‹ Histoire de FranceChapitre 36 sur 46 · NAPOLEON V · texte numérisé non relu

NAPOLEON V

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fcfcaffiS Onaparte consul s'était entouré de toutes les pompes ' J de l'ancienne monarchie. Empereur, il voulut une

% Cour et une représentation propres à dominer tous

^ les souverains, et à maintenir ses sujets dans un res-

% pect qui assurât leur obéissance.

1 II constitua un Grand Conseil, chargé d'élire l'empeppwoij;Ji'j:--jo;j,cji^^K reur dans le cas d'extinction de sa race, ou d'exercer la régence pendant une minorité. Les six dignitaires qui le composaient étaient : le grand électeur, l'archichancelier d'empire, l'architrésorier, le connétable, l'archichancelier d'État et le grand amiral. Joseph, Cambacérès, Lebrun et Louis eurent les quatre premières charges ; il réserva les deux autres pour Eugène Beauharnais, fils de Joséphine, et pour Murât, son beau-frère. Ces grands dignitaires étaient irresponsables et inamovibles. Ils ne pouvaient exercer d'autres fonctions, et recevaient une dotation annuelle de trois cent mille francs.

Il créa quatre maréchaux honoraires : Kellermann, Lefebvre, Serrurier et Pérignon, et quatorze maréchaux actifs : Jourdan, Berthier, Masséna, Lannes, Ney, Augereau, Brune, Murât, Bessières, Moncey, Mortier, Souk, Davoust et Bernadotte. Bruix eut le titre d'amiral. Il nomma son oncle, le cardinal Fesch, grand aumônier, Berthier grand veneur, Talleyrand grand chambellan, Caulincourt grand écuyer, Duroc grand maréchal du palais, Ségur grand maître des cérémonies. L'impératrice eut sa maison, et les titres honorifiques furent largement distribués. Napoléon comptait qu'ils conviendraient au mérite de quelques-uns et suppléeraient à celui des autres.

En exigeant le serment de fidélité de tous les fonctionnaires, il promit de limiter lui-même son pouvoir. Sincère, cet acte lui eût fait honneur. Mais la rigueur des termes de son serment ne fait que mieux ressortir sa volonté de n'en être pas prisonnier : « Je jure de maintenir l'intégrité du territoire de la République, de respecter et de faire respecter les lois du Concordat et la liberté des cultes, l'égalité des droits, la liberté politique et civile, l'irrévocabilité des ventes des biens nationaux; de ne lever

aucun impôt, de n'établir aucune taxe qu'en vertu de la loi, de maintenir l'institution de la Légion d'honneur, de gouverner dans la seule vue de l'intérêt, du bonheur et de la gloire du peuple français. »

Le sénat reçut une dotation de cinq millions. Il confia à deux commissions formées dans son sein le soin de veiller sur la liberté individuelle et la liberté de la presse. Il- créa dans le ressort de chaque Cour d'appel une sénatorerie largement dotée, dont le titulaire devait résider trois mois par an, afin de rattacher les populations à l'empire et à ses institutions.

Les conseillers d'Etat purent être nommés à vie, après cinq ans d'exercice. Une haute Cour, composée de sénateurs, de juges de la Cour de cassation et de membres des grands corps de l'État, était chargée de punir les attentats à la sûreté du pays.

Le i8 mai, le sénat vota le sénatus-consulte donnant à Napoléon le titre d'empereur. «J'accepte, répondit-il aux sénateurs, qui s'étaient rendus à Saint-Cloud, le titre que vous croyez utile à la gloire de la nation. Je soumets à la sanction du peuple la loi de l'hérédité. J'espère que la France ne se repentira jamais des honneurs dont elle environnera ma famille. Dans tous les cas, mon esprit ne serait plus avec ma postérité le jour où elle cesserait de mériter l'amour et la confiance de la grande nation. »

Le pays fut en effet consulté, et des registres déposés dans les mairies reçurent la réponse à la question : « La couronne sera-t-elle héréditaire dans la famille de Napoléon ? ;>> Il y eut trois millions cinq cent mlWeouz et un peu plus de deux mille no7t. Le vote, n'étant pas secret, ne pouvait être douteux. L'abstention elle-même ne paraissait pas sûre.

Louis XVIII protesta contre cette forme nouvelle de la monarchie et la Révolution dont elle était issue. Napoléon, que cet acte ne laissa pas indifférent, parce qu'il ne méconnaissait pas la puissance du droit, fit insérer au Moniteur cette protestation, avec un commentaire destiné à en affaiblir l'effet. Presque tous les Cabinets reconnurent ce nouvel état des choses. Seules, la Russie, l'Autriche et la Suède restèrent dans une réserve hostile.

Après avoir distribué dans l'église des Invalides, le 14 juillet, les insignes de la Légion d'honneur aux maréchaux, aux généraux, aux grands dignitaires. Napoléon se rendit au camp de Boulogne, où il renouvela cette cérémonie le 16 aoîrt. Il passa en revue la flotte composée de bâtiments légers, avec lesquels il préparait une descente en Angleterre.

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Pitt, redevenu ministre, travaillait à étendre et à fortifier la coalition. La Russie et la Suède restèrent fidèles à leur première attitude ; l'Autriche reconnut l'empire le 3 septembre, après le refus de la diète de demander des explications à la France sur la violation du territoire badois, où avait été enlevé le duc d'Enghien.

