I. — La Campagne de
[Es armées alliées étaient entrées sur le territoire français du 20 décembre 1S13 au i'^'' janvier 1S14. i^l L'œuvre colossale élevée par le génie d'un homme, |3 soutenue par l'arbitraire à l'intérieur, au dehors par la victoire, allait s'écrouler. L'ambition est condamnée à ne s'arrêter jamais. Un conquérant est le maître fef^^^^Sï^^^^^ d'un pays, et il peut le traîner à sa suite ; il n'en est pas le père, et il ne le rend solidaire, ni de sa personne, ni de .sa race. Les campagnes de 181 2 et de 18 13 avaient rompu le charme et montré que l'homme invincible pouvait être atteint. La France épuisée d'hommes oubliait la grandeur enivrante sous l'aiguillon de souffrances réelles, et commençait à séparer sa cause de celle du soldat de fortune et de génie qui ne l'avait jamais épargnée.
Les propositions faites par les alliés, en novembre 1S13, posaient les conditions suivantes comme base de toute négociation : « La France se renfermera dans ses limites naturelles, entre le Rhin, les Alpes et les Pyrénées, et renoncera à toute souveraineté en Allemagne, en Espagne, en Italie. » Napoléon, après avoir accepté Manheim comme lieu de réunion et désigné le duc de Vicence comme plénipotentiaire, évita de se prononcer sur ces conditions et ne s'y rallia que lorsque les événements autorisèrent, de la part des alliés, de plus dures exigences.
Il annonça sa résolution au sénat, qui le supplia de faire tous ses efforts pour obtenir la pai.x. Le Corps législatif parla par son rapporteur Laine un langage plus libre. « Il parait indispensable à votre commission, qu'en même temps que le gouvernement proposera les mesures les plus promptes pour la sûreté de l'État, Sa Majesté soit suppliée de maintenir l'entière et constante exécution des lois qui garantissent aux Français les droits de la liberté, de la sûreté et de la propriété, et à la nation le libre exercice de ses droits politiques. » Les conclusions du rapport furent votées par 203 voix contre 51. L'empereur, irrité, défendit l'im-
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pression du rapport, fit fermer la salle des séances, et, lorsque le Corps législatif se présenta le i^'' janvier aux Tuileries, il l'accueillit par une de ces sorties violentes dont tous les effets avaient été calculés. Il décréta des contributions et des levées en masse, rétablit la garde nationale de Paris et mit tout son espoir dans une grande victoire.
Le 23 janvier, il réunit l'état-major de la garde nationale, lui recommanda l'union et lui confia sa femme et son fils. « Ce que j'ai de plus cher au monde après la France, lui dit-il, je le remets dans vos mains. » Il arriva le 26 à Châlons.
Les forces alliées comptaient : l'armée de Bohême, de deux cent mille Russes, Autrichiens, Allemands, sous les ordres de Schwarzemberg, avec les empereurs de Russie et d'Autriche et le roi de Prusse ; l'armée de Silésie, de cent cinquante mille Russes et Prussiens, conduite par Bliicher ; l'armée du Nord, de cent mille Suédois, Allemands, Anglais, Russes, commandée par Bernadette ; celle de l'Est, sous Bubna et Bellegarde, composée de quatre-vingt mille Autrichiens, et au midi, cent soixante mille Anglais, Espagnols et Portugais, sous le commandement de Wellington. Napoléon avait soixante-dix mille hommes à la tête desquels étaient : Marmont, Victor, Ney et Mortier. Il esssaya de se placer entre Schwarzemberg et Bliicher, attaqua ce dernier à S'-Dizier (27 janvier), le chassa de Brienne le 29, mais ne put empêcher la réunion des deux armées.
Après le combat de la Rothière (31 janvier), où l'avantage resta à l'ennemi, il dut se retirer sur Troyes et bientôt sur Nogent. Il écrivit alors au duc de Vicence, son plénipotentiaire au congrès de Chàtillon, lui donnant « carte blanche pour conduire les négociations à une heureuse fin, sauver la capitale et éviter une bataille où sont les dernières espérances de la nation. » Un protocole de Chàtillon (8 février) lui signifia que la France devait « rentrer dans les limites qu'elle avait à la Révolution. » Il s'y refusa, préférant, malgré les sollicitations de tous ceux qui l'entouraient, « courir les chances les plus rigoureuses de la guerre. » Il consentit cependant à continuer les négociations.
