CHAPITRE LVI
Ministère du duc de Bourbon (1923-1726). — Lo
duc de Bourbon, devenu premier ministre à la mort de l'ancien régent, avait des mœurs à peine meilleures que son prédécesseur. Cependant il montra une grande rigueur contre les protestants et contre les jansénistes. 11 renouvela, il aggrava même les sévérités de Louis XIV. Non-seulement les réformés furent obligés de se convertir, mais ceux qui simulaient une conversion étaient condamnés à mort comme relaps ; le mourant qui se déclarait protestant et revenait à la santé, était banni, avec confiscation de ses biens. Enfin on renouvela la déclaration du 8 mars 1715 portant, contre tous ceux qui mouraient après refus des sacrements, que leur cadavre serait jeté à la voirie et leurs biens confisqués. L^émigration recommença, comme après la révocation de redit de Nantes ; le sénat de Stockholm offrit la Suède pour asile aux fugitifs ; et le gouvernement fut contraint, par le cri public, d'adoucir lui-même ses rigueurs.
Le ministère anglais avait continué à Mme de Prie, toutepuissante sur le duc de Bourbon, la pension qu'il faisait à
1. Une institution importante appartient an régent, la création de l'administratiorf des ponts et chaussées en 1722. Il voulait, pour relever l'agriculture et le commerce ruinés dans les dernières années de Louis XIV ooTrir des routes dans le royaume sur nno étendue do 1200 lieues.
Dubois ; le duc retenait donc la France dans Talliance de TAngleterre. Il scella cette amitié par une nouvelle et insultante rupture avec TEspagne. Le régent vers la fin de sa vie, s'était rapproché du cabinet de Madrid et avait demandé pour Louis XV la main d'une infante. La jeune princesse, âgée de quatre ans, fut amenée à Paris afin d'être élevée au milieu de la cour où elle devait régner. Ce mariage était de la bonne politique pour tout le monde, mais surtout pour la maison d'Orléans, puisque ne pouvant s'accomplir que bien tard, il laissait le trône longtemps sans héritier et par conséquent ouvert au premier prince du sang. De telles combinaisons ne convenaient point au nouveau ministre. Qu'un accident livre la couronne au duc d'Orléans, et Finfluence de la maison de Bourbon sera ruinée. Aussi le duc se montra-t-il très-alarmé d'une maladie que fit le jeune roi. Le prince à peine rétabli, sans tenir compte ni du mécontentement de l'Espagne, ni des propositions de la czarine, qui offrait sa fille avec l'utile alliance de la Russie, Voulut donner au roi une épouse qui, privée d'appui au dehors, dût tout au ministre et s'en montrât reconnaissante. La marquise de Prie songea d'abord à une sœur même du duc de Bourbon ; mais la hauteur avec laquelle cette princesse la reçut, lui fit craindre pour son pouvoir. Alors vivait à Wissembourg, de quelque argent que lui faisait la France, un noble Polonais, Stanislas Leczin ski, dépouillé de la couronne que Charles XII lui avait jadis donnée. Un jour il entre tout ému dans la chambre où étaient réunies sa femme et sa fille : f Mettonsnous à genoux, s'écrie-l-il, et remercions Dieu ! — Seriezvous rappelé au trône de Pologne? dit sa fille. — Bien mieux, vous êtes reine de France. > Le premier ministre avait, en effet, choisi la pieuse et douce Marie Leczinska quoiqu'elle fût de sept ans plus âgée que le roi, très-pauvre, sans beauté et déjà saiïs jeunesse^ Le jour de son mariage elle distribua toute sa corbeille aux dames du Palais : « Voilà, dit-elle, la première fois de ma vie que j'ai pu faire des présents*. » L'infante d'Espagne fut renvoyée à son père ;, c'était, depuis dix ans, la seconde répudiation de la politique de Louis XIV.
Philippe V, indigné de cette insulte, s'empressa de conclure avec l'Autriche le traité de Vienne (1725). Charles VI