Napoléon négocia pour déterminer le Pape à venir le sacrer à Paris. Ce projet rencontra de l'opposition dans le Conseil d'Etat, imbu d'idées gallicanes ou révolutionnaires. Mais Napoléon n'en poursuivit pas moins son but. Pie VII fit des difficultés, formula des réserves, réclama des concessions et finit par céder. Il se rendit à Paris avec l'espoir que sa condescendance tournerait au bien de la religion.

Sur le passage du successeur de saint Pierre, les populations témoignaient par leur empressement et leur attitude d'une vénération profonde. A Paris et aux Tuileries, Napoléon lui nt rendre les plus grands honneurs. La cérémonie de Notre-Dame fut splendide. La famille impériale, l'armée, les grands corps de l'Etat, faisaient cortège à l'empereur, devant qui des maréchaux portaient la couronne, le sceptre et l'épée de Charlemagne. Après avoir reçu avec l'impératrice l'onction sainte, il se leva, prit la couronne et la plaça sur sa tête, ne voulant la tenir que de luimême (2 décembre 1S04). I' ne prenait de la tradition que ce qui pouvait lui convenir, et n'accordait à l'Église que ce qu'il jugeait utile à ses desseins.

De grandes fêtes suivirent le sacre, et Napoléon, qui avait un grand art de mise en scène, mêla aux réjouissances populaires la prestation de serment des officiers supérieurs, et la distribution des aigles à l'armée et à la garde nationale. Pie VII ne quitta Paris que le 4 avril sans obtenir, malgré des négociations directes avec l'empereur, ce qu'il avait espéré. Les 4 articles de 16S2 ne furent pas désavoués, et les articles organiques restèrent comme une menace permanente. Ni le divorce ne disparut du code, ni le clergé ne vit reconnu son droit d'enseigner. Le caractère de la politique impériale venait de se manifester, et ceux qui avaient cru à un sincère dévouement à l'Église comprirent que la politique, plus qu'une véritable conviction religieuse, avait présidé au rétablissement du culte.

Napoléon, en ouvrant la session du Corps législatif le 27 décembre 1804, s'était déclaré pleinement satisfait, mais les affaires n'étaient pas prospères, l'argent se cachait, les puissances restaient dans une extrême réserve, et deux lettres, adressées par l'empereur au roi d'Angleterre et

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à l'empereur d'Autriche, n'avaient obtenu qu'une réponse de banale politesse.

Une de ces injustes et odieuses agressions dont l'Angleterre s'est trop souvent rendue coupable, rapprocha un moment l'Espagne de Napoléon. Le roi Charles IV ayant refusé de fermer ses ports à la France, une fîotte anglaise attaqua un convoi espagnol, mit le feu à une

frégate qui l'accompagnait et s'empara des autres. Cet acte fut suivi du blocus des ports espagnols. Le roi traita aussitôt avec Napoléon et s'engagea àmettre trente vaisseaux de ligne à sa disposition (i 2 décembre 1804).

Le 1 7 mars i S05, Talleyrand lut au sénat un rapport concluant à la nécessité de constituer l'Italie en royaume. Napoléon partit de Paris le i^'' avril, laissant à Cambacérès le soin du gouvernement, reçut à Turin et à Alexandrie les députations des villes, ordonna des travaux, assista dans les plaines de IMarengo à de grandes manœuvres, fit, le S mai, une entrée solennelle à Milan, au bruit du canon, aux acclamations du peuple, et fut couronné, le 26, dans la cathédrale par le cardinal-archevêque. En portant la main à cette couronne de fer des rois lombards qu'avait portée Charlemagne, il dit : « Dieu me l'a donnée, gare à qui la touche ! »

Il nomma le prince Eugène vice-roi, mais lui laissa peu d'attributions. En se réservant la nomination des principaux fonctionnaires et des

Napoléon à la Malmaison, d'après Isabey.

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officiers, en gardant auprès de lui le ministre des relations étrangères et le secrétaire d'État, il prouva qu'il voulait rester le maître. Il introduisit en Italie le code civil, institua un Ordre de chevalerie, sous le nom de Couronne de fer, et descendit jusqu'aux plus minutieux détails de l'administration. Les témoignages d'adulation ne lui manquèrent pas. On lui

Pie VII, J'après le tableau de David, Musée du Louvre.

prodigua tous les honneurs, dont l'Italie n'a jamais été avare, et cet enthousiasme, qui en avait trompé tant d'autres, ne put que l'affermir dans la conviction que tout lui était permis.

Après avoir fait adopter par le sénat et voter par le peuple de Gênes, sur des registres publics, l'union à la France, il divisa la république ligu-

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rienne en trois départements français : les Apennins, Gênes et Montenotte. Parme forma le département du Taro. Lucques devint une principauté vassale donnée à sa sœur Élisa, femme du prince romain Bacciocchi. Il rentra le ii juillet à Fontainebleau, croyant avoir solidement établi le régime de cette Italie perpétuellement agitée.

L'empereur de Russie, Alexandre I^"", aurait voulu par une alliance de médiation réparer les effets des guerres précédentes et en empêcher de nouvelles. Pitt fit prévaloir l'idée de la coalition, et offrit le concours des flottes anglaises et un subside annuel qui pourrait s'élever à cent cinquante millions de francs. Le traité fut signé le ii avril 1805 entre la Russie et l'Angleterre. L'Autriche hésitait. La Prusse marchandait sa neutralité, et, sans se hâter, guêtait, pour se déterminer, les propositions les plus favorables et le moment opportun.

