrit sa démission, que l'on n'osa pas accepter.

Venise lui refusa le passage sur ses terres. Il y entra en ennemi, prit Peschiera aux Autrichiens, \'érone et Legnano aux Vénitiens, et assiégea Mantoue, qui complétait le quadrilatère réputé imprenable {^o mai). La victoire de Borghetto lui avait livré le passage du Mincio et rejeté Beaulieu dans le Tyrol.

Le Piémont, Gênes, Parme, Modène, s'agitaient malgré le traité. Les Anglais soulevaient contre nous toutes les passions, Naples s'armait, Rome était inquiète et Venise irritée. Bonaparte tint tête à tous. Laissant quinze mille hommes devant Mantoue et vingt mille sur l'Adige, il prend une division, oblige le gouvernement napolitain à se retirer de la coalition et à fermer ses ports aux Anglais, reçoit sans coup férir Reggio, Modène, Bologne, Ferrare, accorde au Pape {2 juin) un armistice que paient l'abandon des légations, cent tableaux, cinq cents manuscrits et une contribution de vingt-et-un millions, met une garnison à Livourne, fournit aux Corses des armes contre les Anglais et contient le Piémont. Mais lorsque le vieux Wurmser, que l'empereur avait enlevé aux armées du Rhin pour lui confier la conduite de la guerre en Italie, eut débouché à Trente, le soulèvement devint général.

Wurmser partagea son armée en deux corps, garda le commandement du premier et confia le second à Ouasdanowich. Il repoussa Masséna de Rivoli et marcha sur Mantoue, pendant que Quasdanowich prenait Brescia et rejetait de Salo les six mille hommes de Sauret (29 juillet). Bonaparte, abandonnant Mantoue, évacuant Peschiera et Legnano, se jeta sur Quasdanowich, dégagea Salo et Brescia, le culbuta à Lonato, où Masséna lui infligea deux jours après un second échec, et le 3 août, poussant Augereau contre Wurmser à Castiglione, l'accula au ]\Iincio. Il mit en déroute Quasdanowich à Gavardo, fit quatre mille prisonniers, et défit complètement Wurmser, qui avait rallié vingt-cinq mille hommes à Castiglione (5 août). Il reprit ses positions devant Mantoue et rentra dans Vérone et Legnano, pendant que Masséna obligeait Wurmser à se replier sur l'Adige. Les Autrichiens avaient perdu, en six jours, vingt mille hommes tués ou prisonniers, soixante canons et vingt drapeaux.

Wurmser, avec une nouvelle armée de cinquante mille hommes, descendit la Brenta, pendant que Davidowich essayait de nous attirer dans le Tyrol. Bonaparte remonta l'Adige, mit en désordre les Autrichiens dans les gorges de Roveredo et de Cassiano (3 septembre), se lança à la

poursuite de VVurmser, dispersa son arrière-garde à Pnmolano, le vainquit à Bassano (8 septembre), lui prit quatre mille hommes, le coupa de l'Allemagne, et ne lui laissa d'autre refuge que Mantoue. Le vieux maréchal, entré dans cette place avec quatorze mille hommes le 12 septembre, se crut assez fort pour reprendre l'offensive, mais Bonaparte le repoussa dans la ville (19 septembre).

Les opérations sur le Rhin se rattachaient à celles de l'Italie. Deux armées y concouraient. Celle de Sambre et Meuse, qui s'élevait à soixanteseize mille hommes, sous Jourdan, avec Kléber, Lefebvre, Championnet, Bernadotte, Grenier et Marceau, occupa Francfort, Wurtzbourg et Bamberg, battit les Autrichiens à Forcheim et marcha sur Amberg. Le 20 août 1796 elle était sur la Naab, sans avoir pu être arrêtée par Wastensleben.

L'armée du Rhin, de soixante-dix-sept mille hommes, sous Moreau, successeur de Pichegru, avec Desaix, Beaupuy, Delmas, Saint-Cyr et Férino, poussa devant elle l'archiduc Charles, franchit la Forêt-Noire et le Necker, et le 1 1 août était à Neresheim sur la rive gauche du Danube. L'archiduc, qui l'avait attaquée sur ce point et à Nordlingen, fut obligé de se retirer au-delà du Lech. Les deux armées continuèrent à s'avancer parallèlement. L'archiduc profita de cette faute, attaqua Jourdan à Amberg le 24 août, le battit, le rejeta sur Wurzbourg, où le 3 septembre il lui infligea une nouvelle défaite, le repoussa d'Altenkirchen, où Marceau fut tué, et le contraignit à repasser le Rhin près de Dusseldorf.

Libre de ce côté, il se dirigea vers Moreau, qui, apprenant la retraite de Jourdan, repassa le Lech et, du 20 au 27 septembre, remonta la vallée du Danube jusqu'à Ulm. Vainqueur à Biberach le 2 octobre, il opéra sa jonction et fut attaqué par l'archiduc à Fribourg sans succès. Desaix repassa le Rhin à Neuf-Brisach, Moreau à Huningue, après une retraite dans laquelle il ne laissa entre les mains de l'ennemi ni blessés, ni prisonniers, ni drapeaux, '^ni canons, ni munitions, ni bagages (26 octobre). Un grand désastre était sans doute évité, mais le succès du plan de Carnot, plus gigantesque que bien conçu, se trouvait compromis.