Dans les journées des 10, 1 1,12 et 13 février, il battit l'armée prussienne à Montmirail, à Champaubert, à Château-Thierry, à Yauchamps, et les Autrichiens à Guignes. En cinq jours, l'armée de Silésie, battue quatre fois, avait eu dix mille morts et vingt mille prisonniers. Il attaqua successivement les divers corps de Bliicher et de Schwarzemberg, battit, après une marche de trente lieues en trente-six heures, Wittgenstein à
Mormant et à Villeneuve (17 et 18 février), enfonça les Wurtembergeois à Montereau et arriva le 19 à Broy, le 22 à Méry et le 24 à Troyes. Une manifestation royaliste s'étant produite à Troyes à l'entrée d'Alexandre: il renvoya devant un Conseil de guerre de Gault, qui fut fusillé, et de Widranges, qui s'échappa.
Bliicher avait refoulé le long de la IMarne Oudinot et Mortier. Parti de Troyes le 27 février, Napoléon arrive le isi^mars à la Ferté-Gaucher, et passe sur la rive droite de la Marne, à la suite de Bliicher, dont la position entre l'empereur, Mortier, Marmont, l'Aisne et Soissons, parait désespérée. Mais Soissons s'était rendu, et Bliicher y trouva un refuge.
Le 7, à Craonne , Napoléon lutte contre \\'oronso\v sans succès décidé, mais le soir les Russes abandonnent le champ de bataille. Il les suit jusqu'à Chavignon, entre Laon et Soissons. Riais les Russes et les Prussiens ont fait leur jonction, et Bernadette leur amène un corps suédois. Il apprend en même temps que les plénipotentiaires de Châtillon lui donnent quatre jours pour accepter et ratifier le traité ramenant la France aux frontières de 1792, l'obligeant à rendre en six jours Mayence, Hambourg, Anvers ; en quinze, Mantoue, Venise, Peschiera et les places de l'Oder et de l'Elbe; et à donner Besançon^ Belfort et Huningue commme gages jusqu'à la signature définitive de la paix.
Pendant que Napoléon était à Reims, Carnot conservait Anvers, Maison occupait le pays entre Tournai, Lille et Courtrai, et le maréchal Soult, vaincu à Orthez, reculait sur Toulouse. Bordeaux, où était entré le duc d'Angoulême, avait proclamé Louis XVIII, quoique Lord Beresford eût prit possession de la ville au nom de Sa Majesté Britannique. Augereau, qui commandait à Lyon, ne pouvait communiquer avec l'empereur; Murât était passé à l'ennemi, et Eugène avait de la peine à se maintenir sur le IMincio.
Napoléon ordonne à Joseph d'emmener sur la Loire, à la moindre apparence de danger, sa femme et son fils avec les ministres. Il arrive lui-même le 17 mars à Épernay et le iS àla Fère-Champenoise. Ce jourlà même, les puissances, ne pouvant obtenir des engagements certains, déclarent regarder « les négociations entamées à Châtillon comme terminées par le gouvernement français. »
Le 20 mars, l'armée de Napoléon ne se trouvait séparée de celle de Schwarzemberg que par l'Aube. Ses éclaireurs repoussés furent soutenus, et, les renforts arrivant des deux côtés, la lutte prit de grandes propor-
tions. Napoléon s'y mêla avec la témérité d'un soldat, et on le vit faire flairer à son cheval un obus qui, en éclatant, le couvrit de sang. Ce combat d'Arcis-sur-Aube se termina par la retraite, et ouvrit aux coalisés le chemin de Paris. Abandonnant alors l'armée autrichienne, il s'engagea dans des chemins de traverse qui le conduisirent vers Vitry-le-Français et la Lorraine. Il espérait couper les communications entre l'Allemagne et l'armée d'invasion. Marmont et Mortier, rejetés sur Château-Thierry, manœuvrèrent sans rien savoir de ces dispositions nouvelles, perdirent quatre mille hommes sur douze, et auraient été écrasés si l'infanterie alliée