LOUIS XVIII ET CHARLES X
s^wwwwwwwwwwwwwww^www
feÊTOwmi*!^^
jOuis XVIII, retiré à Gand, s'empressa de rentrer en France, afin de défendre contre les alliés vainqueurs les intérêts de son trône et ceux de son peuple. De Cambrai, il publia une proclamation dans laquelle il disait : « Les portes de monroyaume s'ouvrent devant moi. J'accours pour ramener mes sujets égarés, pour adoucir les maux que j'avais voulu prévenir, pour me placer une seconde fois entre les Français et les armées alliées. »
Les étrangers entraient par toutes les frontières. Les barrières de Paris leur avaient été livrées le 6 juillet. Louis XVIII rentra le 8 aux Tuileries et protesta contre de cruels abus de la victoire. Il ne put empêcher que l'arc de triomphe fût transformé en abattoir et le Musée du Louvre livré au pillage, mais il sauva le pont d'Iéna, que les Prussiens voulaient faire sauter, et, en présence de leur prétention de nous enlever l'Alsace, la Lorraine et la Franche-Comté, il dit à Wellington : « Je croyais, en rentrant en France, régner sur le royaume de mes pères ; il paraît que je me suis trompé. Croyez-vous que votre gouvernement consente à me recevoir si je lui demande encore un asile ?» Le tzar le rassura : « Non, lui dit-il, Votre Majesté ne perdra pas ces provinces, » et il tint sa promesse.
Les débris de l'armée française s'étaient retirés derrière la Loire. Une ordonnance du i6 juillet en prononça 'la dissolution et régla la réorganisation, qui fut confiée à Macdonald. Le ministère fut ainsi constitué : Talleyrand - Périgord eut les Affaires étrangères, Fouché la Police, Gouvion-Saint-Cyr la Guerre, le baron Louis les Finances, Pasquier la Justice avec l'intérim de l'Intérieur, Jaucourt la Marine; Decazes fut préfet de Police et Chabrol préfet de la Seine.
Il y eut dans le Midi des excès déplorables et de cruelles représailles. Le 17 juillet, dix personnes furent tuées à Nîmes, dans une émeute que ne put empêcher le duc d'Angoulême, et le général Lagarde fut blessé d'un coup de pistolet le 12 novembre. A Uzès, les catholiques et les protestants en vinrent aux mains. Trestaillon et Truphémy vengèrent
les excès dont leurs familles avaient souffert par des excès. On compta dans le département du Gard près de soixante-dix victimes. A Marseille, les Mameluks, venus à la suite de Bonaparte, furent égorgés. A Avignon, malgré le maire et le préfet, une multitude forcenée assassina le maréchal Brune et jeta son corps dans le Rhône (2 août). A Toulouse, le général Ramel, chargé par Louis XVIII du commandement, fut poursuivi dans son hôtel et massacré (15 août).
Ces excès, que l'on a flétris du nom de Terreur blanche, ne sont pas des actes de parti et ne peuvent être imputés à une opinion politique. Le gouvernement ne négligea rien pour les prévenir ou les réprimer.
Par une ordonnance datée de Cambrai le 28 juin, Louis XVHI avait accordé une amnistie générale, dont il n'exclut que les auteurs et les instigateurs des Cent jours. Ces exclusions furent fixées à cent dix par Fouché. Le conseil royal les réduisit à cinquante-sept ; dix-neuf chefs militaires, qui devaient être traduits devant les conseils de guerre, et trente-huit administrateurs. Ces exceptions provoquèrent la démission de Davout, commandant de l'armée de la Loire.
Le colonel Labédoyère,qui avait donné l'exemple de ladéfection à Grenoble, fut condamné à mort parunconseil de guerre et fusillé dans la plaine de Grenelle (19 août). La Valette, qui, le 20 mars, s'était emparé de l'administration des postes, fut condamné à mort et sauvé par sa femme, qui prit sa place dans sa prison. Ney, arrêté le 19 août, comparut le 9 novembre devant un conseil de guerre, qui se déclara incompétent. Traduit devant la chambre des pairs, il fut reconnu coupable par cent cinquanteneuf voix contre une, condamné à mort par cent trente-neuf contre dixsept, et fusillé le 7 décembre 1S15 dans l'allée de l'Observatoire. La clémence eût mieux valu, et la Restauration n'en eût pas été affaiblie.
Une ordonnance du 24 juillet réorganisa la chambre des pairs, dans laquelle, après l'exclusion de ceux qui avaient siégé pendant les Cent jours, entrèrent quatre-vingt-quatorze nouveaux membres appartenant à l'ancienne monarchie ou à l'empire. La pairie fut déclarée héréditaire.
Les élections du 22 août pour la chambre des députés déterminèrent le renvoi de Fouché (19 septembre) et la dissolution du ministère tout entier (24 septembre). Les royalistes ne pouvaient voir qu'avec un profond regret les affaires de la France confiées à des hommes si compromis dans la Révolution.
Dans le nouveau ministère, sous la présidence du duc de Richelieu chargé des Affaires étrangères, Decazes eut la Police, Dubouchage la
Marine, de Vaublanc l'Intérieur, Barbé- Marbois la Justice, Corvetto les Finances, le duc de Feltre la Guerre.
Le tzar, le roi de Prusse et l'empereur d'Autriche promirent, par le traité de la Sainte-Alliance, de s'aider mutuellement comme des frères, de gouverner leurs sujets en pères de famille, et de « se fortifier chaque jour davantage dans les principes et l'exercice des devoirs que le divin Sauveur a enseignés aux hommes. » La France n'y fut pas admise.
Le second traité de Paris fut signé le 20 novembre. La France cédait Sarrebruck, Philippeville, Mariembourg, Bouillon, Sarrelouis, Landau, une partie du pays de Gex et ce qu'elle avait conservé de la Savoie. Elle dut abattre les fortifications de Huningue, payer comme indemnité sept cents millions, et trois cent soixante-dix pour des réclamations. Cent cinquante mille hommes devaient occuper, pendant trois ans au moins et cinq ans au plus, dix-huit places fortes. C'était la confirmation et l'aggravation du traité du 30 mai 1814 et de l'acte final du congrès de Vienne (9 juin 181 5).
Le même jour, l'Angleterre, l'Autriche, la Prusse et la Russie resserrèrent leur alliance, et s'engagèrent à soutenir Louis XVIII et à exclure du trône Napoléon et sa famille.
Le 7 octobre eut lieu la première séance de la nouvelle chambre des députés, composée de 402 membres. Elle était si dévouée à la royauté que Louis XVIII l'appela la chambre introuvable.
Le ministère présenta une loi d'amnistie que la chambre restreignit, la trouvant trop large (8 décembre).
La famille de Bonaparte fut bannie à perpétuité, les régicides furent expulsés du royaume, et l'amnistie ne s'étendit pas à ceux contre qui des poursuites étaient commencées.
Il en résulta des procès politiques. Le général Mouton-Duvernet fut condamné et fusillé à Lyon (juillet 1816). Drouot et Cambronne furent acquittés. Plusieurs passèrent la frontière et obtinrent plus tard leur rentrée. Les frères Faucher, de la Réole, qui avaient refusé de reconnaître Louis XVIII, furent fusillés à Bordeaux. Le général Chartran eut le même sort à Lille. Le général Bonnaire fut dégradé à Paris. Le général Travot, condamné à mort à Rennes, vit sa peine commuée.