La campagne devait être reprise dans les premiers jours de 1797, mais Moreau ne pouvait obtenir du Directoire les ressources nécessaires. Hoche, qui avait remplacé Jourdan à l'armée de Sambre et Meuse, franchit le Rhin au pont de Neuwied, pendant que son lieutenant Championnet arrivait sur Uckerath et Altenkirchen. Il aborda le général autrichien Kray à Heddersdorf, lui enleva des canons, des prisonniers-

et des drapeaux, et le rejeta sur le Mein. Ce fut sa dernière campagne. Après de brillants succès à l'armée de la Moselle, il avait été jeté en prison par ordre du comité de Salut public. Le 9 thermidor lui rendit la liberté. Il fit la guerre en Vendée et fut mis à la tête de l'armée de Sambre et Meuse en février 1797. Les préliminaires de Léoben l'arrêtèrent à Wetzlaer, oii il mourut après une courte maladie. L'opinion

publique, qui

admirait ses grandes qualités, crut à un empoi Bonnement et en accusa le Directoire.

Desaix, en apprenant la marche de Hoche, avait passé le Rhin au-dessous de Strasbourg. Moreau accourut de Paris, assista à la défaite des Autrichiens à Diersheim, pénétra dans la Forêt-Noire, reprit Kehl, et allait rejoindre Hoche sur le Mein lorsque les préliminaires de

Le général Bonaparte, d'après le portrait de Gérard.

Léoben l'arrêtèrent (23 avril 1797).

• Le Directoire négociait, faisait la paix avec le Piémont, Gênes et Naples, empêchait Rome et Venise de se déclarer ennemies, reconnaissait la république cispadane dans les États du duc de Modène, promettait la formation d'une ligue lombarde, et signait avec l'Espagne un traité d'alliance offensive et défensive. L'Angleterre fut si effrayée

qu'elle envoya des plénipotentiaires à Paris, moins, il est vrai, avec le désir de faire la paix que pour gagner du temps.

Six semaines après la défaite de Wurmser à Saint-Georges, l'Autriche envoyait en Italie une nouvelle armée. Alvinzi, avec quarante mille hommes, descendait de la Brenta sur l'Adige pour rencontrer à Vérone Davidowich, qui en avait vingt mille. Davidowich rejeta Vaubois sur Trente et de là sur Rivoli, pendant qu'x\lvinzi, après être entré à Bassano, poussait Masséna sur V^éroneet occupait la redoutable position

Bonaparte au pont d'Arcole, d'après le tableau d'Horace Vernet.

de Caldiero. Bonaparte et Augereau, qui n'avaient pu l'entamer sur la Brenta, se retrouvèrent devant lui. Une attaque de front ne réussit pas (i 2 novembre). Le 14, Bonaparte sortait de Vérone par la porte opposée à l'ennemi, franchissait l'Adige à Ronco, et, pour tourner Alvinzi, s'avançait jusqu'au pont d'Arcole, que Masséna et Augereau trouvèrent énergiquement défendu. Cette résistance permit à Alvinzi d'arriver. Bonaparte se précipite sur le pont, un drapeau à la main, entraînant ses grenadiers, mais, accueilli par un feu terrible, il est repoussé. Ses bataillons

Histoire de France. ^S

sont mis en désordre et lui-même est jeté dans le marais, où il aurait péri sans un effort désespéré de ses soldats. Le pont ne put être forcé dans cette journée (15 novembre), Alvinzi reprit l'offensive le lendemain et fut repoussé. Attaqué une troisième fois, il essuya de grandes pertes et se retira en désordre sur Montebello. Ces combats lui coûtèrent douze mille morts et six mille prisonniers. Masséna courut secourir Vaubois, qui s'était replié derrière le Mincio, et Augereau poursuivit Davidowich, qui lui échappa en remontant l'Adige.

Quatre armées autrichiennes avaient été détruites en huit mois. Alvinzi en conduisait une cinquième. Il devait descendre l'Adige jusqu'à Rivoli, pendant que Provera attaquerait Vérone et Legnano, et que Wurmser, ralliant l'armée du Pape, se porterait sur nos derrières. Bonaparte se hâta d'occuper le plateau de Rivoli, qu'il considérait comme le point de jonction nécessaire des armées ennemies. Alvinzi résolut de l'y attaquer par tous les côtés à la fois. Le 13 janvier 1797, Masséna battit Provera, mais Joubert était obligé d'abandonner ses positions, et la jonction d' Alvinzi et de Provera allait s'accomplir. L'infanterie autrichienne multiplia ses attaques. Mais son artillerie n'avait pu la suivre, et nos soixante pièces de canon, soutenues par notre cavalerie, rompirent son élan et l'obligèrent à fuir, laissant entre nos mains sept mille prisonniers.