Napoléon obtint par diverses combinaisons financières les ressources nécessaires pour faire la guerre. Il appela tous les contingents arriérés, et, par avance, celui de 1 806, sans demander au Corps législatif, qu'il ne convoqua pas, un vote imposé par la Constitution. Il y suppléa par un sénatus-consulte. Enfin, il organisa dans les départements frontières la garde nationale, dont il nomma les officiers (23 septembre).

Après la paix de Presbourg (26 décembre 1S05), qui assurait sa prépondérance en Europe, Napoléon régla l'administration des pays conquis, assista à Munich au mariage d'Eugène Beauharnais avec la princesse Augusta, et rentra le 28 janvier à Paris, où il distribua les récompenses, et s'occupa des veuves et des orphelins de la guerre.

Pitt était mort le 23 janvier 1806, à quarante-sept ans, tué par la victoire d'Austerlitz et s'écriant : « O mon pays !» Napoléon, qui voyait en lui « le génie du mal », espéra que la coalition ne pourrait se reformer, et que les résultats acquis ne seraient pas contestés. En effet, le long ministère de Pitt, son influence sur l'aristocratie anglaise, l'opinion que toutes les cours avaient de son talent, lui donnaient une autorité dont personne n'héritait. Fox, son rival en éloquence, lui succéda et manifesta des intentions pacifiques, mais il mourut au mois de septembre 1806, et l'école de Pitt revint au pouvoir.

Napoléon réorganisa sur des bases nouvelles l'administration financière, et, par la confiance qu'il ramena, par les abus qu'il fit cesser et les quarante millions exigés de l'Autriche, rétablit le crédit.

En ouvrant, le 2 mars, la session du Corps législatif, il promit de ne pas imposer au peuple des charges nouvelles, mais il voulait avoir cons-

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tamment sur pied quatre cent mille hommes. Il augmenta donc, malgré la répugnance de ses financiers et les plaintes du peuple, la taxe sur le sel et les impôts indirects, qui prirent le nom, bientôt odieux, de droits réunis. La suppression des péages sur les routes ne compensa pas le mécontentement causé par ces impôts.

Il doubla le capital de la Banque de France, étendit à vingt-cinq ans son privilège et se réserva la nomination du gouverneur. Il rétablit les charges d'agent de change et de courtier de commerce, ouvrit des routes, créa des canaux, et, fidèle à la politique des conquérants et des fondateursde dynasties, multiplia les travaux pour l'embellissement de la capitale.

Le Corps législatif vota le code de procédure et la loi sur l'instruction publique. L'Université eut pour mission de former des générations empreintes de l'esprit de la Révolution tempéré par le despotisme impérial. Toutes ces réformes étaient discutées au Conseil d'Etat. Il prenait part lui-même aux délibérations et y apportait, avec des vues le plus souvent justes et profondes, une telle volonté de les imposer, que la contradiction s'avouait promptement vaincue. Il régla le régime des consistoires protestants et des synagogues juives. Il voulut intervenir dans l'enseignement religieux en imposant un catéchisme unique, et, dans le culte, en obligeant les curés à lire en chaire les bulletins de ses victoires. La résistance l'arrêta sans le désarmer.

Il se montra pour l'étiquette de la cour plus exigeant que les souverains des races les plus anciennes, et un règlement en huit cents articles traça les devoirs de ceux qui approchaient de sa personne. Il eût voulu s'entourer de rois et de princes régnant par lui, appuyant son pouvoir et servant ses volontés. Il se sentait isolé, et, lors même que plus tard il put donner à un acteur célèbre « un parterre de rois », au milieu duquel il s'élevait dans tout l'éclat d'incomparables succès, il reconnaissait que sa fortune était à la merci d'un accident. Les hommes que les hasards de la politique, la faveur populaire, les coups de force ou la gloire des combats ont élevés, sont condamnés à être toujours heureux. Sans racines dans le passé, sans autre appui dans le présent que l'intérêt ou la terreur, ils succombent au premier échec. C'est un grand enseignement que donne aux ambitieux l'histoire de tous les temps, mais dont les ambitieux ne profitent pas.

Il avait fait les rois de Bavière, de Wurtemberg, de Naples etde Hollande. Il donna à Murât la principauté de Clèves et de Berg, au prince Borghèse celle de Guastalla, à Bacciocchi, déjà duc de Lucques,

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les duchés de Massa et de Carrara, Berthier fut fait prince de Neufchâtel, Talleyrand duc de Bénévent, Bernadette prince de Ponte- Corvo, Cambacérès de Parme, Lebrun de Plaisance, Soult de Dalmatie, Bessières d'Istrie, Duroc de Frioul, Champagny de Cadore, Victor de Bellune, INIoncey de Conégliano, Mortier de Trévise, Clarke de Feltre, Maret de Bassano, Caulaincourt de Vicence, Arrighi de Padoue, Savary de Rovigo, et plus tard, Gaudin de Gaëte, Fouché d'Otrante, Macdonald de Tarente et Oudinot de Reggio : ces principautés et ces duchés avaient des revenus éventuels d'abord, puis fixes, et qui constituèrent des majorats. Il voulait refaire à son profit ce que la Révolution avait détruit.