La chambre vota la loi de sûreté générale, qui donnait au gouvernement le droit de fiire arrêter et détenir provisoirement tout individu prévenu de crimes et délits contre l'autorité royale. Elle punit les cris séditieux et les provocations à la révolte par le bannissement, les travaux
forcés et la mort. Elle adopta, presque à l'unanimité, l'institution pour trois ans de cours prévôtales qui, présidées par un prévôt ayant rang de colonel et composées de quatre juges d'un tribunal de première instance, jugeaient sur l'heure et sans appel tout délit ou crime politique, et faisaient procéder à l'exécution immédiate. Elle rejeta un projet de loi électorale présenté par le ministère, et adopta celui d'une commission établissant le suffrage à deux degrés. La chambre des pairs le repoussa.
La loi du 30 septembre 179^ autorisant le divorce fut abolie.
Le 29 avril 1S16, après le vote du budget, s'élevant à huit cents millions, la session fut close.
Didier, avocat à Grenoble, conçut le projet de faire de Grenoble le centre d'une insurrection destinée à renverser les Bourbons. Dans la nuit du 4 au 5 mai, des bandes de paysans tentent de s'emparer de la ville. Le général Donadieu arrête l'officier qui veut le faire prisonnier, disperse et prend un certain nombre d'hommes armés et fait avorter la conspiration. Vingt-quatre condamnés à mort par la cour prévôtale et un conseil de guerre furent exécutés ainsi que Didier, qui s'était échappé et fut livré par le'gouvernement piémontais. Il prétendit avoir agi sous l'impu'sion d'un comité occulte de Paris, en faveur de Napoléon II ou du duc d'Orléans.
Le mariage du duc de Berry, fils de Monsieur, frère du roi, avec Marie-Caroline de Bourbon, fille aînée du prince héréditaire des Deux- Siciles, fut célébré en juillet 1S16 avec une grande solennité. La Conspiration dite des patriotes, qui avait projeté une attaque contre les Tuileries, échoua, et les trois principaux chefs, Tolleron, Plaignier et Carbonneau, furent condamnés à la peine des parricides.
Des mouvements collectifs et des attentats individuels furent punis par les cours prévôtales de Bordeaux, de Carcassonne et de Montpellier.
Le gouvernement essaya de décourager ces tentatives par l'épuration de la magistrature et de l'administration, le licenciement de l'école polytechnique, la réorganisation de l'Institut et l'exclusion de quatorze académiciens.
Sous l'influence de Decazes, Louis XVIII sacrifia la chambre, plus royaliste que lui-même (5 septembre 1816), et persécuta les royalistes. Chateaubriand perdit ses fonctions de ministre d'État, et le comte d'Artois fut relevé de son commandement des gardes nationales.
Les élections envoyèrent à la chambre deux cent cinquante-neuf députés en majorité libéraux. La session s'ouvrit le 4 novembre. « Que les haines
cessent, dit le roi ; que les enfants d'une même patrie, j'ose ajouter d'un même père, soient vraiment un peuple de frères. » Ces touchantes paroles trouvèrent peu d'écho.
Une nouvelle loi électorale fut votée après une vive opposition de Villèle, de Bonald et de Corbière, par cent trente-deux voix contre cent. Elle donna la prépondérance politique à la classe moyenne. Le suffrage à deux degrés fut supprimé ; tous les citoyens âgés de trente ans, et payant trois cents francs de contributions, nommaient directement les députés, qui ne pouvaient être pris que parmi des citoyens ayant quarante ans et payant mille francs de contributions. La chambre se renouvelait tous les ans par cinquième.
La loi supprimant temporairement la liberté individuelle fut rapportée ; celle qui soumettait tous les écrits périodiques à l'autorisation royale cessa d'avoir son effet en iSiS, en même temps que les cours prévôtales. La censure devait être abolie en 1819.
Le budget fut adopté après une protestation contre la vente des biens du clergé, les gros traitements des fonctionnaires et la centralisation administrative.
Un concordat avait été signé à Rome, entre Pie VII et Louis XVIII, le 1 1 juin 181 7. Il rétablissait les anciens diocèses et les dotait en biensfonds et en rentes sur l'État. Les chambres le repoussèrent et le concordat de 1801 continua à régler les rapports de l'Eglise et de l'État.
Decazes, qui, grâce à son influence sur l'esprit du roi, avait fait remplacer au ministère Barbé-Marbois et de Vaublanc par Dambray et Laine, y fit entrer Mole et Gouvion-Saint-Cyr à la place de Dubouchage et du duc de Feltre. Les doctrinaires pénétrèrent au conseil d'État et dans tous les emplois.
La disette et la cherté des grains provoquèrent de grandes souffrances et des émeutes. Le roi et la famille royale donnèrent l'exemple de la sollicitude pour les malheureux, et de la charité pour le soulagement de leurs misères. Des mouvements, auxquels la politique n'était pas étrangère, éclatèrent dans plusieurs villes et furent sévèrement réprimés.
A Lyon, l'insurrection prit un caractère si redoutable que les arrestations s'élevèrent à cinq cents personnes et les exécutions à douze. Le général Canue! et le préfet de Chabrol, qui avaient montré beaucoup de fermeté, furent destitués par l'influence de Decazes.
Grâce à l'appui du gouvernement, les libéraux l'emportèrent dans le premier renouvellement quinquennal de la chambre. Decazes, un moment
446 HISTOIRK DK FRANCE.
effrayé d'un trop grand succès, essaya de s'appuyer tour à tour sur les royalistes et sur les libéraux, inaugurant un système de juste milieu par lequel il espérait gouverner.
Dans sa session, ouverte le 5 mai 1S17, la chambre adopta la loi de recrutement proposée par le maréchal Gouvion-Saint-Cyr. L'armée, composée de deux cent quarante mille hommes, se recrutait chaque année par une levée de quarante mille hommes désignés par le tirage au sort dans chaque canton ou par des volontaires. Tous les Français âgés de vingt ans révolus participaient à ce tirage. Ceux qui, par leur numéro et leur constitution physique, étaient reconnus propres à l'armée, étaient soumis à un service de six ans. Les fils aînés de veuves, les Frères des écoles chrétiennes, les hommes voués à l'enseignement dans l'Université et qui prenaient un engagement de dix ans, étaient exempts. L'immunité ecclésiastique, à laquelle, du reste, n'avait pas touché Napoléon, était respectée. La loi réglait aussi l'avancement, consacrait les droits à l'ancienneté et organisait les écoles militaires.
Le 30 novembre 18 18, un congrès se réunit à Aix-la-Chapelle pour régler les questions relatives aux traités de 181 5. Les empereurs d'Autriche et de Russie et le roi de Prusse s'y trouvèrent. Richelieu représentait la France, Metternich l'Autriche, Robert Stuart, Castlereagh et Wellington l'Angleterre, Hardenberg et Bernstorf la Prusse, Nesselrode et Capo d'Istria la Russie. Il y fut décidé, grâce à la situation qu'avait su reprendre la France, que les troupes étrangères quitteraient son territoire avant le 30 novembre, et que toutes les réclamations seraient éteintes par une inscription sur le grand-livre d'une rente de douze millions quarante mille francs. « J'ai assez vécu, écrivit Louis XVI II aux souverains, puisque j'ai vu la France libre et le drapeau français flotter sur toutes les villes de France. » La quadruple alliance du 20 novembre 18 15 fut confirmée.
