‹ Histoire de FranceChapitre 41 sur 46 · i de ivieisbOiinier · texte numérisé non relu

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était arrivée à temps. Deux divisions de la garde nationale tombèrent dans des réserves russes, firent une résistance désespérée et permirent à Marmont et à Mortier de se retirer, après avoir disputé bravement le terrain à Fère-Champenoise, à Sézanne, à la Ferté-Gaucher, à Brie- Comte-Robert {25, 26, 27, 28 mars). Ils arrivaient à Paris le 29, au moment où Alexandre plaçait son quartier général au château de Bondy. Joseph Bonaparte convoqua le Conseil de régence,qui ne décida rien; mais Napoléon avait écrit : « Je préférerais savoir mon fils dans la .Seine plutôt qu'entre les mains des ennemis de la France, » et les avis du duc de Feltœ déterminèrent l'impératrice à partir avec le roi de Rome,

qu'il fallut arracher de force aux Tuileries, et à prendre la route de Blois.

Le 24 mars, Napoléon était entre Saint-Dizier et Bar-sur- Aube. Attaqué le 26, il repoussa l'ennemi et occupa Saint-Dizier. Le 28, profitant du mouvement de concentration des coalisés sur Paris, qui laissait libre la rive gauche de la Seine, il se dirigea vers Troyes, où il arriva pendant la nuit du 29. Le lendemain il partit précipitamment pour Paris.

Le 29, Schwarzemberg occupait Rosny et Romainville. Marmont et Mortier prirent position à Belleville et à Bagnolet. Avec vingt mille combattants, ils avaient une liç^ne i(mmense à défendre. L'ennemi décida une triple attaque simultanée : au centre, par Barclay de Tolly, sur le plateau de Romainville ; à gauche, par le prince royal de Wurtemberg, sur la barrière du Trône ; à droite, par Blucher, sur Montmartre et Clichy.

La lutte commença à quatre heures du matin. Barclay se heurta sur le plateau de Romainville à Marmont et fut repoussé ; mais le nombre des assaillants augmentait d'heure en heure, et lorsque Blucher et le prince de Wurtemberg furent arrivés, les élèves de l'école polytechnique et les gardes nationaux, joints aux soldats de Marmont, de Mortier et de Moncey, firent de vains efforts. A dix heures, Joseph quittait Paris, laissant l'ordre suivant, qui parvint à onze heures et demie : « Si M. le maréchal, duc de Raguse, et M. le maréchal, duc de Trévise, ne peuvent plus tenir, ils sont autorisés à entrer en pourparlers avec l'empereur de de Russie et le prince de Schwarzemberg qui sont devant eux. Ils se retireront sur la Loire. » Marmont répondit que la situation n'était pas encore désespérée. Mais lorsque l'ennemi fut maître du mur d'octroi et de Montmartre, et qu'Alexandre eut déclaré que si à minuit la capitulation n'était pas signée le bombardement commencerait, il fallut céder.

Aux premières ouvertures Alexandre répondit : « Ce n'est pas à la nation française que je fais la guerre, c'est à l'empereur Napoléon. » Une suspension d'armes de quatre heures fut convenue. Mais il n'y avait plus d'autorités à Paris, et Marmont dut subir la rigoureuse nécessité d'une capitulation.

A six heures du soir, Napoléon arrivait à Fromenteau, rencontrait les débris de l'armée qui se retirait, et apprenait ce qui venait de se passer. Il voulut entrer à Paris, mais, sur les instances du prince de Neufchâtel, du duc de Vicence et du général Belliard, il se retira à Juvisy. Il apprit à quatre heures du matin que la capitulation avait été signée à deux heures, que les troupes devaient avoir évacué Paris au lever du soleil,

et que les alliés y entreraient immédiatement. Après un moment de cruelle incertitude, il se retira sur Fontainebleau.

Le préfet de la Seine et huit maires allèrent porter au tzar les clés de la ville. Il y entra et alla loger à l'hôtel de Talleyrand. En même temps une proclamation de Schwarzemberg disait : « Depuis vingt ans, l'Europe est inondée de sang et de larmes ; les tentatives pour mettre un terme à tant de malheurs ont été inutiles, parce qu'il existe, dans le principe même du gouvernement qui vous opprime, un obstacle insurmontable à la paix. Parisiens, vous connaissez la situation de votre patrie ; la conservation et la tranquillité de votre ville seront l'objet des soins des alliés. C'est dans ces sentiments que l'Europe en armes devant vos murs s'adresse à vous. »

La chute de Napoléon a été attribuée à la trahison. Elle n'a eu d'autre auteur que lui-même. Les serviteurs les plus dévoués de l'Empire aspiraient au repos, et les populations demandaient moins de gloire et plus de libre sécurité pour tous leurs intérêts. Il n'y avait pas en Europe un État qui n'eût eu à souffrir des exigences de l'Empire ou de ses conquêtes, et lorsque la délivrance parut possible, elle fut poursuivie avec une ardeur incomparable.

