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Chapitre XIV

Lès guerres de L'EMPIRE.

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Campagnes de 1809 a 18 14.

m7>te'dotfdA;frigi(fe^ Semblait en 1S09 seconder les projets d'une

-lK»«,=Vt^^ # || ■ ^ partie de l'Europe contre Napoléon : la rancune de l'Autriche, le mécontentement de la Russie, le désir K de vengeance de la Prusse, la guerre en Espagne et en Portugal, les subsides de l'Angleterre, les sentift ments de désaffection qui se manifestaient en .fc&ï^MWf^^WTOTf^ France.

L'archiduc Charles, avec cent quatre-vingt mille hommes, passa l'Inn et occupa Passau (10 août 1S09). L'archiduc Jean devait, à la tête de quatre-vingt mille, insurger le Tyrol et passer en Italie, pendant que Giulay entrerait en Dalmatie. L'armée de Galicie, sous l'archiduc Ferdinand, devait attaquer le grand-duché de Varsovie. L'Autriche espérait prévenir Napoléon, et, par de rapides succès sur des troupes disséminées, entraîner la Prusse, peut-être la Russie, et certainement les États de la Confédération germanique.

Napoléon l'emporta sur elle en rapidité. Dès le 4 mars, il avait ordonné à Davout de se concentrer vers Bamberg avec quarante-cinq mille hommes, à Masséna de marcher avec cinquante mille sur Augsbourg, à Lefebvre et à Vandamme de se mettre à la tête des Bavarois et des Wurtembergeois.

L'archiduc Charles, qui aurait pu nous surprendre pendant ces mouvements, divisa ses troupes, et s'exposa au même danger.

Parti de Paris le 12 avril. Napoléon arriva le 17 à Danauwerth, et opéra en présence de l'ennemi sa concentration. Davout et Masséna opérèrent leur jonction avec lui, après un échec infligé le 19 avril, à Thann, à une colonne autrichienne. L'armée ennemie s'étendait imprudemment de Ratisbonne à Abensberg et d'Abensberg à Landshut. Il fait contenir l'archiduc par Davout et passer l'Iser par Masséna, se jette sur Hiller, l'écrase dans une série de combats qui portent le nom de combats d'Abensberg (20 avril), le poursuit sur Landshut, continue la lutte jusque dans les rues, le rejette sur Masséna, et le contraint à fuir sur

rinn, laissant sept mille morts, dix mille prisonniers et tous ses bagages. Il court aussitôt par la route d'Eckmiihl à l'archiduc Charles et, pendant que Davout se jette sur son flanc, il l'attaque par derrière et le met en déroute. Cinq mille morts restent sur le champ de bataille et quinze mille prisonniers entre nos mains (22 avril.) L'archiduc s'enfuit à Ratisbonne, que Napoléon fait immédiatement attaquer. Il s'échappe, abandonnant huit mille hommes que la rupture des ponts sépare de lui. Il se retire en Bohême, laissant ouvert le chemin de Vienne. En cinq jours, du 19 au 23 avril. Napoléon avait été vainqueur sur cinq champs de bataille, à Thann, à Abensberg, à Landshut, à Eckmiihl, à Ratisbonne, et l'armée autrichienne était coupée en deux.

Napoléon marche sur Vienne, suivant la rive droite du Danube,poussant le général Hiller devant lui, et maintenant l'archiduc sur la rive gauche. Hiller, qui avait trente mille hommes, s'arrêta derrière la Traun, pour en défendre le passage et permettre à l'archiduc de franchir le Danube. Masséna l'y attaqua, passa le pont enflammé, prit d'assaut la ville et le château après une lutte épouvantable, et le contraignit à chercher un refuge sur la rive gauche, où il rejoignit l'archiduc (3 mai). Napoléon, Masséna, Lannes et la garde étaient en avant, Davout à Mœlk, et Bernadotte à Linz. Le 10 mai, Vienne apparaissait pour la seconde fois à l'armée française. L'archiduc Maximilien s'était retiré derrière la vieille ville après avoir abandonné les faubourgs. Un bombardement de quelques heures amena la capitulation (13 mai 1809).

La prise de la capitale ne terminait rien. Il fallait détruire l'armée retranchée derrière le Danube. Au-dessous de Vienne, le fleuve se divise en plusieurs bras et forme des îles dont la plus importante, celle de Lobau, a trois lieues de tour. Le bras qui sépare l'île de la rive gauche où étaient les Autrichiens, a cent vingt mètres, et celle de la rive droite sept cents. Napoléon fit établir sur les deux un pont de bateaux et commença le passage le 20 mai. La fonte des neiges augmentait la rapidité du fleuve, qui emporta le grand pont. Trente ou quarante mille hommes, commandés par Masséna, Lannes et Bessières, se trouvaient ainsi séparés de l'armée. L'archiduc Charles les attaqua et ne put, malgré des forces supérieures, les rejeter dans le fleuve. Les villages d'Aspern et d'Esling furent défendus avec un acharnement héroïque. A la nuit, Napoléon, qui put rapidement réparer les ponts, fit passer des renforts à Lannes et à Masséna, ordonna à Davout de les suivre, et prit l'offensive. Le centre autrichien était enfoncé, lorsque les ponts furent rompus pour

la seconde fois. Il fallut ordonner la retraite. L'archiduc accabla aussitôt le corps de Lannes par une canonnade effroyable. De tous côtés nos troupes furent assaillies, et Lannes eut les jambes fracassées par un boulet. Cinq fois le village d'Esling fut emporté par les Autrichiens et repris. Une sixième tentative fut repoussée par une charge à la baïonnette. Pendant la nuit, l'armée passa dans l'île de Lobau, ne laissant à l'ennemi ni blessés, ni armes, ni voitures, et la rupture du petit pont la mit à l'abri d'une attaque immédiate. L'artillerie, à laquelle nous ne pouvions répondre que faiblement, fit des ravages affreux dans nos rangs. Pendant trois jours, nos divisions restèrent entassées sur cet espace étroit jusqu'à ce que le passage sur la rive droite fut rétabli. On fit alors de l'île un camp retranché, une flottille fût créée pour le service de l'armée, et des renforts lui arrivèrent : Saxons avec Bernadotte, divisions d'Italie avec Eugène et ]\Iacdonald, d'Illyrie avec Marmont.

Les armées restèrent pendant six semaines dans leurs positions. Elles avaient perdu, dans une proportion presque égale, quarante mille hommes tués ou blessés. Mais la lutte allait reprendre.

Napoléon avait besoin d'une victoire, et les Autrichiens, qui, sans le vaincre, l'avaient forcé à reculer, ne désespéraient pas de le repousser jusqu'au Rhin, et de susciter contre lui un soulèvement universel.