Après avoir écrasé la Prusse à léna, à Auerstsedt, substitué à son gouvernement celui de fonctionnaires français, épuisé ses finances par une contribution de guerre et des impôts, Napoléon, maître de la plus grande partie de l'Allemagne, data de Berlin les décrets qui établirent le blocus continental. L'Angleterre était son irréconciliable ennemie, car elle exerçait sur mer un despotisme égal à celui qu'il faisait peser sur le continent. Elle visitait les neutres, les confisquait, interdisait le commerce avec les colonies françaises et détournait vers ses ports tous les produits agricoles ou manufacturés. Napoléon, qui désespérait de l'atteindre sur les champs de bataille ou sur ses côtes, voulut la frapper dans sa puissance et sa richesse. Les décrets de Berlin portaient : «Les Iles Britanniques sont déclarées en état de blocus, et tout commerce ou correspondance est interdit avec elles. Tout sujet anglais qui sera trouvé dans les pays occupés par nos troupes ou celles de nos alliés, sera prisonnier de guerre ; tout magasin, toute marchandise et toute propriété appartenant à un sujet anglais, sont déclarés de bonne prise ; le commerce des marchandises anglaises est défendu, et toute marchandise appartenant à l'Angleterre ou provenant de ses fabriques, est déclarée de bonne prise ; aucun bâtiment anglais ou venu des possessions anglaises ne peut être reçu dans les ports de la France et de ses alliés.» (21 novembre 1806). Ces mesures furent complétées par le décret de Milan rendu le 17 décembre 1807.

Pendant que Napoléon poursuivait la guerre contre la Prusse et la Russie, les hostilités s'étaient ouvertes entre cette dernière nation et la Porte, sur les instigations du général Sébastiani, notre ambassadeur à Constantinople. La flotte anglaise traversa les Dardanelles, brûla cinq vaisseaux turcs dans le Bosphore, et aurait obtenu la soumission du Sultan sans les encouragements, les menaces et l'initiative de notre ambassadeur.

La Russie et la Prusse resserrèrent leur alliance par le traité de Bartentein (25 avril 1S07), auquel l'Angleterre accéda, promettant des subsides et s'engageant à faire passer en Poméranie trente mille hommes destinés à combiner leur action avec les Suédois. Napoléon, à cinq cents lieues de la France, pendant un hiver rigoureux, dans des pays stériles ou dévastés, en présence d'un ennemi dont il venait d'éprouver la solidité, fit au roi de Prusse des ouvertures de paix. 11 lui laissait ses États jusqu'à l'Elbe, et gardait le reste comme indemnité de guerre. Frédéric- Guillaume refusa.

Napoléon devança l'appel de la classe de 1808, et travailla au renouvellement de l'armée et du matériel avec une activité incomparable. Il s'efforça surtout de soutenir ou de relever le moral de l'armée, en même temps qu'il s'adressait à l'opinion publique. Il aimait à dater de pays lointains des décrets réglant des objets de médiocre importance. Il eut toujours un art merveilleux de mettre en relief sa laersonne, et cette préoccupation égoïste le fit admirer par un peuple qu'il écrasait, et aimer jusqu'au fanatisme par des soldats dont il prodiguait le sang avec une effroyable facilité.

Il s'occupait de l'industrie écrasée par le blocus. Il dirigeait l'opinion publique, s'irritait de la plus légère improbation, menaçait ou réprimait la presse, donnait à la censure des ordres sévères, traçait à ses frères devenus rois une politique plus conforme à ses vues qu'à leur intérêt, prétendait régler la conduite de ses alliés et régenter l'Église, comme il donnait des ordres à ses préfets ou s'occupait des finances et de l'administration.

Après le traité de Tilsitt, en ouvrant la session du Corps législatif ( 1 6 août I S07), il parla des grands travaux qui devaient être pour le pays le couronnement de sa gloire et la compensation de ses sacrifices. Les revenus du trésor s'accroissaient et les indemnités de la guerre servaient aux améliorations intérieures. Il créa une Cour des comptes, à laquelle il donna le rang du Conseil d'État et de la Cour de cassation, ouvrit des canaux et des routes, supprima le tribunal, dont la liberté l'inquiétait, fit subir à la magistrature une épuration qui viola le principe de l'inamovibilité, et constitua une noblesse nouvelle par des titres donnés à ses fonctionnaires. En tout il voulait faire vite, comme s'il sentait que la durée lui manquerait, ou parce que, confiant en la puissance de sa volonté, il ne supposait pas que les hommes, les circonstances, les choses et les principes pussent lui résister. Les codes de procédure civile et d'ins-

truction criminelle avaient été promulgués en 1806. Le code de commerce est de 1S08 et le code pénal de iSio.