Cependant Provera, ayant surpris le passage sur l'Adige, allait porter secours à Wurmser dans Mantoue. Augereau le suivait. Bonaparte envoya contre lui la division Masséna, qui s'était battue pendant deux jours, et qui marcha toute la nuit et la journée suivante pour prendre part à une nouvelle lutte. Provera, repoussé dans son attaque contre le faubourg Saint-Georges, échoua le lendemain contre le faubourg de la Favorite. Serrurier lui résista en face, Masséna l'aborda sur les flancs et Augereau sur les derrières. Il dut mettre bas les armes. Le même jour Alvinzi, poursuivi par Joubert, fi't; écrasé, et ses débris, un moment concentrés sur Roveredo et Calli^^iO, ne s'arrêtèrent que sur le Lavis. Mantoue ne pouvait plii.=: icsister. Wurmser, pressé par la faim, désespérant d'être secouru, se rendit et obtint les conditions les plus honorables. Il livra, avec treize mille prisonniers, trois cent cinquante canons (2 février 1797).

Bonaparte courut aussitôt à l'armée pontificale, la dispersa, prit Ancône et arriva à Tolentino. Il y conclut la paix avec le Pape, qui céda à la France Avignon, le comtat Venaissin, Bologne, Ferrare, la Romagne, paya trente millions et fit remettre les tableaux, les manuscrits et les objets d'art stipulés dans l'armistice de Bologne (19 février).

HISTOIRK DK FRANCK. 279

L'archiduc Charles forma une nouvelle armée avec les débris des précédentes et la plus grande partie de celles qui avaient ramené les Français sur le Rhin. Bonaparte se porta rapidement avec soixante-quinze mille hommes et cent vingt canons sur les Alpes Carniques. Vienne était son objectif. Hoche et Moreau devaient l'y joindre.

Laissant vingt mille hommes à Kilmaine pour garder les places, il en dirigea vingt mille vers le Tyrol contre Laudon, sous Joubert, et dix mille, sous Masséna, sur Feltre et Bellune contre Lusignan. 11 établit son quartier général à Bassano sur la Brenta. L'archiduc, placé sur le Tagliamento, essaya d'en défendre le passage à Valvasone. Bonaparte le rejeta derrière l'Isonzo et prit Palma-Nova (i6 mars 1797) ; Masséna écrasa Lusignan, prit Olopo et marcha sur le col de Tarwis, que l'archiduc ne put lui reprendre. Bonaparte, après s'être rendu maître de Gradisca, se porta sur l'aile droite de l'archiduc. Rejetée sur Villack, elle perdit six mille hommes, trente canons et quatre cents voitures de munitions et de bagages. Klagenfurth fut occupé. Les Alpes Carniques étaient franchies (24 mars).

Bernadette s'était emparé de Trieste et de Layback. Joubert, après avoir battu les Autrichiens à Newmark et à Clausen, s'était avancé jusqu'à Brixen, jetant l'épouvante dans Inspriick. Tout le Tyrol se souleva. Menacé de tout côté, il se dirigea vers Bonaparte et le rejoignit à Villack. Bonaparte avait à craindre que le retour lui fût fermé, Laudon étant descendu sur le territoire vénitien, et Venise ayant signé un traité avec l'Autriche et appelé dix régiments esclavons. Il n'en poursuivit pas moins sa marche, battit l'archiduc dans les gorges de Newmarck (Alpes de Styrie), oii il lui fit de nombreux prisonniers, emporta d'assaut après un combat opiniâtre Unzmarckt (3 avril), le 7 arriva à Léoben et s'empara du Semmaring, qui sépare la Styrie de l'archiduché d'Autriche et n'est qu'à vingt-cinq lieues de Vienne.

L'activité qu'il donnait à la guerre ne l'empêchait pas de juger la paix avantageuse. Ls 31 mars il avait écrit à l'archiduc : <;: Les braves militaires font la guerre et désirent la paix : cette guerre ne dure-t-elle pas depuis six ans ? Avons-nous tué assez de monde et causé assez de maux à la triste humanité } » La cour de Vienne était disposée, par la perte de presque toutes ses armées, à entendre ce langage. Bonaparte trouva les plénipotentiaires autrichiens à Léoben, où les préliminaires de la paix furent signés le 18 avril. Bonaparte n'avait pas attendu l'arrivée de Clarke, envoyé par le Directoire. Il se sentait maître par la gloire.

Venise n'aimait pas l'Autriche et redoutait les principes de la république française. Sa neutralité avait été violée, et elle voyait un danger dans l'établissement de la république cispadane et de la république transpadane. La retraite d'un petit corps français laissé en observation dans le Tyrol devant une division autrichienne, lui fit croire que l'armée était perdue. Le 1 7 avril, jour de la seconde fête de Pâques, la veille de la signature des préliminaires, une insurrection préparée par le Sénat de Venise éclata à Vérone. Des Français furent massacrés dans les rues, quatre cents blessés égorgés dans les hôpitaux. C'est ce que l'on appela

Bataille et passage du Tagliamento, d'après le tableau de Carie Vernet.

les Pâques véronaises. La garnison, la division Victor et les troupes de Lombardie s'apprêtèrent à tirer vengeance de cette odieuse violation du droit de gens. Bonaparte accourut, et le sénat de Venise effrayé offrit toutes les réparations : le désarmement des paysans et des Esclavons, la modification de la constitution, des indemnités. « Je serai un Attila pour Venise, » avait dit Bonaparte plein de colère. Il attaqua les villes dépendant de Venise, s'en empara, s'approcha des lagunes, et une révolution intérieure de la bourgeoisie ayant contraint le sénat d'abdiquer, le général Baraguay d'Hilliers entra dans la ville avec quatre mille hommes

(16 mai). Les forts et les vaisseaux furent livrés, et un' gouvernement démocratique remplaça provisoirement la vieille aristocratie.