Le mouvement préparé en Allemagne avait été arrêté sur certains points par les précautions prises, comprimé sur d'autres par la force. La Prusse désavoua ceux qu'elle aurait acclamés s'ils avaient réussi. L'insurrection du Tyrol eut un caractère plus grave, coûta cher à Lefebvre chargé de la repousser, et mit en relief le courage, l'énergie et la persévérance, surtout chez les chefs, dont le plus héroïque, parce qu'il agit sous l'inspiration de la foi et du patriotisme, fut Andréas Hofer. Dans le Frioul, Eugène fut battu par l'archiduc Jean à Saeile, et recula jusque sur l'Adige (i6 avril). La défaite d'Eckmtihl changea la situation. L'archiduc, battu sur le Piave, fut contraint à une retraite désastreuse dans laquelle il perdit vingt mille hommes (25 mai). Eugène continua son mouvement vers la grande armée, favorisa la jonction de Marmont, qu' s'ouvrit un passage à travers les Croates, attaqua l'archiduc, qui s'était fortifié à Raab, et lui fit subir un grave échec.

En Pologne, l'archiduc Ferdinand fut vainqueur à Raszim et entra dans Varsovie. Une marche hardie de Poniatowski dans la Galicie, où il prit Lublin et Sandomirz, l'obligea à se replier sur Cracovie (i^r juin). Les Russes, appelés par Xapoléon pour aider les Polonais, ne consen-

tirent pas à combattre à côté d'ennemis irréconciliables, et se joignirent à l'Autriche pour réprimer l'insurrection qu'on leur demandait de seconder.

L'armée autrichienne, de cent soixante-quinze mille hommes, attendait celle de Napoléon, qui s'élevait à cent cinquante mille, entre Aspern adroite et Euzersdorf à gauche. Dans la nuit du 5 juillet, Napoléon porta son armée à l'extrême gauche de l'ennemi, tournant ses redoutes et ses retranchements. L'archiduc Charles, dont toutes les prévisions se trouvaient trompées, se retira sur Wagram, et se forma en bataille derrière le Russbach. Napoléon, qui avait passé toute la journée à se développer parallèlement au Danube, attaqua le soir le passage et fut repoussé.

Le lendemain, dès le point du jour, l'archiduc commença l'exécution d'un plan qui consistait à prendre l'offensive avec sa droite et, après avoir enfoncé l'aile gauche de l'armée française, à la tourner et à la couper. Napoléon avait au centre Eugène, Oudinot et Marmont, à gauche Masséna et Bernadotte, à droite Davout. L'archiduc, attaquant avec de grandes forces notre gauche en face d'Aderklaa, fit reculer Bernadotte et Masséna. Napoléon, jetant Davout sur la gauche de l'ennemi, l'ébranlé et arrive sur le Russbach. Cent pièces de canon, sous la direction de Drouot, écrasent le centre, que Macdonald avec l'armée d'Italie et Nansouty à la tête de ses cavaliers achèvent de mettre en déroute. Davout franchit le Russbach et se porte vers Neusiedal sur la gauche de l'archiduc, contre laquelle Oudinot dirige une violente attaque vers Wagram. L'armée autrichienne, débordée, désorganisée par des pertes effroyables, se met en retraite vers la Bohême, laissant sur le champ de bataille vingt-cinq mille morts ou blessés. La bataille de Wagram nous coûtait dix-huit mille hommes (6 juillet).

C'était une victoire, mais l'armée autrichienne était encore redoutable, et nous ne pouvions, à la distance où nous étions de la France, réparer facilement nos pertes. Napoléon lança cependant à la poursuite de l'ennemi les divisions qui avaient été le moins engagées. Marmont et Masséna livrèrent à l'arrière-garde plusieurs combats, et une grande journée semblait inévitable lorsque les deux armées se retrouvèrent en présence à Znaym. A l'arrivée de Napoléon le prince de Lichtenstein se présenta aux avant-postes, demandant un armistice (12 juillet). Napoléon, qui avait besoin de la paix, y consentit à condition qu'il garderait ses positions. Il s'établit au château de Schœnbrïmn pendant les négocia-

tions ouvertes à Altenbourg, puis à Vienne. Il y fit maréchaux Oudinot, Marmont et Macdonald, qui avaient gagné leur grade sur le champ de bataille.

La paix fut signée à Vienne le 14 octobre 1809. Cracovie et la Galicie furent jointes au duché de Varsovie, et les Russes obtinrent la partie orientale. Salzbourg et Braunau échurent à la Bavière. Goritz, Trieste, Villach, ristrie, la Carniole, le littoral hongrois, une partie delà Croatie et la Dalmatie formèrent les provinces Illyriennes, dont Marmont eut le gouvernement. L'Autriche perdait près de quatre millions d'habitants, devait payer quatre-vingt-cinq millions d'indemnité de guerre, et réduire son armée de moitié. C'est deux jours avant la signature de ce traité qu'un étudiant saxon de dix-huit ans, Frédéric Stabs, essaya de poignarder Napoléon au milieu de sa garde. Il prétendait venger son pays et il mourut en criant : « Vive la liberté ! Vive la Germanie ! »

Pendant la campagne de 1S09, l'Angleterre s'empara de la Martinique, de la Guyane et du Sénégal. Elle nous brûla six vaisseaux et deux frégates dans la rade de l'île d'Aix (11 avril 1809), et envoya contre Anvers quarante vaisseaux, trente-six frégates et un grand nombre de bâtiments, qui portaient, outre leurs équipages, quarante mille hommes de débarquement. Lord Chatam les commandait. Le 29 juillet, il entra dans l'Escaut, descendit dans l'île de Walcheren et assiégea Flessingue, qui se rendit le 16 août.

C'était une surprise. Les gardes nationales furent armées, et Bernadotte en prit le commandement à Anvers au milieu d'une confusion générale. Le roi Louis, dont le peuple souffrait du blocus continental et qui ne se sentait pas fait pour la guerre, abandonna volontiers le commandement. Il ne devait pas tarder à déposer une couronne à laquelle il tenait peu.

Les Anglais remontèrent l'Escaut, mais les travaux de défense étaient achevés, les troupes réunies, les rives bordées de batteries et les vaisseaux sous les canons d'Anvers. Lord Chatam dut se retirer. Les maladies avaient enlevé une partie de son armée et jeté le découragement dans l'autre. Il évacua Flessingue le 24 décembre. L'Angleterre fut douloureusement émue par cet échec ; Napoléon s'en montra fier, quoique le climat eût plus fait que les armes. Il était arrivé à l'apogée de sa puissance, et, sauf l'Angleterre et la Russie, l'Europe était à ses pieds. Mais la décadence paraissait sous ce comble de gloire. La France se détachait de lui, les pays conquis pliaient sous ses réquisitions, les alliés

HISTOIRK DE FRANCE.

