‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 39 sur 72 · ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE · texte numérisé non relu

ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE

M^AMtmhlêe légUlmi^we (!«' octobre 1901-21 septembre 1998). •— L^Assemblôe législative, si pâle entre ses deux grandes et terribles sœurs, la Constituante et la Convention, commença ses séances le l'' octobre 1791, elles terminale 21 septembre 1792. Elle fut une transition entre la monarchie limitée des Constitutionnels et la dictature des Montagnards. Ses meneurs, les Girondins*, Brissot, Pétion, Vergniaud, Guadet, Gensonné, Ducos, Isnard, Valazé, travaillèrent en effet à renverser la royauté, mais en laissant aux partis extrêmes Pinitiative de la république, que ceux-ci firent sanglante, et qu'eux peut-être ils auraient faite modérée.

Mesures plms sévères contre les prêtres noii assermentés et les émli^rés. — L*esprit de TAssemblée nouvelle se révéla dès le début par la discussion qui s'éleva pour savoir si les noms de sire et de majesté continueraient d'être donnés au roi. Mais bientôt de plus graves objets Toccupèrent ; trois grands dangers menaçaient la Révoltition : les prêtres non assermentés qiii, par leur refus de prêter le serment civique, devenaient des causes de troubles dans les provinces; les émigrés, qui avaient fait de Bruxelles, de Worms et de Coblentz des foyers d'intrigues contre le pays ; enfin les puissances étrangères, qui, sans cesse obsédées par eux, dévoilèrent hautement leur intention de rétablir Louis XYI dans ses droits par la fameuse déclaration de

1. Les Girondins étaient ainsi nommés, parce que dans leurs rangs, so distinguaient, par leur brillante éloquence, les députés de la Gironde Vergniaud, Guadet et Gensonné. Les républicains exaltés étaient appelés Montagnards, parce qu'ils siégeaient à l'Assemblée sur les bancs supérieurs du côté gauche. Les Feuillants, ou royalistes constitutionnels, siégeaient à droite»

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Pilnitz, signée du roi de Prusse et de Tempereur Léopold (27 août 1791.) La Constituante comprenant combien il était difficile que l'esprit, de sacrifice qui avait rendu immortelle la nuit du k août, devînt une règle de conduite pour tous ceux que la révolution blessait, avait refusé d'entrer dans la voie des lois exceptionnelles. Elle avait menacé, mais sans frapper. La législative frappa. Tout prêtre non assermenté sera privé de son traitement ; les émigrés qui ne rentreront pas dans un délai fixé, seront déclarés conspirateurs, et les revenus de leurs biens seront perçus au profit de la nation, « sans préjudice toutefois des droits de leurs femmes, de leurs enfants et de leurs légitimes créanciers*. »

Déclaration aux paisianee« étrangères. -» Quant aux puissances, voici en quels twmes l'Assemblée convia le roi à leur répondre : « Dites-leur que partout où l'on souffre, des préparatifs contre la France, la France ne peut voir que des ennemis ; que nous garderons religieusement le serment de ne faire aucune conquête ; que nous leur offrons le bon voisinage, l'amitié inviolable d'un pays libre et puissant ; que nous respecterons leurs lois, leurs usages, leurs constitutions, mais que nous voulons que la nôtre soit reâpectée. Dites leur enfin que si des princes d'Allemagne continuent de favoriser des préparatifs dirigés contre les Français, les Français porteront chez eux, non pas le fer et la flamme, mais la liberté ! C'est à eux, de calculer quelles peuvent être les suites de ce réveil des nations. » (29 novembre 1791.) Le roi transmit aux puissances étrangères les invitations de retirer leurs troupes des frontières françaises ; mais elles déclarèrent, par l'organe de M. de Kaunitz, « la légitimité de la ligue des souverains réunis pour la sûreté et l'honneur des couronnes. » Ainsi, il n'y avait plus à en douter, les rois se coalisaient contre la France et allaient commencer cette épouvantable guerre de vingt-trois années, qui ne fut pour eux, si ce n'est au dernier jour, qu'une longue suite de désastres, mais qui fit dévier la Révolution de ses voies pacifiques, qui exalta les

1. Ces lois contre les émigrés étaient renouvelées de l'ancien régime. Le cardinal de Lorraine, après l'édit de Chàteaubriant, de 1551, avait fait prononcer la confiscation des biens contre ceux qui sortaient du royaume pour vause de religion. Même chose en 1685. On se rendait bien compte de ce que faisait TAssemblée. • Ce n'est pas une loi, disait Mallet-Dupan, à propos de la loi du 23 mars 1792 contre les émigrés, e'est une batterie de canons qu'elle a déctiargée sur ses ennemis. » La latte à mort commençait.

