II. - — ■ La lutte contre les Protestants
ii'ÉDiT de Nantes avait ordonné la restitution des biens enlevés à l'Église dans le Béarn. Henri IV s'était contenté de payer une indemnité au clergé, mais les États de 1614 avaient demandé l'exécution, qu'un arrêt du conseil du 25 juin 161 7 prescrivit. Les États de Béarn protestèrent et reçurent l'ordre de se séparer. L'assemblée réunie à Loudun le 26 septembre 16 19 ayant voulu imposer des conditions au roi, Luynes résolut d'agir avec vigueur. Il délivra Condé.lui rendit ses honneurs, appela Lesdiguières, prescrivit la cessation Immédiate des délibérations, et calma pour un moment l'agitation.
Si la révolte n'était pas ouverte, la résistance se préparait. Le roi entra à la tête de son armée en Saintonge et en Guyenne, où il donna quelques exemples de sévérité. Il arriva jusqu'à Pau, où il déclara la Navarre unie à la couronne, et forma un parlement des deux conseils souverains. Les députés de Loudun, réunis à La Rochelle, prétendirent continuer leurs délibérations malgré l'ordre royal (février 1621). Ils appelèrent les protestants aux armes, divisèrent la France en huit départements, mirent l'armée sous les ordres de Bouillon, établirent des taxes et organisèrent un gouvernement. Rohan prit le commandement, que Bouillon avait refusé.
Le roi nomma Luynes connétable, donna à Lesdiguières le titre de maréchal général, quitta Paris après avoir obtenu du clergé une contribution extraordinaire, occupa Saumur, reçut la soumission des villes de a Touraine et du Poitou, prit Saint-Jean d'Angely, bloqua La Rochelle, et entra à Clérac sur le Lot après une lutte de douze jours.
Montauban était au midi le centre de l'action protestante. La Force y commandait, le pasteur Chamier et lemaire Dupuy y entretenaientl'ardeur guerrière. L'armée royale alla l'assiéger. Plusieurs tentatives échouèrent. Mayenne, qui dirigeait les travaux, fut tué, et, la place ayant reçu des renforts, le siège dut être levé. Luynes essaya de réparer cet échec en attaquant le château de Monheur, afin d'assurer ses communications par la Garonne. Monheur capitula le 11 décembre, et le 14 Luynes mourait presque subitement.
Tout le rnidi était en feu. Les villes s'armaient, des bandes pillaient les couvents, égorgeaient les religieux et détruisaient les églises. Le roi partit avec Condé, Schomberg et Anne d'Autriche, mit en fuite Soubise
dans les marais de Rye et de Saint-Gilles, bloqua La Rochelle, prit Royan et traita avec La Force enfermé dans Sainte-Foy. La prise de Saint- Antonin et de Nègrepelisse fut suivie de sanglantes exécutions. Carcassonne, Narbonne et Béziers firent leur soumission, et, après la prise de Lunel et de Sommières, le siège fut mis devant Montpellier. La division affaiblissait les protestants,et les exigences du conseil général des Eglises décourageaient les chefs. Une diversion tentée en Champagne par Chritian et Mansfeld leur donna quelque espoir, mais, pris entre l'armée espagnole et celle du duc de Nevers, ils furent écrasés (28 août 1622).
Un traité fut conclu à Montpellier. Il confirmait l'édit de Nantes, ordonnait la destruction des fortifications des villes et des châteaux, et accordait deux places de sûreté, Montauban et La Rochelle (9 oct. 1622.)
La paix n'était pas sûre. Soubise attaqua le fort du Blavet, mais Vendôme l'obligea à rentrer, et les Rochellois, qui avaient désavoué Soubise, prirent les armes pour le soutenir. Le midi lui répondit, et Rohan se mit à la tête de la révolte (janvier 1625).
Richelieu, « regardant d'un œil assuré toute cette tempête, » envoya six mille hommes en Bretagne et autant dans le Poitou. Ses vaisseaux, unis à ceux des Anglais et des Hollandais, furent battus entre les îles de Ré et d'Oléron (17 juillet 1625). Ils prirent leur revanche sous le commandement de Montmorency, et Soubise ne put trouver de refuge qu'en Angleterre. La Rochelle demanda la paix. Richelieu, peu sûr de ses alliés, inquiet pour la Valteline, et obligé de se défendre contre les intrigues, qui ne cessèrent jamais, conclut le traité du 5 février 1626, qui renouvela les stipulations de Montpellier.
L'appui donné par l'Angleterre aux protestants suscita une nouvelle guerre. Condé fut envoyé dans le midi avec le titre de lieutenant général. Le parlement de Toulouse déclara Rohan criminel de lèse-majesté et le fit exécuter en effigie (28 janvier 162S). Mais Richelieu croyait que la guerre ne pouvait être terminée qu'à La Rochelle. Il mit de l'ordre dans les finances, fit des levées, organisa l'administration; acheta et construisit des vaisseaux, et envoya vingt mille hommes sous les ordres du duc d'Angoulême, de Schomberg et de Bassompierre. La ville, qui contenait trente mille habitants, était fortement défendue et pouvait recevoir des secours par mer. Une jetée de sept cent cinquante toises ferma la rade. Il fallait de l'audace pour concevoir un pareil ouvrage, et une puissante volonté pour l'exécuter. Ce fut l'œuvre de Richelieu, qui triompha de tous les obstacles. Il fut diplomate, ingénieur, capitaine.Sa flotte, unie
HISTOIRK DE FRANCE.
à celle de l'Espagne, imposa le respect aux vaisseaux anglais et enleva tout espoir à la ville.
La duchesse de Rohan, le ministre Salbert et le maire Guiton entretenaient la résistance. Les efforts des assiégés se brisèrent longtemps
contre les assiégeants, mais la famine abattait les forces et la mort faisait d'affreux ravages.
Guiton, qui avait menacé de poignarder quiconque parlerait de se rendre, fut réduit à traiter. La Rochelle se soumit sans condition (29 octobre 1628). Les habitants conservèrent le libre exercice de leur religion , perdirent leurs privilèges municipaux et recurent l'amnistie.
Rohan se maintenait dans les Cévennes . Les Anglais l'appuyaient de leurs subsides , et les
Le cardinal de Richelieu.
(D'après le portrait conservé au Musée de Versailles.)
ennemis de Richelieu, Marie, Anne d'Autriche, le duc d'Orléans, les seigneurs réunis, favorisaient cette révolte. Le roi lui-même, qui appréciait sa politique et ses services, ne lui donnait aucune garantie. Il n'ea allait pas moins à son but, souple dans ses moyens, inflexible dans la poursuite et l'exécution de ses plans.
Après avoir imposé un traité au duc de Savoie, le roi courut aux Cévennes,s'empara de Privas, d'Alais, d'Uzès, et obligea Rohan, enfermé dans Anduze, à traiter. L'édit de grâce d'Alais (juin 1629) lui accorda les conditions de La Rochelle.