SOUS ses exigences et les dispositions hostiles n'attendaient qu'une occasion. L'armée elle-même, qu'il maniait comme un instrument docile, s'épuisait par ses victoires. « Si j'avais eu mes vétérans d'Austerlitz, avait-il dit à Wagram, j'aurais fait une manœuvre devant laquelle j'ai reculé. »

Après deux années de paix, la guerre devint inévitable entre la France et la Russie {1812). Napoléon fit avec une activité prodigieuse des armements que l'on n'avait pas encore atteints. « Cette entreprise était la sienne, disait-il ; il l'avait préparée de longue main ; elle ferait pâlir celle d'Egypte. » Tout ce que la prévoyance peut offrir de ressources, il

Vue de la ville d'Anvers en 1809.

l'avait réuni ; tout ce que le génie militaire peut donner d'inspirations hardies, il le mit au service de son ambition.

Arrivé le 22 juin à Kœnigsberg, il s'assura de l'exécution de ses ordres pour les approvisionnements et la position des divers corps échelonnés sur le Niémen. Macdonald était à gauche devant Tilsitt, avec vingt mille Prussiens et dix mille Français ; au centre, Davout, Oudinot, Ney et Napoléon, avec cent vingt mille hommes, trente mille de la garde commandés par Lefebvre, Mortier et Bessières, et la réserve de la cavalerie sous Murât ; à droite, Eugène avec cinquante mille Italiens et Bavarois, et Joseph avec soixante mille Polonais, Westphaliens et

Saxons ; à l'extrémité, le prince de Schwartzemberg avec trente mille Autrichiens. Victor et Augereau formaient la réserve.

La Russie opposait trois armées à cette masse redoutable. Barclay de Tolly défendait la ligne du Niémen avec cent trente mille hommes, Bagration avec cinquante mille la trouée entre le Niémen et le Bug, Tormasof le haut Bug.Trois lignes de réserve étaient prêtes à se porter partout, où elles seraient nécessaires. Le 22 juin, l'armée franchit le Niémen sur trois ponts, et se dirigea sur Wilna. Barclay en sortit, brûlant ses approvisionnements et ralliant son armée sur le camp retranché de Drissa. Sa droite et sa gauche/urent culbutées par Oudinot et Macdonald. Bagration essaya de rejoindre Barclay, et, inquiété par Davout, aurait couru un grand danger, si Jérôme ne l'eût sauvé par sa lenteur. Junot et Schwartzemberg le suivirent avec Davout, pendant que Tormasof était contenu par Reynier.

Entré à Wilna le 28 juin, Napoléon y demeura quinze jours, ce qui fut une faute, mais une nécessité. Il essaya de ramener l'ordre au milieu de tous ces corps de nationalité différente, et dans cette immense suite de voitures portant les approvisionnements et les munitions. Wilna était la capitale de l'ancienne Lithuanie, qu'il n'osa pas réunir à la Pologne malgré de pressantes sollicitations. Il se contenta de lui donner une administration séparée, qu'il étendit à Minsk, à Groduo et à Bialystok.

Des négociations suivirent ces premières opérations. Le tzar présenta un accommodement comme facile. Napoléon, malgré les instances de ses conseillers, fier d'une armée avec laquelle il se croyait capable de vaincre, non seulement les hommes mais la nature, repoussa toutes les ouvertures. « Le sort en est jeté ! » s'écria-t-il ; et il ordonna la marche en avant. Le 15 juillet, il dessina sa marche sur Moscou, espérant déborder Barclay et Bagration. Barclay se porta sur Witepsk. Napoléon se jeta à sa suite, et, après un violent combat à Ostrowno, le contraignit à quitter la ville et à reculer sur Smolensk, où il trouva Bagration. Entré le 28 juillet à Witepsk, Napoléon donna quelques jours de repos à ses soldats. Plus il avançait, plus le retour vers le pays natal assiégeait les esprits, plus les maladies devenaient fréquentes et aboutissaient à un terme fatal. II semblait, au contraire, qu'à mesure que les Russes s'enfonçaient au milieu de populations sauvages, mais animées d'un amour idolâtrique pour leur tzar, ils reprenaient une vigueur nouvelle.

Pendant que Barclay et Bagration refaisaient leurs armées, Oudinot et Macdonald agissaient sur la gauche, et Tormasof, surprenant Reynier à

Kobrin, lui enlevait une brigade. Napoléon, résolu à frapper un grand coup, passa le Dnieper, rassembla toute son armée sur la rive gauche, et menaça de jeter Barclay sur la route de Saint-Pétersbourg. Un corps de dix mille Russes, commandé par Neweroskoï, sauva l'armée par sa résistance, et lui permit de se retirer sur SmoIensk.« Enfin, je le tiens ! » s'écria Napoléon. Parti de Witepsk le ii août, il livra le 14 un combat d'avant-garde à Krasnoë et arriva le 16 devant Smolensk. Le 17, la bataille paraissait inévitable, mais Barclay s'éloigna sur la route de Moscou. Il fallut un assaut pour s'emparer de la ville. La lutte dura six heures, remplissant de cadavres les murs, les fossés, les rues et les maisons. Les Russes étaient repassés sur la rive droite, abandonnant douze mille morts ou mourants, et laissant après eux l'incendie pour arrêter la poursuite. Si Napoléon avait été moins aveuglé, il eût compris le caractère de cette guerre et ce qu'elle promettait.

Les ponts ayant été coupés, Barclay put se retirer en bon ordre, et prit la route de Pétersbourg, qu'il abandonna, lorsqu'il fut hors de notre portée, pour se replier sur Moscou.

Ney passa le fleuve et fut arrêté à Valoutina par une division de Barclay, qui lui opposa jusqu'à la nuit une vive résistance. L'armée russe était perdue si Junot eût tourné sa gauche comme il en avait reçu l'ordre. Le général Gudin, qui avait commandé l'attaque, fut emporté par un boulet. Les Russes, chassés de Valoutina, laissèrent huit mille hommes sur le champ de bataille ; mais Bagration et Barclay s'étaient donné la main, et avaient leur ligne de retraite assurée (20 août). Ils la suivirent lentement, défendant tous les passages et laissant après eux les campagnes dévastées, les villes et les villages en feu.