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passions en même temps que l'héroïsme, qui couvrit la France de sang autant que de gloire.

Ministère i^irondin (mars 1902). — A l'approche de la guerre, Louis XVI fut obligé d'appeler les Girondins au ministère ; Servan fut mis à la guerre. Dumouriez aux affaires étrangères. Le dernier était un très-habile homme, plein de ressources, mais qui avait malheureusement vécu cinquante ans au milieu des intrigues des cours, et qui manquait de principes ; en ce moment il était Girondin. Le , portefeuille (le l'intérieur fut remis à l'intègre Roland, dont la femme a mérité une place parmi les grands noms de la Révolution. Quand Roland vint la première fois à la cour, il s'y présenta en chapeau rond avec des cordons aux souliers. Le maître des cérémonies crut rêver, il ne voulait pas le laisser entrer ; il fallut pourtant bien laisser passer un ministre. Se tournant vers Dumouriez : c Eh ! monsieur, point de boucles à ses souliers ! s'écria au désespoir le gardien de l'étiquette. — Ah ! monsieur, tout est perdu, » répondit gravement Dumouriez.

Premiers reTers I Journée dn 29 Juin 1998. — La guerre fut déclarée* solennellement le 20 avril 1792 par Louis XVI à l'empereur. Dumouriez voulait prendre l'oflFensive. Il comptait enlever aisément les Pays-Bas, récemment révoltés contre la maison d'Autriche. Mais le début fut malheureux ; car il n'y avait nulle confiance entre les soldats et les officiers, les premiers croyant toujours à la trahison des seconds. Deux corps d'armée prirent la fuite ; un d'eux égorgea son général, Dillon. Grand effroi à Paris ; l'Assemblée déclare que la patrie est en danger, vote la formation d'un camp de 20 000 hommes sous la capitale et prononce la peine de la déportation contre les prêtres non assermentés. Le roi refuse de sanctionner cette dernière mesure, et congédie ses ministres girondins. Aussitôt Vergniaud l'attaque à la tribune, en donnant à entendre qu'il favorise les progrès des Autrichiens, et l'Assemblée envoie aux quatre-vingt-trois départements une lettre de Roland au roi, lettre dure, et qui montrait nettement que tout le mal de la situation était dans les défiances réciproques du prince et de l'Assemblée. Ce

1. Le prétexte des armements de l'emperear avait été son devoir de défendre les droits des princes allemands possessionnés en France, dans l'Alsace, la Lorraine, la Franche-Comté, et dont les privilèges féodaux avaient été abolis comme ceux de toute la noblesse.

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moment fut, en effet, le dernier où Louis aurait pu encore sauver sa couronne, en se mettant résolument à la tête de la Révolution. Loin de là, il expédiait alors un agent secret, Mallet du Pan, aux coalisés. On ignorait cette mission ; mais nul ne doutait que c le comité autrichien > formé autour de la reine ne correspondit avec les ennemis. Pétion était maire de Paris. Républicain, il laissa partir de Thôtel de ville les plus violentes motions contre la royauté. Ces motions, gros-* sies encore dans les clubs, étaient de là répandues dans le peuple par les mille voix de la presse, surtout par le journal de Marat, qui commençait sa sanguinaire dictature, et dé* sorganisait tout, en semant partout le soupçon. La foule ne résista pas longtemps à cet appel, que semblaient justifier et les menaces des émigrés et Tinsufiisance des mesures prises pour la défense du territoire.

Le 20 juin, la populace, armée de piques, s^assemble sous prétexte de fêter l'anniversaire du serment du Jeu de Paume, et, conduite par le brasseur Santerre, s'avance vers TAssembiée, qui commet la faute de lui ouvrir ses portes et la laisse défiler devant elle en chantant le fameux Ça tra, aux cris de Vive lanationlBe là cette cohue marche aux Tuileries, y pénètre Violemment, et somme Louis XVI de sanctionner les décrets. Le roi, pressé dans une embrasure de fenêtre, presque étouffé, monte sur une table et se laisse coiffer du bonnet rouge, que les Jacobins avaient adopté. Le peuple, satisfait, se retire sans avoir pourtant arraché la sanction des décrets. Louis avait montré dans cette fatale journée qui inaugurait le règne de la force, une noble fermeté. La Fayette, commandant une des armées à la frontière, demanda en vain justice pour cette violation de la demeure royale. Proscrit lui-même deux mois après, il fut forcé de quitter son armée et la France. Il avait été la dernière espérance des constitutionnels : sa fuite annonçait le triomphe des républicains.

