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III. — La guerre de Trente ans (i6i

|Enri IV allait attaquer la maison d'Autriche, lorsqu'il fut frappé par Ravaillac. Richelieu suivit sa politique et servit en Allemagne les protestants, qu'il combattait en France. La paix d'Augsbourg.de 1555, avait reconnu l'existencelégale du protestantisme. La lutte ne continuait pas moins. En 1608, les protestants conclurent \ Union évangéliqiic, à laquelle répondit la Ligne catholique. Lorsque s'ouvrit, en 1609, ^3. riche succession de Clèves et de Juliers, la maison d'Autriche était divisée et impuissante.

En 16 18, à la suite d'une émeute causée par la résistance à la secte des utraquistes, les gouverneurs de Prague furent jetés par les fenêtres. Ce fut le signal de la guerre de Trente ans, lutte des princes réformés d'Allemagne contre l'empereur et les princes catholiques. La première période, qui eut pour théâtre le Palatinat, commença en 161 8 et se termina en 1625. Louis XI H, conseillé par Luynes, intervint pour préparer une trêve entre Ferdinand et Bethlem Gabor, prince de Transylvanie, maître de la Hongrie. Le protestantisme était vaincu et la paix fut faite en 1622.

La lutte reprit en 1625, et la France, changeant de parti, soutint la cause protestante par des secours d'argent contre l'empereur. La paix de Lubeck termina, le 22 mai 1629, la période danoise. Les catholiques l'emportaient encore.

Pendant la période suédoise, qui s'étend de 1630 à 1635, Richelieu intervint directement par le P. Joseph, capucin, son agent le plus habile et le plus actif, qui, au moment où Ferdinand perdait la plus grande partie de son armée et son meilleur général, appela le roi de Suède, Gustave-Adolphe. L'Allemagne protestante vit en lui un libérateur, et il répondit à son attente par ses victoires et l'occupation du Rhin de Strasbourg à Coblentz. Toute l'Allemagne était soulevée et les armées

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impériales n'osaient se montrer. Gustave entre à Augsbourget à Munich, et se voit déjà le protecteur de la confédération germanique. II est tué à Lutzen, où Bernard de Saxe-Weimar achève la victoire sur Waldstein (6 novembre 1632), et la France, qui l'avait soutenu, assure à son parti un subside annuel d'un million. Mais les protestants, après de graves revers, négocièrent pour la paix, et lorsque Richelieu apprit que l'électeur de Saxe et l'empereur allaient s'entendre, il intervint directement. Alors commence la période française (1635).

Après avoir traité avec la Suède, la Confédération de Heilbronn, la Hollande, Parme et Florence, Richelieu déclare la guerre à l'Espagne, alliée de l'empire.et forme quatre armées de cent vingt-cinq mille hommes: aux Pays-Bas sous le commandement de Châtillon et de Brézé ; sur le Rhin sous le cardinal de La \'alette et Bernard de Saxe ; en Piémont avec Créqui, et en Valteline sous Rohan.

Les Espagnols furent écrasés à Avein près de Liège, mais la lenteur jalouse des Hollandais au siège de Louvain permit aux secours d'Allemagne d'arriver. Piccolomini repoussa l'armée franco-hollandaise et isola de la France Châtillon et Brézé (4 juillet 1635).

Sur le Rhin, La Valette dut rétrograder après avoir poussé jusqu'à Francfort. Deux armées de soixante mille hommes chacune restèrent en présence sans s'attaquer, et Richelieu, qui craignit la défection de Bernard, lui céda le landgraviat d'Alsace avec quatre millions par an.

Rohan se maintint en Valteline, et le duc de Savoie fit manquer l'invasion du Milanais. Bernard et La Valette, après avoir repris les villes de la Sarre, furent arrêtés devant Saverne. Condé échoua au siège de Dôle, et les Espagnols, entrés en Picardie, passèrent la Somme (1636).

Paris était menacé, mais ni le roi ni le cardinal ne s'abandonnèrent. Les soldats, l'argent, les armes montrèrent l'énergie du sentiment national. Le roi, à la tête de quarante mille hommes, fit reculer l'ennemi, que la faiblesse de Gaston d'Orléans empêcha de poursuivre, et Richelieu prit Corbie. Les Impériaux, qui avaient assiégé Saint-Jean de Losne, en Bourgogne, furent rejetés au delà du Rhin (novembre).

La guerre fut très active, mais sans résultats importants pendant les années 1637 et 1638. Créqui fut tué en Italie et Rohan blessé mortellement devant Rheinfeld (28 février 1638). Condé et LaValette prirent le Passage et Fontarabie, pendant que l'archevêque Sourdis battait la flotte espagnole.