Napoléon, après avoir organisé à Wilna, à Witepsk et à Smolensk, des centres de ravitaillement, donné à Victor le commandement de la Lithuanie, et confié à Augereau la défense du pays conquis entre la \'istule et le Niémen, se dirigea vers Moscou. Ses communications en arrière étaient assurées ; sur les ailes, Macdonald bloquait Riga,Gouvion- Saint-Cyr venait de gagner son bâton de maréchal en battant Wittgenstein à Polotsk (18 août), et l'armée de Moldavie reculait devant Schwartzemberg.

Le sentiment national russe s'indignait de la retraite des généraux, qui livrait le pays à Napoléon. Alexandre, pour lui donner satisfaction, confia la direction de la guerre au vieux maréchal Kutusow, qui venait de faire avec succès la guerre aux Turcs. Kutusow se retrancha sur la route de

Moscou, à Borodino.et prit ses dispositions pour une grande bataille. Son armée formait un demi-cercle que protégeaient.à droite des escarpements, à gauche plusieurs redans, au centre une grande redoute. La Kolocza, affluent de la Moscowa, était sa première ligne de défense.Son armée se partageait en deux grandes masses, sous Barclay à droite et sous Bagration à gauche. Une artillerie formidable défendait ses positions.

Le 5 septembre. Napoléon enlève la redoute de Schwardino ; le 7, après avoir dit à son armée : « Soldats, conduisez-vous comme à Austerlitz, à Friedland,à Witepsk,à Smolensk, et que l'on dise de vous : Il était à cette grande bataille sous les murs de Moscou ! » il donne le signal de l'attaque. Cent vingt pièces de canon foudroient la gauche des Russes, soixante le centre. Eugène prend Borodino, puis est repoussé. Davout, avec le concours de Rapp, de Compans et de Ney, s'empare de trois redoutes, découvrant la gauche des Russes, sur laquelle Ney lance sa cavalerie. Les Russes reprennent l'offensive.mais Ney et Murât les rejettent sur la hauteur de Semenowskoï, d'où ils parviennent, après les plus vigoureux efforts, à les chasser. Kutusow envoie ses réserves au secours de Bagration. L'artillerie de Lauriston écrase la cavalerie et fait dans l'infanterie d'épouvantables trouées. La gauche russe était détruite et son centre découvert ; Bagration avait été mortellement atteint et Kutusow se sentait perdu. Il ne lui restait que la grande redoute. Eugène l'attaque de nouveau de front, et Murât lance contre elle adroite une division de cuirassiers. « Il faut, dit Murât à Montbrun, entrer dans la redoute. — Vous m'y verrez tout à l'heure mort ou vivant, » lui répondit-il, et il entraîne ses braves escadrons.il est frappé d'une balle. Caulaincourt le remplace. L'infanterie s'avance en ligne brisée, se resserrant et enveloppant les Russes, qui se retirent lentement sans cesser de combattre et ne sont pas poursuivis. Napoléon, à qui ses généraux avaient demandé avec instance sa garde, la refusa opiniâtrement : « S'il y a demain une seconde bataille, répondit-il à Belliard, avec quoi la livrerai-je ? » On évalua à cinquante mille hommes la perte des Russes, et à vingt mille la nôtre. Nous ne fîmes qu'un millier de prisonniers. La bataille de la INIoscowa fut une sanglante journée, mais sans résultat. L'armée russe, affaiblie, mais non découragée, allait se refaire au milieu d'une nation à qui l'exaltation du sentiment national rendait tous les sacrifices faciles. Il n'en était pas ainsi de nous.

Notre armée était à cinq cents lieues de la France; elle avait perdu quarante-trois généraux, trente-sept colonels, et les nations diverses qui

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la composaient avaient entre elles cette cohésion incertaine que le succès resserre, mais que le moindre revers relâche.

Kutusow détruisait tout, et Napoléon, qui le suivit sur la route de Moscou, s'attendait à une seconde bataille ; mais le maréchal, continuant sa retraite, abandonna la ville sainte. Le 14 septembre, l'armée française entrait avec un enthousiasme qui tenait du délire dans cette capitale vénérée, à la vue de laquelle les Moscovites se signent avec dévotion. Mais presque tous les habitants avaient suivi l'armée, et cet abandon était le prélude d'un acte désespéré. Napoléon occupait le Kremlin, palais des tzars, et comptait y signer la paix. Le lendemain même de son entrée, dans la nuit du 15 au 16 septembre, l'incendie, qui avait dévoré un grand et riche bazar, fut propagé par un vent violent. Il éclatait en même temps sur divers points, et tout secours fut bientôt reconnu inutile. Cette grande et magnifique ville avec ses deux cents églises, ses dômes dorés, ses palais, ses souvenirs d'une lointaine histoire, s'abîmait dans les flammes. Napoléon quitta le Kremlin pour s'établir dans le château de Pétrowskoï en s'écriant : « Voilà donc comment ils font la guerre ! » Mais la perte de Moscou fut aussi la perte de Napoléon, et l'ordre donné par le gouverneur Rostopchine fut le salut de la Russie.

L'incendie s'arrêta le quatrième jour. Ce qu'il n'avait pas dévoré fut la proie du soldat. Napoléon, rentré au Kremlin, organisa tous les services comme si l'armée devait prendre là ses quartiers d'hiver, assura des soins aux malades et aux blessés, et essaya de s'attacher par des bienfaits les malheureux qui étaient restés dans la ville.

Vainqueur et maître de Moscou, Napoléon fit faire à Pétersbourg des propositions de paix. Alexandre n'y répondit pas. Il avait trop souffert des maux de son peuple pour ne pas les faire expier à celui dont l'ambition ensanglantait l'Europe. Kutusow passa de Kolomna sur la route de Kalouga, menaçant les communications de Napoléon, qui ne persista pas dans son projet de marcher sur Saint-Pétersbourg.