Le duc d'Angoulême visita les départements du Nord et de l'Ouest. Le désir de rattacher au gouvernement ses ennemis lui fit trop souvent oublier les services et les sacrifices de ses amis. Ses avances et ses faveurs ne lui attachèrent pas ceux qu'il croyait gagner.
Decazes imagina la conspiration du bord de l'eau, qui aurait eu pour but, de la part du comte d'Artois, d'imposer à son frère un ministère moins libéral. Les poursuites prouvèrent la fausseté de l'accusation, mais Decazes n'en continua pas moins ses intrigues contre les ultra-royalistes.
Le second renouvellement quinquennal de la chambre fut un second
HISTOIRE DK FRANCE. 447
triomphe pour les libéraux. Ils avaient acquis déjà Lafitte, Dupont (de l'Eure), Casimir Périer, Hernoux, Caumartin, de Chauvelin et Bignon ; ils firent arriver La Fayette, Benjamin Constant, le général Grenier et Manuel. Ils étaient quarante-cinq. Richelieu donna sa démission (21 décembre 1S18). Louis XVIII avait dit : « Tendons toujours la main à droite et à gauche, et disons comme César : Celui qui n'est pas contre moi est avec moi. » On acceptait cette main, mais en trahissant celui qui la tendait.
Un nouveau ministère fut formé sojs la présidence du général Dessoles. Il eut les Affaires étrangères, Decazes l'Intérieur, de Serre la Justice, le baron Louis les Finances, le baron Portai la Marine, Gouvion- Saint-Cyr la Guerre. Le ministère de la Police fut supprimé.
Personne ne fut satisfait. Tout était pour les doctrinaires et la gauche, dont les exigences s'accroissaient de jour en jour. Cinquante-sept régicides furent rappelés par ordonnance royale, et les généraux graciés reçurent l'arriéré de leur solde.
Une rente viagère de cinquante mille francs fut accordée comme récompense nationale au duc de Richelieu, négociateur de la paix et libérateur du territoire. Il l'affecta aux hospices de Bordeaux.
Ces agitations et ces luttes de la politique ne portaient aucune atteinte à la prospérité de la France, qui, grâce à un gouvernement honnête et ami de la paix, inspirait la confiance au dedans, et avait repris au dehors son influence traditionnelle.
A la chambre des pairs, Barthélémy, ancien membre du Directoire, demanda une modification de la loi électorale. Sa proposition réunit une grande majorité. Decazes y répondit par une ordonnance royale créant soixante nouveaux pairs. C'était presque un coup d'Etat. La proposition Barthélémy fut définitivement repoussée, mais le mécontentement s'accrut.
De Serre fit adopter, après des débats brillants, trois lois sur la presse. La première faisait rentrer tous les délits de presse dans les délits et les crimes prévus par le code, supprimait les lois d'exception et punissait tout outrage « à la morale publique et religieuse. » C'est le régime le plus large qu'ait eu la presse. La seconde soumettait ces délits et ces crimes à un jury commun et punissait la diffamation, c'est-à-dire la divulgation d'un fait injurieux, vrai ou faux. La troisième supprimait l'autorisation préalable et la censure, ne maintenant que la déclaration du propriétaire, le cautionnement et le dépôt d'un exemplaire (mai 1819).
Les libéraux se sentaient trop forts dans les chambres pour ne pas se
HISTOIRK DE FRANCE.
montrer exigeants. Ils ne s'entendaient pas parfaitement entre eux, mais ils étaient d'accord dans leur haine pour les royalistes et dans leur désir de dominer la royauté. Libéraux modérés et libéraux indépendants réclamaient également des libertés, entretenaient la révolte dans les esprits, et provoquaient dans les écoles une agitation propre à favoriser leur ambition personnelle. Les élections de septembre 1819 leur furent favorables. Ils obtinrent trente-cinq députés sur cinquante-quatre. Parmi eux se trouvait l'abbé Grégoire, évêque constitutionnel de Blois, qui avait
provoqué la mise en jugement de Louis XVI. L'élection de Grégoire fut cassée parce qu'il n'avait pas de domicile légal dans l'Isère, qui l'avait fait député (6 décembre 18 19).
Une crise ministérielle fut déterminée par la présentation d'une nouvelle loi électorale. Dessoles, Gouvion- Saint-Cyr et le baron Louis se retirèrent. Decazes prit alors ce qu'il ambitionnait:
la présidence du conseil. Il eut l'Intérieur, Pasquier les Affaires étrangères, Roy les Finances, Latour-Maubourg la Guerre. Les autres ministres gardèrent leur portefeuille. Dans la chambre, la gauche et le centre gauche se composaient de cent dix membres, la droite et le centre droit de soixante-dix-huit; le ministère en comptait soixante. Decazes continuait son système de bascule, multipliant ses concessions à la gauche, qui avait ses sympathies.
Le 13 février 1820, le duc de Berry fut assassiné devant l'Opéra par un ouvrier sellier nommé Louvel, qui déclara n'avoir point de complice et avoir voulu éteindre la branche aînée des Bourbons. On dit que son poignard était « armé d'une idée libérale », Clausel de Coussergues accusa Decazes de complicité, et Chateaubriand, sans pousser l'injustice
J-e maréchal Gouvioa Saint-Cyr.
aussi loin, dit que « le pied lui avait glissé dans le sang. » Le roi dut se séparer de son ministre. Il le combla de faveurs, le fit duc et lui donna l'ambassade d'Angleterre.
Richelieu, qui avait voulu faire de la politique royaliste, fut appelé, malgré sa répugnance, à la présidence du conseil, et le comte Siméon eut le ministère de l'Intérieur. La chambre vota à une faible majorité la loi suspendant provisoirement la liberté individuelle, et celle qui soumettait la presse à l'autorisation préalable et à la censure. Une loi électorale créa deux sortes de collèges.
Ceux d'arrondissement, qui se composaient de tous les contribuables payant de trois cents francs à mille francs, nommaient deux cent vingthuit députés ; ceux de département, formés d'électeurs à plus de mille francs, en élisaient cent soixante-douze.
Ces derniers votaient deux fois, à l'arrondissement et au département.
La gauche fit appel à l'émeute et menaça la chambre.
Un comité directeur, composé de ses principaux membres, entretenait l'agitation.
Une conspiration, organisée rue Cadet, au Bazar français, par Sauzet, réunit quelques officiers mécontents, fut découverte, et se termina par un jugement de la chambre des pairs condamnant par contumace trois accusés à mort et plusieurs à la prison.
Le 2g septembre 1820 naquit un fils du duc de Berry, que la poésie chanta comme l'enfant du miracle et que la France accueillit avec un enthousiasme plein d'espérances. Une souscription lui donna le château de Chambord. L'eau du Jourdain, rapportée par Chateaubriand, servit à son baptême. Né aux Tuileries, il devait mourir dans l'exil.
L'application de la nouvelle loi électorale fut défavorable à la gauche,
Le duc de Berry.