Une insurrection à Gênes, dans laquelle l'envoyé français fut maltraité, amena sous la menace de Bonaparte l'abdication du sénat et l'établissement d'une constitution démocratique. La république ligurienne fit alliance avec la France.

L'Angleterre se trouvait seule. La guerre n'était pas populaire, et les flottesréunies de Hollande, de France et d'Espagne, menaçaient l'Irlande. Elle fit des propositions de paix, mais les négociations qui s'ouvrirent à Lille le 6 juillet n'aboutirent pas.

Les conférences de Campo- Formio, petit village à 7 kilomètres d'Udine, passèrent par des phases difficiles. L'Autriche résistait, trouvant trop durs les sacrifices demandés, mais Bonaparte voulait la paix, parce qu'il la croyait nécessaire à la France et à son ambition. Le traité fut signé le 17 octobre 1797. L'empereur cédait à la France la Belgique, reconnaissait les changements accomplis en Lombardie, dans le Mantouan, dans les États du Pape, à Venise, dans

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les Etats de Modène, l'existence pie VI. Médaillon en mosaïque de St-Paul-hors-les-Murs.

de la république cisalpine formée de la république cispadane et de la transpadane, la possession de Corfou, de Zante, de Céphalonie, de Sainte Maure, de Cérigo, des villes vénitiennes sur la côte, et s'engageait à céder, comme dédommagement, le Brisgau au duc de Modène. Il recevait l'Istrie, la Dalmatie, les îles Adriatiques, Venise et ses dépendances. Enfin, il rendait La Fayette et les représentants livrés par Dumouriez. Un congrès tenu à Rastadt devait organiser l'Allemagne.

Ce traité glorieux, mais qui portait le germe de nouvelles guerres, fut imposé au Directoire par Bonaparte, dont l'ascendant était dès ce moment irrésistible. Nommé général de l'armée d'Angleterre et plénipotentiaire à Rastadt, il fut reçu triomphalement à Paris avec l'armée qu'il

avait conduite à la victoire. Le Directoire inscrivit sur un drapeau les campagnes de 1796 et 1797 : dix-huit batailles rangées, soixante-sept combats, les conquêtes, les canons, les drapeaux, les objets d'art. Le traité de Campo-Formio, qui était le triomphe de la Révolution, donnait beaucoup à la France, mais plus encore h celui qui déjà tenait en main ses destinées.

La guerre était nécessaire au Directoire, qui espérait y trouver un dérivatif pour ses dangers intérieurs. A la suite d'une émeute à Rome, les insurgés se réfugièrent dans le palais de l'ambassade de France, ce qui n'arrêta pas la poursuite. Le général Duphot fut tué (28 décembre 1797). Le Directoire, ne tenant aucun compte des réparations offertes par le Pape, envoya l'armée française à Rome, et le général Berthier occupais château Saint- Ange. Les habitants proclamèrent la république, demardèrent une Constitution à la France, et le Pape Pie VI, à qui la popilation déclara qu'elle ne le reconnaissait plus pour roi, fut réduit à quitter Rome. Il résida trois mois à Sienne, puis dans la Chartreuse de Florence, à Savone, à Besançon, et fut enfin transféré à Valence (15 février 1798). Il y mourut le 19 août 1799, à l'âge de quatre-vingt-deux ans. Le respect religieux du peuple français protesta contre les actes de son gouvernement.

La Suisse était une république de treize cantons, mais elle avait le tort de ne pas accepter les principes révolutionnaires et le malheur d'être sous la main de la France. L'insurrection du canton de Vaud contre Berne appela l'intervention. Le général Brune envahit Fribourg. et le Directoire imposa aux cantons une Constitution semblable à celle de la France (12 avril 1798).

Il n'avait qu'une ennemie déclarée, l'Angleterre. Bonaparte la menaça d'abord, et elle craignit une descente, que l'état de l'Irlande aurait rendue très dangereuse. ^Nlais il avait d'autres projets, se recueillait, paraissait occupé d'études plus que de politique, et de repos plus que de guerre. Il surveillait le Directoire, qui tenait compte de ses avis sans l'aimer et l'honorait en le redoutant. Tout à coup, il proposa de faire la conquête de l'Egypte. C'était une aventure, mais le Directoire crut que le risque était pour Bonaparte et son armée, et qu'il en aurait le bénéfice quel que fût le résultat. L'éloignement de Bonaparte était, à lui seul, un important profit qu'il n'était pas permis de négliger.