Un armistice avait été accepté par les généraux russes, moins avec la pensée de faire la paix, que dans l'intention de gagner du temps. Kutusow le rompit en attaquant Murât à Winkowo. Il fut repoussé et perdit quatre mille hommes (18 octobre). Cette journée révéla à Napoléon tout le péril de sa situation. Quoiqu'il lui en coûtât de se retirer et de s'avouer ainsi vaincu, l'approche de l'hiver, l'isolement où il se trouvait et les manoeuvres de l'ennemi qui tendaient à renvelopper,ne lui permirent pas une plus longue hésitation. Il quitta le 19 Moscou avec cent

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mille hommes.six cents canons et une immense quantité de voitures, laissant à Mortier l'ordre de faire sauter le Kremlin. Il se dirigea vers Kalouga, évitant une bataille; mais Kutusow,qui avait reçu des renforts, l'arrêta à Malo-Jaroslawetz. Eugène, qui marchait en avant avec l'armée d'Italie, livra le 24 une bataille sanglante qui nous donna la ville, mais laissa Kutusow maître des plateaux environnants. Pour ouvrir les deux routes qu'il garde, celle de Kalouga et celle de Médyn, il faut enlever des positions fortifiées et livrer une seconde^bataille. Napoléon l'aurait tenté, mais il se rendit à l'avis unanime de ses généraux, et, le 26, abandonnant ses blessés, il prit la route la plus longue, celle qu'il avait déjà parcourue et qui avait été dévastée par lui et par les Russes. A Malo- Jaroslawetz il avait failli être enlevé par un parti de Cosaques, la neige avait fait son apparition, la route était semée d'obstacles et les privations commençaient à se faire sentir. Kutusow ne le perdait pas de vue, et, marchant en une route parallèle, profitait de la démoralisation et de la désorganisation de l'armée.

Mortier rejoignit avec l'arrière-garde Napoléon à Vereia. Le 28 octobre on était à Mojaïsk. A chaque étape, à Borodino, à Kolotikoï, à Gjatz, à Viazma, on laissa des malades, des traînards, des bagages, des canons. A Viazma, Miloradowitch essaya de couper la retraite, et ce fut au prix d'héroïques efforts que Davout, Eugène et Duroc le repoussèrent. De Viazma à Smolensk, on se battit sans interruption.

Cette marche sur Smolensk fut effroyable. Napoléon ne donnait plus d'ordres, accusait tous ses officiers et paraissait incapable de prendre une. résolution. La neige tombait sans interruption. La route disparaissait. On marchait au hasard, péniblement, avec des chaussures usées, des vêtements en lambeaux. Le froid, la faim, la fatigue, brisaient les plus fermes volontés. Point d'abri pendant la nuit. On s'abandonnait et on mourait sur cette terre glacée, sans secours, sans amis, sans consolations, sans prières, agonie désolée d'une armée naguère si puissante et si fière.

A Smolensk l'armée ne trouva pas les ressources sur lesquelles elle comptait. Napoléon quitta la ville le 14 novembre, commandant à Eugène, à Davout, à Ney, de le suivre à un jour d'intervalle. Il était le soir à Korytnia, après avoir fait cinq lieues. On avait cependant hâte d'avancer, car Tchichakow arrivait à marches forcées par le sud, pendant que Wittgenstein et Steinbell suivaient l'armée. Le 15, en avant de Krosnoë, la route fut un moment barrée par des nuées de Cosaques que

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le canon dispersa. Le soir, Miloradowitch essaya de le séparer de ses lieutenants. Eugène rejoignit Napoléon à Krosnoë le 17. Un mouvement en avant eût été périlleux lorsque Davout et Ney risquaient d'être coupés. La garde est investie par des masses d'ennemis auxquels elle résiste avec une énergie désespérée. Davout arrive enfin, et, réduit à reprendre la retraite ou à compromettre le sort de ce qui lui reste de son armée, Napoléon quitte Krosnoë. Le lendemain, il avait passé le Dnieper à Orcha.

Parti de Smolensk le 17, Ney est arrêté à Kotowa par quatre-vingt mille hommes. Il essaie, avec les sept mille qui lui restent, de s'ouvrir un passage, est repoussé deux fois, suit le lit d'un ruisseau affluent du Dnieper, parvient au fleuve et tente de le franchir sur la glace. Canons, voitures, blessés, soldats, sont engloutis, et les débris de ce corps éprouvé par la fatigue, la faim, le froid et les combats, atteignent l'autre rive. Dans la nuit du 20 au 21, Ney était avec douze cents hommes à Orcha auprès de Napoléon qui s'écria : « J'aurais donné trois cents millions de mon trésor pour racheter la perte d'un tel homme ! »

Victor et Oudinot, réduits à vingt mille hommes, étaient en avant, et avaient pour mission d'empêcher les surprises et d'ouvrir la route. Dombrowski s'était replié, et Schwarzemberg, par une indécision peutêtre calculée, avait laissé passer Tchichakow. Oudinot trouva Borisow au pouvoir de Tchichakow, l'attaqua brusquement, le surprit, lui enleva la ville et le rejeta sur l'autre rive de la Bérésina. Mais le pont fut brûlé, et l'armée se trouva devant une rivière rapide, profonde et charriant d'énormes glaçons. Derrière, cent vingt mille Russes la pressaient. Napoléon fît construire par le général Eblé un pont à Studzianska. L'ennemi, heureusement, se borna à une attaque passagère, et redescendit la rivière jusqu'à Borisow. Mais les obstacles de la nature étaient plus redoutables. La Bérésina, sur ce point large et rapide, est bordée de marais. Les pontonniers, presque sans outils, obligés de se procurer au loin le bois nécessaire, travaillaient dans l'eau glacée. Quelques escadrons étant passés à gué, Oudinot et Ney franchirent le pont après avoir poussé devant eux une multitude sans armes, et occupèrent des positions en face de Tchichakow. Napoléon, après avoir attendu Victor, Eugène et Davout, s'engagea sur le pont avec la garde. Wittgenstein, qui avait fait prisonnière la division Partouneaux laissée à Borisow, et Tchichakow, remontèrent la Bérésina et attaquèrent nos troupes sur les deux rives. Après un combat acharné, Tchichakow fut rejeté sur Borisow, pendant

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que Wittgenstein enlevait les hauteurs de Studzianska, vigoureusement défendues pendant un jour et une nuit par Victor. Soldats, blessés^

traînards, employés, se précipitèrent alors sur les ponts, que battait sans interruption l'artillerie ennemie. Victor, rejeté sur la rivière avec cinq

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mille hommes qui lui restaient, s'ouvrit un passage au milieu d'une foule désordonnée. Puis, pour arrêter Wittgenstein, dont les Cosaques suivaient de près, il brûla les ponts, laissant sur la rive gauche de douze à quinze mille hommes qui périrent ou demeurèrent prisonniers. 'Le fleuve en avait englouti des milliers, après des scènes indescriptibles de douleur et de désespoir.

L'armée se dirigea vers Zembin ; Napoléon marchait à pied au milieu de sa garde. Il avait, avant ce passage désastreux, brûlé ses papiers et les drapeaux des régiments. Un escadron d'environ cinq cents hommes veillait sur lui. Grouchy en était le chef. Les officiers supérieurs y servaient comme soldats et les généraux comme capitaines. A l'arrière-garde, Ney protégeait ces débris contre les Cosaques, et montrait ce que peut une âme virile dans un corps de fer.