450 HISTOIRK DE FRANCE.
qui, sur deux cent vingt-six nominations, n'en obtint qu'une trentaine. Elle ne comptait pas quatre-vingts voix dans la chambre. Pour regagner le terrain perdu, les sociétés secrètes se multiplièrent et devinrent de plus en plus menaçantes. La franc-maçonnerie leur fournissait ses adeptes, le carbonarisme s'implantait à Paris, le comité directeur établissait la Haute-Vente, les ventes centrales et les ventes particulières. Les libéraux s'indignaient des missions par lesquelles le zèle catholique s'efforçait de relever les ruines religieuses de la Révolution, signalaient comme un danger public la présence des Jésuites, et multipliaient les délations calomnieuses contre la Congrégation, association de piété et de bonnes œuvres. Plus ils réclamaient de liberté pour eux-mêmes, moins ils en accordaient aux autres.
Napoléon mourut le 5 mai 182 1, laissant dans cette France qui lui devait tant de gloire et de misères, des admirateurs enthousiastes et les souvenirs les plus douloureux
Les élections de 182 1 donnèrent aux royalistes trois cent cinquante voix contre quatre-vingts. La politique modérée de Richelieu ne leur convint pas. Unis à la gauche, ils insérèrent dans l'adresse un passage exprimant « la juste confiance qu'une paix si précieuse n'est point achetée par des sacrifices incompatibles avec l'honneur de la nation et la dignité de la couronne. » On visait ainsi la non-intervention en Italie, où l'Autriche avait occupé Naples et le Piémont (mars-avril 1821). Le roi refusa d'entendre la lecture de l'adresse. Richelieu céda devant l'opposition de la chambre, et, après avoir présenté deux lois qui semblaient devoir lui concilier la droite, il se retira et mourut peu de mois après, estimé de ceux qui l'avaient le plus combattu.
Le nouveau ministère fut constitué le 15 décembre : Villèle avait les Finances, Mathieu de Montmorency les Affaires étrangères, Corbière l'Intérieur, Peyronnet la Justice, le duc de Bellune la Guerre, Clermont- Tonnerre la Marine. C'était la droite qui arrivait aux affaires.
Le libéralisme, vaincu dans la chambre, ne pouvait se relever que par des conspirations. Sous l'influence du comité directeur, qui promettait d'envoyer ses membres au moment opportun, le 29*^ de ligne devait se soulever à Belfort. Le complot échoua par une indiscrétion. Les condamnations prononcées par la cour de Colmar furent peu nombreuses et peu graves.
Le lieutenant-colonel Caron et le lieutenant Roger furent arrêtés par les escadrons qui les avaient suivis aux cris de : « Vive Napoléon II ! »
HISTOIRK DE FRANCE. 451
Caron fut fusillé et Roger condamné aux travaux forcés (2 juillet, i^r octobre). A Toulon, le capitaine Vallé fut exécuté pour complot. Partout se manifestaient des projets coupables, que la vigilance arrêtait.
Le 21 septembre 1822, les quatre sergents de La Rochelle qui appartenaient au 45e de ligne, eurent un procès célèbre et moururent de manière à susciter des imitateurs. Le complot de Saumur échoua ainsi que celui du général Berton à Thouars. Les conspirateurs appartenaient à l'armée, et, par souvenir de Napoléon ou par mécontentement, ils écoutaient les excitations du comité directeur, plus empressé à compromettre les autres qu'à se mettre lui-même en avant.
La presse provoquait ou soutenait ces mouvements. La chambre aggrava la pénalité pour ces délits, remplaça le jury par les tribunaux, soumit les journaux à l'autorisation préalable, permit le rétablissement de la censure, et accorda aux cours royales le droit de suspendre et de supprimer les publications périodiques.
Dans la seconde session, du 4 juin au 17 août, la chambre vota le budget, qui s'élevait à neuf cent cinq millions de dépenses et neuf cent quatorze de recettes.
L'Espagne était agitée par la lutte entre les Cortès et Ferdinand VIL Cette lutte, dont l'origine était la constitution faite en 1 8 1 2 par les Cortès à Cadix, engendra l'anarchie et amena la captivité du roi. Les empereurs de Russie et d'Autriche, le roi de Prusse, les plénipotentiaires de l'Angleterre, de la France et des puissances secondaires, se trouvaient alors réunis à Vérone et s'occupaient de la traite des noirs, de l'insurrection grecque et de l'état de l'Italie. Montmorency annonça comme résolue une intervention en Espagne. La France avait réuni, en effet, quinze mille hommes sur les Pyrénées, sous prétexte de former un cordon sanitaire contre la fièvre jaune qui sévissait à Barcelone. Villèle, qui aurait voulu éviter la guerre, désavoua Montmorency et le remplaça au ministère par Chateaubriand, qui occuj^^it l'ambassade de Londres. Chateaubriand, qui voyait dans une intervention une occasion pour la France de fortifier sa situation en Europe, poussa le roi dans cette voie, et le discours royal à l'ouverture de la session annonça que l'armée française allait entrer en campagne.
La demande d'un crédit de cent millions provoqua une vive opposition et un discours violent de Manuel, qui, en rappelant le sort de Charles 1'='' et de Louis XVI, l'attribua à l'intervention étrangère. Accusé d'avoir fait l'apologie du régicide, il fut expulsé par décision de la chambre, se
présenta le lendemain et fut enlevé de sa place par des gendarmes (4 mars 1823). Soixante-et-un députés protestèrent avec lui, et ne reparurent plus à la chambre jusqu'au jour de sa rentrée.
Le duc d'Angoulême franchit la Bidassoa avec cent mille hommes sous le commandement des maréchaux Oudinot et INIoncey, du prince de Hohenlohe et des généraux IMolitor et Bordesoulle. Il rencontra sur le territoire espagnol des Français qui, après avoir provoqué les soldats à l'insubordination, tournèrent les armes contre leur fidélité. Ils furent dispersés par quelques coups de canon. Les quatre armées espagnoles de Mina en Catalogne, d'O'Donnel au centre, de ]\Iorillo en Galice et de Ballesteros, ne résistèrent pas à notre attaque. Le duc d'Angoulême entra à Madrid, et plaça sous la protection du drapeau français les libéraux, que menaçait le peuple délivré de la terreur.
Les Cortès se réfugièrent à Cadix, emmenant le roi prisonnier. Le Trocadero fut attaqué avec autant de résolution que de science, et le duc d'Angoulême montra dans cet assaut un brillant courage. Charles- Albert, depuis roi de Piémont, fit vaillamment dans nos rangs ses premières armes. Les Cortès capitulèrent (28 septembre 1823), la constitution de 1812 fut abolie, et Ferdinand \'II recouvra son pouvoir. Cette guerre, rapidement conduite et heureusement terminée, rit honneur à nos armes, fut un échec pour la révolution européenne, consolida le trône de Portugal et ajouta une page à notre gloire militaire.
La Faculté de Droit de Grenoble et l'Ecole Normale supérieure furent supprimées à la suite de manifestations dangereuses. C'est sur la jeunesse que les sociétés secrètes exerçaient particulièrement leur action.