Le besoin de paix amenait l'exclusion de Napoléon, et cette exclusion reportait la pensée et les espérances du côté de la vieille dynastie, qui avait fait la France et qui seule pouvait la refaire. Le 31 mars, jour de l'entrée des alliés à Paris, des groupes avaient parcouru les rues et les boulevards en criant : « Vive le roi ! vivent les Bourbons ! » arborant des cocardes blanches et le drapeau blanc. On les regarda avec étonnement, avec colère, avec curiosité, avec sympathie, et leur nombre s'accrut rapidement. Des manifestations violentes se produisirent contre celui devant qui on tremblait, et que l'on avait si souvent acclamé. On essaya de renverser la statue de la place Vendôme.

Alexandre ne voulait plus traiter avec Napoléon et regardait comme impossible une régence avec son fils. Nesselrode, le duc de Dalberg et Talleyrand rédigèrent la déclaration qui faisait connaître à la France cette décision. La conférence des souverains l'accepta. Napoléon et son fils écartés, on ne pouvait aller qu'aux Bourbons, parce que, comme dit Talleyrand, qui s'était aussitôt rallié à une solution qu'il redoutait, « Louis XVIII est un principe, et qu'il faut un principe pour base au nouveau gouvernement. »

En refusant de traiter avec Napoléon, la déclaration ne se prononçait

pas sur le nouveau souverain. Elle invitait le sénat « à désigner sur le » champ un gouvernement provisoire qui puisse, disait-elle, pourvoir aux » besoins de l'administration, et préparer la Constitution qui conviendra » au peuple français. » Alexandre avait seul signé la déclaration, en disant que ces « intentions lui étaient communes avec toutes les puissances alliées. » Aussi lorsque Caulaincourt se présenta pour traiter au nom de l'empereur, il se contenta de lui répondre : «Il est trop tard ; voilà un engagement pris. »

Le sentiment monarchique s'accentuait au sein de la population. Le lendemain, i^'' avril, le sénat tint séance à laquelle assistèrent soixante-quatre sénateurs. Il adopta le gouvernement provisoire, qui se composait de Telleyrand, du duc de Dalberg, du comte de Jaucourt, du général Beurnouville et de l'abbé de Montesquiou. Livrés à euxmêmes, les quatre premiers auraient exclu la maison de Bourbon. Ils furent, sous la pression des circonstances, les instruments involontaires de la Restauration.

La brochure courageuse que le patriotisme inspira à Chateaubriand servit puissamment la monarchie. Sous le titre de « Bonaparte et les Bourbons », il avait fait un tableau si saisissant des excès du despotisme et des grandeurs de cette famille de rois associée à toutes les destinées de la patrie, qu'il n'y eut dans toute la population qu'un cri. Napoléon était pourtant encore à Fontainebleau avec son armée. Treize membres du Conseil général de la Seine, qui en avait vingt-quatre, déclarèrent <L renoncer formellement à toute obéissance envers Napoléon », et exprimèrent le vœu que « le gouvernement monarchique fût rétabli dans la personne de Louis XVIII et de ses successeurs légitimes. »

Le 2 avril, « le sénat déclara Napoléon et sa famille déchus du trône, et délia en conséquence le peuple français et l'armée du serment de fidélité. » Le 3, il justifia cet acte par des considérants qui étaient un acte d'accusation. Le Corps législatif, reprenant ses séances au jour où se terminait la suspension infligée par l'empereur, accepta le décret du sénat avec ce seul considérant : « Napoléon Bonaparte a violé le pacte constitutionnel. » Le gouvernement provisoire, obéissant à cette pression universelle, fit la proclamation suivante : « Le sénat a déclaré Napoléon déchu du trône ; la patrie n'est plus avec lui. Un autre ordre de choses peut seul la sauver. Nous avons connu les excès de la licence populaire et ceux du pouvoir absolu ; rétablissons la véritable monarchie, en limitant par de sages lois les divers pouvoirs qui la composent. La France