Hanifeste du duc de Brans wlcki Jonmée du lO août 1902. — Cependant toute la France était émue ; les fédérés des départements accouraient pour former le camp sous Paris ; les plus exaltés, les Marseillais, s'arrêtèrent dans la capitale, où ils apportèrent le chant fameux qui a pris leur nom*. Les chefs des Cordeliers et des Jacobins, Danton, Marat, Robespierre, profitèrent de leur présence pour livrer

1. La Marseillaise avait été composée à Strasboarg le 25 avril 1703, par e Franc-Comtois Rouget de Hslc capitaine du génie.

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à la royauté un dernier combat. Une nouvelle imprudence des alliés vint les servir à point. Le 26 juillet 1792, le duc de Brunswick, général de Tarmée prussienne, avait publié un manifeste pour annoncer qu'il venait, au nom des rois, rendre à Louis XVI son autorité. Il menaçait de traiter comme rebelles les villes qui oseraient se défendre, de faire fusiller les habitants pris les armes à la main, et, si les Tuileries étaient insultées, de livrer Paris à une exécution militaire. Le défi fut accepté, une pétition signée par les sections (9 août) demanda la déchéance du roi, et la déchéance avant la fin du jour, ou bien on attaquerait le château. A minuit le tocsin sonne et on tire le canon d'alarme; le peuple des quartiers Saint-Marceau et Saint-Antoine s'assemble, et le matin, bien pourvu de canons, de fusils et de cartouches, avec plusieurs sections de la garde nationale, il enveloppe les Tuileries*. Louis XVI, entouré des Suisses, de quelques nobles et gardes nationaux, pouvait se défendre ; mais les derniers passent au peuple, l'assassinat de l'énergique commandant Mandat désorganise la résistance, et le roi se décide avant que l'attaque commence (7 heures du matin) à se réfugier au sein de l'Assemblée. Il s'y rend avec toute sa famille, non sans péril ; et comme l'Assemblée ne pouvait légalement délibérer, le roi étant dans son sein, on lui donna asile dans la loge du logographe, où il resta deux jours. Cependant des ordres contradictoires paralysent l'ardeur des Suisses et des nobles demeurés dans le château, qui après un combat court et sanglant est envahi et saccagé. Ses défenseurs furent égorgés dans les appartements, dans le jardin, dans les rues voisines : 2000 personnes périrent. Les vainqueurs vinrent défiler en triomphe devant l'Assemblée, en lui dictant deux ordres : déchéance du roi, convocation d'une Convention nationale. Elle obéit au second, non au premier, laissant cette lourde responsabilité à ses successeurs, et se contenta de suspendre le pouvoir exécutif. L'émeute comptait donc une nouvelle victoire et le peuple s'habituait à substituer les coups de main au jeu régulier des institutions, habitude qui nous a valu vingt révolutions en 80 ans. L'Angleterre a

1. La grande cour des Tuileries était alors séparée de la place du Carrousel par un mur au milieu duquel il y avait une porte cocbère, et divisée par d'autres murs intérieurs en trois parties avec communication au pied du château : au midi, la cour de Flore; au centre, la cour royale; au nord, là cour de Marsan*

procédé autrement. Depuis 1688, elle n'a eu, au lieu d'insurrections sanglantes, que des changements de ministres: chacun en haut, comme en bas, y a pratiqué le respect de la loi et on y a tout attendu de la discussion, rien de la force.

Louis XVI sortit de l'Assemblée pour être conduit à la prison du Temple. Un parti sans scrupule, celui de la Commune *, devenait le maître ; il avait à sa tête Danton, ministre de la justice, le Mirabeau de la populace. Les dangers du dehors changèrent son énergie en fureur.