Le 5 décembre, on était à Smorgoni. Napoléon quitta l'armée suivi de quatre généraux et prit la route de Paris. Lui seul pouvait encore sauver et réorganiser ce qui restait de cette armée magnifique avec laquelle, quelques mois auparavant, il avait envahi la Russie. Mais des considérations politiques l'emportèrent sur l'intérêt militaire et le salut de tant d'hommes. Il ne voulait pas que la France apprît ces épouvantables désastres pendant son absence, et il espérait par son prestige relever sa fortune. Murât reçut le commandement en chef de l'armée, avec Berthier pour major général. L'armée, atterrée de cet abandon, se dirigea vers Wilna, où elle arriva le 9, et où de nouvelles épreuves l'attendaient. Le froid devint plus intense et le thermomètre descendit à vingt-huit degrés Réaumur. Les routes et les rues étaient jonchées de soldats tués par le froid et la faim. Les immenses approvisionnements accumulés dans Wilna demeurèrent inutiles au milieu d'un désordre inexprimable. Des milliers de soldats, de blessés, de malades, de femmes, moururent d'inanition au sein de l'abondance. La réunion de Wittgenstein, de Tchichakow et de Kutusow vint apporter un nouveau péril. La débandade fut épouvantable. Murât, à la tête de quatre mille hommes qui avaient conservé leurs armes, de la discipline et de l'énergie, protégea la retraite, mais quinze mille hommesqui n'avaient pu quitter la ville furent massacrés. Le reste arriva, au prix d'une lutte héroïque contre un ennemi qui se renouvelait sans cesse, à Kovvno, où il passa le Niémen. Ney, général et soldat, quitta le dernier cette terre qui avait dévoré la plus belle armée que jamais chef ait eu sous ses ordres (8 décembre).

La campagne de 1812 était terminée. Kutusow s'arrêta, Tchichakow

continua la poursuite, Wittgenstein essaya de couper Macdonald. Les vaincus se renfermèrent dans Kœnigsberg, où la maladie les acheva. Les Russes, vainqueurs grâce au climat, avaient subi des pertes effroyables, mais ils avaient délivré leur pays et ramassé un immense butin.

Alors commencèrent les défections dont les défaites et les désastres donnent le signal. « La chute des empires, avait dit Napoléon en parlant de la Russie, ainsi que celle des corps graves, s'accélère par leur propre poids, et les derniers coups abattent vite. » Il allait l'éprouver. Le général York, qui commandait le corps prussien placé à l'arrière-garde sous jMacdonald, entra dans l'armée russe le 30 décembre, et obligea Murât à évacuer précipitamment Kœnigsberg, Elburg et Moriemberg, abandonnant d'immenses approvisionnements. Le roi de Prusse, après une protestation contre la conduite de son général, fit appel à la ]Topulation de ses Etats, en qui fermentait une haine sourde contre les Français, et rejoignit les Russes à Breslau. Murât recula jusqu'à Posen, laissa la conduite de l'armée à Eugène, et rentra dans son royaume de Naples (16 janvier 1S13). Les Russes franchirent la Vistule et nous nous retirâmes derrière l'Oder. Schwarzemberg signa une trêve avec les Russes, et se porta sur la Galicie. Eugène, découvert sur ses flancs, laissa dans les places quelques garnisons, se dirigea sur Berlin, qu'il dut évacuer le 6 mars, et réunit derrière l'Elbe les corps de Lauriston, de Victor et de Macdonald. Le 1 2 mars, Hambourg se donna aux Russes, et Eugène, après avoir lutté pendant quinze jours, se retira sur la Saal. Il y demeura un mois, résistant avec autant de courage que d'habileté à des forces supérieures, et se replia pour opérer sa jonction avec la nouvelle armée réunie par Napoléon (16 avril).

L'empereur quitta Paris pour reprendre la guerre (18 13), confiant la régence à Marie-Louise. Il avait la supériorité du nombre et pouvait opposer aux cent douze mille Russes et Prussiens deux cent mille combattants partagés en quatre corps que commandaient Ney, Marmont, Bertrand et Oudinot. Il avait deux cents canons. Sans doute son armée était presque entièrement composée de conscrits et la cavalerie lui manquait, mais il comptait sur ses soldats et sur son prestige, qu'il croyait encore tout entier.

Le 29 avril, Ney passa la Saal à Kosen sous le feu des Russes et chassa leur avant-garde de Weissenfels après un vif combat. Il enleva le lendemain le défilé de Rippach après un engagement dans lequel fut tué le maréchal Bessières. Il établit ses communications avec Eugène, et

s'engagea dans les plaines de l'Elster. Eugène s'avança sur Leipsig, Marmont et Bertrand restant à Poserna et Oudinot à Naumbourg.

Au moment où Napoléon approchait de Leipsig, Wittgenstein, commandant en chef de l'armée alliée en remplacement de Kutusow, qui avait succombé à la fatigue, essaya de percer par le centre l'armée française. Une grande bataille s'engage dans les plaines de Lutzen. Blucher et Wittgenstein s'emparent de trois villages. Napoléon accourt auprès de Ney et le fait soutenir à gauche par Macdonald et Eugène, à droite par Marmont. Le village de Kaja fut plusieurs fois pris et repris. La jeune garde se comporta si bravement que Napoléon, ne pouvant contenir sa joie, s'écria que «l'honneur et le courage leur sortaient par tous les pores. » Les alliés se retirèrent après dix heures de lutte. Ils avaient perdu vingt mille hommes. Nos pertes étaient presque égales, mais le champ de bataille nous restait. Le S mai. Napoléon était à Dresde. Les alliés repassèrent l'Elbe.

Pendant qu'on négociait sans sincérité et sans désir de la paix, Napoléon poussait les alliés et les rencontrait à Bautzen, dans une position où ils paraissaient inattaquables et s'appuyaient sur un immense camp retranché (20 mai). Oudinot à droite, Macdonald et Marmont au centre, Bertrand à gauche, franchissent la Sprée, délogent Wittgenstein et prennent Bautzen. Blucher se maintient sur les hauteurs de Krekewitz. La bataille recommence le lendemain. Blucher à droite, les gardes russes et prussiennes au centre, Miloradowitch à gauche, sont vivement poussés, et Ney, arrivant sur Blucher, que Bertrand et Marmont attaquèrent en même temps, détermina une retraite précipitée. Wittgenstein le suivit encore menaçant. Quinze mille hommes de chaque côté couvraient l'immense étendue du champ de bataille. Mais ces sacrifices épouvantables de vies humaines ne terminaient rien.

