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I. Saint-Pétersbourg, au chevalier de

rive gauche du Rhin, huit de la Belgique, ceux du Léman, du Mont- Blanc, du Valais, des Alpes Maritimes, du Simplon, les six du Piémont, les neuf de l'Italie, les huit de la Hollande. Les sept provinces Illyriennes formaient un gouvernement général régi par une administration française. Eugène de Beauharnais n'était que vice-roi d'Italie, et, après la paix de Vienne, ses États formèrent vingt-quatre départements. Le royaume de Naples donné à Murât, «tête sans cervelle, » selon l'sxpression de Napoléon, faisait « partie du grand Empire », et comptait seize départements. La confédération du Rhin était une réunion de « clients » ; le duché de Berg, donné d'abord à Murât, puis au fils de Louis, encore au berceau, était gouverné par ses ministres. Le royaume de Westphalie, où Jérôme croyait se montrer roi par ses prodigalités, avait été privé du Hanovre, et puis de toutes les côtes depuis l'Ems jusqu'à l'Elbe, afin qu'il sentît bien sa dépendance. Le roi de Wurtemberg devait sa puissance à Napoléon, celui de Bavière son titre avec des agrandissements considérables, et celui de Saxe le duché de Varsovie. Une nièce de Joséphine, Stéphanie de Beauharnais, avait épousé l'héritier du grand-duché de Bade, qui comptait un million d'habitants. Le grand-duché de Hesse-Darmstadt, celui de Wurtzbourg et celui de Francfort, complétaient le système des Etats moyens de la Confédération. Il y avait au dessous d'eux un certain nombre de duchés qui gardaient une indépendance apparente.

Partout où Napoléon exerçait directement ou indirectement sa domination, il donnait des institutions dans lesquelles on sentait le césarisme dont il était la personnification. C'est ainsi qu'il prétendait allier les idées modernes avec la tradition, et créer une Europe nouvelle.

Le 20 mars 181 1, la nouvelle impératrice, Marie-Louise, lui donna un fils qu'il appela le roi de Rome, oubliant que Rome chrétienne n'a qu'un roi légitime, qui est le Pape. C'était le comble de la fortune, et s'il regretta plus tard de n'être pas « son petit fils », il crut dès lors à l'établissement définitif de sa dynastie.

Cependant la Russie se montrait hostile. Il prit contre elle des précautions extraordinaires, fit de grandes levées dans tous les pays soumis, à sa domination, et, pour v^aincre la résistance des populations, sur qui pesait cruellement l'impôt du sang, employa des mesures d'une extrême rigueur. Le nombre des réfractaires était si considérable qu'il organisa contre eux des colonnes mobiles. La crise commerciale s'aggravait, et le blocus continental n'était pas moins funeste à la France qu'à l'Angleterre. '

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Il essaya d'en atténuer les effets par des expédients, mais plus il affirmait que l'Angleterre était « aux abois », plus il avouait les souffrances de toutes les parties de la population et particulièrement des villes industrielles.

Le 1 3 avril 1 8 lo, il avait réuni à l'empire le grand-duché d'Oldenbourg. Le grand-duc était le beau-père du tzar, qui répondit par un ukase frappant de prohibition un grand nombre de produits des manufactures françaises et autorisant l'entrée des denrées coloniales de l'Angleterre, sous pavillon neutre. Les négociations furent, dès lors, très actives et bientôt tendues entre Paris et Pétersbourg. La Pologne donna lieu particulièrement à des pourparlers. Alexandre demandait que Napoléon s'engageât à ne jamais la rétablir. Napoléon ne voulait pas consentir à une déclaration qu'il considérait comme humiliante pour lui, et tenait à s'assurer par cette résistance le concours de l'aristocratie polonaise.

La guerre résolue contre la Russie, les conscriptions de i8ii etde i8i2 furent appelées, un décret du sénat réorganisa la garde nationale en trois bans, on fabriqua des armes, on acheta des chevaux, et ces préparatifs gigantesques, comme les paroles irritées de Napoléon, donnaient une idée effrayante de la lutte qui allait s'engager.