Prise de liong^wy et de Terduni mafeacres de septembre (1992). — Les Prussiens venaient de prendre Longwy, le bruit se répand qu'ils sont dans Verdun, qu'ils franchissent la Meuse, qu'ils s'ouvrent la Champagne. On propose dans l'Assemblée de se retirer au delà de la Loire. Danton démontre que livrer Paris, c'est livrer la France. Comme on tirait le canon, il s'écrie : « Le canon que vous entendez n'est pas le canon d'alarme, c'est le pas de charge sur les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, pour les atterrer, que faut-il? de l'audace, encore de l'audace, et toujours? de l'audace. » Mais Danton poussait l'audace jusqu'au crime. 11 crut qu'avant d'aller vaincre les ennemis du dehors il fallait exterminer ceux du dedans, au moins faire peur aux royalistes. C'est alors qu'il ordonna ou laissa ordonner par le comité de surveillance, dont Marat était membre, ces affreux massacres des 2, 3, 4, 5 et 6 septembre, qui ensanglantèfent toutes les prisons de Paris. Une bande de quatre à cinq cents égorgeurs, soudoyés par la Commune, s'empara des prisons. Les uns se constituèrent en tribunal, les autres servirent de bourreaux. On appelait les prisonniers, suivant l'ordre du registre d'écrou, et, après quelques questions, ils étaient mis en liberté au cri de : « Vive la nation l « ou conduits dans la cour de la prison et dépêchés à coups de sabre, de pique, de hache et de massue. Il n'y eut point de pitié pour les 'prêtres non assermentés, les Suisses, les gardes du corps, les royalistes avoués. La princesse de Lamballe, l'amie de la reine, fut déchirée en lambeaux, et sa tête promenée dans les rues, jusque sous les fenêtres de la prison du Temple. Après

1. c'est-à-dire celui dont les chefs avaient sa se faire élire à toutes les charges municipales de Paris, et qui, par conséquent, avait les moyens de soulever à son gré le peuple et de le jeter sur le château, comme au 10 août, ou sur l'Assemblée, comme U arriva plus tar(i aux 31 mai et 2 juin t793,

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avoir égorgé les prisonniers politiques, ils égorgèrent les prisonniers de toute classe; à la Salpêtrière, des femmes; à Bicêtre, des pauvres, des fous, des enfants. Le chiffre des morts s^éleva à 966. A Reims, à Meaux, à Lyon, à Orléans il y eut aussi des victiines; à Versailles, 46. L'Assemblée, ' terrifiée et impuissante, n'avait rien su arrêter. La Révolution, commencée au nom des principes de justice et de fraternité, venait de se laisser marquer d'une tache de sang ineffaçable.

Victoire de ITalmy (80 éeptembre 1702]. — Mais le courage de nos soldats permet de détourner les yeux de ces abominables scènes pour contempler une des plus heureuses victoires de nos longues guerres. Quelques jourà après les massacres, Dumouriez, à la tête de la jeune armée française gagnait la victoire de Valmy. 160000 Prussiens et Impériaux étaient partis de Coblentz le 10 juillet, divisés en plusieurs corps. La France n'avait à leur opposer que 96000 hommes sans discipline, sans confiance en eux-mêmes ni en leurs chefs, et qui, il faut bien le dire, car les armées fermes et solides ne s'improvisent point, n'eussent pu empêcher l'ennemi d'arriver jusqu'à Paris, si l'ennemi eût été habile et la marche prompte. Le 22 août il n'était encore qu'à Longwy, dont il s'empara : Verdun ouvrit ensuite ses portes. Le commandant Beaurepaire voulait se défendre. Le conseil municipal s'y opposa : « J'ai juré, s'écria Beaurepaire de sauver la place ou de périr, je tiendrai mon serment; » et tirant un pistolet, il se fit sauter la cervelle dans la salle même du conseil (2 sept.). Un soldat refusa aussi de capituler. A l'approche des Prussiens il déchargea sur eux son fusil. Saisi aussitôt, il fut laissé libre, quoique gardé à vue, en attendant qu'on décidât de son sort. C'était un beau jeune homme au regard assuré, à la contenance calme et fière. Près du poste où on le gardait était un pont de la Meuse, il gravit le parapet, reste un instant immobile, puis se précipite dans le gouffre et y meurt. Voilà où les âmes étaient alors montées.

Cet acte d'héroïque énergie fit-il réfléchir Brunswick? Il ne trouvait pas la France telle que les émigrés la représentaient; et quoiqu^'il n'y eût pas une seule place forte entre son armée et Paris, il hésitait à s'enfoncer au milieu de ce peuple irrité. Il s'étendit lentement derrière la Meuse ; Dumouriez eut le temps d'accourir, et montrant à ses lieutenants les défilés de l'Argonne • « Voilà les Thermopyles de la

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France, » dit-il. Il les occupa, forma en arrière deux camps retranchés sous Reims et Ghâlons, un autre à Meaux, où on recevait les soldats qui accouraient de tous côtés. Deux mille volontaires sortaient, chaque jour de Paris.