Le 19 mai 1798, trente-six mille hommes, dix mille marins, trente vaisseaux et frégates, soixante-douze bâtiments moins importants, et quatre cents transports quittaient Toulon, Gênes, Civita-Vecchia et

Ajaccio. Kléber, Desaix, Reynier, Menou, Bon, Vaubois, Berthier, Lannes, Murât, Marmont, déjà illustres, et qu'attendait une plus grande gloire, l'accompagnaient. Un corps de savants était joint à l'armée. Le lo juin on était devant Malte, et la capitale, La Valette, se rendait. Le grand-maître Homspech, gagné ou intimidé, resta dans une complète inaction. «Nous sommes bien heureux, dit Caffarelli en examinant les fortifications, qu'il y ait eu dans la place quelqu'un pour nous en ouvrir les portes. » Bonaparte confia à Vaubois le soin de garder l'île. Elle appartenait depuis 1530 à l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, qui l'avait reçue de Charles-Quint après son expulsion de Rhodes par Soliman II.

Bonaparte évita l'amiral anglais Nelson, qui parcourait la Méditerranée à la recherche de la flotte française, arriva le 29 juin en vue de l'Egypte, et, le 2 juillet, prit d'assaut Alexandrie, où Kléber et Menou furent blessés. Il marcha sur le Caire, où il voulait arriver avant l'inondation. Une flottille remonta le fleuve, portant des vivres et des munitions, ce qui n'empêcha pas de vives souffrances.

L'Egypte appartenait à la Porte, mais en réalité deux beys, Mourad et Ibrahim, en étaient les maîtres avec les Mamelucks, milice féodale qui tenait sous sa domination des Arabes, des Coptes et des Turcs. Ibrahim occupait avec le gros de ses forces la rive droite du Nil près du Caire ; Mourad, avec douze cents Mamelucks et cinq mille Arabes se porta par le désert de Damanhour au-devant des Français. Sa cavalerie attaqua furieusement, mais ne put rompre nos carrés et fut mise en fuite. Un second engagement, à Chebreiss, eut le même résultat, et l'armée, après des fatigues héroïquement supportées, arriva près des pyramides. Les Mamelucks l'attendaient appuyés à un camp retranché et soutenus par une flottille qui couvrait le Nil. Mourad avec six mille Mamelucks et vingt mille Arabes s'élança contre nos divisions formées en carrés. Cette attaque impétueuse se brisa contre une intrépide résistance, une ligne de baïonnettes et un feu épouvantable. Habile à s'emparer de l'imagination de ses soldats, Bonaparte leur avait dit en parcourant les rangs : <i Songez que, du haut de ces pyramides, quarante siècles vous contemplent ! » Le camp fut enlevé. Mourad recula dans la Haute-Egypte, et Ibrahim s'enfuit en Syrie après avoir brûlé sa flotte. Le Caire, qui était à cinq lieues du champ de bataille, ouvrit ses portes (21 juillet). Bonaparte, se montrant respectueux de la religion, des mœurs et des habitudes du pays, donna au Caire une administration communale, célébra la fête du Nil, appela les Cheiks, anciens du peuple, à rendre la justice

civile et criminelle, et organisa la conquête. L'Institut d'Egypte, dans lequel on remarquait Monge, Bertholet, Fourier, Dolomieu, Larrey et Geoffroy Saint-Hilaire, étudiait le passé pour pénétrer le mystère d'une

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civilisation éteinte, et s'efforçait d'initier aux inventions modernes un pays que l'islamisme avait retenu dans une inertie mortelle.

La flotte qui avait porté ou accompagné l'expédition, devait se retirer

à Corfou, le port d'Alexandrie ne lui offrant pas un mouillage assez sûr. Brueys.qui la commandait, voulut attendre l'entrée de Bonaparte au Caire. L'amiral anglais Nelson arriva le i" août en vue de la flotte française

embossée dans la rade d'Aboukir.Les forces étaient presque égales: treize vaisseaux et quatre frégates à Brueys, quatorze vaisseaux et trois frégates à Nelson, Les Anglais, passant entre le rivage et la flotte, attaquèrent de

deux côtés le centre et la gauche, que la droite, aux ordres de Villeneuve, ne secourut pas. L'attaque fut vaillamment soutenue, mais les conditions du combat rendaient la lutte inégale. Brueys blessé resta à son banc de quart et fut emporté par un boulet. Le vaisseau amiral de cent vingt canons, X Orient, sauta. Dupetit-Thouars, qui avait eu les deux jambes et un bras emportés, donna des ordres jusqu'au bout et ne cessa de crier : « Ne vous rendez pas ! » Deux vaisseaux furent coulés et tous les autres cruellement maltraités. Villeneuve put, avec deux vaisseaux et deux frégates, gagner Malte. Nous avions perdu trois mille hommes, mais les Anglais vainqueurs avaient eu beaucoup à souffrir. Bonaparte, apprenant le désastre, s'écria : <J Eh bien, il faut mourir ici, ou en sortir grands comme les anciens ! »

La Porte, que l'expédition avait irritée, mais qui n'osait pas se prononcer, céda aux sollicitations des agents anglais lorsque la bataille d'Aboukir eut anéanti nos forces navales. Elle nous déclara la guerre, et Sélim III (13 septembre 1798) fit alliance avec la Russie et l'Angleterre.

Bonaparte poursuivit avec une grande activité l'organisation du pays et l'augmentation de l'armée. Kléber se fortifia dans le Delta. Une insurrection éclata au Caire (22-24 octobre) ^'^ le général Dupuy fut massacré, pendant que Desaix conquérait la Haute-Egypte, battait à Sédiman (7 octobre) Mourad, le rejetait dans la Nubie, dispersait les débris de son armée, et s'avançait jusqu'à Syène aux cataractes du Nil.