Pour calmer les inquiétudes causées par l'affaiblissement rapide de la santé du roi, A'illèle fit dissoudre la chambre le 24 décembre 1823, et procéder à des élections pour une nouvelle assemblée, qui ne devait être renouvelée que tous les sept ans. Ce fut une chambre « retrouvée ^, comme on le dit, car elle ne comptait que dix-neuf libéraux.
La conversion des rentes 5 0/0 en 3 0/0 au capital de 75 francs fut votée par la chambre et repoussée par les pairs. Le contingent annuel fut porté à soixante mille hommes, la censure rétablie, le Conseil d'Etat épuré. Chateaubriand renvoyé du ministère, et Frayssinous, évêque d'Hermopolis, nommé ministre des Affaires ecclésiastiques et de l'Instruction publique.
Louis XVIII mourut le 16 septembre 1S24. Esprit fin, cultivé, familiarisé avec la philosophie du XV^III'^ siècle, il compta plus sur l'habilet
HISTOIRK DK FRANCE.
que sur la force des principes ; et cependant, c'est par la force du principe monarchique, dont il était le représentant, qu'il s'était imposé aux alliés vainqueurs et avait pris pour lui-même et donné à la France, dans les conseils de l'Europe, le rang qui leur appartenait. « Que Charles X ménage la couronne de cet enfant ! » avait-il dit. Il ne pouvait méconnaître les menaces de l'avenir.
L'avènement de Charles X, qui, depuis trois ans, exerçait sur les affaires une grande influence à cause de la santé de son frère, fut fort bien accueilli. « Point de hallebardes,» avait-il dit aux soldats qui voulaient écarter la foule. Et le mot avait fait fortune. Les difficultés allaient cependant commencer et la royauté subir de plus rudes assauts.
Villèle proposa une loi accordant un milliard d'indemnité aux émigrés. C'était une restitution qui honorait legouvernement et «le complément nécessaire de la Restauration. » Elle fut votée à une grande majorité par les deux chambres. Les membres de l'opinion libérale, qui l'avaient repoussée, furent les premiers à demander et à obtenir leur part{mars 1825). Trente millions de rentes avaient été créés pour payer l'indemnité.
Une loi qui punissait de la peine de mort le vol avec effraction dans les églises et la profanation des hosties consacrées, fut votée avec un amendement qui supprima la peine des parricides, c'est-à-dire l'amputation du poing avant la décapitation. Elle ne fut jamais appliquée. Une ordonnance royale ne fut plus suffisante pour l'autorisation des Congrégations religieuses de femmes, il fallut une loi. L'agitation des esprits à la suite de ces divers votes fut très grande, et la presse s'en fit l'interprète. Les journaux traduits en justice pour leurs excitations furent acquittés.
Charles X fut sacré à Reims le 29 mai 1S25 avec les cérémonies
Charles X.
antique. Ce fut l'occasion de démonstrations enthousiastes auxquelles prit part la nation presque tout entière. Une amnistie générale ainsi que d'abondantes aumônes avaient précédé ce grand acte de foi royal. Lamartine fut l'interprète de la France chrétienne dans le Chant du Sacre, Béranger, de la faction libérale dans le Sacre de Cliarles-le-Simplc . L'un fut récompensé, l'autre resta impuni.
Le général Foy, l'adversaire le plus éloquent de la Restauration, mourut à la fin d'octobre, et cent mille personnes assistèrent à ses obsèques. Une souscription nationale donna un million à sa femme et à ses enfants et un monument à sa mémoire. Il avait attaqué le gouvernement et reçu ses bienfaits.
La chambre reconnut la république d'Haïti moyennant une indemnité de cent cinquante millions pour ses colons, et un abaissement de tarit pour ses marchandises. Elle adopta le projet de loi attribuant la quotité disponible au fils aîné, si le père ne l'avait pas donnée à un autre. En prenant cette mesure pour les successions qui payaient plus de trois cents francs de contributions, la chambre voulait arrêter le morcellement des grandes propriétés. Les pairs, effrayés des attaques contre la résurrection du droit d'aînesse, rejetèrent la loi, et se bornèrent à autoriser la désignation de plusieurs héritiers successifs.
Le jubilé de 1826, pendant lequel le roi et la famille royale accomplirent publiquement leur devoir, fournit à l'opposition des attaques aussi injustes que violentes. La dénonciation du comte de Montlosier contre les Jésuites, dans son Âlé moire à consulter, provoqua un arrêt de la Cour royale de Paris, déclarant l'existence « de la Compagnie incompatible avec tout gouvernement.» Sa pétition à la chambre des pairs fut renvoyée au président du Conseil. La presse s'empara de la question et reproduisit, en les aggravant, les calomnies dont la Compagnie avait été si fréquemment l'objet. Le ministère espéra comprimer ces excès par une loi multipliant les formalités et élevant les amendes et les peines corporelles. La loi fut adoptée par la chambre après de vifs débats, mais elle parut trop impopulaire pour pouvoir être soumise aux pairs. L'Académie avait adressé au roi une supplique rédigée par Chateaubriand, \^illemain et Lacretelle. Le roi refusa de la recevoir et les signataires perdirent leurs emplois. Les obsèques du duc de La Rochefoucauld- Liancourt, qui, pour son opposition, avait été privé de dix-sept places gratuites, donnèrent lieu à un conflit dans lequel son cercueil fut renversé. L'odieux de cet accident retomba sur le ministère. Des cris poussés dans une revue par
HISTOIRK DE FRANCE. 455
la garde nationale provoquèrent sa dissolution (29 avril 1S27). Les obsèques de Manuel furent l'occasion d'une nouvelle manifestat.on de la part des sociétés secrètes, dont la plus hardie : Aide-toi, le Ciel f aidera, avait la main dans toutes les agitations. « A bas les ministres ! » était le mot d'ordre. On ne s'en prenait pas encore, du moins ouvertement, à la royauté, mais on ne l'atteignait pas moins.
Le 5 novembre, une ordonnance créa soixante-seize nouveaux pairs et prononça la dissolution de la chambre des députés. La droite s'unit à la gauche dans les élections et, sur quatre cent vingt-huit élus, le ministère ne compta que cent vingt-cinq partisans. Il y eut à Paris,; le 19, une collision dans laquelle le sang coula. Le ministère donna sa. démission.
Le 4 janvier 182S, un nouveau ministère fut formé. Martignac était àl'Intérieur et fut le chef du Conseil sans en avoir le titre, Portalis à la Justice, Roy aux Finances, de Caux à la Guerre, de la Ferronnays aux Affaires étrangères. De Chabrol et l'évêque d'Hermopolis devaient bientôt après être remplacés par Hyde de Neuville et Mgr Fautrier, évêque de Beauvais. « Vous savez, Messieurs, dit Charles X aux nouveaux ministres, que je ne me suis pas volontairement séparé de M. de Villèle ; son système est le mien, et j'espère que vous vous y conformerez de votre mieux. »
Le ministère n'entra pas moins dans la voie des concessions, sans parvenir à satisfaire l'opposition, dont les exigences devenaient de jour en jour plus impérieuses. Une commission de neuf membres, présidée par l'archevêque de Paris, avait été chargée d'examiner si la loi était exécutée dans les écoles secondaires ecclésiastiques. Huit de ces écoles étaient dirigées, sous la juridiction des évêques, par des Jésuites. La commission déclara, après une longue enquête, qu'il n'y avait rien dans ces écoles qui fût contraire à la charte et aux lois. Le ministère repoussa l'avis de la commission, et le roi, après une longue résistance, signa deux ordonnances aussi contraires aux intérêts du royaume qu'à la justice. La première ( 16 juin 1828 ) soumettait au régime de l'Université les écoles secondaires ecclésiastiques d'Aire, de Billom, de Bordeaux, de Dôle, de Forcalquier, de MontmoriJlon, de Saint- Acheul, de Saint-Anned'Auray,et obligeait quiconque prenait part à l'enseignement à déclarer, par écrit, qu'il n'appartenait à aucune Congrégation religieuse non légalement reçue en France. ■
La seconde rendait nécessaire l'autorisation du gouvernement pour les
456 HISTOIRK DE FRANCK.
petits séminaires, fixait à vingt mille le nombre de leurs élèves, défendait de recevoir des externes, et obligeait à porter l'habit ecclésiastique après deux années d'études.