Il avait les vastes ressources de son empire, les contributions et les troupes de l'Espagne, de l'Italie, delà Confédération du Rhin, des États feudataires et de ses alliés. La Prusse lui fournit vingt mille hommes et l'Autriche trente mille. Les négociations avec la Turquie échouèrent» et s'il crut un moment avoir réussi à s'attacher la Suède, il dut bientôt reconnaître que Bernadotte, qu'il n'aimait pas, mettrait l'intérêt de sa nouvelle patrie au-dessus de toutes les considérations. L'Europe formait ainsi deux camps, et Napoléon avait contre lui la Russie, l'Angleterre, la Suède, la Turquie et l'Espagne.

Il traça la marche de ses divers corps de manière à les trouver réunis du 15 au 20 juin sur les bords du Niémen. Il partit de Paris avec INIarie- Louise, après avoir pris des mesures pour atténuer les effets d'une affreuse disette et contenir une opposition qui s'étendait et se montrait de jour en jour plus hardie. Il était le 17 avril à Dresde, oià il se trouva entouré d'une cour de princes et de ducs. Le roi de Prusse et l'empereur d'Autriche y vinrent porter leurs hommages et offrir leurs soldats à celui qui les avait spoliés. Son séjour se prolongea jusqu'au 29 mai.

« Jamais, disait-il avec orgueil en se voyant entouré d'hommages, un tel concours de circonstances favorables ne pourra se présenter ; Je sens

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qu'il m'entraîne. » Il oubliait que les grandes iniquités amènent les terribles catastrophes.

Au moment où commençait la désastreuse retraite de Russie, une conspiration audacieuse révéla la faiblesse de l'empire. « Que Bonaparte et sa race doivent tomber, écrivait en 1808 de Maistre (i), c'est ce qui me paraît infaillible ; mais quelle sera l'époque de sa chute ? c'est ce que personne ne sait. » Un général républicain, Malet, longtemps détenu, et alors dans une maison de santé, s'échappa dans la nuit du 22 au 23 octobre, lorsqu'on ne pouvait encore rien présumer en France des conséquences de la campagne de Russie, se rendit à la caserne de Popincourt, annonça au commandant la mort de l'empereur, et lui présenta un ordre de l'état-major et une délibération du sénat. Ces pièces fausses firent mettre à sa disposition une cohorte de la garde nationale, avec laquelle il requit à La Force la liberté des généraux Lahorie et Guidai. Il les chargea d'arrêter les ministres de la Guerre et de la Police. Les troupes obéissaient partout, le Trésor était occupé, les barrières allaient être fermées, et le préfet de la Seine préparait une salle pour le gouvernement provisoire. Le commandant de Paris, le général Hulin, reconnut Malet, lui demanda de qui il tenait ses pouvoirs, et reçut pour réponse un coup de pistolet qui ne l'atteignit pas. Ses officiers arrêtèrent Malet, et la conspiration, qui reposait sur une seule tête, avorta. Malet fut condamné à mort et fusillé dans la plaine de Grenelle avec treize personnes qui avaient obéi à ses ordres, plutôt que participé à ses projets.

Cet attentat, dont le succès tint à si peu de chose, effraya Napoléon, qui s'étonna de voir « qu'un homme était tout, les institutions et les serments rien. » Ce colosse qui dominait l'Europe avait donc des pieds d'argile. Cette révélation, se produisant lorsque le prestige impérial était si rudement atteint, ne laissait à l'empereur aucune illusion. Jl était condamné à réussir toujours, et les hommes, instruments de ses volontés, ne tenaient à lui que par les liens d'une discipline qui ne reposait sur aucun principe, et ne connaissait pas le dévouement désintéressé.