La répression au Caire fut sanglante, et ceux que la condescendance et la justice n'avaient pu gagner, furent contenus par la terreur.

Deux armées turques se rassemblaient à Rhodes et à Damas. Bonaparte voulut les prévenir. A la fin de janvier 1 799, il traversa le désert qui sépare l'Egypte de la Syrie avec treize mille cent cinquante hommes et cinquante-deu.x canons. Il battit le 14 février Abdallah au combat d'el-Aryck, prit le fort. Gaza, et emporta d'assaut Jaffa, la clef de la Syrie (13 mars). La ville fut livrée au pillage, et la garnison fusillée en punition de l'assassinat d'un parlementaire. Le butin fut immense. La peste fit d'affreux ravages dans l'armée, mais le dévouement des chirurgiens Larray et Desgenettes et l'énergie de Bonaparte, qui visitait les malades et bravait la contagion, relevèrent le moral des soldats.

On marcha sur Saint-Jean d'Acre, dont le siège fut commencé sans grosse artillerie. La place était défendue par un ingénieur français, Phélippeaux, ancien camarade de Bonaparte à Brienne, et soutenue par la flotte anglaise. Deux assauts furent repoussés. La flottille qui portait

HISTOIRK DK FRANGE. 287

d'Alexandrie les batteries de siège fut prise , et l'armée de Damas arrivait pour faire lever le siège. Le fils du pacha fut battu par Murât à Jacoub et à Tibériade. Djezzar Pacha, à la tête de vingt-cinq mille hommes, s'avançait avec la confiance que donne la supériorité des forces. Contenu par Junot au combat de Nazareth, repoussé sur les hauteurs de Loubick et au pied du Mont Thabor, il avait enveloppé Kléber. Bonaparte, arrivant avec deux mille hommes, prit entre deux feux l'armée ennemie et la mit en pleine déroute (i6 avril).

II reprit sans plus de succès le siège de Saint-Jean d'Acre, et, en s'éloignantle 20 mai, se plaignit que Djezzar-Pacha lui eût fait manquer sa fortune et lui eût enlevé l'empire d'Orient. II ramena en Egypte des troupes à qui la gloire ne manquait pas, mais que les marches, les privations, la maladie et les combats avaient épuisées.

A peine était-il revenu au Caire, que l'armée de Rhodes, débarquée à Aboukir, le rappela. Il partit avant que Mourad eût pu, sur les frontières du Sud, reprendre les hostilités, attaqua les Turcs dans leurs retranchements et les précipita dans la mer. Sur dix-huit mille hommes, quinze mille furent tués, noyés ou pris (16 juillet). Le nom d'Aboukir, qui rappelait un désastre, servit aussi désormais à marquer une victoire. «Général, lui dit Kléber en l'embrassant, vous êtes grand comme le monde ! »

La conquête de l'Egypte était assurée et toute nouvelle attaque impossible. Bonaparte, que les nouvelles de France appelaient et qui savait l'accueil que lui vaudrait la gloire acquise dans cet Orient, source de toutes les grandeurs, partit secrètement avec Berthier, Lannes et Murât, laissant, par paquet cacheté, le commandement de l'armée à Kléber. Embarqué le 25 août à Alexandrie sur le Mniron, escorté par le Carrcrc, il échappa aux croisières anglaises et arriva le 9 octobre à Fréjus.

Pendant que ces événements s'accomplissaient en Orient, la guerre avait repris en Occident. L'Angleterre regardait la république française comme inconciliable avec l'ordre en Europe, et ses intrigues agitaient tous les cabinets. La Russie faisait d'immenses préparatifs, l'Autriche armait, essayant d'entraîner la Prusse et l'Empire, les républiques créées par nos armes s'éloignaient de nous, et l'Espagne, notre seule alliée, ne pouvait nous aider.

Le roi de Naples, aspirant à la délivrance de l'Italie, se porta sur Rome (12 novembre 1797), d'où Championnet, qui n'avait que dix-huit cents hommes, s'éloigna. Il attendit Mack à Civita-Castellana, le mit en déroute, rentra dans Rome, prit Naples, malgré la défense énergique des

HISTOIRK DE FRANCE.

lazzaroni, et y proclama la république parthénopéenne (23 janvier 1797)- Il écrasa le pays de contributions, provoqua des révoltes, arrêta les commissaires envoyés pour rétablir l'ordre, et fut remplacé par Macdonald.

Le Directoire avait fait entrer dans le Piémont l'armée de Joubert, à qui les places furent immédiatement abandonnées. Le roi, Charles- Emmanuel IV, incapable de résister, renonça sur l'invitation du général à ses droits sur le Piémont et se retira en Sardaigne. La Toscane fut aussi occupée, un gouvernement provisoire composé de républicains s'établit à Florence, et l'Italie tout entière s'unit à notre politique.