Cette atteinte à la liberté combla de joie les libéraux, et provoqua de la part de l'épiscopat des protestations d'une liberté évangélique. Les évêques ne pouvaient accuser les intentions du roi, et le Pape leur conseilla de s'incliner devant une nécessité politique. Cette nouvelle concession de la royauté ne fut pas plus efficace que les autres.
Le ministère proposa la révision annuelle des listes électorales. Cette révision n'avait lieu qu'au moment des élections, et les listes n'étaient pas à la disposition du public. La loi fut votée à quelques voix de majorité.
Toute action électorale avait été interdite aux agents du pouvoir, la presse était affranchie de l'autorisation royale, la censure abolie, et la Compagnie de Jésus privée de ses collèges. Le pouvoir ministériel livrait la royauté à ses ennemis.
Le dévouement loyal de M. de Martignac n'était pas douteux, mais son mouvement vers le centre gauche inquiétait le roi. Il crut avoir trouvé un moyen de fortifier le ministère en changeant sa direction. De la Ferronnays, ministre des Affaires étrangères, venait de se retirer à cause de sa santé. Son remplacement par Polignac, celui de Martignac par Ravez, et celui d'Hyde de Neuville à la Marine par Martignac, auraient ramené l'extrême droite, rallié les amis du ministère et réduit à l'impuissance la gauche et le centre gauche. Martignac repoussa la combinaison, et Polignac, appelé à Paris, ne put déterminer Casimir Périer, Portai, Laine, Royer-Collard et Mole à faire partie d'un ministère nouveau. Martignac resta maître. Il aimait le pouvoir, voulait servir la royauté, et la puissance de sa parole dominait même ses ennemis. <<: Tais-toi, syrène,» lui cria un jour Dupont de l'Eure, effrayé de ce charme vainqueur.
Le roi fit un voyage dans les provinces de l'Est, et y reçut un accueil qui le toucha. Mais à ce moment même s'accomplissait l'union de toutes les gauches, qui devait rendre Martignac impuissant et pousser le roi dans une impasse. Guizot, fondateur de la société : Aide-toi, le Ciel t' aidera, y fit entrer des républicains comme Bastide, Cavaignac, Boinvilliers et Carnot. Quelques modérés se retirèrent, mais, Béranger s'étant fait poursuivre pour ses chansons, tous les hommes du parti libéral lui firent cortège devant la justice et embrassèrent sa cause. Le centre gauche fit cause commune avec la gauche, et, pour aller droit au roi, décida le renversement du ministère Martignac.
HISTOIRK DE FRANCE. 457
Le ministre proposa deux lois d'organisation municipale et départementale, hautement décentralisatrices. La gauche, qui ne voulait pas de ces lois, parce qu'elle n'a jamais aimé la liberté que comme une arme, n'osait pas les attaquer, et la droite, qui avait toujours réclamé en faveur des immunités provinciales, se trouvait fort embarrassée, car son vote favorable fortifiait le ministère. Le roi avait exigé qu'elles ne fussent pas séparées. Il avait raison au fond. Au point de vue parlementaire, c'était une épreuve à laquelle il soumettait le ministère.
Le 9 février 1826, Martignac lut l'exposé des motifs justifiant le principe et les dispositions de la loi. La gauche et le centre applaudirent, la droite resta silencieuse. Le lendemain, le ministère ayant demandé que la loi municipale précédât la loi électorale, le centre gauche, la gauche et la droite votèrent contre, et le ministère subit une première défaite.
Le rapport, que la commission avait confié au général Sébastiani, fut rédigé par M. Guizot, et, malgré les concessions faites par le roi, qui se désaisissait de la nomination des conseillers généraux et la confiait à trente mille censitaires, la loi était bouleversée. L'éloquence de Martignac fit préférer le projet du ministère à celui de la commission, mais la cause n'était pas gagnée. Le 8 avril, le débat s'ouvrit sur les conseils d'arrondissement. Un amendement qui en repoussait la création fut voté. Martignac était immédiatement sorti, avait couru aux Tuileries, et en revenait en annonçant que le gouvernement retirait la loi.
Le roi ne renvoya pourtant pas le ministère. Il attendit trois mois, jusquà la clôture de la session pendant laquelle le budget avait été voté, mais avec des intentions peu bienveillantes. On apprit alors, non sans étonnement, que Martignac était renvoyé, et que le prince de Polignac recevait la mission de former un ministère (9 août 1829).
Le prince de Polignac avait les Affaires étrangères, Bourmont la Guerre, de la Bourdonnaye l'Intérieur, Courvoisier la Justice, Chabrol les Finances, le vice-amiral de Rigny la Marine, de Montbel les Affaires ecclésiastiques et l'Instruction publique. C'était un ministère de droite, qui provoqua dans la presse libérale une explosion de colère. Les assodations secrètes multiplièrent leurs réunions, on proposa le refus de l'impôt, et l'appel à la révolte se répandit sous toutes les formes.
A l'ouverture de la session, le 2 mars 1 830, le roi fit appel à la concorde et revendiqua avec fermeté les droits de la couronne. « Si de coupables manœuvres, dit-il, suscitaient à mon pouvoir des obstacles que je ne dois pas, que je ne veux pas prévoir, je trouverais la force de les surmonter
dans la juste confiance des Français, et dans l'amour qu'ils ont toujours montré pour leur roi. >
Dans son adresse, la chambre des pairs déclara les droits de la couronne inséparables des libertés publiques. L'adresse de la chambre des députés, votée par deux cent vingt-et-une voix contre cent quatrevingt-une, fut un acte de défiance contre le ministère. « La charte, disait-elle, a fait du concours permanent des vues de votre gouvernement avec les vœux de votre peuple, la condition indispensable de la marche régulière des affaires publiques. Sire, notre loyauté, notre dévouement nous condamnent à vous dire que ce concours n'existe pas. »
Le lendemain, la chambre fut prorogée jusqu'en septembre et, le 36 mai, dissoute.
Le peuple livré à lui-même montrait un profond attachement pour la race royale. Ce que le gouvernement avait réalisé pour la prospérité intérieure après les catastrophes de l'empire et les désastres de l'invasion étrangère, le secours donné à la Grèce et l'attaque dirigée contre Alger, auraient fait taire les passions politiques si le peuple avait toujours le sentiment véritable de ses intérêts et l'exacte notion de ses devoirs.