Napoléon, qui avait quitté à Smorgoni, le 5 décembre, les restes de l'armée de Russie, arriva le 18 à Paris dans la soirée. Il reçut le lendemain les dignitaires de l'empire, rejeta tous ses désastres sur l'hiver, maltraita ceux qui avaient été dupes de la conspiration Malet, et parla en maître irrité. Son vingt-neuvième bulletin qui venait d'être publié.et dans lequel il annonçait la retraite désastreuse de l'armée, avait répandu par- I. Au chevalier de ***, mai.

tout la consternation. Il ne négligea rien pour regagner la faveur populaire. Il se prodigua dans les faubourgs, dans les ateliers, et les manifestations avec lesquelles il était accueilli avaient un tel caractère d'enthousiasme qu'il put dire au Conseil d'Etat : « Ma popularité est immense, car, quoi qu'on veuille dire, partout le peuple m'aime et m'estime. » Il s'occupa des travaux publics et en présenta au Corps législatif un tableau séduisant. Il visita inopinément le Pape à Fontainebleau et imposa un Concordat, que Pie VII désavoua comme incompatible avec les devoirs de son ministère, dès qu'il eut repris sa liberté. Le Concordat fut publié avec éclat et la rétractation tenue secrète. Pour mieux tromper l'opinion publique, il diminua les rigueurs de la captivité de Pie VII, lui permit de voir les cardinaux noii's, c'est-à-dire ceux qui avaient refusé d'assister à son mariage, et combla de faveurs les dignitaires ecclésiastiques. Puis il se donna tout entier aux préparatifs militaires. Le matériel perdu fut rapidement reconstitué, et la France épuisée d'hommes lui fournit encore de nouvelles armées. Garde nationale, nouvelle conscription, gendarmerie, régiments d'Espagne, gardes d'honneur, jeunes volontaires équipés à leurs frais, toutes ces forces, rapidement réunies, furent dirigées sur l'Allemagne.

Le sénat vota tout ce qu'il demandait, mais le pays laissait échapper des plaintes qui exprimaient une immense et universelle lassitude.

La sixième coalition se formait contre Napoléon. La Prusse avait signé avec Alexandre un traité le 22 février iS 13, et le 17 mars, elle déclara la guerre à la France. La Convention de Breslau, qui avait pour but l'affranchissement de la patrie, prononça la dissolution de la Confédération du Rhin, et créa un Conseil chargé de régler tout ce qui était relatif à la guerre. L'Autriche, en déclarant à la France qu'elle restait inébranlable dans son amitié, adhérait secrètement à la convention et pressait les rois de Danemark, de Bavière, de Westphalie et de Naples de ne pas faire les armements demandés par Napoléon. De là à l'hostilité ouverte, il n'y avait qu'un pas. Lorsque la guerre reprit, l'Autriche ■déclara que son alliance ne l'obligeait plus.

Après la bataille de Lutzen, un congrès lui paraissait le moyen d'asseoir enfin la paix sur des bases solides. Puis elle fit connaître à la France que l'Angleterre avait refusé sa médiation, mais que la Russie ■et la Prusse l'avaient acceptée. Lorsque l'Angleterre eut signé avec la Russie et la Prusse les traités de Reichembach, le 14 juin, elle y accéda ■en se réservant de bonnes conditions.

Les négociations pour la paix ne cessaient pas pendant les luttes sanglantes dont l'Allemagne était le théâtre. Lorsque le congrès fut ouvert à Prague, l'Autriche, qui avait adhéré formellement à la coalition, et obtenu de l'Angleterre un subside mensuel de quinze millions, y souleva de constantes difficultés.

Napoléon, qui ne doutait pas de ses intentions, engagea une négociation directe avec son ministre Metternich, et insista pour avoir ses conditions particulières. Metternich demanda le partage du duché de Varsovie entre la Prusse, la Russie et l'Autriche, la suppression de la Confédération du Rhin, la reconstitution de la Prusse, la liberté des villes hanséatiques et ce qu'elle avait déjà réclamé pour elle-même, laissant en dehors ce qui regardait l'Angleterre, les autres États et les questions maritimes.