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se reposera de ses longues agitations ; elle trouvera le bonheur dans le retour d'un gouvernement tutélaire. »

Napoléon était à Fontainebleau avec trente mille hommes amenés par Moncey, Lefebvre, Ney, Macdonald, Oudinot, Berthier, Marmont et Mortier. Il n'avait avec lui qu'un seul ministre, Maret. Tout espoir de se relever par les armes ne lui semblait pas perdu, mais les maréchaux refusèrent de marcher et le supplièrent d'abdiquer. Lorsque leur attitude l'eut convaincu que tout était fini, il écrivit son abdication en faveur de son fils et chargea Caulaincourt, Ney et Marmont d'aller à Paris défendre ses droits.

Alexandre les reçut, et ils essayèrent de le toucher. II ne se prononça pas, et se réserva de conférer avec les souverains ses alliés.

Les plénipotentiaires, de retour à Fontainebleau, firent connaître à l'empereur la nécessité d'une abdication sans condition. Ney avait signé un armistice sans le consulter. Napoléon repoussa l'abdication, mais tout l'abandonnait. Il s'emporta, et finit par se résigner à signer l'acte que la nécessité lui imposait : <<, Les puissances alliées ayant proclamé que l'empereur était le seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe, l'Empereur, fidèle à son serment, déclare qu'il renonce pour lui et ses enfants aux trônes de France et d'Italie, et qu'il n'est aucun sacrifice, même celui de la vie, qu'il ne soit prêt à faire aux intérêts delà France. » Il revint presque aussitôt sur sa décision, mais les événements ne dépendaient plus de lui.

Le 1 1 avril, un traité lui conservait le titre d'empereur et celui d'impératrice à sa femme. Les membres de sa famille gardaient le titre de princes. L'île d'Elbe lui était assurée en toute propriété, avec un revenu de deux millions pour lui, d'un million pour l'impératrice et de deux millions cinq cent mille francs pour les membres de sa famille. Les personnes désignées par lui recevraient des gratifications jusqu'à concurrence de deux millions.

Il refusa d'abcrd de signer, malgré l'insistance du duc de Vicence. Il aurait même, a-t-on écrit, tenté de se suicider, mais ce dernier acte d'un lâche désespoir n'est pas certain, et il l'a désavoué à Sainte- Hélène. Ce ne fut que le 13 avril qu'il fut décidé par Macdonald, qui, depuis longtemps en disgrâce, montra dans ces circonstances extrêmes un dévouement dont les maréchaux mieux traités ne lui avaient pas donné l'exemple. L'abandon fut alors général, et les jours qui s'écoulèrent jusqu'au moment où lui parvinrent les ratifications, le firent passer par les

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plus cruelles alternatives. Quatre commissaires, russe, anglais, prussien et autrichien, devaient l'accompagner et fixèrent son départ au 20. II en désigna l'heure, traversa d'un pas rapide la ligne des derniers fidèles, les tambours battant aux champs, et adressa quelques paroles à ses vieux compagnons : « Généraux, officiers, sous-officiers et soldats de ma vieille garde, je vous fais mes adieux. Depuis vingt ans, je vous ai toujours trouvés sur le chemin de la gloire.... Soyez fidèles au nouveau roi que la France s'est choisi ; n'abandonnez pas notre chère patrie trop longtemps

malheureuse Je ne puis vous embrasser tous, mais j'embrasserai votre

général. Venez, général ! Qu'on m'apporte l'Aigle ! Chère Aigle, que ces baisers retentissent dans les cœurs de tous les braves. Adieu,mes enfants, mes vœux vous accompagneront toujours ; conservez mon souvenir. »

Quelques cris de: « Vive l'empereur! » descris plusnombreuxde :« Vive le roi! /> et des menaces, marquèrent les étapes de ce triste voyage. En Provence, il se déguisa en colonel autrichien pour échapper à la vengeance. Le 28 avril, il s'embarqua pour Porto- Ferrajo. L'impératrice, arrivée à Blois le i^"" avril, avait résisté à Joseph et à Jérôme, qui voulaient l'entraîner au delà de la Loire, et le 8, elle avait reçu des passe-ports du tzar pour se rendre à Orléans. La mère de Napoléon et le cardinal Fesch étaient partis pour Rome; Louis, Joseph et Jérôme pour la Suisse. L'impératrice avec son fils alla trouver son père à Rambouillet, et le jour même où l'empereur se dirigeait vers le lieu de son exil, elle prenait la route de \'ienne.

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