La Grèce s'était soulevée en 1821 contre le joug de la Turquie. Sa cause, soutenue par la bravoure et chantée par la poésie, était devenue populaire en Europe. La chute et la destruction de Missolonghi (12 avril 1826) avaient déterminé une action politique réglée par le traité de Londres (6 juillet 1827) entre l'Angleterre, la France et la Russie. Le général Maison conduisit vingt mille Français en Morée, et les trois flottes alliées détruisirent, dans la baie de Navarin, la flotte égyptienne. Le traité d'Andrinople (14 septembre 1829) assurait l'indépendance de la Grèce. C'était un succès pour la politique de la France, mais ceux-là mêmes qui avaient le plus vivement poussé le gouvernement dans cette voie, ne lui surent aucun gré de la décision de sa politique et du succès de ses armes.
La prise d'Alger devait donner une force nouvelle au roi. Des fournitures de grains ayant été faites sous le consulat et sous l'empire par des négociants algériens, la créance avait été reconnue le 28 octobre 1819, et fixée à sept millions, qui devaient être payés par douzièmes, déduction faite des sommes dues à des commerçants français. Hussein demandait que les paiements fussent faits entre ses mains et, ne pouvant l'obtenir, malgré de fréquentes-réclamations, il écrivit au roi, qui ne répondit •pas. Le Dey s'en montra profondément offensé.
HISTOIRE DK FRANCK. 459
Le consul de France, Deval, ayant réclamé dans une audience publique la restitution de deux navires romains pris par des corsaires, Hussein répondit avec colère, et le frappa au visage de son éventail. Le gouvernement français demanda une réparation, qu'il n'obtint ni de Hussein, ni du sultan son suzerain. Les côtes de l'Algérie furent bloquées, mais d'une manière trop inefficace pour amener une capitulation. Il fallut frapper un grand coup.
Le 26 mai 1830, la flotte, composée de cent trois bâtiments de guerre montés par vingt-sept mille marins, et de trois cent trente-sept transports, quittait la rade de Toulon, sous les ordres du vice-amiral Duperré, et portait trente-sept mille hommes formant les trois divisions Berthezène, Loverdo et d'Escars, sous le commandement du lieutenant général de Bourmont. L'Angleterre, voyant d'un œil jaloux cette expédition, avait adressé une note dans laquelle perçait une menace. Le ministre de la Marine, baron d' Haussez, se contenta de répondre par l'indication du jour et de l'heure où la flotte quitterait Toulon. L'Angleterre ne se trouva pas au rendez-vous.
Le débarquement eut lieu le i4Juin, dans la presqu'île de Sidi-Ferruch, à cinq lieues d'Alger. Cinquante mille hommes, sous le commandement d'Ibrahim, occupaient le plateau de Staouëli. Ils furent complètement battus le 19, et nos soldats victorieux investirent le fort de l'Empereur, qui défendait Alger au sud. L'attaque eut lieu aussitôt, si vive et si bien dirigée que, les Algériens, jugeant la résistance inutile, firent sauter le fort. Nos troupes s'y établirent et bombardèrent Alger. Le Dey demanda aussitôt à capituler, et, le 5 juillet, Bourmont prenait possession de la ville au nom du roi de France. C'était un brillant fait d'armes et une glorieuse conquête, dont la France accueillit la nouvelle avec enthousiasme. Bourmont fut fait maréchal, Duperré entra à la chambre des pairs, et l'armée reçut les récompenses dues à un si brillant et si rapide résultat.
La presse libérale tourna contre le roi la prise d'Alger et prétendit qu'il en profiterait pour supprimer la charte. Le remplacement de Chabrol et de Courvoisier, qui avaient donné leur démission parce qu'ils conseillaient des concessions, et avaient été remplacés par de Chantelauze et de Peyronnet, que l'on représentait comme intransigeants, excita les passions. Les élections renvoyèrent à la chambre les deux cent vingt-et-un, que fortifièrent quarante-neuf opposants. La situation devenait insoutenable. Il fallait se soumettre ou recourir au moyen extrême que l'article 14 de la charte mettait à la disposition du roi, en lui accordant le pouvoir de « faire des
ordonnances pour l'exécution des lois et la sûreté de l'État. » Le 25Juillet, tous les ministres signèrent les ordonnances, que le Moniteur publia le lendemain.
La première suspendait la liberté de la presse périodique et soumettait les journaux à l'autorisation préalable. La seconde, invoquant les manœuvres frauduleuses, dissolvait la chambre qui venait d'être nommée. La troisième excluait des collèges électoraux les patentés et obligeait les électeurs à écrire leur bulletin sur le bureau. La quatrième convoquait les collèges électoraux pour le 13 septembre, et la nouvelle chambre pour le 28.
Il fallait s'attendre à une violente opposition, et le pouvoir, qui recourait à cette mesure extrême, aurait dû réunir les forces nécessaires pour la soutenir ; mais la garnison ne fut pas augmentée, et aucune précaution ne fut prise pour repousser une insurrection que tout annonçait.
Une réunion de députés et de journalistes signa une protestation déclarant qu'on ne tiendrait pas compte des ordonnances. «Le gouvernement, disait-elle, a perdu aujourd'hui le caractère de légalité qui commande l'obéissance. Nous lui résistons pour ce qui nous concerne. C'est à la France à juger jusqu'où doit s'étendre sa propre résistance. »
Le 27, le Globe, le National et le Temps parurent malgré les ordonnances. Des groupes se formèrent dans les rues et sur les places. Les cris de: « Vive la charte ! » retentissaient de toutes parts. Les commissaires de police ayant voulu briser les presses, les journalistes protestèrent au nom de la loi. Des barricades s'élevèrent, les membres des société secrètes prirent les armes, des coups de fusil furent tirés, les élèves de l'école polytechnique se mirent à la disposition des députés, et l'insurrection s'organisa rapidement.
Le 28, le rappel battit dans tous les quartiers, le drapeau tricolore reparut, et les insignes de la royauté furent détruits sur les monuments. Paris fut mis en état de siège. Le maréchal Marmont, chargé du commandement des troupes, avait pris d'excellentes mesures, mais il avait peu de soldats, et les insurgés montraient une résolution qui attirait les indécis. Le premier engagement eut lieu entre les insurgés concentrés dans la la Cité et les Suisses. La lutte s'étendit. Marmont, gêné par des accusations injustes mais tenaces, hésitant à cause de ses relations avec les libéraux et réduit à défendre avec peu d'hommes, à qui les vivres et les munitions manquaient, une immense étendue, se troublait et conseillait des concessions. Le sang coulait dans Paris, et ceux-là mêmes qui ne s'étaient
pas d'abord prononcés faisaient des vœux pour l'insurrection, dont ils croyaient le succès assuré, et passaient de son côté.
Le roi était à Saint-Cloud sans croire encore à un grand danger ; il apprit bientôt que les troupes de ligne se battaient mollement, que les Suisses étaient découragés, quoique fidèles, et que la garde royale faisait son devoir. Les affirmations de Marmont sur les dispositions conciliatrices du roi ne firent qu'enhardir les insurgés, et, dans la matinée du 29, les casernes de Tournon, de Saint-Thomas d'Aquin et de Babylone furent prises. Le peuple se précipita dans le Louvre, qu'un bataillon venait de quitter, et les Suisses isoles abandonnèrent leur poste. Marmont évacua les Tuileries pour se porter sur les Champs- Elysées. La foule se précipita dans la demeure royale et y donna le spectacle déplorable qu'offrent dans tous les temps les insurrections victorieuses.