Napoléon, de son côté, quelque besoin qu'il eût de la paix, la désirait d'autant moins qu'il paraissait plus disposé à la conclure. Ses plus sages et ses plus intimes conseillers, Caulaincourt, Fouché, Savary, le pressaient de renoncer à la guerre et de faire les sacrifices imposés par la nécessité. Il s'irritait, prenait des mesures irréfléchies, mécontentait ses alliés, et répondait aux atermoiements de l'Autriche par des obstacles qui se renouvelaient tous les jours. Il céda sur certains points, resta intraitable sur d'autres, et laissa passer le lo août, terme de l'armistice. L'Autriche, qui espérait gagner à la guerre plus qu'à une paix faite dans ces conditions, adhéra le jour même à la coalition. Le lendemain Napoléon faisait des concessions nouvelles, mais il était trop tard. Des notes irritées apprirent à la France que tout était rompu, mais lui laissèrent ignorer les propositions des alliés. Il les accusa d'avoir voulu l'humilier, et de n'avoir engagé les négociations que pour le rendre responsable de la guerre.

Après la campagne d'été, et sur le point d'envahir la France, les alliés firent de nouvelles propositions à l'empereur. Ils lui offrirent la paix sur les bases du traité de Lunéville, c'est-à-dire les frontières naturelles de la France, le Rhin, les Alpes et les Pyrénées. Une note annonçait que l'Europe resterait unie jusqu'à la paix, que cette paix devait être générale, que la liberté du commerce en devait être le premier bienfait. Napoléon consentit à négocier. Il sentait que tout allait lui manquer à la fois. Les maréchaux et les généraux commençaient à murmurer, les fonctionnaires à hésiter, le commerce à se plaindre plus haut, toute la population à demander la fin des sacrifices.

Les revers donnaient à ces dispositions et à ces manifestations une force irrésistible, mais il ne voulut faire la paix que vainqueur. Les raisons furent impuissantes comme les sollicitations, et le duc de Bassano, interprète de la diplomatie, de l'armée et du peuple, fut remplacé aux Affaires étrangères par Caulaincourt.

Après la journée de Leipzig, Napoléon avait demandé de nouvelles levées, que le sénat vota silencieusement en attendant que le Corps législatif pût se réunir par un décret. Il ajouta trente centimes extraordinaires aux contributions ordinaires, fit mettre les places fortes en état, appela les gardes nationales aux frontières, et donna une activité extraordinaire aux armements.

Réduit à accepter les frontières naturelles de la France, il prétendait

garder au delà quelques places fortes, conserver à Jérôme le royaume de Westphalie, à Eugène le nord de l'Italie, à Murât le sud, ne laisser aux Bourbons que la Sicile, au roi de Piémont que la Sardaigne, au Pape que son pouvoir spirituel, et maintenir l'union de la Norwège a^■ec le Danemark. En même temps, il négociait avec Ferdinand d'Espagne, lui offrant le trône à condition que les Anglais s'éloigneraient en rendant les iolonies, et qu'il épouserait une fille de Joseph.

Mais les exisfences de la coalition croissaient avec ses succès. Tous les alliés de Napoléon l'abandonnaient successivement. La Hollande se souleva le 15 novembre, l'archi-trésorier Lebrun se retira, Molitor alla se réfugier derrière le Wahal, et le prince d'Orange, que les flottes de Missiessy dans l'Escaut et de Verhuell à l'entrée du Zuyderzée ne purent empêcher d'aborder, fut unanimement acclamé. La France était ouverte et l'empire perdu. Un roi légitime peut éprouver de cruels revers et voir tout lui manquer à la fois, mais sa cause est solidaire de celle du pays. Un souverain créé par les circonstances ou son génie, trouve dans le malheur l'écueil contre lequel il se brise. Rapidement élevé, il tombe avec la même rapidité.

Metternich.

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