La guerre prenait d'immenses proportions. La seconde coalition, où étaient entrés l'Angleterre, la Russie, l'Autriche, une partie de l'Allemagne, Naples, le Portugal, la Turquie, avait mis sur pied trois cent cinquante mille hommes, à qui la France ne pouvait en opposer que cent soixante-dix mille. Nous avions cinq armées : à Naples et en Hollande sous Macdonald et Brune ; en Allemagne et en Italie sous Jourdan et Schérer ; en Suisse sous Masséna.

L'Autriche avait quatre armées : en Bavière sous l'archiduc Charles, dans le Voralberg sous Hotze, dans le Tyrol sous Bellegarde, sur ri'\dige sous Kray; la Russie deux armées de quarante mille hommes chacune, sous Souwarow et Korsakovv. La Hollande devait être envahie par quarante mille Anglais et Russes, le royaume de Naples par vingt mille Angflais et Siciliens.

La division Lecourbe de l'armée de Masséna franchit le Danube et arriva sur l'Inn après une série de combats heureux. La division Dessoles entra dans la Vatteline et descendit sur le haut Adige, partout arrêtée par la nature du sol et l'ennemi, et partout victorieuse. Masséna, après d'heureux débuts, échoua devant Faldkirch et dut rappeler ses deux ailes.

l-e Mont Thabor.

Jourdan, qui avait passé le Rhin à Kehl, à Bâle et à Schaffouse, rencontra l'archiduc Charles sur l'Ostrach, fut repoussé (i^"" mars), se porta sur Stokach, fut vaincu, perdit quatre mille hommes et se replia (25 mars).

En Italie, Schérer attaqua le camp de Pastrengo en avant de Rivoli, l'emporta et tua huit mille hommes aux Autrichiens. La division Serrurier, ayant essayé de tourner Vérone, fut obligée de rétrograder après avoir subi de grandes pertes. Schérer voulut forcer le bas Adige. Kray marcha sur lui et lui livra le 5 avril à Magnano, un combat dans lequel, après une lutte acharnée, il le vainquit et le rejeta sur la Molinella. Peu sûr de ses soldats, Schérer recula sur le IMincio, où il aurait pu se défendre en s'appuyant sur Peschiera et en appelant de Naples Macdonald. Il ne s'arrêta pas dans son mouvement rétrograde, arriva derrière l'Oglio, puis derrière l'Adda, où heureusement Kray, qui attendait les Russes, n'alla pas l'attaquer.

La criminelle violation du droit des gens, qui coûta la vie à deux de nos plénipotentiaires à Rastadt, fut suiv'ie d'un désaveu de l'archiduc et de la promesse d'une réparation. Elle provoqua une irritation profonde en France, et les levées ordonnées par le Directoire se firent sous l'inspiration d'un ardent désir de vengeance.

Masséna ne put se maintenir sur la ligne du Rhin. Il se retira sur la Thur et essaya d'empêcher la jonction de Hotze et de l'archiduc, mais il fut contraint de reculer sur la Limmath et la Linth. Il se retrancha sur les hauteurs de Zurich, où il fut assailli par l'archiduc, qu'il repoussa (16 juin) après deux jours de lutte. Il évacua cependant la ville et se retira sur les montagnes de l'Albis, où, couvrant le reste de la Suisse, il tint en échec, pendant trois mois, les armées d'Allemagne et d'Italie.

Le 14 avril, Souwarow était arrivésur le IMincio. Célèbre par d'éclatants succès sur les Turcs et les Polonais et les massacres d'Ismaïl et de Praga, il était appelé l'invincible. A la tête des Autrichiens et des Russes, il surprit le passage de l'Adda à Cassano, battit IMoreau et lui tua trois mille hommes (27 avril). La retraite se fit avec ordre. Moreau évacua Milan, et se plaça entre Valenza et Alexandrie. Souwarow l'attaqua, fut repoussé deux fois, et assiégea Turin, qui lui fut livré par les habitants. Moreau remonta jusqu'à Céva, qu'il ne put emporter, s'ouvrit un passage à travers les Alpes Maritimes, et ne fut pas inquiété par Souwarow, qui, maître de Coni, de Pignerol et de Suse, gardait les passages conduisant en France.

Macdonald avait quitté Naples laissant des garnisons à Capoue, à Gaëte

HISTOIRK DE FRANCE. 291

et dans les États du Pape. Il arriva à Florence, traversa le col de Pontremoli, écrasa le corps de Hohenzollern à Modène, et s'établit à Plaisance. Souwarow quitta Turin, passa le Pô, chargea Bellegarde d'arrêter Moreau, se porta sur Plaisance, rejeta sur la Trébie Macdonald qui avait culbuté Ott (17 juin), lui fit beaucoup de mal dans trois combats, et se mit à sa poursuite. Il fut arrêté par Moreau, qui avait battu Bellegarde à Cassina-Grassa. Le Directoire destitua Macdonald, envoya Moreau à l'armée du Rhin et donna le commandement des deux armées d'Italie à Joubert, qui venait de se marier. « Tu ne me reverras que mort ou victorieux, » dit il à sa jeune femme. Il déboucha de Gênes par le col de la Boccheta et arriva sur Novi. Mantoue et Alexandrie venaient de se rendre, et les corps qui avaient assiégé ces deux places portèrent l'armée ennemie à soixante-dix mille hommes. Souwarow attaqua le 15 août à Novi. Joubert fut tué dès le début, et Moreau, qui était resté auprès de lui en sous-ordre, prit le commandement. Après une série d'engagements acharnés, le nombre l'emporta, et il fallut se retirer sur l'Apennin. Ce fut la bataille la plus sanglante de la campagne. Nous y perdîmes huit mille hommes tués ou pris. Les pertes des Russes et des Autrichiens furent plus grandes, et Souwarow, renonçant à poursuivre ses avantages, se contenta d'assiéger Tortone, qui se rendit un mois après.