Il embellit Paris, y créa des fontaines, le canal Saint-Martin, des cimetières, des abattoirs, le grenier d'abondance, des marchés, des hôpitaux, des ponts, des arcs de triomphe, la colonne de la place Vendôme, la Bourse, et donna une vigoureuse impulsion aux travaux des villes de province. L'exposition de 1806 réunit quatorze cent vingt-deux exposants. Jacquard fut encouragé, et ses métiers se répandirent de Lyon dans la France entière. Lenoir-Dufresne et Richard dotèrent la France de l'industrie cotonnière, Oberkampf popularisa la fabrication des toiles peintes. L'horlogerie fit de grand progrès, les chèvres du Thibet et les moutons mérinos furent introduits, et, à force de répondre aux industriels qu'il fallait se suffire, il leur inspira le désir et leur facilita le moyen d'accroître et de perfectionner leurs produits. L'application de la science à l'industrie produisit les plus heureux résultats, et il est regrettable qu'il n'ait pas reconnu l'importance des essais faits par Fulton d'un bateau à vapeur sur la Seine en 1S03. Les arts et les lettres apportaient aussi leur éclat à l'empire, et Napoléon, qui savait qu'ils rendent en gloire aux souverains ce qu'ils en reçoivent en bienfaits, leur prodigua ses encouragements, sa protection et ses bienfaits.

Pie VII avait conclu le Concordat avec le premier consul et couronné l'empereur, mais le résultat de cette double concession ne répondit pas à ses espérances. En 1805, Napoléon, déclarant que « ses ennemis devaient être ceux du Saint-Siège », lui demanda de fermer ses ports aux Anglais et aux Russes, et, sur son refus, fit occuper Ancône. Le pape s'en plaignit. « Votre Sainteté est souveraine de Rome, lui répondit-il, mais j'en suis l'empereur.» (13 février 1806).

C'est ainsi que l'on parlait en Allemagne au moyen âge, pendant la querelle du Sacerdoce et de l'Empire. <i L'empereur de Rome n'existe point,» répondit le pape. Il ne consentit à se déclarer contre aucune puissance, « le vicaire de Jésus-Ckrist devant conserver la paix avec tous. » Cette neutralité fut regardée comme une insulte. Le pape reçut un ultimatum exigeant : alliance offensive et défensive avec les rois d'Italie et de Naples ; adhésion au blocus continental ; occupation par la France des forteresses pontificales ; reconnaissance de Joseph comme roi de Naples ; nomination de cardinaux français ou italiens agréables, dans la proportion d'un tiers ; extension du Concordat à l'Italie.

Pie VII consentit à fermer ses ports aux Anglais et demanda, pour

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le reste, à négocier. Napoléon déclara les trois provinces d'Urbin, d'Ancône et de Camerino annexées au royaume d'Italie (2 février 1808), fit occuper Rome par le général Lemarrois, reconduire à la frontière les cardinaux qui n'étaient pas nés sujets romains, et substitua son gouvernement à celui du pape. Pie VII montra autant de résignation chrétienne et de douce fermeté, que Napoléon de violence personnelle et d'exigences despotiques. Lorsque ce qui lui restait de ses États eut formé deux départements, que les communications lui eurent été fermées, et que les quatre articles de 1682 eurent été déclarés lois de l'Empire, Pie VII publia l'excommunication depuis longtemps préparée. Napoléon, qui redoutait, plus qu'il ne voulait l'avouer, cette peine canonique, essaya d'abord d'en empêcher la divulgation, et espéra ensuite en atténuer l'effet. Le 6 juillet 1809, le colonel de gendarmerie Radet, sur les ordres du général Miollis, enleva du Ouirinal le Pape, qui fut conduit à la Chartreuse de Florence.

Ces actes de violence furent suivis d'incertitudes, de regrets, de reculs, et tempérés d'hypocrisie. Napoléon essaya de dégager sa responsabilité pour l'enlèvement du pape, fit naître des doutes sur l'authenticité de la bulle d'excommunication, et, en prescrivant le silence sur le Pape, espéra que l'oubli couvrirait l'attentat.

Le Pape, enfermé à Savone, se refusait à tout acte pontifical qui n'aurait pas été ou n'aurait pas paru libre, et laissa ainsi vingt-sept sièges épiscopaux vacants en France. Les Chapitres refusèrent de recevoir les évêques nommés par l'empereur, et celui de Paris ne voulut pas reconnaître Maury. Napoléon se vengea par la suppression de plusieurs fêtes religieuses, de couvents et d'évêchés en Italie. Il exigea un serment des chanoines et des curés, en exila plusieurs et confisqua des biens ecclésiastiques. Il pouvait tout, excepté forcer les consciences.

La situation du pape devint plus difficile. On éloigna de lui ses secrétaires, on lui interdit toute correspondance, et on le soumit à une surveillance de tous les instants. Les précautions prises pour cacher ce traitement le rendirent encore plus odieux, et abaissèrent le puissant empereur qui épuisait ses rigueurs sur un vieillard désarmé.

Il voulut alors un concile national contre le pape. Il en désigna les membres et les convoqua le 17 juin 181 1 à Notre-Dame, sous la présidence de son oncle, le cardinal Fesch. Les évêques réunis prêtèrent serment d'obéissance au pape, et exclurent de leurs délibérations les prélats non institués. A un message qui accusait le Pape, ils répondirent par

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une adresse témoignant d'un grand désir de conciliation, mais de peu de docilité pour ce que la conscience ne pouvait admettre.