Napoléon s'avança dans la direction de Breslau, prit non sans résistance Weissemberg, Schoppen et Reichembach, où fut tué Duroc, et éprouva un échec à Heynau, où la division Maison fut surprise et où Ney faillit être enlevé. L'intervention de l'Autriche amena l'armistice de Pleswitz (5 juin), qui devait durer trente-cinq jours. On négocia, mais on ne s'entendit pas et la guerre recommença (10 août).

Les alliés avaient formé trois armées : celle de Bohême sous Schwarzemberg comptait deux cent cinquante mille hommes et avait dans ses rangs le roi de Prusse, l'empereur de Russie et l'empereur d'Autriche, qui venait de se joindre à la coalition ; celle de Silésie, composée de

Russes et de Prussiens au nombre de cent trente mille sous les ordres de Bliicher ; celle du Nord, où étaient entrés cent trente mille Russes, Prussiens, Allemands et Suédois. Des corps bloquaient les places de l'Oder et de la Vistule occupées parles Français, menaçaient le Bavière et l'Italie et stationnaient dans le ^Nlecklembourg. Des réserves étaient échelonnées en Russie, en Prusse et en Autriche. La cavalerie comptait cent mille chevaux, et l'artillerie dix-huit cents canons.

A ces masses formidables, Napoléon opposait trois armées : celle de Davout forte de trente mille hommes, celle d'Oudinot qui en avait soixante-dix mille, et la troisième qu'il commandait lui-même et qui en réunissait cent quatre-vingt mille. Il avait quarante mille chevaux et douze cents canons. Eugène avait quarante mille hommes en Italie, Augereau vingt mille. Ces forces, en y ajoutant vingt-cinq mille Bavarois et les garnisons des villes allemandes , étaient loin d'atteindre celles de la coalition.

Napoléon prit Dresde pour base d'opération. Oudinot marcha sur Berlin, et lui-même courut en Silésie contre Bliicher, laissant Gouvion- Saint-Cyr avec vingt-cinq mille hommes pour défendre Dresde. Il prit à Bliicher Lowemberg, Goldberg, et, après l'avoir rejeté sur Jauer, s'efforça de le repousser vers Breslau. Rappelé à Dresde par Gouvion, menacé par cent cinquante mille hommes qui occupaient les hauteurs voisines sous le commandement de INIoreau revenu d'Amérique, il laisse devant Bliicher IMacdonald, prend soixante mille hommes avec la garde et la réserve de la cavalerie, et se dirige vers les défilés de la Bohême pour prendre l'ennemi à revers. Il se porte sur Dresde et y entre (26 août) au moment où six colonnes, protégées par des batteries formidables et soutenues par trois cents pièces, attaquent les faubourgs. La garde les arrête. « L'empereur est dans Dresde ! » s'écrie Schwarzemberg. Les assaillants sont repoussés et les faubourgs repris. L'ennemi avait eu quatre mille morts et laissait deux mille prisonniers.

Le lendemain, Napoléon prit l'offensive malgré un temps affreux et attaqua le corps isolé de Klenau dans le vallon de Plauen. INIurat lui fit subir de grandes pertes par sa grosse cavalerie, et lui enleva douze mille prisonniers. Pendant que \'ictor et INIurat mettaient en fuite la droite, Ney et Nansouty repoussaient la gauche, et Marmont avec Saint-Cyr ébranlait le centre, où ^Nloreau eut les genoux fracassés par un boulet à côté d'Alexandre. Schwarzemberg, menacé par Vandamme, se replia sur la Bohême. Il avait perdu trente mille hommes et deux cents canons.

Cette retraite aurait été désastreuse si les prescriptions de Napoléon avaient été exécutées, ou s'il avait lui-même veillé à tout. Vandamme devait, en occupant Kulm et Tœplitz, arrêter Schvvarzemberg pendant que Murât, Marmontet Saint-Cyrle poursuivraient. Il attaqua les Russes à Kulm. La résistance fut opiniâtre et se prolongea jusqu'à la nuit. Le lendemain la lutte recommença, et Kleist, survenant à l'improviste sur les derrières de Vandamme, l'enferma dans un cercle de fer. Le général Corbineau ouvrit un passage, par une charge désespérée de cavalerie, à une partie de l'armée. Le reste fut pris ou tué. Vandamme, qui resta pri-

Mort de Poniatowski.

sonnier, avait perdu quinze mille hommes et soixante pièces de canon (29 août).

Macdonald ne fut pas plus heureux. Laissé devant Bliicher, il dut repasser la Katzbach, et perdit une division pendant que le reste, composé d'étrangers et déjeunes soldats, se débandait. Il eut dix-huit mille hommes tués, blessés ou prisonniers.

Oudinot, envoyé sur Berlin, rencontra Bernadotte à Gross-Beeren. Il dut se retirer après avoir perdu par le feu deux mille hommes et par la désertion dix mille Bavarois ou Saxons. Ney, qui avait pris à Wittem-

berg le commandement du corps d'Oudinot, fut attaqué, au sortir du défilé de Dennewitz, par les corps prussiens de Tauenzien et de Bulow, et, malgré des efforts inouïs, débordé. Il dut rétrograder jusque sur Torgau, ramenant vingt-deux mille hommes sur cinquante mille, et écrivant à Napoléon que l'affaiblissement et la démoralisation de son armée ne lui permettaient plus de résister (6 septembre).

Les alliés évitaient Napoléon et s'attaquaient à ses généraux. C'est que tout le monde était fatigué de la guerre, et que la confiance, le premier gage du succès, s'était évanouie avec la disparition des vieux soldats, la défection des alliés et les revers.

Les alliés menaçaient Dresde par une ligne qui s'étendait de Wittemberg à Tœplitz. Ils avaient résolu le 9 septembre, par un accord, le rétablissement de la monarchie autrichienne dans les conditions de 1805, de la Prusse dans celles de 1803, la dissolution de la Confédération du Rhin, et l'indépendance des États secondaires. C'était décréter la guerre à outrance. Blilcher et Bernadotte passèrent l'Elbe le 3 octobre. Bliicher fut battu par Ney à Wurtembourg, mais n'en continua pas moins sa route. Napoléon courut à Leipsig, où il appela ses lieutenants, donnant cependant l'ordre de ne pas abandonner Dresde. Il réunit quatre-vingtdix mille hommes, et en attendait cent mille dont le mauvais temps empêcha ou retarda l'arrivée. La prise de Cassel par les Russes avait mis fin au royaume de Westphalie, et la Bavière, menacée par une armée autrichienne, était entrée dans les rangs des alliés.

