‹ Histoire de FranceChapitre 5 sur 46 · I. — LOUIS XIII. La Minorité. Richelieu · texte numérisé non relu

I. — LOUIS XIII. La Minorité. Richelieu

^^^^^^^PÎI laissait trois fijs et trois filles, dont l'aîné

I n'avait pas neuf ans. D'Épernon fit proclamer par le p; parlement la reine régente, «avec toute puissance et g autorité. » Le lendemain le jeune roi confirma cet I acte dans un lit de justice, « conformément à la R volonté de son père. »

Le conseil de régence fut composé de l'ancien con-

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seil et des princes, des cardinaux, des maréchaux et des grands officiers de la couronne. L'édit de Nantes fut confirmé, et l'armée qui devait opérer en Allemagne, réduite à dix mille hommes.

Pendant que Condé, le comte de Soissons, Mayenne, le duc de Bouillon, Guise, Conti, d'Épernon, recevaient le prix de leurs complaisances ou des services que l'on attendait d'eux, la régente était dominée par sa sœur de lait, Léonora Galigaï, femme d'un Florentin nommé Concini. Sully s'était retiré dans son château de Villebon, où il vécut encore trente ans. Les finances passèrent à Jeannin, à Châteauneuf, à de Thou, et Concini y puisa à pleines mains.

Il acheta la charge de gentilhomme de la Chambre, le marquisat d'Ancre, les gouvernements de Péronne, de Roye, de Montdidier, de Dieppe, de Pont de l'Arche, de Ouillebœuf et de Bourg. Il fut fait maréchal. Sa femme vendait les offices, les charges et l'impunité à qui pouvait les payer. ^ L'assemblée générale des protestants, autorisée par l'édit de Nantes, réunie à Saumur, demanda des concessions nouvelles et le droit de

sessions périodiques à courts intervalles. Elle rétablit l'Union et fit une division des provinces en Cercles. Le duc de Rohan, gendre de Sully, «qui pensoit dès lors à hasarder tout, et périr ou faire une république, » y joua un rôle considérable. Lorsque, le 25 mars 1612, le mariage de Louis XIII avec une fille de Philippe III et de sa sœur avec le futur roi d'Espagne fut annoncé, les protestants s'effrayèrent, et. après un synode à Privas, provoquèrent des troubles à la Rochelle et dans le midi.

La mort de Mayenne, le 3 octobre 161 1, fut un malheur, car il contenait l'esprit turbulent de la noblesse. « Le temps des rois est passé, disait-elle ; celui des princes et des grands est venu. » Les gouvernements et les pensions ne pouvaient la satisfaire. Le comte de Soissons et Condé, qui s'étaient éloignés de la cour, y furent ramenés par l'empressement de Concini à tout accorder, et si la mort du comte de Soissons (30 octobre 1612) retarda la coalition, elle se reforma aussitôt. Condé quitta la cour avec les ducs du Maine et de Nevers, et à Mézières, oii il fut rejoint par de nombreux seigneurs, il publia un manifeste dans lequel il déclarait vouloir mettre fin aux abus. La régente proposa une conférence à Soissons. On ne s'y entendit pas, mais les négociations reprises aboutirent, le 13 mai 1613, au traité de Sainte-Menehould. On promit à Condé tout ce qu'il demandait, on paya ses troupes, et on reconnut qu'il avait agi « pour le bien de la France. »

Après un voyage du roi à Orléans, à Poitiers et à Nantes, il fut déclaré majeur (2 octobre). Les États demandés par les princes se réunirent à Paris, au couvent des Augustins, le 14 octobre 1614. Après une procession solennelle, la vérification des pouvoirs et la visite des ordres entre eux, la délibération s'ouvrit. Le cahier général fut arrêté le 2 1 février 161 5. L'évêque de Luçon, Richelieu, fut l'orateur du clergé, dont il exposa éloquemment les vœux. L'assemblée, rapidement congédiée, fut représentée à Paris par une commission, et le 24 mars le roi accorda provisoirement la suppression de la vénalité des charges, l'établissement d'une chambre de justice pour rechercher les exactions financières, et la diminution de quelques pensions.

Ce n'était qu'une petite partie de ce que les États avaient demandé. Le parlemervt, qui n'avait pas été consulté, se plaignit, et déclara qu'il aviserait « aux propositions que l'on ferait pour le service du roi, le soulagement du peuple ou le bien de son État. » Le grand conseil supprima l'arrêt du parlement, et lui défendit de se mêler des affaires publiques.

Condé, après s'être élevé contre la composition du conseil, l'altération des élections et la dissolution des États, accusa hautement l'avidité de Concini, et désigna comme responsables avec lui, Sillery, son frère, et deux conseillers d'Etat, qu'il appelait les cinq directeurs.

Le 17 avril 1615, le roi quitta Paris pour recevoir la princesse qui devait être sa femme. A Poitiers, il déclara criminels de lèse-majesté les princes qui avaient pris les armes. Condé répondit que le roi n'était pas libre, et, avec huit mille hommes, tenta de lui fermer la route de Bordeaux. Le maréchal de Bois-Dauphin protégea la cour. Les deux mariages furent célébrés par procuration, le 18 octobre, à Bordeaux et à Bourges, et le 10 novembre Anne d'Autriche était remise au roi.

Il fallut encore protéger le retour. Une suspension d'armes fut convenue le 20 janvier 1616, et, à la suite de conférences tenues à Loudun, le traité fut conclu au mois de mai. Le roi reconnut Condé et ses amis pour bons et loyaux sujets qui « n'avaient rien fait qui ne lui fût agréable, » paya leurs troupes, donna au prince cinq villes de sûreté, et à ses alliés des honneurs et des charges. Il ne fut pas question du bien public, qui avait été le prétexte de la révolte. Le conseil fut renouvelé, mais Concini en fit toujours partie.