Napoléon refusa de recevoir l'adresse, prétendit que le concile n'avait été réuni que pour s'occuper de l'institution canonique, et menaça de se dégager du Concordat, si le pape persistait à ne pas instituer les évéques nommés. Le concile chargea une commission de douze membres de lui faire un rapport, et déclara ne pouvoir rien résoudre sans l'assentiment du Pape. La question de la bulle ayant été soulevée, l'archevêque de Bordeaux prouva, par l'autorité du concile de Trente, qu'elle était un acte légitime de l'autorité pontificale. Ce fut l'avis de tous. Le cardinal Fesch leva la séance et prononça la dissolution du concile. Les évêques de Troyes,de Tournai et de Gand, qui avaient particulièrement fait preuve d'indépendance, furent arrêtés, enfermés à Vincennes, et plus tard obligés de se démettre de leurs sièges.

Cambacérès chercha un moyen de conciliation. Un décret déclara que la vacance des sièges ne pouvait durer plus d'un an, six mois pour la nomination et six mois pour l'institution. Pie \'II accepta le décret, mais Napoléon ne lui tint pas compte de cette concession. Les séminaires furent enlevés à la congrégation de Saint-Sulpice, et les séminaristes furent menacés d'être envoyés aux armées, malgré l'immunité ecclésiastique, qu'aucun gouvernement n'avait jusqu'alors osé violer.

La guerre éloigna quelque temps Napoléon des questions religieuses. Rentré à Paris après la désastreuse expédition de Russie, il arracha au Pape, captif à Fontainebleau, un concordat qui portait atteinte à l'autorité spirituelle du Saint-Siège (février 1813). Ce que la fragilité humaine avait accordé, le sentiment du devoir le fit presque immédiatement retirer. Le Pape demeura prisonnier jusqu'au jour où, les désastres se multipliant et tout manquant à celui qui avait disposé de tout, il fut rendu à la liberté, moins par sentiment de justice que par nécessité.

Au mois de novembre 1807, Napoléon visita le nord de l'Italie jusqu'à Venise. Il voulut que son passage fût marqué par des bienfaits et ordonna d'immenses travaux. Il adopta Eugène Beauharnais et lui donna la succession du royaume d'Italie. Il aurait voulu faire de Lucien un roi de Portugal, mais son frère refusa un trône qui lui eût imposé un divorce. Il chargea le sénat de prononcer la réunion à l'empire de Flessingue, pris aux Hollandais, et des forts de Wesel, de Cassel, de Kehl, et négocia longuement avec Alexandre.

Charles I\^ roi d'Espagne, était gouverné par sa femme et Manuel

Godoï, prince de la paix, chargé d'honneurs et de titres. Ferdinand, prince des Asturies, héritier du trône, détestait le favori que son arrogance et son accord avec Napoléon rendaient impopulaire. Le 27 octobre 1807, dans le traité de partage du Portugal conclu, à Fontainebleau, entre Napoléon et Charles IV, Napoléon l'avait récompensé par la souveraineté des Algarves.

Ferdinand, qui n'était pas au courant de cette convention, espéra perdre le favori en s'assurant la protection de Napoléon. Il lui écrivit pour lui demander une princesse de sa maison. Godoï, qui le surveillait, obtint du roi son arrestation et la saisie de ses papiers (28 octobre 1S07). Le malheureux Charles IV, convaincu que son fils avait voulu le détrôner, se jeta entre les bras de l'empereur.

Lorsque les troupes françaises furent entrées en Espagne, le roi, la reine et Godoï, qui étaient à Aranjuez, résolurent de se retirer en Amérique. Dans la nuit du 17 au 18 mars 1808, la foule envahit l'hôtel de^ Godoï, et, aidée des soldats, le pilla. Godoï fut jeté tout sanglant en prison, et sauvé ainsi de la fureur populaire. Le roi le priva de ses dignités et abdiqua en faveur du prince des

Asturies, qui, le 20 mars, devint roi sous le nom de Ferdinand VII. Trois jours après. Murât entrait à Madrid. Il encouragea Charies IV à protester contre une abdication déterminée uniquement par « l'intention d'éviter l'effusion du sang », et ne reconnut pas Ferdinand VII. Napoléon ne se prononça pas, et il écrivit à Murât de faire en sorte que les Espagnols ne pussent soupçonner le parti qu'il prendrait. « Cela ne sera pas difficile, ajoutait-il, je n'en sais rien moi-même. » Il partit pour Bayonne, laissant croire qu'il irait à Madrid, et Savary, son envoyé, conseilla à Ferdinand d'aller au devant de lui. Les foules accourues sur son passage le suppliaient de ne pas quitter l'Espagne. De Victoria, il écrivit

Histoire de France. *a

Fontainebleau,

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à l'empereur pour lui demander de le reconnaître, et l'empereur répondit qu'il y consentait « si l'abdication du roi Charles était de pur mouvement. » Ni cette réponse, ni les instances du peuple, qui alla jusqu'à dételer sa voiture, ne l'empêchèrent de franchir la frontière (20 avril 1808). Il fut reçu en prince des Asturies et non en roi. Après l'entrevue, Napoléon s'écria : « Jamais je ne pourrai compter sur l'Espagne tant que les Bourbons en occuperont le trône. »

Charles IV, la reine et Godoï, délivré de sa prison, arrivèrent à Bayonne. Le roi et la reine furent reçus avec les plus grands honneurs et la promesse d'une situation digne d'eux. Napoléon entretint les espérances de Godoï et lui traça son rôle. Les négociations commencèrent entre le père et le fils, et Ferdinand, sollicité d'abdiquer, répondit qu'il ne pourrait le faire qu'à Madrid, et à l'ombre du drapeau espagnol. Napoléon, qui trouvait en lui seul un obstacle, détermina Charles à se déclarer roi malgré son abdication et à donner la régence à Murât.