Cependant un des défilés fut forcé; la route de Châlons était libre. Dumouriez, au lieu de se réfugier sous cette ville, persiste à rester dans TArgonne, pays de facile défense, et à s'établir au besoin sur les derrières des Prussiens. Ceux-ci s'arrêtent pour le combattre. Kellermann venait de le rejoindre. L'effort principal porta sur la butte de Valmy, où Kellermann avait pris position avec ses conscrits, que les émigrés appelaieui des tailleurs et des cordonniers ; mais il se trouva que ces courtauds de boutique respiraient, comme de vieux soldats, Todeur de la poudre. Ce^ conscrits supportèrent le feu avec un sang-froid sur lequel l'ennemi ne comptait pas. L'action ne fut guère qu'une canonnade de plusieurs heures* Les obus ayant mis le feu à quelques caissons des batteries françaises, l'explosion blessa ou tua beaucoup de monde, et il y eut un moment de désordre. Brunswick en profita pour lancer son infanterie en colonnes d'attaque. Kellermann les laisse avancer sans tirer un coup de feu, puis se met au premier rang, et, au cri de Vive la nation ! que toute la ligne répète, s'apprête à charger l'ennemi à la baïonnette* Ce cri immense qui se prolonge durant plusieurs minutes, cette fière attitude, arrêtent les Prussiens ; le canon de Dumouriez laboure le flanc de leur colonne; ils redescendent à la hâte et Brunswick fait cesser l'action.

Le lendemain de Valmy, la Convention se réunissait et proclamait la république. Sa première réponse aux négociations proposées par Brunswick fut digne du vieux Sénat de Rome : € La république française ne peut entendre aucune proposition avant que les troupes prussiennes aient entièrement évacué lô territoire français. » Les Prussiens, cruellement décimés par la disette et les maladies, commencèrent le 1er octobre leur mouvement pour sortir de France.

Défense de liille : victoire de «lemmapes. — Pendant que Dumouriez arrêtait à Valmy l'armée d'invasion, mais la poussait mollement dans la retraite, Custine, le long du Rhin, avait pris l'ofl'ensive, enlevé Spire, Worms, même la grande ville de Mayence. Sur les Alpes, Montesquiou conquit la Savoie, et Anselme le cointé de Nice. Aux Pays-Bas, les Autrichiens avaient attaqué Lille avec une barbarie sau-

vage; ils y avaient lancé six jours durant deu bombes et des boulets rouges, qui y brûlèrent quatre cent cinquante maisons, en endommagèrent sept à huit cents, mais ne purent vaincre la constance de cette patriotique cité (20 sept.-7 oct.) On vint dire sur le rempart à un canonnier que sa maison brûlait : c Mon poste est ici, dit-il, feu pour feu ; » et il continua de servir sa pièce. Dumouriez arrivait avec Tarmée de Valmy pour venger cette cruauté inutile. Il gagna la bataille de Jemmapes (6 novembre), qui nous donna les Pays-Bas. Le 13 novembre il entrait à Bruxelles. Un de ses lieutenants à Valmy et à Jemmapes avait été le fils du duc d'Orléans, plus tard le roi Louis-Philippe.

Ainsi, dés la première campagne, la France nouvelle, formant sous le feu ses jeunes soldats, repoussait Tattaque des rois et mettait la main sur les terres à demi françaises que Louis XIV lui-même n'avait pu saisir.

A Valmy, le grand poète de TAllemagne, Goethe, se trouvait dans Tarmée prussienne, non comme soldat mais en curieux, car c'était moins une guerre que les coalisés croyaient faire qu'un voyage à Paris, une course rapide et au bout une entrée triomphale. Il partageait leur confiance présomptueuse; le canon de Valmy dissipa cette fumée. Le soir, au bivac, on demandait au poète de chasser avec sa verve ordinaire les sinistres pressentiments qui déjà s'éveillaient- Mais ils Pavaient saisi lui-même ; il resta longtemps silencieux. Lorsqu'il parla enfiij, sa voix était grave, solennelle, et il ne dit que ces mots : c En ce lieu et dans ce jour, commence une nouvelle époque pour l'histoire du monde. »

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