Richelieu, grand aumônier de la maison de la reine-mère, entré au conseil avec la charge des affaires étrangères, y faisait prévaloir les mesures énergiques. Le i^'' octobre, Condé fut arrêté au Louvre et conduit à la Bastille. Bouillon. Vendôme, Mayenne, Guise se retirèrent à Soissons. Le roi fit connaître au parlement les motifs de sa conduite, et à quelques paroles conciliantes mêla des menaces. Concini, dont l'hôtel avait été pillé, revint à Paris. Moins ambitieux que sa femme, il eût voulu emporter ses richesses et rentrer dans son pays. Mais il fallait à Léonora Galigaï le pouvoir ; elle le retint.

Les princes faisaient des levées. Le 13 février, ils furent déclarés criminels de lèse-majesté, et trois armées marchèrent contre eux en Picardie, en Champagne et en Berry. Ils se renfermèrent à Soissons, où ils auraient été contraints de se rendre, lorsqu'un événement imprévu suspendit tout.

Louis XIII avait seize ans, souffrait impatiemment la tutelle de sa mère et éprouvait de la répulsion pour Concini. Sombre, soupçonneux, il ne se fiait à personne. Un gentihomme de Provence, Albert de Luynes, qui excellait à élever les émerillons,lui plaisait, et il l'avait fait gouverneur d'Amboise et des Tuileries. Concini était jaloux. Une conspiration fut

formée contre lui avec l'assentiment du roi. Le 24 avril 161 7, Vitry, capitaine des gardes, accompagné de quelques gentilshommes, l'aborde sur le pont du Louvre et l'arrête au nom du roi. « Moi, prisonnier ! » s'écrie le maréchal en portant la main à son épée. Il est frappé de trois balles et achevé à coups de poignard. Ceux qui voulaient le défendre ou

le venger furent désarmés par la [.résence du roi à une fenêtre, d'où il semblait autoriser ce qui se lisait. Léonora ialigaï, enveloppée dans la chute de son mari, fut accusée de toute sorte de crimes, surtout de sorcellerie , décapitée en place de Grève et brûlée.

Elle mourut avec courage.

Le roi annon-.

ça la volonté de régner seul. Marie quitta la cour, Richelieu fut renvoyé dans son évêché, les anciens ministres reprirent leur

Louis Xlir, d'après l'ouvrage : Les Hommes illustres et grands capitaines pOSte, et leS prOfrançais qui sont peints dans la galerie du Palais-Royal. tCStationS de fidé-

lité et de dévouement arrivèrent de toutes parts. Luynes ramena l'ordre, proscrivit les duels, et convoqua les notables à Rouen. Sur les cinquantetrois membres il y avait quatre protestants. Les délibérations portèrent sur les conseils, les dépenses, les pensions, la vénalité des charges, la

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réduction des offices et des mesures financières. Les propositions du gouvernement furent adoptées, mais on mit peu de soin à les exécuter.

Quand les grands virent Luynes devenir duc et pair, gouverneur de Picardie, épouser une Rohan et combler les siens, ils se réunirent auprès de Marie et associèrent leurs mécontentements. Luynes surprit ces projets et frappa les coupables. Richelieu fut exilé à Avignon et Marie promit de se rendre à Fontainebleau. Elle obtint ainsi un relâchement à la surveillance dont elle était l'objet, sortit par une fenêtre du château de' Blois, et rejoignit à Loches d'Epernon, qui l'attendait avec cent vingt chevaux. Elle déclara dans un manifeste que sa conscience l'obligeait à sauver l'Etat, en rendant la liberté au roi et en corrigeant les abus; mais elle trouva peu d'appui. Richelieu, rappelé, négocia et obtint pour elle, par le traité d'Angoulême, le gouvernement de l'Anjou, la conservation de ses charges et le paiement de ses dettes. Elle ne se pressa pas de rentrer à la cour, et devint à Angers le centre de tous les mécontents. Retz, Longueville, Vendôme, Nemours, le comte de Soissons, d'Epernon, Mayenne l'entouraient, et, lorsqu'elle se crut assez forte, elle demanda satisfaction pour eux.

On aurait cédé, mais Condé poussait aux mesures rigoureuses. Le roi partit le 7 juillet 1620, laissant à sa jeune femme la présidence du conseil ; le 10 il entrait à Rouen, le 17 il faisait capituler Caen, et la province se soumit. Il marcha sur l'Anjou, et trouva l'armée de la reine aux Ponts-de-Cé. Le maréchal de Praslin la battit le 7 août. Richelieu obtint, par le traité d'Angers, la confirmation de celui d'Angoulême, et pour lui-même la promesse du chapeau de cardinal.

Les troubles religieux et l'exécution de l'édit de Nantes appelèrent le roi dans le Béarn et à Montauban. Rentré à Paris le 28 janvier 1622, il en repartit à la fin de mars, pacifia le midi, et fit un accord avec la Savoie et Venise. Vieuville avait les finances, le fils de Sully l'artillerie, Sillery les sceaux, et son fils Puisieux les affaires étrangères. Richelieu paraissait vouloir se tenir à l'écart, et Condé, dont le dépit était facile, quitta encore une fois la cour.

Au mois de février 1624, Louis XIII offrit à Richelieu l'entrée du conseil. Le nouveau cardinal accepta à condition de se borner à assister aux délibérations. Bientôt il y prit une part active, soumit tout à son autorité impérieuse, et domina les ministres et le roi.

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