Madrid s'inquiétait. Le i^"" mai, on insulta nos soldats, et le lendemain on en égorgea plusieurs. Murât, qui avait laissé croître ce mouvement, le réprima cruellement. Napoléon offrit alors au vieux roi de le conduire à Madrid, et, sur son refus, exigea la renonciation du père et du fils à la couronne d'Espagne. Charles y mit deux conditions : que la monarchie ne serait pas démembrée, et que le catholicisme resterait la religion de l'État. Il reçut les châteaux de Compiègne et de Chambord, et une liste civile de sept millions et demi. Ferdinand, à qui Napoléon avait déclaré que si avant minuit, le 5 mai, il n'avait pas reconnu son père pour roi légitime, il serait traité comme rebelle, abdiqua à son tour, et fut envoyé avec ses frères au château de Valençay, appartenant à Talleyrand. Cette triste comédie devait coûter des fiots de sang.

Napoléon donna aussitôt l'ordre à la junte que Charles avait constituée à Madrid, et aux Conseils de Castille et des Indes, de demander pour roi Joseph. Ils s'y prêtèrent de mauvaise grâce. Les fonctionnaires furent relevés du serment de fidélité, mais les adhésions ne répondaient pas à l'attente de l'empereur. La junte, qu'il convoqua à Bayonne, ne compta que quatre-vingt-douze membres sur cent cinquante. Malgré des réformes qu'il croyait propres à lui amener les esprits, il ne put empêcher l'explosion du sentiment patriotique. L'Espagne tout entière se leva pour chasser l'étranger.

Napoléon rentra à Paris après avoir été accueilli avec enthousiasme dans sa visite aux départements du Midi et de l'Ouest. Sa conduite à

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l'égard du Pape; l'annexion à l'empire ou au royaume d'Italie, d'Ancône, d'Urbin, de Macerata, de Camerino, de Parme, de Plaisance et de la Toscane ; le remplacement à Naples de Joseph par Murât, tous ces actes, dont le guet-apens de Bayonne fit ressortir plus vivement l'iniquité, produisaient en Europe une vive irritation. L'Autriche continuait ses armements. Napoléon lui demanda de les cesser et, ne recevant pas de réponse satisfaisante, essaya de gagner la Russie. Une entrevue eut lieu avec le tzar à Erfurth, le 27 septembre iSocS.EIle fut l'occasion de fêtes brillantes. Napoléon déploya pour captiver Alexandre toutes les ressources de son esprit et la magnificence d'une cour somptueuse.il parut le véritable souverain de l'Europe. Pour obtenir une alliance offensive et défensive, il lui permit de prendre les provinces Danubiennes et négocia son propre mariage avec la grande-duchesse Catherine. Le message envoyé au Cabinet anglais pour l'engager à mettre fin à la guerre, resta sans effet.

Napoléon, après avoir essayé de rétablir en Espagne les affaires de Joseph, quitta Valladolid le 16 janvier 1809, et arriva le 22 à Paris. Les charges effrayantes qu'il faisait peser sur la France, tant d'hommes tombés sur les champs de bataille, les craintes qu'inspirait une ambition insatiable, soulevaient l'opinion. On ne croyait plus que la gloire excusât tout. Il s'irrita de cette opposition, leva cent cinquante mille hommes en France et en demanda cent mille à la confédération du Rhin. Il donna pour officiers aux quatrièmes et aux cinquièmes bataillons qu'il créa dans ses régiments, les jeunes gens à peine entrés à Saint-Cyr, et enrôla de force dix élèves par lycée. A cette époque déjà, se propageaient des sentiments que l'armée subjuguée ne partageait pas, mais qui devaient amener, après ses désastres, l'abandon de l'homme que la gloire avait couronné, et pour qui avaient été épuisées toutes les formules de l'adulation. Ce que de Maistre avait écrit en 1807, o^i commençait à le dire hautement en France : « L'Europe est à Bonaparte, mais nos cœurs sont à nous. »

L'Autriche avait refait son armée et se croyait en mesure de venger ses défaites. Elle soulevait la Turquie en lui communiquant les conventions secrètes d'Erfurth, qui abandonnaient à la Russie plusieurs de ses provinces. Alexandre s'effrayait des desseins qu'il avait entrevus, et se demandait qui pouvait être à l'abri d'une telle ambition. Il réunissait, afin de pouvoir agir, des corps d'observation sur les frontières occidentales de son empire. La Prusse armait aussi, mais avec plus de circonspection. L'association du Tugend Bund ou de la Vertu, fondée par

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le professeur Maurice Ardnt, avait réveillé dans les âmes un ardent patriotisme et fait naître le désir de la revanche. Le ministre Stein avait profité de cet élan pour opérer d'utiles et profondes réformes. Il fut sacrifié par l'ordre de Napoléon ; mais l'impulsion donnée ne s'arrêta pas, et cette disgrâce, qui révélait à la Prusse son humiliation, rendit la haine plus implacable.