Les députés, qui avaient par leur proclamation déchaîné le peuple, ne savaient que résoudre. Lorsque la garde royale eut quitté Paris et que la plupart des régiments eurent passé du côté du peuple, réunis à l'Hôtel Laffitte, ils nommèrent La Fayette commandant de la garde nationale et mirent le général Gérard à la tête de l'armée. Une commission composée de Casimir Périer, du comte Lobau, de Schonen, d'Audry de Puyraveau et de Mauguin, alla s'installer à l'Hôtel-de-Ville et publia l'avis suivant : « Les députés présents à Paris ont dû se réunir pour remédier aux graves dangers qui menacent la sûreté des personnes et des propriétés.
Louis-Philippe 1"
462 HISTOIRK DE FRANCE.
Une commission a été nommée pour veiller aux intérêts de tous en l'absence de toute organisation régulière. » ^
L'arrivée des troupes royales à Saint-Cloud révéla au roi toute l'étendue du désastre. Il chargea le duc de ]\Iortemart de former un ministère et fit dire qu'il retirait les ordonnances. Il était trop tard.
La foule criait : « Plus de Bourbons ! » Les députés et les pairs, qui ne voyaient pas sans effroi le mouvement républicain s'accentuer, recoururent à un Bourbon depuis longtemps séparé de la branche aînée. La famille d'Orléans avait été tenue à l'écart par Louis XVIII, et son chef, Louis-Philippe, dont le nom fut prononcé en 1814, lorsque les alliés cherchaient un successeur à Napoléon, était resté quelque temps exilé en Angleterre. Charles X lui accorda les honneurs et les biens que son frère lui avait refusés. Le Palais- Royal n'en resta pas moins le centre des intrigues, le rendez-vous des mécontents, et les libéraux, qui ne voulaient pas aller jusqu'à la république, s'appuyaient sur lui. Lorsque les ordonnances parurent, Louis-Philippe était à Neuilly, qu'il quitta pour le Raincy, pendant que chez Laffitte on travaillait à le faire roi. C'est de là que sortit la proclamation suivante : « Charles X ne peut plus rentrer dans Paris : il a fait couler le sang du peuple. — La république nous exposerait à d'affreuses divisions ; elle nous brouillerait avec l'Europe. — Le duc d'Orléans est un prince dévoué à la cause de la Révolution. — Le duc d'Orléans ne s'est jamais battu contre nous. — Le duc d'Orléans était à Jemmapes. — Le duc d'Orléans est un roi-citoyen. — Le duc d'Orléans a porté au feu les couleurs tricolores ; le duc d'Orléans peut seul les porter encore ; nous n'en voulons point d'autres. — Le duc d'Orléans ne se prononce pas. Il attend notre vœu. Proclamons ce vœu, et il acceptera la charte comme nous l'avons toujours entendue et voulue. C'est du peuple français qu'il tiendra sa couronne. »
Louis-Philippe parut hésiter, quoiqu'il fût arrivé au terme de ses désirs, mais il s'agissait d'une usurpation de famille, toujours coupable et particulièrement odieuse en cette circonstance, à cause de la bienveillance de Charles X. Chateaubriand le supplia de rester fidèle, mais les libéraux le pressaient de barrer le chemin à la république. Il accepta le titre de lieutenant général du royaume, en annonçant dans la proclamation qu'il se rendait au désir des députés présents à Paris, et que « la charte serait désormais une vérité. » Une proclamation rédigée par Guizot et signée par quatre-vingt-onze députés donna le programme de celui dont on disait : « II est dévoué à la cause nationale et constitutionnelle. Il en
HISTOIRK DK FRANCE. 463
a toujours défendu les intérêts et professé les principes. Il respectera nos droits, car il tiendra de nous les siens. »
Le 31 juillet, les députés se rendirent au Palais-Royal et conduisirent Louis-Philippe à l'Hûtel-de-Ville. Là on lut la déclaration, et le général Dubourg, montrant la place remplie d'une foule agitée, dit à l'élu des députés : « Vous connaissez nos droits ; si vous les oubliez, nous vous les rappellerons. » Quelques cris de «Vive la République !» avaient été proférés. La Fayette parut au balcon, un drapeau à la main, fut embrassé par le duc d'Orléans et s'écria : « Voilà la meilleure des républiques ! »
Cependant à Saint-Cloud le vieux roi voyait tout s'écrouler en face de lui. L'armée avait fait défection après une lutte inégale. Quelques régiments et les gardes du corps restaient seuls fidèles, mais ils ne pouvaient que garantir la sécurité de la famille royale. Le i'^'' août, il nomma le duc d'Orléans lieutenant général du royaume. Le lendemain il lui écrivit : « Je suis trop profondément peiné des maux qui affligent ou qui pourraient menacer mes peuples, pour n'avoir pas cherché un moyen de les prévenir. J'ai donc pris la résolution d'abdiquer la couronne en faveur de mon petit-fils.
» Le Dauphin, qui partage mes sentiments, renonce aussi à ses droits en faveur de son neveu.
» Vous aurez donc, en votre qualité de lieutenant général du royaume, à faire proclamer l'avènement de Henri V à la couronne. »
Le porteur de cette lettre ne fut pas reçu au Palais-Royal. Le duc d'Orléans aimait mieux la couronne donnée par une révolution que la régence confiée par le roi.
Le 7 août, la chambre des députés déclara, par deux cent dix-neuf voix contre trente-trois, le trône vacant. Elle revisa rapidement la charte, et le 9 proclama Louis-Philippe d'Orléans roi des Français. Le programme de la nouvelle royauté avait été formulé par La Fayette : « Un trône populaire, entouré d'institutions républicaines. »
Charles X était à Rambouillet avec douze mille hommes et trente-huit canons. Une démonstration de la population parisienne fut faite pour l'éloigner. Elle était plus ridicule que redoutable et on en aurait eu facilement raison. Mais la Cour était découragée, et elle se détermina à se diriger vers Cherbourg, accompagnée de cinq commissaires qui avaient pour mission de veiller à sa sûreté. Charles X partait en roi, et il reçut à Valognes les drapeaux des troupes fidèles. Le 16 août, il s'embarquait
pour l'Angleterre sur un vaisseau américain commandé par Dumont d'Urville avec le duc d'Angoulême, la fille de Louis XVI et le duc de Bordeaux. La royauté traditionnelle succombait encore une fois sous les coups de la Révolution.
La Restauration avait donné à la France quinze ans de paix, après les guerres sanglantes de la République et de l'Empire. Elle lui avait fait goûter une liberté éloignée de la licence et une prospérité financière et commerciale qu'elle ne connaissait pas. Nous avions repris notre rang en Europe, notre voix était écoutée dans le conseil des rois, et un grand mouvement intellectuel assurait notre prépondérance dans toutes les nations. Elle avait essayé, d'une manière sincère, la pratique du gouvernement représentatif, relevé le crédit et ouvert la voie aux plus légitimes espérances. Sa chute montrait que la Révolution n'était pas finie.