Le 16 octobre, s'engagea dans la plaine de Leipsig, arrosée du sud au nord par l'Elster et la Pleiss, et par la Partha de l'est au nord, la plus épouvantable bataille des temps modernes. Au sud. Murât, Poniatowski, Oudinot, Mortier, Victor, Lauriston, Augereau, Latour-Maubourg, Macdonald, Sébastiani, adossés à la ville, défendaient INIarck, Klecberg à droite, Wachau au centre et Liebert-W'olkwitz à gauche, contre cent soixante mille hommes de Schwarzemberg. Au nord, iMarmont, avec vingt mille hommes, tenait tête à Bliicher, qui en avait soixante mille. La lutte dura toute la journée, mais sans avantage d'aucun côté ; les positions françaises, attaquées par trois colonnes, furent prises et reprises jusqu'à six fois. Bliicher gagna seulement un peu de terrain, et Murât fit subir à l'armée de Bohême d'énormes pertes.

Les hostilités furent suspendues le 17, chacune des deux armées ayant besoin de se refaire, d'encadrer ses renforts et d'assurer ses positions. La bataille recommença le lendemain. Napoléon, qui se vantait de n'avoir

perdu aucune bataille rangée, attendait tout de ses bonnes dispositions et de la valeur de ses jeunes soldats. Les efforts opiniâtres de l'ennemi contre Poniatowski, Augereau, Victor et Macdonald, se brisèrent contre une résistance héroïque. Les coalisés, qui croyaient la victoire certaine, la poursuivaient avec acharnement, et nos troupes leur opposaient une résistance désespérée. Schvvarzemberg, ne pouvant forcer nos lignes ni occuper nos positions, transforma le combat en une canonnade meurtrière. Marmont et Ney furent obligés d'abandonner les hauteurs de Schonfeld. Napoléon les sauva par une intervention vigoureuse, et la nuit seule mit fin au carnage. Au milieu même de cette lutte sur une ligne immense, le dernier corps de Saxons resté dans nos rangs passa du côté de Bernadotte, et tourna contre nous son artillerie. La cavalerie wurtembergeoise suivit son exemple.

La continuation de la lutte devenait impossible. Cette bataille des nations, comme les Allemands appellent ces trois journées sanglantes, avait coûté la vie à plus de cinquante mille hommes des deux côtés et jonché le sol de plus de soixante mille blessés. Napoléon ordonna la retraite. Dans la nuit même du i8 au 19, il traversa avec sa garde le pont de Lindenau. Les parcs et les bagages l'avaient précédé ; mais toute l'armée affluait sur le seul point où le passage pût s'effectuer, et l'ennemi, entré dans Leipsig, brisait, par le nombre et l'impétuosité de l'attaque, toute résistance. Le pont avait été miné et le feu devait être mis dès que l'ennemi paraîtrait. Deux corps d'armée étaient encore dans Leipsig, disputant le terrain pied à pied, lorsque les soldats de Bliicher se montrèrent. Le pont sauta aussitôt, et la retraite fut coupée à plus de trente mille hommes. Les uns continuèrent la lutte avec la rage du désespoir et trouvèrent la mort qu'ils cherchaient. D'autres furent pris. Le plus grand nombre essaya de traverser l'Elster à la nage. Macdodonald parvint à s'échapper, Lauriston et Reynier durent se rendre, Poniatowski, nommé maréchal deux jours auparavant, fut entraîné par son cheval blessé et se noya. Cette troisième journée donna le coup mortel à la puissance de Napoléon.

La retraite se fit d'abord assez régulièrement, mais Giulay et Bliicher nous inquiétèrent sur les flancs et la débandade suivit. On se défendit partout, mais la poursuite devenait plus vive et plus périlleuse. Wrède, avec cinquante mille hommes, se jeta au devant de l'armée, afin de lui barrer le passage, pendant que Bliicher et Schwarzemberg s'efforçaient de l'atteindre. Les fatigues et les maladies faisaient autant de ravages que le

fer et le feu. Près de Hanau, il fallait forcer un défilé occupé par toute l'armée bavaroise, qu'appuyaient quatre-vingts canons. Si on ne passait pas, on était perdu, car Blucher et Schwarzemberg, qui suivaient, développaient leurs forces sur les flancs. Les débris de la garde se battirent avec un entrain et une vigueur qui ouvrirent le passage. Wrède fut repoussé avec de grandes pertes. Il revint à la charge le lendemain is"" novembre, mais il ne fut pas plus heureux, et le 4 Napoléon ramenait à Mayence, avec Macdonald, Victor, Sébastiani, ]Marmont, Ney, Augereau, Bertrand et Mortier, environ soixante mille hommes, qui remplirent aussitôt les hôpitaux.

Les garnisons dispersées dans les places de la Pologne et de l'Allemagne furent contraintes de capituler après une résistance plus ou moins longue. Isolées, sans espoir de secours, elles n'avaient qu'à pourvoir à leur honneur.

En Italie, Eugène s'était, après la défection de la Bavière, retiré derrière l'Adige, et les Autrichiens occupèrent la Vénétie.

En Espagne, tout était perdu, et, aux deux extrémités des Pyrénées, l'ennemi suivait de près nos armées en retraite.

Napoléon, parti le 7 novembre de Mayence, essaya d'expliquer à son retour à Paris ses revers par la défection des Saxons et des Bavarois. Il se prêta, sans désirer la paix, à des négociations, conserva malgré tout ses illusions et compta sur des victoires futures. Il ne pouvait croire à un abandon complet de la fortune.

Cependant, les alliés étaient décidés à envahir la France. Le 21 décembre, les Autrichiens passèrent le pont de Bâle, malgré la Diète, qui voulait faire respecter la neutralité de la Suisse. Ils avaient l'intention d'éviter les places et de marcher directement sur Paris. Napoléon envoya sur le Rhin et en Belgique une partie des soldats nouvellement levés, d'autres à Marmont chargé de défendre les Vosges avec Victor et Ney, confia Lyon à Augereau, et rappela d'Espagne avec leurs chefs les meilleures troupes de Suchet et de Soult.

Les alliés s'étaient fait précéder d'une proclamation qui devait considérablement atténuer les effets des notes et des discours par lesquels Napoléon s'efforçait de ranimer son prestige et de rajeunir sa popularité. « Nous ne faisons pas la guerre à la France, disaient-ils ; mais nous repoussons loin de nous le joug que votre gouvernement voulait imposer

à nos pays La gloire des monarques alliés sera d'avoir amené la fin la

plus prompte des malheurs de l'Europe. La seule gloire qu'ils envient est

HISTOIRK DK FRANCE.

celle de la paix pour la France, et pour l'Europe entière un véritable état de repos. Nous espérions le trouver avant de toucher le sol français ; nous allons l'y chercher. »

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