Dans ces conditions, la guerre était inévitable. Elle eut lieu sans déclaration, après la rupture des relations diplomatiques. Les négociations se poursuivaient cependant, mais avec la conviction des deux côtés que l'accord ne durerait pas longtemps. Le 15 août 1808, Napoléon s'était emporté en menaces contre l'Autriche, dans une audience publique au Corps législatif ; mais il était occupé en Espagne, et les défaites de ses généraux, la capitulation de Baylen et celle de Cintra, le réveil de l'opinion publique en France, autorisaient les étrangers à croire que celui qui n'avait eu jusqu'alors que des succès, était arrivé au point où commencent les revers. Une cinquième coalition se forma dans les premiers mois de 1809 entre l'Angleterre, l'Autriche, l'Espagne et le Portugal.

Après la paix de Vienne {14 octobre 1809), qui fut le prix d'une campagne terrible et de victoires chèrement achetées, Napoléon rentra à Fontainebleau. Jamais la cour n'avait été aussi brillante. Les fêtes se succédaient sans interruption, et les souverains alliés, les rois de Saxe, de Bavière et de Wurtemberg, se rendirent à Paris, où ils apprirent ce qu'exigeait d'eux celui dont les faveurs n'étaient jamais gratuites.

Une révolution s'était accomplie en Suède. Gustave IV, obligé d'abdiquer le 13 mars 1809, fut remplacé le 6 mai par son oncle Charles XIII, qui fit la paix avec la Russie, et lui céda, par le traité de Fredericksham, la Finlande, les îles d'Aland, la Bothnie orientale et une partie de la Bothnie occidentale (17 septembre). L'aristocratie, qui avait renversé un roi, élut, après lui avoir donné un successeur, un prince royal. Ce fut Bernadette, qui avait commandé les troupes .suédoises. Napoléon, consentit à laisser monter sur le trône de Suède un de ses maréchaux. Bernadette abjura le catholicisme, gouverna à cause de la vieillesse de Charles XIII, et devint presqu'aussitôt l'ennemi de Napoléon, de qui il ne put obtenir la Norwège.

Depuis quelque temps il voulait se séparer de Joséphine, sa femme depuis 1 796. Plusieurs de ses conseillers n'approuvaient pas le divorce, mais il n'avait pas l'habitude de subordonner sa volonté à l'opinion de ceux qu'il consultait. Joséphine était aimée de la nation ; il lui devait en partie

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sa fortune ; elle lui était profondément attachée ; mais ces considérations s'effaçaient devant le désir de laisser sa puissance à^ un fils. L'Église n'autorise pas le divorce, mais, s'il ne pouvait la forcer, il espérait se passer d'elle. Le 15 décembre 1809, il ^t lire devant sa famille l'acte de

Château de Chambord.

séparation, auquel Joséphine avait consenti après une résistance qui aurait touché un autre coeur que le sien. Un sénatus-consulte annula son mariage civil. Rome n'était pas aussi facile à manier ; il attendit plus de docilité de prélats placés sous sa main. La question de l'annulation du

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mariage religieux fut soumise à l'officialité de Paris, qui hésita à se prononcer. Avant le couronnement, en 1S04, Pie VII avait exigé que l'union, qui n'avait pas reçu la bénédiction de l'Eglise, fût régularisée. Cette cérémonie fut présentée à l'officialité comme ayant été de pure forme, et, trompée, elle accorda, par une décision que la plupart des membres, mieux informés, récusèrent presque aussitôt, mais dont on profita, ce que l'empereur demandait.

Les ouvertures qu'il avait faites pour obtenir une princesse russe ayant été repoussées, il proposa le 21 janvier 1810 à son Conseil une princesse autrichienne et une princesse de Saxe.

Le Conseil se prononça, conformément à son désir, en faveur de l'Autriche ; le contrat fut rédigé le S février, le mariage civil célébré le i*^"" avril à Saint-Cloud et le mariage religieux le 2 à Xotre-Dame. De grandes fêtes éblouirent le peuple, et peut-être même celui dont la volonté faisait loi. Quelque temps après, de jMaistre écrivait (i) : « De tous les spectacles qui nous déchirent depuis vingt ans, c'est le plus triste à mon avis. Cependant je ne croirai jamais à cette nouvelle souveraineté ; et si elle doit durer encore pendant un certain nombre de moments que les hommes appellent années, ce qui est très possible, je léguerai à mes enfants l'espérance de la voir tomber. »

Et cependant tout semblait lui sourire. Au dehors, il était encore en guerre avec l'Espagne, mais il espérait en avoir bientôt fini. Il occupait un certain nombre de places en Allemagne ; l'Autriche était descendue au second rang des nations européennes. La Prusse ne semblait vivre qu'avec sa permission, la Russie était son alliée, Rome faisait partie de l'Empire, les rois qu'il avait créés se regardaient comme ses feudataires, et l'abdication de Louis allait lui donner la Hollande (9 juillet 1810). L'Angleterre seule restait hors de sa fascination et de ses atteintes.

A l'intérieur, la liberté politique n'existait plus, les grands Corps ne parlaient que pour applaudir aux volontés impériales, les travaux publics avaient reçu une impulsion vigoureuse, l'industrie se développait, l'Université obéissait docilement, la littérature et les arts étaient disciplinés comme l'administration et l'armée, les sciences préludaient par de grandes découvertes à l'essor qu'elles devaient prendre, et tout semblait se réunir pour assurer la durée de cette fortune prodigieuse. Aux quatrevingt-six départements français se joigna^ient quatre départements de la

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