Bernard mourut le iS juillet 1639, et la France prit possession de l'Ai-

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sace. Guébriant, uni à Banner, faillit surprendre l'empereur et la diète à Ratisbonne (30 octobre 1640). Piccolomini les isola et les rendit impuissants. En Piémont, la reine Christine dut céder devant les Espagnols, et Turin ouvrit ses portes à Thomas de Savoie, son compétiteur, D'Harcourt assiégea Thomas dans Turin pendant que celui-ci assiégeait les Français dans la citadelle, et que Leganez, gouverneur du Milanais, tenait bloqué d'Harcourt. Après des luttes violentes Leganez fut battu, la ville emportée et la Savoie délivrée (22 septembre 1641).

Alliée avec le Portugal et la Catalogne révoltée, la France porta ses efforts au delà des Pyrénées. Louis, proclamé comte de Barcelone et de Roussillon, alla faire le siège de Perpignan. La ville et le château se rendirent le 9 septembre 1642. Le roi était rentré à Paris, et Richelieu malade reprenait péniblement la même route. Les Espagnols étaient battus en Catalogne, l'Artois tombait entre nos mains, la Savoie demandait la paix, et la maison d'Autriche subissait des échecs multipliés.

A la mort de Louis XI H, la Champagne était envahie par vingt-six mille Impériaux et Rocroi assiégé. Le duc d'Enghien, âgé de vingt-deux ans, attaqua don F"rancisco de Mellos, enfonça ses redoutables bandes, leur tua quinze mille hommes, et la victoire de Rocroi « donna autant de sûreté au royaume qu'elle lui apporta de gloire » (18 mai 1643).

Nos armes étaient victorieuses en Italie et en Catalogne, Guébriant était tué au siège de Rottwell et Rantzau battu à Dutlingen, où il restait prisonnier avec six mille hommes. Turenne ne pouvait empêcher la chute de Fribourg, et d'Enghien prenait, après trois jours de combats, des positions que Mercy avait défendues avec une énergique habileté (3 août 1644). Spire, Philipsbourg, Worms, Mayence, Landau, et presque tout le Palatinat, furent le prix de la victoire de Fribourg (août 1644).

Le 5 mai 1645, Turenne, qui avait poursuivi les Bavarois jusqu'au delà de Wurtzbourg, fut battu à Marienthal. D'Enghien vint à son aide. Ils rencontrèrent Mercy près de Nordlingen, et le défirent après une lutte acharnée dans laquelle il trouva la mort (3 août 1645). La situation de l'empereur était critique, mais les secours qu'il reçut et la défection des Hessois le sauvèrent.

En Italie, en Catalogne, aux Pays-Bas, nos troupes soutenaient leur réputation, mais aucune action n'était décisive. Les Hollandais, jaloux, firent la paix avec l'Espagne. D'Enghien, après avoir pris Bergues, Mardik, Furnes et Dunkerque, fut envoyé en Catalogne, où il échoua devant Lérida (17 juin 1647).

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Turenne arriva devant Munich et Maximilien demanda la paix ; mais il revint vite au parti impérial. Turenne le fit reculer, attaqua Mélander, le battit et le tua près de Summerhausen {17 mai 1648). Condé, rappelé d'Espagne, s'empara d'Ypres et se jeta sur l'archiduc Léopold, qui, après

avoir pris Courtrai, assiégeait Lens. Il enfonça la cavalerie, tailla l'infanterie en pièces, prit l'artillerie, tua huit mille hommes et n'en perdit que cinq cents (19 août 1648). Cette brillante victoire amena une paix nécessaire à tous les belligérants. Un congrès s'était ouvert en Westphalie le 10 août 1643. Les catholiques se réunissaient à Munster, les protestants à Osnabruck, sous la médiation du Pape et des Vénitiens. Deux traités furent conclus après de longues et laborieuses négociations : le premier entre l'Espagne et la Hollande, le second entre la France, l'empereur, la Suède et les États de l'empire.

La France obtint la renonciation de l'empereur à Metz, à Toul, à Verdun et à la suzeraineté de Pignerol ; la cession de la Haute et de la Basse Alsace, du Sundgau et de dix villes impériales; la liberté du commerce sur le Rhin et la neutralité dans la guerre qu'elle continuait contre l'Espagne.

Ces traités, qui mettaient fin à la guerre de Trente ans, consommaient l'abaissement de la maison d'Autriche, consacraient le triomphe du protestantisme, faisaient prévaloir la politique des intérêts sur celle des

Turenne.

Statue de Pajou. (Musée de Versailles.)

principes, assuraient à la France une influence considérable, et donnaient à l'Europe une constitution nouvelle. « C'est dans le traité de Westphalie, traité à jamais célèbre, que fut posé pour la première fois, et en quelque

Bataille de Rocroi. (D'après une gravure de la collection Heunin.)

sorte consacré, le dogme athée de la souveraineté politique et religieuse de l'homme, principe de toutes les révolutions, germe de tous les maux qui affligent la société. » (De Bonald.)

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