Championnet, mis à la tête de l'armée d'Italie et de celle des Alpes, essaya de reprendre l'offensive. II fut rejeté en France par la désastreuse bataille de Genola (4 novembre). Turin, Alexandrie, Mantoue, Coni, Civita-Vecchia, Ancône, Naples, étaient perdus. La république cisalpine était dissoute, le roi de Piémont et le grand-duc de Toscane, rappelés par les populations, se préparaient à rentrer, et le général Garnier, attaqué dans les Romagnes, dut signer une convention qui lui j^ermit de revenir en France. L'autorité pontificale était rétablie à Rome, quoique les coalisés ne se pressassent pas d'appeler le nouveau pape Pie VII, élu à Venise. L'Italie était perdue pour nous et notre frontière méridionale menacée.

Le 27 août une escadre anglaise était entrée dans le Texel, et Brune ne put empêcher le débarquement. Les matelots hollandais lui livrèrent neuf vaisseaux. Une armée anglo-russe, sous les ordres du duc d'York, s'établit dans le Zyp, et les partisans de la maison d'Orange se portèrent sur nos forces divisées. Cependant Brune ne désespéra pas. Attaqué à Bergen et à Alkmaër le 19 septembre, il battit les Anglo-Russes, leur prit sept drapeaux, vingt-six canons, et leur tua cinq mille hommes. Le

2 octobre, le duc d'York tourna notre armée à Egmont-op-Zee et la rejeta sur Kastricum. Brune prit sa rev'anche le 6 près de cette ville. Le duc d'York fut réduit à signer la conv^ention d'Alkmaër, par laquelle l'armée ennemie rendait huit mille prisonniers, abandonnait l'artillerie des villes qu'elle avait prises, et s'engageait à s'embarquer avant le 30 novembre; mais les Anglais gardèrent la flotte hollandaise.

Une expédition faite en Irlande par le général Humbert ne réussit pas, et les sept vaisseaux qui ramenaient cette petite et vaillante armée furent pris. Nous perdions Corfou, les Anglais s'emparaient de Alinorque et bloquaient Malte.

Pour ne pas laisser accomplir les mouvements projetés par les Russes et les Autrichiens sous Mêlas, l'archiduc et Korsakovv, en Italie sur le Necker et en Suisse, Masséna prit l'offensive. Le 24 septembre, il franchit la Limmath et s'empara des hauteurs qui environnent Zurich. Korsakow, qui occupait la ville, où il déployait un faste oriental, craignit d'être enveloppé, se retira et, malgré les efforts héroïques de ses soldats, essuva un désastre. Il franchit le Rhin par Eglisau et Schaffouse^ perdant tous ses bagages et cent canons. A ce même moment, Souwarow était arrivé à la gorge du Saint-Gothard, que Lecourbe défendit vainement. Le pays dans lequel il s'engagea présentait une suite d'obstacles dont il ne put triompher que par des efforts inouïs et d'effrayants sacrifices d'hommes. Inquiété de toutes parts, exposé à tous les tourments du froid et de la faim, obligé de laisser en arrière ses munitions, ses vivres, ses bagages, il parvint enfin au village d'Altorf. Il comptait trouver une flottille sur le lac des Quatre-Cantons. Les Français l'avaient enlevée. Il dut engager ses troupes épuisées dans des défilés où tout lui manqua.

Kléber. (Médaillon de David, d'Angers.)

et où les obstacles accumulés auraient brisé une volonté moins forte et anéanti des soldats moins énergiques. Arrivé sur la Muolta par des sentiers presque impraticables, après avoir laissé derrière lui une grande partie de son armée, il reçut la nouvelle de la victoire de Masséna à Zurich. Il se jeta dans les montagnes escarpées de Kesseren pour gagner Schwitz. Il Y trouva Molitor, sur lequel il se précipita avec la fureur du désespoir, et s'ouvrit un passage en abandonnant ses canons et seize cents prisonniers. Trouvant fermée la route de Claris, il se jeta dans l'étroite et tortueuse vallée d'Eugi, franchit le Krispalt, qui se dresse comme une muraille gigantesque, et parvint enfin le 6 octobre à Coire. Cette marche lui coûta douze mille hommes. Plein de colère contre l'Autriche, dont il avait exécuté le plan, il se retira dans Ja Bavière et rentra en Russie, où l'attendait la disgrâce qui ne manque pas aux généraux vaincus. L'ensemble d'opérations et de manœuvres, qui a reçu le nom de bataille de Zurich, fut pour les Russes un désastre et les éloigna de la coalition. Il sauva la France de l'invasion et valut à Masséna la reconnaissance publique.

Hisl^ire de France.

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